‹ La véritable histoire de "Elle et lui", notes et documentsChapitre 27 sur 40 · EUGÈNE DE MIRECOURT · texte numérisé non relu

EUGÈNE DE MIRECOURT

>) Rue de Paris, 156 bis, à Belleville. » [Paris-Belleville, 21 mai 1840.]

« Madame,

» Pardon, mille fois pardon! Je vous ai fait, sans le vouloir, une cruelle offense, puisque vous ne daignez pas me répondre, vous si bonne, vous dont l'âme est si compatissante! Je suis un misérable fou; il fallait que j'eusse la tête égarée pour vous écrire ma première lettre; mais vous me pardonnerez, car, lorsque vous aurez reçu celle-ci, j'aurai cessé de vivre.

» e[ugène] de m[irecourt]. »

Lorsqu'on lit de pareilles missives, auxquelles, la question de sexe mise à part, sont plus ou moins exposées toutes les per-

sonnalités en vue, faut-il s'étonner de la méfiance qu'elles inspirent et de l'accueil fait d'ordinaire à d'aussi ridicules élucubrations?

Et dire que la plupart des ennemis déclarés cle George Sand ont commencé, comme celui-ci, par vouloir entrer dans son intimité! Mais, l'auteur d'Indiana, par suite de sa nature élevée et toujours trop généreuse, dédaigna sans cesse, en semblable cas, d'user de la plus élémentaire prudence.

Malgré sa promesse, Mirecourt, en 1854 n'était donc pas mort, et il attaquait, Tune après l'autre, dans ses soi-disant biographies, toutes les grandes figures du moment.

Le tour de George Sand venu, notre pamphlétaire, parmi toute une série d'affirmations controuvées, imprima ceci, à propos du séjour d'Alfred de Musset en Italie :

« Certaines habitudes de son compagnon de voyage, dont le travail a toujours besoin

de surexcitation, lui déplurent [à George Sand]. Ils se séparèrent à Venise, après une maladie sérieuse de M. de Musset. Trompé par les rêves de son délire, celui-ci avait pris des fantômes pour des réalités ; il cherchait querelle pour des chimères.

» George Sand ne le revit plus. »

Ces lignes, où la vérité et l'inexactitude ont chacune leur part, ne restèrent pas sans réponse. George Sand s'empressa d'écrire, le 12 mars 1854, une lettre rectificative, que le Mousquetaire, le journal d'Alexandre Dumas, imprima dans son numéro du 15 février suivant. Après y avoir relevé les nombreuses erreurs de son biographe, elle ajoute :

« Je ne défendrai pas ici M, de Musset des offenses que vous lui faites. Il est de force à se défendre lui-même, et il ne s'agit que de moi pour le moment. C'est pourquoi je me borne à dire que je n'ai jamais confié à per-

sonne ce que vous croyez savoir de sa conduite à mon égard, et que, par conséquent, vous avez été induit en erreur par quelqu'un qui a inventé ces faits. Vous dites qu'après le voyage d'Italie, je n'ai jamais revu M. de Musset. Vous vous trompez, je l'ai beaucoup revu, et je ne l'ai jamais revu sans lui serrer la main. Je tiens à cette satisfaction de pouvoir affirmer que je n'ai gardé d'amertume contre personne, de même que je n'en ai jamais laissé de durable et de fondée à qui que ce soit, pas même à M. Dudevant, mon mari. »

Les lettres à ce dernier que nous avons fait connaître précédemment, viennent à l'appui de cette affirmation. On peut lire du reste, dans le tome III de la Correspondance du grand écrivain, sa réplique complète à M. de Mirecourt. Elle y porte, nous ne savons par quelle erreur, la date de janvier 1850.

Enfin, malgré la mise au jour de divers romans biographiques analogues, peut-être

qu'une autre cause surtout retardait la réalisation de son projet.

Nous voulons parler de la longue rupture de George Sand avec la Revue des Deux Mondes, rupture qui dura dix-sept ans, de juin 1841 à juin 1858. Pendant cette longue suite d'années, la Revue ne publia qu'un seul ouvrage du grand écrivain : le Château des Désertes [. Et encore cette œuvre n'avaitelle pas été écrite à son intention, mais seulement cédée à l'éditeur Michel Lévy, qui, avant de la mettre en vente, s'était entendu avec la Revue pour sa première insertion dans ce recueil.

