CHAPITRE III
État des esprits dans l'Assemblée. — Caractère précaire de l'Alliance du 24 mai. — La question du drapeau.
— Fausses rumeurs. — Conférence du 27 août. — La monarchie devant la presse et devant l'opinion.
— Voyages à Frobrsdorf. — Les opinions du comte de Chambord. — MM. de Sugny et Merveilleux-Duvignaux. — La réunion du 25 septembre. — Union des groupes monarchiques. — Accord sur la nécessité du drapeau tricolore. — M. Combler, le duc de Chartres et le duc de Nemours à Frobrsdorf. — Retour de M. Combler. — Réunion du 4 octobre. — Le Comité des Neuf. — Départ de M. Chesnelong.
Ainsi qu'on Ta va,rentrevue de Vienne avait eu lieu en l'absence de l'Assemblée nationale. Tel avait été le désir formel du comte de Paris ^ 11 tenait à éviter que sa démarche et ses in-
tentions fussent portées à la tribune et livrées aux commentaires d'une discussion publique. Si l'Assemblée avait été réunie au moment où le prince se rendait à Vienne, les adversaires de la monarchie n'auraient pas manqué de provoquer un débat. Le mobile patriotique et généreux qui poussait les princes l'un vefs . l'autre aurait été dénaturé. C'était donc un acte de sagesse d'avoir choisi pour agir, le moment où de tels incidents ne pouvaient se produire.
L*état des esprits dans la Chambre, à cette époque, mérite d'être décrit. La journée du 24 mai avait peu à peu porté ses fruits. Les conservateurs de tous les partis étaient groupés, les uns avec des secrètes espérances, les autres avec résignation, autour du gouvernement du maréchal de Mac-Mahon, et la majorité était acquise au ministère. C'est dans ces conditions que l'Assemblée s'était séparée; mais cet état fort satisfaisant ne pouvait durer au-delà de sa prochaine réunion; et quand se serait engagée la discussion des lois constitutionnelles, on aurait acquis la certitude que l'union du
24 mai, accomplie dans le but de combattre les agissements des radicaux, avait pour terme fatal le jour où les conservateurs, royalistes, impérialistes, républicains modérés, confondus dans la même volonté d'assurer le succès de la cause de Tordre, verraient, les uns ou les autres, la possibilité de fonder un gouvernement de leur choix ou se refuseraient à en consacrer un autre de leurs votes.
Cette échéance, beaucoup d'esprits politiques l'avaient prévue. Les radicaux, et à leur tête, M. Thiers et ses amis, non encore consolés d'avoir perdu le pouvoir, et d'en être éloignés, la souhaitaient ardemment, avec l'espoir de profiter des dissensions qui se produiraient dans la majorité du 24 mai, si notablement augmentée depuis.
Par conséquent, ce n'est pas, comme on Ta prétendu, ceux qui ont tenté la restauration monarchique, qui ont disloqué la majorité. Celle-ci contenait dans son sein des nombreux éléments de division, destinés à éclater aussitôt qu'on ferait mine d'abandonner le terrain du provisoire pour entrer dans le régime définitif,
quel que dût être d'ailleurs ce régime. Les tentatives royalistes n'eurent donc d'autre résultat que d'avancer une inévitable crise.
Cet argument est irréfutable. On ne saurait trop l'invoquer, en réponse à ceux qui persistent à dire que les royalistes ont jeté la division parmi les conservateurs. Loin de vouloir semer la division, ils rêvaient un système de gouvernement, susceptible de rallier à l'ombre du drapeau tricolore, sous la monarchie constitutionnelle et contractuelle, mise d'accord avec la souveraineté nationale, entourée de garanties tutélaires et d'institutions libérales, tous les hommes qui ont souci de l'avenir de leur pays, qui placent son intérêt et sa grandeur au- dessus de leurs préférences personnelles. Ils tentaient de fonder ainsi au-dessus des partis, le parti de la France.
L'œuvre a échoué, non par la faute de ceux qui l'avaient entreprise, ni môme par le fait des passions anti-monarchistes déchaînées, mais par la volonté d'un homme. C'est le prétendant qui a repoussé la couronne, ou plutôt qui n'a voulu l'accepter qu'à des conditions
que ne pouvaient subir les conservateurs libéraux qui la lui offraient.
La responsabilité de Téchec ne doit donc pas leur être attribuée, et leur défaite n'enlève rien à la grandeur et au mérite de leur patriotique conception.
On les a accusés d'avoir conspiré. On ne conspire pas quand on nourrit le dessein d'agir par les voies légales. Leur dessein n'était pas autre, et leurs efforts tentés au grand jour, suivis par l'opinion d'heure en heure et dans tous leurs détails, n'avaient qu'un but : celui d'arrêter d'accord avec les représentants deja nation et avec le « roi » , les conditions el les termes du projet de constitution qui devait être soumis à l'Assemblée nationale dès son retour.
