JEAN.NE D ARC ET L IDEAL CELTIQUE
L'âme celtique a son sanctuaire en Bretagne, mais les vibrations de sa pensée et de sa vie s'étendent au loin sur toute la région qui fut la (jaule, de l'Escaut aux Pyrénées, de l'Océan aux pays des Helvètes, Elle s'est créé sur tous les points du sol national des retraites cachées, où vit, latente, la pensée des âges. C'est le plateau central, l'xVr-vernie, la « haute demeure », le Morvan, les âpres Cévennes, les forêts lorraines où Jeanne entendait ses « voix ».
Qu'est-ce donc que l'âme celtique ? C'est la conscience profonde de la Gaule. Refoulée par le génie latin, opprimée parla brutalité franque, méconnue, oubliée par ses propres enfants, l'âme celtique subsiste à travers les siècles.
C'est elle qui reparaît aux heures solennelles de l'histoire, aux époques de désastre et d'écroulement, pour sauver la patrie en péril. C'est la vieille mère qui tressaille chaque fois que le pied de l'ennemi souille sa couche, et se lève de son sommeil pour faire appel à ses fils et chasser l'étranger.
D'elle encore viennent les souffles puissants, les impulsions irrésistibles, les inspirations grandioses, qui ont fait de la France le champion de l'idée et l'inspiratrice de l'humanité.
Aussi la France ne peut-elle périr, malgré ses fautes, ses faiblesses, ses décadences et ses
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chutes. Chaque fois que rabîme s'est ouvert sous ses pas, du sein des espaces une main s'est tendue vers elle pour la guider. Pendant la guerre de Cent ans, comme au temps de la Révolution, Tâme celtique reparaît, pour entraîner, pour enflammer les héros. C'est elle qui inspire les envoyés providentiels et change la face des choses.
Parfois elle se recueille. Pâme celtique; elle sommeille, elle dort. Et alors, quand sa voix se tait, son peuple s'affaisse; il perd sa virilité^ sa grandeur ; il se laisse glisser peu à peu sur 1^ pente du doute, du sensualisme, de l'indifférence ; il ne sait plus rien des vertus, des puissances cachées en lui. Mais les réveils sont éclatants. Et, tôt ou tard, l'âme celtique reparaît, jeune, ardente, impétueuse, pour indiquer à ses fils le chemin des grandes cimes et la source des hautes inspirations.
Nous en sommes là à l'heure présente. Depuis plus d'un siècle, nous traversons une période de silence. L'âme celtique se tait ; le génie national perd de son éclat. La France se matérialise et dégénère. Elle oublie son but sublime, sa tâche sacrée. Mais déjà, dans la lumière naissante des jours qui se lèvent, le penseur voit l'âme de la Gaule se dresser dans ses longs voiles. Elle reparaît, brillante d'une éter-
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nelle jeunesse, couronnée de verveine ; elle oublie ses longs deuils, sa mort apparente, ses épreuves douloureuses. Son doigt, levé vers le ciel, nous montre l'aube, le renouveau de l'idée, le triomphe définitif et prochain de la pensée celtique, dégagée des ombres qu'ont accumulées sur elle vingt siècles d'oppressions et d'erreurs étrangères.
Toute une série de manifestations de la pensée celtique se sont produites depuis trente ans.
Lors de l'Exposition de 1900, le contre-amiral Reveillère écrivait au Conseil municipal de Paris, pour lui proposer de faire figurer au Champ de Mars le menhir brisé de Locmariaker, cette pierre de vingt-cinq mètres, qui est le plus colossal monument élevé par la main des Celtes, au bord de cette petite mer, Annor bihan (Morbihan), dont les rives et les îles sont si riches en grands souvenirs: dolmens gigantesques, cromlechs, tumulus, « pierres debout », à l'ombre desquels chantaient les bardes.
Il faut, ajoutait M. Reveillère dans l'exposé de sa proposition, que « le panceltisme redevienne une foi, une religion ». Précisant sa pensée, l'amiral écrivait ailleurs :
« L'œuvre de notre époque est double. C'est d'abor
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le renouvellement de la foi chrétienne, entée sur la doctrine celtique de la transmigration des âmes, comme la croix s'est entée sur le menhir, doctrine seule capable de satisfaire Tintelligence, par la croyance en la perfectibilité indéfinie de l'âme humaine, dans une suite d'existences successives. La seconde est la restauration de la patrie celtique et la réunion, en un seul corps, de ses membres aujourd'hui séparés. Nous ne sommes pas des Latins, nous sommes des Celtes ! »
Nous applaudissons à ces paroles, qui protestent contre une erreur historique, grosse de conséquences funestes pour la France.
Depuis lors, ce mouvement d'idées a pris une grande extension. Tous les ans, une assemblée ou eisieddfod réunit, sur quelque point de la terre celtique, les représentants les plus illustres de la race. Chaque région y envoie ses délégués : Écossais, Irlandais, Gallois, Bretons de France, Cornouaillais, insulaires de Man, celtisants venus d'Amérique et même d'Australie, car, « dans n'importe quelle partie du monde, les Celtes sont frères ». Tous s'assemblent, unis dans un même symbole, pour célébrer les grands ancêtres et se livrer aux joutes de la pensée.
Bien plus nombreux encore sont ceux qui, à l'heure présente, poursuivent la lutte en fa-
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veur du Celtisme renaissant sous la forme du spiritualisme moderne.
Aussi croyons-nous utile de redire ici, en termes succincts, ce qu'étaient les croyances de nos pères.
Les travaux d'éminents historiens, de penseurs érudits (1), en dissipant les préjugés semés dans nos esprits par les auteurs latins et les écrivains catholiques, ont jeté une vive lumière sur les institutions et les croyances des Gaulois.
