‹ La vérité sur l'Affaire DreyfusChapitre 16 sur 32 · LES CHARGES · texte numérisé non relu

LES CHARGES

Au moment du procès, le mystère que le gouvernementlaissa planersur l'accusation explique suffisamment l’affolement du reportage parisien: mais on pesa directement sur quelques journaux, on'leur envoya des informations mensongères, des notes équivoques et sensationnelles.

En même temps, le général Mercier, ministre de la guerre, oubliant l'influence qu'il devait avoir sur des juges militaires, se laissait interviewer. On était aux premiers jours de linstruction et le général Mercier affirmait que les charges les plus accablantes s’élevaient contre le capitaine Dreyfus, qu’on avait les preuves les plus flagrantes de sa trahison.

« J'ai soumis à M. le président du conseil et à mes colièques, disait-il à M. Leser. (Figaro du 28 novembre 1894) les rapports accablants qui mavaient été communiqués et,sans aucun retard, l'arrestation du capitaine Dreyfus 4 été ordonnée. On a écrit à ce sujet beaucoup dinexactlitudes : on «a dil, notamment, que le capitaine Dreyfus avail offert des documents secreis au gouvernement ilalien. C’est une

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erreur. Il ne mest pas permis d'en dire davantage, puisque l'instruction n'est pas close. Tout ce que l'on peut répéter, c’est que la Cculpabilité de cet officier est absolument certaine et qu'il a eu des complices civits ». M. Leser ajoutait : « À l'état-major de l’armée, on sait, de source certaine, que Dreyfus élail, depuis plus de trois ans, en relations avec les agents d'un gouvernement étranger qui n'était ni le gouvernement italien, ni le gouvernement austro-hongrois. Mais, Si l’on «à les preuves matérielles de son infamie, on n'&a pas réussi

jusqw' à présent à démontrer qu'il ail été

payé.»

Quelle pression des déclarations venant d’une telle source ne devaient-elles pas exercer sur l’apinion publique et sur les esprits de ceuxquiont pour habitude d'accepter lesaffirmationsdeleurs chefs hiérarchiques ? Et cependant le général Mercier n'avait en sa possession que les deux rapports d’expertises de MM. Gobert et Bertillon qui se contredisaient l'un l’autre. L’acte d'accusation ne contient aucune trace de ces rapports accablants dont M. le général Mercier certifiait l’existence, pas plus qu’il ne donne d'indications sur les complices civils, pas plus qu’il ne parle des prétendues relations de Dreyfus avec les agents d’un gouvernement étran-

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ger. L'interview de M. le général Mercier n’était donc pas l'expression de la vérité et, /a seule pièce à laquelle le ministre de la guerre pouvail faire allusion était, nous le Savons maintenant, la pièce secrète que YEïlair @ rendue publique. Si nous laissons de côté cette pièce ef nous le devons, provisoirement, puisqu'elle na pas figuré au procès, aueume charge ne s'élevait contre le capitaine Dreyfus, quand il comparut le 19 décembre devant le Conseil dé guerre. Après quatre jours dé débats, il fut constaté qu'il n'avait aucune relation suspecté, que les voyages à l’étranger, les besoins d'argent, les habitudes de jeu. la fréquentation des femmes étaient des légendes,

On a essayé encore maintenant de les faire revivre et dans l’article que j'ai cité plushaut, M. Montvillé écrit ceci : « Autre fait qui a aussi son importance : M. Bernard Lagare dffirme que Dreyfus n'à jamais eu de maitresse. Il ignore sans doule les relalions de l'ancièn capilaine d'artillerie avec Mine B.…., aujourd'hui en fuite et que la police recherche toujours. » Je n'ignore pas cela, Le capitaine Dreyfus a fréquenté, en effet, avant son mariage, le salon de Mme B:.. et a pu avoir avec elle des relations, mais il se

trouvait dans ce salon en compagnie de nombreux officiers, généraux et personnages appartenant à la haute diplomatie qu’il serait facile de nommer. Est-il possible de trouver dans un fait aussi simple un élément de culpabilité ? II est vrai qu’on ajoute que Mme B... est recherchée par la police; mais si cela est, on sait fort bien que ce ne peut être que pour des causes privées et même absolument intimes, et que jamais Mme B.. n’a été suspecte. D'ailleurs, c'est au commissaire du gouvernement dans le procès Dreyfus que doit aller le démenti de M. Montville, car ce commissaire a été obligé de reconnaître la parfaite probité de l’accusé, son honorabilité absolue, la régularité de sa vie.

Résumons-nous. De quoi est accusé le capitaine Dreyfus? D'avoir livré des doeuments à une ambassade étrangère Qu'apporte-t-on comme preuve ? Une lettre, sorte de mémorandum, contenant la liste des documents livrés. Cette lettre, repoussée par le capitaine Dreyfus est, dit-on, de son écriture. Trois experts l’affirment, el un de ceux-là sera, avant la fin du procès, disqualifié par la Cour d'appel pour une erreur grave, deux experts le nient; mais l’accusation ne s'appuie réellement que sur le rapport de M. Bertillon.

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