JUS NOTRE
;roir mal rempli une mission, oheni . . » Noire iaterprète a [es à nous domi8r*é« Notre
A*anohit en quelques seooii'rait encore de nous»
ux, m'écriai-je dès qu'il fut 3, que tu as réussi dans ta
pondit TÂrabe triomphant.
a compatriote?
! Tai vu, je lui èi parlé.
de nous dire?
ononcer un mot, mais j*âî
mettre.
,r ryr •.
LA VENUS NOI«R. m
n fouilla dans un èac en peau de bète suspendu à «a eeinlu!»e, en tU*a un petit cahier de papier, et nood le t^adil.
J'ouvris : c'était bien récriture âe H« de Gû6^aâ, celle de la lettre que Nasser nous ayait remise à Khartoum el celle de la page trouvée chei les Domoadoûs.
Je ne crus pas devoir parcourir oea notes avant que M"^ de Guéran en eût oonnaiesanoe. Mieux por^ tante depuis le jour où elle avait quitté là résidence de Ka^joro pour suivre l'armée à la frontière^ elle était encore trop eouffrente cependant pour s'éloigner du campement, et elle ignorait l'arrivée de la caravane. Delange se chargea de lui annoncer une nouvelle^ qu'il nous eût été pénible à de Morin et à moi d'apporter nous-mêmes, et de lui donner les papiers envoyés par son mari.
Seuls avec Ali, nous l'interrogeâmes de nouveau. Très-nerveux, très-agité, mais aussi très-net, trèsprècis dans ses questions, de Morin commença :
^ Pourquoi, demanda-t-îl, la Caravane dont tu faisais partie a-t-elle tant tardé à i*évênif ? Elle est
\r^ LA VÉNUS NOIRE.
ibsente depuis plus de six semaines, et le voyage, iIIct et retour, nous a dit le roi, se fait d'ordinaire m un mois. La reine vous a-t-elle retenus quelque emps prisonniers?
— Non, dit Ali, mais son peuple ne nous laissait ivancer que difficilement ; tous les chefs de districts aisaient demander des ordres avant de nous permetre de continuer notre route. Puis le pays ne ressemrle pas à celui-ci : on y rencontre à chaque pas d^ orrents qui viennent de la montagne. Les orages ont >té nombreux dans la dernière saison des pluies, et Lous perdions beançoup de temps à franchir tous les obstacles.
— Avez-vous rencontré un grand lac, celui qui est lésigné sur quelques-unes de nos cartes sous le nom le lac Piaggia?
— Non, je ne Tai pas vu; il ne doit pas exister [ans ce pays.
— Le territoire des Walindis est-il très-étendu?
— Oui, vingt journées de marche avant d'arriver i la résidence royale.
— Est-ce qu'elle est située» comme on le dit, sur la frontière orientale du royaume?
— Elle est au pied d'une grande montagne que personne ne peut gravir.
Notre interprète voulait sans doute parler de la montagne que les derniers explorateurs de l'Afrique appellent mont Maccorly ou mont Garoli.
— Derrière cette montagne, demandai-je, n'en > existe-t-il pas d'autres?
— Oh! oui, de bien plus grandes encore, si g^randes qu'elles cachent le ciel. Leur sommet paraît tout bleu, et la nuit on entend sortir de leurs entrailles un grand bruît, semblable à celui que pourraient produire cent torrents réunis, et tombant d'une hauteur considérable.
— Ce sont les chutes signalées au nord du lac Albert, me dit de Morin. Les renseignements que nous donne Ali établissent, d'une part, que la résidence de Walinda est située à deux degrés de lati- , tude nord au pied des montagnes Bleues, et que le ' lac Albert est immédiatement derrière ces monta- î gnes. Le bruit que notre interprète a entendu pro-
t des cascades , des chutes , des ) trouvent sur la rive orieutale du le Maguugo» et que certaias géot chutes Murohison. Tous ces dé* [3t) car je Ci*ois bien» ajouta de Moraine amertume, que nous sommes îs à*.» travailler pour le compte de le jeter plus ou moins vite dans les
is-je, nous allons travailler surtout los compatriotes. Admettez un in*le le connaissions pas, q(u*au lieu notre compagne, il soit un étranhésiterions-nous à lui porter se-
répliqua vivement de Morin. Tous i pénètrent dans ces contrées se lent aide et protection. Cependant, stant de silence, depuis quelques
que Texistence de M. de Guéran , une idée bizarre, étrange, mau-
LA \TSNUS NOIRB. m
vaise peut-être > s'e«l etnpttréig d^ ffîoi ël )né pt$r««
•- Vo^BB totre idée, Mon wnt ; pe\ll»êtfé ai^Jë eU
*- PârW«u, oui; vous Tâvofe eue ! Vous Vôtift *§=*• nuffldet) oomme moi, si M« de Ouéfaft ^t VêHCablô^ ffient le prisonnier de cette Ws4itida qu'on dil dt belle^ de cette Vénus noire> comme persiâte è Tap-^ peler Delange? Vous êtes tenté de ^oirê qu'il réât§, de son plein gré, auprès d'elle^ et qu'il trUUVô itidiâcrête cette expédition éuropéeûlie qui VÎeiil tfôU&lël^ 868 amours.
— ^e ne vais pas si loin que vouS) môft ehe^ awi^ pépondis-je en souriant. Il se peut, en effet, que notre compatriote n'ait ptts toUjoUi'B été ittôehsible à la beauté de cette sauvagesse^ et qu'elle se soit, de son côté» enflammée pour le premier hominô blanc qu'elle a vu, comme Mounza s'est épris de Itt première femme blanche qui lui est apparue. Oes sortes d'aventures ne sont pas faree en tei*rë âfri^ caine. Mais un homme intelligent oomme M. de Guéi-an, un Parisien, ne recionce pas à ses habita-
flexions intimes^ qui nous sont dictées, il ne faut pas nous le dissimuler, par le dépit.
Ayant ainsi parlé, je me tournai vers notre interprète, et je lui dis :
— Tu as été reçu par la reine Walinda? •
— Oui, maître, la caravane a pénétré dans son palais, un amas de grandes huttes en terre recouvertes de feuillage.
— Quel effet t'a produit la reine? Est-elle aussi belle qu'on le prétend f
— Plus belle encore, répliqua vivement l'Arabe. Elle est grande, majestueuse. Elle a le teint brun* clair, les lèvres rouges, les dents comme de l'ivoire; ses grands- yeux brillent entre les lignes noires de ses paupières.
^e craignis que cet enthousiasme nous fît perdre da temps et je posai de nouvelles questions :
— M. de Guéran se trouvait-il auprès d'elle, demandai-je, loi^sque tu l'as vu?
— Oui, il ne la quitte jamais, ou plutôt elle ne le quitte pas. H marche à côté d'elle, et ils sont entourés d'une cinquantaine de femmes, des guerrières,
toute* Jeunes, miéUx ftdtes eucoï^è que nôâ Soûdar.iennes, souples comme dés serpents et...
Ali, toujouii^ enthousiaste, allait; se Idâcét* dans une nouvelle description ; je Tarrêtai.
— Parlons de M. dô Guéi^n, lui dis-je. T*a-l-il paru en bônnô santé Y
-* Non, lèà pôminettes de ses jôue8 sont rdUgés ; il a le regard abattu, le teint pâle ; il se traitiè péniblement, les fièvres Tônt sans doute repris.
— Le climat de TUlindi est donc malsain ?
^ Il ne Test pas dans le nord du royaume , au milieu des chaînes de collines que nous âvonà traversées; il doit l'être pour un étranger dané la vaste plaine où se trouve la résidence royale. Les montagnes qui l'entourent empêchent Tair d*arriver ; ofl ne respire pas, et j'ai pluô souffert de là chaleur dans ce pays que dftnd les déserts de la Nubie.
Je regardai de Morin comme pour lui dire : « Vous le voyez, M. de Guéran n*est pas aussi heureux que vouô le supposiez. » Puis me tournant vers Ali :
— Comment es-tu parvenu à t'approcber de notre compatriote? lui demandai-je,
LA VENUS NOÏRK. 159
— La reine^ répondit-il, s'était mêlée à notre a ravanO) afin d'examiner de plus près les be3tiai ({ue nous lui amenions. J'ai profité de ce morne pour rejoindre Thomme blanc et lui dire à vo basse : « Tes amis m'envoient vers toi, ils veule te délivrer; laisse tomber ton bras de mon côt ouvre ta main, j'ai un papier à te donner. » Il avi tressailli en entendant ces mots prononcés dans langue. Mais il s'est remis aussitôt, et, sans parh il a fait ce que je lui demandais. Au même instai la reine Ta rejoint et s'est éloignée avec lui.
— Tu l*as revu plus tard 1
— Oui, lorsque la caravane a pris congé de W liada. J'étaiô encore parvenu à m'approchei* de li il m'avait reconnu et m'avait fait signe. Je cômp qu'il ne pouvait me parler, mais qu'il voulait me r mettre quelque chose» Nos deux mains se rencc trèrenl; il serra la mienne pour me remercier «a doute, et me glissa dans les doigts ce que je vc ai apporté.
— C'est tout? Il ne t'a jamais parlé?
«- Jamais.
nai vers de Morin et je lui dis :
voyez, cher ami, notre compatriote e^ prisonnier, et surveillé plus étroiteï saurait l'être dans nos bagnes.
restait plus qu'à remercier chaudement .li de ses services, et à l'envoyer auprès éran, qui^ après avoir terminé sa leccertainement l'interroger.
['il s'éloignait, nous vîmes accourir De- •e côté.
! nous dit-il, vous connaissez la ré-^ îineî
^ponse? demandâmes-nous. ^q
ent occupés de M. de Guéran depui)^^ des détails qui le concernaient, nous l'ambassade envoyée par le roi des'à la reine de l'Ulindi. Delange nous ^s s'être entretenu un instant avec la i avoir remis les notes de M. de Guérejoint Mounza. Celui-ci venait d'interibassadeurs et d'apprendre que Wa
linda refusait énergiquement toute alliance, toute aalrevue avec lui,
« Je ne veux pas , avait-elle dit , que les peuplades du Nord pénètrent dans mon royaume pour y apporter leurs coutumes et leurs mœursi^ Je ne vais pas chez elles, pourquoi viendraient-elles chez moi? Leurs alliances me sont inutiles, je suis assez forte pour me défendre contre tous mes voisins réunis. Dites à votre maître qu'il retourne dans ses États et qu'il ne m'envoie plus aucune ambassade, car il ! ne la re verrait pas ; je ferais massacrer ses hommes depuis le premier jusqu'au dernier.»
— Cette réponse, comme bien vous pensez, a exaspéré Mounza ; il veut immédiatement franchir la fronlifi^repour attaquer l'insolente reine des Walindis. ^— Nous ne saurions l'en empêcher, répondit de Uorin. Je ne vois maintenant que ce moyen de délivrer notre compatriote.
' — Il nous en indique peut-être un autre , fis-je I observer. Rejoignons la baronne; elle a sans doute I terminé an IfifttiirA, et nous permettra de parcourir à s de son mari.
:; ■^^'^'^ ^'z^SfJ?
Nous nous dirigeâmes aussitôt vers la hutte rpie M""' de Guéran occupait au milieu du campement»
cMiss Pôles nous attendait.
— La baronne, nous dit-elle, vous recevra quand vous le désirerez, mais elle vous prie de parcourir ces papiers qu*elle vient de lire et qui vous sont adi'essés plutôt qu'à elle, puisque M, de Guéran ne se doute pas de sa présence en Afrique.
Je pris le cahier, et j'entraînai de Morjn sous ma tente.
— Je craignais, lui dis-je chemin faisant » que M°"® de Guéran refusât de nous recevoir aujourd'hui, et j*ai été étonné des paroles de sa dame de C4>m<*» pagnie.
— Vous aviez tort de craindre, cher ami ; la ba-
LA VÉNUS NOIRE. lOH
ronne sent bien que si nous nous réjouissons, comme compatriotes, de la résurrection définitive et officielle de M. de Guéran , nous la déplorons à un autre point de vue. Elle sait aussi que nous lui apporterons des visages assez renfrognés , et avec sa bravoure habituelle elle veut les affronter le plus tôt possible, se cuirasser contre notre désespoir. Du reste ne perdons pas de vue que depuis Khartouffl sa situation est des plus nettes, des plus franches vis-à-vis de nous : elle ne nous a pas caché- qu'elle pensait retrouver son mari, qu'elle ne se croyait plus veuve, qu'au lieu d'avoir à s'age- I Douiller sur une tombe, elle espérait se jeter bientôt' daos les bras d'un vivant Elle nous a suppliés de ne pas la suivre, c'est nous qui n'avons pas cru devoir la quitter; ce n'est pas de sa faute si nous avons conservé l'espoir que M. de Guéran était mort et enterré.
— Vous raisonnez comme un ange, cher ami, j- • 4.^^ ^ jg^ hauteur de la gaieté ner-
. Lisons donc les confidences du
Ces confidences étaient écrites au crayon sur des feuilles de papier, arrachées de Talbum qui avait déjà servi plusieurs fois au baron à donner de ses nouvelles.
Je copie ces notes sur le journal de notre expédition , et non point sur l'agenda intime auquel je confie, chaque jour, mes impressions personnelles.
c Je remercie de toute mon âme, disait le baron de Guéran, l'expédition européenne qui, après s'être mise si courageusement à ma recherche, voudrait aujourd'hui me délivrer. Mais je ne puis ni la rejoindre sur le territoire des Maleggas, ni lui permettre de venir à mon secours dans TUlindi.
Fuir est impossible ; tous les habitants de la contrée sont, en quelque sorte, mes geôliers. Ils savent que la reine entend garder son prisonnier, et personne n'oserait se soustraire à sa volonté.
Il y a trois mois, j'ai tenté de me sauver, et j'ai fait environ cinq lieues dans la direction des montagnes; le lendemain, tous les gardes de Walinda étaient lancés à naa poursuite et découvraient ma retraite. On me reconduisait à la résidence royale
avec les plus grands égards; mais, tous les viHages par lesquels j'avais passé, et où Ton supposait que je pouvais avoir reçu l'hospitalité, étaient brûlés par ordre de la reine, tous leurs habitants massacrés; plus de trois cents personnes sont mortes à cause de moi. Je n'ai plus le droit de fuir.
Je ne crois pas avoir davantage le droit pour reconquérir ma liberté d'exposer les Européens à une mort certaine. L'expédition, qui m'ofl're si généreusement son concours, a déjà renversé tant d'obstacles, surmonté tant de dangers qu'elle croit pouvoir sortir saine et sauve d'une nouvelle aventure. Elle se trompe : les Walindis n'ont aucun rapport avec les autres peuplades du Nord. Ils sont plus forts, plus dangereux que les tribus les plus nombreuses, les plus belliqueuses 'du continent africain. Une journée, une heure peut-être leur suffira pour écraser une caravane malgré la bravoure de ses soldats, la terreur causée par les armes à feu.
Deux vices poussés à l'excès , la paresse et la sensuahté, semblent avoir développé les vertus guerrières de ce peuple. Décidés à ne pas cultiver leur
abrupt du reste que celui des territoires ^fioluS'à ne pas élever de bétail, chasseurs irs sans conviction, mais gourmands à vides de légumes, de fruits, de viande et n, les Walindis se sont faits peu à peu )s pour vivre aux dépens de leurs voisins ; ibitant est devenu soldat a&n de n'être ni , ni pasteur.
narchie héréditaire, despotique, pi^ide de- )mps aux destinées de cette peuplade et se de règne en règne certaines traditions, sages destinés à développer les appétits
du peuple. C'est ainsi qu'un prince» s'ins- ; idées de ses prédécesseurs, a fonné un aazones, devenu plus tard une véritable )s f^oames; enrégimentées dès Vftge de f sont soumises à des exercices et i des qui développent leur c(H*ps, les rendent esse merveilleuse, les mettent en état de
toutes les fatigues, de braver tous les Jn de leurs exercices consiste à s'élancer, at nues, contre un village défendu par
des feisceaux d*épines meurlrières, entouré de gi* gantesques cactus, et i le prendre d*as8aut. C*e6t une sorte de petite guerre plus dangereuse que les nôtres et où chaque combattant laisse des lambeaux de sa chair, se fait souvent de profondes blessures.
A quinze ans seulement ces jeunes filles devenues des femmes robustes, aux larges épaules, aux fermes poitrines, aux reins solides, d'une souplesse, d'une agilité merveilleuses, sont réparties dans Tarmée, qui compte cinq bataillons, c*est-à-dire cinq à six mille guerrières. Leurs armes sont terribles : les flèches enduites d'un poison violent, les pointes en fer qui protègent leur corps ressemblent à des sabres baïonnettes et rendent mortels leurs étreintes et leurs enlacements.
On ne peut se faire une idée de la discipline qui règne parmi elles : les moindres fautes sont punies de la fkçon la plus barbare, la peine de mort est pro * noncée à chaque instant. Quant aux récompenses, elles sont ardemment convoitées. Il s'agit, pour ces femmes, d'acquérir le droit de se marier ou de prendre un amant. G^est pour elles la récompense su-
prême de leurs fatigues, de leurs souffrances et de leur courage. Pour robtenir, elles doivent avoir tué un ennemi ; tant qu'elles n*y sont pas paivenues, le célibat le plus rigoureux leur est imposé. Lorsque leurs efforts ont été coure nnés de succès, elles ne font plus partie de Tarmée active ; elles appartiennent à une espèce de garde sédentaire chargée de la police intérieure du pays. Leurs filles, à moins qu'elles ne soient difformes, et dans ce cas on massacre impitoyablement ces pauvres petits êtres, sont destinées à devenir plus tard conune elles des amazones.
Les femmes constituent donc une puissance redoutable chez les Walindis. Aussi un jour, après s*être rendu compte de leur supériorité sur les hommes, ont-elles résolu d*être gouvernées par une reine plutôt que par un roi. Cette idée semble avoir été mise en pratique depuis vingt ans environ: la reine actuelle, Walinda, succède, sans interruption masculine, à six autres souveraines. Sa fille aînée, destinée au trône, est élevée au milieu des amazones dont elle partage les travaux et les dangers; elle n'a
f^^ *rv'*'^ ,
pas à craindre la rivalité de ses frères, car toi enfants mâles 'de la reine sont étouffés le jon leur naissance. Cet ostracisme, dont notre sexe ble frappé chez les Walindis, s'arrête cependan royauté et à la dynastie royale. Le gouverne des différents districts est confié aux hommes ont aussi leur armée, moins redoutable que des amazones, moins disciplinée, mais bien i rieure à toutes celles des autres peuplades.
Ces renseignements que je prie l'expédition péenne de transmettre, en mon nom, à nos divi Sociétés géographiques, détourneront, je l'es mes chers compatriotes de leurs desseins. J< supplie de renoncer à tout projet de délivranc( mon âme et conscience, ils ne peuvent rien moi.
Qu'on me laisse mourir dans ce pays oii j'e déjà quelque bien, où j'espère en faire davai encore. Walinda me retient prisonnier, il est phitôt que de me laisser quitter ses États, elle massacrer tout son peuple . Mais, lorsqu'il ne i pas de ma liberté, j'exerce une sérieuse infli
)rit. Elle se dépouille peu à peu de §â suis parvenu à lui faire abolir bien des ininaires; j*ai eu la joie de sauver des B victimes, j'espère en sauver d'autres, saviez à quels spectacles horribles j'asles premiers temps de mon séjour ici !
