‹ La véritable histoire de "Elle et lui", notes et documentsChapitre 37 sur 40 · POST-SCRIPTUM · texte numérisé non relu

POST-SCRIPTUM

Depuis la première apparition de presque tout ce qui précède, les lettres de George Sand à Alfred de Musset ont enfin été publiées par M. Emile Aucante dans la Revue de Paris du 1er novembre 1896, et d'importantes parties de la plupart des répliques du poète, accompagnées de commentaires et d'interprétations dont l'extrême partialité révèle l'évidente origine, ont été mises au jour dans un volume de M. Paul Mariéton, paru, sous le titre d'une Histoire d'amour,

vers la fin du mois de décembre de la même année. En ce qui nous concerne, malgré les appréciations personnellement bienveillantes de Fauteur à notre égard, ces pages fourmillent aussi derreurs.

Naturellement, sans tenir le moindre compte des appréciations de fantaisie qui, dans cet ouvrage, encadrent de si fâcheuse façon les fragments imprimés des loyales et sincères lettres du poète, il suffit désormais, pour juger équitablement cette cause exceptionnelle, d'être un lecteur consciencieux, dépourvu par conséquent de toute mauvaise foi, aussi bien que de tout parti pris.

Dans ces conditions, après avoir d'abord soigneusement rétabli dans leur ordre logique les demandes et les réponses des deux grands écrivains, afin de se pénétrer sérieusement du sens précis de la correspondance entière, il serait impossible à tout esprit non prévenu de ne pas reconnaître, cette lecture terminée, qu'elle confirme absolument les

affirmations émises par George Sand dans ses lettres à Sainte-Beuve citées plus haut. L'ensemble de toutes ces pièces prouve, en effet, sans contestation possible, qu'hormis l'héroïne, délaissée et abandonnée dès son arrivée à Venise, aucun des autres acteurs de ce drame passionnel n'y fut trompé, dans le sens qu'entre amants ce mot comporte pour tous, pas plus Musset, — ni sous ses yeux, ni autrement, — que Pagello/et qu'au moment même où se passaient en Italie les événements tant discutés depuis, — tant falsifiés aussi, — nul ne fut ni bourreau ni victime, mais, bien au contraire, qu'après la rupture totale des relations primitives des deux voyageurs, il y eut là, dans leur absolue liberté mutuelle reconnue et admise par chacun d'eux comme un droit légitime, une entente complète entre tous les personnages de ce déplorable roman d'amour, plus extraordinaire, plus invraisemblable surtout dans son indéniable réalité, — tant au point de

vue de l'invention qu'à celui de l'imprévu dans la variété des combinaisons dramatiques, — que tous ceux qu'enfante l'imagination des dramaturges ou des romanciers les mieux doués.

En présence de faits aussi précis, comment excuser désormais les incessantes attaques allusionnelles du poète, ainsi que la violente rancune dont tous ses proches, après lui, n'ont cessé de poursuivre celle qui leur donna sans relâche le perpétuel exemple de la mansuétude et du pardon définitif!

Février 1897.

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