La philosophie des druides, reconstituée dans son imposante grandeur, s'est trouvée conforme aux aspirations des nouvelles écoles spiritualistes.
Comme nous, les druides affirmaient l'infinité de la vie, les existences progressives de l'âme, la pluralité des mondes habités.
C'est dans ces doctrines viriles, dans le sentiment de l'immortalité qui en découle, que nos pères puisaient leur esprit de liberté, d'égalité
(1) Voir: Gatien Arnoult, Philosophie gauloise, i. I" ; Henri Martin, t. I" de VHistoire de France ; Adolphe Pictet, Bibliothèque de Genève ; Alfred Dumesnil, Immortalité ; Jean Rey- NAUD, l'Esprit de la Gaule.
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sociale, leur héroïsme en face de la mort.
Une sorte de vertige s'empare de notre pensée, lorsque, nous reportant à vingt siècles en arrière, nous considérons que les principes de la nouvelle philosophie étaient répandus dans toute la société gauloise, qu'ils en inspiraient les institutions et en fécondaient le génie.
Cette grande lumière, qui éclaira la terre des Gaules, s'éteignit tout à coup. La main brutale de Rome, en chassant les druides, fit place aux prêtres chrétiens. Puis vinrent les Barbares ; alors la nuit s'étendit sur la pensée, cette nuit du moyen âge, longue de dix siècles, si épaisse que les rayons de la vérité ne semblaient jamais devoir la dissiper.
Enfin, après une gestation lente et douloureuse, la foi de nos ancêtres, rajeunie, complétée par les travaux scientifiques, par les conquêtes intellectuelles des derniers siècles, adoucie sous l'influence du christianisme, renaît sous une forme nouvelle. Fils des Gaulois, nous reprenons l'œuvre de nos pères. Armés de la tradition philosophique qui fit leur grandeur, éclairés comme eux sur les mystères de la vie et de la mort, nous offrons à la société actuelle, envahie par les instincts matériels, un enseignement qui lui apporte, avec le relèvement moral, les moyens d'assurer ici-bas le
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règne de la justice, de la vraie fraternité. II importe donc de rappeler ce que fut, au point de vue des croyances et des aspirations, ce passé de notre race. II importe de rattacher le mouvement philosophique moderne à ces conceptions de nos pères, à ces doctrines des druides, si rationnelles, basées sur Tétude de la nature et l'observation des forces psychiques, de montrer dans la rénovation spiritualiste une véritable résurrection du génie de la Gaule, une reconstitution des traditions nationales, que tant de siècles d'oppression et d'erreur ont pu voiler, mais non détruire.
La base essentielle du druidisme était la croyance aux vies progressives de l'âme, à son ascension sur l'échelle des mondes. C'est sur cette notion fondamentale de la destinée, que je crois devoir insister ici.
Je voudrais avoir les ressources de l'éloquence et la persuasion du génie, pour exposer cette grande loi des Triades (1) et dire comment, des profondeurs du passé, du sein des abîmes de vie, sourdent sans cesse, se déroulent et montent les longues théories des âmes. Le principe spirituel qui nous anime doit des-
(1) Cyfrinach Beirdd Inys Prydain : Mystères des bardes de l'île de Bretagne, traduction Edward Williams, 1794.
cendre dans la matière pour s'individualiser, et constituer, puis développer, par son lent travail séculaire, ses facultés latentes et son moi conscient. De degré en degré, il se façonne des formes, des organismes appropriés aux besoins de son évolution, formes périssables, qu'il abandonne à la fin de chaque existence comme un vêtement usé, pour en rechercher d'autres plus belles, mieux adaptées aux nécessités de ses tâches grandissantes.
Dans toute la durée de son ascension, il reste solidaire du milieu qu'il occupe, lié à ses semblables par des affinités mystérieuses, concourant à leur progrès, comme eux travaillent au sien. 11 redescend de vie en vie, dans le creuset toujours plus vaste, toujours changeant de l'humanité, pour conquérir des vertus, des connaissances, des qualités nouvelles. Puis, quand il a acquis sur un monde tout ce que celui-ci pouvait lui donner de science et de sagesse, il s'élève vers des sociétés meilleures, vers des sphères mieux partagées, entraînant tous ceux qu'il aime avec lui.
Vers quel but monte-t-il ? Quel sera le terme ultime de ses eflbrts ? Ce but paraît si lointain ! N'est-ce pas folie que de prétendre l'atteindre ? Le navigateur qui vogue à travers les vastes solitudes de l'Océan, a choisi comme objectif de
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sa course, l'étoile dont la lumière tremble làbas à l'horizon. Gomment pourrait-il y parvenir? Des distances infranchissables les séparent ! Et cependant cette étoile, perdue au fond des cieux, il pourra la connaître un jour, dans un autre temps et sous une autre forme. De même, l'homme terrestre que nous sommes, connaîtra un jour les mondes de la vie heureuse et parfaite. La perfection dans la plénitude de l'être, voilà le but. Toujours apprendre, approfondir les divins mystères. L'infini nous attire. Nous passons l'éternité à parcourir l'immensité, à en goûter les splendeurs, les beautés enivrantes. Devenir toujours meilleure, toujours plus grande par l'intelligence et par le cœur, s'élever dans une harmonie toujours plus pénétrante, dans une lumière toujours plus vive, entraîner avec soi tout ce qui soufTre, tout ce qui ignore : voilà le but assigné à toute âme par la loi divine.
