CHAPITRE VI
Réunions du 22 octobre. — L'exposé du duc d'Audiffret- Pasquier. — Tentative de rapprochement avec le Cen tre Gauche. — Nouveau récit de M, Chesnelong. — Une lettre de M. Raoul Duval. — La convocation. — Le Centre Gauche. — Le duc d'Audiffret-Pasquier et M. Léon Say. — Déclaration de la réunion de l'appel au peuple. — Les deux versions Chesnelong.
— Les informations de la Liberté, — • Une lettre de M. Chesnelong. — Etat des esprits du 27 au 30 octobre. — Incident de Bellemare. — Complot d'Autun.
— La situation.
Le 12 octobre, la Droite et le Centre Droit, convoqués à la suite de la conférence tenue chez M . Anisson - Duperron, se réunirent chacun de son côté à Versailles, pour entendre de la bouche de leurs délégués au Comité des
Neuf, le récit des négociations entreprises eu vue de la restauration^ et pour décider s'il y avait lieu de faire demander dans la commission de permanence, qui devait se réunir le lendemain, la convocation immédiate de l'Assemblée nationale.
Le duc d'Audiffret-Pasquier présidait la réunion du Centre Droit. Voici le résumé de l'exposé qu'il présenta à ses collègues:
« Pendant le mois de septembre, un assez grand nombre de députés se sont réunis à Versailles, et ont exprimé le désir que les bureaux des différents groupes de la majorité se concertassent^ afin d'arriver à une action commune. Ces bureaux §e sont réunis chez M. Aubry, et ont chargé une délégation de neuf membres d'étudier les bases d'un programme commun.
» Le Centre Droit était représenté, dans cette réunion, par son président et par l'un de ses vice-présidents.
» La préoccupation constante des délégués du Centre Droit, a été de maintenir l'union des conservateurs et, en même temps, de
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demeurer fidèles aux principes qui ont toujours dirigé la politique du Centre Droit et qu'on peut résumer ainsi : respect des décisions de la volonté nationale, maintien du drapeau tricolore.
» Sur le premier point, il n'était par pos^ sible d'abandonner les droits de l'Assemblée ; sur le second, on se trouvait en présence d'une nécessité de fait que personne ne pouvait méconnaître. Les délégués du Centre Droit ont la ferme conviction qu'ils sont demeurés fidèles aux principes qui devaient dicter leur conduite. Ils n'ont point eu la prétention d'engager la réunion ; ils viennent lui donner connaissance du résultat de leurs efforts et du texte de la résolution qui a été préparée pour être soumise à l'Assemblée.
» Cette résolution se compose de plusieurs articles : L'Assemblée nationale déclarerait que la monarchie nationale, héréditaire et constitutionnelle serait rétablie et appellerait au trône le comte de Chambord, et après lui, les princes de la maison de Bourbon, ses héritiers. Toutes les garanties qui constituent le
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droit public actuel des Français seraient en même temps déclarées maintenues : l'égalité pour tous les citoyens devant la loi, l'admissibilité à tous les emplois civils et militaires ; la liberté religieuse, l'égale protection actuellement accordée à tous les cultes, le vote annuel de Timpôt par les représentants du pays. Le gouvernement du roi présenterait à l'Assemblée des lois constitutionnelles ayant pour but l'organisation des grands pouvoirs publics et de la responsabilité ministérielle.
» Telles sont les déclarations qui accompagneraient le rétablissement de la monarchie héréditaire et qui formeraient le contrat entre le roi et la nation.
» Enfin le drapeau tricolore est maintenu ; il ne pourra y être apporté de modification que par Taccord du roi et de la représentation nationale. Les délégués du Centre Droit ont dû insister sur ce point. Il n'était pas possible de laisser planer l'incertitude sur la couleur du drapeau. Cette grave question se trouve en même temps élevée à la hauteur d'une question législative. Le roi conserve à cet égard son
initiative comme sur toutes les autres questions. Mais aucune modification ne peut être apportée au drapeau tricolore que par son accord avec les représentants du pays.
» M. le président ajoute, en terminant, qu'à ses yeux l'hésitation n'est plus possible, que Texpérience de la république conservatrice a échoué et que le parti conservateur oflre au pays la monarchie constitutionnelle ayant à sa tète la maison royale de France réconcihée. Quant à lui, il ne doute pas de la victoire. »
Ce discours couvert d'applaudissements, fut suivi d'une communication dont Fhonneur revient entièrement au duc Pasquier.
