‹ La véritable question romaine, réponse à Edmond AboutChapitre 9 sur 11 · GO · texte numérisé non relu

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mières nécessaires pour ce nouveau rôle, qu'elle reprenne l'épée, qu'elle achève son instruction pour devenir apte à siéger dans les conseils de la commune et dans ceux de la province.

Que, de son côté, le clergé ne soit pas exclu des hautes fonctions; que les grandes familles ne soient pas bannies des rangs du clergé.

Que, d'ailleurs, on distingue le simple employé du prêtre; que le premier sache qu'il a une carrière ouverte devant lui, toujours distincte et toujours assurée. — Voilà assurément un programme fort simple et très-réalisable. Ce sont là des réformes que l'on peut essayer , si déjàmème elles ne sont en voie de s'accomplir.

« Tous les ministres, dit M. About, tous les « préfets, tous les ambassadeurs, tous les digni- « taires de la cour et tous les magistrats des tri— « bunaux supérieurs sont des ecclésiastiques. « L'duditeiir sanctissime, le secrétaire des Brevi « et des Memoriali, les présidents et vice-prési- « dents du conseil d'Etat et de la consulte des « finances, le directeur général de la police, le « directeur de la santé publique et des prisons, « le directeur des archives, le procureur général « du fisc, le président et le secrétaire du cadas- « Ire, le président de la commission d'agriculture

« sonl tous ecclésiastiques. L'instruction publik que est aux mains des ecclésiastiques, sous la « haute surveillance de treize cardinaux. Tous « les établissements de bienfaisance, tous les « biens des pauvres sont le patrimoine de direca teurs ecclésiastiques. Les congrégations de car- « dinaux jugent des procès à leurs moments « perdus, et les évoques du royaume sont autant « de tribunaux vivants. Pourquoi dissimuler à « l'Europe un ordre de choses si naturel? Il faut « qu'elle sache ce qu'elle a fait en rétablissant « un prêtre sur le trône. Tous les emplois qui « donnent pouvoir ou profit appartiennent cl'a- « bord au Pape, puis au secrétaire d'Etat, ensuite « aux cardinaux, enfin aux prélats. Chacun tire « à soi dans l'ordre hiérarchique, et lorsque les « parts sont faites, on jette à la nation les miet- « tes du pouvoir, les places dont aucun ècclésias- « tique n'a voulu, 14,576 emplois de toute « sorte , et particulièrement ceux de gardes- « champêtres... La nation laïque et mariée et « qui a des enfants , n'est et ne sera jamais « rien. »

Un chiffre de quatorze mille cinq cent soixanteseize emplois de toute sorte est cependant quelque chose, et il n'est pas possible qu'en outre des

71 ~ places de gardes-champêtres il n'en comprenne beaucoup d'autres de quelque importance. Si, toutefois, les emplois supérieurs sont accordés aux ecclésiastiques, nous voudrions qu'on nous dît s'ils ne doivent pas cette préférence, dans l'état actuel de la société romaine, à une expérience plus grande des affaires, à une éducation administrative antérieure, au défaut de participation de la classe noble dans ces mêmes affaires publiques qui réclament des connaissances spéciales, et surtout la connaissance des précédents. Une administration sans traditions n'est pas possible. Or, qui donc a, présentement, la science des traditions ?

Mais, nous l'avons dit, la réforme est démontrée possible, parce qu'elle est commencée, parce qu'elle existe. Nous pourrions reprendre la liste donnée par M. About, en la commentant. M. About apprend à l'Europe que l'auditeur sanctissime n'est point un laïque, que le secrétaire des brefs n'est point laïque, que le secrétaire des Mémoriali n'est point laïque. Hélas ! il en a encore oublié. Le secrétaire des lettres latines, le docte, le savant monsignor Fioramonti n'est point laïque.

Un oubli plus grave est celui-ci: M. About n'a point dit en quoi consistent ces charges. Dans les secrétaireries dont il est ici parlé, on rédige les brefs et les lettres pontificales; et quant à YUditore del Papa, c'est à lui qu'il faut recourir pour la dispense de certaines formalités prescrites par la loi, en ce qui concerne l'aliénation des biens appartenant aux femmes, pour l'émancipation des mineurs, pour l'interdiction et pour la nomination d'un tuteur qui administre les biens de la personne interdire. La sécularisation serait-elle donc ici d'une importance majeure? M. About n'a-t-il point cherché uniquement le bruit et le fracas, lorsqu'il écrivait celte énumération ?