N'y a-t-il pas une haute idée de la vie dans cette conception des Triades! L'homme, artisan de ses destinées, par ses actes prépare luimême et construit son avenir. Le but réel de l'existence, c'est l'élévation par l'effort, par l'accomplissement du devoir, par la souffrance même. Plus cette vie est semée d'amertume, plus elle est féconde pour celui qui la sup-
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porte avec vaillance. Elle est comme un champ clos, où le brave montre son courage, conquiert un grade plus élevé ; c'est un creuset où le malheur, où les épreuves font pour la vertu ce que le feu produit sur les métaux qu'il affine et purifie. A travers des vies multiples et des conditions diverses, l'homme précipite sa course terrestre, passant de l'une à l'autre, après un temps de repos et de recueillement dans l'espace ; sans cesse, il avance sur cette voie d'ascension qui n'a pas de terme. Douloureuses et pénibles sont presque toutes ces existences ici-bas, mais fécondes aussi, car c'est par elles que grandissent nos âmes, que s'accroissent force et sagesse.
Une telle doctrine peut fournir aux sociétés humaines un incomparable stimulant pour le bien. Elle ennoblit les sentiments, épure les mœurs ; elle éloigne également des puérilités du mysticisme et des sécheresses du positivisme.
Cette doctrine est la nôtre. Les croyances de nos pères reparaissent élargies, appuyées sur tout un ensemble de faits, de révélations, de phénomènes constatés par la science moderne. Elles s'imposent à l'attention de tous les penseurs.
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Les existences antérieures de Jeanne se sont effacées de sa mémoire à chaque renaissance. C'est la loi commune. La chair est un éteignoir qui étouffe les souvenirs ; le cerveau humain, sauf des cas d'exception (1), ne peut reproduire que les sensations enregistrées par lui. Mais toute notre histoire reste gravée dans notre conscience profonde. Dès que l'esprit se détache de sa dépouille mortelle, l'enchaînement des souvenirs se reconstitue, avec d'autant plus d'intensité que l'âme est plus évoluée, plus éclairée, plus parfaite. Malgré l'oubli temporaire, le passé est toujours vivant en nous ; il se retrouve dans chacune de nos vies terrestres, sous la forme des aptitudes, des facultés, des goûts acquis, dans les traits de notre caractère et de notre mentalité. Il suffirait de nous étudier nous-mêmes avec attention, pour reconstruire les grandes lignes de notre passé. Il en était de même pour Jeanne d'Arc, en qui on pouvait retrouver les traces de ses vies celtiques et celles, moins anciennes, de ses existences de patricienne, de grande dame, éprise de cos-
(1) Voir : le Problème de VÊtre eî de la Destinée, chap. XIV. Rénovation de la mémoire.
tûmes éclatants et de belles armures. Ce qui persiste en elle, surtout, de ses premières vies, c'est cette forme particulière et bien accusée du mysticisme des druides et des bardes, c'està-dire l'intuition directe des choses de l'âme qui réclame une révélation personnelle, et n'accepte pas la foi imposée. Ce sont ses facultés de voyante, propres à la race celtique, si répandues aux origines de notre histoire, et que l'on retrouve encore aujourd'hui dans certains milieux ethniques, particulièrement en Ecosse^ en Irlande et dans la Bretagne armoricaine. C'est par l'usage méthodique de ces facultés, qu'on peut expliquer la connaissance approfondie qu'avaient les druides du monde invisible et de ses lois. La fête du 2 novembre, la commémoration des morts, est de fondation gauloise. On pratiquait l'évocation des défunts dans les enceintes de pierres. Les druidesses et les bardes rendaient des oracles.
L'histoire en fournit des exemples (1). Elle rapporte que Vercingétorix s'entretenait, sous la sombre ramure des bois, avec les âmes des héros morts pour la patrie. Gomme Jeanne, cette autre personnification de la Gaule, le jeune chef entendait des voix mystérieuses.
(1) V. Bosc et BoNNEMÈRE, Hisîoire nationale des Gaulois.
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Un autre épisode de la vie de Vercingétorix prouve que les Gaulois évoquaient les Esprits dans les circonstances graves.
A l'extrémité du vieux continent, au point où finit l'âpre plateau de la Gornouaille bretonne, de hautes falaises se dressent sous un ciel chargé de nuées. Les vagues courroucées y livrent aux rocs gigantesques une bataille éternelle. Rapides, écumantes, semblables à des murailles liquides, elles accourent du large et se ruent sur les remparts de granit. Ceux-ci, rongés par l'action des eaux, sèment la plage de leurs débris. Au sein des nuits d'hiver, le roulement des blocs entrechoqués, la clameur immense de l'Océan se font entendre à plusieurs lieues à l'intérieur des terres. Ils éveillent dans les cœurs une crainte superstitieuse. A peu de distance de cette côte sinistre, au milieu des écueils blancs d'écume, s'étend une île, jadis parsemée de bosquets de chênes, sous lesquels s'élevaient des autels de pierre brute. C'est Sein, antique demeure des druidesses, Sein, sanctuaire du mystère, que le pied de l'homme ne souillait jamais. Pourtant, avant de soulever la Gaule contre César et, dans un suprême efîort, tenter de délivrer la patrie du joug étranger, Vercingétorix s'y rendit, muni d'un sauf-conduit du chef des druides. Là, au
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milieu des éclats de la foudre, dit la légende, le génie de la Gaule lui apparut, et lui prédit sa défaite et son martyre.
Certains faits de la vie du grand chef gaulois ne s'expliquent que par des inspirations occultes. Par exemple, sa reddition à César, devant Alésia. Tout autre Celte se serait donné la mort, plutôt que de se livrer au vainqueur et de servir de trophée à son triomphe. Vercingétorix accepte l'humiliation comme une réparation de fautes graves, commises dans ses vies antérieures et qui lui avaient été révélées.
