‹ La vérité sur Jeanne d'ArcChapitre 21 sur 24 · JEANNE D ARC ET LE SPIRITUALISME · texte numérisé non relu

JEANNE D ARC ET LE SPIRITUALISME

lent sur nous et s'efforcent de réagir contre les instincts, les passions, les influences qui nous poussent au mal. Et que ce soient là nos génies familiers, comme les appelaient les Grecs, ou bien les anges gardiens du catholicisme, peu importe le nom qu'on leur attribue. En réalité, tous, nous avons nos guides, nos inspirateurs occultes; tous, nous avons nos voix.

Mais, tandis que, pour Jeanne, ces voix étaient extérieures, objectives, perçues par les sens, chez la plupart d'entre nous, elles sont intérieures, intuitives et ne retentissent que dans le domaine de la conscience.

N'en est-il pas parmi vous, lecteurs, qui les aient entendues, ces voix ? Elles parlent dans le silence et le recueillement ; elles disent les luttes à poursuivre, les efforts à faire pour nous élever en élevant les autres. Bien certainement, tous, vous l'avez entendue, la voix qui, dans le sanctuaire de l'âme, nous exhorte au devoir et au sacrifice. Et quand vous voudrez l'entendre de nouveau, recueillez-vous, élevez vos pensées. Demandez et vous recevrez. Faites appel aux forces divines. Cherchez, étudiez, méditez, afin d'être initiés aux grands mystères, et, peu à peu, vous sentirez s'éveiller en vous des puissances nouvelles ; une lumière inconnue descendra à flots dans votre être ; en

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VOUS s'épanouira la fleur délicieuse de l'espérance, et vous serez pénétrés de cette énergie que donnent la certitude de l'Au-delà, la con-« fiance en la justice éternelle. Alors, tout vous deviendra plus facile. Votre pensée, au lieu de se traîner péniblement dans le dédale obscur des doutes et des contradictions terrestres, prendra son essor; elle sera vivifiée, illuminée par les inspirations d'en haut.

11 faut se rappeler qu'en chacun de nous dorment inutiles, improductives, des richesses infinies. De là, notre indigence apparente, notre tristesse et, parfois même, le dégoût de la vie. Mais, ouvrez votre cœur, laissez-y descendre le rayon, le souffle régénérateur, et alors une vie plus intense et plus belle s'éveillera en vous. Vous prendrez goût à mille choses qui vous étaient indifl'érentes, et qui feront le charme de vos jours. Vous vous sentirez grandir ; vous marcherez dans l'existence d'un pas plus ferme, plus sûr, et votre âme deviendra comme un temple rempli de lumière, de splendeur et d'harmonie.

Jeanne d'Arc, avons-nous dit, était la messagère du monde des Esprits, un des médiums de

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Dieu. Les facultés qu'elle possédait ne se retrouvent que de loin en loin, à un degré aussi éminent, et l'on peut dire qu'elle a réalisé dans notre histoire l'idéal de la médiumnité. Pourtant, ce qu'elle possédait à titre exceptionnel^ peut devenir le partage d'un grand nombre.

Nous avons déjà cité ailleurs ces prophétiques, paroles : « Quand les temps seront venus, je répandrai mon esprit sur toute chair : vos jeunes gens auront des visions et vos vieillards auront des songes (1). »

Tout semble indiquer que ces temps sont proches. Cette parole se vérifie peu à peu autour de nous. Ce qui a été, dans le passé, le privilège de quelques-uns, tend à devenir le bien de tous. Déjà, partout, au sein du peuple, il y a des missionnaires ignorés; partout il y a des signes, des indications qui annoncent des temps nouveaux. Avant peu, tout ce qui fait la grandeur et la beauté du génie humain, toutes les gloires de la civilisation, tout sera renouvelé, fécondé par cette source immense d'inspirations, qui viendra ouvrir à l'esprit de l'homme un domaine, un champ sans bornes^ où s'élèveront des œuvres qui éclipseront toutes les merveilles du passé. Tous les arts, les phi-

(1) Actes, II, 17.

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losophies, lettres, sciences, niusique, poésie, tout s'abreuvera à ces sources intarissables, tout se transformera sous le souffle puissant de rinfini.

La mission du nouveau spiritualisme, comme celle de Jeanne, est une mission de lutte, traversée par de dures épreuves. Elle est marquée par des indices, des présages, et porte Fempreinte du sceau divin. Son rôle est de combattre, de chasser l'ennemi, et l'ennemi, aujourd'hui, c'est le néantisme, le pessimisme, c'est cette philosophie froide et sombre, qui ne sait faire que des jouisseurs ou des désespérés.

Tout d'abord, il lui faudra parcourir la voie douloureuse. C'est le sort réservé à toute idée nouvelle. En ce moment, l'heure de son procès a sonné. Gomme Jeanne devant ses examinateurs de Poitiers, la nouvelle révélation se tient debout devant les croyances et les systèmes du passé, devant les théologiens, les représentants de la science étroite et de la lettre. En face d'elle se dressent toutes les autorités, les mandataires de l'idée vieillie ou incomplète, de l'idée devenue insuffisante et qui doit céder le pas au verbe nouveau, réclamant sa place dans le monde, au grand soleil de la vie.

A l'heure présente, ce procès solennel se

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déroule à la face de l'humanité, spectatrice intéressée et dont l'avenir même est en question. Quel sera le résultat, le jugement ? Aucun doute n'est possible. Entre l'idée jeune et féconde, pleine de vie, qui monte et s'avance, et la vieillesse, décrépite, afFaiblie, qui descend et s'affaisse, comment hésiter ? L'humanité a besoin de vivre, de prospérer, de grandir, et ce n'est pas dans les ruines, qu'elle trouvera un asile pour sa raison et son cœur.

Le nouveau spiritualisme est debout devant le tribunal de lopinion. Il s'adresse aux Églises et aux puissances terrestres, et leur dit : « Vous possédez tous les moyens d'action que procure une autorité séculaire, et vous ne pouvez rien contre le matérialisme et le pessimisme, contre le crime et l'immoralité, qui s'étendent comme une plaie immense. Vous êtes impuissantes à sauver l'humanité en péril. Ne restez donc pas insensibles aux appels de l'esprit nouveau, car il vous apporte, avec la vérité et la vie, les ressources nécessaires pour relever, régénérer la société. Faites appel à ce qu'il y a de grand et de beau dans l'âme de l'homme, et, avec moi, dites-lui :

« Prends ton essor, élève-toi, âme humaine î Avance dans le sentiment de la force qui te soutient ; avance avec confiance vers ton ma-

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gnifîque avenir. Les puissances infinies t'assistent; la nature s'associe à ton œuvre ; les astres, dans leur course, éclairent ta marche !

