G. S AN D
ment de George Sand, ainsi que de la convalescence du poète :
« Merci mille fois, mon cher monsieur de Sainte-Beuve, de votre lettre si bonne* et si attentive. Madame Dudevant et Alfred ne vous en seront pas plus reconnaissants que moi, je vous assure. Elle m'arrive à Florence, où je suis depuis hier. Il est bien entendu que j'ai passé plusieurs jours auprès du cher malade, qui a besoin encore de grands ménagements. Il faut même qu'il dise adieu pour longtemps à d'excellentes choses qu'il aime beaucoup. Je ne sais quel bon génie m'a conduit à Venise et m'a fait exécuter par moi-même et d'inspiration ce que votre lettre me recommandait avec tant d'instances.
» J'ai tâché, pendant mon séjour à Venise, de procurer quelques distractions à madame Dudevant, qui n'en pouvait plus ; la maladie d'Alfred l'avait beaucoup fatiguée.
Je ne les ai quittés que lorsqu'il m'a été bien prouvé que l'un était tout à fait hors de danger et que l'autre était entièrement remise de ses longues veilles.
» Soyez donc maintenant sans inquiétude, mon cher monsieur de Sainte-Beuve; Alfred est dans les mains d'un jeune homme tout dévoué, très capable, et qui le soigne comme un frère. Il a remplacé auprès de lui un âne qui le tuait tout bonnement1. Dès qu'il pourra se mettre en route, madame Dudevant et lui partiront pour Rome, dont Alfred a un désir effréné. Vous les verrez avant moi qui vais continuer mon voyage ; ditesleur donc de ma part à tous deux ce que votre éloquente amitié trouvera pour leur exprimer la mienne, qui n'est que bien tendre et bien dévouée.
» Alfred vous dira peut-être beaucoup de mal de l'Italie; ne le croyez pas. Il l'a mal
1. Le docteur Santini, auquel avait succédé le docteur Pagello.
vue, ou plutôt il n'a pas eu le temps de la voir.
» Le pays abonde en mystifications, c'est vrai ; mais on y trouve tant et de si belles choses qu'on peut bien les payer par quelques mécomptes. Je suis tout émerveillé de Florence, qui a un singulier parfum de moyen âge et qui a bien conservé l'expression des républiques italiennes à cette époque. On voit par les chefs-d'œuvre qui encombrent ses rues et ses places qu'elle n'était point barbare, qu'elle aimait les arts et savait les payer. Sa galerie est admirable, et vous seriez, vous surtout, en extase devant toutes ses merveilles. On pourrait bien, sans être trop exigeant, demander un peu plus d'eau dans le fleuve Arno : mais qu'est-ce que cela à côté des tableaux de Raphaël et du Gorrège!
» Tout à vous de cœur.