:te de sacrifier aux Dieux, c'est-à-dire à rpents élevés par les prêtres et les féti- ! de sang on a répandu sous mes yeux f fêtes a duré une semaine entière; la stait, entourée de sa garde pailiculière.
jour, on apporta cent prisonniers sur ) élevée en face du palais. Ils étaient ns d'immenses paniers, entassés pôleles et femmes, les genoux repliés jusm, les bras attachés en croix sur la poiiche tamponnée avec des feuilles. Sur > Walinda, la foule s'est approchée : rien ner une idée de l'animation, des gestes, DUS, des trépignements de cette populace lie joie répandue sur tous les visages !
pté dans le regard des amazones t Le cou
tojdu, la poitrine pi'ojetéo vers Testrade, le fnssonAani de plaisir, elles guettent leurs elles se repaissent à Tavanoe de la souffran victimes } leurs narines palpitent, leurs h s'entr'ouvreQt sensuellement.
Un nouveau signal est donnée les tambou entendre un roulement prolongé, un grand succède au bruit ; la reine, indolemment couc des oattesy se soulève à moitié et les sacrifie qui n'attendent que ce mouvement^ commence office. Ils retirent des paniers chaque prisonn après l'autre, l'attirent sur le devant de Testi montrent à la foule, et regorgent ou le décj Chaque exécution est accueillie par des cris ( des hurlements frénétiques: on trépigne, on on se roule par terre, on s'écrase, et les an délirantes, éperdues se précipitent vers la rc traînent dans la poussière et vont, en rampant, ses pieds.
Eh bien, j'espère, je crois, que ces sa 'û'aiuront plus lieu ! J'ai supplié la reine de n' |>ennettre, de n'en plus ordonner. J'ai éveill
itiments d'humanité dans son âme ; elle mV.
de m'épargner ces odieux spectacles ; elle a comprendre Tatrocité.
ez-moi 1 laissez-moi sauver de nouvelles 3, poursuivre la tâche que les circonstances mposée. Ne m'interrompez pas dans mon le régénération, d'apaisement, de pacification, i que j'arriverai à faire dans ce pays com- L peut-être le mal que j'ai fait en abandonux qui m'étaient chers, ceux que je n'aurais dû quitter.
1, adieu, mes chers amis, c'est du fond de eur que je vous remercie de vos efforts pour ouver et de vos projets de délivrance. Ils §las ! irréalisables : je ne puis pas être sauvé ; eux pas l'être. »
c Lorsque nous eûmes termiaé la lecture de ces notes, je me tournai vers de Morin et je lui dis :
— Le baron de Guéran ne vous rappelle-t-il pas Ladislas Magyar?
— Je me souviens du nom, répondit de Morin, mais je n'ai plus présentes à l'esprit les aventures auxquelles vous voulez sans doute faire allusion.
— Ce voyageur, répris-je, était un Hongrois au service d'un comptoir portugais du Benguela, sur la côte occidentale d'Afrique, vers le 13* degré de latitude au sud de Téquateur. Obligé de faire en 1849 un voyage commercial dans l'intérieur des terres, il eut le malheur de plaire à la fille du roi de Bihé, la belle Ozoro, qui usa de son autorité pour se faire épouser. Ladislas Magyar n'ayant plus reparu en Europe depuis cette époque, on a supposé
i74 LA VENUS NOIRE.
que la jalousie de sa femme, la surveillance qu'elle ^ée sur lui, le retenaient loin de sa fasa patrie.
voquant, me dit de Morin, ce souvenir Bt géographique, vous voulez, n'est-ce imi, bien établir que M. de Guéran est tmx de la Yéiiut noire ? J'émettais Cette [l'y a qu'un iastanti et vous la coid«
aent, mon cher, répliquai^je , vous ne dompris; je partageais^ au contraire, Ué Je Boutenaia seulement que les char** inda ti'ftvaient pu suffire à faire un Pari'* nter , se localiser en Afrique. Les notes [léran me fortifient dans cette pensé64 Le le chair comme nous, et bien capable u, par ôfdre et même par caprice, l'amant Mais cette fkible attache ne saurait l'em* )irer à la liberték II est absolument sinen convaincu, lorsqu'il parle de l'œuvre ion qu'il poursuit, M. de Guéran, le pro»
ul, je crois, de Livingstone, à dana les
LA VÉNUS NOIRE. i75
veines quélopies gotittes du dang de ce missionnaire afMcain. Ge n'est pas seulement la passion des découvertes qui a fait le baron abandonner son foyer, sa patrie et une femme aimée ; c'est aussi, c'est sur* tout la fièvre de Tapostolat, peut-être même la fiè«
|vre du martyre. Ne détruisez pas mon illusion : féproave une certaine jouissance à élever ainsi le mari de M*" de Ouéran. Je me refuse à penser que
f cette femme, au coeur droit, au jugement sûr, aurait
i choisi librement pour mari un simple coureur d*aven-
[ tares lointaines.
I •- ie détruirai d'autant moins cette illusion^ mon cher ami, me répondit de Morin, que Je la partage. h considère M. de Guéran, en sa qualité de mari, comme mon ennemi personnel, et j'ai pour principe de mettre mes ennemis sur un piédestal pour avoir plo« de mérite à les renverser lorsque je puis y parvenir. Ce n'est pas la première fois, du reste, que je songe à M. de Guéran : on m'a souvent parlé de lui en France, j'en faisais grand cas; je respecte
I ^ mémoire, et je veux aujourd'hui admirer sa con- •iuite. C'est un missionnaire, un apôtre, un martyr,
mais c'est aussi un original, un blasé isienne, des mœurs européennes. Nos ayant dévoilé tous leurs secrets, il n'a tre ressource que d'aller pénétrer de ystères sur un autre continent. A se ►yez-le bien, au milieu de cette ménageauves appelées des amazones, et auprès d splendide, amoureuse jusqu'à la féroest le maître et en même temps Tesmvera-t-il jamais en Europe unemaî- Hrange, un tel cadre pour ses amours, âge, autant de volupté dans l'air qu'il Ion, il le sait, et il obéit à ses goûts ut en croyant de bonne foi remplir ime la terre d'Afrique, îpliquai-je, nos deux opinions peuvent M. de Guéran est un missionnaire prale, si je puis m'exprimer ainsi. San:^ eux, il fait le bien, civilise les sauvage:
norale chrétienne. Mais il sait aussi mè ) au sacré, et passer le plus agréablele son temps d'apostolat. Nous voici
(Taccord. Mais lorsqu'il parle des dangers que nou$ devons courir chez les Walindis, de Timpossibil^té où nous sommes de le délivrer, le croyez-vous sincère?
— Oui. Ses renseignements sont de la plus stricte vérité. Il est persuadé que nous serons écrasés, broyés, coupés en petits morceaux, si nous essayons de le sauver; mais il se trompe. D'après lui, notre expédition ressemble à toutes les autres : nous sommes livrés à nos propres forces comme nous Tavons été longtemps; notre caravane se compose d'une centaine de porteurs et d'une faibl<> escorte. Il n'a pu deviner que nous disposions de cent cinquante soldats armés à l'européenne, el de plus de cinq mille hommes disciplinés par nous, fanatisés par leur roi.
— Alors, dans ces conditions, suivant vous, il ne faut tenir aucun compte de ses avertissements et de ses prières?
— Assurément. Du reste, mon cher, permettezmoi de vous faire observer que s'il plaît à M. de Guéran de se fixer en Afrique, d'y établir son do-
j 178 LA VÉNUS NOIRE.
>ral et d*y mourir, nous n'éprouvon» pas Boin. Nous voulons retourner chez nous ; »oute noué est onvr^rte ^ celle du Sud \ ions. Si nous rencontrons le baron dans ni mieux ou tant pis pour lui, mais il )U8 passions. Ali rightl comme disent lins. Elsi^<)e votre avis?
intièrement mon avis. M* de Guéran de-^ ssoire : tout en nous liauvant, nous le »eut-ôtre.
ément, ftt de Morin; de cette façon, il le pas à nous remercier. J'aime autant connaissance me gênerait, oris pu ajouter que si nous avions voulu A^alindis et rebrousser chemin, le roi s en eût empêchés pour nous entmîner à peine notre entretien fut*il terminé, que limes des cris formidables partant du lombouttous et poussés par toute Tarnt que nous discourions, Mounza péroi côté ; il avait réuni ses troupe s , et, se à Tusage des ohefe afi*icains, il leur fai*
sait une sorte de proclamation. Il disait ses griefs contre la reine des Walindis, vantait habilement la richesse de son territoire, la beauté des femmes qui le peuplaient, et demandait à ses soldats s'ils ne voulaient pas s'emparer de ces richesses et faire une razzia de superbes esclaves.
L'armée répondit comme toutes les armées répondent aux discours de leurs généraux, par des vivats. Le « /A, lA, Tcboupi, Ib, Mounza^ ibi » retentit frénétiquement, les tambours, les trompes s'en donnèrent à cœur joie, les arcs, les lances s'agitèrent, et les Mombouttous, sans attendre Tordre du départ, incendièrent leur campement et se disposèrent à marcher contre Tennemi.
Nous dûmes calmer cette belle ardeur et obtenir de Hounza qu'on se mit en route seulement le lendemain : nous avions encore quelques préparatifs à faire, et il nous paraissait dangereux, au moment oii la nuit allait venir, de franchir la frontière. I
L'heure du départ fixée^ il nous restait à prévenir H"* de Guéran de nos résolutions. Elle nous attendait : dès qu'elle nous aperçut, elle fit quelques pas
180 LA VÉNUS NQIRE.
à notre rencontre, et, sans hésitation, sans embarras, nous tendant ses deux mains :
, — Le docteur, nous dit-elle, m'apprend que, malgré les avertissements de M. de Guéran, vous êtes résolus à essayer de le délivrer?
— Mais non, madame, lit de Morin, vous vous trompez : nous n'allons délivrer personne; nous retournons simplement à Paris par le chemin le plus court.
— Nous n'en avons pas d'autre, ajoutai-ge, à moins de revenir sur nos pas et de nous fixer chez les Mombouttous pour le reste de notre existence.
Elle sourit, et nous regardant de son beau regard • plein de franchise, elle nous dit :
— Il est possible que vous parveniez à vous tromper vous-mêmes, à vous méprendre sui* les sentiments qui vous font agir. Mais je vous connais» je sais depuis longtemps ce qu*il faut penser de votre courage, de votre générosité, de votre abnégation. Amoindrissez-vous, si cela vous convient, je saurai vous grandir, vous garder dans mon cœur la grande place que vous méritez d'y occuper.
Soit ! J'accepte votre nouveau sacrilice 1 ne veux même pas vous remercier ; on ne cîe pas des gens tels que vous, on se boi admirer, aies aimer.
L'arrivée de Delange coupa court à cet c
— Messieurs, nous dit-il, donnez-moi un je suis excessivement embarrassé de mis Elle est venue me trouver tout à Theure, tente, et se précipitant dans mes bras : « docteur, s'est-elle écriée, protégez-moi, je supplie, contre moi-même. »
— Ah ! grand Dieu, fis-je en riant, que court-elle?
— Après une foule de circuits, de pi hésitations, elle s'est décidée à m'avouer q mait follement le roi Kadjoro.
— Nous nous en doutions bien un pc Morin.
— Est-ce qu'elle aurait manqué à ses demandai-je d'une voix sévère au docteur.
— Non, rassurez-vous, reprit Delange, encore pure, mais elle craint de succomber
m LA VENUS NOIRE.
du départ, au moment de 68 séparer pour toujours de l'objet aimé.
— Eh bien, s*écria de Morin, qu'elle succombe! Tant pis pour Kadjoro.
— Ah! m*empressai-je de répliquer, vous êtes ingrat, mon cher ami, envers ce monarque qui nous a comblé de bons procédés. S'il court un danger, nous devons Ten préserver ; seulement c'est à Delange de nous indiquer ce qu'il convient de faire.
— Si je le savais, je ne viendrais pas vous parler de mon embarras.
— Qu'avez-vous répondu à miss Pôles ?
— Ce que la morale, les convenances, l'intérêt de Kadjoro m'ordonnaient de répondre. J*ai rappelé notre compagne au sentiment de ses devoirs. « Pour une satisfaction éphémère, me suis-je écrié, ne compromettez pas, ô miss, une existence sans tache jusqu'à ce jour, ne souillez pas votre belle robe d'innocence sm» le sol africain, ne tachez pas votre blanche hermine. Si vous saviez quels remords vous VOUS préparez, quelle vie d'amertume ! *
LA VÉNUS NOIRg. 18*3
— Et un si beau sermon ne Ta pas convaincue ? demandai-je.
— Rien n'y a fait ; elle est plus exaltée que jamais.
— n faut renfermer, dit de Morin, elle est encore capable de nous ridiculiser.
— L'enfermer! répliquaî-je, c'est peut-être difficile dans un pays où les portes, et par conséquent les serrures et les verrous, manquent absolument. Mais Delange devrait se sacrifier, s'attacher jusqu'à de» main aux pas de miss Pôles, s'accrocher à sa blanche hermine, suivant sa propre expression, et, pour l'honneur des Européens, l'empêcher de se compromettre avec un nègre.
— Ah! s'écria Delange, vous m'en demandez trop, je me révolte à la fini Je vous suivais sans murmurer chez les Walindis, où nous allons certainement nous faire éoharper ; mais veiller pendant une soirée, inc nuit sur la vertu de miss Pôles, la défenfUti contre ses passions, la voir pleurer sur mon épaule, m'exposer à être pressé dans ses bras, à être écorcbé par ses lunettes bleues, c'est trop
Non, non, jamais 1 Ah! continua-t-il, quelle j'ai commise lorsque j*ai consenti à vous suivre, iplacer le docteur Desriouxi Quand je pense jourd'hui 25 novembre 1873, lorsque tant de )rs nous menacent, il est assis tranquillement s d'un bon feu, à côté de notre ami Pommeet qu'ils continuent tous les deux à planter des s épingles sur les cartes d'Afrique, à nous B de peuplade en peuplade, les pieds sur les its!
Bast! ils ne nous suivent peut-être même &t M. de Morin, ils nous ont sans doute. our
* de Guéran, qui avait assisté à notre entretien
outait en souriant les folies de Delange, crut
r défendre Desrioux :
Il ne nous a pas oubliés, fit-elle, et sans sa
, qu'il ne pouvait quitter, il serait auprès de
partagerait nos dangers.
novembre. — Le soleil vient de se lever étince^
*adieux. L'année de Mounza est déjà en marche;
la suivons.
' X Le roi des Maleggas n'a pris congé de nons qu'à l'extrême limite de ses États. Nous nous sommes séparés avec regret de ce chef intelligent, hi et relativement civilisé, qui s'est montré parfait notre caravane. Il avait de son côté des larmes dans les yeux en nous quittant, nous serrait les mains avec chaleur, et nous saluait encore lorsque nous étions déjà loin de lui. Miss Pôles prend naturellement pour elle tous ces saints, et, afin d'y répondre, elle envoie des baisers à travers Tespace. Mais Belange, malgré ses protestations, a fmi par se constituer le gardien de cette vertu chancelante, et il assure que ces baisers aériens sont les seuls que miss Pôles se soit permis. Nous accueillons avec joie cette bonne nouvelle ; l'un de nous peut p4 la vie pendant ce périlleux voyage, mais notre (
arait égarer son honneur en chemin, ivait pas trompés : le pays que nous intenant ne ressemble en rien au tereggas. Plus de pâturages, plus de
jolis villages sur des pentes boisées ; îs rochers, des fragments anguleux >nt remplacés. Nous foulons évidemmne chaîne de la montagne qui déjà lorizon. Une puissante secousse vdl-
produire autrefois : une partie de la
détachée, s'est aplanie en quelque ) aujourd'hui le sol pierreux, inégal, reusé sur lequel nous marchons. Mais )t tellement puissante dans ces conarbres grandioses s'élèvent au milieu liiquetées et sauvages, que les pal es écaillés, terminés par un éventai
dressent mêlés aux aloès, sur les ats.
ire, dans ce demi-désert, est étoufne trace au pied des rochers qu'un© ible) la teri-e semblé se pâmer sous
l'action de la chaleur. Notre armée se déroule lentement, comme un long serpent, au milieu de toutes les sinuosités de la route. On marche en silence, pas à pas, les armes à la main, prêt à tout événement. Un corps d'éclaireurs, organisé par de Morin, doit nous signaler le danger. L'armée se compose de plusieuw bataillons, divisés eux-mêmes en détachements. Nous occupons le centre de cette cohorte avec notre escorte particulière et les Mombouttous que nous avons armés de fusils. Mounza, qui n'est pas entièrement guéri de sa blessure, est au miheu de nous, porté sur un pavois. M"® de Guéran repose dans un hamac suspendu à de grandes perches que supportent les épaules de huit Nubiens, marchant d'un pas cadencé. Delange, de Morin et moi nous sommes à pied, le dernier cheval qui nous restait ayant été attaqué chez les Maleggas par la mouche tsetsé, sorte d'insecte dont la piqûre, inoffensive poiir l'homme et les animaux sauvages, est mortelle pour les chevauxi Enfin Joseph qui, par indolence naturelle, prolonge sa convalescence, s'étale sur le dos d'un bœuf devenu bête de somme. Tout lé troupeau le
il est devenu considérable, grâce aux larle Kadjoro. Nous ne pouvons pas compter jspitalité des Walindis, et nous avons pris cautions en conséquence. Notre caravane et sont abondamment pourvues de bétail et de car nous avons obtenu de Mounza qu'on ne [*ait à aucun pillage tant que nous ne serions qués.
le paraît pas, du reste, s'y préparer : perle s'oppose à notre marche, personne ne otre approche. Le long des villages que nous s sans les traverser, les habitants se réunisa contraire, pour nous voir passer. La reine a aurait-elle changé d'idée à'notre égard, ou tend-elle que nous soyons plus avancés dans > pour nous combattre, et réunit-elle en ce t son armée? Cette dernière îiypothèsè est la 'obable.
laturels de cette contrée ont évidemment con- I de leur force et ne sont plus tourmentés de 'aintes à l'approche des étrangers. Aussi lorslus les voyons réunis, nous arrive-t-il souvent
à Delange, à de Morin et à moi, de nous détacher
de Tannée et de les étudier de près. C'est une belle
*>' . -' race, supérieure encore aux Malegj^^^^ . ' nous
avons cependant admiré la beauté physique^i:*.
' ^" ' facial est complètement droit, le front assez vaste,
les lèvres épaisses sans bourrelet, les dents belles
et bien rangées; si le nez n'est presque jamais
aquiiin il est du moins délicatement arrondi.
La nudité la plus complète semble obligatoire dans toute la peuplade, d'où Ton semble avoir banni les peaux de bêtes les plus étroites^ le feuillage le plus léger. Quelque souverain, pour permettre à son peuple de se développer en toute liberté, de s'épanouir sans aucune entrave , aura décrété une loi somptuaire des plus radicales.
Nous ne sommes pas encore en présence des véritables amazones, celles qui font partie de l'armée active, comme nous Ta écrit M. de Guéran; nous n'apercevons çà et là que des amazones sédentaires, des espèces de gardes nationaux au service des chefs de district. Cependant ces femmes, pour ainsi dire d© ^econd§ ç^tégopie, sernippt, comme modèles, re-i
nos sculpteurs; Le cou est bien iules larges, les bras sont parles hanches nettement dessinées, ses, la saillie des muscles trèst superbe! disait Delange, tou- ►n devant ces belles statues en naturelles de cette contrée sont e Vénus. Cette déesse de Tantireouxi dieu nègref, dontlamythoi, ne nous a point parlé. »
autres peuplades, les femmes de les de tout vêtement et de tout
un grand luxe dans leur coiffure, is, abondants, crêpés plutôt que us dans une sorte de filet ou de 'arbre. Au lieu de retomber sur 3t les épaules, toutes les nattes, [•rantes se ramènent sur la tête, sur les autres pour former une cheveux, une sorte de matelas ue, capable de résister aux coups assénés. La plupart de ces cas-
ques d'un nouveau genre sont frottés d'ocre rouge, teinture naturelle provenant de Targile déposée par , les eaux dans les ravins du pays . Quelques femmes coquettes teignent aussi en ocre leurs paupières, leurs sourcils ; on est tenté de les prendre de loin pour des rousses à peau noire, bizaiTerie que la nature, malgré ses excentricités, ne s'est jamais permise.
