‹ La véritable question romaine, réponse à Edmond AboutChapitre 7 sur 11 · GO · texte numérisé non relu

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pouvoir temporel, il n'y a plus de réformes, et tout est bien dans le meilleur des mondes icibas. M. About ne connaît pas la juste mesure; il court tout d'abord à l'extrême et ne sait point se modérer. C'est son tort et c'est, en même temps, une faute de tactique.

Les iéformes durables ne sont pas celles qu'on improvise. Nous ne pensons pas, quant à nous, que, du jour au lendemain, un motu proprio puisse les réaliser. Le temps est ici nécessaire.

Rome possède un patriciat qui compte de grands noms. « La noblesse romaine, écrit M. About, « est entourée d'un certain prestige. Trente et un « princes ou ducs, un grand nombre de marquis, « de comtes, de barons et de chevaliers ; une « multitude de familles nobles sans titre, parmi « lesquelles Benoît XIV en inscrivit soixante au « Capitole ; une vaste étendue de domaines sei- « gneuriaux; un millier de palais; une centaine « de galeries petites et grandes; un revenu pas- « sable ; une incroyable prodigalité de chevaux, « de carrosses, de livrées et d'armoiries; quelques « fêtes royales tous les hivers; un restant de « privilèges féodaux et les respects du petit peuple:

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« tels sont les traits les plus saillants qui dislin- « guent la noblesse romaine. »

M. About ajoute ce correctif : « L'ignorance, l'oisiveté, la vanité, la servilité et surtout la nullité, voilà les défauts mignons qui la placent audessous de toutes les aristocraties de l'Europe. »

Avec de tels défauts mignons, il y aurait beaucoup à réformer de ce côté et, parce qu'il est bon de commencer par ceux qui sont placés au premier rang, nous eussions aimé qu'on voulût bien être plus explicite.

Nous ne reprocherons pas à la noblesse romaine sa vanité. Si elle n'était pas fière de porter des noms illustres ; si elle renonçait à ses fêtes splendides, à ses livrées, à ses carrosses, à ses palais, elle cesserait en quelque sorte d'exister, elle se confondrait avec la bourgeoisie.

Ailleurs, peut-être, les ducs, les marquis, les comtes sont devenus trop bourgeois; à Rome, la grande noblesse a conservé la splendeur et l'éclat du passé. Est-ce donc véritablement un mal ?

Cette noblesse a les respects du petit peuple. Disons mieux, elle a les respects de tous, malgré sa nullité, son oisiveté et son ignorance,

L'oisiveté des grandes familles romaines toutefois n'est pas un. bien. Elle est l'un des côtés, mais non le meilleur, de cette vie princière qui s'écoule dans le calme et, peut-être, la monotonie, au fond des palais silencieux et presque déserts.

Dans l'ancienne Rome, la foule des clients qui venaient, chaque malin, saluer le patron apportait, jusque dans sa demeure, quelque chose de l'agitation et de la vie du forum. Le patricien romain des temps modernes n'a pins de clients qui réclament son appui; il ne garde plus auprès de lui qu'un personnel assez restreint de serviteurs dont ie petit nombre ne suffit pas à peupler tel palais que nous pourrions citer et qui semble à peine renfermer des habitants.

L'oisiveté des nobles n'est autre chose que l'absence de toute participation aux affaires publiques* Elle n'est pas systématique assurément, et surtout elle ne procède pas d'un sentiment d'opposition au gouvernement.

En France, il s'est rencontré des temps dans lesquels les sympathies pour un régime déchu se sont manifestées de cette sorte. On essayait de faire le vide autour du pouvoir. A Rome, il n'en est point ainsi.

Mais, en Fiance, cette oisiveté volontaire de quelques familles était à peine remarquée, parce que les citoyens actifs ne manquaient à l'Etat pour aucun emploi, pour aucune fonction; elle était préjudiciable seulement à quelques jeunes gens dont la vie inutile s'écoulait dans l'ennui des salons, au milieu des conversations des douairières. À Rome, il s'agit de toute une classe qui dispose d'une grande richesse territoriale, qui pourrait former un corps puissant et capable d'exercer une très-grande influence, mais qui ne sait pas sortir de l'isolement dans lequel elle vil, pour revendiquer un rôle plus actif. Tel est le caractère de l'oisiveté dont parle M. About et la cause de cette nullité dont il se plaint, nullité qui n'est point absolue, mais relative.

Il en est de même pour le reproche d'ignorance. La grande noblesse romaine a le goût des arts ; elle est fière des galeries qu'elle possède. Mais elle ignore la pratique des affaires ; elle est dépourvue d'expérience politique, — nous ne disons pas d'aptitude Elle n'a pas eu besoin d'étudier les éléments de la richesse nationale, de savoir quels sont les produits du sol, les relations du commerce, les diverses combinaisons du tarif des

douanes, l'importance de la marine, le mouvement des ports de Givita ou d'Ancône. Elle ne sent pas davantage la nécessité des travaux de cabinet qui augmentent les connaissances acquises et fortifient l'esprit; elle n'a pas besoin, par exemple, de lire et de méditer les ouvrages des publicistes étrangers, des grands écrivains, des penseurs profonds, puisqu'elle ne verra pas sortir de son sein des orateurs puissants, toujours prêts à traiter les questions les plus hautes, toujours disposés à discuter les plus graves intérêts de la société; des hommes d'Etat riches d'une expérience à laquelle rien n'échappe dans le mouvement contemporain.

La grande noblesse romaine répand autour d'elle de nombreux bienfaits. Elle est chrétienne et catholique, c'en est assez. Mais elle n'est pas de son temps, si elle abdique la direction de la société.

M. About blâme la noblesse, afin d'avoir l'occasion de formuler à ce propos une nouvelle accusation contre le Pape et contre les prêtres. Nous ne blâmerons pas la noblesse ; nous nous contenterons de dire qu'elle a fourni, à ceux qui ne l'ont pas comprise, une raison suffisante de la

taxer d'ignorance, d'oisiveté, de nullité. — C'est de ce côté que, tout d'abord, nous appellerions les réformes. Il est urgent d'aviser. « Les nobles ont des devoirs à remplir envers leurs ancêtres et leurs descendants, » et ce ne serait pas assez pour eux de ne pas quitter « le sentier d'honneur et de vertu hors duquel ils ne sauraient faire un pas sans déchoir. »

Il est indispensable, aujourd'hui, que la noblesse s'occupe des chemins de fer, des routes, des travaux publics, des finances, et qu'elle consente, (Vautre part, à reprendre l'épée, fallût-il, pour apprendre à la porter dignement, passer quelques années au service d'une puissance étrangère. La transformation ne sera pas rapide, sans doute. Cependant, au bout de peu de temps, Rome posséderait une aristocratie éclairée, influente, énergique, à laquelle on ne contesterait plus, pour ainsi dire, le droit de vivre. Les nobles auraient reconquis leur place naturelle et légitime, celle qu'ils ne peuvent abandonner sans détriment pour la nation tout entière.

Certes, nous ne voulons pas exclure la noblesse des rangs du clergé. Le clergé, lui aussi, est placé à la tête de la société, et il ne peut posséder

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