Chez Magen, deux volumes in-8°. Datés de
bien par George Sand, dont les nombreux autographes datant de la même époque ne peuvent laisser aucun doute sur ce point.
il est fort probable qu'en 1835, lors de la rupture, Musset laissa ce fragment inachevé entre les mains de celle qu'il avait tant aimée. Sa collaboratrice improvisée le termina dans l'intention sans doute de ne pas importuner le poète pour lui faire exécuter des obligations littéraires prises de concert envers l'éditeur du Dodécaton. Ainsi s'expliquerait à merveille pourquoi, du vivant d'Alfred de Musset, Faire sans dire ne fit jamais partie de ses œuvres.
Si cette hypothèse est exacte, il faut remarquer combien encore dans cette occasion la femme se serait montrée supérieure à l'homme, relativement au respect de la parole donnée et de la stricte exécution des engagements pris.
De son côté, Musset passe, on le sait, pour être Fauteur des vers intitulés : Inno ebbrioso,
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qui sont imprimés dans Lélia. Mais seuie la première édition de l'ouvrage, publiée en août 1833, contient le texte complet de ces strophes.
Nous croyons donc bien faire de citer ce parfait modèle de la poésie échevelée et romantique en pleine vogue à ce moment :
Que le Chypre embrasé circule dans mes veines ! Effaçons de mon cœur les espérances vaines,
Et jusqu'au souvenir Des jours évanouis dont l'importune image, Comme au fond d'un lac pur un ténébreux nuage,
Troublerait l'avenir!
Oublions, oublions! La suprême sagesse, Est d'ignorer les jours épargnés par l'ivresse,
Et de ne pas savoir Si la veille était sobre, ou si de nos années Les plus belles déjà disparaissent, fanées
Avant l'heure du soir.
Qu'on m'apporte un flacon, que ma coupe remplie Déborde, et que ma lèvre, en plongeant dans la lié De ce flot radieux,
S'altère, se dessèche et redemande encore Une chaleur nouvelle à ce vin qui dévore, Et qui m'égale aux Dieux !
Sur mes yeux éblouis qu'un voile épais descende, Que ce flambeau confus palisse! et que j'entende,
Au milieu de la nuit, Le choc retentissant de vos coupes heurtées, Comme sur l'Océan les vagues agitées
Par le vent qui s'enfuit !
Si mon regard se lève au milieu de l'orgie, Si ma lèvre tremblante et d'écume rougic
Va cherchant un baiser, Que mes désirs ardents sur les épaules nues De ces femmes d'amour, pour mes plaisirs venues,
Ne puissent s'appaiser (sic).
Qu'en mon sang appauvri leurs caresses lascives Rallument aujourd'hui les ardeurs convulsives
D'un prêtre de vingt ans, Que les fleurs de leurs fronts soient par mes mains semées, Que j 'enlace à mes doigts les tresses parfumées
De leurs cheveux flot tans.
Que ma dent furieuse à leur chair palpitante Arrache un cri d'effroi; que leur voix haletante Me demande merci.
Qu'on un dernier effort nos soupirs se confondent, Par un dernier déQ que nos cris se répondent, Et que je meure ainsi !
Ou si Dieu me refuse une mort fortunée, De gloire et de bonheur à la fois couronnée,
Si je sens mes désirs, D'une rage impuissante immortelle agonie, Comme un pale reflet d'une flamme ternie,
Survivre à mes plaisirs,
De mon maître jaloux, insultant le caprice, Que ce vin généreux abrège le supplice
Du corps qui s'engourdit; Dans un baiser d'adieu que nos lèvres s'étreignent, Qu'en un sommeil glacé tous mes désirs s'éteignent,
Et que Dieu soit maudit.
Ici se termine notre tâche. En offrant au public ces divers documents, nous n'avons eu d'autre intention que de prouver la sincérité et la droiture du parfait honnête homme que fut toujours George Sand, et nous pensons y avoir réussi. Malgré les injustices de toufes sortes, et l'extrême malveillance des attaques dont on essaya de l'accabler, elle ne perdit jamais sa sérénité. Aussi, dans ce duel de deux grandes âmes dévoyées, c'est chez la femme que se rencontrent jusqu'au
bout la force, la patience, — cette forme la plus parfaite du calme, — en un mot, la virilité morale. Le pauvre enfant de génie, que son illustre amante ne put arrêter sur la pente fatale, ne conserva de ces heures de sa vie que les faiblesses et les cris de désespoir. Ceux qu'il a poussés sont, il est vrai, les plus déchirants en même temps que les plus vibrants dont ait retenti la poésie du xixe siècle, et ils émeuvent, passionnent et transportent encore aujourd'hui les êtres exaltés, les esprits enthousiastes, qui les entendent pour la première fois.
Mais il faut nous résumer. Donc, comme conclusion de la longue enquête à laquelle nous nous sommes livré, et nous inspirant surtout du désir que George Sand elle-même vient d'exprimer si nettement, nous ne prendrons pas congé du lecteur sans demander instamment à notre tour la publication des lettres de ces deux victimes de l'amour en démence, ni sans répéter encore avec
Fauteur d'Elle et Lui ces belles et loyales paroles : « Paix et pardon...; mais, clans l'avenir, un rayon de vérité sur cette histoire ' I »
Février-mai 1895.
1. Nous sommes heureux de nous rencontrer sur ce point avec M. Clouard, lequel, au cours du travail dont nous avons fréquemment pailé, réclame aussi par trois fois la publication de toute la correspondance des deux amants.