G. S AND
Remarquons-le bien, la publication à' Elle et Lui fut terminée dans la Revue des Deux Mondes le 1er mars 1859, et celle de Lui et Elle commencée dans le Magasin de Librairie, le 40 avril suivant. Donc, le 18 mars, en répondant à Paul de Musset, George Sand, — ainsi qu'elle le raconte à Sainte-Beuve, — croyait réellement à la destruction de cette correspondance . Ce ne fut qu'après la publication complète de Lui et Elle que ce dossier, toujours intact, lui fut de nouveau rendu .
Nous ne quitterons pas les deux grands écrivains sans parler d'un détail de leurs relations tout à fait ignoré jusqu'ici, c'està-dire de la collaboration de George Sand à deux œuvres de Musset.
La première de ces collaborations n'est, à vrai dire, qu'un court emprunt fait à l'une des lettres inédites de la pauvre amante ; mais elle n'en est pas moins curieuse. Il s'agit des derniers mots de la réplique de Perdican par laquelle se termine le deuxième
acte de la comédie de Musset: On ne badine pas avec V amour, publiée le 1er juillet 1834 dans la Revue des Deux Mondes. Ou se souvient que son auteur était rentré seul à Paris le 10 ou le 12 avril précédent. Or, dans une lettre datée de Venise, qu'il reçut peu de temps après, lettre écrite par George Sand le 12 mai de cette même année, après ces mots : « afin qu'un jour tu puisses regarder en arrière, et dire comme moi : », se rencontre textuellement la phrase suivante, placée ensuite par le poète clans la bouche de Perdican : « J'ai souffert longtemps, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui *. »
1. Plusieurs mois après l'apparition de cette page dans Cosmopolis, le récit de cette curieuse collaboration, — révélée alors soi-disant pour la première fois, — a fait le tour de la presse sous diverses signatures. Ceci dit uniquement pour n'être pas nous-même soupçonne d'emprunt au sujet de la première découverte du fait. 1897.
La seconde de ces collaborations fut plus sérieuse. Sous le titre de : Dodécaton, ou le livre des douze, parut, au mois de septembre 1836 \ un recueil de récits inédits dus à la plume de divers auteurs. Ces deux volumes contiennent, entre autres, une nouvelle de George Sand, le Dieu inconnu, et le proverbe d'Alfred de Musset : Faire sans dire. Jamais, pendant la vie du poète, ces quelques scènes ne furent réunies à ses œuvres, et souvent, nous nous étions demandé, mais en vain, la raison de cette exclusion, Notre récente découverte du manuscrit qui a servi à l'impression môme de Faire sans dire, vient de nous fournir quelque lumière à ce sujet. Ces pages, en effet, ne sont pas toutes couvertes de l'écriture du poète, et la conclusion de l'œuvre, à partir de ces mots prononcés par Julie : — « Cet homme est chaud du sang de son frère », est écrite, non par lui, mais