Nous parvenons à pénétrer aussi dans quelques huttes du pays , entourées de trois murailles circulaires comme de véritables bastions, et surmontées d'une toiture sphérique construite avec des roseaux, reliés entre eux par une herbe souple et fine. Lorsqu'on s'est accroupi, et qu'à quatre pattes on parvient à franchir le trou qui sert de porte aux cabanes, oii éprouve un bien-être indéfinissable : à la chaleur équatoriale du dehors succède une bienfaisante fraîcheui'. Au bout d'un instant, cependant, on voudrait fuir : on cherche la porte, ou plutôt le trou. Ces* que deux ou trois tisons placés dans un coin de la cabane l'enfument constamment pour la débarrasser des moustiques et dessécher les peaux (^'animaux qui
terre. Je remarque plusieurs mbreux, nous dit-on, dans que les amazones sont char- » peuvent gagner à la loterie celle de la guerre , le mari
ze journées de marche dans s encore aucune nouvelle de 3lle ignore absolument notre , ou qu'elle dédaigne de s'en trame certainement quelque istrict , dans la crainte que ùient à notre approche. Tous )utes les femmes en état de des villages. Il n'y reste plus vieillards , qui grimacent en épondre à nos questions. Il m vide effrayant.
e mot de cette terrible énigme :
rois journées de marche nous 1 résidence royale. Du reste s le sud-est servent de fron-»
iières à TUlindi, se dressent à une dizaine de lieues. Oa distingue leurs crêtes, on se rend compte de leurs sinuosités; au premier plan et au centre, le mont Maccorly on Ca^oli qui peut avoir de cinq à six cents mètres de hauteur; derrière, deux longues chaînes superposées Tune sur Tautre, et dont les pics se perdent dans le ciel. Elles remontent au nord-nord-ouest et descendent au sud-sud-est, sur une étendue de trente lieues environ.
Nos longues-vues n'interrogent pas seulement cet horizon lointain; elles fouillent de tous côtés, elles étudient tous les replis du terrain. Nous faisons nous-mêmes le métier d'éclaireurs et nous ne laissoiœ l'armée s'avancer qu'après de fréquentes reconnaissances. Cette armée nous étonne, du reste ; a-telle conscience du danger qu'elle court et nous obéitelle instinctivement? La discipline que nous avons essayé d'y introduire a-t-eile priiî un grand empire sur ces sauvages? Ou bien encore se. recueille- 1elle à ridée de faire une grande razzia de belles prisonnières, et de manger les plus appétissantes ?
Quoi qu'il en soit, personne ne s'éloigne dn ç\\en
194 LA VÉNUS Pft)IRE.
min que nous traçons à l'avance, aucun vol n'est commis, aucune querelle ne s'élève; les habitants, les demeures sont respectés. Nous en sommes heureux : vienne la bataille, le bon droit sera pour nous!
De tous les Mombouttous, Mounza^ qui devrait donner l'exemple du calme et du sang-froid, eèt certainement le moins docile, le plus agité. Sans M"** de Guéran, occupée sans cesse à le calmer, il aurait déjà brûlé qudque village, massacré bon nombre d'habitants. Son ihaction lui pèse, rinconnu rénerve, le silence, le vide qui se font de plUë ërl plus autour de nous l'inquiètent ; il voudrait sortiJr, même au prix d'une imprudence, de la grande ntlit dans laquelle nous marchons.
Depuis qu'il reçoit aussi M"« de Guéran, dont les forces renaissent, depuis qu'il marche à ses côtés et qu'elle lui parle, sa folle pasâion semble être revenue.
Quelle situation, grand Dieu! Si noud sommes attaqués et vaincus par les Walindis, c'est la morl ! Si nous gommes vainqueurs, il faudra de nouveau
livrer bataille à Mounza pour reconquérir notru liberté... et nous Tavons armé contre nous!
Quatre- vingts de ses meilleurs soldats ont des carabines et des revolvers, toutes ses troupes savent maintenant à peu près combattre, et il peut les, commander; nous lui avoîis appris tout ce que nous savions ! De Morin me fait part en secret de ces . craintes que je partage.
Delange continue à déplorerj très-gaiemeht du reste, que le docteur ÏDesrioux, par amour filial, ait cru devoir l'envoyer voyager à sa place. Il en veut surtout à Pommerelle qui, après s'être risqué jusqu'à Monaco une fois dans sa vie, n*a pas eu la bonne pensée de faire deux mille lieues de plus pour noua apporter du renfort et quelques cigares. « C'est, ditil, un égoïste, il préfère roucouler auprès de sa blonde maîtresse, qui finira un jour par le planter là ! Et il n'aura pas vu TUlindi ! Un pays de femmes* admirables, mais insaisissables ! »
Miss Pôles ne dit rien ; ses pensées, ses regrets, son désespoir amoureux la préservent de toutes ci-aintés. Elle marche à la mort et ne la voit pas.
iOC LA VÉNUS NOIR R.
Peut-être la désire- 1- elle ! Sans Kadjoro, la vie lui e$t à charge.
Joseph, au contraire, se rend compte de la situatjon et proteste du haut de son bœuf. Mais de, Morin lui fait de nouveau observer qull .est libre de s'en retourner seul rue Taitbout.
11 décembre. — Ce matin, vers cinq heures, j/^i quitté ma lente pour jeter un coup d'œil sur l'horizon. De grandes masses confuses s'agitent le long des coteaux qui nous entourent. L'armée des Walindis a profité de la nuit pour qqus rejoindre, et elle essaie de nous envelopper, »
Le journal de l'expédition européenne se trouve l,rusquement interrompu à la date du 11 décembre, ou plutôt, à partir de cette époque, les notes de vpyage prises pajr M, Périères sont tellement coa-
cises, qu'elles ne pourraient suffire à notre récit. Pour raconter avec quelques détails les événements qui vont se suivre avec rapidité et précipiter le dénouement de celte longue histoire, nous avons recoure à des renseignements recueillis dernièrement auprès des personnes les plus autorisées à nous les donner.
M. Périères, dès qu'il eût constaté Tapparitibn de l'armée des Walindis, courut prévenir MM. de Morin et Delange.
— Eh bien ! j'aime mieux cela, dit ce dernier, il fallait en finir.
— Nous allons être attaqués au lever du soleil, fit de Morin ; c'est ainsi que les peuplades noires, lorsqu'elles font la guerre, aiment à saluer cet astre. Vite, éveillons le camp et prenons les^ armes.
— Vous ne voyez, demanda de Périères, aucun moyen d'éviter celte lutte qui menace d'être terrible?
— Je ne vois absolument rien, répliqua de Morin, et cependant j'ai assez cherché, car je prévois,
ps, le cas qui se présente ce matin.
— Si nous tentions d'envoyer des parlementaires à la reine ?
— Elle les recevrait à coups de flèches. Puis, que lui diront nos ambassadeurs ?
— Ils feront remarquer que l'armée des Monbouttous n'est coupable d'aucun méfait sur le territoire des Walindis, qu'elle a respecté les habitants et leurs biens, qu'elle s'est conduite en alliée plutôt qu'en ennemie^ et ils proposeront de nouveau une alliance.
— Soit ! J'admets cette dernière tentative, à condition l;outefois que nous soyons nos propres ambassadeurs : en notre quahté d'hommes blancs, nous pouvons seuls avoir quelque influence. Mais si on nous attaque en route, si on nous tue avant que nous ayons rejoint la reine, si elle nous retient prisonni^[*s, car il ne faut pas trop compter, n'est-ce pas, sur son respect pour les parlementaires, que deviendront, sans nous M""® de Guéran, notre caravane, Mounza et son armée î
— En effet, dit le docteur, votre concours à tous deux nous est on no peut plus précieux, votre mort
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I OU votre disparition répandrait le découragement chez les Mombouttous et les Nubiens. Mais je ne suis pas comme vous indispensable à tous ; je puis mourii* ou être fait prisonnier sans grand inconvé-, nient, et j'offre de me rendre seul auprès de Waliada... Oh! ne vous récriez pas, gardez-vous de m'admirer. La curiosité surtout me guide en ce mo- I ment : je suis tourmenté depuis longtemps du désir I de me trouver face à face avec cette belle reine dont je suis le parrain, puisque je l'ai baptisée du nom de Vénus noire. Je veux me rendre compte, par moi-même, de sa beauté, et cela sans tarder, car une de nos balles peut dans un instant défigurer ma filleule, ou faire un simple cadavre d'une jolie femme. Donc je pars seul et sans armes, c'est plus prudent. Cherchons seulement avçc nos longues-vues de quel coté se tient Walinda; je n'ai pas envie de me promener à sa recherche au milieu de toute cette armée. MM. de Morin et Périères n'essayèrent pas de détourner le docteur de son dessein ; capables d'agir comme lui, ils trouvaient sa conduite des plus naturelles. Sans compter beaucoup sur la démarche
rie leur ami, ils recotinaissaient cependaiit aus^i qu'on devait tout tenter pour empêcher Taffretix massacre, l'immense boucherie qui se préparait.
Ils ne donnèrent aucune instruction à Delâng^, ne sachant trop que lui «lire et s'en rapportant à son intelligence, au calme imperturbable dont il avait fait preuve si souvent.
Pendant que le nouveau parlementaire se dirîg'eait tranquillement vers un monticule situé à cinq cents mètres environ, éclairé par les premières lueurs du soleil levant, et paraissant devoir être le point central de la ligne de bataille développée devant nous, MM. de Morin et Périères, sans perdre de temps, mettaient à exécution un projet qu'ils venaient de concevoir.
Le terrain sur lequel ils avaient passé la nuit, et qui allait probablement servir de champ de bataille, ressemblait à un grand cirque de forme oblongue, entouré au nord, à l'est, et à l'ouest, de collines s'élevant graduellement, et borné au sud, dans toute sa largeur, par une montagne haute de cinq à six cents mètres.
Périèi'es- avait conçu la pensée d'appuyer l'armée contre ce dernier rempart et de creuser dev^t elle de profonds retranchements. Grâce à ce système de défend, les Walindis ne pourraient plus entourer leurs ennemis, comme ils l'auraient fait si ceux-ci étaient restés au milieu de la plaine ; en même temps, la caravane européenne et une partie de Tannée des Mombouttous, se trouveraient protégées par une forteresse oii, en cas d'insuccès, on pourrait combattre en désespérés jusqu'à la dernière heure.
Pendant que soldats et porteurs, tous les gens capables de manier une hache ou de creuser la terre avec leurs mains, travaillaient au salut commun, de Morin regardait attentivement la montagne qui se dressait devant lui et disait :
— Quel dommage que cette superbe muraille soit infranchissable ! Nous pourrions nous sauver de ce côté sans nous battre, fuir le territoire des Walindis et gagner le lac Albert.
— Faisons sauter ce bloc de rocher, répondait en
riant Périères ; il bouche peut-être l'entrée de quelque long défilé.
— Je crois, cher ami, répliquait de Morin, qu'en ce moment notre poudre doit être employée à un meilleur usage.
Quant au docteur il continuait tranquillement sa course à travers la plaine sans le moindre compagnon de voyage. On avait voulu lui adjoindre Nassar, mais il s'était empressé de le refuser, sous le prétexte que s'il voyait la reine il verrait aussi M. de Guéran, et qu'il préférait avoir le baron pour interprète.
Il ne s'était pas trompé : son compatriote devait lui venir en aide. Accueilli d'abord par un grand nombre de flèches, Delange, constata bientôt qu'elles devenaient de plus en plus rares. Elles cessàrent même de voltiger autour de sa tête , et lorsqu'il Tut à cent mètres du groupe qu'il s'était promis d'atteindre, quelqu'un s'en détacha et se dirigea vers lui.
CTctait un homme d'une quarantaine d'années, ^n-and, maigre, un ' peu courbé. Malgré son teint brani par le soleil, ses cheveux incultes, sa longue barbe, les vêtements en lambeaux qui le couvraient à peine, on reconnaissait aux lignes de son visage, à ses traits énergiques et distingués, à quelques signes indélébiles, qu'on était en face d'un homme de race.
n s'avança vers DeJange et, soulevant un képi échappé à bien des naufrages, il dit en français et d'une voix émue :
— Vous faites partie, monsieur, de l'expédition qui s'est mise si généreusement à ma recherche ?
— Oui, monsieur, fît le docteur qui s'était aussi dccouvert, car j'ai probablement l'honneur de parler au baron de Guéran 1
— En effet, je suis le baron de Guéran ; à me voir dans cet accoutrement on ne s'en douterait pas, ajouta-t-il avec un fin sourire. Et à qui ai-je Thonneur, moi-même, de parler? C'est bien le moins que jç connaisse votre nom, monsieur, pour ne jamais Toublier.
—Le docteur Delange, un Français et un Parisien.
— Ah I Et vos amis, je vous prie ?
— M. de Morin et M. Périères.
— Merci; ces trois noms sont pour toujours gravés dans ma mémoire. Maintenant, permettez-moi d*arriver droit au but, le temps presse. Je n'ai obtenu que bien difficilement de pouvoir m'entretenir un instant avec vous. Malgré mes conseils, vous avez persisté à vouloir me sauver. Soit ! J'aurais peut-être agi de la même façon à votre place* Mais que désirez-vous en ce moment? Pourquoi vousêtesvous avancé seul de ce côté î
— Je voudrais voir la reine, lui proposer - la paix par votre entremise, éviter, s'il est possible, un €x>mbat meurtrier.
— Vous n'y parviendrez pas, la reine est furieuse
contre les-Moinbouttous qui ont envahi son territoire, et dans sa colère elle vous confond avec ses ennemis. Depuis quinze jours, prévenue de votre arrivée dans rUUndi, elle veut vous combattre. Toute sa tribu le veut avec elle; ses sorciers, ses féticheurs ont ordonné la guerre, ils la prêchent conune on prêchait autrefois la guerre sainte, et je suis impuissant, hélas ! à détourner de vous les maux qui vous menacent.
— Mais, comme vous l'écriviez, demanda le docteur, serons-nous donc nécessairement vaincus?
— Oui ; je le crois fermement. Les forces dont dispose Walinda sont considérables. • • Ah ! vous me rendrez au moins justice, ajouta M. de Guéran en saisissant la main du docteur, j'ai fait tout ce qui dépendait de moi pour vous empêcher de venir ici... et dire que je ne pourrai même pas combattre à vos côtés!
— Quoi ! n'allez-vous pas vous joindre à nous î demanda Delange.
~ Me joindre à vous ! Ne l'aurais-je pas fait déjà, si je l'avais pu I Retournez-vous et voyez cette
troupe de femmes qui nous guettent et nous épienl. Cent mètres à peine nous séparent d'elles. Si je faisais un pas de plus, si je dépassais les limites qui m*ont été tracées, si je tentais de me rapprocher de votre camp, à l'instant même toutes mes geôlières s'é nt sur nous, et me ramèneraient vers la
reine, après vous avoir massacré. . Voyons, il en est temps encore : que vos amis renoncent à me déli* vrer, qu'ils repassent la frontière ; peut - être obtiendrai-je qu'on vous laisse partir sans vous attaquer.
— Ce que vous conseillez est impossible : le roi des Mombouttous veut se mesurer avec Walmda et nous ne le persuaderons jamais de battre en retraite. Si la reine persiste à lui refuser une entrevue et une alliance, il l'attaquera lavant même qu'elle l'attaque.
— Elle refusera comme elle a déjà refusé,
— Alors le combat est inévitable.
— Inévitable, vous dites vrai.
— Et c'est la défaite, la mort pour nous? demanda le docteur.
M. de Quéran bai&sa la têèe el garda le silei Alors M. Delange lui dit d'une voix leute el s'a tant sur chaque mot z
— Vous savez qtjë nous avons deux femmes h ches avec nous?
— Oui, on Ta dit à la reine. Ce sôflt vbé femi sans doute. Vous voyagez cotnnie a lotigteitipfe Vô^ mon vieil feimi Llvihgstohe, el comme Voyageait cofe Baker, lorsque je Tài vu pour la dernière f
— Vous vous trompez, fit brusquement Délai nous voyageons avec la baronne de Guéran, v femme.
— Ma femme ! ma femme ici ! balbutia le ba c'est impossible !... c'est impossible !
Delange l'interrompit :
— Je vous donne ma parole, flt-il, que je vou dit l'exacte vérité.
— Ah ! la vérité, c'est la véritév. . Elle est là ! ft3mme est là! répétait M. de Guéran^ stupé V^erdu, chancelant.
— Oui , continua Delange , M"** de Guéran ei
; cents mètres environ de nous, au pied de cette
tagne, au milieu de cette armée.
Comment a-t-elle pu arriver jusqu'ici? Com-
t a-t-elle osé... je ne comprends pas, je...
s'arrêta, Témotion brisait sa voix. Le docteur
à son secours :
Elle a formé, dit-il, une expédition dont mes
; et moi avons l'honneur de faire partie, et dequatorze mois cette expédition est à votre re-
che.
>ut à coup M. de Guéran qui, pour ne pas tom-
s'appuyait sur l'épaule du docteur, se redressa. Je veux la voir! je veux la voir! criait-il; on
iuera, peu m'importe. Je veux la voir! venez!
entraînait Delange, qui comprenant le danger,
siit le retenir.
ûs, à peine eurent-ils fait quelques pas tous les
, qu'une centaine d'amazones s'élancèrent en
ant vers les deux Français, les rejoignirent et, les arrêter, sans les toucher, se rangèrent sur rangs et formèrent un cercle autour d'eux.
Il devenait, dès lors, impossible de franchir "^♦^'^ enceinte vivante, cette triple muraille humain< rissée de pointes en fer, car toutes les ama ^ étaient parées de leur costume de guerre.
M. de Guéran avait recouvré une partie di sang-froid.
— Vous le voyez, dit-il au docteur, je ne
avais pas trompé, je suis prisonnier et, ajout
en montrant les amazones, j'ai de terribles ge<
I Hais la reine s'avance vers nous, le temps p
■ écoutez-moi... Je persuaderai à Walinda que
wk voulais pas fuir avec vous... Je réclamerai vot
» berté et je l'obtiendrai... Mais c'est tout... N'es
pas de lui parler, ne lui proposez pas la pai
serait avouer votre faiblesse et vos craintes. Du
elle n'est plus libre de ne pas faire la guerre
armée est trop surexcitée. . . Dès que vous le
rez, retournez auprès des vôtres. .. auprès des mi
Vous serez attaqués dans un instant... Défe
vous, luttez, essayez sui«tout de tenir l'ennemi
tance ; évitez tant que vous pourrez une lutte
à corps,,. Ces forantes gont terribles lorsqi
peuvent joindre leur ennemi, Tétreindre, l'enlacer. .. Dès que la bataille sera engagée je serai plus libre, moins surveillé. Mes geôlières et la reine elle-même m'oublieront dans l'ardeur de la lutte; rôdeur du | sang les enivrera, les affolera. . . Je profiterai de ce moment pour fuir, poui» vous rejoindre. . . Si je meurs, au moins je mourrai auprès de vous, auprès d'elle. . . Voici la reine. |
Walinda s'avançait, grave, tranquille, majestueuse, entourée d'une nouvelle garde. '
Le cercle s'ouvrit devant elle et, sans se préoccuper de Delange, elle marcha vers son prisonnier, j l'interpella vivement et s'entretint avec lui.
