LA SITUATION EN
viuces du Nord, alors que, depuis longtemps déjà, il occupe la Guyenne.
Après une résistance acharnée, au cours d'un siège qui surpasse en horreur tout ce que l'imagination peut enfanter de lugubre, Rouen a dû se rendre. Paris, dont la population est décimée par les maladies et la famine, est aux mains de l'Anglais. La Loire le voit sur ses rives. Orléans, dont l'occupation livrerait à l'étranger le cœur de la France, résiste encore, mais pour combien de temps ?
De vastes étendues de notre pays sont changées en désert. Plus de cultures ; les villages sont abandonnés. On ne voit que ronces et chardons poussant à l'envi, des ruines noircies par l'incendie ; partout, les traces des ravages de la guerre, la désolation et la mort. Les habitants des campagnes, désespérés, se cachent dans des souterrains ; d'autres se réfugient dans les îles de la Loire ou cherchent un abri dans les villes, où ils meurent de faim. Souvent, pour échapper à la soldatesque, ces malheureux se sauvent dans les bois, s'organisent en bandes, et deviennent bientôt aussi cruels que les routiers devant lesquels ils ont fui. Des loups rôdent aux abords des villes, y pénètrent la nuit et dévorent les cadavres laissés sans sépulture. Telle est « la grande pitié qui est au
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royaume de France », comme ses voix le disent à Jeanne.
Le pauvre Charles VI, dans sa démence, a signé le traité de Troyes^ qui déshérite son fils et constitue Henri d'Angleterre héritier de sa couronne. Et lorsque, dans la basilique de Saint-Denis, sur le cercueil du roi fou, un héraut d'armes proclama Henri de Lancastre roi de France et d'Angleterre, les restes de nos rois, couchés sous les lourdes dalles de leurs tombes, durent tressaillir de honte et de douleur. Le dauphin Charles, dépossédé et appelé par dérision « roi de Bourges », se laisse aller au découragement, à l'inertie; il manque de ressources et de vaillance; ses conseillers pactisent en secret avec l'ennemi. Lui-même songe à gagner l'Ecosse ou la Castille, en renonçant au trône, auquel, pense-t-il, il n'a peut-être pas droit, car des doutes l'assiègent sur la légitimité de sa naissance. Et l'on n'entend plus que la plainte lamentable, le cri d'agonie d'un peuple que ses vainqueurs s'apprêtent à coucher dans le sépulcre. La France se sent perdue, elle est frappée au cœur. Encore quelques revers, et elle descendra dans le grand silence de la mort. Quel secours pourrait-on attendre en effet ? Nulle puissance terrestre n'est capable d'accomplir ce prodige: la résurrection