C'est en effet, entre celle-ci et le comte de Chambord, que la question se posait tout entière, au lendemain de l'entrevue de Vienne. Le prince ayant fait précédemment connaître dans des manifestes présents à toutes les mémoires, à quelles conditions il remonterait sur le trône de ses aïeux et ces conditions ayant
alors paru inadmissibles, il s'agissait de savoir si la démarche faite auprès de lui par son cousin, en dissipant toute défiance, Tavait ramené à des sentiments moins absolus. Etant donné qu'il n'y aura jamais en France une majorité pour restaurer la monarchie sans lui imposer un programme hbéral, toute la question résidait dans le point de savoir si ce programme, le candidat l'accepterait.
Un peu plus tard, et quand ce point d'interrogation se posera devant Topinion publique anxieuse, les adversaires de la monarchie s'empresseront de déclarer que l'auguste exilé n'est pas libre de revenir sur les paroles prononcées naguère, qu'il ne peut, ni ne doit consentir à aucune concession. Alors commenceront à circuler les récits les plus fantaisistes. On invoquera des lettres qui n'ont jamais été écrites; on prêtera au prince un langage qu'il n'a pas tenu; on prendra prétexte d'articles publiés dans les journaux royalistes et manifestement entachés d'exagération, pour démontrer avec force preuves et arguments, que
le comte de Ghambord reste Thomme du manifeste du 5 juillet < 871 .
Les rumeurs qui remplirent les journaux pendant tout le mois d'août ne tendirent pas à prouver autre chose. On allait jusqu'à prétendre que le prince avait refusé de recevoir plusieurs députés qui s'étaient présentés à Frohrsdorf. 0 a annonçait ouvertement^ Téchec de la fusion ». On oubliait ainsi que la démarche du comte de Paris, ayant conservé jusqu'au bout le caractère d'une réconciliation de famille, ne pouvait, alors qu'elle n'avait encore revêtu un caractère politique, donner lieu à aucun mécompte.
La vérité, c'est que depuis le 5 août, aucune démarche n'avait été faite auprès du comte de Ghambord et que ni par lui, ni par aucun personnage autorisé, rien n'avait été dit ou écrit qui pût faire supposer que le a non possumus » dont on nous menaçait sans cesse, était tombé de sa bouche.
Mais les calomnies qu'on propageait à ce sujet, prouvaient les impatiences et les anxiétés e Topinion. Elle s*excitait, en effet, pendant
que, pénétrés de respect, les royalistes attendaient que le prince parlât.
Pour quelques-uns, il faut le reconnaître, son silence était inquiétant. Ils se demandaient pourquoi, au lendemain de la visite du comte de Paris, profitant des espérances patriotiques que cet événement faisait naître, le comte de Ghamhord n'adressait pas à la France un manifeste éloquent écrit avec la plume d'Henri IV, par lequel il aurait répondu à l'attente et aux craintes du pays, et appelé à lui tous les conservateurs, tous les hommes de bonne volonté. Oui, il y avait lieu de regretter que les choses ne fussent point ainsi. Mais quelque cuisant que fût le regret, quelque alarmant que pût être le silence du prince, quelque vraisemblables que fussent les commentaires, ils ne justifiaient pas le langage de ceux qui annonçaient (i Téchec de la fusion » .
Interrogé à cet égard, un des membres les plus éminents du Centre Droit, ami des princes d'Orléans, écrivait à l'auteur de ce livre, dans le courant du mois d'août :
a Si l'on vous parle de Téchec de la fusion,
» continuez à n'y rien comprendre. Nous avons » fait, nous autres, simplement et noblement » notre devoir; nous n'avons pas jusqu'à » preuve du contraire, le droit d'en conclure » que nos amis ne sauront pas faire simple- » ment et noblement le leur. Je me demande » s'il n'y a point quelque sagesse à eux à » ajourner la manifestation de leur dernière » résolution, j usqu'au jour où les conséquences » en pourront être immédiates et décisives. II » peut être en effet liabile dans une question » où les nuances joueront un si grand rôle, » de ne pas les livrer avant l'heure à la dis- » cussion. »
Cette explication était logique autant que raisonnable ; mais , même destinée à une grande publicité, elle n'était pas de celles qui dans les crises graves, impressionnent l'opinion et déterminent ses courants. Pour frapper la foule, il fallait autre chose que des paroles ; il fallait des actes. C'est aux chefs^du Centre Droit que revient l'honneur de l'avoir compris les premiers et d'avoir pris l'initiative des négociations qui pouvaient conduire ^n but.
On touchait alors à la fin du mois d'août. Les hommes politiques étaient encore dispersés par les vacances et les plaisirs de la villégiature. 11 y avait à Paris et à Versailles peu de députés, et ce n*est guère que lorsque se réunissait la Commission de permanence,que quelques-uns des personnages les plus influents de l'Assemblée trouvaient l'occasion de converser entre eux.Cest ainsi que tous les membres de la commission, appartenant à la Droite et au Centre Droit, se rencontrèrent le jeudi 27 août avec plusieurs de leurs collègues qui partageaient leurs opinions^ et qui étaient venus pour connaître les nouvelles. Convoqués les uns et les autres dans un des bureaux àt la Chambre, ils purent se communiquer a cœur ouvert toutes leurs pensées.
