DES SOINS A DONNER A L’ENFANT NOUVEAU-NÉ
Les deux pôles de la vie se touchent sous le rapport de la faiblesse : l’enfance et la décrépitude. L’enfant entre dans la vie, le vieillard va bientôt la quitter.... L’organisation à peine ébauchée du nouveau-né, réclame des. soins éclairés et assidus ; le développement normal de son corps et le maintien de sa santé, sont subordonnés à ces soins.
Nettoyage et lavage du corps du nouveau-né.
Le premier soin à donner à l’enfant qui sort du sein de sa mère, est le nettoyage du corps. On le nettoie de l’enduit gluant dont il est recouvert, avec un corps gras, tel que beurre frais, huile d’amandes douces, cérat et mieux cérat-crême ; puis, après l’avoir mollement essuyé, on le lave avec une eau plus que tiède (20 à 25 degrés), et légèrement aromatisée. Plusieurs méde-
cins-accoucheurs prétendent que le lavage fait avec moitié eau et moitié vin produit d’excellents effets. — D’autres préfèrent une décoction de plantes aromatiques, soit : thym, lavande, romarin, origan, mélisse, etc.... Une fois l’enfant nettoyé, lavé et essuyé, on le place dans des langes préparés à l’avance.
Le lavage du nouveau-né se trouve chez tous les peuples anciens et modernes ; — les uns le pratiquaient à l’eau tiède, — les autres à l’eau froide dans le but de fortifier le tempérament du petit être. — Cette coutume était générale à Sparte où, sur dix enfants plongés dans l’Eurotas, il en mourait six!...... Et dire qu’il s’est trouvé des
philosophes, des savants, pour préconiser cette coutume barbare....
Nous pensons que l’ignorance seule a pu autoriser ce criminel usage ; s’il en était autrement, nous dirions à ces apologistes que la nature est plus savante que les savants; car toutes les connaissances qui forment les savants sont puisées dans la nature. Or, la nature applique la chaleur au développement de toutes les existences, dans le règne végétal comme dans le règne animal. La chaleur est également nécessaire à la germination et à .l’incubation : les moyens calorifiques déployés par tous les animaux pour assurer la vie de leurs petits, affirment l’intention formelle de la nature à cet égard. N’est-il donc pas absurde à l’homme de contrevenir à ses lois , en exposant
à l’action subite de l’eau froide, en hiver surtout, l’être le plus frêle, le plus délicat de tous les animaux : le nouveau-né !
Nourriture du nouveau-né.
La première et la meilleure nourriture de l’enfant nouveau-né, est incontestablement le lait de sa mère. Ce n’est que dans notre espèce qu’on rencontre des mères qui s’affranchissent du devoir sacré de l’allaitement, mais elles en sont punies tôt ou tard.
Le lait de la femme qui vient d’accoucher, est séreux, légèrement purgatif, qualités nécessaires pour débarrasser les voies digestives du nouveauné de l’enduit poisseux (le mœconium) qui les obstrue. C’est dans le but de les purger qu’on administre à ces petites créatures, que leur mère ne peut nourrir, du sirop de chicorée et de rhubarbe.
Au bout de quelques jours, le lait de la mère s’épaissit, et les intestins de l’enfant, devenus libres, annoncent qu’il peut téter en toute sécurité. — Le lait d’une nourrice étrangère, dont les couches datent de plusieurs mois, est déjà trop lourd pour le nouveau-né ; il ne possède plus les qualités laxatives. Donc, l’allaitement maternel , on ne saurait trop le répéter, est non-
seulement un devoir, mais encore un bienfait pour la santé de la mère et du nourrisson. Il n’y a que dans les cas exceptionnels où la mère est atteinte d’une maladie contagieuse ou héréditaire, que l’allaitement par une femme étrangère est ordonné.
Pendant les premiers jours, l’enfant tète peu, mais souvent; le lait de la mère devenant bientôt plus riche en principes nutritifs, il demande moins souvent le mamelon et y reste plus longtemps attaché. C’est sagesse alors que de régler les heures auxquelles on doit lui donner le sein, car il est certain que, si la mère se soumet à toutes les exigences de son nourrisson, elle se prépare mille contrariétés pour l’avenir ; cette mauvaise habitude est le germe de l’empire despotique dont elle aura un jour à souffrir.
La mère ne doit pas oublier que, dans son sein, l’enfant a été au milieu d’un bain tiède; la prudence exige qu’elle l’abrite contre l’air froid et qu’elle se serve d’eau tiède pour le nettoyer, jusqu’au jour où son faible corps se sera équilibré avec la température atmosphérique.
■Beaucoup de nourrices, pour arrêter les cris de l’enfant, le bercent plus ou moins longtemps. Le bercement, ce vieux reste des préjugés des siècles d’ignorance, est un moyen dangereux qui peut occasionner l’ébranlement du cerveau de ces frêles créatures et déterminer le vertige. On ne doit point s’alarmer des cris de l’enfant, parce qu’ils
ont leur utilité : ils provoquent l’entrée de l’air dans les poumons, dégagent les narines et accélèrent la circulation.
Pendant les quatre ou cinq premiers mois qui suivent la naissance, le lait de la nourrice doit être la seule nourriture de l’enfant et sa seule boisson. Si le lait de la nourrice devenait insuffisant, on lui donnerait, par petites doses, du lait de vache, coupé d’eau d’orge et sucré.
Il faut bien se garder de donner aux enfants de cet âge, à boire du thé, du café, du vin ! ou toute autre boisson excitante. Il n’y a que les ignorants, les stupides qui peuvent croire que ces boissons leur donneront des forces. Cette croyance insensée existe cependant encore dans les classes ouvrières et dans les campagnes. Les médecins ont constaté que c’était une des causes qui multipliaient la mortalité parmi les enfants du peuple.
Est-il bien nécessaire d’ajouter au lait de la nourrice des substances féculentes pour le rendre plus nutritif? — Lorsque l’abondance et la qualité du lait ne laissent rien à désirer, nous croyons que cette addition est au moins inutile, quand, toutefois, elle n’est pas nuisible. Ce n’est raisonnablement que vers les approches du sevrage , qu’on doit ajouter quelques substances féculentes, longtemps bouillies dans du lait ou du bouillon dégraissé. — Les biscottes de Bruxelles, la mie de pain desséchée sont préférables aux bouillies,
même avec la farine de froment ; parce que les farines qui n’ont pas subi une torréfaction préalable à la cuisson, empâtent les intestins de l’enfant, leur causent le ballonnement du ventre et quelquefois des indigestions mortelles. — Les panades demi-liquides au lait ou au bouillon dégraissé, avec la croûte du pain desséché, composent la nourriture la plus hygiénique, la plus rationnelle pour servir de transition entre l’allaitement naturel et le sevrage. Cette transition, notez-le bien, doit s’effectuer peu à peu et jamais brusquement.
g III.