« Va, âme humaine, forte du secovirs qui t'appuie ! Va, comme la Jeanne des batailles, à travers le monde de la matière et les luttes des passions ; à ta voix, les sociétés se transformeront, les formes vieillies disparaîtront, pour faire place à des formes nouvelles, à des organisations plus jeunes, plus riches de lumière et de vie. »

Quant à Jeanne, nous l'avons vu, son influence, son action ont persisté dans le monde après son départ. C'est par elles, d'abord, que la France a été délivrée des Anglais, non pas en une seule campagne, non pas par une poussée semblable à celle des vagues de l'Océan, balayant le sable des grèves, comme cela aurait eu lieu si les hommes avaient eu autant de confiance et de foi qu'elle-même, mais à travers des vicissitudes nombreuses, des alternatives de succès et de revers. L'âme de Jeanne, si pleine d'amour et de volonté pour le bien, de dévouement pour son pays, une telle âme ne pouvait s'immobiliser dans la béatitude céleste. A l'heure présente, elle revient vers nous avec une autre mission, pour accomplir dans un domaine plus vaste, sur le plan spirituel et moral,

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ce qu'elle a fait pour la France au point de vue matériel. Elle soutient, elle inspire les serviteurs, les porte-paroles de la foi nouvelle, tous ceux qui ont au cœur une confiance inébranlable en l'avenir.

Sachez-le : une révolution plus grande que toutes celles qui se sont accomplies dans le monde, est commencée, révolution pacifique et régénératrice ; elle arrachera les sociétés humaines aux routines et aux ornières, et élèvera le regard de Fhomme vers les destinées splendides qui l'attendent.

Les grandes âmes qui ont vécu ici-bas reparaissent ; leurs voix retentissent ; elles exhortent l'homme à se hâter dans sa marche. Et Pâme de Jeanne est une des plus puissantes, dans la foule de celles qui agissent sur le monde, qui travaillent à préparer une ère nouvelle pour l'humanité. C'est pour cela que la vérité s'est faite à cette heure précise, sur le caractère de Jeanne et sur sa mission. Et par elle, par son appui, avec l'aide des grands Esprits qui ont aimé, servi la France et Thumanité, les espérances de ceux qui veulent le bien et cherchent la justice s'accompliront.

La légion radieuse de ces Esprits, dont les noms marquent, comme des foyers <ie lumière, les étapes de l'histoire, les grands initiés du

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passé, les prophètes de tous les peuples, les messagers de vérité, tous ceux qui ont fait l'humanité avec des siècles de travail, de méditation, de sacrifice : tous sont à l'œuvre. Et audessus d'eux, Jeanne elle-même, Jeanne nous conviant au labeur, à l'effort. Tous nous crient : « Debout ! non plus pour le choc des épées, mais pour les luttes fécondes de la pensée. Debout! pour la lutte contre une invasion plus redoutable que celle de l'étranger, la lutte contre le matérialisme, le sensualisme et toutes leurs conséquences: l'abus des jouissances, la ruine de tout idéal; contre tout ce qui, lentement, nous déprime, nous énerve, nous affaiblit, nous prépare à rabaissement, à la chute. Debout ! travaillez et luttez pour le salut intellectuel et le relèvement de notre race et de l'humanité ! »

La grande âme, dont ce livre évoque le souvenir poignant et glorieux, plane au-dessus de nous. En bien des circonstances, elle a pu se faire entendre et dire ce qu'elle pensait du mouvement d'idées qui se porte vers elle, de tant d'appréciations diverses et contradictoires sur son rôle, et sur la nature des forces qui la

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soutenaient. Cédant à notre prière, elle a consenti à résumer toute sa pensée dans un message, que nous nous faisons un devoir de reproduire avec une fidélité scrupuleuse, comme la plus belle conclusion que nous puissions donner à ce chapitre.

Ce message porte en lui-même toutes les garanties d'authenticité désirables. L'Esprit qui Ta dicté, a choisi pour interprète un médium ayant vécu au quinzième siècle, et conservant, dans son moi profond, des souvenirs, des réminiscences de cette époque. C'est ce qui lui a permis de donner à son langage, dans une certaine mesure, les formes du temps (1).

Message de .Jeanne, 15 juillet 1909.

« Doulce m'est la communion avec ceux qui, comme moi, aiment notre Seigneur et Père — et point ne m'est dolente la vision du passé, car elle me rapproche de vous, et la souvenance de mes communications avec les morts et les saints, me fait la sœur et l'amie de tous ceux à qui Dieu dévolut la faveur de connaître le secret de la vie et de la mort. »

(1) On m'objectera peut-être que Jeanne ne savait ni lire ni écrire. Je répondrai qu'après sa mort tragique, à son retour dans l'espace, elle a retrouvé toutes ses connaissances antérieures.

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« Je rendrai grâces à Dieu de me permettre de vous donner ma créance et ma foi, et de pouvoir encore dire à ceulx qui savent un peu, que les vies que le Seigneur nous donne doivent «tre utilisées saintement, pour être en sa grâce. Pour nous, toute vie doit être doulce qui nous permet de faire la tasche assignée par le tout puissant Juge et Père, et nous devons bénir ce que nous recevons de sa main. »

« Il a choisi toujours les faibles pour réaliser ses voies, car il sait donner la force à l'agneau, ainsi qu'il l'a promis, mais il ne doit pas aller avec les loups, et l'âme éprise de foi doit se garer des embûches, et souffrir avec patience toutes épreuves et châtiments qu'il plaît ^u Seigneur de donner. »

« Il nous apporte sa vérité sous les formes les plus changeantes, mais tous ne pénètrent point sa volonté. Soumise à ses lois et cherchant à les respecter, j'ai cru plus tôt que je n'ai compris. Je savais que de sidoulx conseils ne pouvaient être l'œuvre de l'ennemi, et le réconfort qu'ils m'ont toujours donné, a été pour moi un soutien et la plus doulce des satisfactions. Jamais ne sus quelle était la volonté lointaine du Seigneur. Il me cacha par ses envoyés la fin douloureuse que je fis, ayant pitié de ma faiblesse et de ma peur de la souffrance; mais.