Lorsque en 1858, l'auteur de Lélia revint au berceau de ses plus brillants succès en y publiant l'Homme de Neige 2, Musset était

1. Paru dans ses numéros des 15 février, 1er, 15 mars et 1er avril 1851.

2. C'est grâce à l'entremise de M. Émile Aucante, le fidèle ami de George Sand, — aujourd'hui l'un des plus précieux collaborateurs de la librairie Calmann Lévy, — que le rapprochement s'était opéré entre la Revue des Deux Mondes et l'écrivain.

mort depuis plus d'un an, et M. Buloz, l'un des derniers spectateurs et confidents intimes de leur passé, tenait toujours d'une main aussi ferme, aussi despotique même qu'autrefois, les rênes de la Revue.

Cette fois, le terrain et le moment parurent propices au grand écrivain pour raconter enfin à son tour ce douloureux épisode de sa vie, dont la version, présentée dans la Confession d'un Enfant du siècle, était depuis si longtemps livrée au public.

George Sand se mit donc à l'œuvre. Elle écrivit Elle et Lui au printemps de 1858. Elle y travailla exactement pendant un mois, du 29 avril au 30 mai. La Revue des Deux Mondes devait en tout cas lui sembler assurément le cadre le plus avantageux pour présenter l'ouvrage au monde littéraire universel, car, sans parler des preuves d'amitié dévouée que son directeur avait données, pendant la lutte même, aux deux héros de ce combat de passion désespérée,

la Revue n'était-elle pas aussi le vrai piédestal de leur gloire à tous deux, et n'était-ce pas dans ce recueil que Fauteur des Lettres d'un Voyageur, aussi bien que celui des Nuits, avaient mis le meilleur de leur génie, et poussé leurs cris les plus désolés et par conséquent les plus humains?

Ayant averti M. Buloz de son intention, et du commencement d'exécution donné au projet qu'elle avait médité, George Sand soumit à son jugement le manuscrit à' Elle et Lui, dès qu'il fut complètement achevé et revu.

M. Buloz, avec son coup d'œil ordinaire et le sens littéraire supérieur qui le caractérisait, reconnut sur-le-champ le puissant intérêt de l'œuvre et sa grande valeur d'art.

Nous allons citer absolument tous les passages de ses lettres à l'écrivain relatifs à Elle et Lui; ce sont là des témoignages de premier ordre en faveur de George Sand dans ce grand procès si souvent plaidé, et

dont le jugement définitif ne sera pas sans doute prononcé de sitôt.

M. Buloz, chacun le sait, n'était ni un complaisant ni un témoin corruptible. De plus, sa situation particulière d'ami et de confident des deux affolés d'amour, pendant la période même de leur lutte, donne à ses appréciations dans ce débat, un caractère tout particulier d'autorité :

Paris, 14 août 1858.

« Mon cher George,

» J'ai lu votre roman autobiographique.

Pour moi, qui connais les faits, qui vous ai même toujours défendue verbalement à l'endroit d'Alfred, je vous trouve dans la vérité et dans la modération dans le portrait que vous tracez.

» Mais le public, qui ne sait pas tout cela, pourra vous trouver un peu sévère. Il y a peut-être aussi des choses qu'il ne faut

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pas toucher quand il s'agit d'une personne qu'on a aimée, je veux dire le côté pécuniaire.

» Je crois donc qu'aux épreuves vous ferez bien, pour vous, non pour d'autres, d'adoucir quelques passages, d'accorder quelque chose de plus à l'artiste, de représenter Thérèse moins parfaite. Il y a des expressions saintes, si je puis dire, qui sont trop souvent appliquées à Thérèse. Il faut, en quelque sorte, tout peser et modérer comme si Alfred était là et pouvait vous répondre.

» J'ai remarqué, du reste, avec plaisir, dans le cours du roman, que c'était votre intention, et je dois dire que celte leeture, sauf quelques expressions, quelques courts passages, m'a paru ne devoir provoquer que des impressions favorables à l'auteur. C'est une œuvre élevée, une belle peinture de l'homme de génie aux prises avec le vice, (et ici seulement la chose peut tourner un

peu contre notre ami), mais non une œuvre de vengeance.

