I.es ]»;uis de ma j;i(|uelle enllés comme des voiles
Et ne m'aille vivant mélanger aux étoiles.
Chambre d'hôtel morose et vide. Un œillet penche tt touche le miroir triste où lu contemplas Ta gorge nue. eau chaude, eau froide. MM. les Clients sont priés de régler chaque diinaihche.
C'est dimanche. Réglons les comptes de ce cœur. Rideaux jaunes et noirs, quel funèbre décor!
Tu n"es plus là, J"ai lu Delille et l'Annuaire Des Téléphones, pour ne plus songer à tes Sanglots; mais je voyais tes larmes et restais Des heures, les yeux clos, trop habile à me nuire,
A remuer ma peine au lieu de l'endormir
F,t mâchant ma douleur comme un fruit trop amer.
Soleil triste, mairie obscure, ô jours amers! Un poulet bat de l'aile et crie, et, sur les murs, Fades gravures : la Herse, Cité Lacustre Ou Palafitte; et, sur la table, le registre Des mariages, deux orvets empaillés, dons D'un anonyme et le portrait des Présidents Et le cadastre avec ses taches de bouge. Et- cependant mon cœur n'est plus qu'une élégie. Belle amie, et je songe à vous qui n'êtes plus Qu'une ombre chère, un souvenir où je me plais Et qui m'attriste et, sur mes jours, l'odeur des myrtes D'un vieil automne et le parfum des roses mortes. Cheveux légers, chair douce aux lèvres de l'amour Et qu'orgueilleux j'aimais à regarder dormir. Vous; et l'air tiède, avec votre grâce apparue Et ma peine, balance aux murs de la mairie Dans une odeur de buis et de trèfle incarnat, Grévy, ta redingote, et ton habit, Carnot.
A Philippe Chabaneix.
Philippe, vous tiriez les lapins de garenne Dans les prés jaunes de Cazères-sur-Garonne (CanTon dudit, arrondissement de Muret) Aux jours lointains où dans les saules murmurait Cet air sec et brûlant qui fripait le feuillage. Une hirondelle sur l'aiguille de l'horloge Se posait et dormait en laissant pendre ses Ailes noires, tableau charmant, et je passais Devant l'église avec vous et la chienne lasae Qui buvait à l'ornière et tirait sur sa laisse En revenant de la chasse, et nous demeurioiis Sur la place où grinçaient déjà quelques grillons A regarder les deux clochers de brique paie Et rose. Sous l'oiseau noir l'aiguille immobile A six heures marquait encor deux heures moins Le quart. Odeur des bois, de la terre et des foins, Odeur des coudriers au bord du fleuve amère Et visqueuse, c'est vous que je me remémore En arrêtant ce soir l'aiguille de mes jours Sur les lapins roulant dans l'herbe et les labours.
C'étaient les maquignons sous le jaune feuillage,
Les mules grises, les brebis de l'Ariège,
Les charrettes, le bruit, les clochettes, les cris.
Et les ruades quand les bois étaient fleuris
Du premier givre des novembres. A l'auberge
Les ivrognes juraient et se coupaient la gorge,
Dans l'odeur du vin rouge et du mouton graisseux.
Nous fumions notre pipe et n'étant pas de ceux
Que le puant aspect des goujats passionne
Nous allions vers les bois et battions cette chienne
Qui dans les basses-cours étranglait les poulets.
Les ornières craquaient sous nos semelles. Les
Moineaux roux se gonflaient sur les piquets des vignes.
Ballerines, vos mains se collaient à vos peignes
Et vous dansiez, et vous tourniez et vous tapiez
Le plancher rouge et vert qui sonnait sous vos pieds.
Pourquoi toujours pensais-ie à cette ardeur lointaine
Dans ce décor malade et glacé de l'automne,
Pourquoi vojais-je encor vos visages crispes,
Ces lanternes, ces pleurs et ces noirs canapés,
Quand nous rêvions au bord de la Garonne grise
Où la lune tremblait cumme une pâle rose?
LA VERDURE UORÉB 243
Les nuages légers comme une laine grise
Qui flottaient dans l'air frais frôlaient la lune rose,
VA sous les arbres noirs de ce beau crépuscule
Je baisais tristement ton visage tranquille,
Kt les mains sur tes yeux je regardais la ferme
Qui fumait et voguait sur les flots de luzerne.