Pendant ce temps, le docteur la regardait; il n'avait rien de mieux à faire. Voici le portrait qu'il a tracé d'elle et qu'on nous a communiqué :
<c Elle m*a rappelle, dit-il, certaine reine de nos féeries parisiennes, la belle Delval, qui lit longtemps les délices de la Porte-Saint-Martin. La reine des Walindis a la même taille qij'elle, les mêmes épaules léveloppées, le même buste admirable, les hanches aussi bien dessinées, toutes les attaches aussi
parfaites ; mais, comme elle lui est supérieure par la fermeté des chairs , la saillie des muscles , la netteté des contours! Quelle souplesse dans tous ses mouvements! Quelle grâce et en même temps quelle force!
t Oui^ c'est une Vénus, une admirable statue de bronze moulée par un grand sculpteur, mais une statue animée, où. Ton voit circuler le sang et d*où la vie déborde. Et quelle tête expressive, pleine de caractère, plantée sur ce beau corps ! De longs ché-
\ veux, noirs comme du jais, dédaigneux de la mode du pays et dégagés de toute entrave, couvrent ses épaules et ses reins comme un manteau de soie ; tm front large, cairé, sans aucun pli; un teint chaud, un peu cuivré, le teint d'une Indienne métisse ; des soureils épais qui se rejoignent; de grands yeux
^ noirs allongés, au regard doux, langoureux en ce moment, énergiques, cruels l'instant diaprés, dos yeux qui pleurent, qui fascinent et qui foudroient ;
' un nez délicatement arrondi et terminé par des narines cpie la moindre émotion fait tressaillir; de pe-
■pies dents fines, aiguës, étalant leur blancheur der-
^i^ LA VÉNUS NOIRE.
ire des lèvres épaisses repliées sur elles-mêmes d'un rouge de sang ; dans le sourire tout à la foià
la grâce et de la cruauté. Je n'ai jamais rien vu, >ait en terminant ce portrait M. Delange, je ne rrai jamais rien d'aussi pittoresque et d'aussi au; ébloui et tout entier à mon admiration, j'avais solument oublié que je me trouvais dans ^une siition des plus périlleuses • »
La reine lut-elle cette admiration dans le regard
docteur qu'elle examinait depuis un instant ? Fut^ e flattée et entraînée vers la clémence que Itti Eiseillait énergiquement M. de Guéran, ou bien se -elle qu'elle pouvait laisser sans imprudence le élémentaire des Mombouttous s'éloigner, puisque os un instant, une fois (a bataille gagnée, il allait levenir son prisonnier? Le docteur ne chercha 5 à résoudre ces questions ; il n'en aurait pas eu temps du reste : une brèche se fit dans la muraille maine qui l'entourait , et Walinda , étendant \^ is, lui ordonna d'un geste de s'éloigner.
On le mettait tout simplement à la porte sans lut pir mêmp fait l'honneur (Je lui adresser la parole
Baie cral pas devoir réclamer, toisa une dernière fois la reine de la tète aux pieds, pour bien s'impré- ^er de ses formes, échangea un regard avec le baron devenu impassible, et s'éloigna, en jetant toul^is des coups d'oeil indiscrets sur la muraille éle- 'vée des deux côtés du chemin.
- Un quart d'heure après , encore charmé de tout ce qu'il avait vu, il rejoignit ses amis. Ils avaient bien employé leur temps pendant son absence : un fossé, de cent mètres environ d'étendue et d'un mètre de profondeur, partant du pied de la montagne et formant un demi-cercle autour d'elle, avait été creusé pai* toute l'armée. La terre retirée de ce fossé et rejetée aur les bords, formait un remblai, qui pouvait préserver des flèches et, sinon empêcher, du moins rendre plus difficile un assaut. Des troncs d'arbres, des blocs de pierre, tous les bagages de la caravane, les débris du campement de la veille, se dressaient aussi çà et là comme autant de forts détachés. Une de ces barricades, construite anrec plus de soin que les autres, au pied de la Biontagne, et formant une seconde enceinte dans la
^premièrey devait servir d'abri à M"* de Guéran, à ses servantes^ aux malades de la caravane et plus tard aux blessés*
Aux extrémitéa du demi-oercle , deux bataillons Dommandés par les meilleurs officiers de Mouûza étaient prêts à marcher contre l'ennemi» Le roi, à la tète d'une troisième troupe, se réservait de potier secours aux deux premières, lorsqu'elles se trouveraient en périh Quant aux Européens, aux Nubien», aux Dinkas, aux quatre-vingts Mombouttous pourvus ,f armes à feu, on les destinait à repousser les assauts ; ils ne devaient pas quitter la grande en* 3einte où, du reste, Périères et les interprètes arabes se chargeaient de les retenir et de les di* riger.
M. de Morin se tenait aux côtés de Mounza en qualité de général en chef, et Nassar leur servait d'intermédiaire et d'aide de camp.
Sous le prétexte que chez les Walindis les femmes se battaient, miss Pôles voulut avoir sa part des dangers communs. Elle s'était fait un costume de (aalaisie, semi - bourgeois , semi -guerrier j tenait
(fiine main une lance, de l'autre son inséparable revolver. Elle aurait pu passer, à la rigueur, pour une amazone si elle avait été plus court -vêtue et un peu mieux faite, « un peu seulement», disait poliment Delange. Droite, immobile sur la barricade construite à Pintention de M*"' de Guéran, on était tenté de la prendre pour ime engeigne ou un mannequin destiné à effrayer les oiseaux.
Seul, Joseph n'avait pas offert ses services \ il se prétendait atteint d'un accès de fièvre t€ rrible, et geignait dans un coin de la seconde enceinte, derrière une troisième barricade qu'il avait construite pour 8<m usage particulier; son bœuf de selle près duquel il s'était couché, devant aussi lui servir de dernier rempart.
Vers sept heures du matin, l'armée des Walindis s'ébranla : des masses compactes descendirent à la fois de tous les coteaux, envahirent la plaine et se dirig^ent vers le camp retranché qu'on venait de construire.
Grâce à sa longue-vue, de Morin reconnut qu'il ne s'agissait encore que des troupes maseuUneSi Wa-
liada ménageant ses forces, réservait sans doute ses amazones pour frapper un grand coup.
Arrivés à trois cents pas environ du campement, les archers Walindis poussèrent d'immenses clameurs, tendirent leurs arcs et lancèrent leurs flèches. Aucune d'elles n'atteignit le but. Ils s'aperçurent de leur insuccès, firent encore une centaine de pas en assez bon ordre et décochèrent de nouveaux traits : les uns passèrent au-dessus du campement pour se briser contre les parois de la montagne, les autres se plantèrent dans le sable qui formait comme un bourrelet autour du fossé.
— 'Je constate, au nom de tous, dit de Morin en se tournant vers les Européens, que jusqu'à ce jour nous n'avons fait aucun mal à cette tribu, et qu'elle vient de nous attaquer. Nous sommes, dès lors, daus notre droit de défense, et nous allons en user.
Il échangea quelques mots avec le roi ; celui-ci donna des ordres et aussitôt les flèches des Mombouttous prirent leur volée dans les airs. La plupart arrivèrent au but et le désordre se mit dans les rangs des Walindis.
iCe premier succès devait perdre Mounza : impatient de combattre, lurieux de l'inaction à laquelle il était depuis si longtemps condamné, il ne se con*. tenta plus de décimer les bataillons ennemis à coups de flèches, il s'élança contré eux suivi de son petit corps d'armée.
Le premier choc fut terrible : les deux troupes brûlaient depuis si longtemps d'en venir aux mains, de se dévorer!
Trois fois les Walindis, qui combattaient sous les yeux des amazones et désiraient vaincre sans elles, parvinrent à repousser les Mombouttous jusqu'à leur retranchement; trois fois ils furent à leur tour obligés de reculer.
Les Européens ne pouvaient prendre une part active à cette lutte. La mêlée était trop compacte, les combattants trop pressés : les balles des carabines couraient le risque de frapper un allié et un ami.
Mounza, armé de sa hache d'armes, se conduisait comme un héros de notre ancienne Gaule, à l'époque des grandes luttes corps à corps. Imparfaitement
guéri de sa blessure, dans Vimpossibilité parfoia de se tenir debout, il se tramait sur ses genoux, rampait de groupe en groupe, frappait ses ennemis aux jambes, les fauchait avec sa hache, et faisait une grande moisson autour de lui. Quelquefois aussi il se relevait, redressait sa haute taille, planait sur ses soldats et ses ennemis, jetait un long regard sur le campement des Européens^ semblait y chercher quelqu'un et, oubliant sa blessure, poussant un cri terrible, bondissait au milieu d'un autre groupe.
Tout à coup un cri plus terrible que les autjres retentit; des plaintes, de longs gémissements lui répondirent, puis on vit les Mombouttous se disperser, se sauver dans toutes les directions.
Le roi venaii à son tour d'être mortellement blessé.
Un coup de hache avait fracassé le genou gauche de l^founza, une pointe de lance avait profondément
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pénétré dans son flanc droit et, de ces deux blessures larges, béantes, coulaient des flots de sang. Cependant le roi combattait encore : il n'attaquait plus fiuieusement, mais il se défendait; il tenait ses ennemis à distance, il les empêchait de s'approcher de lui pour l'achever. Impuissant à se redresser, le corps rivé à la place où il était tombé , son buste sanglant à peine soulevé de terre, il faisait encore tournoyer sa hache de combat et elle paraissait si terrible dans sa main, il jetait de tels regards sur les Walindis, il poussait de tels rugissements qu'un grand vide s'était fait autour de lui.
Peu à peu cependant la meute qui l'entourait se rapprocha; elle savait que sa proie ne pouvait lui échapper, mais elle avait hâte de la saisir. Elle s'avança doucement, prudemment, silencieusement, prête à bondir dès qu'elle vei*rait Mounza faiblir.
Alors M. Périères, suivi d'une dizaine de Momluttons armés de revolvers, s'élança tout à coup du campement et courut au secours du blessé. Il était temps : Mounza avait fait pour se défendre de tels efforts, que ses blessures s'étaient démesui'é-
ment agrandies et qu^affaibli pai* la perte de son sang, il venait de s'affaisser sur le sol. Plusieurs soldats le soulevant dans leurs bras, Tentraînèrent vers le campement, tandis que M. Périères et le reste de sa petite troupe tenaient à distance la meute furieuse et hurlante. '
On parvint à transporter le roi dans l'enceinte réservée à M"*' de Guéran,aux malades et aux blessés. Mais le docteur Delange s'aperçut, après une seconde d'examen, que, cette fois, il ne pourrait le sauver. On ne lui avait pas apporté un blessé, on lui confiait une sorte de cadavre déjà roidi, dont les yeux seuls étaient grands , ouverts et obstinément fixés sur M"* de Guéran qui venait de s'approcher.
Peut-être Mounza aurait-il eu la force de parler à la femme blanche, de la toucher ; mais il se contentait de la regarder et paraissait heureux de mourir ainsi près d'elle et pour elle. Il avait lutté héraîquement contre ses ennemis, il dédaignait de lutter contre la mort; il l'acceptait, sans cris, sans menaces, sans blasphèmes. Ce sauvage mourait comme un Français.
LA VlvNuS NOIRE. 221
M"* de Guéran s'agenouilla près de lui, et, après avoir fait lentement le signe de la croix, posa le bout de ses doigts sur le front de Tagonisant. Il tressaillit à ce contact : ses yeux à moitié fermés déjà se rouvrirent par un suprême effort, son regard 8*éc]aira, ses lèvres s'agitèrent et il rendit le dernier soupir;
Laure de Guéran resta longtemps agenouillée : elle priait le Dieu des ch ré liens de recevoir cette âm© païenne qui, déjà relevée de son abaissement premier, était préparée à monter et à grandir. Elle priait aussi pour tous ses amis qui la défendaient vaillamment, pour gpn mari, si près d'elle et cependant si loin, lorsqu'elle songeait, non pas à la distance, mais aux terribles obstacles qui les séparaient encore.
Pendant qu'elle restait ainsi prosternée près de Hounza, les Walindis se réunissaient pour reprendre aux Européens le blessé qu'on avait arraché à leui vengeance. Ils ne savaient pas qu'il venait d'expirei et ils voulaient avoir la jouissance de l'égorger euxmêmes, d'emporter son cadavre, de le jeter aux pieds de leur reine et de lui dire : « Tu vois que noui^
combattons aussi vaillamment que tes femmes; tes guerriers valent tes amazones. » '
Enivrés par le premier succès, croyant maintenant lous les triomphes faciles, ils se réunirent en un seu groupe, immense, compacte, et s'élancèrent sur le campement.
— Feu ! cria M. de Morin.
Cent coups de fusil partirent, Toutes les balles portèrent dans la masse; cent hommes tombèrent, et les autres, efftayés, terrifiés, reculèrent tous à la fois et voulurent prendre la fuite.
Elle ne leur était plus pennise : ils se trouvaient maintenant enfermés, enclavés, parquég, pour ainsi dire, entre leurs ennemis et leurs compatriotes.
En effet, Tarmée des amazones venait de quitter
les collines voisines , pour se précipiter dans la
.plaine et rejoindre les premiers combattants. Geux-
j ci , en se retournant , avaient donc trouvé derrière
eux une muraille vivante impénétrable, cinq mille femmes qui les injuriaient et les menaçaient de mort s'ils reculaient. Alors éperdus, honteux, dans l'impossibilité de Aiir, ils tentèrent un nouvel assaut^
Les Européens répondirent par une non charge. Une centaine d'hommes tombèren
Mais cette fois le feu continua , feu roui nbie, où chaque coup portait. Les Europe prenaient que s'ils s'arrêtaient une secondi leur ligne était franchie sur un seul point innombrables ennemis, c'était la mort, la i vitable !
Les Walindis ûe formaient plus qu'une i folée, grouillante, hurlante, s'entre-choqu touffant, s'écrasant, s'entre -tuant. Les rangs tombaient sous les balles européen derniers, brutalement 4^efoulés par les au naient se heurter contre les amazones, se fa percer par les lames aiguës dont le corpg femmes était couvert. Cependant la terreui répandue dans ce grand troupeau humain fii donner une lueur d'intelligence; il se ru coup, en même temps, sur la barrière vi^ l'enserrait, y fit une large brèche et, pat* ( verture, roula dans la plaine en flots pnessi multueux.
Rien ne séparait plus maintenant les Européens de l'armée des amazones. Cinq mille femmes environ, bardées de fer, armées de haches et de lances, cinq mille folles furieuses , n'attendaient qu'un signal pour se ruer sur le campement, que cent hommes à peine défendaient maintenant.
— Cette fois, disait gaiement le docteur Delange à ses deux amis, je crois que c'est fini, bien fini, et je n'en suis pas fâché. Nous n'aurons plus à nous demander tous les matins : « Est-ce pour aujourd'hui? Serons-nous exterminés avant ou après le coucher du soleil ? » Nous voilà fixés : dans cinq minutes il ne restera plus de notre c|ravane qu'un agréable souvenir... pour les Walindis. De quoi nous plaiûdrions-nous? Nous pouvions mourir de la fièvre, ce qui est misérable, nous pouvions être égorgés par les Bongos, les Niams-Niams, les Domondoûs, de bien vilaines gens, et nous allons périr de la main d'adorables femmes... Oui, adorables, regardez-les : elles s'avancent justement pour se faire admirer. Sont-elles assez belles, le cou tendu, la poitrine
haletante, le regard étincelant, les narines palpitantes, la bouche entr'ouverte !
Toutes les amazones s'avançaient, en effet, menaçantes, furieuses, mais en bon ordre, contenues par leur reine, qui, au milieu d'elles, marchait au premier rang.
— Vous n'ordonnez pas de tirer? demanda M. Périères à M. de Morin.
— Je m'en garderai bien, répondait M. de Morin. Nous n'avons plus qu'un espoir : les effrayer par une attaque générale et jeter le désordre dans leurs rangs.
— Vous êtes le maître, mais je ne crois pas que ces belles créatures se laissent intimider facilement.
— Je ne le crois pas plus que vous, cher ami, mais il faut bien tenter quelque chose.
— Qu'ont-elles fait de M. de Guéran ? demandait M, Delange ; malgré ma longue-vue, je ne l'aperçois pas.
— La reine, répondait de Morin, trouve sans doute inutile d'exposer une tête si chère; elle a mis son prisonnier eo Uau sûr,
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226 LA VÉNUS NOmË.
Pendant qu'il parlait ainsi, M»** de Giiéran avait quitté la seconde enceinte et grave, calme, presque souriante, elle marchait vers les trois jeunes gens, les rejoignait et leur disait ;
— Messieurs, je viens mourir avec vous.
Au même instant, un cri retentit dans les rangs des Walindis. Puis, le désordre se mit dans l'escorte qui entourait la reine : on aurait dit qu'un combat s*y livrait. Enfin les rangs s'ouvrirent devant un homme armé d'une hache qu'il agitait furieusement au-dessus de sa tête. Il marchait à reculons, faisait face à ses ennemis, et ceux-ci le poursuivaient, essayaient de l'entourer, mais n'osaient pas le frapper.
Il avait déjà parcouru une vingtaine de mètres, lorsqu'il se retourna tout à coup vers les Européens, chercha M"** de Guéran des yeux, échangea un îo ng regard avec elle, et s'adressant aux trois jeunes ;ens qui l'entouraient, et essayaient de la retenir ;
— Faites feu, messieurs, faites feu ! 6*éoria-t-il.
— Nos balles peuvent vous atteindre, s'écrift I. de Morin.
— Qu'importe ! vous êtes tous jp'erduj sitez encore un instant.
— f'en ! cria M. dé Morin.
Lorsque la fumée se dissipa, chacun
yeux M. de Guéran: il n'était plus, c l'heure, debout, menaçant, terrible. Li rejoint et, pendant qu'il hésitait san Irapper, elle s'était élancée sur lui, l'a^ enlacé dans seû bras, et lui enfonçait dans la chair toutes les lames qui soi collier, de ses bracelets, de ses ceittti
En même temps, les amazones dont contenait plus l'ardeur, que lés coups maintenant n'effrayaient plus, se ruèrel fois sur le campement et l'envahirent.
Heureusement pour les Européens qu secours à M. de Guéran, ils avaient frs et se trouvaient de l'autre côté du ] Nubiens, et quelques Mombouttous le joints et formaient une sorte de petit b prêt à se défendre encore. Les amazone daient un instant de répit \ tout entières
des malheureux restés dans le campement, ivres de sang, furieuses, folles, elles avaient même oublié leur reine, que Nassar et trois Dinkas, après une lutte acharnée, venaient enfin d'arracher du corps sanglant qu'elle étreignait convulsivement.
Cependant une centaine de victimes ne pouvaient *e la férocité des amazones. Lorsqu'elles
nassacré toué leurs ennemis qui se trouvaient
dans le retranchement, elles se retournèrent vers ceux qui en étaient sortis.
Elles formaient un groupe immense, adossé à la montagne et s'étendant jusqu'au fossé. Une seconde encore et elles délivraient leur reine, massacraient les Européens et leurs derniers défenseurs.
Mais, tout à coup, une effroyable détonation retentit : la montagne sembla s'entr'ouvrir; des rochers, d'immenses blocs de granit roulèrent de ses flancs, et des pierres énormes lancées dans l'espace, détruisant, foudroyant tout ce qu'elles rencontraient, anéantirent ou dispersèrent toute l'armée des amazones.