C'est le duc d'Audiffret-Pasquier qui prit d'abord la parole. Il rappela brièvement In démarche du comte de Paris. Puis s'étanl fait l'interprète de l'impatience avec laquelle le pays en attendait le résultat , il s'attacha à démontrer qu'il n'était pas possible de retarder plus longtemps l'étude préparatoire
de la situation et la décision qui devait être prise par les groupes conservateurs. Il exposa ^a doctrine du Centre Droit, se résumant en ces mots : Monarchie constitutionnelle, avec le drapeau tricolore et les institutions qui existent *hez tous les peuples libres, autrement dire: gouvernement du pays, parle pays, sans qu'il en coûte rien à la dignité du roi.
Cette forme de gouvernement était celle sur les conditions de laquelle dix-huit mois auparavant et dans les documents dont nous avons publié le texte dans le chapitre précédent, la Droite et le Centre Droit s'étaient mis d'accord. L'exposé du duc d'Audiffret-Pasquier ne pouvait donc soulever aucune objection. Il demeurait fidèle aux engagements pris, il le rappela; mais il ajouta qu'il était nécessaire que le comte de Chambord fit connaître ses intentions, afin qu'on sût avant l'ouverture de la prochaine session, si la restauration monarchique était possible ou ne l'était pas.
Ce fut là le véritable point de départ des agissements parlementaires. C'est en ces termes que les « conspirateurs et les intrigants » ten-
taientla restauration, c'est-à-dire, en se demandant si la volonté du comte de Chambord permettrait de soumettre auvotedeTAssemblée un projet de monarchie susceptible de rallier tous les suffrages.
Peu de jours après, la question se posait dans les journaux, en des termes identiques. La Presse, dans un article où l'on reconnaissait l'esprit politique et la plume de son éminent directeur , le vicomte de la Guéronnière, sadressant aux feuilles qui représentent spécialement les intérêts et les doctrines du comte de Chambord, les adjurait de s^expliquer. Tl traçait à grands traits le programme de la monarchie constitutionnelle, et leur disait : « Ce programme, l'acceptez-vous? » A cette question les journaux légitimistes répondaient mécontents : « Vous n'avez pas le droit d'interroger. «Mais la /'re.sse insistait et après une polémique courtoise, elle obtenait des légitimistes ces mots : « Qu'on nous accorde un répit, o Cette phrase qui n'engageait l'avenir, ni par une acceptation, ni par un refus, indiquait clairement, et personne ne pouvait l'entendre
d'une autre manière, que les amis du comte de Ghambord étaient résolus à agir auprès de lui, ou mêmeagissaientdéjà, et qu*on attendait le résultat de leurs démarches.
L'opinion le comprit ainsi. Elle comprit qu'une heure solennelle approchait, et c'est alors qu'on vit les premiers éléments d'une <;oalition se former contre la monarchie encore à naître, coalition dont nous reparlerons dans un autre chapitre et à laquelle nous ne voulons faire en ce moment qu'une simple allusion afin de ne pas couper le fil de notre récit.
On agissait en effet. Après Tentrevue de Vienne, plusieurs députés s'étaient rendus auprès du comte de Ghambord. C'est à eux qu'il avait fait connaître les sentiments éveillés en son àme par la démarche du comte de Paris. Personne n'avait osé aborder devant lui les questions politiques, ni celle de la constitution, ni celle du drapeau, et son sentiment actuel ne paraissait pas encore différer des opinions mainte fois exprimées.
« Je ne suis pas un candidat à la royauté, 0 avait-il dit, mais un principe de gouverne-
» ment. Si la France veut le gouvernement » que je représente et qui est le seul que je » puisse lui donner, alors je suis à sa disposi- » tion et je veux bien traiter avec l'Assemblée » de Versailles, qui est Torgane légal de la » nation. Que si au contraire, on ne veut » qu^une monarchie de circonstance, destinée » à légaliser les courants révolutionnaires et à » leur apporter une digue temporaire que la » première génération renversera, alors, il est » inutile de m'appeler. Je sais bien que j'ai » des principes impopulaires, mais ces prin- » cipes sont ma force, ma raison d'être, et je » ne puis pactiser, au fond, avec ce que je » considère comme Terreur, comme la cause » du désarroi de la France. »
A première vue, on pouvait redouter que les a principes impopulaires » fussent dans sa pensée, un retour à l'ancien régime. Mais, une lettre écrite le 49 septembre, au vicomte de Hodez-Bénavent, dont nous avons déjà cité un fragment, donnait à cette appréciation le plus formel démenti. Répondant aux arguments
misérables et mensongers de la « propagande révolutionnaire » il s'exprimait ainsi :
« En être réduit, en 4873, à évoquer le » fantôme de la dime, des droits féodaux, de » Tintolérance religieuse, de la persécution » contre nos frères séparés; que vous dirai-je » encore, de la guerre follement entreprise » dans des conditions impossibles, du gouver- » nement des prêtres, de la prédominance des » classes privilégiées 1 Vous avouerez qu'on p ne peut pas répondre sérieusement à des » choses si peu sérieuses. A quels mensonges » la mauvaise foi n'a-t-elle pas recours lors- » qu'il s'agit d'exploiter la crédulité publique ? » Je sais bien qu'il n'est pas toujours facile, » en face de ces indignes manœuvres, de con- » server son sang-froid ; mais comptez sur le ï» bon sens de vos intelligentes populations » pour faire justice de pareilles sottises. Ap- » pliquez-vous surtout à faire appel à tous » les honnêtes gens, sur le terrain de la recon- » stitution sociale. Vous savez que je ne suis » p:;int un parti, et que je ne veux pas revenir » pour régner par un parti : j'ai besoin du
)» coi: cours de tous, et tous ont besoin de » moi. »
Un si noble langage était fait pour rassurer les conservateurs libéraux. 11 ne leur donnait pas, il est vrai, satisfaction quant à la constitution et au drapeau. Mais, il laissait ces deux questions intactes, et l'espérance de ceux qui croyaient qu'elles seraient résolues conformément au vœu général, restait entière.
