‹ La verdure dorée: poèmes. Préf. de Philippe HucChapitre 5 sur 11 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

L'espérance apparut et tu lui ressemblais, Hier. Elle avait des yeux verts comme les blés D'avril, des doigts légers comme l'ombre d'une âme. L'aile d'un roitelet ou le cœur d'une femme. Ll de la voir si fraîche et limpide, les mains rioines de dahlias cueillis sur les chemins l>e l'aube, nous sentions au charme de son souffle Nos cœurs pareils aux deux flacons d'une guédoufle.

LA VEHl) uns DOUÉE Cl

Délaissons, s'il te plaît, Baruch de Spinoza,

Ses termes épineux (et verba spinosa)

Et partons vers les pins où l'air tiède murmure.

(Qu'il serait laid d'écrire ici le mot ramure

Pour la rime!) Je viens. Ne gronde pas. Je viens.

Et j'abandonne aussi les vers virgiliens,

Les calmes vers de qui ta tendresse est jalouse.

Que traduisit Clément Marot (1512).

Jls sont partis. Ils sont ailleurs.

Les jours passés soiU les meilleurs.

LA VBKDURE DORER 85

Regarde. La glycine a jauni sur la porte,

Et voici que l'automne aux tempes couronnées

De lierre caduc et de roses fanées

S'avance et d'un pied lourd foule les feuilles mortes

D marche et son manteau de pourpre au crépuscule

Se dénoue et se mêle aux nuances champêtres.

Mon cœur, voici l'octobre; et les joueurs de flûte Commencent à sifïler sous la voûte des hêtres. Veux-tu, nous quitterons pour la ville prochaine Les parterres flétris et l'ombrage des chênes, Et la maison rustique au milieu du feuillage Qui sut nous accueillir au retour du voyage, Et la source. Mon cœur, partons ; voici l'automne Et la dernière abeille aux troènes bourdonne.

86 LA VEllDURE DORÉS

En l'honneur de ton nom je veux sonner du luth, Donner ma voix, donner mon cœur et donner l'uil Mon cœur dans le matin s'ouvre comme une rose; Mon cœur est la pantoufle où ton orteil repose ; Aux baguettes du sort mon cœur est un tambour; iMon cœur est une flûte aux lèvres de l'amour; Mon cœur est le vieux puits où se mirent les branches D'octobre et, par les soirs tristes, des robes blanches... Et je pourrais ainsi lâcher du bout des dents Des vers qui me vaudraient l'estime des pédants. Car leur troupe se plaît à de telles sottises Comme les boucs parmi les feuilles des cytises.

Vois! Le ciel est clouté d'étoiles cristallines,

Et la lune a bleui les pentes des collines,

Et tu es dans mes bras blanche de volupté

Et vibrante et pareille à l'éternel été

Qui verse sur nos fronts l'ombre des roses noires.

Tu bois superbement l'ivresse des victoires

Et tu souris d'orgueil, car j'ai baissé vers tes

Yeux tristes mon regard fait pour d'autres clartés,

Et tu as triomphé sous les lampes complices.

Enfin, tu as vaincu le rebelle et tu glisses

Sur ma nuque la main fraîche comm* ' >oir,..

Si je me penche sur les yeux, c'est pour y voiri

88 LA VEftUUAE DORER

LVIJl

Les souvenirs ce soir vibrent comme des mouches

D'été. Rappelle-toi la fille aux jupons rouges

Qui portait une rose à son corsage ouvert

Et qui gardait des cochons noirs dans un pré vert.

Elle chantait à pleine voix une romance

Triste ; nous écoutions monter la plainte immense

Et nous songions, le cœur morose comme un soir,

Aux cochons du regret qui broutaient notre espoir,

Vous que je vois dans la clarté des lampadaires De mon rêve, héros des amours légendaires, Jeunes hommes dont un cheveu lia les poings, 0 vous qui roucouliez ivres en des pourpoints, Redingotes, bardocuculles et chlamydes, Et frôliez vos velours ^ux feuillages humides Des clairières, vous tous que l'amour distingua. Elle m'aime, et je porte un veston d'alpaga.

Va! tu n'es qu'une femme, une fleur vide, rieni Tu me liens, je le sais, par un souple lien Qui raille les ciseaux et se moque des limes, Et je sais que malgré mes révoltes sublimes Tu n'auras qu'à paraître avec ton chapeau blanc Pour que ce loup devienne un caniche tremblant. Oui, je le saisi II faut ployer! Il faut te suivre 1 Je t'aime et je te hais! Hélas! le plus beau livre S'effeuille quand paraît l'éclat de tes cheveux, Et je suis un coussin sous tes pieds ! Mais je veux, Et que ce fier aveu le flagelle ou te grise, Que tu saches du moins comme je me méprise I

Et tu disais : Vous tous qui souffrez d'insomnie, l*our goûter au repos que Je sort vous dénie,

Mélangez le tilleul et le suc de pavot. Et si de voire mal nul phillre ne prévaut, Il demeure un remède héroïque et suprême : Ijsez sur l'oreiller quatre vers de Dercme.

L'enthousiasme, comme un peuple de frelons,

Vibre dans l'heure noire.

