‹ La vérité sur l'Affaire DreyfusChapitre 10 sur 32 · RARE · texte numérisé non relu

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convoqué, comme je l'ai déjà dit. par lettre du 43 octobre et non du 14, sous prétexte d’inspection générale, se rendit au ministère. Quand le chef d'état major général reçoit les officiers en inspection, il les reçoit sans témoins ; lorsque le capitaine Dreyfus fut introduit dans le cabinet du général de Boïisdeffre, — où des glaces étaient disposées pour pouvoir surveiller ses Jeux de physionomie — il se trouva, à sa grande surprise,en présence du commandant du Paty de Claim et de trois personnes qu’il ne Connaïssail pas ; le commandant le pria de s'asseoir à une table en attendant le général de Boisdeffre. qui ne vint pas et que le capitaine ne vit jamais au cours du procès, pas plus que tout autre officier supérieur de l’état-major.

M. du Paty lui demanda d'écrire sous sa dictée une lettre et le capitaine Dreyfus, dont l’étonnement redoublait, ayant consenti, il se plaça à ses côtés et lui dicta une missive dans laquelle étaient énumérés les documents figurant dans le bordereau incriminé. Tout à coup, M. du Paty s'arrêta : « Votre main tremble }, dit-il au capitaine Dreyfus. « J'ai froid ua doigts », répondit le capitaine, M. du Paty re-

prit sa dictée, puis : « Faites attention, recommanda-l-il, c'est grave, » et à peine avait-il fini de dicter, qu’il saisit le bras du capitaine

Dreyfus et: « Au nom de la loi, je vous arrête, vous êtes accusé du crime de haute trahison ».

Cette scène, d'ordinaire mélodrame, avait été imaginée par M. du Paty de Clam. Si je la rapporte, c’est que l’accusation a laissé entendre que le trouble du capitaine Dreyfus, pendant qu’il écrivait, décida de son arrestation. L’arrestation avait été décidée avant, nous l’avons vu, le mandat avait été signé le 14 et le 14 au soir le commandant de la prison militaire du Cherche-Midi recevait l’ordre écrit de préparer une cellule pour un prisonnier d'Etat. Le 15, au matin, le lieutenant-colonel d’Aboville se rendait au Cherche-Midi pour communiquer au commandant Forzinetti des instructions secrètes. Puis, tout en atiendant l’arrivée du capitaine Dreyfus, ? appela l'attention de M. Forzinelti Sur les proposilions que lui feraient sans doute la banque cosmopolite et la haute juiverie, et il lui demanda sa paroled'honneur d’obéir strictement aux inionctions ministérielles, ce que le commandant Forzinetlli re- [usa de faire, disant qu'il n'avait, en soldat, qu’à suivre les ordres de Son Supérieur.

Le trouble, exact ou supposé, du capitaine Dreyfus, ne fut donc pas la cause véritable de son arrestation. La scène jouée dans le cabinet du général de Boisdeffre donna-t-elle une valeur

quelconque à l'accusation ? Qui pourrait l’affirmer! Dans ce que M. du Paty de Clam et les policiers présents ont appelé le trouble, la défense n’a jamais vu que la manifestation du sentiment de surprise que dut éprouver natu-rellement le capitaine Dreyfus devant une mise en scène aussi inusitée; tout autre officier, en pareille circonstance, eût témoigné visiblement le mème étonnement et en eût donné des marques.

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