‹ La vérité sur l'Affaire DreyfusChapitre 8 sur 32 · LES FAITS · texte numérisé non relu

LES FAITS

Quand l'état-major eut le bordereau dont nous avons parlé, une enquête préliminaire fut ouverte; elle consista à examiner les écritures des officiers employés dans les bareaux de l'état-major et à les comparer avec celle du document. Comme on n’arrivait à aueun résultat, on fit appel à M. le commandant du Paty de Clam, qui passait pour avoir des connaïssances graphologiques. Le document lui fut soumis pendant deux jours; le 7 octobre, sur son affirmation que l’écriture était semblable à celle du capitaine Dreyfus, l'enquête fut continuée. Le 9 octobre, M. Gobert, expert dela Banque de France et de la Cour d'appel, fut commis à fin d'expertise. Quelques jours après — je suis là, mot à mot. le rapport d’aecusation de M. le commandant Besson d’Ormescheville.etles démentis qu’on me

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donnera seront donnés à ce rapport d’aceusation — M. le général Gonse se rendit chez M. Gobert, qui. au cours de la conversation, lui demanda le nom de la personne incriminée.

Cette demande parutæ'autant plussuspecte(?) que M. Gobert réclamait un délai pour mener à bien son examen. €'ette suspicion était injustifiable. car il est de pratique constante que jamais expert ne signe un rapport d’experfisesans savoir de qui émanent Îles pièces qu’on Iui a communiquées. Quel expert me démentira? Quoiqu'il eu soit, M. Gobert fut invité à remettre son travail et les pièces qui lui avaient ‘été confiées. Il donna ses conclusions sous forme de lettre au ministre. Les voici : «Kéant donnée Ia rapidité de mes examens, commandée par une extrême urgence, je crois devoir dire : Ia lettre missive incriminée pourraîït êére d’une personne autre que la personne soupeonnée.) Ces conclusions furent remises le 13 au matin, et l'après-midi même, le capitaine Dreyfus recevait une lettre invitant à se trouver, /e lundi 15 octobre. au ministère de la guerre pour l'inspection générale.

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On l’ineulpait déjà sur une expertise défavorable à l'accusation!

La veille, M. Bertillon, chef du service de l'identité judiciaire, désigné par le préfet de police sur la demande du général Mercier, ministre de la guerre, avait reçu des spécimens d'écriture et une photographie du bordereau (désigné constamment par l’accusation sous le nom de lettre missive).

Le 13 octobre, les pièces remises le matin par M. Gobert furent envoyées à M. Bertillon qui, le soir, formula ses conclusions. Les voici : «Si l’on écarte l'hypothèse d’un document forgé avec le plus grand soîn (??) ül | appert manifestement que c’est la même personne qui a écrit Ia lettre et les.

pitees communiquées. » Nous serons conduit à examiner le rapport de M. Bertillon.

Le 14 octobre, M. le commandant du Paty de Clam, chef de bataillon hors cadre, fut délégué par le ministre de la guerre comme officier de police judiciaire, à l'effet de procéder à l’instruc- tion de l'affaire ef à l’arrestation du capitaine Dreyfus.

- Ainsi, puisqu'il mous faut toujours ignorer Ia pièce que le général Mercier continuait à tenir secrète et à dérober a l'instruction comme elle le sera à la dé-

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fense, il suffisait de deux expertises contradic-

toires pour jeter en prison un homme que rien

n’accusait. Avec ce système, on peut emprisonner tout le monde. Si l’on admet que le témoignage de deux experts, en l'absence de toute autre preuve, est suffisant pour accuser quelqu’un et pour convaincre un juge, &’en est fait de la liberté de chacun. Que dire donc, lorsqu'on se contente d’une seule affirmation prétendue compétente, quand elle est démentie par laffirmation contraire d'un expertde compétence égale ? L'égarement fut tel que, je l’affirme encore, on ne songea pas à faire filer l'officier suspecté, alors qu’il nese doutaït pas de l’accusation dontil était l'objet, on ne tenta ni de suivre ses démarches, ni de contrôler sa correspondance. On me démentira peut-être, on dira que tout cela a été fait, je le nie.et l’acete d'accusation n’en contient pas trace.

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