— Il y a dans le Centre Gauche, dit-il, des conservateurs dont beaucoup affirment publiquement qu'ils sont, en théorie, partisans de la monarchie constitutionnelle. Devant cette communauté de sentiments, ne doit-on pas croire que s'il s'est produit des divergences, elles sont dues surtout à des malentendus, ou tout au moins à des défauts d'entente, et n'y auraitil pas un manque de procédé à tenir plus longtemps les membres du Centre Gauche dans
l'ignorance du détail des propositions qui doivent être soumises à l'Assemblée, et dont ils ne pourront prendre connaissance sans y trouver une satisfaction pour tous leurs principes, et une réponse à tous leurs scrupules ,
L'Assemblée s'empressa d'adopter cette sage proposition et délégua aux membres de son bureau le soin de se mettre en communication avec le Centre Gaucbe, suivant la forme qu'ils jugeraient la plus opportune. Ce n'était pas la première fois que le Centre Droit donnait des preuves d'esprit politique. Mais jamais il ne l'avait fait avec autant d'à-propos. Quant au duc Pasquier, il se montrait en cette circonstance fidèle à lui-même, n'ayant pas cessé, pendant la crise, de manifester son désir de conciliation, il avait essayé d'agir sur son beau-frère, M. Casimir Périer. 11 était logique qu'il tentât un même effort auprès de M. Léon Say. C'est ainsi qu'il poursuivit activement la formation d'une imposante majorité. Peu de jours avant, comme on lui disait que quelques bonapartistes modérés étaient presque décidés à voter la monarchie, mais qu'ils hésitaient
en voyant parmi les chefs du mouvement, un des adversaires les plus résolus de l'empire, il répondit :
— Qu'ils viennent me trouver ; ils trouveront un homme d'honneur à qui parler. La main dans la main, nous nous expliquerons.
Avant que la réunion se séparât, M. Chesnelong prit la parole pour refaire devant elle, le récit qu'il avait déjà fait au Comité des Neuf. Depuis son retour, un incident s'était passé, sans importance en apparence, mais propre à accroître l'autorité des déclarations du député des Basses -Pyrénées. Plusieurs députés, parmi lesquels se trouvait le marquis de la Rochethulon, représentant de la Vienne, ayant manifesté le désir de se rendre auprès du comte de Chambord, avaient été priés de suspendre momentanément ce voyage, a parce que le comte de Chambord, lors de son dernier séjour à Salzbourg, avait communiqué aux députés qui étaient allés le rejoindre dans cette ville ses dernières instructions et avait chargé en particulier, M, Chesnelong^ de les transmettre à ses collègues, »
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Il n'était donc plus possible de contester à ce dernier yson caractère de mandataire officiel. Il retraça au Centre Droit, avec une émotion qui fut partagée, le récit de son voyage, dans les termes dont il s'était déjà servi. Le procèsverbal de la réunion porta dès le lendemain ce récit à la connaissance du pays. On a reproché à ce procès-verbal un défaut d'exactitude. Nous démontrerons tout à l'heure, par la comparaison des textes, que les différences constatées entre la pensée de M. Chesnelong et le compte rendu, n'altéraient pas la vérité.
M. Raoul Duval assistait à cette réunion. Il y était arrivé, perplexe et découragé, sous l'empire d'impressions hostiles à la monarchie, recueillies à Rouen, où la lutte électorale s'engageait et où le général Letellier-Valazé venait de poser sa candidature, sous le patronage de M. Thiers. M. Raoul Duval ne dissimula pas à ses collègues ses appréhensions.
— Vous voulez faire la moDarchie, leur dit-il, vous ne vous êtes donc pas rendu compte de l'opinion du pays ?
Selon lui, le pays était conservateur, mais
non royaliste. Il traduisit toute sa pensée dans une lettre qu'il écrivit le même jour, au général Ghangarnier.
a J'ai reçu hier soir, à RouefT, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire pour me faire savoir que la Commission des Neuf désirait m'entretenir.
» Je ne vous ai pas dissimulé, vendredi dernier, les appréhensions que m'inspirait Tefifet produit sur le pays par les projets de restauration monarchique, en la personne du comte de Chambord. Je vous ai dit combien les souvenirs de la monarchie légitime étaient impopulaires dans nos campagnes aussi bien que dans les villes, combien les manifestes antérieurs et les doctrines du chef de la maison de Bourbon éveillaient do défiances. Je ne vous ai pas dissimulé que pour avoir chance de faire accepter la monarchie par le pays, un accord préalablement incontestable sur tous les points entre le prince et les représentants de la nation roe paraissait indispensable.
» La communication £ait6 aujourd'hui à la réunion du Centre Droit, loin de dissiper ces
appréhensions, n*a fait que les aggraver, et je crains que les intérêts conservateurs, à la défense desquels je me suis dévoué, ne demeurent gravement compromis.
» Le silence gardé par le prince personnellement, laisse intact, aux yeux de la nation, le manifeste du 4 juillet 1871. Il autorise les feuilles qui ont passé jusqu'à ce jour pour recevoir plus particulièrement ses communications, à soutenir que rien n'est modifié dans sa politique, ses doctrines et son drapeau. Cette réserve peut laisser craindre un désaccord ave a la représentation nationale, quand elle serait engagée sur la foi de pourparlers susceptibles d*être plus ou moins désavoués.
» La royauté ainsi reconstituée, sans le concours immédiat du pays, et peut-être contre son sentiment, ne me paraîtrait avoir que des chances de durée tout à fait précaires.
» Il m'en coûte singulièrement de me séparer, sur cette question essentielle, de ceux à côté desquels j'ai combattu depuis deux ans ; mais, dans les entreprises du genre de celle qui est aujourd'hui tentée, il importe de ne
pas se méprendre sur le concours et sur les votes.