Dans le premier chapitre de ce vo laissé le docteur Desrioux et le c( reDe prêts à quitter Paris. Ils s'eml seille sur le paquebot des Messa^ qui, six mois auparavant, avait ( leurs amis, mais» au lieu de s' comme l'avait fait Texpéditioii de ( jeones gens, sans quitter le bateau coururent toute la mer Rouge, fran< de Bab-el-Mandeb et atteignirent A
Le hasard seconda leur désir de promptement possible. Sans être obli dans le port d'Aden, ils trouvèrent è grande rade ouverte où fait escale qu paquebot des Indes et de la Chine, u tance pour Zanzib^. Leur pa^sag
2â0 LA VKNUS NOIRE.
tement arrêté sur ce navire, leurs bagages y furent transportés, et bientôt ils s'engageaient dans le golie d'Aden, doublaient le cap de Guardaf ui (Cap des Aro mates), entraient dans la mer des Indes, suivaient la côte stérile et déserte qui porte le nom de Somal, passaient sous réquateur et débarquaient, à la fin d'avril 1878, dans Pîle dé Zanzibar par 7* de latitude sud el 86° de longitude est.
Afin de permettre ati lecteur de nous suivre, nâtis lui appellerons que là caravane de M°* de (jîiéran, après avoir marché plus d'une année vers le sud-esl, s'est arrêtée, lé H décembre 1878, devant les Mdfltagnes bleues, à 2 degrés environ de latiiûde noW, et à 27 degrés de longitude est. Pour la rejoindre, MM. DesriouX et dé Pommerelle sont donc obligés, en partant de Zanzibar, de faire route Vers le nordouest et de franchir neuf degrés de Utitude, c'està-dire environ deux cent vingt-cinq lîeiies, sans parler de la longitude, qui rend la route plus longue, puisqu'elle ne peut être directe.
Le docteur Desrioux et le comte de Pommei'élle ne sont ni des géographes, ni même de sérieux
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explorateurs. Le premier n'a qu'une peria joindre au plus vite M"" de Guéran ; il ne voi il ne songe qu'à elle, et tant qu'il ne Faurt trouvée il se montrera dédaigneux des payÉ nid et de leurs habitants. C'est le voyageu reux ; il n'a pas besoin de boussole, son ins inspit'atîofls de son cœur, le guident vers anique d'attraôtion.
Quant A M. de Pomraerelle, oe voyageur « bre, cet explorateur passionné, mais lateni fièvre des expéditions lointaines consumait ment, deptlis qu'il a pris son essor, deptli passion, 6i longtemps contenue, a éclaté comme afiblé par sa nouvelle existence. Il r au prisonnier qu'on vient de Rendre à la li collégien en vacances, au lâche révolté, si propre expression, qui se décide enfin à co il marche, il marche toujours sans vouloir i il aspiré à pleins poumons l'air nouveau touïe ; il regarde de ses yeux enfiévrés, il i tout soi! cœur épanoui, les spectacles qui lent devant lui.
Des voyageurs comme MM. Desrioux et de Pommerelle ne sont d'aucun secours à nos sociétés savantes. Ils ne tiennent pas de joui*nal, et nous ne saurions nous en rapporter à leurs appréciations, si nous voulons peindre, mâme à vol d'oiseau, les curieuses contrées qu'ils vont parcourir. De véritables explorateurs les ont heureusement traversées avant eux et après eux, et leurs souvenirs, recueillis par la maison Hachette, se trouvent réunis dans la bibliothèque, ou plutôt le monument géographique et artistique, édifié sous l'inspiration et l'intelligente direction de M. Templier. C'est dans ce recueil que nous puiserons parfois les renseignements dont nous ont privés MM. Desrioux et Pommerelle.
Disons d'abord quelques mots des diverses expéditions européennes parties de Zanzibar, comme celle que nous allons suivre :
f Vers la fin de 1844, M. Maizan, élève de l'Êcoie polytechnique et enseigne de vaisseau, fut autorisé par le gouvernement français à explorer les grands lacs du continent africain. Malgré les observations de ses amis et de M. Broquant» consul de France à
LA VÉNUS NOlKEi 233
Zanzibar, il se munit de caisses nombreuses d armes et d'instruments qui devaient exciter la cupidité des naturels, et s'avança dans Tintérieur des terres avec une escorte trop faible pour le défendre. Accueilli d'abord avec une feinte cordialité par un chef de tribu appelé Mazoungéra, celui-ci lui reprocha bientôt les cadeaux faits à d'autres chefs, et, sans vouloir rien écQuter, saisi de fureur subite, il s'écria en regardant son hôte : « Tu vas mourir à Finstant. » Aussitôt, malgré les efforts de la femme du chef, qui voulait sauver Thomme blanc, on attacha celui-ci par les bras et les jambes à de longues perchas, et des esclaves le portèrent à cinquante mètres du villagOj au< près d'un baobab, que j'ai vu, affirme Burton. « Mazoungéra, s'élançant sur son prisonnier, lui trancha d'abord toutes les articulations, pendant qpie retentissait le chant de guerre et que le tambour battait une marche triomphale. Puis , entamant la gorge de sa
victhne et trouvant son couteau émoussé, le chef
s'arrêta pour en aiguiser le tranchant, et termina son œuvre sanglante en arrachant la tête avant que la décollation fût complète. Ainsi mourut à vingt-six
ans, un galant homme, plein de cœur, de savoir et d*avenir, dont le seul défaut était la téméfité, ainsi qu'on appelle trop souvent l'esprit d'initiative, lorsque la fortune ne sourit pas au courage. :è
En 1846, le capitaine Guillain, commandant le brick de guerre le DucouédiCj fut chargé d'obtenir le châtiment de l'assassin. Le sultan de Zanzibar se fit longtemps prier pour nous rendre justice ; il dut ei^n s'y décider et envoyer une expédition armée contre Mazoungéra. Mais celui-ci s'empressa de prendre la fuite, et on ne put capturer que l'homme qui avait battu le tambour pendant le supplice de notre malheureux compatriote. On ramena trioinphalement ce prisonnier à Zanzibar, où les diplomates européens crurent devoir le faire passer poiiir le véritable assassin. Pendant deux ans, il fut enchaîné devant la porte du consulat français, puis transféré dans l'enceinte du fort, et attaché pendant onze ans à un canon placé sous un hangar.
A la malheureuse expédition de M. Maizan succéda celle du docteur Krapf, missionnaire anglican d'origine allemande, et du révérend Rebman, qui
traita d*hypothèse dénuée de preuves, indigne d'être examinée par des géographes sérieux. Quoi! son compagnon, celui qu'il s'est adjoint, son subalterne, pour ainsi dire, aurait découvert sans lui les sources du Nil, aurait résolu le grand problème! Il ne veut pas l'admettre ! Speke , piqué au vif, se résout à consacrer ses ressources, sa vie à faire triompher l'idée qu'il vient d'émettre. Il entreprend une nouvelle exploration, après s'être associé au capitaine Grant, son ami de longue date, son compagnon de voyage dans l'Inde. Ils partent de Zanzibar en août 1860, atteignent bientôt le lac Victoria, étudient ses côtes, se dirigent vers le nord-ouest, et indiquent l'existence d'un troisième lac dominé par les Montagnes Bleues. Peu après, sir Samuel Baker, dont nous ne parlons que pour mémoire ici, puisque son point de départ est Gondokoro et non pas Zanzibar, confirme la découverte de Speke, la complète scientifiquement, et donne à ce troisième lac, appelé dans le pays lac M'Wouian, le nom de lac Albert.
Livingstone, en apprenant ces nouvelles con-
quêtes faites par la science sur le continent africainy sent r^iaître ses ardeurs d'explorateur et d'apôtre,; il se refuse en même temps à reconnaître que le lac Victoria et le lac Albert puissent donner la vie au Nil; suivant lui, le grand fleuve prend sa source encore plus au sud dans le Tanganyika, qu'il a découvert. Pour établir l'importance de son lac de prédilection, il regagne Zanzibar, et s'avance dans l'intérieur en mars 1866. Il donne plusieurs fois de ses nouvelles, mais, à partir de juillet 1868, on n'en reçoit plus. Le monde s'émeut de ce silence, et c'est alors qu'un journaliste américain, M. Stanley, est envoyé à la recherche du grand voyageur. Le passage où M. Stanley raconte son départ est tellement curieux que nous croyons devoir le reproduire.
f Le 16 octobre de Tan du Seigneur 1869, j'étais à Madrid, rue de la Croix; j'arrivais du carnage de Valence. A dix heures du matin, Jacopo m'apporte une dépêche ; j'y trouve les mots suivants : « Rendez-vous à Paris; affaire très-importante. » Le télégramme est de James Gordon Bennctt fils, directeur du NeW'York Herald,
c  trois heures j'étais en route. Obligé de m'arrêter à Bayonne, je n'arrivai à Paris que dans la nuit suivante, dallai directement au Grand-Hôtel et frappai à la porte de M. Bennett.
a — Entrez, dit une voix.
« Je trouvai M. Bennett au lit.
€ — Qui ètes-vous? me demanda-t-il.
c — Stanley.
c — Ah ! oui, prenez un siège. J'ai pour vous une mission importante.
c II jeta sa robe de chambre sur ses épaules et dit vivement:
c — Où pensez-vous que soit Livingstoneî
c — Je n'en sais vraiment rien, monsieur.
« — Groyez-vous qii*il soit mort?
« — Possible que oui , possible que non.
(C — Moi je pense qu'il est vivant, qu'on peut le retrouver, et je vous envoie à sa recherche.
c — Avez-vous réfléchi, monsieur, à la dépense qu'occasionnera ce voyage?
c — Vous prendrez d'abord 25,000 francs; quand ils seront épuisés, vous ferez une traite d'autanti
puis une troisième et ainsi de suite ; mais Livingstone.
c — Dois-je aller directement à la re( Livingstone?
€ — Non, vous assisterez à l'inaug canal de Suez ; de là , vous remonterez ', entendu dire que Baker allait partir poi Egypte; informez-vous le plus possible pédition. En remontant le fleuve, vous d^ ce qu'il y a d'intéressant pour les tourist nous ferez un guide pratique ; vous direz mérite d'être vu et de quelle manière ( voir. Vous ferez bien, après cela, d'aller lem; le capitaine Warren fait, dit-on, découvertes importantes ; puis, à Constan vous vous renseignerez sur les dissenti existent entre le khédive et le sultan.
Voyons un peu... Vous passerez parla vous visiterez ses champs de bataille ; ] suivrez le Caucase jusqu'à la mer Gasp (Mi qu'il y a là une expédition russe ei pour Khiva. Ensuite; vous gagnerez l'In
versant la Perse; vous pourriez écrire, à Persépolis, une lettré intéressante. Bagdad sera sur votre passage; adressez-nous quelque chose sur le chemin de fer de la vallée de PEuphrate ; et quand vous serez dans Tlnde, embarquez^vous pour rejoindre Livingstone. A cette époque, vous apprendrez sans doute qu'il est en route pour Zanzibar ; sinon, allez dans rintérieur et cherchez-le jusqu'à ce que vous l'ayez trouvé. Informez-vous de ses découvertes. Enfin, s'il est mort, rapportez-en des preuves certaines. Maintenant, bonsoir, et que Dieu soit avec vous!
« — Bonsoir, monsieur; tout ce que rhumaine nature a le pouvoir de faire, je le ferai, ajoutai-je, et, dans la mission que je vais accomplir, veuille Dieu être avec moi ! »
Ce récit, qu'on dirait écrit par Alexandre Dumas, n'afBrme-t-il pas la puissance extraordinaire des grands journaux dû Nouveau-^Monde, et ne met-il pas en relief la simplicité héroïque et l'audace américaines ?
Cameron, du docteur Dillon, de M. Murphy, officier de rartillerie royale, et de M. Moffat, neveu de Livingstone. Parti de Zanzibar en mars 1873, un mois avant Parrivée dans cette île de MM. de Pomînerelle et Desrioux, Cameron sUivit d'abord la route de ses devanciers, et il allait s'enfoncer plus avant dans rOuest lorsque, le 25 octobre 1878, un convoi ou plutôt une caravane funèbre guidée par Sousi, le fidèle serviteur de Livingstone, lui apparut.
C'était le corps du grand voyageur anglais qu'on transportait à Zanzibar. Livingstone, après le départ de Stanley et malgré ses souffrances, s'était efforcé de compléter ses études, mais, cette fois, la fièvre si longtemps combattue l'avait terrassé. Depuis longtemps il voyait la mort venir.
« Malade, vieux, épuisé, écrivait-il, habitant depuis six ans des climats meurtriers, je devrais regagner l'Angleterre. Stanley a employé les arguments les plus pressants pour m'y décider, et je reconnais que mes amis peuvent compléter mon œuvre... Cependant je ne pars pas«.. Mon Jésus,
accorde-moi de finir ma tâche avant qu'une autre année s'écoule la ,
Le 27 avril, il s'arrêtait dans un village et ajoutait à son Journal ces lignes, les dernières i n'en peux plus et je reste ici. »
Le 81 avril, de grands cris retentis lointain ; il appelle son domestique Soi mande si ce sont les honames de la c font tout ce bruit. — « Non, maître, dit ce sont les habitants qui ûhassent les champs de sorgho. » Une minute après, d'une vive souffrance, il fait entendre c t Oh! dear, dear! » et il s'assoupit. Dt il prend quelques médicaments et dit à retber.
« Il pouvait être quatre heures du ma torien de sa mort, lorsque ses six dom trètent dans la chambre. Le lit était vid au bord de sa couche, la figure dans s^ sées sur l'oreiller, Livingstone semb prière et, par un mouvement instincti leurs se reculèrent. Quant je me suis
Vixn d'eux, il était comme à présent, et, puisqu'il ne remue pas, j*ai peur, qu'il ne soit mort. »
On lui posa doucement une main sur la joue ; il n'y eut plus de doute : Livingstone était mort et déjà presque froid.
En ce moment, les coqs chantèrent, et comme il était plus de minuit lorsqu'il avait, parlé pour la dernière fois, nous pouvons dire avec certitude qu'il expira le 1* mai, un peu avant l'aube.
Ses serviteurs dressent l'inventaire et placent dans des caisses en étain tous les instruments, papiers, dépêches, armes, montres, bible, livres d'église, tout ce qui lui avait appartenu, tout ce qui lui avait servi. Sousi et Chouma, les deux plus anciens serviteurs de Livingstone, prennent le commandement de la caravane et décident que le corps sera rapporté à Zanzibar.
On rendit à l'homme blanc les honneurs funèbres usités dans le pays. Après la cérémonie, le corps fut transporté dans une case découverte. Farijala, un des serviteurs, fut chargé de l'embaumement. Les viscères furent enlevés avec soin et remplacés par
du sel : Farijala mit de Teau-de-vie dans la bouche et sur les cheveux, puis le corps fut laiss hutte. La boîte de fer-blanc, où avaient et le coeur et les autres organes, fut enterrée fosse de quatre pieds de profondeur, creus droit même. Toutes les vingt- quatre heure était changé de position. Au bout de quatoi il parut suffisamment sec. On l'enveloppa c on rétendit dans un cercueil fait d'écorce recouvert de toile à voile goudronnée, et hommes, après avoir attaché le précieux ba forte perche, se chargèrent de le porter.
Les compagnons de Cameron, MM. Mui docteur Dillon, dont les santés étaient altéi rent le parti de retourner à Zanzibar avec cortège, mais le docteur Dillon ne devait po la cote, saisi par les lièvres de la zone li se brûla la cervelle dans un accès de délin
Cameron, resté seul, ne se laissa pas aba1 dirigea vers le Tanganyika, gagna les lieuj de la mort de Livingstone, recueillit ses li •.«^,•^«0 «» continua sa course qui devait le
au bout de deux ans et demi, à JBenguela, sur Focéan Atlantique; Il avait fait ainsi plus de trois mille milles et ti»avett9é tbiitë TAfrique, de Test à l'ouest^ -^^ h mer des Indes à l'océan Atlantique.
s exploration^ doiit Zanzibar a été le point do rt il'étaient pas terminées. Le Déily Telegràpii dëie cette foisaii Nèw-York Herald ipour faire rais d'tiiiê expédition confiée de nouveau à ey, èiir lequel on fonde avec raison les jflus les espéi^nces. Il quitte la côte orientale d'A- 3 eii septembre 1874, et s'enfonce dans Tinté* . Bientôt il écrit : « Quoique souffrants de la ) et de là dyssenterie, insultés par les habi- . inarchant sous là bhaleur et les pluies équato* , les Européens qui m'accompagnent se mond'une noble et mâle nature, fermes, braves efe [ Vaut mieux que tout le rester vraiment ohré-
3lques jours après, sa marche devient des plus les â travers des forêts d'acacias et d'euphorjans route frayée. Ses guides prennent la fuite, )mmes dans son escorte périssent, trente sont
malades, et un de ses plus fidèles compagnons^ jeune Edward Pococak, atteint de fièvre typhoïd succombe à son tour. « Je me sentais prêt à pleure dit Stanley, a la vue de tant de misère, mais il i fallait garder toute ma fermeté pour ne pas ajout à rabattement de mes gens. »
Après avoir côtoyé le lao Victoria, étudié le pa; qui sépare ce lac de TAlbert-Nyanza, il atteint cet dernière nappe d'eau et donne sur ses rives d( détails qui complètent, sur plusieurs points, les rei seignements contenus dans le journal de Texpéditic de Guéran. En effet, sur la rive occidentale du h Albert et dans sa partie méridionale, Stanley pla( le grand territoire de TOuUéga, qui nous paraît devo borner au sud le pays des Walindis, où nous avoi laissé nos voyageurs.
Toute cette terre est merveilleuse , écrit-on , d'i près le voyageur américain, mais elle est très-inho
rpitalière. Entre autres choses remarquables, on voit une montagne lançant du feu et des pien'es, i
j lac salé d'une grande étendue, plusieurs collines ( sel gemme, une grande plaine couverte d'une coud
épaisse de sel et d'alcali, une race de gros ohieiis d'une férocité extraordinaire, et une population d'indigènes redoutables aux étrangers.
Pour arriver à toutes ces découvertes, Stanley passe de nouveau par de cruelles épreuves, comme le démontrent ces quelques lignes, arrachées à son courage, à sa persévérance et à son indomptable énergie :
« Ainsi, deux de mes quatre hommes blancs sont morts. A qui le tour? Et peut-être nos amis demanderont tristement en s'apitoyant sur notre sort : A qui le tour? Qu'importe à qui sera le tour !• Cela ne nous avancerait à rien d'essayer de fuir cette terre fatale, car entre elle et la mer, il y a sept cents milles de pays, aussi malsain qu'aucun autre pays do l'Afri que. La perspective est plus encourageante en avant, quoique dans cette direction il y ait encore trois cents milles à parcourir. Nous avons toutefois devant nous des régions nouvelles, inconnues, dont les merveilles et les mystères seront comme autant de remèdes qui nous feront braver la fièvre et le trépas. »
Enftn, d'après des renseignen^ents publiés par
rèditeur Lassailly, et confirmés par le vicon Bizemont, lieutenant de vaisseau et géograph tingué, nous apprenons que sous cette déno tien : Mission Livingstonia, une société de mi naires écossais, sous la direction de M. Young, ; officier de marine, s'est constituée pour aller pi TEvangile dans cette partie du continent afi Ces hommes intrépides, encouragés et appuy( toute l'Angleterre, ont, le 6 octobre 1875, lan le lac Albert un bateau à vapeur Vllala, Les / qm viennent dans ces parages chercher des es< se montrèrent très-effrayés, lorsqu'ils virent u vire s'avancer sur ces eaux, oii jusqu'alors ils a régné, grâce à leui*s embarcations qui faisai traite et transportaient annuellement vingt mil claves.