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quand l'heure vint, j'eus, par eux, toute force et tout courage. »

« Il m'est plus doulx et précieux de revenir aux heures où j'entendis premièrement mes voix. Je ne peux dire que je craignis. Je fus grandement étonnée et même un peu surprise, de me voir l'objet de la myséricorde divine. Je sentis subitement, sans que les paroles encore me fussent advenues, qu'ils étaient les serviteurs de Dieu, et je sentis grande doulceur en mon cœur qui s'apaisa enfin, lorsque la voix du saint résonna à mon oreille. Vous dire ce qui était alors en moi, point n'est possible, car je ne saurais vous dire ma joie paisible et si grande, mais j'éprouvai si grande paix, qu'à leur départ je me sentis l'orpheline de Dieu et du ciel. Je comprenais un peu que leur volonté devait être la mienne, mais si je souhaitais grandement leur visite, je m'étonnai de leurs ordres et craignais un peu de voir leur désir s'accomplir. Il me semblait une belle œuvre, certes, de devenir la sauvegarde de notre France, mais une fille ne va point parmi les hommes d'armes. Enfin, dans leur habituelle et doulce compagnie, je vins à avoir plus de confiance en moi-même, et l'amour que toujours j'avais porté à Dieu me dicta ma conduite, car il n'est poiM séant de se rebeller contre la volonté d'un père. »

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« Cela fut pénible et aussi pour moi une joie d'obéir, et je fis premièrement enfin la volonté de Dieu. De cette obéissance, je suis heureuse, et en cela aussi je trouve une raison de faire ce que Dieu veult, de pardonner à ceux qui furent l'instrument de ma mort, car je crois qu'ils n'avaient point de haine pour mon âme en lui donnant sa liberté, mais surtout pour l'œuvre que j'accomplis. »

« Cette tasche avait été bénie de Dieu, aussi étaient-ils grandement coupables; mais, comme eux, je n'ai nulle haine pour leurs âmes. Je suis ennemie de tout ce que Dieu réprouve, de la faute et de la méchanceté. C'est leur œuvre qui est hors la grâce ; ils y retourneront toujours, mais le souvenir de leur passé, point ne s'effacera en eux. Je pleure sur la haine qu'ils ont laissée parmi leurs frères, sur la mauvaise graine qu'ils ont semée parmi l'Eglise, et qui apporta, à cette mère que tant j'ai chérie, plus de recherche de la foi que d'amour du pardon. Il m'est doulx pourtant de les voir s'amender et déclarer un peu leur erreur ; mais ce ne fut nullement comme j'aurais souhaité, et mon affection pour l'Église se détachera de plus en plus de cette ancienne rectrice des âmes, pour ne plus se donner qu'à notre doulx et gracieux Seigneur. » Jehanne.

Vive labeur!

Jehanne.

Il n'est pas de sujet qui ait excité au même point que la personne de Jeanne, l'émulation de nos poètes, de nos artistes, de nos orateurs. La poésie, la musique et l'éloquence rivalisent d'éclat et s'exaltent en la chantant. La peinture et la statuaire font appel à l'inspiration et s'efforcent, sans y réussir, de fixer son image. De toutes parts, le marbre et le bronze cherchent à reproduire ses traits, et, un jour, sa statue s'élèvera dans toutes les villes de notre France. Mais hélas, dans la multitude de ces reproductions fantaisistes, que d'œuvres médiocres ou franchement mauvaises !

En réalité, nous ne possédons aucun portrait authentique de Jeanne. Parmi les œuvres modernes, la physionomie qui paraît la plus ressemblante, est celle que lui a prêtée le sculpteur Barrias, dans le monument de Bon-Se-

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cours, à Rouen. C'est du moins ce qu'affirment les voyants à qui elle est apparue. Les grands artistes ont parfois des intuitions sûres ; ils perçoivent des lueurs de la vérité et, à ce point de vue, eux aussi sont médiums.

Jeanne s'est rendue visible à plusieurs reprises, en des circonstances qui ne permettent pas de douter du phénomène. 11 est vrai que, dans cet ordre de manifestations, les erreurs et les supercheries abondent. On pourrait citer de nombreux cas imaginaires ou frauduleux, où on la fait intervenir indûment. Il n'est pas de personnalité psychique dont on ait plus abusé. Dans les exhibitions de tel simulateur célèbre, il y avait aussi une Jeanne d'Arc. Elle avait l'accent anglais, celui de l'opérateur, et se livrait à des démonstrations excentriques. En réalité, ses manifestations sont rares. Nous en connaissons pourtant de bien authentiques. Nous les avons • signalées. Ajoutons que, dans certains phénomènes d'incorporation, elle se révèle avec une puissance, une grandeur impressionnantes. Je la vois encore envahir brusquement le corps de son médium favori, au milieu d'une discussion politique, se dresser d'un mouvement plein de majesté, avec un geste d'autorité et un éclair dans le regard, pour protester contre les théories des sans-patrie et des sans-Dieu, Elle n'est

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pas moins véhémente dans les discussions religieuses. A certain ecclésiastique, assistant par exception à nos séances, elle disait : « Ne parlez jamais de peines éternelles ! Vous faites de Dieu un bourreau. Dieu est amour ; il ne peut infliger des souffrances sans utilité, sans profit. En parlant ainsi, vous éloignez l'homme de Dieu ! ))

Quand elle intervient, la voix du médium est généralement d'une suave douceur ; elle a des inflexions mélodieuses qui pénètrent, émeuvent les plus insensibles. La manifestation est si impressionnante, qu'on éprouve comme un désir de s'agenouiller. Au moment de paraître dans les séances, Jeanne est annoncée par une harmonie qui n'a rien de terrestre, et que, seuls, les médiums perçoivent. Une grande lumière se fait et, pour eux, elle devient visible. Il y a, sur son front et dans ses paroles, comme un reflet divin, et des battements d'ailes dans l'air qui l'entoure. Nul ne peut résister à son influence. C'est bien réellement la « fille de Dieu ». Elle n'est pas la seule. Il existe bien haut, au-dessus de nous, une région supérieure et pure, où s'épanouit toute une création angélique que les hommes ignorent. De là viennent les messies, les agents divins à qui incombent les missions douloureuses. Ils s'incarnent sur les mondes

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de la matière et se mêlent souvent à nous, pour donner aux fils de la terre l'exemple de l'amour et du sacrifice. On peut les rencontrer dans les rangs des humbles et des plus obscurs ; mais ils sont toujours reconnaissables à leurs nobles sentiments, à leurs hautes vertus.