Image des départs vers d'autres aventures! Cieux inconnus; baisers nouveaux; vieilles guitares. Les trois ruches dormaient, mais des meules de paille Les étoiles montaient comme un essaun d" abeille» Ou comme d'une enclume un bouquet d'étincelles; Et notre amour n'était plus qu'ombre et feuilles sèches.
Pourquoi voulais-je fuir, déjà plein d'amertume Et de regrets, moi qui t'aimais et moi qui t'aime. Mais avide en mes bras de presser d'autres rêves, Quoique assuré du vain voyage vers des rives Vaines? Le soir sentait la verdure et les pommes Et tes cheveux se dénouaient sur tes épaules.
Le navire fleuri m'allait porter k l'île Elue : arbres légers, eau lente, libellules.
Mais je pleurais sur le morose embarcadère Ces soirs qui sentaient les pomrnes et la verdure Et pressant sur mon cœur le paquet de tes lettres En songe je buvais mes larmes sur tes lèvres.
Je ne reviendrai pas rêver dans la luzerne
Ni boire amèrement la tristesse nocturne
Dans le verger paisible â côté des trois ruches
Où je baisais ta bouche en tenant tes mains fraîches,
Je ne reviendrai pas, et coule la rivière
£♦ le vent souffle, à moms qu'un soir je ne revienne.
LA VERDURE DORÉE 2io
Personne ne saura jamais Que je te vis cueillir des roses Au mois de mai Sur les rosiers aux étiquettes de bois jaune Par un ciel bleu comme ta robe.
Personne ne saura jamais Que tu fus douce à ma colère Au mois de mai, Que lu pleurais dans un bouquet de violettes, Que les larmes mouillaient tes lèvres.
Personne ne saura jamais...
Trop transparentes libellules Au mois de mai...
Ton léger souvenir s'enfuit comme une plume De tourterelle au clair de lune.
246 LA VERDURE DOKÉK
Vioions qui chantez sous les archets du vent, Sureaux aux blanches fleurs, bleus et larges platanes, Je vous retrouve à l'heure où mes rêves s'en vont, Et le vert déchirant des montagnes natales.
Genêts, lac, fusion bouillonnante, métal
Jaune et vert, or et cuivre, où plongent les abeilles,
Et torride bourdonnement sous les catal-
Pas rouges, qu'un soleil crève de rudes pailles.
Mais ce spectacle est trop puissant pour ma douleur Et je soulîre à pleurer d'une âpre jalousie Monotone, devant le triomphe, dans l'air Et sur la terre, du tumulte et de la vie.
Vers le silence et pour me retrouver face à Face avec moi, j'irai sous les saules de l'île. Verte ombre que jamais nul astre ne perça. Seul et blessé comme un cygne qui bat de l'aile.
Lourde et profonde comme un ample désespoir, Entre les herbes l'eau glisse avec un murmure; Tu ne reviendras plus au verger pourpre, pour Cueillir la pomme acide avec la nèfle mûre.
Li VERDURE DORÉB 247
Les voici revenus les matins embaumés, [morte
Fleurs, branches, bleus bouvreuils; mais que ta grâce Dorme et repose dans ma mémoire à jamais Sous les fleurs de troène et les feuilles de myrte.
h Georges I,e Card^nnel.
Quelque rose que lu cueilles, Une nuit la fanera; Le vent fait voler les feuilles, Les amours, etc..
Et pourtant j'aime les roses, Le feuillage et les amours Et bien d'autres belles choses Qui ne durent pas toujours.
Durer, durer... Rien ne dure.
Accourez, comparaisons !
Rappelons que la verdure Pas ne dure trois saisons.
Tout passe et cela n'est pas ce Que les gens n'ont dit assez; Es ont écrit que tout passe Et leurs livres sont passés,
Sauf certains; et les miens, Muse, Dureront-ils plus longtemps Qu'une voix de cornemuse Qui se perd sur les étangs?
LA VERDI.RE DORÉE 2iO
Mais qu'importe? Toules choses.
Ne durent-elles qu'un jour, Les poèmes et les roses Et les feuilles et l'amour,
Toutes choses ne sont-elles Les rameaux jaunes ou verts Des guirlandes éternelles Que déroule l'univers?
Toutes choses sont liées, La mollesse et le tambour.
Les poèmes, les feuillées Et les grâces de l'amour,
Et chacune lient sa place Dans cet hymne qui depuis L'aube éternelle entrelace Les chants des jours et des nuits.
Quelque rose que lu cueilles, Une nuit la fanera Mais la rose avec ses feuilles.
C'est la vie. Etc..
260 Li. VERDURE DORÉ!
A J.-R. de Brousse.