Tels furent les principes essentiels de la philosophie druidique : en première ligne, Tunité de Dieu. Le Dieu des Celtes a pour temple l'infini des espaces ou les retraites mystérieuses des grands bois. Il est, par-dessus tout, force, vie, amour. Ces espaces sont parsemés de mondes, étapes des âmes dans leur ascension vers le bien, à travers des vies toujours renaissantes, vies de plus en plus belles et heureuses, suivant les mérites acquis. Une communion intime relie les vivants de la terre aux défunts, invisibles mais présents. Cet enseignement développait dans les esprits de hautes notions de progrès et de liberté. C'est grâce à lui que le Celte a introduit dans le monde ce goût de l'idéal, que le Romain, plus attaché aux réalités
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positives, ne connut jamais. Le Celte est porté vers les grandes et généreuses actions. De la guerre, il aime la gloire et non le profit. Son âme est magnanime. Il sait pratiquer le renoncement, mépriser la peur, défier la mort. De là, son attitude au sein des combats. « C'est en costumes étincelants, chevauchant des montures dignes des dieux, que les chefs de guerre vont à la mêlée », dit le colonel Biottot (1).
Etudiez bien Jeanne d'Arc et vous retrouverez en elle tous ces sentiments, tous ces goûts. Jeanne d'Arc est comme une synthèse de l'âme celtique et de l'âme française, dans ce qu'elles ont de plus pur et de plus élevé. C'est pourquoi son souvenir rayonnera toujours comme une étoile au firmament assombri de la patrie. A toutes les heures de détresse nationale, la France se tournera instinctivement vers elle, comme vers son palladium vivant et protecteur.
Nouvelle Velléda, dernière fleur éclose parmi les touffes du gui sacré, Jeanne personnifie le génie delà Gaule et l'âme de la France.
Toutes les formes, tous les signes caractéristiques des facultés dont les voyants et les druidesses étaient doués, se retrouvent en elle ; elle
(1) Colonel Biottot, les Grands Inspirés devant la Science. Jeanne d'Arc, p. 224.
est le médium par excellence, et les Esprits protecteurs de la Gaule, devenue la France, se sont servis d'elle pour la sauver. Or, pour sauver un peuple^ il faut être du plus pur de sa substance, se rattacher aux racines vivaces de ses origines et de toute son histoire. Jeanne fut cela au degré le plus éminent ; c'est pourquoi elle incarne en elle le double génie de la Gaule celtique et de la France chrétienne.
Une partie de notre race a perdu sa nationalité distincte, pourtant l'âme celtique survit dans la nation française. Elle en est, disions-nous, la conscience profonde, et, de même que les puissances accumulées en nous au cours des âges et endormies sous la chair, ont des réveils éclatants, de même l'âme celtique reparaîtra en une résurrection splendide, pour sauver, non plus, comme autrefois, la vie matérielle de son peuple, mais sa vie morale compromise. Elle viendra réveiller, dans les âmes lassées, l'amour de la connaissance et la volonté du sacrifice. Elle nous redira les paroles consacrées, les appels émouvants, qui faisaient retentir les grèves sonores et les échos des forêts. Elle rendra aux esprits hésitants, ballottés sur l'océan de l'incertitude, la vision des horizons où tout est calme et splendeur.
Ce qui manquait à la France actuelle, c'était
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la science supérieure des destinées, la divine espérance, la confiance sereine en l'avenir infini. Ses éducateurs n'ont pas su lui donner ces choses essentielles, sans lesquelles il n'est pas de véritable grandeur, pas de nobles élans de l'âme. De là vient la stérilité relative de notre époque, l'absence d'idéal et de génie. Mais voici le remède.
En même temps que les courants de la démocratie nous ramènent aux traditions politiques de la Gaule, le spiritualisme expérimental nous ramène à ses traditions philosophiques. AUan Kardec, inspiré par les grands Esprits, a restauré sur un plan élargi les croyances de nos ancêtres. C'est véritablement l'esprit religieux de la Gaule qui se réveille en ce chef d'école. Tout en lui, son nom d'emprunt, absolument celtique, le monument qui, par sa volonté, recouvre sa dépouille mortelle, sa vie austère, son caractère grave, méditatif, son œuvre entière, rappelle le druide. Allan Kardec, préparé par ses existences passées à la grande mission qu'il vient d'accomplir, n'est que la réincarnation d'un Celte éminent. Lui-même l'affirme par le message suivant, obtenu en 1909 :
« J'ai été prêtre, directeur des prêtresses de l'île de Sein, et j'ai vécu sur les bords de la mer furieuse,
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à l'extrême pointe de ce que vous appelez la Bretagne. »
« N'oubliez pas le grand Esprit de vie, celui qui fait croître le gui sur les chênes, et que consacrent les antiques pierres de vos aïeux. Je suis heureux de vous assurer que toujours vos pères ont eu la foi ; gardez-la comme eux, car Tesprit celtique n'est pas éteint en France, il a survécu et rendra aux fils la volonté de croire et de se rapprocher de Dieu. »
« N'oubliez pas vos aimés qui sont autour de vous, comme les étoiles du ciel que vous ne voyez pas en plein jour, quoiqu'elles soient toujours là. »
« La puissance divine est infinie ; elle rayonne jusqu'à vous à travers les brumes de la terre, et vous en recevez les rayons épandus et affaiblis. »
« Écoutez la voix de votre cœur, quand, devant l'océan où les vagues furieuses se poursuivent, vous vous sentez étreintsde frayeur et d'espoir. Elle parle haut à ceux qui veulent l'entendre. Vous devez la comprendre, car pour cela vous avez eu tous les enseignements de la terre réunis. »
« Aimez-nous, nous les anciens hommes de la terre, nous avons besoin de votre souvenir, mesbienaimés. Que vos âmes viennent nous visiter pendant le sommeil que Dieu vous donne ! »
« Vous voulez savoir qui je suis : je vous dirai mon nom, mais qu'importent les noms ! Nous avons laissé sur la terre, avec notre corps, le souvenir des noms et des choses, pour ne plus nous rappeler que les volontés de Dieu et les sentiments qui nous
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portent vers Lui, pour ne plus connaître là-haut que son amour et sa gloire, car, dans l'infinie lumière, toute flamme semble s'éteindre : le soleil de Dieu la rend moins visible et la fond dans un éternel rayonnement. »
« La terre n'est qu'un lieu de passage, une forêt profonde et obscure, où ne résonnent plus qu'assourdis les échos de la vie des mondes. »
« Nous serons toujours là, les grands guides qui conduisent l'humanité soull'rante vers le but inconnu des hommes, mais que Dieu a fixé ; il brille pour nous dans la nuit des temps comme une torche lumineuse. »
« Nous attendons le moment où, enfin libérés, vous pourrez revenir à nous, pour chanter l'hymne éternel qui glorifie Dieu. »
« Ames de France, vous êtes filles des Gaules. Souvenez-vous des croyances de vos ancêtres qui furent aussi les vôtres. Remontez quelquefois par la pensée vers les sources salubres de nos origines, vers les traditions fortes et les hauteurs de notre histoire, pour y retrouver l'énergie et la foi, pour raviver votre esprit et réchauffer votre cœur, dans l'air pur et la beauté des cimes et dans la lumière infinie. »
Allan Kardeg.