» L'estime que vous m'avez bien voulu témoigner, me fait un devoir de vous prévenir que je ne puis accepter la responsabilité qu'entraînerait la restauration monarchique, en semblable condition.
» Je demeure donc à l'écart... »
Cette lettre rangeait M. Raoul Duval parmi les abstentionnistes et non parmi les ennemis de la monarchie. Elle ne laissa pas cependant d'affliger ses amis, qui, ne pouvant oublier les services rendus par lui à la cause de Tordre, respectèrent sa décision, sans comprendre les scrupules de ce noble esprit, et sans perdre l'espoir de le ramener à une solution qui tendait de plus en plus à s'imposer aux conservateurs.
Deux jours après, une démarche fut faite auprès de lui et échoua. Il inclinait de plus en plus vers l'abstention, désireux d'attendre le résultat définitif avant de se prononcer. M. Raoul Duval est de ceux qui, dans les jours troublés où nous passons, ont une grande tâ-
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elle à accomplir, un rôle considérable à jouer; il peut rendre, il rendra certainement encore de grands services à son pays. Nous ignorons s'il verra couronner ses efforts, et si le peuple, au salut duquel il aura contribué, lui témoignera quelque reconnaissance; mais ce que nous savons, c'est qu'il n'attend rien de semblable, et que dans tous les actes de sa vie, il ne suit d'autre inspiration que celle de son devoir. 11 a peu d'amis groupés autour de soi, car il ne suffit pas, pour être admis parmi eux, de l'avoir applaudi ou flatté. L'estime de ceux auxquels il est attaché lui suffit, et il ne cherche d'autre récompense que l'expression sincère de cette estime, le témoignage de sa conscience et le triomphe du parti des honnêtes gens, dont il est le champion sohde et désintéressé. De telles natures ne sont pas faciles à convaincre et ce n*est point en faisant briller à leurs yeux, l'attrait du pouvoir et ses jouissances, qu'on les peut séduire. Il n'y avait donc qu'à laisser au temps le soin de lui démontrer que le pays dont il se défiait, n'attendait pour se rallier à la solution monarchique, que de la
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voir réussir. Quelques bcHis esprits dans l'Assemblée éprouvaient les mêmes scrupules que lui. C'est au comte de Chambofd seul qu'il appartenait de les rallier à sa cause.
A la suite de la réunion, le bureau du Centre Droit se rendit auprès de la Droite qui tenait également séance à l'hôtel des Réservoirs.
— Vous nous avez donné une poignée de main, dit le duc Pasquier, en entrant. Nous venons vous la rendre.
La Droite venait de prendre les mêmes résolutions que le Centre Droit et Taccord des deux groupes se manifesta de nouveau. Dans Tune et l'autre réunion, on avait agité la question de savoir s'il y avait lieu de convoquer immédiatement l'Assemblée, et, en somme, on la conclut négativement. Cette décision, connue dès le lendemain dans Paris, y causa un véritable désappointement. On voulut y voir la preuve que les groupes monarchiques n'étaient pas encore assurés de la majorité et sollicitaient un délai.
Bien n'était moins exact. Certains du succès, au contraire» les groupes iKonarchiques, après
s'être convaincus que la convocation anticipée de la Chambre n'aurait qu'un très-mince résultat pratique, avaient tenu à ne pas justifier les reproches de leurs adversaires qui les accusaient déjà de « vouloir hâter la solution, au risque d'empêcher un certain nombre de députés républicains de se rendre à la Chambre, faute d'un délai suffisant. »
Cette accusation fut formulée dans les conférences que le Centre Gauche tint à Versailles le 23 octobre. La première de ces conférences eut lieu à midi. M. Francisque Rive, député de l'Ain, entretint ses collègues de la publication faite par les journaux du matin, du procèsverbal des décisions prises par la Droite et le Centre Droit relativement au rétabUssement de la monarchie du comte de Chambord. Il appela leur attention sur les ouvertures que le duc d'AudijBfret-Pasquier proposait de faire au Centre Gauche.
— Il importe, dit-il, que ces ouvertures reçoivent une réponse nette et immédiate. Nous savons quelles sont leur nature et leur portée : elles nous sont révélées par le procès-verbal
(lies réunions de la Droite, qui est un véritable document officiel. Il ne faut pas laisser dire au pays que nous sommes en négociations, car il croirait que le Centre Gauche hésite. 11 est nécessaire que nous disions notre pensée. Chargeons donc notre bureau de répondre en notre nom, que nous n'acceptons que des propositions conformes à notre programme : Torganisation de la république conservatrice, qui nous donne Tordre par la liberté.
M. Laboulaye, dont l'attitude ne pouvait surprendre ceux qu'ont déjà frappés ses contradictions et ses inconséquences, renchérit encore sur ces déclarations.
— On veut vous compromettre, s'écria-t-il. Répondons au Centre Droit que nous ne pouvons nous entendre avec lui que sur le terrain de la république.
C'est ainsi que le Centre Gauche se prêtait aux tentatives de conciliation et d'entente. La séance fut interrompue sur ces habiles paroles, afin de laisser au président, M. Léon Say, le temps d'aller siéger dans la commission de permanence, dont il était membre.
