CHAPITRE IV
Les élections du 12 octobre. — La Gauche et le Centre Gauche. — Le jeu de M. Thiers. — M. Casimir Périer et M. Léon Say. — Audace croissante de la coalition. — L'incident Napoléon-Portalis. — Un salon parisien. La lettre du prince. — Attitude du parti bonapartiste. — Bain d'eau bénite et bain de pétrole. — Coup d'œil sur la presse. — La neutralité du gouvernement. — Deux discours du duc de Broglie. — Voyage de M. Chesnelong. — Entrevue avec le comte de Chambord. — Un procès-verbal officiel.
Au moDient où M. GhesneloDg parlait pour Salzbourg, quatre départements, appelés à éliie des députés, se prononçaient, en grande majorité, pour des candidats républicains.
Cette élection tirait des tentatives monarchiques et des circonslances que traversait le pays
une importance qu'il eût été puéril de nier, mais que les organes de la coalition ne laissèrent pas d'exagérer. Elle ne signifiait pas, ainsi qu'ils le prétendirent, que la France était hostile à la monarchie. Mais elle prouvait la lassitude du corps électoral, en présence des alternatives auxquelles on le soumettait et de rindécision du comte de Chambord.
Les conservateurs, découragés par l'attente, s'étaient abstenus pour la plupart, prouvant une fois de plus que le suffrage universel n'est un instrument utile aux mains du parti de l'ordre qu'autant qu'il entrevoit Je succès, au terme de la lutte à laquelle on le convie.
Ce résultat était surtout Tœuvre de M. Thiers. Dans le département de la Haute Garonne, les élections avaient revêtu un caractère particulier qui trahissait sa main. C'est à l'alliance des républicains de toutes nuances et môme d'un groupe important des bonapartistes que M. de Hc^musat devait d'être élu. Une inspiration identique avait présidé aux élections do la Nièvre, de la Loire et du Puy-de-Dôme. La puissance de la coalition s'aftirmait partout avec éclat,
dU L'ESSAI DE BESTAlJKAljON MONAliCHlQUK.
mise en œuvre, avec un art infini, par l'ancien pir(?sident de la République, irrité autant qu'inconsolable d'avoir perdu le pouvoir le 24 mai, et jaloux de le reconquérir par tous les moyens.
Autour de lui, s'étaient groupés les hommes de la Gauche extrême et ceux de la Gauche modérée. Le Centre Gauche, absorbé par des personnages d'opinion avancée, grossissait leurs rangs. Les impérialÎEtes ne devaient pas tarder à se joindre à ce corps d'armée, et toutes ces forces, sous la direction de M. Thiers, se préparaient à livrer la bataille contre les partisans de la monarchie. On pouvait trouver étrange que M. Rouher consentît à faire campagne avec M. Gambetta. Toutefois, c'était toujours l'école révolutionnaire qui se révélait dans ces agissements compromettants.
Mais que penser de Tattitude d'hommes tels que M\J. Léon Say, Casimir Périer, Alfred André, Sébert, Drouin, Cézanne et auires, qui se prononçaient contre la monarchie, sans comprendre que leur conduite fournissait au parti radical des armes redoutables? C'est encore l'influence de M. Thiers qui se manifestait. L'ex-
président était rentré à Paris, au moment où la crise atteignait son degré le plus aigu et n'avait cessé, par ses actes et son langage, de contribuer à l'aggraver. Tout excité encore, par les ovations dont il avait été Tobjet en Suisse et à la frontière de l'Est, convaincu que la France blâmait énergique ment ceux qui l'avaient renversé, résolu à leur créer des embarras, appuyé dans ce but sur 'es républicains les plus avancés, il s'exprimait en termes violents contre les tentatives monarchiques :
— La monarchie est devenue désormais irapossible en France, disait-il ; vouloir la ramener par un vote pur et simple de là Chambre actuelle, avec n'importe quel drapeau, serait aussi insensé que criminel. Insensé, parce que,n'ayqnt plus aucune chance de la voir se maintenir, la proclamer mériterait d'être considéré comme la plus folle des avci]tures; criminel, parce que, dans les graves conjonctures où se trouve la France, nul n'a le droit de lui imposer une forme nouvelle de gouvernement sans l'avoir préalablement consultée.
Dans son désir d'organiser la résistance, tous
les alliés lui étaient bons. A son exemple et sur son conseil, le comte de Rémusat n'avait pas dédaigné la sympathie et l'appui du citoyen Duportal. M. Thiers toléra de même que son salon devînt une succursale de la rue Grôlée. C'est là que les hommes les plus avancés venaient chercher le mot d'ordre. A Paris comme dans les déparlements, ses plus ardents partisans étaient recrutés parmi les personnages qui l'avaient précédemment appelé « sinistre vieillard » et qui soutenaient, en 1871 , la Commune
• insurrectionnelle. « Si nous savons demeurer
unis et marcher sous la bannière de M. Thiers^ écrivait M. Naquet aux électeurs de Vaucluse, l'issue du combat n'est pas douteuse. » MM. Gambetta, Gent, Ghallemel-Lacour, qui n'avaient pas eu assez de railleries et d'injures pour la République a conservatrice, » défendaient énergiquement la politique de M. Thiers.
— Si la monarchie est proclamée par la Chambre, disait M. Gent, le Midi se soulèvera comme un seul homme. M. Thiers est à notre tête et ne reculera pas d'une semelle.
