‹ La Vénus noireChapitre 5 sur 8 · IRE · texte numérisé non relu

IRE

Qui donc ?

MisdPoleôf

xin

m L'idée de déguiser mjss Pôles en sauvagesse était

plus amusante que pratique. Je fis observer à de

I Morin que notre Anglaise se trouvait dans la même

situation que nous : ni le courage, ni Tintelligence ne

t loi manqueraient pour tenter l'aventure, mais elle

aurait peur du ridicule.

— Conunent, le ridicule! s'écria de Morin. Il est à craindre pour nous, qui sommes amoureux d'une blanche; nous redoutons de paraître doit elle en costume de sauvage et nous avons m. Mais miss Pôles qui vise au cœur des rois res , qui vient de s'affoler de Kadjoro, ne sera ridicule à ses yeux, si elle s'habille comme toules femmes du pays ; au contraire.

Sans doule, cher ami, dis-je en riant de celte ?lle sortie. Mais remarquez que les femmes ;gas ne s'habillent pas du tout et que nous détenir compte de la pudeur de notre Anglaise.

Sa pudeur ! sa pudeur ! répéta de Morin. Mais, u'il s'agit de se rendre au milieu d'une peuplade izones. Que diable! elle ne va pas, j'imagine, des manières avec des personnes de son sexe!

Vous oubliez qu'elle aura des hommes pour lagnonsde voyage; du reste, si les amazones en majorité dans FUlindi, on doit y rencontrer quelques guerriers..

Oui, vous avez raison. C'est dommage cepen : je me faisais une fête de voir miss Pôles, le 5 couvert de dessins bizarres, avec des cloes aux jambes, et n'ayant conservé pour tout lient que ses lunettes bleues. Nous aurions pii éremment la travestir en sauvage ou en sauva-^ 3 sans que personne eût réclamé : sa maigreuii aplatissement se prêtent également à ces deii^ morphoses. Si elle avait choisi le costume mas ^ la reine Walinda sew^it probablement deveinf

amoureuse d'elle, ou plutôt de lui. Voyez-vous l'effet!

— Je vois, cher ami, qu'il faut nous dépêcher de trouver un remplaçant à miss Pôles. Mounza, au point de vue de l'activité et des détenninations promptes, n'a rien du nègre. Je l'aperçois là-bas au milieu de ses offtciers. Il doit déjà faire son choix d'ambassadeurs; dès demain, dès ce soir peut-être, la caravane se mettra en route. Cherchons donc noire homme.

— Que diriez -vous de Nassar? Il est fidèle et dévoué.

— C'est un Dinka, répondis- je. On aura beaucoup de peine à le confondre avec des Maleggas ou des Mombouttous. La nationalité des gens de cette peuplade se trahit aisément : sans parler d'autres détails, leurs gencives dépourvues de plusieurs dents, suivant la mode du pays, les signalent à l'attention. Puis Nassar, mon cher, est fier de son demi-costume, surtout de ses bottes. Vous le décideriez difficilement à les quitter ; il craindrait de perdre de son prestige. Si nous avons de l'amour -propre, Nassar n'en manque pas.

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— 11 ne nous reste alors , fit de Morm , que nos deux interprètes arftbes : Omar et Ali. Le second surtout a donné maintes preuves de dévouement, de courage et d'intelligence. C'est à lui, comme à vous, que je dois ma délivrance, lorsque j'étais prisonnier des Bédouins de THedjad.

— C'est une idée! m'empressai -je de dire; notre brave Ali fera complètement l'affaire. Il se plaint depuis longtemps de son inaction, porte envie à Nassar qui nous est, dans ces contrées , plus utile que lui, et il sera, je n'en doute pas, enchanté de notre choix.

— Mais, fit observer de Morin, il ne connaît pas le dialecte du pays.

— Tant mieux; sa mission ne consîstera-t-elle pas seulement à regarder autour de lui , à faire des observations, à nous rapporter ce qu'il aura vu? H serait dangereux qu'il interrogeât les Walindis sur le compte de M. de Guéran; il donnerait aussitôt l'éveil, et la reine doit surtout ignorer qu'on est A la recherche de son prisonnier. Réjouîssons-nous donc de l'insuffisance d'Ali au point .de vue de la

langue. Il sera muet, à moins qu'il ne rencontre M. de Guéran et qu'il puisse lui parler ; dans ce cas, il sait kès-suf&sttmment le français.

— Vous m*avez convaincu, mon cher, fit de Morin. Rejoignons la baronne, qui s'entretient là-bas avec Delange, soumettons-lui notre idée ; si elle l'approuve, agissons sans perdre de temps.

Le soir même notre interprète Ali était en état de passer pour un naturel du pays : son teint olivâtre n'aurait pu être désavoué par un Malegga ; quant à son tatouage, de Morin qui s'en chargea le réussit à merveille.

— Ah! disait- il, tout en dessinant des soleils^ de$ arabesques, des oiseaux, des animaux 6ur la pem de notre interprète, comme j'aurais préféré peindjre ainsi le dos de miss Pôles ! C'est en vérité bien cruel pour un artiste de ne pouvoir choisir sa toile I

Pendant que de Horin travestissait un Arabe en Malegga, Delange et moi nous rédigions une note destinée à M. de Guéran , si notre envoyé se trouvait ea sa préB^oca sans pouvoir lui parler.

