‹ La véritable histoire de "Elle et lui", notes et documentsChapitre 33 sur 40 · G . SAND · texte numérisé non relu

G . SAND

Nous ne nous attacherons pas à souligner tel ou tel passage particulier des nobles pages qu'on vient de lire, car tout commentaire serait ici superflu. Nous nous bornerons seulement à y signaler, d'une part, à quel point George Sand était résolue à faire mettre au jour, après sa mort, la correspondance échangée jadis entre elle et Musset, et, d'autre part, combien Sainte-Beuve jugeait nécessaire, pour la connaissance et la défense de la vérité, que ce projet fut exé-

cuté. Sans parler de la note insérée, quelques années plus tard, dans l'édition de 1869 de ses Portraits contemporains1, dès 4 861, Sainte- Beuve ne se contenta pas, en si grave occurrence, de donner seulement un avis verbal ; il fit à la dernière lettre de George Sand la curieuse et péremptoire réponse que voici :

[Paris], ce 14 février [1361].

« Chère et illustre amie, » Un gros rhume, avec mal d'yeux, m'a

1. Voici cette note, telle qu'elle se trouve imprimée à la page 213 du tome II de l'ouvrage :

« Au fond, il est bien clair aujourd'hui que cette Confession [d'un Enfant du siècle] n'est que le récit, un peu voilé et dépaysé, du roman réel qui a fourni depuis le sujet de ces autres romans, à peine voilés et déguisés, Elle et Lui, par George Sand, Lui et Elle, par M. Paul de Musset, Lui, par madame Louise Cokt.

» Il ne reste plus à présent, pour démêler le vrai dans ce conflit de récits passionnés et même envenimés, qu'à attendre la publication des lettres écrites par les deux acteurs en jeu, lettres contemporaines des événements, et dont quelques-unes au moins ont été conservées, soit par la personne survivante intéressée, soit par des tiers. »

un peu retarde dans toutes mes écritures et, ce qui pis est, dans mes lectures.

» Je ne vous dirai pas l'impression que j'ai reçue de la lecture de ces pages. Je me suis trouvé reporté à ces années terribles, orageuses, et pourtant meilleures : on souffrait, mais on vivait plus.

» Il importe, en effet, que tous ces témoignages où, pour les indifférents même, se verront tant de choses élevées ou charmantes, subsistent et demeurent. Je vous gronderais si vous aviez détruit certains passages où il est question du monsieur adversaire. Point de générosité, mais la vérité! Cette générosité, d'ailleurs, ne peut s'exercer qu'à demi, et en en avertissant; on n'y croirait pas. Laissez ces passages, sauf suppression du nom ; mais, de grâce, laissez-les. Vous avez affaire à un homme d'esprit, et qui empoisonne ses armes. Une biographie se prépare *; ne vous désarmez en rien.

Page 1