M. Gent, nous voulons le croire, prenait ses
désirs pour des réalités. Mais n'était-ce pas un symptôme bien grave pour M. Thiers, que les hommes de désordre eussent trouvé dans sa conduite un motif d'affirmer qu'il marcherait avec eux ? A ces signes, on pouvait mesurer la route parcourue par lui depuis le 24 mai, et deviner ce que serait son rôle, si les doctrines de ses alliés l'emportaient.
Son but était-il de remonter au pouvoir?
Cette question vivement discutée n'est point encore résolue. S'il rêva la présidence de la République, il y renonça bientôt, ou tout au moins s'efîorça de cacher ses idées. Est-ce que ses alliés n'étaient pas résolus à le soutenir jusque-là? Est-ce que lui-même n'était pas assuré de leur appui? L'une et l'autre de ces hypothèses sont admissibles, puisque les noms du général Chanzy, de l'amiral Pothuau, de M. Grévy furent mis en avant comme ceux des candidats désignés par lui-même pour la présidence de la Répubhque,
Peu après son retour à Paris, il était donc devenu l'àme de la coalition, allant même jusqu'à quémander le concours des bonapartistes
118 L'ESSAI DK K|:STApUATIOr!l JfONARCUlQUE.
pour la lutte décisive. Son génie d'intfigue s'exerçait à Taise dans ce mouvement et sopi activité prévoyait tout, pensait atout, et tirait des ressources sans nombre de la situation.
Néanmoins, ce rôle dut plus d'une fois peser àsa conscience ; sinon, c'est aux mécomptes de son ambition qu'il faudrait attribuer les accès de tristesse et d'abattement qui s'emparaient de lui, quand les chances de la monarchie semblaient grandir.
A Ai zin, où il se rendit durant le mois d'octobre pour assister au conseil des administrateurs de cet établissement métallurgique dont il fait partie, son découragement fut visible. Pendant la première séance, il quitta plusieurs fois la table autour de laquelle on discutait, pour se placer devant la cheminée. Là, sa figure, à diverses reprises, se décomposa, trahissant malgré lui, les angoisses de son esprit. Il ne parut pas à la séance du lendemain ; mais, les administrateurs l'entendirent marcher et parler seul dans son appartement pendant plusieurs heures. Enfln, au lieu de faire la route de Paris à Auzin et d'Anzin à Paris, dans le
L'BSSM DE EpST^URàTION MONARÇIUQIK. 110
wagon commun aux autres administrateurs parmi lesquels se trouvaient plusieurs députés du Centre Droit, il voyagea seul avec M. Casimir Périer.
Ce dernier s'était aussi déclaré résolument contre la monarchie, pour se dévouer a la cause de la république. Son attitude affligeait ses amis. Ils l'avaient excusée, tant que la monarchie semblait impossible. Après la réconci" liation du 5 août, ils ne la compreiftiient plus. Il fallait, en efiet, que M. Casimir Périer subit bien complètement l'influence de M. Thiers pour renier ses opinions passées, au risque de rompre les amitiés de toute sa vie, à un âge où Ton n'en fait plus de nouvelles. On se rappelait la phrase suivante écrite par lui, un an avant, dans le Journal des Débats :
« Je suis de ceux qui sont restés atlacht's à la monarchie constitutionnelle aussi longtemps que la monarchie constitutionnelle leuf a j aru PQssible sur la seule base propre à la rendre acceptable et durable : l'accord entre les partis monarchiques et les deux branches de la maison
de Bourbon, sanctionné par l'assentiment du pays. »
Puisque cet accord était fait, ou si prêt de se faire, pourquoi M. Casimir Périerrentravait-il?
Est-ce par amour pour la république?
Mais, n'est-ce pas lui qui sous l'empire, appréciait la république, comme suit?
« 11 n'y a pas de motifs pour s'arrêter lou- » guement sur l'intervalle qui sépare février » 1848 de décembre 1851 ; car la République » fut un anachronisme comme la Révolution » avait été un accident. La France n'était pas » mûre pour des institutions qui exigent, avec » des qualités dont ^le caractère français n'est » pas encore suffisamment doué, une forte et » longue préparation au gouvernement d'une » nation par elle-même. Ce ne sera probable- » ment pas de longtemps, si ce doit être jamais, » que la République pourra s'établir et durer » en France, et toutes tentatives prématurées » accumulent des désastres pour aboutir fata- » lement au despotisme, après une étape plus » ou moins longue dans l'anarchie. »
L'ESSAI DE RESTAURATION MONARCHIQUE. iU
Est-ce par inimitié de vieil orléaniste contre le comte de Chambord ?
Mais, il avait entretenu des relations intimes et étroites avec le prince. Il recevait même de lui, au mois d'avril 1868, une lettre où se trouve le passage suivant :
« Je veux vous remercier, moi-même, monsieur, de l'envoi de votre excellent écrit... Je me félicite d'avoir cette occasion de vous redire encore combien j'ai été charmé de vous voir à Frohrsdorf et touché des sentiments que vous m'avez exprimés dans celte circonstance. Je suis heureux de pouvoir réitérer ici, avec l'assurance de ma gratitude, celle de ma sincère affection. »
L'attitude de M. Casimir Périer ne pouvait donc s'expliquer que par un aveuglement incompréhensible ou une faiblesse inexcusable.