XVII. — Jeanne d'Arc et le Spiritualisme MODERNE. Les Missions de Jeanne.
Quand tout semble obscurci, la foi, les mœurs, les lois, De Jeanne, à l'horizon, monte la blanche étoile : Sachons lever vers elle et nos yeux et nos voix.
Paul Allard.
La Gaule ne fut pas le seul théâtre des manifestations de l'Au-delà. Toute l'antiquité a connu les phénomènes occultes. Ils formaient un des principaux éléments des mystères grecs. Les premiers temps du christianisme sont remplis de visions, d'apparitions, de voix, de songes prémonitoires (1). Les initiés et les croyants puisaient en eux une force morale, qui communiquait à leur vie une impulsion incomparable, et leur permettait d'affronter sans défaillance les épreuves et les supplices. Depuis les temps les plus reculés, l'humanité invisible a toujours communiqué avec la nôtre. Sans cesse un courant de vie spirituelle s'est
(1) Voir: Après la Mort et Chrisîianisme eî Spiritisme, passim.
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répandu sur rhumanité terrestre, par l'intermédiaire des prophètes et des médiums. C'est lui, c'est cet influx vital, venu des sources éternelles, qui a donné naissance aux grandes religions. Toutes, à leur origine, trempent dans ces eaux profondes et régénératrices. Aussi longtemps qu'elles s'y abreuvent, elles gardent leur jeunesse, leur prestige, leur vitalité. Elles s'affaiblissent et meurent, dès qu'elles s'en éloignent et en dédaignent les forces cachées.
C'est ce qui arrive au catholicisme. 11 a méconnu, oublié ce grand courant de puissance spirituelle, qui fécondait l'idée chrétienne à son berceau. 11 a brûlé par milliers les agents du monde invisible, rejeté ses enseignements, étouffé ses voix. Les procès de sorcellerie, les bûchers de l'Inquisition ont dressé une barrière entre les deux mondes et suspendu, pendant des siècles, cette communion spirituelle, qui, loin d'être un accident, est au contraire une loi fondamentale de la nature.
Les effets désastreux s'en font sentir autour de nous. Les religions ne sont plus que des branches desséchées sur un tronc privé de sève, parce que ses racines ne plongent plus aux sources vives. Elles nous parlent encore de la survivance de l'être et de la vie future, mais elles sont impuissantes à en fournir la
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moindre preuve sensible. Il en est de même des systèmes philosophiques. Si la foi est devenue chancelante, si le matérialisme et l'athéisme ont fait des pas de géant, si le doute, les passions ardentes, si le suicide exercent tant de ravages, c'est que les ondes de la vie supérieure ne rafraîchissent plus la pensée humaine, c'est que l'idée de l'immortalité manque de démonstration expérimentale. Le développement des études scientifiques et de l'esprit critique ont rendu l'homme de plus en plus exigeant. Les affirmations ne lui suffisent plus aujourd'hui. Ce qu'il réclame, ce sont des preuves et des faits. ■ ^^^
Considérez de quelle importance serait, à l'heure présente, une science, une révélation, basée sur un ensemble de phénomènes et d'expériences, qui nous apporteraient la démonstration positive de la survivance et, en même temps, la preuve que la loi de justice n'est pas un vain mot, chacun de nous retrouvant dans l'Au-delà une situation proportionnelle à ses mérites.
Or, c'est là précisément ce que le spiritualisme moderne vient nous offrir. Il contient les germes d'une véritable révolution : révolution dans les idées, les croyances, les opinions et les mœurs. De là, la nécessité d'étudier ces
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faits, de les classer, de les analyser avec méthode, eux et renseignement qui en découle.
La situation morale des sociétés est devenue grave et inquiétante. Malgré l'instruction répandue, la criminalité monte ; vols, meurtres, suicides se multiplient. Les mœurs se corrompent. La haine, le désenchantement pénètrent toujours plus avant au cœur de l'homme. L'horizon est sombre et, dans le lointain, on entend des grondements sourds qui semblent présager la tempête sociale. Dans presque toutes les classes, le sensualisme a envahi les caractères et les consciences. On a éteint tout idéal dans l'âme du peuple ; on lui a dit : mange, bois, enrichis-toi, tout le reste est chimère. 11 n'y a pas d'autre dieu que l'argent, pas d'autre but à la vie que les jouissances! — Et les passions, les appétits, les convoitises se sont déchaînés. Le flot populaire monte comme une vague immense et menace de tout submerger.