De Jeanne, avons-nous dit, il ne reste aucune image contemporaine. On a cependant retrouvé, dans les fouilles effectuées à Orléans pour le percement de la rue Jeanne-d'Arc, la statuette ancienne d'une femme casquée, dont le fin profil se rapproche sensiblement des traits de la statue de Barrias (1).

D'autre part, les documents historiques contenant des descriptions de la Pucelle, sont peu nombreux et peu précis. 11 faut citer tout d'abord une lettre des comtes Guy et André de Laval à leur mère, écrite le 8 juin 1429. Ils l'ont vue à Selles en Berry : « armée tout en blanc, sauf la tête, une petite hache à la main, sur un grand coursier noir ». Et, ajoutent-ils avec enthousiasme, « ce semble chose toute divine, de son fait, de la voir et de l'ouïr » (2).

(1) Varl golhique, Dictionnaire encyclopédique : Musée archéologique d'Orléans, par L. Gonse.

(2) Wallon, Jeanne d'Arc, p. 100.

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Un chroniqueur, picard d'origine, parle de Jeanne en ces termes, d'après les témoignages de plusieurs personnes qui l'avaient vue, cheminant entre Reims et Boissons (1) :

« Et chevauchait devant le roi, toute armée de plein harnais, à étendard déployé. Et quand elle était désarmée, si avait-elle état et habit de chevalier, souliers lacés hors le pied, pourpoint et chausses ajustées, et un chaperon sur la tête, et portait très nobles habits de drap d'or et de soie bien fourrés. »

D'après la déposition du chevalier Jean d'Aulon, « elle était belle et bien faite » (2), « robuste et infatigable », selon les dires du président Simon Charles (3), « ayant à la fois l'air riant et l'œil facile aux larmes », d'après la relation du conseiller-chambellan Perceval de Boulainvil- 1ers (4). « Elle a bonne prestance sous les armes et la poitrine belle », dit son compagnon le duc d'iVlençon(5). « Ses sourcils, finement dessinés, ombrageant de beaux yeux bruns, donnaient une expression de douceur infinie à son regard inspiré », ajoute un écrivain de notre temps (6).

(T) Chronique picarde, Bévue hebdomadaire, 17 avril 1909.

(2) J. Fabre, Procès de réhabililalionA. I.

(3) Id., Ibid.,i. I.

(4) Id., Jeanne d'Arc libératrice, p. 263.

(5) Id., Procès de réhabilitation, t. I.

(6) Le Portrait de Jeanne d'Arc par un Essénien du dix-neuvième siècle. Chamuel, éditeur.

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Les débats du procès nous apprennent que ses cheveux, teintés en blond par tant de peintres et déroulés sur ses épaules, « étaient noirs, taillés courts en écuelle, de façon à former sur la tête une sorte de calotte, semblable à un tissu de soie sombre ».

Le colonel Biottot, résumant les relations de divers chroniqueurs, s'exprime ainsi, au sujet du costume et du maintien de la Pucelle (1) :

« Le visage de rhéroïne, dans ses traits réguliers, était empreint de douceur et de modestie. Le corps se développait en lignes pleines et harmonieuses. Dès les premiers jours, les gestes aisés de l'enfant, sa grâce souple en toutes circonstances et particulièrement sous le costume de guerre, en selle, la lance ou la bannière en main, étonnent et charment les yeux. Enfin, sur l'ensemble, le candide éclat de sa virginité et la flamme de son inspiration répandaient « une « vertu secrète qui écartait les désirs charnels », commandant aux plus grossiers le respect et les égards. »

« Elle revêt de brillants atours de guerre. Ses vêtements, sa bannière sont de tissus précieux etblancs, comme il convenait pour rappeler sa chasteté et la mission angélique qui y était liée. »

(1) Colonel Biottot, les Grands Inspirés devant la Science, pp. 123, 125.

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D'après toutes les descriptions, il y avait comme un suave reflet sur ce visage qu'illuminait une pensée intérieure. L'âme, dans une certaine mesure, façonne elle-même les traits de son enveloppe. Par là, nous pouvons nous faire une idée de la beauté de cet être exceptionnel, du foyer caché en lui, foyer qui éclaire son visage et rayonne sur ses actes.

Il émanait d'elle une sérénité, une radiation qui s'étendaient sur tous ceux qui l'approchaient, et apaisaient les plus farouches. Dans le tumulte des batailles et des camps, elle garde ce calme imposant qui est le privilège des âmes supérieures. A Gompiègne, au plus fort du combat, lorsque les Bourguignons lui coupent la retraite, sur le point d'être prise, elle est plongée comme dans un rêve et dit aux Français qui l'entourent et s'affolent : a Ne songez qu'à férir ! »

A travers les documents les plus variés, Jeanne nous apparaît comme une fleur des campagnes de France, svelte et robuste, fraîche et parfumée. x4ussi est-ce une chose lamentable, de voir de quelle façon la plupart de nos peintres et statuaires l'ont affublée, sans nul souci de la vérité et de l'histoire. Certain critique parle ainsi, non sans raison, de la statue xle Frémiet, érigée place des Pyramides, au cœur de Paris :

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« Il fil un garçonnet, ennuyé, mécontent, avec de longs cheveux ainsi qu'une crinière, un bras de bois, tenant une longue bannière, une couronne en l'air ! »

Quoi d'étonnant ? fait-il remarquer : Frémiet est un animalier, aussi sa Jeanne est-elle « un être hybride, de petite taille, sur un cheval énorme » (1). Cette statue est une parodie, une honte pour les Français, surtout à l'endroit où elle se trouve, exposée aux yeux de tous les étrangers.

Celle de Roulleau, à Chinon, est pire encore, lourde, massive, aussi matérielle que possible.

D'autres artistes ont mieux réussi, sans montrer plus de scrupules au point de vue du respect de l'histoire. Charpentier nous la représente en prière. La physionomie est gracieuse et touchante. Mais pourquoi ce livre tombé à ses piedSv alors qu'elle ne savait pas lire, et à une époque où l'imprimerie n'était pas inventée ?