Il y a lieu d'en dire autant de celle de M. Léon Say, actionnaire et rédacteur du Journal des Débats, dont les sympathies avaient été longtemps acquises aux princes d'Orléans et qui ne paraissait pas avoir cessé de les leur prodiguer. On pouvait comprendre qu'en pré-
in L'ESSAI piî RESTAVÏIATION MONARCHIQDE.
seuce de Timpossibilité de faire la monarcjiie, il se fût rallié à la république conservatrice. Mais, cette impossibilité disparue, comment expliquer sa politique ? Il la justifiait en ces termes dans une lettre adressée le 20 octobre, aux membres du Centre Gauche.
« Le Centre Gauche n'a pas de répugnance » théorique pour la monarchie constitutionnelle » dont les principes de { 789 seraient la base, » mais il a toujours pensé que le seul gouverne- » ment qui convint aujourd'hui à la France, » était celui qui, en donnant les gages les plus » sérieux aux principes d'ordre et de conser- » vation, agiterait le moins le pays et serait » le plus éloigné d'être un gouvernement de » parti. C'est dans cet ordre d'idées que nous » n'avons cessé de demander l'organisation » du gouvernement dans sa forme actuelle, » afin de faire succéder à un provisoire éner- * vaut, un état de choses durable. Il ne s'est » rien produit qui soit de nature à nous faire » changer de résolution. Une réconciliation de » famille a eu lieu entre deux princes. De ces » deux princes, l'un était un prétendant;
L'ESSAI DE RESTAU|lÂTjON MONARCHIQUE. 123
» l'autre n'était pas un prétendant, mais il était » un candidat au trône et pouvait être choisi » par la France si elle avait eu la volonté de » revenir à la monarchie. Ni l'un ni l'autre » n'avait d'ailleurs le droit de parler au nom » du pays et, ne pouvait engager notre con- » duite. Il n'y a qu'un orléaniste de moins, ou » plutôt Torléanisme disparaît pour laisser sub- » sis^er le parti hbéral.
» Après comme avant la fusion, il y a les » fils de la Révolution dont nous nous glori« » fions de faire partie, et les adversaires de la » révolution, adversaires qui veulent peut-être » nous pardonner et nous traiter avec bienveil- » lance, mais qui nient les principes mêmes ï) auxquels nous sommes attachés, adversaires » qui peuvent même porter nos couleurs, » mais qui ne les portent pas comme un sym • » bolc. Après comme avant la fusion, nous » ^rpstons donc convaincus de la nécessité de » voter des lois constitutionnelles et d'organiser » la république conservatrice. »
Les obscurités et les contradictions de celte lettre, trahissaient plus d'embarras que de ré-
iU L'ESSAI DE RESTAURATION MONARCHIQUE.
solution, et laissaient deviner que M. Léon Say, comme M. Casimir Périer, subissait Tascendant de M. Tliiers.
Les autres membres du Centre Gauche ne donnaient pas de meilleures raisons à Tappui de leur altitude. M. Alfred André, député de la Seine, régent de la Banque de France, se taisait sur les motifs qui faisaient de lui l'allié de M. Gambetta. M. Sébert donnait à entendre qu'il aurait pu accepter la monarchie avec le comte de Paris, mais non avec le comte de Chambord, et enfin M. Drouin, également député de la Seine, ancien président du tribunal de commerce de Paris, se décidait à déclarer a qu'il voterait pour la république, et qu'il s'était arrêté à ce parti, après avoir pris Tavis unanime du haut commerce parisien, » — déclaration qui provoquait aussitôt parmi ceux au nom desquels il avait parlé, les protestations les plus vives.
Ainsi s'exprimaient des hommes qui avaient été élus comme conservateurs, par des conservateurs. Leur langage était le résultat des agissements deM.Thiers d'abord^de la Gauche ensuite,
qui faussant leur politique, se jouant de leur pusillanimité ou de leur crédulité avaitprissur eux un funeste empire. Il est des partis qui semblent n'avoir pour mission que d'affirmer leur impuissance, de prêter les mains à leurs pires ennemis, et de compromettre leur propre cause. C'^. fut le rôle du Centre Gauche dans ces circonstances aussi bien que depuis deux ans. Les journaux républicains les accablaient de louanges. «Vous prendrez le pouvoir, leur disait M. Gambetta; vous l'avez mérité. Nous serons heureux de vous soutenir et d'abdiquer entre vos mains. »
La coalition, en voie de formation dès le 5 août, d'abord impuissante et comme écrasée par la spontanéité du mouvement monarchi|ue, s'était redressée, quand les résistances du comte de Chambord avaient en • travé ce mouvement. Elle reçut tout à coup des nouveaux alliés.
Jusqu'à ce moment, les impér'als'es, retranchés autour de la doctrine de « l'appel au peupl»î, » s'étaient montrés hostiles à la monarchie. Mais, ils avaient manifetlé leur hostiUté
sans faire cause commune avec les républicains modérés et les radicaux. Bientôt ils se prêtèrent à cette alliance.
li y avait alors à Paris un journal intitulé l'Avenir national, organe socialiste des plus violents, devenu la propriété deM.Portalis, ancien directeur du Corsaire, après la suppression de cette feuille. Petit-fils de Tillustre auteur des articles organiques du concordat et du Gode civil, fils du receveur général de Seine-et-Oise, M.Edouard Portails, jeune encore, était devenu le propagateur ardent et énergique des doctrines radicales. Mis à l'index par la plupart des hommes de son parti, comme entaché de bonapartisme, il exerçait cependant une in' fluence considérable sur ses coreligionnaires politiques, comme sises relations avec eux lui avaient fourni des armes pour les dominer. La Commune elle-même le redoutait et les républicains les plus avancés n'osaient rir n contre lui. Dans les faubourgs, ses journaux se débitaient à un grand nombre d'exemplaires. A diverses reprises, depuis deux ans, ils avaient été supprimés ; mais, sans se lasser, et à mesure
qu'un organe était brisé dans ses mains, il s'en procurait un autre. C'est ainsi que VAvenir national, feuille mort-née dans les mains de M. Peyratj se publiait sous sa direction, avec le même succès que ses aînées.