Pourtant, beaucoup de bons esprits réfléchissent et s'attristent. Ils sentent bien que la matière n'est pas tout. Il y a des heures où l'humanité pleure l'idéal perdu, où elle sentie vide, l'instabilité des choses terrestres. Elle près-
sent que renseignement donné n'a pas tout dit, que la vie est plus ample, le monde plus vaste, l'univers plus merveilleux qu'on ne l'a supposé. L'homme cherche, tâtonne, interroge. 11 cherche non seulement un idéal, mais plutôt une certitude qui le soutienne, le console au milieu de ses épreuves, de ses luttes, de ses souffrances. Il se demande ce qui va succéder à cette époque de transition qui voit la mort d'un monde de croyances, de systèmes^ de traditions, dont la poussière s'éparpille autour de nous.
Par son obstination à s'enfermer dans le cercle étroit de ses dogmes, par son refus d'élargir sa conception de la destinée humaine et de Tunivers, la religion a éloigné d'elle l'élite des penseurs et des savants, presque tous ceux dont l'opinion fait autorité dans le monde. Et la foule les a suivis. Le regard de l'humanité s'est tourné vers la science. Depuis longtemps elle lui demande la solution du problème de l'existence. Mais la science, celle d'hier, malgré ses magnifiques conquêtes, était encore trop imbue des théories positivistes, pour fournir à l'homme une notion de l'être et de ses destinées qui exalte ses forces, réchauffe son cœur, lui inspire des chants de foi et d'amour pour bercer ses petits enfants.
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Or, voici que ce monde invisible, dont Jeanne fut un des interprètes, ce monde que l'Église avait combattu, refoulé dans Fombre pendant des siècles, entre de nouveau en action; il se manifeste sur tous les points du globe à la fois, sous des formes sans nombre, et par les moyens les plus variés (1). Il vient montrer aux hommes la voie sûre, la voie droite qui doit les conduire vers les hauts sommets.
En tous milieux, des médiums se révèlent, des phénomènes troublants se produisent, des sociétés d'étude et des revues se fondent, constituant autant de foyers, d'où irradie, de proche en proche, l'idée nouvelle. Elles sont déjà assez nombreuses, ces sociétés, pour former un réseau qui enveloppe toute la planète. Et par elles, depuis cinquante ans, on a pu voir germer d'abord, se préparer, s'accentuer, grandir ensuite, le travail sourd, obscur, de la floraison du siècle qui va venir. C'est là ce que nous appelons le nouveau spiritualisme, le spiritualisme moderne, non pas une religion dans le sens étroit du mot, mais plutôt une science, une synthèse, un couronnement de tous les travaux, de toutes les conquêtes de la pensée, une révélation qui entraîne Fhuma-
(1) Voir : Dans l'Invisible ; Spiritisme et Médiumnilé.
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nité hors des sentiers et des voies, qu'elle a parcourus jusqu'ici, agrandit ses horizons et la fait participer à la vie des larges espaces, à la vie universelle, infinie.
Le spiritualisme moderne, c'est l'étude de l'homme, non pas dans sa forme corporelle et fugitive, mais dans son esprit, dans sa réalité impérissable, et son évolution à travers les âges et les mondes. C'est l'étude des phénomènes de la pensée transcendantale et de la conscience profonde, la solution des questions de responsabilité, de liberté, de justice, de devoir, de tous les problèmes de la vie et de la mort, de l'en-deçà et de l'Au-delà. C'est l'application de ces problèmes au progrès moral, au bien de tous, à l'harmonie sociale.
La vie matérielle n'est qu'un passage, notre existence présente, un instant dans la durée, notre demeure, un point dans l'immensité. L'homme est un atome pensant et conscient sur le globe qui l'emporte, et ce globe n'est luimême qu'un atome, roulant dans l'univers sans bornes. Mais notre avenir est infini comme l'univers, et les mondes qui brillent la nuit sur nos .têtes sont notre héritage.
Le spiritualisme moderne nous apprend à sortir du cercle restreint de nos occupations quotidiennes, et à embrasser le vaste champ de
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travail, d'activité, d'élévation qui nous est ouvert. La grande énigme se dissipe, le plan divin se révèle. La nature prend un sens ; elle devient à nos yeux l'échelle grandiose de l'évolution, le théâtre des efforts de l'âme pour se dégager de la matière, de la vie inférieure, et monter \ers la lumière.
Une communion d'harmonie relie les êtres à tous les degrés de l'immense échelle d'ascension, et sur tous les plans de la vie. L'homme n'est jamais seul, quand il lutte et souffre pour le bien et la vérité. Une foule invisible l'assiste et l'inspire, comme elle assistait Jeanne et les vaillants qui combattaient sous ses ordres.
Cette solidarité se fait sentir puissamment au temps présent. Aux heures de crise, quand les âmes s'abandonnent, quand l'humanité hésite sur la route ardue, le monde invisible intervient. Les Esprits célestes, les messagers de l'espace, se mettent à l'œuvre ; ils stimulent la marche des événements et celle des idées. Présentement, ils travaillent à rétablir le lien brisé qui unissait deux humanités. Eux-mêmes nous le disent en ces termes (1) :
« Écoutez nos voix, vous qui cherchez et pleurez !
(1) Communication obtenue au Mans, en juin 1909. Médium : Mlle L.
Vous n'êtes pas abandonnés! Nous avons souffert pour établir une communication entre votre monde oublieux et notre monde de souvenir. Nous avons établi un lien d'abord fragile, mais qui deviendra puissant : la médiumnité. Désormais, elle ne sera plus méprisée, honnie, persécutée, et les hommes ne pourront plus la méconnaître. Elle est le seul intermédiaire possible entre les vivants et les morts, et ceux-ci ne laisseront pas refermer l'issue qu'ils avaient ouverte, afin que l'homme inquiet puisse apprendre à lutter, à la lueur des célestes clartés. »
Jean, disciple de Paul.