Parmi les représentants qui se rendirent alors à Frohrsdorl, il en est deux dont le voyage prit tout à coup le caractère d'une mission et Timportance d'un événement politique. L'un était M. de Sugny, député de la Loire, l'autre M. iVIerveilleux-Duviguaux, député de la Vienne. Ils appartenaient l'un et l'autre à la partie la plus modérée de la majorité. Le premier s'était fait connaître par son active collaboration aux travaux de la Commission cbargée de procéder à une enquête sur les actes du gouvernement de la Défense nationale et par d'importants rapports sur quelquesuns des événements de cette époque. L'autre moins connu dans le public, jouissait d'an
certain crédit dans l'Assemblée où sa sagacité et la fermeté de ses principes s'étaient fréquemment révélées.
Leur voyage fut la conséquence de la réunion du 27 août. Arrivés à Frohrsdorf vers le 45 septembre, ils eurent deux entrevues avec le comte de Chambord. Dans la première, ils exposèrent le but de leur démarche. Ils déclarèrent au prince qu'ils n'avaient point à lui poser un ultimatum, que leur mission consistait à lui exposer la situation actuelle, réelle, telle qu'elle ressortait des réunions tenues à Versailles.
— Trois questions ont préoccupé nos collègues, dirent-ils. On vous accuse d'avoir sur la question religieuse des idées dangereuses, de vouloir revendiquer même par les armes les droits temporels du Saint-Siège. On prétend que vous voulez imposer au pays une Constitution et non l'accepter de ses représentants. On désire savoir enfin ce que vous pensez, quant au drapeau.
Le comte de Chambord répondit sur les trois propositions qui lui étaient soumises.
— Mon retour, dit-il, d'abord, ne sera pas, ainsi que Taffirment les ennemis de la monarchie, le signal d'une guerre religieuse. Si le roi va à confesse, il ne contraindra personne à y aller. Je ne me crois pas obligé de faire le salut éternel de toute la France ; je me crois obligé de faire le mien et c'est déjà assez. Quant aux intentions qu*on me prête vis-à-vis de ritalie, voici ma réponse : Le monarque quel qu*il soit, qui montera sur le trône de France, n'aura en main qu'un tronçon d*épée. Il ne saurait avec cela engager la France dans une guerre, même pour une cause sacrée à ses yeux. Je suis catholique convaincu ; mais, je ne me crois pas en droit d'engager les destinées de la France dont la politique doit être une politique de recueillement, de paix.
En ce qui touche la Constitution, il ajouta i
— Je ne veux pas imposer une constitution à la France. Mais je ne pense pas qu'il y ait lieu pour elle, de m'en imposer une toute faite. La Charte de 48U, appropriée aux circonstances, débattue entre mes délégués et ceux de T Assemblée, n'est-elle pas de nature à satisfaire
tous les intérêts? Quant aux libertés de 1789, elles n*ont rien à craindre de moi. Je suis par tisandu suffrage universel honnêtement pratiqué. J'ai d\'iilleurs à cet égard, certaines idées que je ferai connaître quand il sera temps. Il dit encore :
— Ce serait une grande erreur de supposer que si je prends le pouvoir, je n'appellerai que mes amis à faire partie du gouvernement. Je suis toujours sûr de les trouver quand j'aurai besoin d'eux. Je dois surtout m'entourer d'hommes qui sans être mes amis personnels, seront les amis de mon règne et auront aussi l'expérience des affaires. Je veux l'accession de tous à toutes les fonctions. Je serai le roi de mon temps, le roi de tous et non le roi de l'ancien régime.
Enfin dans un moment d'expansion, il s'écria :
— Si je dois monter sur le trône, ce sera en 1873, ou ce ne sera jamais. C'est l'Assemblée actuelle qui doit faire la monarchie, et non une autre.