Ce jeune bomme fut mis en relations avec le prince Napoléon, alors à Paris, où il était venu pour réclamer sa réintégration dans les caires de Tarmée. C'est dans le salon de la comtesse de B*** que la rencontre eut lieu. Comme elle fut peu après racontée dans plusieurs journaux, nous ne croyons pas devoir taire les détails qui nous sont fournis par ce récit.
Dans une maison située aux Champs-Elysées se trouve, au quatrième étage, un très-vaste appartement meublé par une main aussi experte dans l'art de s'entourer de belles choses qu'apte à les rendre originales par la manière doijt elle les met en relief. Le grand salon est décoré comme les galeries des palais des sultans à Constantinoplé. Rien n'y manque, ni les palmiers, ni les cactus, ni même les jels d'eau. Tout l'oppartement est dans ce goût. On
y remarque un véritable entassement d'objets artistiques, vieux meubles,tableaux,bronzesanciens. Là, habite une femme veuve, riche, spirituelle qui nourrit pour la politique un culte passionné. Les habitiiés de son salon sont MM. Emile de Girardin, Emmanuel Arago, Hector Pessard, Charles Bradlaugh, Edouard Portails, des gentilshommes, quelques officiers supérieurs, des diplomates, et enfin, le prince Napoléon, quand il est à Paris.
Tel est le terrain sur lequel le prince Napoléon et le rédacteur en chef de V Avenir na» tional se rencontrèrent. Ils eurent ensemble plusieurs entretiens dont le résultat, quand parut s'imposer la solution monarchique, fut un pacte contre elle.
Le 26 septembre, l'Avenir national publia deux lettres qui, à peine connues, prirent les proportions d'un gros événement. La première,signée de M. Portails, était la proposition d'alliance entre les bonapartistes et les radi eaux, et la définition des doctrines qui en seraient la base. La seconde, signée du prince Napoléon, ne doit pas être perdue pour Phistoire. Elle était ainsi conçue :
« La franchise, Timprévu de votre démar- » elle me forcent à une réponse brève ; elle » m'est dictée par les opinions de toute ma vie. » E41 face de la gravité, de la publicité de » votre lettre, je ne dois pas garder le silence. » Le devoir de tout citoyen à l'heure grave où » nous sommes est de ne pas sortir de la cité » en péril comme les neutres de Tantiquité. » Non, je ne suis pas neutre et je ne déserterai » pas la lutte.
» Je ne puis parler qu'en mon nom ; mais » comment croire que ceux dont les cœurs 0 vibrent au nom de Napoléon, me désap- » prouvent? L'alliance de la démocratie popu- » laire et des Napoléon a été le but que j'ai » poursuivi dans tous les actes de ma vie poli- » tique. Soutenons notre drapeau en face des » menaces du drapeau blanc, étranger à notre » France moderne et que le prétendant ne » saurait abandonner que par un compromis » et un sacrifice fait aux habiles de son parti. » — Que vaudrait d'ailleurs cette concession » de la dernière heure ? Le règne desBour- » bons ne saurait être que le triomphe d'une
ieO L'ESSAI DE RESTAURATION MONARGHtQOE.
» politique réactionnaire, cléricale et anti-po-
» pulaire. Le drapeau de la Révolution abrite
» seul depuis près d'un siècle le génie, la
» gloire et les douleurs de la France ; c'est lui
» qui doit nous guider vers un avenir vrai-
» ment démocratique.
» Entre tous les défenseurs de la souverai-
» neté du peuple, beaucoup diGfèrent sur les
» moyens de .l'appliquer ; mais une entente
» commune, à l'heure actuelle, sur le prin-
» cipe même de cette souveraineté, est néces •
» saire et patriotique. Nous tous, citoyens de
» la société moderne, nous devons chercher à
» établir, par le suffrage universel, la vraie
» liberté basée sur les réformes qui sont la
» condition du salut de la France. Oui, il faut
» oublier les dissentiments, les attaques, les
» luttes, les souffrances réciproques, les in-
» suites même, pour affirmer le principe de la
» souveraineté nationale, en dehors duquel il
» n'y a que danger, discorde et nouveaux
» désastres. Soyons unis pour déjouer des ten-
» tatives funestes, et formons ainsi la Sainte-
» Alliance des patriotes. »
L'ESSAI DE RESTAURiTION MONA.RGIIIQUE . 131
Ce serait faire injure au parti bonapartiste aussi bien qu'au parti républicain que de les rendre solidaires de ces déclarations dignes du tempérament et du passé du prince qui les avait signées. Tous les hommes modérés et sincères de ces deux partis comprirent ce qu'offrait de monstrueux et d'odieux, l'union de deux principes qui ne pouvaient se concilier que par ce qu'ils ont de stérile et de révolutionnaire. La loyauté, le bon sens se révoltèrent. Il y eut de part et d'autre des protestations indignées.