» Somme toute, certaines choses adoucies ou supprimées, ce sera peut-être une de vos meilleures compositions. On voit bien que vous avez voulu repousser certaines accusations, que vous avez parfaitement le droit de repousser parce qu'elles sont fausses, car Alfred lui-même les eût repoussées. Mais il faut faire en sorte de les repousser sans charger sa mémoire (comme je me plais encore à reconnaître que ç'a été votre intention), en ménageant mieux quelques expressions et quelques passages qui pourraient être mal pris. Certes, vous n'avez pas tué le poète, comme on l'a dit. Vous lui avez plutôt fourni ses plus belles inspirations, qui n'ont pas toujours été très ménagées, mais que le public ne pouvait pas saisir, tandis qu'il saisira facilement les applications de votre roman. C'est d'ailleurs tout à fait votre droit, dès que vous prenez la forme roma-

nesque, et, en glorifiant un peu plus encore l'artiste, vous éviterez tous les périls.

» Tout à vous.

)) F. buloz. »

Paris, 19 août 1858.

« Mon cher George, » Je voulais vous envoyer, dès hier, votre manuscrit. Mais la poste ne reçoit pas d'aussi gros paquets, et M. Aucante, qui me remet des épreuves que j'ajoute à l'envoi 4, me dit de vous l'adresser par le chemin de fer. Je n'affranchis pas le paquet, que vous réclamerez s'il ne vous parvient pas exactement. Mais vous ne l'affranchirez pas non plus en me le renvoyant. Nous aurons chacun notre part de ces frais, et vous ne les aurez pas seule à votre charge. Ce

1 . Des épreuves de V Homme de Neige, en cours de publication dans la Revue.

paquet sera remis demain au chemin de fer.

» J'ai marqué au crayon quelques passages dont je vous ai déjà parlé. Mais vous ferez bien de relire le manuscrit comme s'il était d'un autre. C'est dans les, détails que vous pourrez ainsi adoucir, et ajouter ou modifier. Je suis sûr qu'avec un peu de soin dans la revision, vous ferez à' Elle et Lui une de vos œuvres les mieux réussies, et c'est très important dans une question de ce genre, qui est doublement personnelle en quelque sorte.

» Puisque je suis en train de vous faire part de mes impressions, je croirais très heureux, pour vous et pour le roman, que vous puissiez adoucir, jeter un peu plus dans l'ombre, les endroits où Thérèse passe si facilement des bras de Laurent à ceux de Palmer. Celui où elle se donne à Palmer, qui veut l'épouser, pour éprouver s'il persistera ensuite dans ses idées de mariage,

fera quelque peu crier1. Moi, cela ne me choque pas trop. Mais le monde en sera plus choqué, et, tout formé dans un moule de convention qu'il est, il ne faut pas trop le heurter. C'est mon avis, pas très fort il est vrai, et vous ferez ce qui vous conviendra sous ce rapport.

» Tout à vous.

» F. buloz. » Paris, 1er septembre 1858.

« Mon cher George, » Je viens de remettre à M. Aucante les livres de M. Magnin, qu'il vous donne. J'ai reçu le manuscrit [corrigé] à' Elle et Lui.

» Tout à vous.

» F. buloz. »

1. Ces diverses situations ont été supprimées dans Elle et Lui, et Thérèse n'y devient plus la maîtresse de Palmer.

Paris, 16 septembre 1858.

« J'attends M. Aucante pour lui remettre la fin du prix à* Elle et Lui.

» Tout à vous.

)) F. buloz. »

Paris, 6 janvier 1859.

(( Mon cher George, » Je vous envoie vos épreuves de la première partie [à' Elle et Lui], que je vous prie de me rendre bientôt1.

» Tout à vous.

» F. buloz, y>

1. Etle et Lui a paru pour la première fois dans les numéros des 15 janvier, 1er, 15 février et 1er mars 1859, de la Revue des Deux Mondes. La publication a donc commencé exactement vingt et un mois après la mort de Musset, survenue, nous l'avons déjà rappelé, le 3 mai 1857.

Paris, 18 janvier 1859.

