‹ La véritable question romaine, réponse à Edmond AboutChapitre 4 sur 11 · NAPOLEON · texte numérisé non relu

NAPOLEON

« Palais dos Tuileries, 31 décembre 1859. »

Cette lettre est-elle en désaccord avec ce que nous avions écrit? Nous ne le pensons pas.

Il nous semble que la pensée de l'Empereur reste la même, bien que la politique impériale paraisse avoir changé.

L'Empereur conseille au Pape « de faire le sacrifice des provinces révoltées, de consentir à l'abandon des Romagnes, qui depuis cinquante ans suscitent tant d'embarras à son gouvernement. » Ce conseil est donné au nom de la

Al —

tranquillité qu'il importe de rétablir en Europe, et en vue d'assurer « le retour immédiat de l'ordre, » aussi bien que « la paix pendant de longues années, » en même temps que a la possession paisible des Etats de l'Eglise. »

Mais, d'ailleurs, le souverain, qui n'a pu « échapper à une certaine solidarité avec les effets du mouvement national provoqué en Italie, » et qui s'est trouvé « impuissant à arrêter l'établissement du nouveau régime, » qui n'a réussi « qu'à empêcher l'insurrection de s'étendre, » en exigeant la démission de Garibaldi, proclame hautement le droit du Saint-Siège.

Une telle lettre donne à la justice d'une cause débattue devant l'Europe entière un éclatant appui.

« Les puissances ne sauraient méconnaître les droits incontestables du Saint-Siège sur les Légations.

Ces paroles, prononcées à la veille du Congrès, appartiennent à l'histoire. Elles auront, quoi qu'il arrive, un retentissement dans la postérité.

Aussi l'Empereur, lorsqu'il prévoit la possibilité d'un sacrifice du droit, éprouve « un regret sincère; il regarde comme pénible la solution qu'il propose et qu'il présente pour éviter les difficultés et les dangers. »

Cette solution ne serait donc pas selon le droit, mais elle serait un sacrifice du droit.

Il reste à savoir si l'Europe, réunie en congrès, sanctionnera ce qui est contre le droit, dans le cas où le sacrifice ne serait pas consenti par le Saint-Père.

Si Pie IX ne renonce pas, le droit proclamé hautement à la face du monde sera-t-il méconnu ?

Il est probable que les puissances «ne seront pas d'avis de recourir à la violence » pour soumettre les provinces révoltées.

Mais que feront les puissances si Pie IX ne leur demande rien, sinon de reconnaître et de proclamer de quel côté est le droit!

Ce ne sera pas contre lui que la violence sera tournée pour l'obliger à sanctionner le fait accompli.

Et dès lors le fait persisterait sans que le droit ait cessé. Le congrès se verrait empêché de régulariser la situation des Romagnes. Ce pays vivrait, contre le droit et au mépris des traités, d'une vie indépendante, il est vrai, mais toute factice. Le Pape n'aurait besoin ni de troupes ni d'armes.

Il se contenterait d'attendre une réaction qui, assurément, ne serait pas impossible.

Si donc, il existe d'un côté des embarras et des dangers, il n'en existe pas moins de l'autre.

Ce qui n'est pas douteux, c'est le droit.

Ce qui n'est pas douteux, c'est que l'Empereur ne recule, comme à Viliafranca, devant l'accomplissement de ce qu'il regarde comme juste et bon, que pour éviter des complications dans lesquelles les circonstances présentes lui font voir des impossibilités.

Que la possibilité d'une autre solution soit démontrée, qu'elle soit simplement aperçue, et l'opinion du gouvernement, dans le Congrès, est formulée par avance.

La guerre a été entreprise pour affranchir l'Italie et la rendre à elle-même.

Le Pape, rendu à lui-même, ne peut-il pas, s'il le veut, faire appel aux catholiques? Les catholiques ne peuvent-ils pas lui envoyer leurs offrandes pécuniaires et des soldats? Avec de l'argent et des hommes, le Pontife, délivré de toute pression étrangère et rendu à lui-même, ne viendrait-il pas à bout des Légations? Est-il vrai que si les puissances n'emploient pas la violence pour soumettre les Romagnes, le Pape n'a d'autre parti à prendre que de faire un sacrifice complet du droit?

C'est là ce à quoi il faudrait répondre.

Mais, pour répondre, il est nécessaire de connaître la vraie question romaine, et, nous l'avons dit, on ne l'a que trop défigurée.

Il est temps encore d'examiner et de réfléchir. Mais pourtant le temps presse : l'Europe est inquiète et les consciences catholiques sont alarmées.

Page 1