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A l'issue de cette commission, il fut abordé parle duc d'Audiffret-Pasquier, qui lui dit saus ambages :
— Vous devez connaître par les journaux, mon cher collègue, le désir où je suis de communiquer au Centre Gauche, les motifs qui ont déterminé la résolution du Centre Droit et qui règlent la conduite de ce groupe parlementaire. Accepteriez-vous cette communication et de quelle façon pourrait-elle s'effectuer?
— Je vous remercie de vos intentions, répondit M. Léon Say. Mais, le Centre Gauche ne peut recevoir de communication du Centre Droit que sur le terrain de la république conservatrice. Nous avons apprécié votre projet. Mais, nous sommes convaincus que dans les conditions où la monarchie est imposée, elle serait considérée par le pays comme une revanche, de 1 789, ce qu'elle serait d'ailleurs en réalité. Dans ces conditions, le Centre Gauche ne peut accepter de communications officielles qui ressembleraient à des négociations qu'il ne veut pas entamer.
— C'est justement afin de vous prouver qi^e
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la monarcliie que nous voulons faire ne saurait être une revanche de 1789, que nous avons voulu vous exposer nos idées, reprit le duc d' Audififret-Pasquier.
Et comme M. Léon Say ne répondait pas, il ajouta :
— Vous refusez ?
— Nous refusons.
— Soit, répliqua le duc Pasquier dans un mouvement d'indignation plus honnête que politique ; si la monarchie est battue, vous vous tirerez d'affaires tout seuls, avec vos amis les radicaux.
Et il s'éloigna. Quelques instants après, le Centre Gauche étant de nouveau réuni, M. Léon Say obtenait un facile succès, en rapportant cet entretien où il s'attribuait un rôle plus digne et meilleur qu'il ne l'avait eu en réalité. La réunion ne se sépara, qu'après avoir voté une résolution ainsi conçue :
a Le Centre Gauche reste uni, dans la conviction que la république conservatrice est la plus sûre garantie de l'ordre comme de la liberté, et que la restauration monarchique dont
il est question, ne serait pour la France'qu'une cause de nouvelles révolutions. »
Les deux journées qui venaient de s'écouler avaient eu pour résultat d'affirmer l'étroite union des groupes monarchiques et Tunion non moins étroite des groupes républicains coalisés. Mais, les bonapartistes n'avaient pas parlé. Ils le firent le surlendemain, 25 octobre, dans les termes suivants :
« Le parti impérialiste gardera religieusement sa foi politique et son drapeau. Il ne se laissera détourner de sa route par aucune suggestion, aucune calomnie. Il ne consentira ni concessions, ni compromis sur ses doctrines : ordre, souveraineté nationale, démocratie.
» Les députés partisans de l'appel au peuple ont coopéré à la formation de la majorité du 24 mai ; ils s'honorent de ce vote, qui a rassuré le pays, déclinent toute responsabilité dans les actes qui ont ébranlé Talliance, et se déclarent prêts à étudier toutes les mesures temporaires propres à donner de nouvelles garanties aux intérêts publics.
» L'Assemblée n*a pas la puissance néces-
saire pour constituer, — république ou monarchie, — un gouvernement durable et respecté.
» La nation seule, par Texpression libre et directe de sa volonté, peut fonder le gouvernement définitif de la France. L'apaisement des partis, la sécurité, le travail ne peuvent être rendus à la patrie que par ce grand acte de la souveraineté, source incontestée du droit.
» Nos institutions politiques doivent avoir pour base, non quelques voix de majorité, mais des millions de suffrages.
» Les projets de restauration royale sont repousses par le pays. Us causent une égale inquiétude aux hommes animés de l'esprit de i 789, éclairés par l'histoire des peuples modernes, et à ceux qui cultivent le sol ou travaillent dans l'atelier,
» Vaines sont les intentions loyales des partisans de la monarchie : droits civiques, indépendance communale, égalité civile, liberté religieuse, éducation publique, tout ce qui forme et constitue la croyance politique d'un peuple, a été ému et alarmé. L'entreprise est impossible ; la tenter par un coup de majorité
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serait violer le mandat, non Texercep. On préparerait à la nation les plus redoutables déchirements ; la France ne veut pas de révolution en arrière.
» Donc, le parti impérialiste votera contre toutes les propositions monarchiques.
» N*a-t-il pas d'ailleurs, au milieu de nos agitations publiques, le rôle le plus sincère, alors qu'il dit : « Donnons la parole à la France ; » à elle de prononcer et de choisir : la Répu- » blique, la Royauté, l'Empire. »
» A ses enfants d'obéir ! »
On remarqua que ce manifeste ne portait d'autre signature que celles du baron Eschassériaux, président de la réunion de Tappel au peuple, et du comte Ginoux de Fermon, secrétaire. On en conclut que tous les bonapartistes qui siégeaient dans la Chambre, n'avaient pas voulu se rallier à ce manifeste. C'était vrai. La scission s'accentuait de plus en plus, parmi les partisans de Tappel au peuple, dont quelquesuns répugnaient à entrer en alliance avec les radicaux, malgré les efforts faits auprès d'eux afin de leur démontrer que cette alliance n'é-
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tait qu'accidentelle et ne compromettait pas la doctrine. A cette occasion, on raconta que Tlmpératrice qui, même sur le trône, ne dissimulait pas ses sjnupathies royalistes et qui les avait prouvées, par un culte touchant et romanesque à la fois, pour la mémoire de Marie- Antoinette, venait d'écrire à quelques-uns de ses amis de Paris qu'elle les voyait avec douleur faire cause commune avec les radicaux contre la restauration monarchique.