Comme les marronniers dinde et la grange, qu'on
Me rende, avec les lilas de l'auberge
Le rosier qui parait la grille et le balcon
D'une guirlande jaune et verte;
Et que je puisse, loi du vacarme et des cris Qui font trembler les vitres de la ville. Revoir l'azur et sous les lents nuages gris Les feuilles rouges de la vigne.
Collines douces, nuits qu'embaument les foins mûrs,
Ne goûterai-je plus vos molles grâces, Et ne verrai-je plus le noir lierre aux murs Et les oranges des terrasses T
L'amour est chaud comme une pipe au creux des mains.
l'irmi mes souvenirs, Clorinde, je choisis Cette rue avec ses étalages moisis 0(1 lu voyais s'offrir en un rare mélange Des florins de Florence, une plume de l'ange Gabriel et, pendant au char d'Achille, Hector (Gravure), des chapeaux : paille et demi-castor. Des perles, le vert d'eau d'un fauteuil Louis XVI; L'écharpe blanche à glands d'or d'un gardc-fraiiçaise: Des médailles (un aureus d'Aurélien, F^e crabe d'Agrigente et le loup argien, I^ tortue éginète et le thon de Cyzique Et la chouette athénienne") : la Physique D'Aristote, les Commentaires de César; Des sceaux de cire verte, une peau de lézard, Un télescope, des plantes médicinales Et la collection complète des Annales (Manque un tome) ; des aquarelles, des oiseaux De Malacca, Manon Lescaut avec deux eaux- Fortes (l'une piquée et l'autre disparue)...
L'air rouge et lourd berçait dans celte vieille rue L'ombre noire de deux pigeons sur les pavés VoluptueiK, des perruches. Tu me suivais
2o4 LA VERDURK DOnÉR
Et quand je me tournais je te voyais sourire. Cloriiide, en y rêvant, je m'arrête d'écrire Et songe avec délice et soufTre de souper .\ ces murs qui senlaient le miel et l'oranger. Un j^ros perroquet vert cria. {1!)12).
Briques brûlantes, vieux étalages, Toulouse (S'il faut dire d'un mot le décor où l'Amour Nous menait et, noyant sous des nappes de jour Ma ténèbre, au milieu de ces ardeurs complices Enivrait notre cœur de mortelles délices) Toulouse (reprenons la phrase, s'il vous plaît) Et ce double pigeon, Clorinde, qui volait Comme pour imiter nos deux âmes liées, Voici qu'au bord de l'eau, sous les chaudes feuillées, C'est Toulouse au beau ciel, ses jardins gracieux Et son fleuve et tes pleurs ; et je ferme les yeux Pour me mieux dérober au jour qui m'environne Et pour nouer en ton homieur celte couronne Que sur tes noirs cheveux un rêve ira poser. Celte couronne où chaque feuille est un baiser.
LA VERDURE DUHÉE 255
A Francis Carco.
Pour le bonheur, dont le pipeau Module plus doux que la gloire, Prends ta massue et ton chapeau ; Mais c'est toujours la même histoire.
Des fleurs sur l'onde et les agrès; Un vol de neige au bleu s'élance, Et sur les flots au loin dorés Le blanc navire se balance.
Faites sonner les beaux clairons Des roses s'ouvrent aux antennes; Les astres nous les cueillerons, Là-bas, au ras des mers lointaines.
Et le vaisseau navigue sur L'eau claire où se mirent les voiles Et là-bas les rameaux d'azur Inclinent des grappes d'étoiles.
2u6 LA VERDURE DORÉE
Quel venl arrache les bouquets El bat la mer creuse et terrible?
Les bateaux sont entrechoqués Comme des graines dans un crible.
Quelles sont ces montagnes d'eau Et ces tonnerres d'avalanches?
Mon pauvre ami, que tu es beau -Sous ces trombes vertes et blanches.
L'ouragan hurle et tord les mâts; Le vaisseau grince, tangue et roule, Et l'oiseau bleu que tu aimas 11 est noyé comme une poule.
Et maintenant tu peux t'asscoir Au milieu des lambeaux des voiles; Ce n'est pas encore ce soir Que l'on décroche les étoiles.
Alors on pleure la saison Pleine de nids et de dimanches La glycine sur la maison Et la rivière sous les branches.
LA VERDURE DORKE
on s'en revient bien tristemen Sans sa valise d'espérance ; On s'en revient comme je m'en Reviens vers l'ombre et le silence;
Plus de voyages et que l'on Jette ma cuirasse et ma pique 1 Mon cœur n'est plus qu'un violon Sous un archet mélancolique.
