‹ La vérité sur l'Affaire DreyfusChapitre 9 sur 32 · L’ARRESTATION · texte numérisé non relu

L’ARRESTATION

Je reviens au récit de l’Xclair. Suivant lui, le commandant du Paty de Clam écrivit le 14 novembre au capitaine Dreyfus pour le prier de vouloir bien venir le trouver au ministère le lendemain matin pourune communication qui lintéressait :

« Dreyfus, qui était loin de soupçonner que l'on connaissait ses agissements,fut exact au rendez-vous. II arriva à l'heure fixée, vêtu d’un costume civil.

— Je suis très heureux de vous voir, mon cher camarade, lui dit le commandant. Si vous voulez, nous sortirons ensemble tout à l'heure et je vous communiquerai ce que j'ai à vous dire; en ce moment je suis très pressé; soyez donc assez aimabie pour écrire sous ma dictée, pendant que je classe les dossiers que j'ai là, une lettre que j'ai à envoyer au général de Boisdeffre, au sujet de documents qu’il m'a demandés.

Le commandant se mit alors à dicter au capitaine une lettre dont les termes étaient exactement les mêmes que ceux de la lettre dans laquelle le traitre annonçait l’envoi des cinq documents que nous avons énoncés plus haut et qui commençait par ces mots : « Je pars... »

À ces premiers mots, le capitaine pâlif, sa main trembla, la plume décrivait des sinuosités.

— Mais écrivez donc droit, mon cher, dit le commandant,.

Dreyfus chercha à se ressaisir, mais, presque aussitôt, sa main fut agitée par un tremblement nerveux.

— Qu’avez-vous donc? reprit le commandant.

— J'ai froid aux doigts, répondit, après quelque hésitation, Dreyfus en balbutiant.

La température était ce jour-là très modérée et il y avait du feu dans le bureau. Le commandant continua sa dictée, mais bientôt Dreyfus lui dit :

— Je ne sais ce que j'ai, il m'est impossible d'écrire. .

Alors le commandant se leva brusquement, se

DL AS USReE

dirigea vers la porte voisine et l’ouvrit. M. Cochefert, chef de la sûreté, et le commandant Henry, attaché à la section de statistique, entrèrent dans le bureau.

M. Cochefert marcha vers Dreyfus, lui mit la main sur l’épaule :

— Au nom de la loi, je vous arrête.

— Mais pourquoi? de quoi m'accuse-t-on? dit le capitaine.

— Vous le savez bien, répondit le commandant Mercier du Paty de Clam; votre émotion en écrivant la lettre que je vous dictais tout à l'heure en est une preuve suffisante.

— Je vous affirme que je ne comprends pas, reprit Dreyfus bouleversé.

— Allons donc! Il est inutile de vous débattre devant l'évidence. Votre trahison est découverte.

Le capitaine continua à protester de son innocence, disant qu’il était victime d’une erreur ou d’une vengeance ; mais le chef de la sûreté fit cesser la scène, en le remettant aux mains du commandant Henry, qui l’emmena aussitôt et Le fit monter dans une voiture qui stationnait devant la porte du ministère. Les deux officiers étaient vêtus en civil et rien dans leur attitude ne pouvait laisser soupconner que l’un d’eux était un prisonnier.

Dix minutes plus tard, la voiture s’arrêtait devant la prison du Cherche-Midi et les deux officiers se dirigeaient, sans que personne fit attention à eux, vers le logement de l’agent principal, où attendait le chef de bataillon Forzinetti, commandant les prisons militaires du gouvernement de Paris.

Le commandant Henry remit au commandant Forzinetti un ordre du ministre de la guerre, lui

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prescrivant d’écrouer le capitaine Dreyfus, accusé de haute trahison, sans inscrire son nom sur les registres de la prison, de le mettre au secret sans qu'il pût communiquer avec le personnel de surveillance, à l'exception de l'agent principal qui serait seul chargé d'assurer sa nourriture. L'ordre portait également qu'il était formellement interdit, tant au commandant qu’à l’agent principal, de faire connaître à qui que ce fût l’arrestation du capitaine.

Le capitaine Dreyfus fut alors conduit dans une chambre voisine du logement de l’agent principal et y fut enfermé.

Quelques heures plus tari, le commandant Mer-. cier du Paty de Clam se présentait, accompagné du chef de la sûr.té, au domicile du traître, et demandait à parler à Mme Dreyfus, qui le reçut aussitôt.

— Nous sommes chargés, Madame, dit le commandant, d'accomplir auprès de vous une très triste mission.

— Mon mari est mort ! s’écria Mme Dreyfus.

— Non, Madame.

— 11 est blessé alors !

— Non, Madame. IL est retenu par ordre du ministre, et nous avons été requis de perquisitionner ici dans les papiers de votre mari.

Le commandant et le chef de la sûreté fouillèrent minutieusement. Leurs recherches furent vaines ; ils ne trouvèrent rien. Les pièces compromettantes avaient été mises à l'abri, probablement dans le coffre-fort d’un complice. »

Est-ce ainsi que se passèrent les événements ?

Pas précisément. Nous allons rectifier :

Le lundi 15 octobre, le capitaine Dreyfus,

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