Les peintres ne sont pas plus soucieux de la vérité historique : M. Jean-Paul Laurens a signé le triptyque qui orne une des salles du nouvel hôtel de ville de Tours, et reproduit trois scènes de la vie de l'héroïne. Le dernier panneau nous

(1) Le Portrait de Jeanne d'Arc par un Essénien du dixneuvième siècle.

montre, sous la nuit, la place où eut lieu le supplice. Elle est vide maintenant, et, du bûcher qui achève de s'éteindre, un peu de fumée monte vers le ciel. Le dernier des juges se retire. M. J.-P. Laurens n'a pas lu. Il ignore que les Anglais, aussitôt que Jeanne fut morte, firent éteindre le feu, de telle façon que son pauvre corps carbonisé resta exposé, pendant huit jours, à la vue du peuple, et que tous purent s'assurer qu'elle n'était plus de ce monde. Au bout d'une semaine, on ralluma le bûcher jusqu'à destruction complète, et on fit jeter à la Seine les cendres de la victime (1).

L'étude des âmes est une des plus belles qui s'offrent aux recherches du penseur. Celle de Jeanne d'Arc est captivante entre toutes. Ce qui surprend le plus en elle, ce n'est pas son œuvre d'héroïsme, pourtant unique dans l'histoire, c'est ce caractère admirable, où s'unissent et se fondent les qualités en apparence les plus contradictoires : la force et la douceur, l'énergie et la tendresse, la prévoyance, la sagacité, l'esprit vif, ingénieux, pénétrant, qui sait en

(1) Voir H. Martin, Histoire de France, t. VI, pp. 304, 305.

peu de mots, nets et précis, trancher les questions les plus difficiles, les situations les plus ambiguës.

Aussi, sa vie offrira des exemples de toutes sortes. Patriote et française, en toutes circonstances elle nous apprendra le dévouement poussé jusqu'au sacrifice. Profondément religieuse, idéaliste et chrétienne, dans un temps où le christianisme est la seule force morale d'une société encore barbare, elle montrera les qualités élevées, les hautes vertus du croyant exempt de fanatisme et de bigoterie. Dans la vie intime, familiale, elle se révèle douée des vertus modestes qui sont la richesse des humbles : l'obéissance, la simplicité, l'amour du travail. En un mot, toute son existence est un enseignement pour celui qui sait voir et comprendre. Mais ce qui la caractérise par-dessus tout, c'est la bonté, la bonté sans laquelle il n'est pas de véritable beauté morale.

Cette alliance harmonieuse, cet équilibre parfait de dons qui, de prime abord, semblent devoir s'exclure, font de Jeanne d'Arc une énigme que nous avons pourtant la prétention de résoudre.

C'est un témoignage que lui rendent tous ceux de ses contemporains qui l'ont approchée : à une ferme volonté que rien, dans l'action guer-

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tière ou au milieu des épreuves, ne fera fléchir, elle joignait une grande douceur. Les bourgeois d'Orléans s'accordaient à dire, dans leurs dépositions : « C'était grande consolation d'avoir commerce avec elle (1). » Nous retrouvons encore tous ces traits de caractère chez l'Esprit qui s'est manifesté plus d'une fois sous son nom, dans notre cercle d'études. En lui aussi les vertus, les sentiments les plus variés se fondent en une parfaite harmonie.

Pour bien juger cette grande figure, il convient de la dégager des querelles de partis, et de la contempler dans la pure lumière de sa vie et de ses pensées. Un rayon de l'Au-delà nimbe son beau front grave. Elle inspire une émotion mêlée de respect. Malgré le scepticisme de nos temps, on ne peut se défendre du sentiment qu'il existe, au-dessus des conditions habituelles de la vie humaine, des êtres de choix, qui sont l'honneur de notre race, et Téternelle splendeur de l'histoire.

L'existence de la vierge lorraine est comparable à une symphonie, où les voix émouvantes et tragiques de la terre se mêlent aux appels mystérieux du monde invisible.

Gomme toutes les grandes âmes, elle croyait

(1) J. Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 266.

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en elle-même, à sa haute mission, et elle savait communiquer sa foi aux autres par toutes les radiations de son être.

Toujours mesurée et sage, elle sait allier l'humilité de la fille des champs à la fierté d'une reine, une pureté absolue à une audace extrême. Vêtue en homme, elle vit dans les camps, tel un ange sur qui repose le regard de Dieu, et nul ne songe à en prendre scandale. La gloire qui l'environne lui paraît si naturelle qu'elle ne saurait en tirer vanité. N'est-elle pas venue pour accomplir de grandes choses, et l'honneur ne doit-il pas suivre la peine ? De là, l'aisance dont elle fait preuve au milieu des seigneurs et des nobles dames. Devant Dieu seul, elle courbe le front; elle aime à se faire petite avec les petits qui lui offrent leurs hommages : à l'église, c'est parmi les enfants qu'elle élève de préférence son âme vers le ciel.

Jeanne n'est pas moins admirable dans ses propos que dans ses actes. Au milieu des discussions les plus confuses, elle apporte toujours le mot juste, l'argument précis. Sous une certaine naïveté gauloise, perce en elle un sens profond des êtres et des choses, et, aux heures décisives, elle trouve les accents qui raniment l'ardeur dans les âmes, les sentiments puissants et généreux dans les cœurs.

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Gomment croire qu'une enfant de dix-huit ans ait pu trouver d'elle-même des paroles comme celles que nous avons citées ? Gomment douter qu'elle fût inspirée par des génies invisibles, comme le furent, avant et après elle, tant d'autres agents de l'Au-delà ?

Les paroles sublimes, nous l'avons vu, fourmillent dans cette courte existence, et nous ne manquerons pas d'en reproduire quelques-unes encore. Ges lèvres de dix-huit ans ont proféré des jugements, qui méritent de figurer à côté des plus beaux préceptes de l'antiquité.

« Elle était moult sage et peu parlant (1), » disait la Ghronique, mais, quand elle parlait, sa voix avait des vibrations qui pénétraient au plus intime de l'auditeur, sensibilisaient en lui des fib^^es qu'il ne se connaissait pas, et qu'aucune puissance n'avait pu émouvoir jusque-là. G'était là le secret de son ascendant sur tant d'âmes rudes, mais bonnes, au fond.

Et ces paroles ne profitèrent pas seulement à ceux qui les entendirent. Recueillies par l'histoire, elles iront, à travers les siècles, consoler les âmes et réchauffer les cœurs.

En toutes circonstances, elle a l'expression qui convient, et les images dont elle se sert

(1) J. Fabre, Procès de réhabilitation, t. I, p. 135, note 1.