Mais les organes radicaux ne furent pas unanimes à repousser l'alliance. M. Gambetta télégraphia de Périgueux à la République française, afin qu'on traitât le prince avec déférence et ce journal ne trouva pas sous la plume de ses rédacteurs, ces accents indignés qui révèlent le dessein et la volonté de n'accepter aucune compromission.
Dans le parti bonapartiste, les appréciations furent très-diverses. L'Ordre n'iinita pas les protestations vigoureuses du Pa^«. Un pcrson-
nage haut placé, sans oser défendre le prince prononça les paroles suivantes :
— Il est excusable après tout. Que voulezvous ! on nous étrangle.
Ce langage révélait bien des arrière-pensée. Elles ne tardèrent pas à éclater, car si au premier momeut,le désaveu avait été unanime, il n'en fut pas longtemps ainsi. L'idée d'une coalition était bonne. Après l'avoir repoussée sous la forme indiquée par le prince Napoléon, on la reprit un peu plus tard, et c'est sur le terrain de l'appel au peuple, où M. Rouliër ne craignit pas de faire cause commune avec JMM. Tliiers et Gambetta, que le projet du a César déclassé » vint se réaliser.
La politique a de ces surprises et les consciences en apparence les mieux trempées ne tiennent pas longtemps devant ses implacables exigences. Il est rare cependant que la nécessité de se coaliser ait produit de telles extrémités. Le parti bonapartiste n'est point sorti sain et sauf de l'aventure, et ses scrupules tardifs ne suffiront pas à faire oublier qu'il a mis sa main dans la main des radicaux. Ses
défenseurs aux abois ont allégué le précédent du 24 mai. L'assimilation n'est pas fondée. Le 24 mai, la coalition ne comptait que des conservateurs, tandis que contre la monarchie, elle s'est formée de toutes les forces révolutionnaires, y compris même les bataillons les plus avancés du radicalisme .
Le prince Napoléon avait donc bien jugé son parti, non en le croyant capable d'accepter le pacte tel qu'il le proposait, mais en comptant sur l'irritation des uns et la colère des autres, pour faire adopter, au moins en partie, l'expédient qu'il avait conçu.
Cette action ne lui fit pas honneur et permit de douter de sa sincérité, sinon de son intelligence. Gomment croire en effet qu'un prince aussi éclairé que lui nourrit des idées analogues à celles des ignorants dont la propagande socialiste encourage et exploite l'ignorance, et ait redouté que la monarchie nous ramenât à Tancien régime ? C'est cependant ce qu'il ne cessait de dire avec une violence extrême.
Peu de jours après la publication de sa lettre,
iU L'ESSAI DE RESTAURATION MONARCHIQUE.
alors que rémotion durait encore, il se rencontra à la table de M. Emile de Girardin, avec M. de la Guéronnière qui défendait avec éclat dans la Presse^ la cause de la monarchie constitutionnelle.
— A quelles folies, lui dit-il,ne vous conduiront pas vos doctrines parlementaires? Voilà que pour en assurer le triomphe, vous allez à la monarchie. Vous voulez-donc revoir les anciens droits, le clergé tout- puissant, les billets de confession !
— Oh ! monseigneur, comment pouvez-vous alléguer de telles sottises. Laissez cela aux imbéciles...
— Je vous dis, s'écria le prince, que vous prendrez des bains d'eau bénite !
— Ma foi, répliqua M. de la Guéronnière, j'aime encore mieux un bain d'eau bénite qu'un bain de pétrole.
— Vous avez tort.
Ce trait authentique n'est-il pas un éloquent commentaire de la lettre du 26 septembre ?
Nous essayons de décrire la physionomie des partis pen<1ant cette période agitée. La descrip-
L'ESSAI DE BESTAllBATION MONARCHIQt'E. 135
tion perait incomplète, si nous ne jetions un rapide coup d'œil sur la presse, si profondément divisée et troublée tant que dura la crise. Plusieurs journaux s'étaient prononcés contre la monarcliie, les uns au nom de la république conservatrice, — c'étaient la France^ le Temps, le Bien Public^ V Opinion nationale, le National,
Y Evénement, le XIX^ Siècle: — les autres, au nom de la république radicale, — c'étaient
Y Avenir national, le lîappely la République française, le Siècle. Quoique séparés en réalité par des abîmes, ces divers journaux aboutissaient à un but cooîmun : servir la politique de M. Tbiers et combattre la monarcbie. L'Ordre, le Gaulois, \e Pay5,défenseurs de l'impérialisme, les secondaient dans cette tàcbe. Conservateurs et radicaux se trouvaient groupés sur ce terrain aussi bien que sur le terrain parlementaire. La polémique de quelques-uns épuisa les procédés violents. V Avenir national dut être supprimé. L'accès de ]a voie publique fut interdit au Siècle qui avait ouvert ses colonnes au fragment suivant d'un discours prononcé à Péri- ^Mi(!ux par M. Gambctta.
« La défaite est venue ; si la victoire n'a pas ' » rëcompensé les efforts et les sacrifices, il faut » savo'r le dire, c'est parce qu'il y a eu des » hommes et des partis politiques qui, tablant » sur les revers de la France, ont tout énervé » et tout arrêté, préférant la capitulation, la » défaite, l'abaissement de la patrie, à l'abdi- » cation de leurs convoitises particulières. »
En province, plusieurs journaux devinrent l'objet de rigueurs provoquées par la vivacité ou la mauvaise foi de leur discussion qui enveloppait le gouvernement et les tentatives raonarcliiques dans un même flot d'appréciations injustes et injurieuses.