« Mon cher George, » Voici l'épreuve de la deuxième partie, qui fait beaucoup moins que je ne pensais. Voyez si c'est assez. La première partie va et réussit très bien.

Tout à vous.

» r. buloz. »

Paris, 22 janvier 1859.

« Mon cher George, » Voici l'épreuve de la troisième partie, qui fait seulement vingt-deux pages. Au lieu donc de cinq parties, je crois qu'il n'en faut faire que quatre, en s'arrêtant au second placard de l'épreuve que je vous envoie, après ces mots : dans vingt-quatre heures. Le reste de cette épreuve serait joint à la quatrième

partie du manuscrit, qui serait trop courte aussi sans cela, — car elle ne fera pas plus de vingt-deux à vingt-trois pages, — pour former la troisième partie du roman. La cinquième, qui deviendrait ainsi la quatrième, contient douze petits cahiers, et fera peutêtre vingt-huit ou trente [pages] , car la première partie publiée, qui a fait quarantequatre pages, faisait vingt et un cahiers. Vous voyez que le roman fera bien difficilement un volume, et la première partie, si remplie, obtient un tel succès qu'il faudrait tâcher de le continuer en fortifiant, s'il est possible, l'œuvre par quelques développements nouveaux.

» Il y a, dans la première partie, une idée indiquée que vous pourriez peut-être développer par la suite, pour en faire un épisode qui serait bien vrai et fort remarquable. C'est que l'artiste ne peut être vraiment grand et complet que lorsqu'il est maître de sa vie et de sa volonté, qu'il ne dépend ni du hasard

ni de ses caprices. S'il faut de la passion pour faire un poète, il ne faut cependant pas que le poète soit dominé toujours par ses passions et en soit le puéril esclave. Quelle vie n'aurait pas fournie Alfred, s'il avait pu prendre le dessus !

» Pour parler d'un autre mort que je regrette aussi, quelle carrière plus grande et plus utile n'aurait pas eue ce pauvre Planche, s'il n'avait également abandonné sa vie au hasard et à l'aventure! Ce n'est pas le talent qui a manqué à notre siècle, c'est le caractère. Aussi est-on vieux à l'âge où Rousseau commençait à écrire. On jette sa vie au vent, et on n'est plus capable d'efforts virils lorsqu'on arrive à l'âge d'homme. C'est ce qui est arrivé à votre héros, et il me semble que vous pourriez tirer de sa vie un épisode qui mettrait plus en relief encore le côté fâcheux de l'artiste qui ne sait pas devenir l'artiste viril et complet que vos paroles de la première partie laissent entrevoir.

Je vous donne tout ceci pour ce que cela vaut. C'est une idée qui me trottait par la tête la nuit dernière en lisant vos épreuves, et en pensant au succès de la première partie que je voudrais voir croître encore. C'est aux épreuves qui vont vous arriver que vous pourrez voir s'il y a quelque chose à faire de semblable. Vous ne trouverez pas mauvais que je vous dise ma pensée telle quelle.

» Tout à vous.

» F. buloz. »

Paris, 29 janvier 1859.

« Mon cher George, » Je vous envoie dès aujourd'hui l'épreuve de ce que vous aviez coté quatrième partie et qui ne fait pas vingt pages. Joint à ce que nous avons réservé de la troisième partie, le lout de cette troisième insertion ne fera pas vingt-huit pages. La dernière partie, compo-

sée de douze petits cahiers et que je vous enverrai sous peu de jours, afin que vous ayez plus de temps pour voir si ce que je vous ai demandé est possible, ne fera pas non plus vingt-huit ou trente pages, comme je le croyais. A l'imprimerie, on pense que cette dernière partie ne fera que vingt-quatre pages. Nous aurions à peine ainsi huit feuilles, et il sera bien difficile de faire un volume avec ce chiffre de pages. Cela tient sans doute à ce que vous avez supprimé pas mal. Mais vous avez bien fait, et il s'agirait maintenant, si c'est possible, d'ajouter quelque chose. C'est à vous de décider. Je vous ferai attendre l'épreuve de la fin le moins que je pourrai.

» Tout à vous.

» F. buloz. »

Paris, 3 février 1859.

