‹ La verdure dorée: poèmes. Préf. de Philippe HucChapitre 7 sur 11 · L.\ VERDURE DOnf.li · texte numérisé non relu

L.\ VERDURE DOnf.li

Les bouleaux du malin sous quoi lu te recueilles

Balancenl leur fraîcheur et leur blanc flot de feuilles

Déferle en bruissant aux rives de l'élé.

De jaunes niouclicrons nagent dans la clarté.

Un rayon de soleil pique ta jambe nue.

Une fouine d'un saut traverse l'avenue.

Une guêpe a touclic ces genévriers veris.

Aux Marcou du fulur laisserai-je trois vers?

Un jour les écoliers penchés sur leurs pupitre»

En écoulant vibrer les mouches sur les vitres

Trouveront -ils au fond des collèges n.oisis

Une page de moi dans leurs Morceaux choisis

El verront-ils trembler à l'entour de la chaire

Ce feuillage d'argent sur la verle fougère

El ce bleu liseron qui s'enioule à ta main?

Pourquoi rêver ainsi qu'au soleil de demain

Ta gloire s'ouvrira comme une douce ombrelle

El que ta voix pareille à celle tourterelle

Uoucoulera longtemps ta peine et ton amour?

Journaux, parlerez-vous de mes livres et pour

Derème écrirez- vous une nécrologie

Quand l'aile du destin soufilera sa bougie?

Qu'importe? N'ai-je pas cette aube que je bois,

Ce matin bourdonnant, ces feuilles et ce bois

Et toi qui dans tes bras endors toute amertume?

Qu'un autre pour l'honneur d'une palme posthume

Ferme ses contrevents sur les jardins fleuris

Et meure dans son encre et dans ses manuscrits 1

Mais moi qui. sais jouer des cithares diverses

Et goûter le soleil, la lune et les averses,

Les roses de cristal sur es prés endormis.

Je chante pour moi-même et pour quelques amis,

Kt j'écoute sifïler l'air tiède dans ses flûtes

En levant vers l'azur ma pipe et ses volutes

Et sans, me soucier sous ces arbres touffus

Que dans quatre mille ans on sache que je ftis.

Li la lune déjà comme un jaune escargot A quitté la colline et glisse au ciel d'automne.

Carco, passez-moi la gourde, Que ce vin d'irouléguy Me fasse le cœur moins lourd Et l'àme moins alanguie.

Qu'ai-je besoin de pensées Qui décliirent mon bonbonr?

Pour pleurer les jours passes C'est encor de trop bonne lieure.

Mais plutôt sur mon épaule Voyez ce grand oiseau vert Comme il va prendre son vol Quand je viderai mon verre.

Vous, vous buvez à la gourde, Le visage vers l'azur, El l'air murmure alentour El balance la verdure.

Ah! qu'un autre geigne et pleure; Nous, dans l'ombre et le soleil, Nous rôvons à la couleur De la ramure vermeille.

Ainsi, sans nous mettre en pemo Ni de demain ni d'hier, Nous buvons avec ce vin L'allégresse et la lumière.

LXK

A Henri Martineau.

Je vais songer à la jpune fille que j'ai Peinte naguère au (orne II de VAbrégé De mes Amours et dont la grâce était fleurie. Cet abrégé n'est pas encore en librairie Mais elle est dans mon cœur comme une rose dans Un livre. Je souris, mais j'ai serré les dents Avec un tel sanglot que j'ai fendu ma pipe L'autre hiver. La douleur elle-même se fripe Et plus rien ne demeure au fond de nous que des Fleurs mortes. C'est enfin l'heure que j'allendais Du calme intérieur et de l'ombre assagie; Et je puis maintenant allumer ma bougie Pour feuilleter l'herbier poudreux du souvenir. Mais j'entends les chevaux de l'aurore hennir! Ah! laisse le passé, bois mort et feuilles sèches. Le soleil sur les toits lance de rouges flèches; Détourne tes regards des vierges d'autrefois; Leur visage pâlit comme la lune et vois Bondir en secouant leur sauvage crinière Les quatre étalons blancs cabrés dans la lumière.

... Mais V Oiseau qui narrjue le péril Avalera leurs plombs comme des grains de mil.

LA Y£RD(JRE OOAËE 115

Je crayonne ton nom sur la peau d'un tambour Au corps de garde. Où est le jour? où est le jour Où tu tendis tes mains vers mes lèvres? La pluie Battait les vitres. Dans ma mémoire éblouie Tu refleuris, bouquet de roses qui trempais Dans l'ombre et parfumais l'oubli des canapés. Sur toi mon souvenir est la caresse douce D'un clair de lune sur les collines. Soir d'où co Bonheur m'est venu ! Soir rare dont je rêve en Larmes, où j'ai compris ton visage fervent Qu'atténuait déjà le charme des automnes. J'avais un air mélancolique et des gants jaunca.