Les présidents et les vice-présidents du conseil d'Etat et de la consulte des finances ne sont point laïques. C'est vrai. Mais voici quels étaient, au commencement de cette année, pour le conseil d'Etat, les conseillers ordinaires: Monsignor Francesco Vici; Monsignor Annibale Gapalti; MM. le professeur Villani, avocat ; Ottavio Scaramucci, avocat; le comte GaetanoZucchini; l'avocat Pietro Pagani ; le marquis Giuseppe Fonti ; le chevalier Filippo Massani, avocat ; le comte Filippo Folicaldi; le chevalier de Dominicis-Tosti, avocat. —

Nous le demandons à quiconque est de bonne foi, la composition du conseil d'Etat est-elle trop peu laïque?

Pour la consulte d'Etat des finances , les consulteurs étaient: Monsignor Arborio-Mella ; MM. Lo-Schiavo; le chevalier Stolz, avocat; le comte Bonafede ; le chevalier Capello ; le marquis Lavaggi ; le marquis Banzi ; le comte Ronchi ; le chevalier Guerrieri ; le comte Zauli-Naldi ; le comte Béni; le comte Antonelli; le marquis Bourbon del Monte ; le chevalier Costantini-Beldini ; le comte Raphaël Bonafede ; le comte LavinioSpadade' Medici; le comte délia Genga;le marquis Vincentini ; le chevalier Ciofi, avocat ; le marquis Bisleti ; le docteur Nebbia ; le comte Pallota; le prince Marc-Antoine Borghèse; le marquis Giberti-Missini ; Angelini ; Ciccognani ; le chevalier Capogrossi , avocat. — Ici encore, en présence de tant de noms de laïques, il ne suffisait pas d'écrire: le président et le vice-président ne sont point laïques.

Nous ne pouvons citer tous les employés de haut rang, dans les ministères, qui sont simplement laïques. Il sera moins nécessaire encore de descendre jusqu'au cadastre et à la commission

d'agriculture. Quant au personnel diplomatique représentant le Saint-Siège à Fétrangcr, nous citerions , comme appartenant aux laïques : le consul général , résidant à New-York ; le consul de la Nouvelle- Orléans ; ceux qui résident à Lima, Montevideo, Guatimala, dans l'Amérique ; ceux de Trieste, de Venise, de Zara, de Fiume, de Raguse, de Naples , de Païenne, de Bastia , de Marseille, de Bordeaux, de Bayonne , d'Anvers, de Hambourg, etc., etc.

Je ne sache pas qu'on doive interdire au Saint- Siège de se faire représenter auprès des grandes puissances catholiques par des ecclésiastiques. Le nonce résidant à Paris sera l'intermédiaire chargé principalement des relations spirituelles que le concordat établit entre la France et le souverain Pontife ; les consuls de Marseille, de Bordeaux, de Bayonne auront à protéger les relations de commerce de leurs nationaux. Voudrait-on qu'un laïque fût nonce, afin que le prélat pût n'être qu'un simple consul ? L'homme du monde serait— il chargé des affaires de l'Eglise pour le plaisir de remettre entre les mains d'un prêtre les affaires commerciales? Necomprendrat-on pas pourquoi un nonce n'aura pas nécessairement passé d'abord par les emplois consu-

- ÏÏ laires, et pourquoi, d'autre part, le simple consul devenu consul général n'a pas d'autre perspective d'avancement dans sa carrière ?

Les noms des membres du conseil d'Etat et de la consulte des finances sont très-honorables. La noblesse y lient une grande place. La haute diplomatie ne lui est, peut-être, pas accessible; mais déjà elle occupe , dans les conseils élevés du gouvernement, des positions qui lui assurent une influence réelle, et les ministères même ne lui sont pas fermés, du moins en principe. Aucune interdiction n'existe à cet égard.

Ce qui manque pour assurer une participation dans les affaires aux classes de citoyens qui sont restés jusqu'ici en dehors de toute intervention dans la direction du pays, c'est l'éducation politique. — * Or, cette éducation politique se fera graduellement et non du jour au lendemain.

L'éducation de la bourgeoisie est aussi incom plèle que celle de la noblesse.