Tandis que ces divers incidents se déroulaient, le public n'ayant plus autre chose à faire qu'à attendre la réunion de l'Assemblée nationale, se livrait nerveusement à mille commentaires, écoutant tous les bruits, les accueillant avec crédulité et ne discutant avec passion, que sur le point de savoir si la solution monarchique ral»lierait la majorité. A mesure qu'approchait rheure de la lutte, les convictions se fortifiaient et chacun semblait également assuré de la victoire. Les organes de chaque parti tentaient des efforts suprêmes pour entraîner l'opinion, déployant une passion qui fut rarement dé-
En étudiant de près Tétat des esprits, on pouvait néanmoins se convaincre que la monarchie était considérée comme faite. Le Times avait publié le programme de a l'entrée du roi. » On racontait que les chevaux étaient achetés, les voitures commandées, et dans certains milieux, on se montrait un peu troublé parce que le roi avait décidé qu'il porterait, en arrivant dans Paris, non Tuniforme des généraux de division, mais un costume semblable à celui de son aïeul Louis XVIIL
Sur ces entrefaites, un grand nombre de journaux légitimistes ouvrirent leurs colonnes à la note suivante :
« Les journaux publient ce matin les procèsverbaux des deux séances tenues hier par la réunion du Centre Droit et la réunion de la Droite. Bien que ces procès-verbaux soient quahfiés à' officiels, je dois formuler, en ce qui concerne le premier, les plus expresses réserves. Les paroles prêtées à M. le comte de Chambord, ne sont pas conformes à celles qu'il a prononcées j et expriment sa pensée d*une façon absolument inexacte. »
De qui émanait cette note ? On ne l'a jamais su. Elle faisait allusion au langage tenu par M. Chesnelong dans la réunion du 22 octobre, en ce qui concerne le drapeau ; ou du moins, à celui que les rédacteurs du procès-verbal lui avaient prêté, et dont voici le texte :
a Restait la question du drapeau, qui a donné lieu à deux conférences, dont M. Chesnelong retrace les détails, en citant autant que possible les paroles mêmes de M. le comte de Chambord. M. le comte de Cbambord aurait dit notamment qu'il n'avait Tintention d'offenser ni son pays, ni le drapeau de son pays, qu'il n'était étranger ni aux gloires que la France avait acquises sous ce drapeau, ni aux douleurs qu'elle avait subies ; que, puisque le drapeau tricolore était le drapeau légal, si les troupes devaient le saluer à son entrée en France, il saluerait lui-même avec bonheur le drapeau teint du sang de no^ soldats.
» M. le comte de Chambord aurait ajouté qu'il se réservait de proposer au pays, par l'entremise de ses représentants, une transaction compatible avec son honneur et qu'il
croyait de nature à satisfaire à la fois rAssemblée et le pays.
» C'est à la suite de ces conférences que les délégués de la Droite, présents à Salzbourg, ont déclaré à M. Gliesnelong qu'ils adhéraient, en leur nom et au nom de leurs amis, à la rédaction préalablement arrêtée par la Commission des Neuf, et aux termes de laquelle le drapeau tricolore était maintenu. »
Cette version était alors la seule qui eût été mise sous les yeux du public. En jetant un doute sjir son exactitude, on infirmait du même coup les déclarations de M. Chesnelong. Les journaux de la coalition s'empressèrent d'exploiter cet incident et de suspecter, nonseulement la véracité du député des Basses- Pyrénées, mais encore le caractère de sa mission. Il eût été facile de leur répondre en publiant le procès- verbal du 16 octobre, dont nous avons donné le texte à la fin du chapitre précédent et qu'on eut le tort de ne livrer à la publicité qu'après le manifeste de Salzbourg. Nous croyons devoir citer de nouveau la partie de ce procès-verbal qui a trait au drapeau :
« M. le comte de Ghambord a montré le souci de préserver, dans Tintérêt du pays, les deux forces qui lui semblent nécessaires pour remplir efficacement son devoir royal : l'intégrité de son principe et l'intégrité de son caractère. Il respecte d'ailleurs le sentiment de l'armée pour un drapeau teint du sang de nos soldats ; il n'a jamais été étranger aux gloires et aux douleurs de la patrie ; il n'a jamais eu l'intention d'bumilier ni son pays, ni le drapeau sous lequel ses soldats ont vaillamment combattu.
