MESSAGES
Juin 1909. Improvisation dans l'état de trance :
« L'Église s'en va. Elle a une énergie, une orientation factices. Cette énergie lui vient de la désorganisation des partis qui lui sont opposés. Elle est
(1) Voir Après la Mort et le Problème de l'Être et de la Destinée. En ce qui concerne les procédés de communication avec le monde invisible : écriture médianimique, incorporations et discours dans la trnuce ou sommeil magnétique, voir Dans rinvisihle : Spiritisme et Médiamnité, chap. XVIII et XIX.
270 JEANNE d'arc MEDIUM
seule debout en face des écoles matérialistes. Elle seule représente Tâme en face du matérialisme et de la science. De l'heure où la science consacrera l'âme, l'Église s'écroulera. L'Église est un mieux relatif. Tous ceux qui sont épris de la vie de l'âme, se réfugient dans rÉglise, parce qu'ils n'ont rien d'autre. Bien des âmes ne peuvent se faire une foi personnelle ; elles demandent à d'autres leur croyance et trouvent plus commode de s'adresser à l'Église. Mieux vaut croire au catholicisme que de ne croire à rien. Mais du jour où se constituera une philosophie scientifique, artistique et littéraire qui synthétisera l'idéal, l'Église actuelle disparaîtra. L'Église n'a reçu dans son sein que les arts et les lettres, mais non la science. Elle rejette une partie de la connaissance; aussi devra-t-elle céder le pas à une philosophie qui embrassera tout le savoir humain. Nous disons : philosophie et non religion, parce que ce dernier mot a aujourd'hui le sens de secte. »
(( La Réforme a séduit certaines âmes, parce qu'elle permettait d'unir la morale à la religion. Tout était permis alors par l'Église, pourvu que Ton sût se faire pardonner par de l'argent. La vente des indulgences était publique. Tout le monde voyait d'un côté la morale, de l'autre la religion. La question morale a ébranlé l'Église ; aujourd'hui, ce sera la science qui l'achèvera; K l'heure où les hommes sauront, l'Église s'écroulera. »
« Nous ne pleurons pas sur sa disparition. L'Église n'est, dans l'histoire, qu'une des formes de l'idée
JEANNE d'arc ET l'iDÉE DE RELIGION 271
religieuse en marche. L'Église a fait du bien, et nous aimons mieux voir ce bien que le mal qu'elle a causé ; par-dessus tout, nous aimons à voir en elle la grande figure du Christ qui Ta fondée. Nous verrons toujours l'évangile dans la messe ; c'en est le véritable point central et non pas l'élévation, comme beaucoup le croient. Nous aimons cet évangile ; c'est lui qui nous attire encore aujourd'hui dans certaines cathédrales. Nous aimons l'Église, nous la vénérons comme tout ce qui a apporté quelque chose de grand à l'humanité. «
« Plus tard, nous vénérerons encore davantage celui qui apportera une nouvelle parole de vie, cet Esprit de Vérité, annoncé depuis longtemps. Ce sera un homme de science, un savant, un philosophe et, surtout, un homme d'une sensibilité exquise. Les Mahométans l'attendent aussi. Toutes les religions l'ont promis. 11 faut que toutes les âmes se sentent désorientées, que toutes sentent la nécessité de sa venue. La dissolution est plus profonde qu'à l'époque où le Christ est apparu, le désir de savoir aussi. Tous les peuples sont pressurés par les gouvernements. L'heure vient. »
« Il ne faut pas s'élever contre ceux qui s'en vont, contre l'Église. Le Christ n'a pas crié contre la religion. Rappelez-vous qu'il a dit cette parole trop oubliée : « Aux Juifs d'abord ! » Nous aussi, nous disons : « A l'Église d'abord ! » car c'est elle qui renferme le plus de spiritualistes ; c'est elle qui en a le plus besoin. C'est sur les bases du christianisme
272 JEANNE d'arc MEDIUM
que s'élèvera la religion nouvelle, comme le christianisme s'est élevé sur le judaïsme. L'ancienne Église, comme la loi de Moïse, sera rénovée, améliorée. »
Jérôme de Prague.