Il y a une bourgeoisie commerçante, qui est très-peu nombreuse à Rome et qui n'a point de

chefs avoués. Elle ne reconnaît pas comme ses représentants un petit nombre de commerçants notables qui soient habituellement considérés comme les défenseurs naturels des intérêts de tous, comme les organes de l'opinion de toute une classe à laquelle ils appartiennent.

Une autre bourgeoisie, celle des avocats, de la magistrature , celle des professions libérales, ne pourrait montrer présentement aucun de ses membres qui soit assez connu pour que le choix du pouvoir appelant tel ou tel à la direction des affaires, paraisse une satisfaction accordée au sentiment du pays.

La bourgeoisie , bien qu'elle ait son existence distincte , ne saurait constituer au milieu de la nation cette force qui est la garantie de la stabilité.

Le gouvernement pontifical, qui ne peut s'appuyer présentement sur la noblesse, si ce n'est avec des réserves, ne peut s'appuyer davantage sur la bourgeoisie, h moins que ce ne soit sur cette partie de la bourgeoisie qui lui fournit ses employés ecclésiastiques ou semi-ecclésiastiques, et qui a l'intelligence des affaires, parce qu'elle a

les traditions administratives. Or, c'est là un instrument de gouvernement, non un appui véritable. — C'est pourquoi la réforme, en tant qu'elle atteint les personnes, nous paraît devoir se résumer dans les points suivants :

la Donner à la haute, à la moyenne et à la petite noblesse l'accès dans les conseils communaux et provinciaux. Et parce que, légalement, cet accès est libre dès à présent, s'efforcer de changer la simple possibilité en fait ordinaire et et habituel.

2° Exciter la noblesse à sortir de l'isolement dans lequel elle se renferme au fond de ses palais, afin de l'initier aux questions de chemins de fer, de travaux publics, de finances, etc. Créer, pour arriver à ce but, un enseignement scientifique analogue à celui de nos écoles spéciales. Montrer comme récompense, après des études de ce genre, une place au conseil d'Etat ou dans la consulte des finances, plus honorifique que lucrative, et capable pourtant de satisfaire l'ambition d'être utile au pays.

3° Ouvrir l'armée à la noblesse. Et parce que, déjà, l'armée est accessible aux nobles comme à tous autres, engager les nobles, par l'ambition

d'être utiles au pays, à reprendre l'épée pour retrouver le sentiment de l'importance personnelle et la considération qui s'attache à un nom noblement porté.

4° Initier de la même façon la bourgeoisie à la vie publique et à la connaissance des affaires. Constituer en quelque sorte la bourgeoisie sur de nouvelles bases : en lui apprenant également le métier des armes; en l'admettant à la participation des affaires, à la condition d'une éducation politique et administrative; en laissant au mérite personnel de ses membres la plus grande liberté de se manifester au dehors et de s'imposer en quelque sorte à la bourgeoisie elle-même qui, dès lors, reconnaîtrait ses chefs naturels.

5° Laisser au clergé les postes qui ne peuvent être remplis que par lui. Ne pas lui interdire même les fonctions qu'un laïque pourrait occuper, sous ce prétexte qu'il s'agit avant tout de séculariser. Ne pas faire de la sécularisation mal entendue un principe ; mais adopter , au contraire, le principe de la justice distributivc, et accorder à chacun selon son mérite et selon le besoin de l'Etat.

6° Séparer l'élément semi-ecclésiastique de l'élément ecclésiastique pur. Ne pas permettre à

l'employé, qui ne veut cire rien autre chose qu'un employé, d'affecter les dehors du prêtre et de demeurer dans une position indécise, afin de passer soit dans les rangs de la cléricature, soit dans l'état du mariage, au gré de son ambition ou de son caprice.

7° Rejeter toute prétendue réforme qui ne serait qu'un renversement de l'ordre de choses démontré légitime. Ne pas allier la révolution à la réforme, parce que ce serait le moyen d'ajourner, encore une fois, la réforme par la crainte de la révolution. Distinguer les idées réformistes des idées révolutionnaires, comme on a su distinguer l'élément national de la révolution, et, pour cela, s'appuyer, en politique principalement, sur la France impériale.

8° Chercher, pour combattre plus sûrement la révolution, tous les moyens de ramener entre le Piémont et le Sainl-Siége l'harmonie des rapports, qui malheureusement n'existe plus dans les questions religieuses. Ranimer les tendances conservatrices et catholiques dans le Piémont, allié de la France impériale, afin de rendre possibles les réformes intérieures qu'arrêterait la crainte de la révolution,

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