Elle vient à son heure, la nouvelle révélation, et elle revêt le caractère qu'exige l'esprit du temps : le caractère scientifique et philosophique. Elle ne vient pas détruire, mais édifier. L'enseignement du monde invisible va illuminer à la fois les profondeurs du passé et celles de l'avenir ; il fera surgir de la poussière des siècles les croyances endormies, il les fera revivre en les complétant, en les fécondant. Aux sombres paroles de l'Eglise romaine, paroles de crainte et de condamnation, disant : « Il faut mourir I » il vient substituer ces paroles de vie: « Il faut renaître! » Au lieu des terreurs inspirées par l'idée du néant ou l'épouvante de l'enfer, il nous donne la joie de l'âme, épanouie dans la vie immense, radieuse, solidaire,
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infinie. A tous les désespérés de la terre, aux faibles, aux désenchantés, il vient offrir la coupe des forts, le vin généreux de l'espérance et de l'immortalité.
Revenons à Jeanne d'Arc. Il semble, à première vue^ que les développements auxquels nous venons de nous livrer, nous aient éloignés de notre sujet. 11 n'en est rien. Ces considérations feront mieux comprendre le rôle et les missions de Jeanne. Nous disons missions, car son œuvre actuelle, quoique moins apparente, a autant d^importance que celle du quinzième siècle. Parlons d'abord de celle-ci :
Qu'était Jeanne, en réalité, lorsqu'elle apparut sur la grande scène de l'histoire? Jeanne était un messager céleste et, suivant l'expression d'Henri Martin, un « messie ». Comment définirons-nous ces termes ? Laissons ce soin aux Esprits eux-mêmes. Voici ce que nous disait, par l'incorporation, un de nos guides :
« Lorsque les hommes sont oublieux du devoir, Dieu leur envoie un messager, un aide, pour l'accomplissement plus facile, mais aussi plus actif de leur tâche. Ce sont ceux-là que vous pouvez appeler les messies. Ils ont, à l'heure grave où les âmes s'oublient dans la lâcheté, montré de leur voix inspirée,
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la vérité appelant les hommes. Remarquez, en effet, qu'ils apparaissent toujours aux heures de crises, lorsque tout semble s'écrouler sous la lutte ardente des intérêts et des passions. Ils font un peu comme le vent du soir, qui vient pacifier les vagues houleuses et révoltées, pendant la tourmente de la journée. Paix à vous qui cherchez votre voie, vous qui n'avez plus assez de force pour aller à votre Seigneur. Demandez et il vous sera accordé l'aide divine, ainsi que notre Maître vous Ta promis. Mais ne repoussez pas le messager ; sachez le comprendre ; respectez sa pensée et son âme : il est l'envoyé de Dieu, son être est revêtu de la lumière de sa vérité, aussi vous lui devez votre reconnaissance. »
« Les peuples ne savent pas toujours découvrir au front de ces êtres supérieurs l'éclat surhumain et charitable, dont rayonne leur âme. Ils se rendent compte que les messies sont autres que les hommes de la chair, mais ils ne comprennent pas, et c'est pourquoi, toujours, vous verrez l'envoyé du Seigneur clôturer son enseignement suprême, en signant son œuvre de la suprême douleur. Cherchez et vous verrez que tous ceux que l'humanité a enfin honorés, sont morts oubliés, ou plutôt trahis et sacrifiés. C'est que leur enseignement devait montrer aussi la grandeur de la douleur, et leur dernier mot, que vous retrouvez sur les lèvres du Maître et de tous les grands suppliciés, a été : « Pardonnez à ceux qui «ignorent!» La souffrance est encore un acte
d'amour. »
Jean, disciple de PauL
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Jeanne est un de ces messies, envoyés pour sauver un peuple qui agonise et que, pourtant, de grandes destinées attendent. La France était appelée à jouer un rôle considérable dans le monde. Son histoire Ta prouvé. Elle avait pour cela les qualités nécessaires. Certes, on peut dire que, parmi les autres nations, il en est de plus sérieuses, de plus réfléchies, de plus pratiques, aucune cependant ne possède ces élans du cœur, cette générosité un peu aventureuse qui a fait de la France l'apôtre, le soldat de la justice et de la liberté dans le monde. Toutefois, ce rôle auquel elle était prédestinée, la France ne pouvait l'accomplir qu'à la condition de rester libre et, cependant, ses fautes l'avaient conduite à deux doigts de sa perte. On croyait, lorsque Jeanne apparut, on disait déjà dans toute l'Europe, que la mission de la France, de ce grand peuple qui s'était illustré par tant de hauts faits, était finie. C'était elle surtout qui avait enfanté la chevalerie, suscité les croisades, fondé les arts du moyen âge. Elle avait été l'initiatrice du progrès en Occident. Et voilà que toutes les ressources humaines étaient devenues impuissantes à sauver notre pays. Mais, ce que les hommes ne peuvent plus faire, un esprit supérieur va l'accomplir, avec le secours du monde invisible.
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Ici, une question se pose. Pourquoi Dieu at-il choisi la main d'une femme pour arracher la France au tombeau? Est-ce, comme l'a pensé Michelet, parce que la France est femme, femme par le cœur ? Serait-ce, comme Font dit d'autres écrivains, parce que la femme est supérieure à l'homme par les sentiments, la pitié, la tendresse, Penthousiasme ? Oui, sans doute, et c'est là le secret du dévouement de la femme, de son esprit de sacrifice.
Au quinzième siècle, dit Henri Martin, toutes les énergies du sexe fort, du sexe fait pour la vie extérieure, pour l'action, sont épuisées. La dernière réserve de la France est dans la femme, soutenue par la puissance divine. C'est pourquoi le ciel nous délègue celle que ses voix nomment « la fille de Dieu ».