Le Français^ Y Assemblée nationale^ la Gazette de France, le Journal de Paris, le Figaro, la Presse, le Soleil, le Soir, la Pafrie, le Moniteur universel et plus tardivement, le Journal des Débats, qui tint à honneur de grossir les forces monarchiques et qui perdit à ce jeu le moins brillant de ses rédacteurs, défendaient ardemment les solutions royalistes, avec des procédés divers. VUnivers et VL/nion prêchaient en faveur de la monarchie, mais sans vouloir ac-
cepter ni comprendi:e les réserves formulées par ceux qui ne voyaient la royauté possible que sous sa forme constitutionnelle et contractuelle. Jusqu'au bout, ces deuK journaux parurent prendre plaisir à créer des embarras à leurs alliés.
Le Paris- Journal et le Constùutionnel^lei^Temier avec un talent plein d'éclat, s'attachaient à défendre la prorogation des pouvoirs du maréchal comme à une doctrine de salut. Enfin, la Liberté avait pris très-énergiquemcnt parti contre la monarchie, sans alléguer d'autre argument que celui qui résultait, selon elle, du refus probable de M. le comte de Chambord, d'adhérer au programme qui lui serait soumis.
Au milieu de ce déchaînement de passions, le gouvernement s'efforçait de conserver la plus stricte neutralité. Jusqu'au 16 octobre^ le maréchal de Mac-Mahon ne prononça pas une parole qui pût faire deviner la solution vers laquelle le portaient ses sympathies. L'attitude du ministère fut irréprochable, ce qui ne laissait pas d'être méritoire, plusieurs des ministres appartenant ouvertement au parti monarchique
138 L'f;SSA| DE RESTAURATION MONARCHIQUE.
et ayant trop souvent manifesté leur conviction pour n'être pas tentés de considérer le parti con servateur comme engagé dans la crise. Le seul qui fit publiqupmept allusion aux événements fut le duc de Broglie. Derns plusieurs discours prononcés à Evreux, à Berray, à Neuville-le- Bon, à l'occasion de comices agricoles, il s'efforça de démontrer qu'en aucun cas, le gouvernement que proclamerait l'Assemblée, ne serait,ne pourrait être nn gouvernement d'ancien régime. S'adressant aux conservateurs de •l'arrondissement de Bernay :
a Qu'ils ne croient pus, dit-ii, comme ons'ef- » force dans l'ombre de le leur souffler à l'o- » reille, qu'il y ait quelqu'un en France assez » insensé pour rêver de les priver du libre ï) usage de ces droits qu'ils tiennent du labeur )/ de leurs pères et de toute la suite de notre » histoire. Cela n'est pas, cela ne sera ja- » mais : ces chimères ridicules et ces craintes 0 sans fondement ne sont pas dignes d'arrêter » un instant le bon sens pratique et sûr de nos » cultivateurs normands. Ils savent, ils sentent t> que l'état social de la France moderne ,
L'ESSAI DE RESTAURATION MONARCHIQUE. i39
» œuvre des siècles, est aussi indestruciible que » les fondements du sol qui les porte, et qu'on » ne peut pas plus s'y attaquer avec succès » qu'on ne peut altérer la qualité de Tair que » nous respirons. Aucun homme, aucun parti » n'y pourraient songer. »
A Neuville-le-Bon, il confirmait ces appréciations, en entrant plus profondément dans le vif du sujet :
a Rien de ce qui ressemble au pouvoir » légal du clergé ne pourrait même repa- » raître un jour. Il est aussi ridicule d'en » craindre le retour qu'il serait ridicule de l'es- » pérer. Les dignes et excellents prêtres assis » parmi nous ne me contrediront pas,sij*affîrme » qu'ils ne peuvent garder d'autre supério- » rite sur nous que celle qu'ils tiennent de la » sublimité d'une croyance qui élève leurs » esprits au-dessus des soucis de la terre. » C'est bien assez pour qu'ils gardent sur nos » cœurs un empire auquel ils ne peuvent préi> tendre désormais dans nos lois. Donc, quel que » 8 it le gouvernement quel 'Assemble nationale » donne à la France, m vertu de sou pouvoir
» constituant qu'il tient de vous, aucun sacrifice » ne sera demandé aux conditions sociales aux- D quelles nous sommes tous également attachés; » nous voulons tous un gouvernement stable, )^ fort, toujours prêta réprimer les révoltes et » l'anarchie, mais élevé au-dessus des partis, » qui assure aux travailleurs les fruits du labeur » de la veille et promette la rémunération de » celui du lendemain ; un gouvernement qui, » dans notre passé, agité par tant de révola- » tions, recherche tous les glorieux souvenirs » sans en renier aucun et garantisse l'avenir à » nos espérances. Nous voulons un gouverne- » ment qui comprenne les exigences légitimes » aussi bien que les périls de nos sociétés mo- » dernes, qui en accepte les principes^ qui les » fonde, en n'en répudiant que les excès. Telle » sera, quoi qu'en dise l'astuce des factions im- » puissantes, le gouvernement que nous don- » nera l'Assemblée ; elle n'en sanctionnera ja- » mais d'autre, et c'est dans cette confiance que » nous attendons respectueusement la décision » qu'elle seule a le pouvoir de rendre. » C'était l'affirmation du droit constituant de
L'ESSAI DE RESTAURATION MONARCHIQUE, iAi
TAssemblée, en même temps qu'un hommage à la vérité, et personne sur la foi de ce langage ne pouvait raisonnablement prétendre que le gouvernement eût enfreint la neutralité. Il est bon d'ajouter qu'il persista jusqu'au bout dans cette conduite, laissant dire et laissant faire, dans les limites de la loi.