Il donnait à entendre ainsi qu'il comprenait
toute la gravité des négociations en ce moment engagées et leurs conséquences possibles. Ces déclarations, on le voit, laissaient hor de tout débat la question du drapeau. Voulant connaître son sentiment à cet égards un des délégués lui dit :
— L'Assemblée i^ationale ne fera jamais la monarchie qu'avec le drapeau tricolore.
— C'est ce que je ne sais pas, répondit le prince.
Il fut impossible d'obtenir de lui, une parole moins évasive. Il est d'ailleurs à remarquer que jusqu'au moment oii il fut mis par M. Chesnelong en mesure de s'expliquer sur ce point spécial, le prince eut soin de ne prononcer aucun mot qui pût l'engager dans un sens ou dans un autre .
MM. de Sugny et Merveilleux-Duvignaux le quittèrent donc sans avoir pu pénétrer toute sa pensée. Ils étaient cependant satisfaits des déclarations importantes qui leur avaient été faites. Revenus à Paris, le 22 septembre, ils s'empressèrent de faire connaître à leurs collègues le résultat de leur voyage.
Le lendemain, une nombreuse et importante conférence eut lieu chez le duc Decazes . On y délibéra sur les nouvelles apportées de Frohrsdorf. On déclara qu'elles étaient de nature à cimenter l'alliance définitive de toutes les fractions du parti monarchique ; on décida enfin qu'une réunion des membres de ce parti serait convoquée à Versailles pour le lendemain, jeudi 25 septembre, à Tissue de la Commission de permanence.
Les lettres de convocation, lancées aussitôt, amenèrent à Versailles, au jour dit, environ soixante députés appartenant à la Droite et au Centre Droit. Durant la route, entre Paris et Versailles, Tun d'eux, le duc d'Audiffret- Pasquier prit place dans le même wagon que M. Léon Say qui se rendait à la Commission de permanence ?
— Eh bien, lui dit ce dernier, vous allez donc faire la monarchie?
— Je l'espère.
— Oh ! elle est faite ! rien ne saurait entraver vos projets j elle est faite. Mais vous commettez une grande faute.
— Vous n'êtes pas bon juge, en pareille matière, mon cher collègue, répondit le duc. Vous et tous les amis de M. Tliiers, aussi bien que M. Thiers lui-même, vous vous êtes trompés deux fois, la première, quand vous avez cru que la majorité était incapable d'abnégation et de discipline ; nous vous avons répondu le 24 mai ; la seconde, quand vous avez cru que le parti radical était désintéressé et docile. Il vous a jeté M. Barodet dans les jambes et vous a tués. Par conséquent, ne parlez pas de faute aujourd'hui.
M. Léon Say ne répondit pas. Mais, il est probable que le lendemain, il rapporta ces paroles à M. Thiers qui était rentré de son voyage en Suisse et qui sans doute ne fut pas mieux que lui en état de répondre à cet argument décisif.
La réunion s'ouvrit à trois heures dans l'un des bureaux de TAssemblée. Leduc d'Audilfret- Pasquier, fut prié d'occuper le fauteuil présidentiel. Il prit la parole aussitôt.
11 déclara que l'heure était venue pour tous de s'expliquer et que le Centre Droit, c'est-à-dire
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le parti des parlemeutaires , des politii|ues, comme on disait au temps de la Ligue, avait le droit de connaître les intentions de la Droite. Il exposa les points qui jusqu'à ce jour, avaient réuni les deux groupes, et les points qui les avaient divisés. « Pour arriver à l'union, pour la maintenir, pour la consacrer, dit-il, nous avons fait, en toutes circonstances, preuve d*une abnégation sans exemple.» Il cita toutes les circonstances où le Centre Droit avait sacrifié ses vues, ses sympathies, ses préférences à l'union conservatrice, depuis le jour où il se taisait, en dépit des actes qui pouvaient lui déplaire et des manifestes de M. le comte de Chambord et cédait sur tous les points, jusqu'au moment où le comte de Paris était allé abdiquer les prétentions qu'on lui prêtait, entre les mains du comte de Chambord. a Nous vous avons tout donné, s'écria l'honorable duc. Nous avons fait tout ce que nous pouvions faire. Ne nous demandez rien do plus. Nos poches sont vides. Nous n'avons pas le droit de sacrifier nos convictions les plus chères et cela nous ne le ferons jamais. La seule monarchie à laquelle
nous puissions consacrer nos efforts, c'est la monarchie tricolore. C'est celle que vous devez faire accepter de M. le comte de Ghambord, parce que la France n'en accepterait pas d'autres, p
Ce noble langage émut les cœurs. Il répondait au besoin d'entente qui animait tous les assistants. On comprenait que tous les points sur lesquels, longtemps, il y avait eu divergence, ayant peu à peu disparu, celui qui restait encore debout, — la question du drapeau,
— devait être abordé résolument.
