‹ La vérité sur l'Affaire DreyfusChapitre 7 sur 32 · LE RÉCIT DE L’ÉCLAIR · texte numérisé non relu

LE RÉCIT DE L’ÉCLAIR

Dans les premiers jours de l’année 1894,dit l'Éclair, on constatait au ministère de la guerre qu’il y avait une fuile dans les bureaux de l’état-major de l’armée, c'est-à-dire que des renseignements relatifs à certaines dispositions prises en vue du temps de guerre étaient transmis à une puissance étrangère.

Il est:exact, en effet, qu'une fuife a été constatée au ministère de la guerre dans les pre-

ET

miers jours ce 1894, et nous en avons la confirmation par la déposition du commandant Henry denant le Conseil de guerre. Comment savait-on, suivant l'expression du commandant Henry, qu'on rahissailt au ministère de la guerre ?

Pour répondre à cette question, il faudrait donner des détails sur l’organisation de l’espionnage, mais ce n’est pasle lieu ni le moment. Ce qu'il faut dire, c’est que cette constatation n’était pas à ce point anormale qu'elle dût effrayer les bureaux, ni l’état-major, car, depuis vingt ans et plus, des « fuites » n'ont jamais cessé de se produire au ministère.

Pourquoi ce fait acquit-il une telle importnnce? Parce que, — nous suivons toujours la déposition du commandant Henry, — une personne honorable avait affirmé que la trahison éfait due à un officier. Quelle était cette personne honorable? La défense le demanda

en vain au cours du procès ; on ne voulut pas la :

faire comparaître, le commandant Henry refusa de la nommer, se bornant à affirmer son honorabilité, ajoutant : « Le képi d’un militaire

auquel on a confié un secret, doit ignorer ce

qu'il y à dans sa têle. »

Mais reprenons la version de l’Eclair :

« À la suite de ces constatations, dit-il, des recher-

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ches furent faites dans les bureaux pour découvrir l’auteur de ces communications, qui constituaient le crime de haute trahison, mais elles ne donnèrent aucun résultat tout d’abord. On n’allait pas tarder cependant à mettre la main sur un document d’une importance exceptionnelle — puisque ce fut le document qui emporta à l'unanimité, plus tard, la décision implacable des juges. »

Nous reviendrons tout à l’heure sur ce document. Notons cependant que, de l’aveu même de l’Eclair, il fut tenu secret par le général Mercier et par le colonel Sandherr, chef de la section de statistique, qui l’avait communiqué au ministre. Il ne put en rien influer sur la marche de l'instruction, ne fut pas invoqué par l'acte d'accusation, pas discuté par conséquent et ne fut produit qu’au dernier moment, quand on voulut agir sur l’esprit des juges hésitants. Poursuivons, toujours d'après l'Eclair :

« Quelques jours plus tard, le chef de la section de statistique apportait au général Mercier une lettre non signée.Elle venait — par une source occulte — de l'ambassade allemande. Ce n’était pas une photographie, mais bien un original. Cette lettre, précédée de quelques mots d'introduction, n’était que le bordereau d’envoi d’un dossier. »

Ceci est exact; ce bordereau existe ct nous aurons à l’examiner plus tard. Sitôt en sa | 2

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possession, le ministre de la guerre prescrivit des recherches.

« L'écriture de la lettre, —continus l’£clair,—qui du reste était déguisée, fut comparée d’abord à celle de tous les officiers du cadre fixe, puis à celle des stagiaires ; aucune ne s’en rapprochait. C’est alors que quelques officiers songèrent à l’ancien stagiaire Dreyfus et rappelèrent que, sous prétexte de compléter son instruction personnelle, comme nous l’avons dit, il allait sars cesse d’un bureau à l’autre, regardant par dessus l’épaule de ses camarades ce qu'ils écrivaient, demandant à chacun des renseignéments qui, pris séparément, n'avaient pas grande importance, mais présentaient réunis un intérêt considérable, prenant sans cesse des notes sur ce qu'il avait lu ou entendu.

On se souvint que Dreyfus avait eu entre les mains, alors qu’il était attaché à la commission du réseau des chemins de fer de l'Est, de riombreux ren- Séignements concernant le plan de concentration, la marche des trains et les unités qu'ils doivent transporter, ies points de débarquement sur les différentes bases. En complétant ces renseignements au moyen de ceux qu’il avait recueillis depuis, ilavait pu livrer tout le plan de débarquement sur la base d'opérations contre l'Allemagne.

Le chef du premier bureau prit un document établi par Dreyfus, compara l’écriture avec celle de la lettre de l'ambassade d'Allemagne, et constata entre ‘ les deux pièces des similitudes d’écritures telles, qu'il resta convaincu qu’elles émanaient de la même personne. Il avertit alwrs 1e ministre que le traître ne pouvait être què le capitaine Dreyfus. ;

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Faisant allusion à la révélation du nom que lui avait apportée la pièce, que, par raison d’Etat, il tenaif secrète :

— Je le savais déjà, *épondit le général Mercier.

Ainsi, par deux voies différentes, l'enquête aboutissait au même résultat: la culpabilité de Dreyfus était absolument certaine. Cependant le ministre, avant de faire arrêter le traître et de le déférer à la justice militaire, voulut encore s’entaurer de nouvelles preuves : il donna l’ordre au colonel Sandherr de faire filer Dreyfus, et bientôt les agents du service des renseignements parent s'assurer que le capitaine entretenait, à Paris même, des relations avec une personne affiliée au service d'espionnage du grand état-najor allemand.

Le commandant Mercier du Paty de Clam, attaché au troisième bureau de l'état-major de l’armée, fut alors chargé d'établir l'enquête préliminaire, qui doit précéder l’ordre d’infcrmer donné à la justice militaire. Il réunit toutes les preuves de culpabilité, sauf la photographie de la lettre chiffrée interceptée, que le ministre, pour les motifs que l’on sait, tint à con- D Dar HOVOenIUl Re LS SE

Ce récit est erromé et la marche de l’enquête y est rapportée d’une façon inexacte. Il est faux que « quelques officiers songèrent à l’ancien stagiaire Dreyfus; » il est faux qu'ils rappelèrent sa conduite prétendue suspecte au ministère ; enfin, et ceci est particulièrement oraye. il est faux que les agents du servie des renseignements © purent s'assurer

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que le capitaine entretenait., à Paris même. des relations avee une personne affiliée au service d’espionnage du grand état-major allemand. » La bonne foi de l’'Eclair a été surprise et la personne qui lui a communiqué ce renseignement a menti. Nous allons rétablir les faits.

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