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sont riches de relief et de couleur. 11 en est de même aujourd'hui, dans les messages qu'elle dicte à quelques rares médiums, et que nous avons reproduits en partie. Ce sont là, pour nous, autant de preuves, autant de révélations de son identité.

Rappelons quelques-unes de ses paroles, à la fois ingénues et profondes. On ne saurait trop les redire, ni trop les proposer comme préceptes et leçons à tant de gens qui, tout en honorant Jeanne, s'efforcent peu de lui ressembler sous le rapport du caractère et des vertus. Nous avons tous un intérêt personnel à étudier cette vie, à nous hausser à la hauteur des enseignements qu'elle contient, par les exemples qu'elle offre de vie intime et de vie sociale, de beauté morale et de grandeur dans la simplicité.

« A partir du moment où je sus que je devais venir en France, je me donnai peu aux jeux et aux promenades (1). »

L'insouciance et la légèreté sont habituelles à l'enfance, et elles persistent chez un grand nombre jusqu'à un âge déjà avancé. Jeanne, au contraire, a le souci de l'avenir, la préoccupation constante de la grande mission qui lui incombe, le souci des charges qui vont peser

(1) Troisième interrogatoire public.

PORTRAIT ET CARACTÈRE DE JEANNE d'aRC 351

sur elle. Elle a été touchée par l'aile des créatures angéliqiies, et sa vie a reçu une impulsion qui ne cessera qu'à la mort. Elle a perçu l'appel mystérieux d'en haut, et ses entretiens avec l'invisible ont déjà donné, à son attitude et à ses pensées, cette gravité qui se mêlera toujours, en sa personne, à la grâce et à la douceur.

A l'interrogatoire de Poitiers, Guillaume Aimery lui dit : « Jeanne, vous demandez des gens d'armes et vous dites que c'est le plaisir de Dieu que les Anglais s'en aillent. Si cela est, pas n'est besoin de gens d'armes, car Dieu seul y suffit. — En nom Dieu ! répond-elle, les gens d'armes batailleront et Dieu leur donnera la victoire (1). »

Ces paroles renferment un grand enseignement. L'homme est libre. La loi suprême exige qu'il édifie lui-même sa destinée à travers les temps, au moyen de ses existences innombrables. Sans cela, quels seraient ses mérites, ses titres au bonheur, à la puissance, à la félicité ? Ces avantages, s'il pouvait les acquérir sans effort, seraient sans prix à ses yeux. Il n'en comprendrait pas même la valeur. Car Thomme n'apprécie les choses qu'en raison de la peine

(1) Procès de réhabiliîalion. Déposition du frllre Seguin.

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qu'elles lui ont coûté. Mais lorsque les obstacles sont insurmontables, et que sa pensée s'unit à la volonté divine, les forces, les secours d'en haut descendent vers lui, et il triomphe des plus grandes difficultés. C'est le principe de l'intervention divine dans l'histoire, que Jeanne affirme en ces termes. C'est la communion féconde du ciel et de la terre, qui aplanit nos voies et fournit à nos âmes, aux heures désespérées, la possibilité du salut.

Chose étrange ! l'homme méconnaît et, souvent, dédaigne ce qui lui est le plus nécessaire. Sans ces secours d'en haut, et en dehors de la solidarité étroite qui relie la faiblesse humaine aux puissances du ciel, comment pourrionsnous poursuivre, par nos propres ressources*, cette immense ascension qui nous élève du fond des abîmes de vie jusqu'à Dieu ? La seule perspective de la route immense à parcourir, suffirait à nous décourager, à nous accabler. L'éloignement du but, la nécessité de l'effort persistant, paralyseraient notre activité. C'est pourquoi, sur les premiers degrés de la prodigieuse échelle, aux premières étapes, le but lointain nous reste caché, et nos perspectives de vie sont restreintes. Mais, sur la voie âpre, aux passages périlleux, des mains invisibles se tendent vers nous, pour nous soutenir. Nous sommes libres

PORTRAIT ET CARACTÈRE DE JEANNE d'aRG 353

de les repousser. Si, au contraire, nous nous prêtons à l'aide qui nous est offerte, les entreprises les plus ardues peuvent se réaliser. L'œuvre de beauté et de grandeur qu'élaborent nos vies, ne saurait s'accomplir sans l'action combinée de Fhomme et de ses frères invisibles. C'est ce que Jeanne affirme encore en ces autres paroles : « Sans la grâce de Dieu, je ne saurais rien faire. «

Elle accueillait toujours avec bonté les curieux qui venaient la voir, surtout les femmes. Elle leur parlait si doucement et si gracieusement, dit la Chronique, qu'elles les faisait pleurer.

Toutefois, simple et sans prétention, elle eût préféré éviter les « adorations » de la foule ; elle en sentait le péril et disait : « En vérité, je ne saurais me garder dételles choses, si Dieu ne m'en gardait (1). » « On me baisait les mains le moins que je pouvais », affirme-t-elle au cours de son procès (2). Et quand, en la cité de Bourges, des femmes du peuple lui apportaient de menus objets pour qu'elle les touchât, Jeanne, en riant, disait : « Touchez-les vous-mêmes. Ils seront

(1) J. Fabre, Procès de réhabilitation, t. I. Dépositions de l'avocat Barbiii et de Simon Beaucroix.

(2) Sixième interrogatoire public. Voir aussi ses paroles à la lecture de Tacte d'accusation.

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tout aussi bons par votre toucher que par le mien (1). »

A côté de cela, Jeanne possédait un sens esthétique remarquable :

« Elle aimait passionnément les belles armures, racontent ses historiens, et elle révélait un goût fort pur et distingué dans les moindres détails de sa personne et de sa mise. Les courtisans en étaient dans Tadmiration ; les dames elles-mêmes Teussent volontiers prise pour une des leurs, tant elle avait de grâce et de distinction.

« Cette vaillante, qui, dans les combats, bravait gaiement la mort sans jamais la donner, adorablement femme, se montrait contente d'avoir de belles armes brillantes et de beaux chevaux noirs, surtout « tels et si malicieux qu'il n'était nul qui osât les chevaucher (2). »

Ses juges lui firent un crime de son goût pour les costumes élégants et les chevaux de race. Mais, comme le dit Henri Martin (3) : « Son mysticisme élevé, associant le sentiment du beau à celui du bien, n'avait rien de commun avec cette espèce d'ascétisme qui fait une

(1) J. Fabre, Procès de réhabilita! ion, t. I. Déposition de Marguerite la Touroulde.