Il serait néanmoins puéril d'essayer de démontrer que les sympathies de la plupart des membres du cabinet n'étaient point acquises à la solution monarchique. Pouvait-on attendre autre chose d'hommes dont toute la vie avait été vouée à la défense de la monarchie? Mais ils continrent leurs sentiments et c'est à tort qu'on a prétendu le contraire. Ce n'est pas dans les commentaires de leurs adversaires, ni dans les journaux qu'il faut rechercher la vérité sur leur conduite. C'est dans leur conduite elle-même. Jamais gouvernement ne poussa plus loin les scrupules et n^^ s'appliqua mieux à demeurer fidèle à la politique dont il était l'organe : d'ailleurs, les ministres ne pouvaient faillir à laiègle qui leur était tracée, sans créer entre eux une di\ision qui les aurait ofTaiblis.
Cette division ne se produisit pas ; c'est la preuve péremptoire des assertions qui précèdent.
Cependant, tandis que se succédaient et se pressaient les incidents dont on vient de lire le résumé, M. Chesnelong éxait arrivé à Salzbourg où MM. Lucien Brun, Cazenove de Pradines et de Carayon La Tour l'attendaient pour le présenter au comte de Chambord auquel ils avaient annoncé sa visite. C'était le 13 octobre au soir.
Le prince occupait un pavillon attenant à l'hôtel Neubourg. M. Chesnelong descendit dans cet hôtel où ses collègues habitaient. Il se trouva donc ainsi dans le voisinage du prince et fut reçu par lui, dès le lendemain. M. Chesnelong a tracé devant la Commission des Neuf d'abord, dans diverses réunions, ensuite, le récit du très-long entretien qu'il eut avec le comte de Chambord pendant la journée du 1 4. En dehors des détails qu'il a communiqués ainsi et qui ont été consignés dans un procèsverbal, il n'a rien révélé des paroles qu'il a prononcées ni de celles qui lui ont été adressées, se réservant d'en pubher un jour la relation,
et affirmant d'ailleurs qu'elles n'offrent qu'un intérêt rétrospectif et historique, sans importance pratique et immédiate pour la cause qu'il allait défendre. Nous aurions donc mauvaise grâce à paraître savoir plus qu'il n'a dit et nous nous en tiendrons au compte rendu officiel qu'il a déclaré le seul authentique.
M. Ghesnelong vit le prince trois fois pendant lajournée du H. Durant ces entrevues successives dont la seconde eut lieu avant le dîner et la troisième pendant la soirée qui précéda son départ, il resta seul avec lui. La première de ces audiences fut consacrée à la question constitutionnelle ; les deux autres furent consacrées à la question du drapeau. Quand M. Chesnelong quitta le prince, ccdernier, profondément ému par les termes éloquents dans lesquels le député des Basses-Pyrénées formulait son adieu, lui pressa les mains. A Tissue de chacune des audiences, M. Chesnelong en avait dressé un résumé concis, mais complet. Fort avaht dans la soirée et au moment de quitter Salzbourg, il fit soumettre ces notes au comte de Chambord, afin de savoir s'il avait fidèlement
traduit sa pensée, notamment en ce qui touchait le drapeau.
Arrivé à Paris le 1 6 au matin, avec ses collègues, M. Ghesnelong prit un court repos et courut au Comité des Neuf, averti de son arrivée et convoqué d'urgence chez le général Changarnier. Il y rendit compte de sa mission. Nous croyons utile de citer ici les termes mêmes du procès-verbal de cette réunion, à laquelle assistaient MM. le général Changarnier, le comte Daru, le duc d'Audiffret-Pasquier, le baron de Larcy, Callet, Baragnon, Combler, et de Tarteron.
a Après avoir constaté que, selon les inlentioES de la commission, il était allé, non pas poser des conditions, mais indiquer respectueusement les possibilités et les nécessités de la situation, comme aussi les devoirs qui en résulteraient pour les fractions monarchistes de lAssemblée, M. Ghesnelong entre dans le détail des considérations qu'il a soumises au prince, soit sur la question constitutionnelle, soit sur la question du drapeau ; il rend hommage aux nobles sentiments de générosité,
d'honneur, de courage, de patriotisme dont toutes Jes paroles du prince ont été empreintes.
€ Je n'ai jamais eu, je n'aurai jamais, lui a » dit notamment le prince, la vulgaire ambi- » tion du pouvoir pour le pouvoir lui-même ; D mais je serais heureux de consacrer à la » France mes for^^es et ma vie, comme elle a » eu toujours mon âme et mon cœur. J'ai » souffert loin d'elle ; elle ne s'est pas bien » trouvée d'être séparée de moi. Nous sommes » nécessaires Tun à l'autre, y*
» M. Chesnelong précise ensuite les points suivants comme conclusions de ces entretiens.