« Mon cher George, » Voici la fin de votre roman que je

m'empresse de vous adresser. Voyez ce qu'il est possible de faire.

» Tout à vous.

» F. buloz. »

Paris, 28 février 1859.

« Mon cher George,

» Je ne veux pas vous laisser ignorer que votre roman Elle et Lui a un vrai succès, plus de succès que V Homme de Neige, qui n'en avait cependant pas manqué dans la Revue. Cela doit vous faire plaisir dans une circonstance doublement personnelle, et je ne veux pas tarder à vous en informer.

» J'ai bien reçu quelques lettres anonymes à ce sujet. Mais ces choses-là mêmes ne font que constater le succès. On dit que P[aul] de Musset, qui doit faire une biographie de son frère, doit répondre quelque chose. Je n'en sais rien directement, comme vous pensez. Cependant, je ne puis croire qu'il

commette cette imprudence1. Dans ce cas, — d'accord avec vous, cela va sans dire, — c'est nous qui répondrions, car j'ai la conscience bien nette de ce côté-là, et j'ai d'ailleurs la conviction profonde que nous n'avons pas manqué aux égards que nous devions à la mémoire d'Alfred de Musset. Je crois donc qu'on se tiendra tranquille, après mûre réflexion.

» Quoi qu'il en soit, votre succès dans la Revue doit vous encourager à travailler avec ardeur au nouveau roman que vous devez nous donner bientôt.

» Nous allons imprimer en volumes r Homme de Neige et ensuite Elle et Lui. Fautil vous adresser les épreuves ou les lirai-je pour vous ? Vous pouvez maintenant disposer de moi. Vous m'avez écrit un aimable billet en me renvoyant votre dernière épreuve, et

1. Lui et Elle, l'ouvrage de Paul de Musset, à la publication duquel François Buloz ne croyait pas, parut dans le Magasin de Librairie des 10, 25 avril et 10 mai 1859.

j'espère bien que nous sommes dans les meilleurs termes. Pour moi, je suis très heureux de notre rapprochement.

y> Tout à vous.

» F. BULOZ

Paris, 23 mars 1859.

« Mon cher George, » Voyez s'il faut se défier de certains bruits et de certains mouvements [d'humeur] amenés par les calomnies du monde !

Aujourd'hui, c'est la famille de Musset qui crie contre moi, et qui m'accuse (voyez le rôle honorable pour vous et pour moi !) de vous avoir provoquée à faire Elle et Lui pour me venger de celui que j'ai tant aimé ! Et savez- vous pourquoi? Parce que je n'aurais pas eu à ma disposition ses bribes posthumes, que M. Paul [de Musset] m'a offertes, mais que je ne voulais accueillir qu'après les avoir lues et examinées. Voilà la justice des intérêts et des familles.

» M. Paul ]de Musset] vous accuse, vous, d'avoir publié dans Elle et Lui des lettres textuelles de son frère, et nous n'avons qu'à nous bien tenir ! On prépare une biographie d'Alfred, où l'on introduira des lettres de celui-ci à Tattet con'rc vous.

» Pour moi, je crois que la prudence conseillera une conduite plus avisée. Mais je devais vous dire un mot de ce qui court Paris sur ce sujet.

» Tout à vous.

» F. BULOZ

» Voulez-vous relire les épreuves d'Elle et Lui qui va s'imprimer en volume, ou faut-il que je les relise, comme pour l'Homme

de Neige? »

Paris, 7 octobre 1859.

« Mon cher George,

» Voici vos épreuves de la première partie [de Jean de la Moche], Mais je ne reçois pas

l'introduction dont m'a parlé M. Aucante1. Veuillez me l'adresser avec ces épreuves le plus tôt possible, car je crains d'être forcé de commencer le 45 octobre, et je n'aurais voulu commencer que le 1er novembre, puisque je n'ai pas encore la préface.... » Tout à vous.

» F. BTJLOZ.

» On réimprime une seconde édition à' Elle et Lui et vous aurez, par conséquent, de l'argent à toucher là-dessus dès qu'elle paraîtra, ce qui sera prochain. »

Paris, 10 octobre 1859.

« Mon cher George, » Voici votre préface, qui est très bien. J'ai remplacé seulement : justice des tribunaux par: justice des hommes. Voyez si c'est

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