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ce jugement est injuste et immérité. De la rancune chez George Sand ! Jamais elle n'en eut d'aucune sorte, et môme on peut ajouter qu'elle en manqua vraiment par trop, car de son complet oubli des injures naquirent ce mépris des attaques portées contre elle, et ce dédain pour ses calomniateurs, dont la conséquence fut que jamais, en aucune occasion, elle ne se défendit comme il l'eût fallu.
Malgré son désir de voir Rome, Musset, dans l'état de faiblesse où il se trouvait encore à la fin de sa convalescence, ne pouvait décidément songer à rester en Italie, ni continuer, sans danger pour sa vie, à cohabiter avec une femme pour laquelle il éprouvait d'ardents réveils de passion, suivis d'accès de colère non moins violents. Il reprit donc le chemin de la France, tandis que sa compagne restait seule et abandonnée dans cette poétique Venise, où elle était inconnue à tous, et sans que personne, hormis Pagello, s'intéressât à son sort.
Quelques jours après sa rentrée à Paris, effectuée le 10 ou le 12 avril 1834, Musset écrivit à Sainte-Beuve la lettre suivante. Elle lui fait le plus grand honneur, car elle témoigne pour George Sand de sentiments bien différents de ceux qu'à cette heure de sa vie la légende attribue au poète pour l'amie qu'il venait de quitter :
27 avril 1834.
« J'ai à vous remercier, mon cher Sainte- Beuve, de l'intérêt que vous avez bien voulu prendre aux tristes circonstances qui m'ont forcé de quitter l'Italie. Buloz sort de chez moi maintenant, et j'apprends par lui que mon retour est interprété de plusieurs manières par certaines gens; tant qu'il ne s'agit que de moi-même, je suis obligé d'avouer qu'un mépris naturel m'a toujours là-dessus tenu lieu de philosophie; mais je verrais avec le plus grand chagrin qu'on
accusât madame Sand du plus léger tort à mon occasion, et surtout que de pareilles accusations pussent venir jusqu'à vous; je sais que madame Sand tient à votre estime, et je mettrais autant d'empressement à la • défendre auprès d'un homme capable de l'apprécier, que je mets d'orgueil à laisser parler les sots anonymes; un mot de vous, à ce sujet, me ferait plaisir; j'ai pour madame Sand trop de respect et d'estime pour les renfermer en moi seul, et vous êtes un de ceux à qui je voudrais le plus possible les voir partager.
» Tout à vous de cœur.