(2) H. BoissoNNOT, Jeanne d'Arc à Tours.

(3) H. Martin Histoire de France, t. VI, p. 234.

PORTRAIT ET CARACTÈRE DE JEANNE d'aRC 355

vertu de la négligence corporelle et de Texte* rieur sordide, et qui semble poursuivre l'idéal du laid. »

Fait particulièrement pénible : dans sa courte carrière politique, ce furent ceux qui lui devaient soutien, reconnaissance, amour, qui la firent le plus souffrir.

Son caractère n'en fut pas aigri. Elle n'en concevait aucune humeur. Quand elle avait à subir quelque amère déception, elle montrait une constance inébranlable et avait recours à la prière : « Quand je suis contrariée en quelque manière, disait-elle, je me retire à l'écart et je prie Dieu, me plaignant à lui de ce que ceux à qui je parle ne me croient pas facilement. Ma prière à Dieu achevée, j'entends une voix qui me dit : Fille Dé (de Dieu), va, va, je serai ton aide, va (1) î »

On l'accusa d'avoir voulu se suicider, au château de Beaurevoir. C'était un mensonge. Il est vrai que, captive de Jean de Luxembourg, elle tenta de s'évader, estimant que tel est le droit de tout prisonnier. Bien loin de vouloir se détruire, comme on essaya de l'insinuer au procès, elle avait, dit-elle, « l'espérance de sauver son corps et d'aller secourir tant de

(1) Procès de réhabililalion. Déposition de Diinois.

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bonnes gens qui étaient en péril » (1). Il s'agissait des assiégés de Compiègne, dont le sort lui tenait tant au cœur. Elle réfléchit, mûrit longuement son projet et ne sauta pas follement dans le vide, ainsi qu'on le croit en général. Un cordage qu'elle assujettit à la fenêtre de son cachot, lui permit de se laisser glisser vers le bas de la tour ; mais, trop court ou rompu sous l'effort, il ne put l'empêcher de tomber rudement sur le roc. A demi morte, elle fut relevée et réintégrée dans sa prison (2).

C'est surtout à Rouen, devant ses juges fourbes et astucieux, qu'éclatent ses répliques fines et primesautières, ses ripostes brèves, incisives, enflammées. Guido Goerres le constate en des termes qu'il est bon de citer :

« A chaque question, Jeanne avait le plus rude des combats à soutenir. Toutefois, la simple jeune fille, qui n'avait appris de ses parents que le Pater, Y Ave et le Credo, fixait sur ses ennemis un regard ferme et tranquille ; et plus d'une fois, elle leur fit baisser les yeux et les remplit de confusion, en déchirant tout à coup la trame de leur perfidie, et en leur apparaissant dans tout l'éclat de son innocence. Si, naguère, les plus braves chevaliers avaient admiré son courage héroïque au milieu des batailles, elle en

(1) Sixième interrogatoire secret.

(2) J. Fabre, Procès de réhabilitation, t. II, p. 142, note 2.

PORTRAIT ET CARACTÈRE DE JEANNE d'aRG 357

montrait un bien plus grand encore, maintenant que, chargée de fers et en face d'une mort horrible, elle attestait à ses ennemis eux-mêmes la vérité de sa mission divine et prophétisait à ce tribunal, prêt à la condamner au nom du roi d'Angleterre, la chute complète de la puissance anglaise en France et le triomphe de la cause nationale. »

« Savez-vous, lui demande-t-on, si les saintes Catherine et Marguerite haïssent les Anglais ?

— Elles aiment ce que Dieu aime et haïssent ce que Dieu hait (1). » Et le juge reste interdit. Un autre interroge : « Sainte Marguerite parlet-elle anglais ? — Gomment parlerait-elle anglais, puisqu'elle n'est pas du parti des Anglais !

— Saint Michel était-il nu ? — Pensez-vous que Dieu n'ait pas de quoi le vêtir ? — Avait-il des cheveux ? — Pourquoi lui auraient-ils été coupés (2) ? »

Elle déjoue d'un mot les pièges qu'on lui tend. On lui demande si elle est en état de grâce : « Si je n'y suis, Dieu m'y mette ; si j'y suis, Dieu m'y garde (3). »

Pvappelons encore la digne et fîère réponse qu'elle fit, quand on lui reprocha d'avoir, au sacre de Reims, déployé son étendard : « Il

(1) Huitième interrogatoire secret.

(2) Cinquième interrogatoire public.

(3) Troisième interrogatoire public.

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avait été à la peine ; c'était bien raison qu'il fut à rhonneur (1). »

Un des inquisiteurs semble la narguer au sujet de sa captivité et du supplice qui l'attend. Elle lui répond sans hésiter : « Ceux qui voudront m'enlever de ce monde pourront bien s'en aller avant moi (2). »

L'évêque de Beauvais, inquiet, tourmenté par sa conscience, lui demande : « Vos voix vous parlent-elles jamais de vos juges ? — J'ai souvent, par mes voix, nouvelles de vous, monseigneur de Beauvais. — Que vous disent-elles de moi ? — Je vous le dirai à vous, à part (3). » Et, par ces simples mots, voilà un prélat rappelé au sentiment de sa dignité, par celle dont il a résolu la perte.

Comment expliquerons-nous, chez Jeanne d'Arc, les contrastes qui prêteut à cette grande figure un si puissant éclat : la pureté d'une vierge et l'intrépidité d'un capitaine ; le recueillement du temple et de la prière et le joyeux entrain des camps ; la simplicité d'une paysanne

(1) Neuvième interrogatoire secret.

(2) Cinquième interrogatoire public.

(3) J. Fabre, Procès de condamnation, p. 244.

et les goûts délicats d'une grande dame ; la grâce, la bonté, jointes à l'audace, à la force, au génie ? Que penser de cette complexité de traits, qui font de notre héroïne une physionomie sans précédent dans l'histoire ?

Nous l'expliquerons de trois façons : tout d'abord par sa nature et son origine. Son âme, nous l'avons dit, venait de haut. Ce qui le démontre, c'est que, dépourvue de toute culture terrestre, son intelligence s'élevait jusqu'aux conceptions les plus sublimes. Ensuite, par les inspirations de ses guides. En troisième lieu, par les richesses accumulées en elle, au cours de ses vies antérieures, vies qu'elle-même a révélées.