Juillet 1909; par rincorporation :
« Que sont ces dogmes et ces mystères? Cherchons le sens des religions I »
« La religion s'entoure d'un appareil sombre et redoutable. Tout, croit-elle, est su, connu, découvert. Erreur profonde ! »
« La vérité ne peut pas être séparée de Dieu. Elle ne peut pas être un symbole. C'est un rayon échappé de son front divin. Nous avons Dieu en nous, mais non pas par son corps de chair (l'hostie). »
« C'est par ses messagers que s'accomplit le sacrifice divin. Dieu est en nous par les radiations de sa vérité. Mais celle-ci n'est pas connue; elle est espérée. Il faut savoir l'aimer pour qu'elle descende jusqu'à nous. »
« L'homme est perfectible à l'infini. C'est une faute grave de briser devant lui les perspectives de l'avenir. La miséricorde divine lui donne, avec l'espoir, la réparation toujours possible de ses fautes. »
« L'Église dit à l'homme : Laisse-nous te diriger. Elle oublie qu'elle devient ainsi responsable de la conduite des âmes devant Dieu. Et si l'Église est Dieu, Dieu serait responsable de la conduite des
JEANNE d'arc ET l'iDÉE DE RELIGION 273
âmes ; c'est faux ! L'homme pourrait s'endormir ainsi dans la confiance qu'il est assez dirigé. »
« L'Église a souvent été une marâtre pour ceux qui vivaient dans son sein. Elle a brisé toutes les intelligences qui dépassaient un certain niveau. Ce qui l'a perdue, c'est l'amour de la matière, la puissance temporelle, le désir de la domination. L'enivrement du pouvoir l'a envahie. Elle a bu à la coupe de l'orgueil. Ce sera la cause de sa décadence, car la matière ne peut donner la vie. »
« La puissance temporelle s'est écroulée ; les autres suivront. Respectons l'Église comme on respecte les personnes âgées, qui ont fait de grandes choses dans leur jeunesse. Mais, aujourd'hui, les foules s'éloignent. Les nefs restent solitaires en dehors des gi'andes cérémonies. »
« L'Église n'aime plus assez ; c'est pour cela qu'elle meurt. Aimer davantage : c'est toute la pensée du Christ. Il a aimé les hommes plus que luimême, comme Jeanne a aimé la France. C'est ce que l'Église ne sait plus faire. Il fallait gouverner les âmes par l'amour et non par la crainte. Jean a dit : <( Aimez-vous, c'est toute la religion ! »
« Le Christ a aimé Thomas, qui doutait, jusqu'à se matérialiser et lui faire toucher ses plaies. Mais l'Église n'aime pas ceux qui doutent ; elle les repousse. Pour qu'une foi soit réelle, il faut l'amour qui la rend féconde. L'amour est le levier de l'humanité. C'est ce que l'Église a oublié, et c'est pourquoi elle est destinée à s'affaiblir de plus en plus. »
274 JEANNE d'arc MEDIUM
« Il faut la saluer, parce qu'elle a reçu autrefois la pensée du Christ. Maintenant, elle a donné tout ce qu'elle pouvait donner ; elle a fait son temps. Elle n'a pas compris ce siècle. Elle croit que tout dort dans le passé. Mais au lieu de remuer la cendre des vieux souvenirs, il faut songer aux devoirs envers les hommes du présent et préparer les temps futurs. »
« Pas de haine ! Il faut la plaindre et la laisser s'éteindre doucement. On ne crie pas contre ceux qui vont mourir. Que la paix soit sur elle I Que Ton prie pour elle ! »
« Quant à son attitude envers Jeanne, elle s'explique ainsi : Elle a voulu se faire une sainte populaire et, parla, ressaisir un peu de l'influence perdue. Et comme le patriotisme s'affaiblit, elle cherche à reprendre cette idée à son profit. Elle ramasse Tépée de Jeanne et s'en fait une arme pour combattre ses ennemis. Mais ce ne sont pas ses anciennes victimes qui peuvent ou veulent la défendre à cette heure. »
« Manifestation plus matérielle que spirituelle ! Il fallait agir autrement et instruire un nouveau procès pour établir les responsabilités, accabler Cauchon et dégager Rome. Le procès de réhabilitation a été fait sur les textes. On n'a pas incriminé les juges ; on a reconnu, maintenu leur validité. Il ne suffit pas de tonner contre eux du haut de la chaire ; il fallait un acte plus solennel. L'Église n'a pas eu le courage de ses actes et de sa politique. »
Jérôme de Prague.
