Nous en citerons plus loin le passage principal
le mot. Mais je n'aimerais pas à vous voir écrire le mot tribunaux en pareille matière. Le mot n'est pas assez fier, à mon sens.
» Tout à vous.
» F. buloz. »
Paris, 17 octobre 1859.
« Mon cher George,
» .... Votre préface fait un effet du diable, et je ne sais ce qu'on fera de l'autre côté. Ce grand et fier style vous concilie tout le monde.
» Tout à vous.
» F. BULOZ
» Ma femme vous fait ses amitiés, et ses compliments au sujet de votre préface. »
Paris, le 20 octobre 1859.
« Je n'ai aucune nouvelle de vos adversaires.
» Tout à vous.
« F. buloz. »
Paris, 25 octobre 1859.
« Mon cher George,
» Votre préface, si haute et si éloquente, et quelques mots de Manin, qui répondent parfaitement à tout ce que je vois et observe depuis quelques années, me donnent l'idée de vous proposer une tentative.
» Manin disait, je l'ai appris récemment : « En France, je n'ai trouvé de jeunesse que » chez les vieillards! » Le mot est trop vrai, malheureusement, et je pouvais dire avec la même justesse il y a plus d'un an, en parlant du fils d'un ancien ministre : <r Si je considère
» l'attitude du père et celle du fils, malgré » ses vingt-cinq ans, ce n'est pas le fils qui » est le jeune homme, c'est le père. »
» La jeunesse, en effet, si je ne suis pas un vieux radoteur, n'a ni généreuse ardeur, ni haute pensée, ni grande flamme, généralement parlant ; aussi, en voyant tout ce qui me passe sous les yeux, — et vous conviendrez que je suis assez bien placé pour observer, — il m'arrive souvent de dire avec tristesse, en parlant des hommes de notre génération : « C'est donc encore nous qui » sommes les jeunes ! »
» Comparez les jeunes gens que nous voyons, dans les lettres et ailleurs, à la jeunesse de la Restauration et de 1830! 11 y avait alors de nobles aspirations, une vive indignation contre tout ce qui était oppressif pour l'esprit humain et pour les peuples. Aujourd'hui, rien ne vient, à vrai dire, du côté soi-disant vivace de la génération qui arrive et qui monle. S'il y a par là de géné-
reuses aspirations, rien ne nous l'apprend, rien n'en transpire volontiers. Y a-t-il un jeune talent, il est bien près, plutôt, si ce n'est déjà fait, de se laisser enrôler par la puissance qui enchaîne la pensée. On peut dire que l'écrivain en voie de formation passe le plus souvent à l'influence ennemie, qui n'aime ni les penseurs ni les écrivains. Aussi, que devient-il ?
» Il appartiendrait à une voix comme la vôtre de parler à la jeune génération et de l'avertir de la chute qui la menace. La couronne intellectuelle de la France, qui a tant brillé depuis le seizième siècle, est en sérieux danger, je le crains fort, sous le régime de l'esprit matériel et sous l'empire des mœurs que nous voyons. Vous vous feriez beaucoup d'honneur en abordant ce sujet. Un beau cri, un cri de douleur et de colère, — comme celui de votre préface, — sorti de votre solitude, ou même cette idée devenant l'objet d'un roman, peut-être obtiendrait une vive
attention, et pourrait opérer une espèce de réveil de l'intelligence française.
» Où va la France? Où vont l'esprit et les forces vives de ce pays? Personne ne le dit, et cependant toute voix autorisée peut le dire, car il ne s'agit point ici de questions politiques, mais d'une question morale et philosophique.
» Je m'arrête, car ma main droite me refuse un plus long concours. Voyez. Laissezvous tenter par ce beau sujet.
» Tout à vous.
» F. BULOZ
» Je vais vous envoyer les épreuves de la troisième partie du roman1. »
Paris, 19 novembre 1859.
« Mon cher George,
» Le 20 ou le 27 vous aurez à toucher mille francs sur la deuxième édition d'Elle