Jeanne était une missionnaire, une envoyée, un médium de Dieu. Et comme chez tous les envoyés du ciel pour le salut des nations, on rencontre en elle trois grandes choses : l'inspiration, l'action, enfin la passion, la souffrance qui est le couronnement, l'apothéose de toute noble existence.

Domremy, Orléans, Rouen furent les trois scènes choisies pour l'éclosion, le développement et la consommation de cette destinée merveilleuse.

Cette vie offre des analogies frappantes avec celle du Christ. Colnme lui, Jeanne est nce

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parmi les humbles de la terre. L'adolescent de Nazareth répliquait aux docteurs de la loi dans le sanhédrin ; de même, elle confondra ceux de Poitiers en répondant à leurs questions insidieuses. Quand elle chasse les ribaudes du camp, nous reconnaissons le geste de Jésus expulsant les marchands du temple. La passion de Rouen n'est-elle pas le pendant de celle du Golgotha, et la mort de Jeanne d'Arc ne peutelle être comparée à la fin tragique du fils de Marie ? Gomme lui, elle est reniée et vendue. Le prix de la victime sonnera dans la main de Jean de Luxembourg comme dans celle de Judas. A l'exemple de Pierre dans le prétoire, le roi Charles et ses conseillers détourneront la tête et ne sembleront plus la connaître, lorsqu'on leur apprendra que Jeanne est aux mains des Anglais et menacée d'une mort affreuse. Il n'est pas jusqu'à la scène de Saint-Ouen, qui ne présente des analogies avec celle du jardin des Oliviers.

Nous avons longuement parlé des missions de Jeanne d'Arc. Qu'on ne se méprenne pas-^ sur le sens de ce mot. Nous croyons opportun de dire ici, qu'en réalité chaque âme a la sienne en ce monde. La plupart ont en partage des missions humbles, obscures, effacées ;' d'autres ont des tâches plus hautes, appropriées

PORTRAIT ET CARACTÈRE DE JEANNE d'aRC 361

à leurs aptitudes, aux qualités acquises dans leur évolution à travers les siècles. Aux nobles âmes seules sont réservées les grandes missions, couronnées par le martyre.

Chaque existence terrestre, nous le savons, est la résultante d'un immense passé de travail et d'épreuves. Cette loi d'ascension à travers le temps et l'espace, que nous avons déjà exposée (1), Jeanne n'avait nul besoin de la connaître au quinzième siècle, pour accomplir son œuvre ; car elle n'entrait pas dans les vues de son époque. La conception de la destinée était fort restreinte ; les vastes perspectives de l'évolution auraient troublé, sans profit, la pensée d'hommes trop arriérés encore, pour connaître et comprendre les magnifiques desseins de Dieu sur eux. Et cependant, en cet esprit supérieur de Jeanne, qui subit comme tous, pendant l'incarnation terrestre, la loi de l'oubli, un passé grandiose se révèle encore ; vertus, facultés, intuition : tout démontre que cette âme a parcouru un vaste cycle, et qu'elle est mûre pour les missions providentielles. On peut même, nous l'avons vu, reconnaître plus particulièrement en elle un esprit celtique, tout im-

(1) Voir plus haut chapitre XVI et Problème de VÊlre et de la Destinée, passim.

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prégné des qualités de cette race enthousiaste et généreuse, passionnée pour la justice, toujours prête à se dévouer pour les nobles causes. Familiarisée, dès l'aube de l'histoire, avec les grands problèmes, cette race a toujours possédé de nombreux médiums. Jeanne nous apparaît, au milieu du sombre moyen âge, comme une renaissance de quelque voyante antique, à la fois guerrière et prophétesse.

Mais ce qui domine en elle, dans tous les temps et les milieux où elle a vécu^ c'est l'esprit de sacrifice, c'est la bonté, le pardon, la charité. Dans toutes les tâches qui lui ont été dévolues, elle s'est montrée ce qu'Henri Martin a su définir d'un mot : « la fille au grand cœur ». Ces tâches n'ont pas pris fin à ses yeux. Elle se considère toujours comme obligée envers ceux que Dieu a placés sous sa protection. Son amour pour la France est aussi ardent aujourd'hui qu'au quinzième siècle, et ceux qui, à cette époque, étaient l'objet de sa sollicitude, sont encore ses protégés à l'heure présente. Parmi ceux qui ont participé à sa vie héroïque, soit en bien, soit en mal, plusieurs revivent actuellement sur la terre, en des conditions bien diverses. Charles VII, réincarné en un bourgeois obscur accablé d'infirmités, a reçu souvent la visite de la « fille de Dieu ». Initié aux doctrines spiri-

tiialistes, il a pu communiquer avec elle, recevoir ses conseils, ses encouragements. Elle ne lui a jamais fait entendre qu'une parole de reproche : « C'est à vous, lui dil-elle un jour, que j'ai eu le plus de peine à pardonner. » Par des moyens et à l'aide d'influences qu'il serait superflu d'indiquer ici, elle avait su rassembler sur un même point, il y a un certain nombre d'années, ceux qui furent ses ennemis, voire ses bourreaux, et, par son ascendant, elle cherchait à les entraîner vers la lumière, à en faire des défenseurs, des propagateurs de la foi nouvelle. C'était alors un émouvant spectacle pour celui qui, connaissant ces personnalités d'un autre âge, pouvait comprendre sa façon sublime de se venger, en s'efForçant de faire d'elles des agents de rénovation.

Pourquoi la vérité m'oblige-t-elle à dire que les résultats furent médiocres ? Tous, sans doute, l'écoutaient avec une déférence admirative, sentant bien qu'il y avait en elle un esprit de haute valeur. Mais le poids des soucis mondains, des intérêts égoïstes, des préoccupations d'amour-propre, retombait aussitôt lourdement sur ces âmes. Le souffle d'en haut, qui, un instant, les avait fait tressaillir, s'éteignit. Jeanne ne se révéla qu'à un petit nombi^. Les autres ne surent pas la deviner. Bien peu purent la

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comprendre. Son langage était trop grand ; les cimes où elle voulait les attirer, trop hautes. Ces stigmatisés de l'histoire, qui s'ignorent euxmêmes, n'étaient pas mûrs pour un tel rôle. Toutefois, ce qu'elle n'a pas réussi à faire au cours de cette existence, elle l'obtiendra dans celles à venir, car rien ne saurait lasser sa patience ni sa bonté. Et les âmes se retrouvent toujours sur les chemins de la destinée.

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