JEANNE d'aHC ET l'iDEE DE RELIGION 275
Juillet 1909 ; par Fécriture médianimique :
« L'Église est souvent en contradiction avec ses enseignements. Elle demande à l'âme de se purifier, de s'améliorer, d'abandonner ses erreurs ; mais elle se déclare seule omnisciente et omnipotente. Elle n'admet pas que sa connaissance d'autrefois ne puisse plus suffire aujourd'hui ; elle croit que le monde s'est arrêté sous la nef des cathédrales gothiques. En réalité, on ne demande pas à l'homme instruit et sceptique de votre siècle ce qu'on pouvait exiger de ceux qu'épouvantaient les châtiments éternels. Les temps ont accompli leur œuvre ; ils ont amoncelé les ruines. Les âmes se sont renouvelées et, seule, l'Église s'est acharnée à étayer son ancien édifice, à reconstruire continuellement la redoutable forteresse. Elle s'est ainsi peu à peu séparée du monde ; elle s'est complue dans la satisfaction de la puissance et de l'orgueil ; mais elle a oublié l'histoire des civilisations. »
« Les exigences de l'évolution que subissent les âmes sont si puissantes qu'elles rénovent la foi et la science. Les anciennes croyances s'oublient pour d'autres, et l'Église, à son tour, devrait monter vers la lumière. Elle devrait être la voie naturelle des âmes allant vers Dieu, et leur offrir toutes les ressources réclamées par des intelligences éprises de beauté, de grandeur, de vérité plus parfaite. »
« L'Église donne à l'homme adulte les mômes devoirs qu'à l'enfant. Ses explications, ses commandements sont les mêmes pour tous. Elle porte par-
276 JEANNE d'arc MEDIUM
tout le désir d'unité et la volonté de fixer les âmes dans la contemplation de ses dogmes. »
« Le souci continuel de sa vie et de son existence devrait faire comprendre à l'Église qu'il serait habile et fort d'abandonner, à l'heure voulue, les procédés qui avaient suffi à gouverner le monde autrefois. On n'attire pas l'homme par les mêmes paroles que l'enfant, et ce qui réussissait pour les peuples des siècles passés est insuffisant aujourd'hui. Des esprits habiles l'ont senti ; ils ont essayé de donner un sens mystique et spirituel à ses dogmes, de les montrer comme les symboles de quelque grande pensée. Mais l'Église, comme institution, n'est pas accessible à la sublime réflexion. Les médiocrités se sont emparées du pouvoir et l'on a vu ces essais inutiles rudement réprimés, car si cette réforme avait été accomplie pour la foi, elle aurait dû l'être aussi pour la conduite à tenir. Il fallait avoir le courage de tout symboliser, de montrer que l'Église avait conduit les peuples et les rois parce qu'ils n'étaient encore qu'en enfance ; il fallait réprouver les erreurs, châtier le passé et hautement renier tout ce qui n'était pas d'accord avec ces nouvelles vues. On eût été politique. L'Église, en effet, aujourd'hui n'est plus une religion au sens propre du mot : elle ne cherche pas à unir les âmes, mais à gouverner les corps par tous les moyens. Pour gouverner les corps, il faut se rendre maître des âmes, et il eût été adroit de les attirer par quelques gestes habiles, par la glorification de quelques âmes honorées de tous. »
JEANNE d'arc ET l'iDÉE DE RELIGION 277
« En ces temps troublés, où l'Église semble soutenir le suprême combat, elle se veut donner un puissant auxiliaire dans la personne de Jeanne. Il fallait nettement accuser d'imposture les juges, et montrer en eux les agents d'une autorité non reconnue. L'Église a si maladroitement rejeté de son sein tant de grands hommes, qu'elle aurait pu facilement faire quelques victimes de plus, et elle avait ainsi l'occasion tout indiquée de placer parmi ses saints quelques-unes de ses autres victimes, sur lesquelles s'étend la pitié des âmes croyantes elles-mêmes. Comme institution, elle pouvait le faire. Elle a longtemps défendu les juges de Jeanne, et maintenant elle cherche à justifier l'ancienne hérétique, mais bien des croyants se demandent où est le coupable dans cette triste tragédie de Rouen. »
« Aujourd'hui, sachant parfaitement qu'elle est une sainte, le peuple a placé Jeanne parmi les protectrices de la patrie, mais l'Église a voulu se glisser derrière son piédestal, se substituer à elle en la plaçant parmi ses élues. Personne ne peut le nier : Jeanne est plus aimée que l'Église, et celle qui la condamna ne réussira pas à la défigurer. Mais nous ne pouvons pas accepter cette béatification, qui est une manœuvre de l'Église, car c'est encore une fois un de ces actes par lesquels l'Église s'est rendue justement célèbre : une demi-lâcheté, causée par un calcul où le désir de vérité est masqué par l'intérêt. »
Jérôme de Prague.
278 JEANNE d'arc MÉDIUM
Juillet 1909 ; par l'incorporation :
« Aimez Dieu par-dessus tout. Là est la force qui vous libérera de ce monde matériel et vous fera supporter les flammes de la douleur. »
« Cet amour m'a donné toute énergie, toute puissance. »
« Je suis dolente de voir que les Français se disputent mon âme. »
« Je pardonne tout à l'Eglise, excepté son enseignement. Je ne lui pardonne pas de répandre des erreurs et l'épouvante dans les âmes. »
« L'Église s'éteint. Bénissons-la pour le bien qu'elle a fait. Plaignons-la du mal qu'elle a accompli. »
« Je suis son guide et non son défenseur. »
« Que la France redevienne consciente de son rôle, qui est de répandre dans le monde des clartés toujours plus vives. »
« Les temps sont venus. L'Esprit de Vérité, annoncé par le Christ, est proche. Il naîtra parmi vous. Le christianisme n'a pas été compris. Il était venu pour tirer Pâme de la souffrance et de l'inconscience. Maintenant, d'autres vérités supérieures vont luire. »
Jehanne.