» En ce qui touche la question constitutionnelle :
» M. Chesnelong déclare avoir exposé Tintention de la commission de faire reposer la proposition de la monarchie sur le principe de la reconnaissance du droit royal héréditaire et d'une Charte qui ne serait ni imposée au roi ni octroyée par lui, mais qui serait déhbérée de concert entre le roi et TAssemblée.
• M. le comte de Chambord a exprimé son acquiescement à ces deux premiers points.
0 M« Chesnelong a fait connaitre ensuite que, dans la pensée de la commission, la proposition devrait indiquer les bases sommaires de la Charte à intervenir , notamment les quatre suivantes :
» L^exercice collectif du pouvoir législatif par le roi et deux Chambres ; Tattribution au roi du pouvoir exécutif; Tinviolabilité de sa personne; et, comme conséquence de Tinviolabilité royale et de la coopération des Chambres à l'œuvre législative, la responsabilité des ministres. Il a ajouté que la commission avait été unanime pour reconnaître la nécessité de ces quatre points et de leur indication dans la déclaration du rétablissement de la monarchie.
• M. Chesnelong a fait connaitre également que la proposition stipulerait le maintien des libertés" civiles et religieuses, de l'égalité devant la loi, du libre accès pour tous, les citoyens à tous les emplois civils et militaires, du vote annuel de l'impôt par tous les représentants de la nation, et en général des garanties qui constituent le droit public actuel des Français ; expliquant bien que cette stipulation était op-
portune, non pas assurément à titre de défiance contre les intentions de M. le comte de Chambord, qui, dans toutes ses lettres, a déclaré que ces maximes lui étaient chères et sacrées comme à tous les Français, mais pour ôter toute base à des attaques injustes qui tendent à égarer Tesprit public.
» M. le comte de Ghambord n'a formulé aucune objection ni contre ce mode de procéder, ni contre l'insertion dans la proposition de ces divers points, ni contre aucun de ces points en particulier.
» En ce qui touche la question du drapeau :
» M. Chesnelong déclare avoir exposé à M. le comte de Ghambord, sans rien omettre des considérations qu'il portait au nom de ses collègues, les graves raisons, tenant à l'état des esprits dans le pays, dans l'armée et dans l'Assemblée, qui avaient porté la commission à s'arrêter à la formule suivante : « Le drapeau tricolore est maintenu; il ne pourra être modifié que par l'accord du roi et de l'Assemblée. »
D M. le comte de Ghambord a permis à M. Ghesnelong de s*exprimer avec une respec-
tueuse liberté, et a bien voulu l'écouter avec Tattentiou la plus bienveillante. ïl a montré le souci de préserver intactes, dans l'intérêt du pays, les deux forces qui lui semblent nécessaires pour remplir efficacement son devoir royal : l'intégrité de son principe et l'intégrité de son caractère. 11 respecte d'ailleurs le sentiment de Tarmée pour un drapeau teint du sang de nos soldats; il n'a jamais été étranger aux gloires et aux douleurs de la patrie ; il n'a jamais eu l'intention d'humilier ni son pays, ni le drapeau sous lequel ses soldats ont vaillamment combattu...
» Ses résolutions se formulent dans les deux points suivants :
» 1° M. le comte de Ghambord ne demande pas que rien soit changé au drapeau, avant qu'il ait pris possession du pouvoir ;
» 2*^ Il se réserve de présenter au pays et se fait fort d'obtenir de lui, par ses représentants, à l'heure qu'il jugera convenable, une solution compatible avec son honneur, et qu'il croit de nature à satisfaire l'Assemblée et la nation. M. Ghesnelong, parlant, non plus au nom
de M. le comte de Ghambord, mais au nom de MM.Lucien Brun,de Carayon La Tour et de Gazenove, qui se trouvaient avec lui à Salzbourg, déclare que ses honorables collègues ont accepté, pour eux-mêmes et pour leurs amis, de voter la formule : « Le drapeau tri- » colore est maintenu ; il ne pourra être mo- » difié que par l'accord du roi et de l'As- » semblée, » étant entendu toutefois qu'ils auront Tentière liberté de leur vote, lorsque le roi présentera la solution qui fait Tobjet de la réserve ci-dessus mentionnée.
» Après avoir donné ces explications, M. Ghesnelong demande qu'un procès-verbal en soit dressé pour la décharge de sa responsabilité ; ce à quoi la commission a consenti. »
Tel est Tunique compte rendu que M. Chesnelong ait autorisé. Malheureusement, c'est celui qui fut livré le dernier à la publicité " et jusqu'au 31 octobre, le pays ne connut que par des échos inexacts ou incomplets, l'entretien dont on vient de lire le résumé. Gette ignorance fut alors un bon prétexte aux adversaires de la monarchie pour prétendre qu'on
ibO L'ESSAI DE RESTAURATION MONARCUIQUE.
avait voulu tromper l'opinion et qu'en réalité, le comte de Chambord n'avait rien promis. Cette assertion était fausse de tous points. Il suffit pour s'en convaincre de relire le procèsverbal précité. Il en résulte clairement que la mission de M. Chesnelong avait réussi, puisqu'elle se résumait dans cette formule qui laissait intacts les droits de l'Assemblée et l'initiative royale : a Le drapeau tricolore est » maintenu; il ne pourra être modifié que par » l'accord du roi et de l'Assemblée. »
L'ESSAI DE RESTAUHATION HONARCIIIQDE, ISl