ALFRED TATTET
» Rappelez-moi au souvenir de Guttinguer, que je regrette bien de n'avoir pu entraîner avec moi. Dites-lui qu'il serait mort de joie devant toutes ces madones1 »
1. Les autographes de toutes les lettres adressées à Sainle- Beuve et citées dans ce volume, sont entre nos mains.
Mais les orages et les luttes allaient bientôt renaître entre les deux voyageurs. Sous l'influence en ce cas d'une hallucination provoquée par la fièvre, — il ne faut pas oublier que Musset, même en temps ordinaire, était sujet à ces troubles cérébraux, — celui-ci, prétend-on, crut avoir vu, de son chevet de mourant, celle qui l'avait soigné avec tant d'abnégation tomber, sous ses yeux, dans les bras de Pagello.
Ce fait, toujours nié d'un côté, et toujours
LA VÉRITABLE HISTOIRE DE d ELLE ET LUI > . 29
maintenu de l'autre, — non par le poète lui-même, car sur ce sujet aucun document quelconque émanant de lui n'a jamais été produit, mais par les siens, — demeure l'un des points obscurs de cette tragédie intime.
En revanche, ce qu'on sait positivement, c'est qu'un jour l'auteur de la Coupe et les Lèvres engagea lui-même sa compagne à accepter les soins et la tendre protection du jeune Italien.
Quant à nous, nous ne croyons pas à l'exactitude de l'accusation formulée, — si elle l'a été, — d'après les souvenirs d'un malade en proie au plus violent délire, et nous pensons que le dévouement prodigué par George Sand au malheureux poète pendant cette terrible crise peut suffire à prouver son innocence sur ce point. Du reste, on verra plus loin qu'elle proteste encore, bien des années après, contre cette calomnie 4.
1. Empressons- nous d'ajouter que M. Clouard, le fidèle défenseur de Musset, dans le travail auquel nous revien-
Si l'on veut parfaitement connaître toute cette période de la vie des deux grands écrivains, il faut lire le si remarquable ouvrage d'Arvède Barine, dont il a déjà été fait mention plus haut, intitulé : Alfred de Musset *. Nulle part la véritable situation des deux déplorables victimes de cet amour désordonné ne fut mieux présentée, mieux analysée ni mieux éclaircie. Nous ne ferons qu'un seul reproche à l'auteur de ce livre vraiment supérieur : celui d'avoir qualifié Elle et Lui, le récit de George Sand, d' « œuvre de rancune » . Nous prouverons sans peine, dans quelques instants, combien
drons plus d'une fois encore, fait également en ces termes justice de cette calomnie : « ... Pas une ligne d'Alfred de Musset ne fait allusion à ce fait: il reproche bien des choses à sa maîtresse, mais jamais cela. Il ne nous paraît guère possible d'admettre que George Sand, épuisée par les veilles, malade elle-même, se soit donnée à un autre homme sous les yeux de celui qu'elle soignait avec un dévouement sans bornes. Toute sa vie, elle a protesté là contre; elle s'est défendue, non pas d'avoir été la maîtresse de Pagello, mais de l'être devenue dans les circonstances que voilà. » 1897.