Mais, à ce choix, il y a une raison plus haute. Si Dieu, se jouant par là de la faiblesse des forts et de la prudence des sages, a voulu sauver la France par la main d'une femme, d'une jeune fille, presque une enfant, c'est surtout afin que, comparant la débilité de l'instrument à la grandeur du résultat, l'homme ne doute plus ; c'est afin qu'il voie clairement, dans cette œuvre de salut, l'action d'une volonté supérieure, l'intervention de la puissance éternelle.
On nous demandera sans doute: Si Jeanne
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est une envoyée du ciel, si sa mission est providentielle, pourquoi tant de vicissitudes, de difficultés dans l'œuvre de délivrance? Pourquoi ces hésitations, ces intrigues sourdes, ces défaillances, ces trahisons autour d'elle? Quand le ciel intervient, quand Dieu envoie ses messies sur la terre, peut-il y avoir des résistances, des obstacles à leur action ?
Nous touchons ici au grand problème. Avant tout, il faut se pénétrer d'une chose : c'est que rhomme est libre, l'humanité est libre et responsable. Pas de responsabilité sans la liberté. L'humanité, libre, subit les conséquences de ses actes à travers les temps. Nous l'avons vu : ce sont les mêmes êtres qui reviennent de siècle en siècle, dansThistoire, recueillir, dans une vie nouvelle, les fruits doux ou amers, fruits de joie ou de douleur, qu'ils ont semés dans leurs vies précédentes. L'oubli de leur passé n'est que temporaire et ne prouve rien contre la loi. L'humanité est libre, mais la liberté sans la sagesse, sans la raison, sans la lumière, la liberté peut la conduire aux abîmes. L'aveugle est libre, lui aussi, et cependant, sans guide, à quoi lui sert sa liberté ? C'est pourquoi l'humanité a besoin d'être soutenue, guidée, protégée, inspirée dans une certaine mesure par la Providence. Mais il faut que cet appui ne
soit pas trop ostensible, car, si la puissance supérieure s'impose ouvertement, elle se change en contrainte ; elle amoindrit, annihile la liberté humaine; l'homme perd le mérite de son initiative; il ne s'élève plus par ses propres efforts ; le but divin est manqué, l'œuvre de progrès est compromise. De là, les difficultés de l'intervention aux heures troublées. Que fera donc l'envoyé d'en haut, le ministre des volontés éternelles? Une s'imposera pas, il s'offrira; il ne commandera pas, il inspirera; et l'individu, la collectivité, l'humanité entière resteront libres de leurs déterminations.
Ainsi s'expliquent la mission de Jeanne, ses triomphes et ses revers, sa gloire et son martyre. Et de même, s'explique la loi des influences spirituelles dans l'humanité. La puissance que Dieu envoie n'agit dans le monde, que dans la mesure où elle est acceptée par le monde. Si elle est accueillie, obéie, soutenue, elle devient active, fécondante, réformatrice. Si elle est repoussée, elle reste impuissante. L'envoyé, le messie, s'éloigne de la terre.
L'humanité est en marche à travers les siècles, pour conquérir elle-même les biens suprêmes : la vérité, la justice, l'amour. Ces biens, elle doit les atteindre par ses libres efforts. C'est la loi de sa destinée, la raison même
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de son existence. Mais, aux heures de trouble, de péril, de recul, à l'humanité qui s'égare, s'oublie, se perd, le ciel envoie ses missionnaires.
Jeanne est de ceux-ci. Gomme presque tous les messagers divins, elle est descendue parmi les plus pauvres et les plus obscurs. Son enfance a cela de commun avec l'enfance du Christ. C'est une loi de l'histoire et une leçon de Dieu ; ce qu'il y a de plus grand vient de plus bas. Le Christ fut l'enfant d'un humble charpentier ; Jeanne d'Arc une fille des campagnes, issue du pauvre peuple de France. Ces deux messies n'ont choisi ici-bas ni la science, ni la richesse. Qu'en auraient-ils fait? Les fils de la terre ont besoin de la puissance matérielle ou scientifique, pour accomplir de grandes choses. Ces messies n'en avaient que faire. Ils possédaient la force par excellence. Nés et restés humbles, ils n'en étaient pas moins supérieurs aux plus nobles, aux plus savants.
Jeanne avait à remplir une double mission, qu'elle poursuit encore aujourd'hui sur le plan spirituel. A la France, elle apportait le salut; à la terre entière, elle apporte la révélation du monde invisible et des forces qu'il contient; elle apporte l'enseignement, les paroles de vie qui doivent retentir à travers les siècles.
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Cet enseignement, au moyen âge, l'humanité n'était ni apte à le comprendre, ni capable de rappliquer. Il a fallu, pour rendre cette révélation possible et profitable, plus de quatre siècles de travail et de progrès. C'est pourquoi la Volonté suprême a permis que Tombre enveloppât pendant quatre cents ans la mémoire de Jeanne, et qu'un réveil éclatant se fît. Aujourd'hui, cette grande figure se dégage, resplendissante, de l'obscurité des temps. La pensée humaine va pénétrer ce problème, et plonger dans ce monde des Esprits, dont la vie et la mission de Jeanne, dont sa communion constante avec l'Au-delà sont une des affirmations, un de& témoignages les plus éloquents de l'histoire.
Jeanne avait ses protecteurs, ses guides invisibles; or, il est bon de le faire remarquer : dans un ordre moins élevé, il en est de même de chacun de nous. Tout être humain a, près de lui, un ami invisible qui le soutient, le conseille, le dirige dans le bon chemin, s'iL consent à suivre son inspiration. Le plus souvent, ce sont ceux que nous avons aimés sur la terre : un père, une mère disparus, une épouse, décédée prématurément. Plusieurs êtres veil-