Debout, et déchirons la nuit où nous râlons,

Pour un ciel de victoire.

Nos marteaux font le bruit crépitant des grêlons;

El pour le char d'ivoire Je dompterai les mois comme des étalons

Qui traîneront ta gloire.

Se roidissenl leur flanc sur le timon d'airain,

Et d'un vol souverain [donne,

Que dans mon bras, ton corps qui tremble et s'aban-

Au tumulte du vent, Sur la rouge sidendeur de ce couchant daulomne, S'élève triomphant I

Oit est l'amour dont je rena'use.

qui me rende ma jeûneuse'/

LA VEnDUaE DOREE 95

LXIU

A Stuart Merrill.

Terrible passion, voici que tu m'exiles; Et des flots inouïs viennent battre les îles, (Jii je mène parmi le feuillage tremblant Vers les sources d'azur le troupeau noir et blanc. Car j'ai quitté les toits, les hommes, les musées, Pour la mer et les prés où fument les rosées. 0 livres du futur, ô chèvres, ô brebis, Qui paissez sous le ciel étoile de rubis, Loin des cours oîi l'ennui tourne sa manivelle, Imprégnez votre chair de celte herbe nouvelle Afin qu'au jour affreux où je ne serai plus Lorsque vous quitterez ces agrestes talus Pour les jardins publics où le buis en bordure Encadre les palmiers d'une maigre verdure Et pour la ville amère où la foule aux tambours Écorche le poète et pâme aux calembours, Sur les trottoirs et dans les sombres avenues. Poèmes, vous portiez des odeurs inconnues! Alors, troupeau mordu des caniches galeux. Encore émerveillé des paysages bleus.

Strophes, vous buterez, secouant vos clarines, Des cornes et des pieds au cristal des vitrines;

Brebis graves, chevreaux, ma joie et mon tourmont, Vous gonflerez le soir de votre bêlement En broutant des lilas aux rouilles des grillages, Et la rue entendra bruire des feuillages. Vous bondirez sur les pavés, vous sauterez Dans les rigoles, boucs de lumière enivrés; Et le droguiste en gros pointant ses arrivages Sentira le parfum des montagnes sauvages ; Et les vierges au seuil paisible des maisons Enfonceront leurs mains dans vos chaudes toisons; Les yeux fermés, elles verront les îles fraîches, La forôt bleue où le soleil taille des brèches, L'écume qui blanchit les arbres du verger Et les chevaux cabrés dans l'aube et le berge Qui fumera là-bas, dédaigneux de la gloire, La pipe de la niorl sous la verdure noire.

A John Middietnn Murry.

Maisons rouges, pavés brûlés, feuillages bleus...

L'aveugle aux yeux d'opale embrasse un chien galeux

Dans ses cheveux graisseux brillent des bouts de paille

Et sa tasse en fer-blanc secoue un sou d'Espagne.

Un enfant au ruisseau traîne un bouc égorgé.

Des filles en riant poussent vers le marché

Des monceaux de lilas rose dans des brouettes.

L'odeur des piments frits flotte dans les ruelles,

El les chiens dorment noirs de mouches. Sur les quais

De jaunes matelots vendent des perroquets

Violets, de l'ivoire et des plumes d'autruche.

L'étal d'un charcutier verse un parfum de truffe.

Et des bergers sentant la brebis et le suif

Portent du lait tourné dans des outres de cuir.

Les faisans corrompus, les viandes en conserve

Chargent l'air et là-bas, jailli d'une caserne.

Un long cri de clairon monte comme un jet d'eau.

Et pourtant c'est ici qu'une nuit, doux fardeau,

Je t'emportai sur mes épaules, sôus les lampes

Des carrefours, sous les étoiles en guirlandes,

Sous les chauves-souris et la lune, à travers

Ces ruelles, loin de l'auberge aux carreaux verts,

Où tu dansais avec des feuilles à ton peigne Sous un voile léger comme une aile d'abeille. Où tu dansais parmi le rhum et les citrons, Dans les cris, dans l'azur des pipes, les jurons Des bateliers, des colporteurs et des manœuvres; Où tu dansais en déchirant des roses neuves Sous les quatre flambeaux de résine et de poix Qui rougissaient les murs et les tables de bois; Où tu dansaî« tordant ta<îhevelure rousse, Sur a terre où giclaient des flaques de vin rougû.

A J. Aurélien Coulan

Ni les roses, ni l'air morose qae tu sifTles Sous les ifs en gardant ces chèvres et ces buffles Au crépuscule, vieux berger, joueur de (lùte, Sous la lune que frôle un ibis insolite,

Ni le soir calme, ni ces palmes immobiles, Ni les astres montant comme de lentes bulles, Hien ne me distraira de la source où se mire Son blanc visage au vert de la fraîche ramure.

Et dussé-je mener par les aubes allègres

Le troupeau jaune et noir des tigres et des zèbres

Ou cueillir sur les monts la branche souveraine.

Que j'entendrais sa voix douce sur les fanfares Et que son souvenir embaumerait mon rèvo Comme une rose à mes couroinies triomphales.

Cheveuûc légers, chair douce cuuc lèvres de lamuut ,

LA ^ffRDDRB DORÉB 108

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