Tes bras ont une courbe adorable et malgré que

Ton cœur n'ait que dédain pour la grammaire grecque

De Burnouf et le dialogue d'Ampelis

Et de Chrysis, tu m'es plus chère que ces lys

Bleus et verts qui s'ouvraient sous les feuilles des frênes,

Lautre automne. Mais le collier que tu égrènes,

Ta chevelure qui ruisselle et la tiédeur

De ta gorge et tes mains pures comme l'odeur

Des roses disent la vanité de mon livre

Et qu'il vaut mieux ce soir où ta grâce m'enivre

Dans les bras regarder à travers le rideau

La lune comme un œuf dansant sur le jet d'eau.

Et naguère aux midis de résine imprégnés.

Après les bois de pins torrides, je baignais

Mes mains dans tes cheveux comme dans une eau pure,

0 toi que mon amour ce soir caresse et pare.

Tu trempais en riant des roses dans du sucre

Et tu mordais dans leur fraîcheur à blanche nacre

Et quand tu me tendais tes lèvres, j'y goûtais

Les roses dont l'arôme embaume les étés.

118 LA VERDURE UORÉn

Le décor somptueux et lourd d elofle rouge Où parfois de chaleur une rose s'écroule, L'eau tiède des bouquets que boit l'ombre torride Et toi voluptueuse et nue et ton sourire Et ton bras où miroite une chaîne d'ivoire Et d'or. Ah! dans le lin immaculé d'un voile Goûter la neige et l'aube aux flûtes argentine» Et la nuit pure et les étoiles maritimes!...

Et mâchant ma douleur comme un fruit trop amer.

LA VERDURE DORÉB 121

Bien qu'avec passion à mes bras tu te livres, Je sais que tout est vain, l'amour comme les livres; Les étoiles se faneront dans le foin bleu Et rien ne vaut le soir ma pipe au coin du feu Qui me caresse et m'oflVe un trouble paysage. Et pourtant je reviens toujours à ton visage Encore que je sache au monde qu'il n'est rien Qui puisse consoler un cœur comme le mien.

C'est le feuillage noir des platanes que perce Une flèche de lune et la sonore averse Des nocturnes. 0 nuit musicale! J'attends... Et j'attendais que tes bras ivres de printemps Vinssent avec fraîcheur se nouer à mes tempes. Aujourd'hui quelle main rallumera les lampes Et l'espoir, me rendra les blancs oiseaux enfuis Et jonchera de fleurs les routes que je suis?

Puisque tout est pareil aux feuillages labiles.

C'est vainement que sur mes flûtes malhabiles

Je chante les jongleurs, ta grâce et nos doigts joints.

Le monde et ta beauté n'en passeront pas moins.

C'est vrai. Mais par le rythme où mon rêve s'applique

Nous entendrons passer l'univers en musique.

Prends ton manteau. Suspends les plaintes éternelles

Et buvons la splendeur des heures automnales,

Car la pourpre des bois environne le zèbre

Qui rue et trotte et mord le feuillage et se cabre.

C'est le nouvel octobre et la sente où je marche

Je la foulais naguère en brandissant la torche

Quand je voulais au sort attacher des entraves

Et nouer à l'azur les roses de mes rêves.

Et nous nous oublierons et que notre cœur saigne

En regardant glisser la souplesse d'un cygne

Et nous contemplerons, dédaigneux des clepsydres,

Les paons de cuivre bleu dans le bronze des cèdres.

S'attaquant à la nature IjB poète la pétrit Pour m faire l'œuvre où dura Le triomphe de l'esprit.

LA VERDURE DORÉE i2'j

A Léon Vérone.

Non, ce n'est pas cela que lu avais rêve Et le soir quand tu vas t'attabler au café Pour lire le Divan, la Phalange ou les Marges Tu songes aux voiliers qui glissent sur les larges Atlantiques, en plein azur, vers les îlots Candides, nénuphars que balancent les flots. Les buveurs braillent. Tu es seul. Tu lis. Tu coupes Les pages. Tu es seul dans le bruit des soucoupes; Etcesgens dont le cœur ne reflète aucun ciel Ignorent Gaudion, Royère et Duhamel.

Tu es seul et sous tes sourires tu sanglotes, Rose triste au milieu d'un bouquet d'échalotes.

128 IwV VERDURE DORÉE

A Francis Carco.

Un visage, une phrase, un mede, ce fruit d'if Jaune, j'ai tout aimé d'un amour maladif. Car en tout je trouvais la marque du mystère Universel; et sous les branches, solitaire Dans l'herbe et la chaleur que de fois j'ai compté Les anneaux éclatants des guêpes de l'été. L'ombre émouvante est dans les choses minuscules Et je me tais pour écouter aux crépuscules Le grillon dont la voix déferle comme un flot Et renaît et se brise ; et dans l'œil d'un mulot, Ainsi que dans la mer où se perdent les voiles, Se reflète l'azur, la lune et les étoiles.