Le comte de Maillé, député de Maine-et-Loire, membre de la Droite, tout dévoué au comte de Chambord, dont le langage faisait autorité, demanda à répondre. — Il ne saurait subsister un doute entre nous, s'écria-t-il. Tous ici, nous voulons le drapeau tricolore. Entre ceux dont le duc Pasquier s'est fait l'interprète et nous, la visite de M. le comte de Paris, a créé un engagement d'honneur. Nous ne pouvons plus nous diviser. Pour moi, je le déclare, quoique je sois un vieux monarchiste, quoique toute ma vie,
— elle est déjà longue, — j'aie souhaité de voir
le roi sur le trône, je déclare que je ne comprends d'autre monarchie que la monarchie constitutionnelle^ d*autre drapeau que le drapeau tricolore et que si Ton voulait nous en imposer un autre, je renoncerais à voir revenir le roi.
Le baron de Jouvenel, député de la Corrèze^ dont le nom jouissait dans r Assemblée d^autânt de considération que d'influence, prêta à la défense du drapeau national, le secours de son éloquence et impressionna l'assistance.
M. de Garayon La Tour, le type le plus chevaleresque du courage et de Fhonneur, se leva les larmes aux yeux, déclarant que jusqu'à ce jour, sa vie avait été au service du comte de Chambord, mais qu'il était prêt maintenante la donner aussi pour le comte de Paris, et pour son fils, le jeune duc d'Orléans, Tespoir de la monarchie.
L'émotion était à son comble, rassemblée électrisée et ces hommes convaincus, honnêtes, animés des intentions les plus patriotiques, se serraient les mains, comme pour mieux affirmer
runioQ définitivement consacrée de toutes les fractions monarchiques.
Quand l'émotion se fat un peu calmée, le duc de Larochefoucault-Bisaccia demanda au duc Pasquier de vouloir bien substituer à l'expression de « monarchie tricolore, » dont il s*était servi, ces mots : a monarchie du drapeau tricolore, » et M. Combler, député de FArdèche, annonça qu'il avait hâte de faire connaître au comte de Chambord la manifestation qui venait d'avoir lieu.
Enfin, le duc Decazes proposa de charger les bureaux des trois réunions dites : réunion Changarnier, du Centre Droit et des Réservoirs, de rédiger un programme des résolutions communes. Cette proposition fut adoptée, à l'unanimité des membres présents.
Telle fut la journée du ?5 septembre. Au* cune décision ne fut prise, Tassçrablée n'ayant pas qualité pour engager les absents. Mais, ce qui fut constaté, ce qui demeura acquis, c'est le complet accord sur la nécessité du rétablissement de la monarchie, et la conviction que le comte de Chaiiibord n'avait rien dit à MM. de
Sugny et Merveilleux-Duvignaux qui pût autoriser quelqu'un à penser qu'il nourrissait l'intention de régner d'après des principes incompatibles avec les idées modernes.
Les incidents que nous venons de rapporter imposaient cepen lant des graves obligations à la Droite. Elle le comprenait. Le Centre Droit ayant si généreusement accompli son devoir avait le droit d'attendre d'elle qu'elle remplît le sien jusqu'au bout. Ce devoir consistait actuellement à insister auprès de M. le comte de Chambord, afin d'obtenir de lui qu'il cédât sur les divers points oii sa volonté restait encore en désaccord avec la volonté des réprésentants de la nation.
C'est sous l'empire de ces sentiments que M. Combler partit pour Frobrsdorf, afin de faire connaître l'état des esprits à Versailles. Mais, il dut constater que si le comte de Chambord était disposé à faire des concessions sur divers points, il en est d'autres au sujet desquelles son hésitation durait toujours. « Il ne voulait pas aller à la France ; il voulait que la
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France "vînt à lui » Quant au drapeau, il dit à M. Combler :
— Le roi rétabli sur le trône pourra prendre le drapeau tricolore ; mais le prince exilé depuis quarante-trois ans, ne peut l'accepter, et abandonner le sien, sans s'amoindrir. Qu'on m'appelle sans conditions et toutes les questions litigieuses seront facilement résolues.
M. Combler ne put obtenir d'explications plus décisives, même quand il allégua que sans des engagements formels, il serait impossible de former une majorité pour voter la monarcbie.
Le prince s'enfermait dans son système, ce qui fit dire un peu plus tard et quand son attitude fut connue, aux journaux opposés à la monarchie « qu'il voulait célébrer la noce avant de signer le contrat. »
Le voyage du député de TArdèche fut donc sans résultat. H était évident que l'obstacle à tout arrangement résidait dans l'opinion de la majorité touchant le drapeau et dans le sentiment contraire du prince, sentiment que
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son silence, en toute circonstances affirmait énergiquement.
Ce n'est pas seulement par M. Combler qu'on en eut la preuve. Le 29 septembre, le duc de Chartres s'était rendu à Frohrsdorf, afin défaire à son coasin la visite qu'il n'avait pas pu faire en même temps que le comte de Paris. Il en revint, enchanté de Taccueil cordial qu'il avait reçu et de la confiance qu'on lui avaît témoignée, mais sans avoir pu aborder le poiiit capital. Il essaya cependant d'y toucher. Pendaut un entretien assez long, il dit :
— La restauration de la monarchie dépend de vous.