2o8 LA VERDURE DORÉE
Une pie noire et blanche en se posant sur un platane A fait dégringoler un flot de feuilles jaunes. C'est l'automne. Bourre de roses ta guitare El médite en silence aux dernières nuits chaudes Siu" les lauriers en fleurs qu'a brûles le tonnerre, Va dans Tair tendre aux feuilles crois entendre Ces soupirs qu'éclaira par un autre septembre La topaze lunaire.
[simple...
Des mots. Des mots. Pourtant ta douleur est si
Pourquoi no pas pleurer comme un pauvre jeune
.Mais non; chaque lanière qui te cingle [homme?
Te fait jaillir du cœur une harangue trop sonore;
El lyrique et debout dans les ruines et les roches
Et défiant le sort, les étoiles et la nature,
Tu |)euples de discours ta malheureuse solitude Et tu gardes tes pleurs pour verser des paroles.
Tu déclames; tu crois jouer un vaste rôle;
Mais qu'une feuille tombe au bois qui t'environne;
Que lu triomphes d'une robe; Que trcp lourde de sucre et prise à la rafale
Une abeille froisse son aile; Qu'aux verls bambous 'Je la tonnelle Un liseron se dénoue et se fane; Que les 11 las noircissent sous la neige : Qu'un chien se noie au tumulte des gaves Et que meure une ardeur aue tu crus étcnellc : Ce sont toutes choses égales.
[me;
Les bleus martins-pêcheurs égralignaient le fleuve cal-
Tu sommeillais sous les noyers dont l'ombre est fraîche
Et tu rêvais, loin du faux musc et du vacarme [et noire
De la ville où régnaient la Matchiche et la Tonkinoise
Et cette blanche ballerine Qui dansait nue avec un ara bleu sur la poitrine; Sous les feuillages qui chantaient au vent d'aulomne, Malgré ton désespoir dans l'herbe de la rive Tu n'avais pas ce cœur qui se lamente et qui s'élonne El tu savais encor, sous tes larmes, sourire.
Laisse tomber les feuilles jaunes des platanes Et tes espoirs pareils à des fusées Qui montaient en brûlant au-dessus des plaines na'ale ;
Demain il y aura de nouvelles rosées, Des feuillages nouveaux et des lèvres persuasive»
Et des amours que déjà tu désires Eclatant sur tes jours comme l'orage et les tonnerres, Des tendresses que berce en caresse l'azur des îles, Et de plus en plus éternelles
::iOO LA VEKDUUK DORÉE
Non, ne pousse pas de cris, Car cela ne sert pas à grand chose,
\'ois voler sur le ciel gris, LiMilemeiit, ce pigeon vert et rose.
Que sait-il de la vie et du sort?
A-l-il feuilleté les livres de mélaphysique -)Iais clans l'air qui joue une langoureuse musiquo
il s'ébat sans songer à la mort?
^'is de même au calme des prairies
Et dans la douce clarté lîcspirc sous les branches fleuries
Avec ingénuité.
LA VEIIULUE UUIttE 261
Amour, mon amour le plus cher, J'ai connu ces aubes cruelles, Veillant encor à l'heure où je voyais blanchir L'aube couleur de plâtre sur les tuiles.
.l'en pleurais, mais, lèlu, jusqu'au Sommeil je méditais sur le mystère Va quelquefois, vague ivresse un écho Faible me répondait du fond de la nature.
Puis connnc un aslre éclaterait
T'incendiant, nuit coulumière,
Muses, j'ai tressailli dans la chair et l'esprit
Et j'ai marché dans l'immense lumière.
Car le momJe est harmonieux Comme un beau choMir que soutiennent les lyres. Ouvre les yeux, Amour, ouvre les yeux Et danse de plaisir dans l'air que tu respires.
Ah ! laissez-moi, Francis et vous, Dercme : Je ne puis plus écrire ni chanter!
JEAN-MARC BEnNAUD.
Claudile jam ricos, pueri; sat prala biberunl.
vinciLE.
Adieu, mon exigente hôtesse.
L'exil nourrira la tristesse De la rose de ton pied nu.
JEVN PEt,LEIU:M.
Rossignol, c'est assez chante.
THÉOPHILB.
Encore une
Fleur : ainsi va et passe
La vie!
ONITSOinA.
Tu cherches le Bonheur où le Bonheur n'est pas.
BELVETILS.