)» Les résolutions de M. le comte de Ghambord se formulent dans les deux points suivants :
» ^o M. le comte de Ghambord ne demande pas que rien soit changé au drapeau, avant qu'il ait pris possession du pouvoir ;
« 2* Il se réserve de présenter au pays et se fait fort d'obtenir de lui par ses représentants, à l'heure qu'il jugera convenable, une solution compatible avec son honneur et qu'il croit de nature à satisfaire l'Assemblée et la nation. »
Il suffit de comparer les deux textes pour se
convaincre que les différences qui existent entre eux, n'en affaiblissent pas la conclusion résumée dans la formule de la Commission des Neuf, à laquelle avaient adhéré MM. Lucien Brun, de Carayon La Tour et de Cazenove de Pradines : «Le drapeau tricolore est maintenu. « Il ne pourra être modifié que par l'accord « du roi et de FAssemblée. » Telle est bien la formule acceptée par le comte de Chambord. Aussi, quand plus tard, alarmé à tort des interprétations inexactes dont sonlàngage est l'objet, il revendiquera le droit de n'accepter d'autre drapeau que le drapeau blanc, M. Chesnelong aura le droit de dire :
— Ce n'est ni en ces termes, ni sous cette forme que vous aviez promis de Tofitrir au pays.
Cet incident, habilement exploité par les journaux de la coalition, troubla quelque peu la quiétude des Toja\ïsies.lJUmdneXVUm'v8rs,\om de Taffaiblir, prirent plaisir à l'exagérer. Ce n'était d'ailleurs que le premier de ceux qui devaient précéder le dénoûment. Le 5 0Gt6bTe,lai Liberté publiait avec solennité une note mystérieuse destinée à affaiblir encore les déclarations de
M. Gliesnelong, et qu'elle disait communiquée par un fidèle de Frohrsdorf. Cette note était ainsi conçue :
« M. le comte de Chambord est Thonneur même; aucune intrigue politique ne pourra prévaloir sur sa conscience, sur ce qui est son dogme royal.
» Sans doute, depuis le 5 août, aux nombreux visiteurs qui sont venus solliciter son acquiescement à leurs combinaisons, il a tenu à faire un accueil dont la parfaite bienveillance a été jusqu'à l'épuisement; mais vis-à-vis d'aucun d'eux, il ne s'est laissé aller à une parole qui pût contredire ses déclarations passées ou compromettre le principe par lequel seul, il est roi.
» Il n'a donné à personne la mission de parler en son nom ; il a pu agréer gracieusement des offres de dévouement et de services, laisser des négociateurs, convaincus sans doute, chercher une forme publique qui pût préparer son retour en France; mais il n'a pris aucun engagement, ne s'est jamais rallié au régime représentatif, et surtout n'a jamais donné à
entendre qu'il pût abdiquer son drapeau blanc.
» Du reste, le comte de Cliambord est trèspréoccupé de tous les agissements qui tendraient à compromettre l'affirmation du principe en dehors duquel il n'a rien à faire et ne peut rien faire.
» Si l'Assemblée nationale lui présentait la couronne aux conditions torturées que publient certains journaux, il la refuserait sur l'heure. En tous cas, jamais il n'abdiquera, pas plus à Frohrsdorf qu'à Paris.
» Quant à l'éventualité de prétendus compromis de. conscience, dus à l'influence de hautes notabilités religieuses, il est possible que de pareils calculs aient pu entrer dans l'esprit de certaines gens qui font passer leur ambition avant les intérêts de la France et de l'Eglise ; mais le comte de Ghambord est et demeurera inébranlable : justum et tenacem. »
Cette publication ne produisit pas tout Teffet qu'en attendaient ses auteurs. Elle fut formellement démentie par les journaux royalistes. Ce qui prouvait d'ailleurs qu'elle était apocryphe, c'est que le Paris-Journal en avait reçu
aussi un exemplaire qu'il mit au panier et n'en retira que pour constater qu'il différait, par plus d'un point, de celui qui avait été communiqué à la Liberté.
« Au troisième paragraphe de la protestation, disait le Paris^Joumaly après ces mots : « il n'a donné à personne la mission de parler en son nom » , le texte qui nous a été adressé porte ceux-ci, omis par la Liberté : Il ne croit pas qu'il exiite parmi ses amis un homme assez rompu aux grandes affahres, assez pénétré de sa pensée pour s*en rapporter absolument à lui.
» Dans le même paragraphe, au lieu de : « négociateurs convaincus sans doute », notre texte porte : négociateurs improvisés.