Ces diverses expéditions ont précédé et su voyage de MM. Desrioux et de Pommerelle ; donnent au leeteur une idée de l'intérêt qui s'a à cette partie du continent africain. Nous maintenant raconter brièvement le voyage des jeunes gens et remplacer leurs notes de vc
comme nous l'ayons tiit^ par quelques aperçus puisés aux meilleures sources.
Décidés à rejoindre le plus vite possible Texpédition de Guéran, à ne ména^r ni leurs forces, ni leur fortune, MM. Desrioux et Pommerelle» grâce au concours du sultan de Zanzibar et des consuls euro* péenS) purent en quelques jours former une caravaHe importante. Elle se composa de paffazis ou porteurs, esolaves affranchis, au nombre de deux cents ^ivi«i> ron^ sous la conduite d'un guide indigène {kiran^ozi) et d'une escorte de soixante beloutcMSy engagés Vo* lontaireS) espèces de bacbi^bonzouks ou têtes folles dommandés par un lieutenant {djemadar) et arasés d'exoellentes carabines que M. de Pommerelle avait achetées à Paris au moment de son départ.
Ces apprêts terminés, nos compatriotes se trans-* portèrent sur la côle, é Bagamoyo, d'où ils partirent In 16 mai.
xxin
Autrefois, le nom de Zanzibar (Zsaig signii gre et Bar région) s'appliquait indistinctemei côte, à rîle et à sa capitale ; aujourd'hui on ne I^oie sur les lieux que pour désigner cette der Quant à llle elle prend le nom de Kisikoua^ côte reçoit des appellations variées dont lec connues sont le Zanguebary la M' rima Sabouahil.
La population côtière, composée de nég musulmans et de mulâtres arabes, reconnaît ] rite nominale du sultan de Zanzibar, mais jo son autonomie. Les hommes sont en généra bronze jaimâtre , ont autour des reins une dr qui tombe à mi-cuisse et ne paraissent en qu*armés d'un sabre, d'une lance, ou tout au d'un bâton. La possession d'une ombrelle les o
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de joie, et on les voit à Tombre de cet objet rouler des tonneaux sur la plage.
Chez les femmes une sorte de fourreau, commençant au-dessous des bras pour mourir à la cheville, sert de robe. Elles portent des colliers composés de dents de requin; leurs oreilles, dont le lobe est d'une grande étendue, sont ornées de feuilles de coco, d'un disque en bois ou d'une noLx de bétel ; leur narine gauche est transpercée par une épingle d'argenf ou de cuivre. La chevelure, abondamment graissée d'huile de sésame, est formée d'un double rouleau s'élevant de chaque côté de la tête, comme les oreilles d'un ours, ou bien, en guise d'accroche-cœurs, de petits tortillons d'une grande roideur.
Des coutumes sauvages existent encore dans cette population arabe plutôt que nègre : l'oncle par exem- 1 pl®> y i^^^^ du droit au moins arbitraire de vendre ses neveux et nièces ; lorsqu'un Européen s'étonne de cet usage : « Comment voudriez-vous , répondon, qu'un homme restât dans le besoin lorsque ses %ères et sœurs ont des enfants? »
Le vaste territoire que nous allons traverser avec
LA VÉNUS NOIRE. 2b9
MM. de Pommerèlle et Desrioux, en nous renseignant auprès de leurs devanciers, et principalement de Burton, peut se diviser en plusieurs zones. La première s'étend sur une centaine de milles, du rivage de Tocéan Indien jusqu'aux montagnes de VUsagara. De profonds ruisseaux, de hautes futai^es, des massifs de verdure couronnant des arbres gigantesques, donnent à cette région, en certains endi'oits, la physionomie d'un parc ; les champs cultivés sont nombreux, et chaque village est caché dans Therbe ou les broussailles. Sous Tinfluence d'une température à la fois chaude et humide, la végétation ac* quiert une force exceptionnelle ; l'herbe s'élève à près de quatre mètres, donne des tiges de la grosseur du doigt, et ne permet pas de se détourner du sentier tracé dans les jungles.
La seconde zone se développe des montagnes de rUsagara à la province de l'Ugogo. Les caravanes d'indigènes, lorsqu'elles ne sont pas trop chargées, la traversent d'ordinaire en trois semaines. C'est un pays de montagnes et de forêts : « Au parfum délicieux du jasmin, dit Burton, se joint la
suave exhalaison des mimosas, dont les fleurs sont suspendues comme des boules d'or aux bi*aaches couvertes de feuilles. Le tamarin devient, dans ce pays, un arbre gigantesque; le baobab y est transformé en cabanes et un régiment s'abriterait à Tombre du figuier sycomore. »
La couleur des habitants est de nuances diverses : ( trouve de presque noirs et d'autres d'un brun
( at. L'homme s'enveloppe dans un grand mor-
ceau de cotonnade bleu foncé, ou de cahcot écru; la femme, quand elle est riche, porte la tobé^ draperie de quatre mètres de long qui passe sous les bras, serre la poitrine et revient s'attacher sur la hanche , la femme pauvre est vêtue d'une jupe de peau et d'un plastron qui se noue autom» du cou et descend jusqu'à la taille. Hommes et fenmies sont généralement laids, mais grands et vigoureux; malgré leur physionomie ouverte, ils n'en sont pas moins de francs pillards, toujours prêts à détrousser les petites caravanes.
La troisième zone s'étend jusqu'à Kazeh et comprend le vaste teiTitoire. d'une étendue de cent
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256 LA VENUS NOitlE.
Kirangozi, toi qui les guider, retiens tes fils. Ne permets pas qu'ils errent dans les villages, qu'ils achètent du sel en dehors du camp^ dérobent des provisions , s'enivrent de bière ou s'assoient près des puits! » '
Un désert de quelques milles, appelé Plaine e/22brasée se trouve sur la limite de TUgogo. Burton y subit de dures épreuves, mais Gameron constate que le pays s'est amélioré : les habitants ont défriché de grands espaces, les ont mis en culture et sont parvenus à trouver de l'eau. MM. de Pommerelle et Desrioux, qui ont parcouru ce territoire en même temps que le lieutenant de la marine anglaise, durent bénéficier de ces progrès. En effet, ce fût en sortant de la Plaine embrasée que les deux ;ens, partis de Zanzibar six semaines après n, mais voyageant beaucoup plus vite que lui, le rejoignirent vers le mois de juillet.
L'illustre explorateur , qui commençait alors à peine son voyage de trois années, n'était pas encore malade, comme il le fut au mois de septembre^ lorsqu'il écrivait : « J'ai eu six accès de fièvre ; la
chose la plus gi'ave pour moi est rinfian mes yeux. Je pense qu'elle est due à la et à Téclat éblouissant du terrain qui toure. Dillon devient aveugle aussi . . • H réuni seize porteurs, aujourd'hui, ils ne v< partir; et je suis là, ma tente pliée, sans pour porter les bagages. Je deviendrai f continue ! J*ai envoyé à Taborah (Kazeb sayer d'avoir des porteurs, je réduirai la si je n'ai pas assez d'hommes. Oh! tout pour quitter ce pays de fièvre et pour fa chose! Je serais heureux comme un roi, reux, si nous pomions partir, dussé-j pieds nus jusqu'au bout de la route. Si ji aller seul, je prendrai neuf soldats, j's des porteurs les plus sûrs, et, pourvu qu tent, je serai tranquille. Il faut que je pai justifie une plus longue attente. »
MM. de Pommerelle et Desrioux in Gameron, comme ils avaient interrogé auparavant les consuls de Zanzibar au si pédition de Guéran, mais le voyageur
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258 LA VÉNUS ' NOIRR.
put leur donuer aucun renseignement. Il devenait évident que leurs amis n'avaient pas encore pénéti*é dansées régions, soit que le temps leur eâtman-* que, soit qu'ils fussent retenus plus au nord, soit encore qu'ils eussent péri» Le comte et le docteur continuèrent donc leur course précipitée*
Au territoire de TUgogo succède la Terre de h Lune, dont Kazeh est le point le plus important. Comme Khartoum, sur le Nil et dans le Nord, Kazeh est dans le Sud, l'entrepôt et le lieu de réunion des caravanes qui se rendent dans l'intérieur ou qui en reviennent. « Les négociants de cette ville, Arabes pour la plupart, ont une existence confortable, on pourrait dire fastueuse ; leurs maisons, bien qu'à un seul étage, sont grandes et solidement construites, leurs jardins vastes et bien plantés; ils re» çoivent régulièrement de Zanzibar, non-seulement tout ce qui est nécessaire à la vie, mais une quantité d'objets de luxe. Autour d'eux est une foule d'esclaves, parfaitement dressés au service. Us ont pour montures des ânes de Zanzibar, et les moins riches possèdent des mouton^» »
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LA VENUS NOiriE. âôO
A Kazeh, MM. de Pomm&relle et Desrioi déjà franchi près de six cents milles en trois mois. Ils auraient désiré poursuivre le sans s'arrêter ; mais ils durent compter a\ resse de leurs porteurs et les usages qu c[ue les caravanes se. reposent de leurs fal moins six semaines, dans la Terre de Quelques lettres écrites de Kazeh, en Eu le docteur Desrioux, établissent cependant étape, grâce à une grande fermeté, à que gesses et à des promesses consignées sui cès-verbaux, fut abrégée de plus de. moitié
Vers le milieu d'août, la caravane ei quitta Kazeh et se dirigea vers le lac Vii même que M"" de Guéran et ses compagne avoir rencontré sur les bords du Nil, jusq vière des Gazelles, des habitants et des peu près présentables, s'étaient trouvés ei prises avec la barbarie^ de même MM. de relie et Desrioux, en s'éloigrant de la côte montant vers le Nord, allaient dire adieu qui pouvait leur rappeler nos mœurs europ
'erre de la Lune, et après diverses rritoires limitrophes, la caravane 3t de Pommerelle atteignit la vallée urée de montagnes couvertes d*une tion, gravit le Nyamouara qui s'é- [inze cents mètres au-dessus du
et pénétra dans le Karagoué, auce du roi Roumanika, dont il est 5 voyages de Speke et de Grant.
côtoyèrent pendant près de six ictoria et arrivèrent enfin au nord lys du Ganda (géographiquement ne encore, d*apres les dernières ley, le fameux Mtésa.
té royale a laissé de tels souvenirs [uelques voyageurs, que nous ne
l- A VÉNUS NOIRE. 2C.1
pouvons résister au désir de faire part de leurs impressions.
€ Quand, dit Speke, le roi Mtésa se tient debout ou assis, personne n'oserait demeurer droit ; on ne doit jamais s'avancer vers lui qu'en rampant et le regard baissé ; lorsqu'on l'a rejoint on s'agenouille ou on s'accroupit. Celui qui s'aviserait de toucher à ses vêtements et à son trône, même par hasard, ou de lever les yeux sur ses femmes, serait condamné à mort. Si le roi tient un de ses levers, une de ses audiences de cérémonie, il garde toujours à sa portée un certain nombre de sorcières appelées à détourner le mauvais œil. Leur tète est surmontée de lézards séchés, leur taille entourée du tablier de peau de chèvre bordé de clochettes, et elles tiennent à la main de petits boucliers et des lances décorées d'une houppe de filasse.
c Quand l'assistance s'est accroupie, la cour se transforme en tribunal d'assises. Les officiers amènent les accusés et font leur rapport. La sentence est immédiatement prononcée, sentence de mort, impliquant pefflrrêtreles spufTrances les plus atroq^^,
nrv".--" 'l^'^'^^îf
sans autre forme de procès, sani^ investigation préalable et probablement à Tinstigation de quelque personnage en crédit, animé de passions plus ou moins malveillantes. Si le prévenu essaye de se justifier, sa voix est couverte aussitôt par une clameur réprobatrice et la misérable victime, garrottée en quelques secondes, est emportée par une douzaine d'assistants.
c Cette justice expéditive rendue, Mtésa daigne recevoir les offrandes de ses sujets. Pour plaire au monarque et apaiser sa colère, nul don n'est aussi efficace que celui de jeunes beautés qui, après avoir habité le harem, seront distribuées comme récompenses de quelques services éclatants à des officiers fidèles. De jeunes vierges, dans un état de nudité complète et l'épiderme luisant de graisse, mais tenant des deux mains devant elles, par un reste de pudique scrupule, un petit carré d'étoffe, sont offertes par leur père, soit en expiation de quelque offense, soit tout simplement pour alimenter le harem.
s Et pourtant, dit le voyageur anglais, para^i ces
malheureuses, combien sont destinées à une mort
violente ! Il ne s'est point passé de jour
vu conduire au supplice quelques-unes (
qui composent le harem de Mtésa. Une c
autour de leur poi^et, traînées ou tin
gardes du corps qui les conduisent à Ta
pauvres créatures, les yeux pleins de lar
sent des gémissements à fendre le cœu]
seigneur, mon roi ! ma mère I » Et,
appels déchirants à la pitié publique, pai
ne se lève pour les arracher au bou]
qu'on entende çà et là préconiser à voi
beauté de ces jeunes victimes.
« Chaque mois, dès que la nouvelle lun( trée, le roi se met en retraite pendant de jours, pour se livrer à la contemplation sèment de ses « cornes magiques. » Ce s nés d'animaux sauvages, bourrées d'i qu'on suppose propre à la fabrication de; Telle est la part des loisirs consacrés à tels sont, pour ainsi dire, les dimancl Les autres jours, il mène ses femmes, j
--,'■■ -'1- --^ ' ,^ . . ■ ■ r - -; .;,' i-x (TV • -v "v^'Cl
264 I.A VÉNUS NQIRE.
trois cents^ se baigner et é'ébattre dans les étangs ; ou bien il entreprend de longues promenades dans lesquelles il marche suivi de ses odalisques et précédé de ses musiciens. Derrière ceux-ci viennent s'échelonner les officiers et les pages ; lui-même est au centre du cortège, isolant le beau sexe de tout rapport avec le reste de l'assistance. Durant ces excursions, nul individu de la plèbe n'oserait lever les yeux sur le défilé royal : celui qui aurait le malheur d'être aperçu, serait à l'instant même relancé par les gens de la suite, dépouillé de tout son avoir, et devrait s'estimer fort heureux si rien de pire ne lui arrivait. Ces promenades sont assez fréquentes, et le roi consacre parfois une quinzaine au plaisir de la navigation sur le Islg d^Ukéréoué (Victoria). Quel que soit l'emploi de ses loisirs, le même cérémonial est observé : ses musiciens, ses officiers, ses pages et ses femmes sont inévitablement de la partie, d Un jeune Français, M. Linant de Bellefonds, mort assassiné dans ces parages en 1875, fut autorisé par le roi à le suivre dans ses promenades en nombreuse coippagnie.
c Dans une halte, dit-il, Mtésa, pour bien me faiif^e voir à ses femmes, m'invite à ôtei* ma couâeb (mouchoir de soie qui couvre la tête) ; j© me rends immédiatement à son désir, et, au même instant, je suis étourdi par des centaines de cris de : Groni'gbi! ce qui répond à : Bien beau ! J'en suis fort flatté ; mais, n'en déplaise au roi, à cette admiration générale de son harem, j'aurais préféré le plus petit mouvement de tête d'une de nos Européennes. »
Aux renseignements de Speke et de Linant de Bellefonds, nous ajouterons ceux de Chaillé-Long, qui vit décapiter, sur l'ordre de Mtésa, trente individus, et enfin nous compléterons ces détails avec le concours de Stanley, qui affirme que ce roi nègre s'est peu à peu civilisé, grâce à la fréquentation des Européens. De païen, il le croit devenu mahométan; il le soupçonne même d'avoir des aspirations vers le christianisme. Le voyageur américain ne tarit pas d'éloges sur le compte de son hôte, dont la physionomie agréable respire l'intelligence et la douceur. Il lui fait l'effet « d'un homme de couleur biea élevé qui aurait fréqiienté le^ cours a'hiurope e^j
acquis une certaine élégance, l'aisance des manières, avec un grand fonds de connaissances. »
MM. de Pommerelle et Desrioux paraissent n'avoir eu, comme Stanley, qu'à se Jouer de Mtésa. Au mois de septembre, ils quittent sans difBcullé, e abondamment pourvus de vivres, la capitale du Ganda, laissent à l'Orient les célèbres chutes du Ripon, que Speke affirme être le véritable point de départ du Nil, traversent une rivière importante, le Kafour, et marchent directement vers le Nord- Ouest pour atteindre au mois d'octobre Mrooli, autrefois la capitale du roi Kamrasi, qui retint pendant si longtemps sur son territoire Speke, Baker et M"^ Baker.
C'est dans ce pays que Baker vit sortir d'un village plusieurs centaines d'hommes qui s'avançaient en vociférant. « J'aurais craint une attaque, dit- il, si je n'avais aperçu dans cette troupe des femmes et des enfants. Ce n'était» en effet, qu'une espèce de fantasia. Les nègres se précipitaient sur nous comme une nuée de sauterelles, dansaient et hurlaient autour du bœuf que je montais. Ils feignaient de npps
attaquer, puis de se battre entré eux. Je les vis même se jeter sur un des leurs et le déchirer à coups de lance. Leur équipement était grotesque : vêtus avec des peaux de léopard ou de singe blanc, ils portaient des queues attachées au bas de leurs reins, des cornes d'antilope fixées sur leurs têtes et des barbes postiches fabriquées avec les extrémités de plusieurs queues cousues ensemble. »
Quinze jours après son départ de Mrooli, la caravane atteint enfin le lac Albert ou M'woutan. A partir de ce moment, grâce à quelques notes jetées parfois sur un agenda , nous pouvons suivre les deux jeunes gens, d'après leurs propres renseignements.
c Rien de superbe, s'écrie M. de Pommerelle, comme l'aspect du lac Albert, dans cette région ! A mes pieds une grande ligne verdoyante de roseaux qui se baignent dans l'eau bleue et transparente, qu'une brise légère fait parfois frissonner. A l'horizon, un grand mur de montagnes, à demi voilées par des vapeurs légères, bleuies par le soleil et la distance. Des collines arrondies, boisées, verdoyan-
tes, s*appuient ^ui* ce grand bloc granitique, déroulent le long de ses flancs leur végétation tropicale el viennent mourir aux bords du lac. »
MM. de Pommerelle et Desrioux ne peuvent pas s'y tromper : les montagnes qui se dressent devant eux sont certainement les Montagnes bleues; elles leur ferment la route du Nord-Ouest qu'ils ont si fidèlement suivie jusqu'alors d'après les indications contenues dans la letti*e de M. Périères : si leurs amis ne se sont pas écartés de leur itinéraire, ils doivent se trouver de l'autre côté de ces montagnes. Mais comment les franchir ? Gomment même traverser ce lac qui les en sépare?
Us le côtoient quelque temps et arrivent à Magungo par deux degrés de latitude nord. Us reconnaissent ce port, grâce à la description de Baker : « Magungo, situé sur une éminence, domine d'environ deux cent cinquante pieds le niveau des eaux.^ On y jouit d'une vue splendide sur les lointains da la vallée du Nil, qui s'échappe du lac à quinze ou vingt milles au nord. Une mer de roseaux verts nous signalait le cours d|i fleuve 4'aussi loin que l^ re
gard pouvait s'étendre. Le paysage était toujoi d'une beauté grandiose : des montagnes de gra s'élèvent à pic au-dessus des eaux, le long de rive ; nous voyons des torrents descendre avec i pidité d'abruptes ravines ; une cascade tombe d'en ron mille pieds de hauteur. »
Cette cascade, située à vingt-cinq milles envii de Magungo, fut plus tard baptisée par Baker du m de chutes de Murchison, et ce nom a été respei par Chaillé-Long et Tltalien Gessi lorsqu'ils ( dressé en 1875 et 1876 leurs dernières cartes.