On ne lui répondit pas.
Cependant qui pouvait plaider la cause du drapeau tricolore mieux que le jeune prince qui avait été un héros sous le nom de Robert-le- Fort et qui représentait en ce moment l'esprit de l'armée française ?
— Voyez mon uniforme, aurait-il pu dire ; voyez la croix qui brille sur ma poitrine. Cet uniforme et cette croix, portés partout avec honneur^ c'est à l'ombre du drapeau tricolore
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qu'ils so, sont glorifiés; et nul de ceux qui en ont été honorés ne veut renoncer à ce drapeau qui, dans les jours de péril, fut leur égide et leur souci. Vous ne voudrez pas vous fermer la France, en tentant de lui en imposer un autre. Le drapeau blanc, glorieux aussi, ne représente que le passé : le drapeau tricolore, c'est la France moderne, la France libérale, la France parlementaire, la France chrétienne. On ne l'a jamais vu dans les rangs de Témeute. Il a connu des douleurs sans exemple ; mais il est pur de toute souillure.
Un tel langage eut impressionné le comte de Chambord. Est-ce parce qu'il redoutait d'y être sensible qu'il ne voulut pas Tentendre ? Le duc de Chartres rentra en France sans avoir pu parler.
Peu de jours après lui, le duc de Nemours se trouvait à Frohrsdorf. Une lettre écrite de Vienne, en date du 7 octobre, résuaiait comme suit son opinion :
a Le duc de Nemours est convaincu que le » comte de Chambord n'est pas actuellement » disposé à faire la concession du drapeau. Il
» se croit maître de la situalion ; il est per- » suadé qu'on ne peut se passer de lui, que la » monarchie est fai(e dans les esprits, et que » s'il ne fait pas un pas vers nous, la majorité » de l'Assemblée sera obligée de faire tous les » pas vers lui. Il est à craindre que quand il » sera éclairé sur la vraie situation, quand il » comprendra qu'il faut opter entre régner » avec le drapeau tricolore ou achever sa vie » dans l'exil, il optera pour Fexil. »
Dans une aulre lettre, cette appréciation se trouve ainsi confirmée :
(( On se fait de grandes illusions à Paris. » Je vois ici bien des personnes qui vivent » depuis vingt ans dans l'intimité du comte » de Ghambord et qui me donnant l'impres- » sion qu'il n'est disposé à aucune concession. »
Ces impressions exagérées peut-être, connues et propagées dans les groupes politiques, nécessitaient des résolutions immédiates et décisives. Déjà l'opinion s'était émue, alarmée et avec sa mobilité accoutumée, avait conçu des doutes sur la possibilité de fonder la monarchie. Elle
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estimait que les promoteurs de la tentative ayant, comme on dit, brûlé leurs vaisseaux, n'avaient plus la ressource de se rejeter sur a prorogation des pouvoirs du maréchal Mac- Mahon, et que la question se poserait inévitablement entre la monarchie et la république. Or, comme elle était convaincue qu'une proposition de république ne réunirait pas la majorité dans l'Assemblée ; comme d'autre part, le roi faisait défaut à la combinaison monarchique, en refusant d'accepter le drapeau national, elle entrevoyait au bout d'essais successifs, avortés, se dresseij sur le pays, le spectre de l'anarchie, prêt à dominer facilement le parti conservateur, réduit à l'impuissance par ses divisions et par la faute du roi.
Cette perspective n'était pas exagérée. Le chapitre suivant en racontant les agissements des partis avancés, démontrera combien le péril devenait extrême. Toutes les fractions de la Gauche entraient en campagne sous la direction de M. Thiers. A quelque décision qu'on dût s'arrêter, l'intérêt du pays exigeait qu'elle fût immédiate.
Une conférence nouvelle eut lieu le 4 octobre, chez M. Aubry, député des Vosges.
Le secret des délibérations fut scrupuleusement gardé. On ignora heureusement ce qui s'y était passé. La réunion fut loin d'offrir la même sérénité, la même union que celle du 25 septembre.
Les membres de Textrême Droite y étaient en plus grand nombre et leur langage, loin de confirmer celui de M, de Maillé, parut vouloir l'affaiblir, comme si ce dernier se fût engagé plus qu'il n'en avait le droit. Une discussion très- vive s'ouvrit, sur la question de savoir si l'alliance précédemment conclue, devait être maintenue, malgré le peu de succès des négociations poursuivies à Frohrsdorf. Chacun dit sa pensée sans réticence et sans ambages, et cette franchise mutuelle eut pour résultat de mettre en relief, de nouveau, la sincère volonté de tous d'arriver au but commun.