» Dans le même paragraphe encore, au lieu de : « régime représentatif », parlementarisme
» Au paragraphe suivant, au lieu de : « com- » promettre l'affirmation du principe, » notre texte dit : voiler l'affirmation,
» Enfin, l'avant-demier paragraphe de cette protestation est ainsi rédigé dans la copie qui nous a été personnellement adressée:
» 81 l'Assemblée nationale lui présentait la
» couronne aux conditions torturées que pu- » blient certains journaux, il la refuserait sur » l'heure. // aime à croire que les princes d'Or- » léans, qui se sont mis à sa suite, garderont la » même attitude (les mots soulignés sont omis » par la Liberté). En tout cas, jamais il n'abdi- » quera, pas plus à Frohrsdorf qu'à Paris. »
La Liberté, qui apportait dans sa campagne contre la restauration, une ardeur plus violente qu'habile, et nullement dégagée d'une étourdissante fantaisie, ayant maintenu son document, et tenté d'en prouver l'authenticité par des renseignements trop précis pour être vrais, s'attira de M. Chesnelong cette réponse péremptoire, datée de Versailles le 26 octobre :
« Monsieur le rédacteur , sous le titre de : Dernières nouvelles de Frohrsdorf^ vous avez publié, dans votre avant-dernier numéro, une communication anonyme dont je ne veux rechercher ni l'origine ni le but. "Vous dites aujourd'hui : « MM. Chesnelong et Lucien Brun » ne nous contrediront pas, pour peu qu'ils » veuillent bien se rappeler en présence de qui » ils ont parlé à M. le comte de Chambord. »
» M. le comte de Chambord a bien voulu m'accorder trois audiences. Elles n'ont pas eu de témoin ; j'ai toujours été seul avec lui.
» Je maintiens, dans les termes où je l'ai fait et tel que mes collègues Font entendu, l'exposé successivement présenté à la Commission des Neuf, aux bureaux des réunions parlementaires, enfin aux réunions du Centre Droit et des Réservoirs; j'en affirme la vérité absolue. »
Ce fut un rude coup porté aux informations de la Liberté. Le journal de M. Léonce Détroyat essaya vainement de rétablir son crédit, en discutant la lettre de M. Chesnelong.
« M. Chesnelong nous dit qu'il a eu Thonnenr d'être reçu trois fois par M. le comte de Chambord, en audience particulière, et que personne n'assistait à ces entretiens. Nous ne doutons pas de la parole de l'honorable député, mais nous maintenons qu'en dehors de ces « audiences particulières, » il y a eu, pendant le séjour de M. Chesnelong à Salzbourg, d'autres enfrettem qui ont permis à M. le comte de Chambord, aussitôt qu'il a eu connaissance du procèsverbal publié par la Droite, d'en témoigner son
étonnement et même de dire à rami intime : « Tu étais là, toi I Est-ce bien là, le sens de mes » paroles ? »
L'invention de Vami intime, tutoyé par le prince, fut jugée charmante, mais ne parvint à convaincre personne. La Liberté crut en outre, devoir affirmer que le comte de Chambord n'avait dans l'Assemblée aucun mandataire officiel. Elle n'eût point affirmé pareille chose, si elle avait connu la communication faite, le 20 octobre, au marquis de La Rochetulon et aux députés qui se préparaient à partir avec lui pour Frohrsdorf, dans laquelle il était dit <( que le comte de Chambord, lors de son dernier séjour à Salzbourg, avait communiqué ses dernières instructions aux députés qui étaient allés le voir dans cette ville, et chargé en particulier M, Chesnelong de les transmettre à ses collègues. »
Nous n'avons insisté sur cet épisode qu'afin de démontrer que, bien que les prévisions de la Liberté se soient réalisées, elles n'avaient aucun fondement à l'heure où elle les formulait, n'obéissant qu'à sa passion. Il est
I positif, toutefois, que les communications à Taide desquelles elle rédigeait ces nouvelles bizarres, lui venaient d'un personnage placé assez près du comte de Chambord pour paraître au courant des secrets les plus graves, mais point assez dans sa confiance pour les connaître. On a attribué ces indiscrétions insuffisantes à madame la comtesse de Chambord. Nous avons trop de respect pour elle pour croire qu'elle s'est prêtée à ce jeu. On a parlé aussi de communications faites par la Prusse. Nous prisons trop Tesprit du directeur de la Liberté y pour croire qu'il ait accepté sans contrôle les nouvelles venues d'une telle source. On était alors au 27 octobre. Les faits que nous venons de raconter imposaient au comte de Chambord l'obligation de parler. Le langage de son mandataire mis en doute, sa sincérité soupçonnée, le parti royaliste affaibli, c'était assez pour le contraindre à faire entendre sa vo\\. Les manifestations et les désirs de l'opinion s'exprimèrent dans ce sens, et Ton annonça tout à coup que MM. de Falioux et Lucien Brun étaient partis pour Frohrsdorf,
afin d'obtenir une lettre qui confirmerait les assertions de M. Chesnelong. On alla jusqu'à dire que cette lettre existait, mais qu'elle ne serait rendue publique qu'au dernier moment, afin de n'être pas exposée, avant l'heure, à devenir la pâture des appréciations malveillantes ou hostiles.
Pendant les trois jours qui s'écoulèrent ainsi, les moindres incidents excitaient Topinion. Le Figaro publia, signée de son rédacteur en chef, une lettre adressée à l'Impératrice, dans laquelle celle-ci était suppliée d'engager les partisans de l'empire à voter la monarchie et de briser ainsi l'alliance monstrueuse conclue par eux avec les radicaux. Les journaux se livraient à des calculs sans fin pour établir à l'avance les chiffres du vote définitif et publiaient des tableaux sur lesquels figuraient des députés morts depuis plusieurs semaines. L'anxiété publique s'augmentait d'heure en heure, accrue encore par le langage imprudent des ultra-royalistes et de leurs organes. Les réunions de la Gauche et du Centre Gauche se succédaient, M. Thiers s'agitait, et, de toutes
parts, on s'étonnait du silence prolongé du comte de Chambord.