Cette note fut ainsi conçue :

« Une expédition européenne envoyée à votre recherche vous sait prisonnier des Walindis. Tâ(^z (le la rejoindre sur le territoire de votre ancien hôte Kadjoro, ou bien faites connaître,par un mot que vous i^inettrez à notre envoyé, la meilleure marche à suivre pour vous délivrer. »

D'accord avec M"** de Guéran, nous n'avions pas parlé d'elle. En apprenant que sa femme, qu'il croyait à Paris, était si près de lui, le baron pouvait, pour la rejoindre, commettre une imprudence qui lui aurait coûté la yie.

La caravane 9 composée d'une dizaine de Mombouttous , d'une trentaine de Maleggas , auxquds s'était joint Ali, et d'un millier de bœufs que Kadjoro envoyait comme tribut à la reine Walinda, se mit en route le 10 octobre. Un mois devait s'écouler avant son retour ; il nous suffisait à peine pour atteindre le but que de Morin se proposait : former un bataillon capable de nous seconder et de fortifier notre es^ corte. Dans la pensée de notre ami, cette troupe devait se composer d'une centaine d'hommes munis de

fusils et de revolvers. Nous disposions d'une quantité d'armes correspondante à ce chiffre; il ne nous manquait que les soldats, mais le roi des Mombouttoas devait s'empresser de nous les fournir. Nous avions refusé autrefois de lui confier nos armes de réserve, parce que nous craignions alors d'être obligés de le combattre pour recouvrer notre liberté. Si cette crainte existait encore , elle s'effaçait devant la nécessité oii nous pourrions être bientôt, d'en venir aux mains avec la redoutable peuplade de FUlindL

Hounza, d'après nos conseils, choisit avec le plus grand soin, dans son armée, une centaine d'hommes éprouvés, qui furent mis directement sous les ordres de de Morin. Celui-ci les arma^ leur apprit le maniement du fusil et du revolver, et leur fit faire, tous les jours, l'exercice à feu. Joints à nos Nubiens, ils formèrent un bataillon très-respectable, en état de tenir en échec les Walindis, hommes et femmes. En même temps, me rappelant que j'avais été soldat pendant le siège de Paris, j'apprenais quelques èvofaitions au gros de l'armée; je l'habituais à for-

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aillona^ à «e disperser, à se rallier, à lemi, à Taitaquer sur les flancs; enfin,

moB mieux tout ce qui m concernait t.

sslsiait en souriant à c^ exercices : il à se dii'e que ses terribles voisins, auxût encore d'envoyer les plus beaux de ourraient bien, grâce à nous, être bienioutables. Mais, en homme prudent, il inément de joindre son armée à celle de i refus était des plus francs, son railes plus logiques :

le joins à toi pour battre les Walindis»

m collègue africain, tu t'empresseras, lerre ^era terminée, de retourner dans &c tes prisonniers, ton butin, et tout lais la reine n'essayera de prendre sa

venant t'attaquer dans tes Etats; tu »p loin, tu es trop puissant. Mais moi, î proche voisin, je supporterai le poids 3iance ; elle me fera payer cher le mal irai fait de concert avec toi. Si, au ooûr

traire, elle nous bat, eile ne prendra aucun repos avant de s'être emparée de mon pays, depuis longtemps convoité. Je préfère qu'elle ne reconnaisse dans les rangs de ton armée aucun de mes soldats : elle n'aura de cette façon rien à me reprocher, et nous continuerons a viVre en bonne intelligence.

Pendant que nous essayons de transfonner Tarmée de Mounza, M'^de Guéran vit loin de nous. Les émotions par lesquelles elle vient de passer, ses appréhensions, ses incertitudes, ses craintes jointes peut-être à la sécheresse de la saison, à une chaleur terrible, ont fini par ébranler son système nerveux, et lui donnent des fièvres intermittentes dont la quinine, cette fois, ne peut triompher. Elle ne sort plus de la hutte assez spadeuse que Kadjoro lui a fait construire, et ne nous reçoit qu'à de rares intervalles. Nous respectons la retraite à laquelle la condamnent son état moral et ses souffrances physiques, et nous sommes hommes à comprendre, de Morin et moi, le trouble qu'elle doit éprouver, les combats qui se livrent en elle. Delange^ qui cu-

iàR LA VÉNUS NOIRE.

fonctions de médecin et de confident, nous s :

B souffre beaucoup, je vous assure, mais I adorable femme.

e savons qu'elle est adoiablel Nous ne le ue trop po^r notre tranquillité I prostration morale de M"' de Guéran, cette ni la retiennent chez elle ont du moins un I : Mounza, dont la passion semblait augce qui nous faisait craindre par instant d'aprimer quelque acte de folie, se calme peu îpuis qu'il ne voit plus son idole.

iir chez le nègre, il ne faut pas se le dissist exclusivement matériel; le cœur n*y est 1 et le souvenir s'efface lorsque l'objet aimé . Ces êtres inachevés connaissent les emits de la passion ; ils en ignorent les infmies es. L'absence, qui ravive notre amour, éteint ils MO sauraient revoir par la pensée, par lu.iii, celle qui la veille les affolait. La ma- ; éloigne aussi, instinctivement : habitiésU * la femme, à la regarder comme une bête

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our eux un être idutile, elle ) se laisse abattre par la adé que Mounza, passionné [p demain, est aujourd'hui paisé, qu'il nous laisserait son entêtement et son orambassade ne peut tarder ! que nous irions à sa rene. Nous obtiendrons ainsi ittendues si impatiemment, asser sur le territoire des itre, ou pour avoir une en-

n la caravane, que depuis raitplus revoir, apparaît,..

e, nous sommes sortis de ! oui, nous ne nous tromqui marche en tête. Il nous nous rejoindre. Pourquoi ne nous apportait pas des I? L'Arabe et le noir, lors-

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