Au point où nous en sommes arrivés, nous devc rappeler au lecteur les paroles échangées dans seconde partie de cet ouvrage, entre M. de Mor M. Périères et leur interprète Ali, envoyé par c pour se mettre en rapport avec M. de Guéran : « résidence de la reine Walinda, dit l'interprète ara] est située au pied d'une grande montagne que p( sonne ne peut gravir. Derrière cette montagne (q M. Périères supposa devoir être le mont Maccorby Caroli), se trouvent d'autres montagnes plus gri des encore, si grandes qu'elles cachent le ciel. Le
sommet est tout bleu et la nuit on entend sortir de leurs entrailles uii grand bruit semblable à celui que pourraient produire cent torrents réunis et tombant d'une hauteur considérable. »— Ce sont, avait fait observer M. de Morin, les chutes signalées au nord du lac Albert, à la hauteur de Magungo, et qu'on désigne sous le nom de Chutes de Murchison.
Quelque temps après, à la fin de novembre 1878, l'expédition de M"® de Guéran arrivait chez les Walindis et livrait bataille, le 11 décembre, à leur armée
MM. de Pommerelle et Desrioux, de leur côté, atteignaient, en novembre, Magungo, sur la rive orientale du lac Albert, et ne se trouvaient plus, dès lors, séparés de leurs amis que par ce lac et les montagnes qui se dressaient sur sa rive occidentale.
MM. Desrioux et Pommerelle sont retenui dant la plus grande partie du mois de nov dans le port de Magungo. Tous leurs efforts t â essayer de traverser le lac; ils ne peuvent y nir. Non-seulement. ils hésitent à confier leu gages et leurs personnes aux embarcations 1 employées par les naturels, mais encore ils naissent qu'il faudrait user de violence pour i curer ces canots insuffisants et dangereux. L bitants confondent nos deux compatriotes a' Arabes qui font la traite dans ces parages; soupçoiment de vouloir s'emparer des îles v pour s'approvisionner d'esclaves et ils ne pas encourager cette industrie. Le temps s en pourparlers , en tentatives d'arrangem( réussissent le soir pour avorter le lendemain
que les Européens, lassés d^atteudre et d'être trompés, s'approchent de la plage et paraissent décidés h s'emparer des embarcations, la nagara (tambour) réunit tous les habitants, et bientôt des nuées d'indigènes, armés de lances entourent la caravane.
Cependant, MM. Desrioux et de Pommerelle sont décidés à traverser le lao au point où ils se trouvent. D'après les renseignements recueillis de divers côtés, il est plus étroit dans cette partie que dans toute autre. Les montagnes, dont les sommets se dressent en face d'eux, leur paraissent aussi moins inaccessibles que celles entrevues plus au sud. Enfin, s'ils remontaient au nord pour continuer à côtoyer le lac, d'une part ils s'écarteraient de leur itinéraire qui est le nord- ouest, de l'autre le Nil et les chutes Murchison pourraient arrêter leur marche.
Ils se décident enfin à se passer d'embarcations et construisent pour leur propre compte des radeaux ou plutôt d'immenses trains de bois. Ils ne pourront, il est vrai, les diriger à leur gré, mais M, Desrionx a remarqué que les chutes, en se précipitant dans le lac, déplacent un volume d'eau considérable et
Cinquante hommes à peine, nés sur la côte de la M*rima, habitués à l'océan Indien, et que le lac Albert ne peut effrayer, consentent à suivre leurs maîtres. Quaiit aux soldats (béloutcbis)^ plus braves que les porteurs, et dont la plupart ont fait maintes fois le service de l'île de Zanzibar à Bagamoyo^ ils prennent place sans trop de difficultés sur ran des radeaux avec les deux Français, leurs interprètes et leurs guides.
L'embarquement commencé vers miuuit, ûô p^^ s'achever qu'à trois heures du matin. Au lever du soleil, les radeaux ne s'étaient éloignés de la plage que de deux milles environ et n'avaient pu encore atteindre le courant. Les naturels, dès qu'ils aperçurent ces embarcations d'un nouveau genre, poussèrent des cris, battirent le tambour et ne tardèrent pas à faire pleuvoir leurs flèches dans la direction des fuyards, mais ils se trouvaient trop éloignés pour les pouvoir atteindre. Une flottille composée d'une centaine de barques fut aussi lancée à la poursuite des Européens ; quelques coups de carabine luifli^ bientôt rebrouAser chemin.
«7« LA VENUS NOIBE.,
La côte était absolument déserte, soit que les naturels eussent pris la fuite à l'arrivée de tous ces étrangers, soit que Faridité du sol eût depuis loigtemps éloigné les habitants. En effet, on ne voyait s'étendre entre le lac et la montagne qu'une langue de terre d'une largeur de cent mètres environ, inculte et sablonneuse, et les bois qui rampaient le long de la montagne ou s'étageaient lé long de ses flancs, se dressaient trop perpendiculairement pour qu'on pût songer à en tirer parti.
C'était, pourtant, cette ligne de collines, cette chaîne de montagnes d'une élévation considérable qu'il s'agissait de franchir. L'ascension au premier abord paraissait irréalisable ; M. Desrioux n*aurait peut-être pas osé la tenter, malgré tout son courage et certaine expérience acquise autrefois sur les sommets les plus élevés des Pyrénées et des Alpes, si plusieurs des soldats de l'escorte n'étaient pas nés dans rOussagara, pays de montagnes élevées. Nonseulement ces hommes ne reculeraient pas devant une ascension, mais se moquant de leurs camarades qui n'oseraient pas la tenter, ils les décideraient â
les suivre. Quelques Béloutchis, habitants de 1 et ^uiemis jurés de la montagne, résistèrent aux séductions et aux railleries. MM. de Pomn et Desrioux ne s'émurent pas de leur défecti( ne tenaient nullement à entraîner avec eux te caravane sur des sommets où Ton ne pouvait porter ni bagages, ni provisions, et dans des r évidemment inhabitées, qui ne fourniraient a nourriture.
Cinquante hommes pouvaient suffire pour Taventure ; chacun d'eux fut muni d'une car d'une lance qui devait faire Toffice de bâton d'une hache destinée. à ouvrir des tranchées, corde enroulée autour de la taille, d*un sac e porté sur le dos et contenant des vivres pour ques jours. Quant à la poudre, elle fut divi parts égales entre tous les hommes de cette velie escorte.
Les Béloutchis récalcitrants et les quelque leurs, qui avaient tenté Taventure du lac, furen ses sur la plage sous le commandement du dje. (lieutenant). Ils devaint attendre pendant un n
retour des Européens ; ce délai passé, ils étaient libres de retourner à Zanzibar, où ils pourraient toucher, au consulat, avec une attestation que leur remettaient MM. Desrioux et Pommerelle, le prix intégral de leur engagement.
Le 28 novembre, au lever du soleil, cinquante is, après avoir embrassé leurs compagnons avec cette ardem*, cette expansion propres à toutes les peuplades nègres, se rangèrent en file indienne, et commencèrent l'ascension. Pendant deux jours elle ne fut pas aussi pénible qu'on aurait pu lepeu^ ser. Les bois que Ton traversait, s'ils faisaient parfois obstacle, favorisaient le plus souvent la marche: chaque tronc d'arbre servait de point d'appui, d'échelon, en quelque sorte; il empêchait aussi, lorsqu'on l'avait atteint, de glisser et de rétrogader sur des pentes trop rapides. Le travail était fatigant, mais on l'interrompait par des haltes nombreuses, et la nouveauté de ce genre de marche, ce métier de montagnard, égayait fort les nègres qui s'amusent de tout et sont, nous l'avons dit, d'humeur joyeuse.
Bientôt cependant, l'ascension devint plus difficile,
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280 LA VÉNUS tlOIRE.
maient de ce côté toute espèce d'horizon. Après dé si pénibles efforts faudrait-il donc s'arrêter devant ces derniers obstacles et reprendre le chemin précédemment parcouru, sans pouvoir même jeter un coup d'oeil sur des contrées qu'un rideau de pierre dérobait seul à la vue ?
Pendant une halte, le docteur Desrioux remarqua qu'une montagne jusqu'alors cachée par des nuages, et démasquée depuis un instant, s'aplatissait à son sommet et au lieu d'un pic présentait un plateau. Il résolut d'atteindre ce point sinon extrême, du moins très-élevé, d'où il pourrait sans doute dominer le versant occidental de la montagne.
L'escorte qui l'entourait ne pouvait que l'embarrasser pour une ascension de ce genre ; six hommes munis de cordes et de lances lui suffisaient. Il les choisit parmi les plus forts et les plus intrépides, et supplia M. de Pommerelle, qui depuis longtemps ne connaissait plus d'obstacles et voulait le suivre, de n'en rien faire et d'attendre son retour avec le reste de l'escorte.
Il avait pris ses dispositions dans la soirée et
JLia conquête que M. Desrioux venait de faire dans le domaine de la science ne devait pas exalter son orgueil. S'il se félicitait de ses succès, c'est qu'il était parvenu à franchir un des obstacles qui dans sa pensée le séparaient encore de M"*® de Guéran : il lui paraissait impossible, en effet, que derrière ce dernier rideau de montagnes lointaines, dans ces vastes plaines certainement habitées, il n'eût pas enfin quelque nouvelle de la caravane européenne.
Son cœur se réchauffait à cette pensée que là-bas, sur la lisière d'une forêt, au bord d'un fleuve, dans un village inconnu, il se trouverait tout à coup en présence de Laure de Guéran. Il ne voulait pas s'avouer qu'au lieu de s'avancer vers le sud, elle pouvait avoir été obligée de remonter vers le nord, qu'elle pouvait avoir aussi péri victime du climat ou
d'une agression. Non : quelque chose lui n'avait pas entrepris inutilement un « voyage, surmonté tant d'obstacles, bra^ dangers. S'il ne s'était pas rapproché du demment désiré, son cœur battrait-il con tait en ce moment? Son regard plonge:
tant de bonheur sur cet océan de plaines tagnes ?
Pendant que sa pensée errait ainsi et qn de découvrir à Thorizon les pays habités ] Guéran, trois des hommes qui l'avaient a( rejoignaient dans la soirée M. de Pomme remettaient un mot écrit au crayon sur détachée d'un carnet de voyage. M. Desri part au comte du succès de l'ascension ( de la tenter à son tour, le lendemain, av< soldats de l'escorte. Elle ne pouvait être di grâce aux guides qu'il lui envoyait et q déjà faite, pourraient prendre le chemin le ] et signaler les points périlleux.
Dans l'après-midi du 5 décembre, le c comte de Pommerelle et cinquante homme
Sai LA VÉNUS NOIRE.
corte, se trêuvèrent réunis sur le haut sommet, découvert efc foulé pour la première fois par M. Desrioux.
Le reste de la journée fut consacré au repos : il fallait prendre des forces pour les longues marches des jours suivants. Mais on convint de partir, le lendemain, aux premières lueurs du jour, et de ne plus s'arrêter que devant des obstacles matériels ; la caravane n'ayant plus que pour cinq ou six jours de vivres, devait essayer d'atteindre au plus vite les lieux habités. L'air vif qui régnait sur ces hauts sommets, le froid relatif qui venait de saisir tous ces hommes habitués à une température constante de trente à quarante degrés, leur donnaient une ardeur et une activité inaccoutumées ; on pouvait leur demander des efforts qu'ils n'eussent certainement pas faits dans la plaine.
La descente fut d'abord facile : M. Desrioux, pendant qu'il attendait le comte de Pommerelle, avait employé son temps à étudier les environs, et put guider les premiers pas de la caravane. Mais, bientôt^ }e^ obstacles surgirent : à peine qvait-on descendu .
JfW^Ww.-;
une pente rapide, qu'une nouvelle monta sentait et fermait la route presque vertii fallait faire un long circuit, ou se frayei au-dessus d'un abîme. Depuis qu'on avj plateau, on n'apercevait plus la plaine en dant une journée. L'horizon était des p les pentes, les rochers, les cols, les hauts sommets se succédaient sans intei aurait pu se croire perdu dans un labyr tricable, et sans boussole on se serai perdu.
Les Béloutchis commençaient à murmi plaignaient d'avoir été entraînés trop loii et disaient qu'ils ne reverraient plus leu fois ils s'arrêtaient tout à coup pour se ^omme des enfants ; il fallait, dix fois pi raisonner, les supplier, les menacer. L bre, aux premières lueurs du matin, lors rent l'ordre de se mettre en route, tous d'un commun accord refusèrent de partir
•— A votre aise, dit tranquillement M.
relie, je pars seul avec mon ami et je
ioi. Vous n'aurez plus personne pour vous guider, et dans deux jours vous serez morts de faim. Eînfants ! qui ne comprenez pas que vous avez maintenant dix fois plus de chemin à faire pour regagner le lac que pour atteindre le pays oti nous voulons arriver!
MM. Desrioux et Pommerelle joignirent l'action à la parole et, se séparant de l'escorte, gravirent lestement une colline qui se dressait devant eux.
Gomme ils s'y attendaient, une demi-heure ne s'était pas écoulée que tous leurs hommes les rejoignirent, en les suppliant de continuer à leur servir de guides.
— Soit ! répondit le docteur, mais à la première résistance, à la première crainte, nous vous quittons pour toujours, cette fois. Nous partirons la nuit, pendant votre sommeil, et vous ne pourrez jamais nous retrouver. Si, livrés à vous-mêmes, vous parvenez à regagner la côte, ce qui est douteux, toutes vos peines jusqu'à ce jour seront perdues, car les consuls refuseront de vous payer, et votre sultan.
notre ami, vous fera punîr pour nous doimés.
Cet énergique raisonnement toucha 1 murmures cessèrent, on reprit courage.
Le 9, on gravit une nouvelle mont premiers soldats qui Tatteignirent poi cris de joie : la plaine qu'on avait si loi due de vue se dessinait à Thorizon, pla] entourée de collines boisées, et où Te une masse noire, confuse, un village Pour atteindre cette terre promise, il descendi^e dans un vallon et de franc] nière montagne relativement peu élevé maintenant, se dressait devant la carav
M. Desrioux, lorsqu'il eut rejoint 1 l'escorte, s'empressa d'interroger l'hoi longue-vue et reconnut, en effet, qu'ui portant s'étendait sur un des côtés de
Après quelques minutes d'examen, non-seulement voir des habitations, ms des groupes d'hommes.
S88 LA VÊNUB NOIRE.
— Regardez donc à votre tour, fit-il en passant sa longue-vue à M. de Pommerelle.
— Oui, fit celui-ci au bout d'un instant, les points noirs que vous me signalez semblent s'agiter et changer de place. On dirait une armée de fouraiis en expédition autour de sa demeure.
— Cette armée de fourmis, répondit M. Desrioux, est probablement une armée de naturels qui combattent ou s'apprêtent à combattre. Il n'y a là rien qui doive nous étonner : ces pays sont toujours en guerre.
Les Béloutchis ne se possédaient plus de joie, depuis qu'un village leur avait été signalé. Ils s'embrassaient, sautaient, gambadaient, et, croyant déjà avoir atteint le but, disposaient avec imprévoyance de leurs dernières provisions. Aussi ne fii*ent-ils aucune objection, lorsqu'on ordonna de se remettre en route ; las de se désaltérer, depuis huit jours, aux sources de la montagne, ils se délectaient à la pensée de se procurer du vin de banane, de la bière ou quelque liqueur fermentée.
On ne s'arrôta qu'à sept heures du soi la nuit succéda définitivement au jour.
Le lendemain, après une marche de trc r expédition se trouva, tout à coup, à l'en gorge où la montagne se divisait en dei hautes de cent mètres environ. L'espace 1 entre les deux crêtes de ces falaises sem pratiquable.
On s'engagea sans hésitation sur cette turelle, creusée dans le roc. Suivant toute visions, comme elle traversait la flernière dans sa largeur, de l'Est à l'Ouest, elle boucher sur la plaine reconnue la veille. ] aussi finir par se trouver au même niveai plaine, car elle descendait rapidement, e longeait sur un grand parcours et, à so départ; elle n'atteignait pas une altitude cinq cents mèlres.
Tout indi(iuait, du reste, qu'on arrive à l'extrémité du col : la route, large de v à son début, n'avait plus que cinq mètre les crêtes des montagnes qui la dominaie
î*90 LA VÉNUS NOIRK.
rapprochées att point de paraître se toucher; on n'entrevoyait plus qu'un coin du ciel et on eût été tenté de se croire plutôt dans un souterrain que dans un chemin découvert.
Tout à coup , les guides qui marchaient en tête de la caravane s'arrêtèrent brusquement et poussèrent des cris« On accourut les rejoindre et on comprit leur émoi.
La route «e trouvait barrée par un immense rocher. Au moment où la caravane allait enfin atteindre le bui, un t^rible obstacle se dressait devant elle.
Tous les Béloutchis, après avoir mêlé leurs lamentations à celles des premiers guides, firent silence et vinrent se ranger autour des deux Européens. Ss comprenaient que les hommes blancs pouvaient seuls vaincre la nouvelle difficulté qui se présentait.
-■^ Qu'en pensez-vous, cher ami? disait M. de Ponimerelle au docteur. *
— Je pense, répondit M. Desrioux, que ce rocher est infranchissable; je viens de l'examiner attentivement et je n'ai pu découvrir aucune fissure, aucune crevasse, aucun de ces échelons naturels qui per-
mcLteiû parfois de tenter une esca cordes, elles ne pourraient pas en met, et nous manquons, du reste, nous y accrocher,
— Cependant vous reconnaissez Cocher nous sépare seul de la plain
— C'est incontestable : les deu plutôt les deux falaises qui nous ei nent ici. Derrière ce rocher le ciel zon s'étend. Nous avons suivi évidi immense torrent, peut-être d'une ble, desséchée, disparue depuis 1 des siècles, peut-être. Ce torrent, autrefois dans la plaine, a entraîné ce bloc de granit; le rocher a r deux montagnes lui ont Uvré passa entre elles » s*est incrusté dans h qu'elles se sont trouvées trop rap Tautre.
— Je le veux bien, fît M. de ] peu nous importe de savoir comi trouve ici. Il nous ferme le passag
et le plus triste de Taventure. Quelques mètres dé granit, en hauteur et en largeur, nous emprisonnent. Qu'allons-nous faire? Chercherons-nous une autre route?
— Non. D'abord j'ai étudié la montagne et je crois qu'il n'existe pas d'autre issue. Ensuite nos hommes, découragés, cette fois, refuseraient de nous suivre.
— Allons-nous donc revenir sur nos pas et reprendre le chemin du lac ?
— - Jamais, à aucun prix. Il faut passer coûte que coûte.
— Comment?
— En faisant sauter co rocher.
M. de Pommerelle ne put dissimuler son étonnement. Ses regards s'étaient vivement portés sur cet immense bloc; il en mesurait la haulcur et la gros
seur et manifestait silencieusemeat par so une certaine incrédulité. Enfin, il se touri docteur et lui dit :
— Vous avez donc à votre disposition de mite ou de la poudre de mine ?
— Hélas ! non, fit M. Desrioux. Vous le si
— Alors?...
— Alors, j'en serai réduit à me servir poudre ordinaire.
— Et vous croyez qu'elle aura assez de ] pour...
— Je ne crois pas, fit le docteur en i pant M. de Pommerelle, j'espère; voilà tou avez autre chose, cher ami, à me proposer
— Je ne me gênerais pas, croyez-le bii nua le comte, mais j'ai beau chercher, je i rien.
