‹ La vérité sur l'Affaire DreyfusChapitre 11 sur 32 · LES PERQUISITIONS ET LA PREMIÈRE INSTRUCTION · texte numérisé non relu

LES PERQUISITIONS ET LA PREMIÈRE INSTRUCTION

Sitôt le capitaine Dreyfus écroué, le commandant du Paty de Clam et M. Cochefert se présentèrent à son domicile. Ils annoncèrent à Mme Dreyfus l'arrestation de son mari et procèdèrent à une perquisition minutieuse, qui, de l'arveu même de M. du Paty de Clam, ne donna auvun résultat. Le rôle de M. Cochefert était terminé, celui de M. du Paty ne faisait que commencer. [Il est nécessaire d’y insister pour montrer l’état d'esprit et l’acharnement inexplicable de celui qui était érigé en juge d’instrucion; il est inäispensable de dire comment fut traitée une femme que frappait le plus inattendu, Le plus incompréhensible des malheurs

Lorsque j'aurai exposé fa conduité de M. du Paty de Clam, on comprendra que le capité...

Dreyfus ait pu dire un jour : (Je n'ai pas ew à faire à des instrucleurs, mais à des bour- Peaux. »

Pendant les dix-sept jours que dura l’instruction, le commandant du Paty de Clam vit journellement Mme Dreyfus. Non seulement, il refusa de lui dire quelle élail l'accusation qui pesail sur son mari, mais il lui laissa ignorer la prison où il étail détenu; non seulement il ne l’autorisa pas à lui transmettre des nouvelles de sa santé et de celle de ses enfants, dont l’un étail malade le jour de l'arrestation, mais 1 lui défendil d'informer quiconque de ce qui S'éluil passé. Il Iui dit qu’en dehors du ministre et de ceux qui étaient chargés de linstruction, nul ne devait savoir ce qu'était devenu son mari. Conime Mme Dreyfus objecta qu’elle devait prévenir ses beaux-frères, il Iui dit qu’un mot prononcé par elle serait la perte de son mari et que le seul moyen de le sauver était de se taire.

Dès le 16 octobre, alors que lenquèête commençait, le commandant du Paty dit à Mme Dreyfus que toutes les preuves étaient réunies contre le capitaine et lui laissa entendre qu'il encourait la peine de mort. Mme Dreyfus lui

ayant demandé sur quoi s'ippuyaient ses preuves. « Sur mon intime conviction, » réponditil. Devant cette femme affolée, plongée dans les ténèbres les plus profondes, ignorant quels pouvaient être les faits reprochés à son mari et protestant de toute sa force contre l’abominable accusation, 4 trailail le capitaine Dreyfus de lâche, de gredin, de misérable.

Comme il ne trouvait aucune lettre indiquant des relations suspectes, il en concluait à la culpabilité du prisonnier. Quand Mme Dreytus le questionnait, il lui démontrait que son mari était un scélérat invétéré, capable d’une incroyable dissimulation. Z{{raçail sous ses yeux un cercle dans lequel il faisait entrer un cerain nombre d'hommes susceplibles d'avoir commis le crime mystérieux; puis, lraçant d'autres cercles pour. éliminer les uns après les autres des soupçonnés, il arrivail au captpitaine Dreyfus.

Il affirmait à Mme Dreyfus que son mari

avait une vie double, parfaite pour sa famille,

monstrueuse en réalité. « Souvenez-vous du masque de fer, » lui disait-il d’autres fois; ou bien : « Son gardien, un officier Supérieur, @ répondu ue lui sur sa tête; si j'étais à

s& place, J'aurais tellement peur qu'il ne

M'échappe, que je me coucherais au travers

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de sa porte; j'épierais son sommeil. » Cependant, il se contredisait parfois, volontairement sans doute ; il laissait espérer la malheureuse femme et, le 1* novembre, il lui écrivait qu’elle pouvait attendre une ordonnance de non-lieu.

Je ne commenterai pas ces faits; une appréclation n'y ajouterait rien; ils parlent d'euxmêmes, et la façon dont le commandant du Paty de Clam dirigea l'instruction et agit vis-àvis de l’homme qu’on iui avait livré, complétera le tableau que je viens de tracer de l'équité et de l'impartialité du juge. |

Au secret, le capitaine Dreyfus fut mis pendant dix-sept jours à la torture, torture morale plus abominable cent fois que la torture matérielle. Pendant quinze jours, il ignora l’accusation qui pesait sur lui. Il recevait cependant la visite journalière du commandant du Paty de Clam. Le commandant venait le soir, accompagné de son greffier, et dans ces entrevues il oublia toujours qu'il avait devant lui un accusé et non un coupable. Il r’abordait l'homme qu’on avait mis entre ses mains que l’injure à la bouche. À celui qu’il laissait dans l'ignorance du crime dont on l’accusait, il enlevait tous les moyens de défense. Il faisait subir au mari les angoisses qu'il faisait subir à la femme.

NET LI EEE

I] lui disait : « Vous êtes perdu. il n'y «à que la Providence pour vous tirer de là. » À ses interrogations désespérées, il ne faisait que des réponses ambiguës. Un soir, le capitaine supplia ses tourmenteurs, leur demandant de lui dire de quoi il s'agissait ; le greffier répondit :« Supposez qu'on trouve votre montre dans une poche où elle n'aurait pas dû être ; >» le commandant du Paty acquiesça d’un geste. On le prévenait que ses complices allaient être arrètés ; que son emprisonnement, quoique secret, était connu de torites les « officines allemandes. » S'il attestait son innocence, son bourreau lui répliquait : « L'abbé Brunèau disait aussi qu'il étail innocent, et cependant il est mort Sur l’'échafaud. )»

Dix fois, dans son affoiement, le malheureux voulut se suicider: dix fois il résista, car il savait que le suicide serait pour les esprits prévenus l’aveu de sa culpabilité et, qu'étant innocent, il n’avait pas le droit de mourir.

Jusqu'au quinzième jour de son arrestation, on posa au capitaine Dreyfus des questions à double entente et on fit divaguer son esprit en le Jançant sur les pistes les plus contradictoires. Nous verrons le parti que l'instruction a tiré de ce système. Enfin, /e quinzième jour, on lui montra la photographie du bordereau

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qu'on l'accusail d'avoir écrit. Le lendemain, le commandant du Paty de Clam remettait son rapport au général Mercier.

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