A George Gaudion.

Au bord de la prairie humide où tu gazouilles,

Aurore, j ai cueilli les jaunâtres groseilles

El le long du chemin, sur les ronces, les mûres

Vertes et je songeais à ses lèvres amôres

Et qu'elle souriait quand je baisais ses larmes.

Les vaches qui sonnaient sortaient des blanches fermes

Et dans les prés fauchés pâturaient l'herbe rase.

Elle n'est pas venue et j'ai pris une rose

Pour la faire sécher dans cette anthologie

Grecque que je traduis le soir à la bougie.

130 LA Verdure doréb

A Pnul Mieille.

L'ombre élève un parfum de tilleul et de lïaise.

Métonymie, antonomase, catachrèse,

Et c'est sur vos secrets quej me penche. Elle est

Sous la tonnelle, une tuli})e au bracelet.

Et mord un brin de buis plein de sèves amères.

Et je la vois sourire aux marges des grammaires.

La double passion de l'amour et des livres,

Les poèmes et les beaux yeux dont tu m'enivres^

Jules Laforgue et tes mains blanches, Mallarmé

Et la pâleur de ton visage accoutumé,

François Villon, Laurent Tailhade, Paul Verlaine

Et vous, Jammes, berger vêtu de rude lame

Qui tirez des sanglots d'une flûte de buis...

0 poètes, c'est vous que dans l'ombre où je suis

J'évoque en regardant tandis qu'elle sommeille

Ses cheveux dénoués sous la lampe vermeille

132 LA VERDURE DORÉB

Vers la croisée et vers les roses du plafond,

Souffle au bout de tes doigts les bulles de savon

Et souris tendrement à mon rêve crédule.

La lune de cristal flotte comme une bulle

Aux cieux tendres et verts; les constellations

Éternelles, nos cri?, nos pleurs, nos passions

Se vont faner comme de blanches marguerites.

Et toi, ma pure amie et claire, qui abrites

Les bleus ramiers de mon amour, tu souriras

A quelque autre baiser qui brûlera tes bras

Et lu ne seras plus qu'un tumulte de fête.

L'eau glace tes bras nus dans la blanche cuvette.

Souffle des bulles qui reflètent l'Univers.

Mais vois! plus rien ne flotte aux cieux tendres et verts;

La lune de cristal sur un toit s'est brisée;

Baisse les yeux : le pré scintille de rosée.

LA VEriDURE DORÉS 133

LXXW

Je dirai pour rinstruction des biographes Que t«^n corsage avait quarante-deux agrafes, Que dans tes bras toute la nuit j'étais indu-. Que c'était le bon temps, que je ne quittais p!us Ta chambre qu'embaumait un pot d'héliotrope. Duhamel animait son héroïque Anthrope, Pellerin habitait Pontcharra et Carco 49, quai de Bourbon, Paris. Jusqu'au Matin, je caressais tes jambes et ta gorge. Tu lisais Chantecler et le Maître de Forge; Tu ignorais Laforgue estimant qu'avec art Écrivaient seulement Botrel et Jean Aicard. Mais au bord du Viaur embelli de ses rêves. Frêne, pâle et barbu, méditait sur les Sèves, Et Deubel, revêtu des velours cramoisis, Pat)liant au Beffroi ses Poèmes choisis, Déchaînait dans les airs le tumulte des cuivres.

Et jaimais beaucoup moins tes lèvres que mes livres.

Le soleil a plongé dans le soir d'écarlote Comme une abeille en or dans un coquelicot.

LWXVI

Que de fois j'ai souri pour te cacher mes larmes! Que de fois j'ai noué des roses sur mes armes Pour te dissimuler que j'allais au combat ! Fallait-il que mon fiacre à jamais s'embourbât Et se perdît dans les ornières de la vie? Comment faut-il encor ce soir que je sourie Lorsque j'entends crouler le monde autour de moi Et quand l'espoir suprême où j'avais mis ma foi Je le vois s'efleuiller comme une primevère? Garçon, apportez-moi du fiel dans un grand verre.

133 LA VERDURE DORIJE

Lorsque tu étais vierge (Le fus-tu? Le fus-tu?/ Nous dînions à ï Auberge Du Caniche Poilu.

C'était une bicoque Sous un vieux châtaignier; Tonnelle pour églogue, Livoii' et poulailler.

Buis sec à la muraille El rosiers aux carreaux...

A travers une paille Tu suçais des sirops.

Guinguette au loit de chaume.

Mur d'ocre éclaboussé...

Un grand liseron jaune Fleurit sur le passé.

LA VERDURE DOrtÉE 139

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