S'efforçaut de concilier l'opinion du Centre Droit et les hésitations du comte de Chambord, la Droite modérée proposa une formule ainsi conçue :
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« Les emblèmes actuels seront maintenus tant qu'ils n'auront pas été modifiés par une loi. »
Mais, les membres du Centre Droit repoussèrent cette proposition comme impliquant une renonciation possible dans l'avenir au drapeau tricolore. Ils maintinrent énergiquement ce drapeau sans conditions ni concessions. En outre, le duc Pasquier déclara qu'on ne pouvait ajourner au-delà d'une date prochaine une décision que le pays attendait anxieusement.
Il fallait donc arrêter les moyens pratiques d'aboutir rapidement, ou rompre les négociations. Cette dernière hypothèse fut énergiquement écartée. On reprit alors la proposition précédemment faite par le duc Decazes, et huit commissaires choisis, deux dans chacun des quatre groupes de la majorité, furent désignés afin de se réunir sous la présidence du générai Changarnier, de formuler une proposition définitive et de la faire accepter par qui de droit. Cette commission de neuf meml)res et qui prit le nom de Comité des Neuf, se composait de
MM. le général Ghangarnier, président ; Combier, deTarteron, le duc Pasquier, Gallet, Daru, Baragnon, de Larcy et Chesnelong. On souhaitait que le duc Decazes en fit partie. La netteté de son esprit, l'ardeur de ses convictions lui marquaient une place dans le Comité. Il dut refuser d'y entrer. Il venait d'être nommé ambassadeur de France à Londres et son départ était prochain.
— Il y a lieu d'agir sans retard, ajouta le duc Pasquier. Il me paraît convenable qu'une réunion générale ait lieu le jeudi 1 8, à Versailles, après la Commission de permanence. Si, à cette date, la question du drapeau n'a pas été résolue, le Centre Droit reprendra sa liberté d'action.
Dès sa première réunion, qui eut lieu peu de ours après chez le général Ghangarnier, le Comité des Neuf reconnut la nécessité de soumettre au comte de Chambord la situation du pays et des partis et de lui arracher une réponse nette et décisive. Il ne s'agissait pas seulement du triomphe de la cause monarchique, mais rr«core du salut du pays. On décida donc de lui
envoyer un délégué qui serait spécialement chargé de lui indi^iuer les nécessités et les possibilités de la situation, soit sur la question constitutionnelle, soit sur la question du drapeau. Puis, quand on eut à désigner ce délégué, tous les suffrages se portèrent sur Me Chesneloug.
Homme d'âge et d'expérience, connu par un séjour plein d'éclat dans le Corps législatif de l'empire, rompu aux affaires et aux négociations, doué d'une parole chaude et entraînante, fin comme un méridional, le député des Basses- Pyrénées était bien le mandataire qui convenait le mieux à la mission qu'il s'agissait d'accomplir. Sorti du peuple, fils de son travail et de ses œuvres, il devait inspirer confiance à la bourgeoisie, qui saurait qu'elle aurait en lui devant le prince, un vigoureux défenseur de ses droits.Énergiquementattaché à la cause de l'ordre et au principe d'autorité, défenseur, en d'autres temps, des droits du Saint-Siège, il représenterait, aux yeux du comte de Chambord, l'esprit moderne et l'opinion de la majorité des Fran- (^ais. — La république de Venise, quand elle
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envoyait autrefois ses ambassadeurs dans le monde entier, la république des États-Unis aujourd'hui, auraient choisi pour négociateur ce personnage avisé, sagace, à Toeil vif, aux traits fins ; et, quoique M. Gambetta et ses amis lui aient démocratiquement reproché de n'être qu'un drapier, nous persistons à penser que M. Chesnelong était digne, en tous points, de la tâche imposée à son patriotisme.
Il essaya d'abord de s'y soustraire. Elle l'effrayait. Toutefois, devant Tinsistance de ses collègues, il s'y résigna et se prépara à partir. Mais, désireux d'être présenté au comte de Ghambord par Tun des habitués de Frohrsdorf, il se rendit chez M. Lucien Brun.
— Je vais à Frohrsdorff et je viens vous prier de m'accompagner.
— C'est que le prince n'y est pas et j'ignore où il est. Je vais m'en informer, et, dès que j'aurai une réponse, je vous la ferai tenir.
M. Chesnelong n'attendit pas longtemps. Le lendemain, M . Lucien Brun vint le trouver et lui dit :
— Je reçois à l'instant une dépêche du comte
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de Gliambord. Il est à Sdlzbourg, dans la Haute- Autriche et m'iavite à l*y rejoindre avec Cazenove de Pradines et Garayon La Tour. Voulezvous partir avec nous ?
— Annoncez-lui d'abord le désir que j'ai d'être reçu par lui et là mission dont je suis chargé, répondit M. Chesnelong après avoir réfléchi. S'il lui plaît de me recevoir, appelez • moi.
Deux jours après, une dépêche de M. Lucien Brun mandait M. Chesnelong à Salzbourg. C'était le <2. Il quitta Versailles dans la soirée.
in LESSAl DE RESTAURATION MONARCHIQUE,