— S'il en est ainsi, faites-moi la grâce vous récrier à l'avance, et de discuter au très-modeste proposition.
— Discutons. De quelle quantité de pou( sons-nous7
2Q'i LA VÉNUS NOIRE.
-^ D'un© quantité assez considérable : près de cent kilos*
— On peut faire quelque chose avec cela.
— On peut faire beaucoup, croyez-le bien; la poudre ordinaire a autant de force que la poudre de mine ; si on emploie cette dernière c'est qu'elle est en grain et s*éventé plus difficilement. Mais notre poudre, malgré sa finesse, n'a rien perdu de ses qualités dans ce pays ensoleillé ; elle a été, en outre, conservée dans des boîtes en fer-blanc hermétique* ment fermées; je la crois capable d'excellents effets. J'ajouterai , mon cher comte, que l'expression dont je me suis servi : « nous ferons sauter le rocher », n'est pas absolument exacte. Je ne prétends pas, même avec cent kilos de poudre, le faire éclater dans l'air comme une fusée. J'espère seulement Tébranler fortement, lui imprimer une secousse violente, et, comme il se trouve placé sur une pente, comme rien ne paraît devoir l'arrêtai* du côté opposé à celui où nous nous trouvons, il se déplacera peut-être, roulera ou s'ouvrira pour nous livrer passage.
LA VENUS NOIRE. t05
— Tiens , tiens ! fit M. de Pomxnepelle mence à partager vos espérances. Une ne jection cependant : vous n'avez remapqi fissure dans ce bloc, et nous n'avons auc ment qui nous permette de le perforer prof comment espérez-vous introduire la poud
— Il n'existe, en effet, répondit le doc toute la hauteur du rocher, aucune fissure aider à le gravir ; mais, à sa base, voyez déchirures. Tenez, approchez-vous et vei coucher à terre avec moi... Y êtes-voui
— Oui, parfaitement. Cette crevasse longue que le rocher lui-même puisqu'on \ à travers.
— Eh bien ! c'est dans cette cavité qu< troduirons la poudre.
— Et comment y mettrez- vous le feu?
vons pas de mèches.
— Les cordes qui nous ont servi à grav tagne, nous en tiendront lieu ; par cette s elles brûleront comme de l'amadou. Du re aurons soin de semer sur leur parcours d
de poudre destinés, si elles étaient tentées de s'6 teindre, à raviver leur feu. — Vous avez réponse à tout. Allons! c'est décidé,
i, je n'entreprendrai rien aujourd'hui; d, l'obscurité nous envahira bientôt, et esoin, pour cette besogne délicate, de 3 clarté. Puis, je ne suis pas fâché d'anuit devant moi pour réfléchir ; si je [jue chose de mieux. . .
3 trouverez pas.
t en riant M. Desrioux, vous voilà main convaincu que moi. J'aurais mauvaise er d'ébranler des croyances que j'ai fait dant, je vous rappellerai à la prudence; nous est trop précieuse pour la jeter nécessité absolue. S'il s'agissait poui avoir renversé ce rocher, d'entrer en vous dirais : faisons bon marché de 3. Mais cette partie de l'Afrique où nous Br si bruyamment, avec tant d'éclat, ex- . de mots, nous est inconnue. Si nous
nous en rapportons même au coup (l'œil sur la plaine, nous tombons au milieu de p nombreuses et guerroyantes. Permettez-i de n'aviser que demain.
— A demain, donc, cher ami ! conclut M.
merelle.
Le docteur fit avancer un Béloutchi ser^ terprète, et le chargea de dire à ses camai les blancs avaient trouvé le moyen de franc tacle qui les séparait de la plaine. Les soi( tarent en cris de joie qui devinrent moins et dégénérèrent en murmures, lorsqu'ils qu'il fallait attendre jusqu'au lendemain* se calmèrent bientôt : ils avaient tro des Européens, en ce moment, pour les tenter.
Le lendemain, à cinq heures du matin, rioux alla réveiller M. de Pommerelle.
— Eh bien! demanda le comte, lorsqu'
couvre ses esprits, que faisons-nous, qu'j
trouvé?
r- Rien de nouveau, n^on cher.
208 LAVENU8 NOIRE.
— Alors, nous sautons?
— Nous sauterons peut-être, cela s'est vu; mais en principe, c'est le rocher qui doit sauter.
— Je Ventends bien ainsi. Me voici prât» je suis à vous.
Ils durent réveiller eux-mêmes les soldats, car pour éviter de s'encombrer on n'avait emporté, en quittant le lac, ni tambours, ni clairons.
Lorsque les Béloutchis reçurent l'ordre de réunir en un seul tas leurs provisions de poudre, iL se re* gardèrent avec étonnement, formèrent un 'groupe et se parlèrent à voix basse.
— Qu'ont-ils? Pourquoi n'obéissent-ils pas? demanda M. Desrioux à l'interprète.
— Ils vous accusent, répondit celui-ci, d'avoir de mauvaises intentions à leur égard, de vouloir les abandonner et leur ôter la possibilité de se défendre et de vous résister.
Le docteur pénétra dans le groupe des Béloutchis et, avec le concours de l'interprète, essaya de leur expliquer le plus clairement possible ce qu'il voulait faire. Us ne comprirent pas : la poudre, pour tous
ces gens, se glissait dans un fusil, et lorsqu'on y mettait le feu poussait une balle; il ne leu^ était ja? mais venu à l'idée qu'on put l'employer à un autre usage. Le docteur pensa qu'une expérience les ^nstrui? rait plus facilement qu*un nouveau raisonnement, n prit une pierre de la,|ai|to^e nos p^vés parisiens, glissa dessous tîne petite quantité de poudre, établit une sorte de mèche , mit te feu à la mèche et attendit. Au bout d'un instant, à la profonde stupéûio» tien des soldats qui ouvraient de grands yeux, une détonation se fit entendre et la piarra se rompit en plusieurs morceaux. On avait compris ; il ne s'agist sait plus que d'opérer en grand, et tous s'y prêtèrent.
Lorsque la poudre fut réunip ^^ un seul tas, quatre hommes la transportèrent près du rocher et la firent glisser dans la fissure qui suivait la paate du bloc de granit.
Tout à coup M. Desrioux qui» à moitié couché par terre, la tête près du sol, dirigeait cette opération, se releva brusquement, et s'adressant à M. de Pom merelle placé près de lui :
— On se bat, lui dil-il, dans la plaine, de Tautre côté de ce rocher !
— n n'y a là rien d'étonnant, fit le comte, n'avonsnous pas reconnu hier avec nos longues -vues qu'une année s'avançait vers la montagne ? N'avezvous pas vous-même constaté que ces combats étaient fréquents dans cette partie de l'Afrique ?
— Ouï, sans doute, dit M. Desrioux qui paraissait très-ému , mais il ne s'agit pas ici , je crois , d'un combat ordinaire entre deux peuplades ennemies; une caravane européenne doit être en ce moment aux prises avec les naturels de cette con* trée.
— Ah ! Qu'est-ce qai vous le fait croire ?
— Couchez-vous par terre, près de cette crevasse, approchez votre oreille du sol et écoutez.
Le comte obéit, et se relevant un instant après :
— J'ai entendu, en effet, dit-il, des coups de fusil, mais rien n'indique qu'ils soient tirés par des Européens ; les caravanes des Arabes et des traitants disposent, comme les nôiires, d'armes à feu.
«-^ Je vous dis^ moi^ s'écria M. Desrioux de plui^
en plus exalté, que ce sont des Européens, et pei être les amis que nous cherchons.
— Quoi ! vous voudriez ?. . .
— Pourquoi pas? Ne nous attendons -nous pas les rencontrer d'un moment à l'autre; toutes n prévisions, tous nos calculs ne nous ont-ils pas, d puis huit mois, conduits dans cette partie de l'Afi que? Ce sont eux, vous dis-je. Je le sais , je le sen M"** de Guéran est là, de Tautre côté de ce roche Elle court peut-être un terrible danger!
Sa voix frémissait, son regard brillait ; il paraii sait tellement convaincu de ce qu'il disait q\ l'incrédulité de M. de Pommerelle finit par et ébranlée.
— Alors, mon cher, fit-il, ne perdons pas not temps à discourir; agissons. Je ne partage pi votre conviction, mais je ne vois aucun inconvénie à continuer ce que nous avons commencé.
M. Desrioux reprit aussitôt sa place près du n cher et donna ses derniers ordres.
Une demi-heure après, les deux tiers de la poi djre avouent disparu dans la Qsspre d(i roç}\ei^ i
rauti-0 tiers était distribué de nouveau aux soldats. Si ropératioB qu'on allait tenter réussissait, on pouvait, après avoir combattu viotorîeusement la matière, avoir à combattre les hommes; la {«-udence ordonnait de conserver quelques munitions.
Les cordes apprêtées, d'après les indications du docteur, ftirent disposées de feçon à servir de mèches, puis toute l'escorte reçut Tordre de fuir au plus vite. MM. Desrioux et de Pommerelle se chargeaient du soin d'allumer la mèche, de la surveiller le plus longtemps possible, et de ne s'éloigner qu'au dernier moment.
Comm0 l'avait espéré le docteur, la corde qpii avait été divisée, amincie et, pour ainsi dire, émé^ chée, prit feu facilement; au bout d'un quart d'heure elle était à moitié consumée. Les deux jeunes geos, après avoir constaté que rien ne pouvait plus arrêter cette combustion, alimentée et activée par des grains de poudre répandus çà et là, se décidèrent alors seulement à se mettre en sûreté.
Dix minutes s'écoulèrent encore.
Tout à coup une formidable détonation retentit ;
lo sol trembla, la montagne frémit. Puis le silence » t rimnlobilité succédèrent à ce mouvement et à ce !)ruit.
Alors, sans se regarder, sans se consulter, MM. Desrioux et de Pommerelle descendirent en courant le sentier qu'ils venaient de remonter, et atteignirent en quelques minutes la place où ils se trouvaient précédemment.
xxvm
Le rocher s'était di\nsé en deux parties à peu près égales, au-dessus de la fissure où la poudre nvait éclaté. L'un des deux blocs était resté de- I.out, toujours appuyé contre les parois de la montagne, l'autre, entraîné par une formidable secousse, et se détachant de la masse, s'était effondré de toutci sa hauteur.
MM. de Pommerelle et Desrioux voyaient s'ouvrii
devant eux un espace, large de trois mètres, qu'aucun obstacle ne barrait plus.
Us firent encore quelques pas, atteignirent la place où le bloc granitique avait reposé tant d'années, tant de siècles peut-être, et s'arrêtèrent brusquement.
La terre allait manquer sous leurs pieds : ils se trouvaient au-dessus d'un abîme d'une trentaine de mètres; la plaine n'était pas au même niveau qu6 la route barrée quelques instants auparavant par le rocher.
Mais ils s'avancèrent en rampant, en s'appuyant aux parois de la montagne, et reconnurent que le bloc qui s'était effondré, non-seulement leur ouvrait l'horizon, mais encore leur permettait d'atteindre le pays qui venait de leur apparaître. En effet, après avoir tournoyé dans l'espace, le sommet du rocher s'était précipité dans la plaine tandis que sa base, appuyée contre la montagne, restait à la place qu'elle occupait précédemment. On aurait cru voir le tablier 4'un pont écroulé ; Tun de ses côtés demeurait fixé
aux piliers de la rive droite du fleuve; V s'était abîmé dans la rivière.
Il ne s'agissait plus pour la caravane europ^ que de se laisser glisser sur une route de fi très-inclinée, d'une longueur de trente mètr large de trois mètres. Mais, avant de se lance cette pente, de franchir le dernier obstacle qi séparait de la plaine, MM. Desrioux et de Pon relie regardaient au - dessous d'eux et resl atterrés.
On ne voyait sur sa vaste étendue que des courant affolés dans toutes les directions ; femmes nues, levant les bras au ciel, faisant bonds frénétiques ; des hommes qui se heurta tombaient pêle-mêle, ou, dans leur terreur, i pables de courir, se jetaient sur le sol et essa^ de s'y enfouir. L'herbe de la plaine dispara sous les armes de toutes sortes : lances, flèches, boucliers, dont les fuyards s'étaient débarrassés que leur course fût plus rapide. A l'horizon a dant, on apercevait des groupes serrés et com tes: des bataillons se reconstituaient, se reform
avec leurs débris errants. Ces soldats appartenaienl sans doute à l'armée victorieuse; ils avaient pris la fuite au commencement de Faction ; maintenant ils se réunissaient pour jouir du triomphe des leurs, piller et massacrer les ennemis que d'autres avaient vaillamment combattus.
Si, après avoir interrogé rhorizon,MM. Desrioux et Pommerelle baissaient les yeux sur le premier plan du tableau, leur étonpement devenait de la stupeuç.
Une. sorte de camp retranché* entouré d*un fossé circulaire s'offrait à leur \aie, ïl devait avoir été pris d'assaut, quelques instants auparavant, et ceux qui le défendaient égorgés. Plus de troi$ cents cadavres y étaient étendus : les uns sur le sol, les autres sur les rebords du fossé, ceux-ci sur des cais* ses, des bagages , amoncelés dans ce coin pour servir de remparts, ou bien épars, défoncés et brisés, car le pillage avait sans doute, pendant un instant, succédé au massacre. Au-dessous du rocher, à la place oîi il s'était effondré, on distinguait dans un lac de sang un amas hideux de ooi*ps écrasés, de membres détachés de leurs troncs, de chair en
w^ffy^~:b^
lambeaux. Au milieu de tous ces cadavres, des blessés se traînaient, rampaient, faisaient de terribles efforts pour fuir le contact de ces corps déjà froids, pour n'être pas enfouis vivants au milieu de ces morts, et les échos de la montagne répétaient leurs cris déchirants.
MI. Desrioux et Pommerelle étaient donc arrivés trop tard, à la fin seulement de la bataille, lorsque déjà un des deux partis avait été vaincu. L'écroulement du rocher n'avait servi qu'à faire un plus grand nombre de victimes; le bloc de granit, en se précipitant dans la plaine, avait sans doute écrasé les derniers Européens à Tabri dans le campement, car on n'en pouvait plus douter, ces bagages, ces valises, ces tentes, ces fusils jetés çà et là ne pou-vaient appartenir qu'à des Européens.
Mais, du- campement, les regards des jeunes gens se sont reportés vers un espace de vingt mètres environ où se trouvent réunis les survivants de cette grande hécatombe. D'abord ils n'aperçoivent qu'un groupe confus d'où partent des cris, d'où l'on semble leur faire des signes. Puis les détails de-
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808 LA VENUS NOIHE.
viennent plus distincts; des burnous arabes, des luniques de laine, des vêtements européens leur apparaissent. Enûn plusieurs visages blancs se détachent des visages noirs ou bronzés qui les entourent.
Mais M. Desrioux ne peut plus regarder, sa vue se trouble, il pâlit affreusement, ses jambes fléchissent, et si M. de Pommerelle ne l'avait pas soutenu et appuyé contre les parois de la montagne, il tombait dans l'abîme.
C'est qu'il a cru reconnaître, il a deviné M" de Guéran.
Si les deux jeunes gens ont pu, en quelques minutes, découvrir leurs amis au milieu de cette foule, les retrouver sur ce vaste champ de bataille, MM. de Morin, Delange et Périères, sans les reconnaître encore, les ont vus depuis longtemps. Au moment où, chassés de leur camp par les amazones, ils avaient cherché un refuge avec leurs serviteurs et leurs derniers soldats de l'autre côté du retranchement ; au moment où ils se défendaient en désespérés, sachant bien qu'ils allaient mourir massacrés à leur tour, comme l'avaient été leurs compagnons, tout à
coup une formidable détonation a^ montagne s'était écroulée broyani
Ebahis de ce miracle, terrifiés par leur résurrection, ils étaient r yeux fixés sur la montagne, dont Ti seulement les délivrait des Walind une mort imminente, mais encore chemin de TEst et des lacs, le chei
Hais, comme des Parisiens crc aux miracles, MM. Delange et de I moment de stupéfaction passé, attrj rières tout le mérite de leur déliv pas émis Fidée qu'on devait fair bloc de pierre pour s'ouvrir un pass tagne, et n'était-il pas, des lors, prc mis ses théories en pratique? F côté, pensait qu'on lui avait volé s< dait avec admiration ses voleurs. L trois, était seulement un peu demandaient conunent la montag se fendre à sa base, au-dessus de
d'eux avait faite, s'était ouverte au-dessus de leurs têtes.
Pendant qu'ils songeaient ainsi, les yeux fixés sur le bloc, dont Tune des extrémités était venue rouler dans la plaine, et dont l'autre restait appuyée à trente mètres plus haut, contre la bienheureuse porte, tout à coup deux hommes apparurent sur le seuil de cette porte, au premier plan de cet arc triomphal.
Protégés par l'ombre des deux grandes moatagnes, entre lesquelles ils s'avançaient, entourés de ténèbres, ils avaient l'air de sortir d'un sépulcre. Mais, arrivés aux bords de l'abîme, sur la plate-forme que formait maintenant le rocher écroulé» ils se trouvèrent en pleine lumière : vêtus de blanc» inondés de soleil, ils pouvaient être pris pour deux anges descendus du ciel, et se reposant sur la montagae, avant de voler vers la terre.
Cette soudaine apparition avait plus contribué, peut-être, à la fuite des amazones que la formidable détonation, qui avait accompagné Teffondrement du rocher. Après leur première stupeur, peut-être se
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seraient-elles réunies de nouveau pour attaquer les Européens et délivrer leur reine ; mais, lorsqu'elles reconnurent que leur montagne toujour et ijnmuable, leur montagne sacrée, s'éti pour écraser la plupart d'entre elles, s'él verte pour livrer passage à des êtres s mille craintes superstitieuses les assaillir redoutables guerrièi'es redevinrent des f Les Nubiens survivant au massacre, prèles arabes, les Dinkas et les Momboi gré leur étonnement, comprenaient, au que le ciel les protégeait : la montagne alliée, les deux anges leurs sauveurs, laient-ils prosternés et remerciaient-ilî ridole ou le sorcier qui les avait délivrés Quant aux Européens, ils remerciaien fond de râmO; leurs libérateurs, mais ils i îaient aucun pouvoir magique, aucune -surnaturelle. Ils s'expliquaient ce qui s'é une caravane européenne, partie du sudchant vers le nord-ouest, après avoir b Montagnes-Bleues, s'était trouvée arrê
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immense rocher, et ne pouvant ni le franchir, ni le tourner, s'était servi de la mine pour le faire éclater. Elle n'avait songé qu*à s'ouvrir un chemin, et le hasard avait voulu qu'elle l'ouvrît en même temps à une autre caravane marchant en sens inverse. L.e hasard qui paraît si invraisemblable dans les romans, mais qui dans la vie occupe une si large place, avait aussi voulu que la rencontre des deux caravanes, Técroulement de la montagne eussent lieu dans un moment opportun, à une heure propice.
L'idée ne venait à aucun de ces messieurs de se dire que le hasard n'avait pas tout fait et qu'ils étaient en présence de leurs amis, le comte de Pommerelle et le docteur Desrioux. Gomment nuraient-ils pu se douter que l'un d'eux, retenu en France pai* ses devoirs, l'autre par ses habitudes et ses goûts, se trouvaient au cœur de l'Afrique, â deux degrés de latitude nord ?
M. Desrioux, au contraire, à qui le souvenir de M'"** de Guéran était toujours présent, qui marchait depuis si longtemps au-devant d'elle, et s'attendait sans cesse à la rencontrer, avait pu la