Le 28, le Journal officiel publia les pièces suivantes :
ORDRE A L'ARMÉE. « Le ministre de la guerre a reçu de M. le général de Bellemare, commandant la subdivision de la Dordogne, une lettre par laquelle cet officier général se refuse à reconnaître la souveraineté de l'Assemblée nationale.
» Le ministre de la guerre ne pouvant tolérer qu'un officier sous les drapeaux, méconnaisse la représentation légale du pays, M. le général de Bellemare a été immédiatement démis de son commandement et mis en non-activité par retrait d'emploi, par décret de M. le maréchal Président de la République.
» Versailles, le 28 octobre 4873.
» Général du Barrail. »
ORDRE DU JOUR A L'ARMÉE. « Soldats !
» Un seul acte d'indiscipline a été commis dans l'armée.
j» Le maréchal Président de la République est convaincu qu'il ne se renouvellera pas ; il connaît l'esprit de dévouement qui vous anime. Vous saurez maintenir dans l'armée cette union et cette discipline, dont elle a toujours donné l'exemple, qui font sa force, et qui, seules, peuvent assurer la tranquillité et l'indépendance du pays.
» Comme soldats, notre devoir est bien tracé, il est indiscutable : en toutes circonstances, nous devons maintenir l'ordre et faire respecter la légalité.
» Versailles, le 28 octobre 4873.
» Le Président de la République, » Maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta. »
La lettre à laquelle il était fait allusion dans ces documents, était datée de Périgueux, le 25 octobre et conçue en ces termes :
« Monsieur le ministre, je sers la France depuis trente-trois ans avec le drapeau tricolore, et le gouvernement de la République depuis la chute de TEmpire. Je ne servirai pas sous le drapeau blanc, et je ne mettrai pas mon épée
à la disposition du gouvernement monarchique, restauré en dehors de la libre expression de la volonté nationale .
» Si donc, par impossible, un vote de l'Assemblée actuelle, rétablissait la monarchie, j*ai l'honneur de vous prier, monsieur le ministre, de vouloir bien, dès le moment précis de ce " vote, me relever du commandement que vous m'aviez confié. Général de Bellemare. »
La répression vigoureuse de cet acte d'indiscipline fut généralement approuvée ; Texemple fut salutaire. On commençait à comprendre les périls de l'intervention des militaires dans la politique ; la double candidature du général Saussier dans l'Aube et du général Letellier- Valazé dans la Seine-Inférieure, où elle recevait l'appui des radicaux, avait ouvert les yeux aux plus récalcitrants.
Enfin, comme si aucune émotion ne devait manquer à cette période fiévreuse et pleine d'angoisses, la Gazette des Tribunaux annonçait, le 30 octobre, qu'im complot contre la sûreté publique, venait d'être découvert dans le
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département de Saône-et-Loire et que plusieurs arrestations avaient eu lieu. Les inculpés étaient poursuivis pour affiliation à une société secrète qui avait résolu Tarrestation de Mme la marquise de Mac-Mahon, nièce de M. le maréchal, président de la République, en son château de Sully. Veuve, vivant avec ses enfants dans un pays qu'elle comble de ses bienfaits, Mme de Mac-Mahon, désignée par le glorieux nom qu'elle porte, devait servir d'otage aux insurgés !
Ces divers détails, encore présents à toutes les mémoires, ajoutaient à l'agite.tiou du pays si profondément troublé par l'attente dans laquelle on le laissait. A mesure qu'approchait Theure décisive où les partis devaient se trouver en présence, son angoisse grandissait. Ses yeux étaient tournés du côté de Frohrsdorf. C'est de là qu'il attendait le mot qui devait décider de ses destinées . Faisant allusion à la lettre qu'on espérait, un personnage politique écrivait :
« Si elle est ce qu'elle peut et doit être, on verra l'opinion fatiguée subir un de ces re-
virements décisifs qui assurent le succès des grandes causes, et se montrer aussi enthousiaste qu'elle s*est montrée défiante depuis trois jours, par suite des fausses nouvelles des ennemis de la monarchie et des appréciations de ceux de ses amis qui veulent être, suivant une expression vulgaire, plus royalistes que le roi. Ohl ceux-là nous ont aussi fait bien du mal et leur radicalisme n*a pas été moins dangereux, exprimé par V Union et Y Univers, que le radicalisme dont le Rappel est Torgane.
D Mais à quoi bon insister sur ces tristesses d'un jour? Qu'importent lesanxiétéssubiessi le succès couronne nos efforts? Ce succès dépend, en ce moment, de la décision que prendra le comte de Ghambord. Dieu daigne Tinspirerl Si sa réponse est telle que nous avons le droit de l'espérer, il aura fondé en France un gouvernement que tous les bons citoyens accepteront. Si, au contraire, il ne comprend ni son temps, ni son pays, alors, il faudra ceindre nos reins, élever nos courages, car l'heure des grandes épreuves aura sonné.
» Mais; je ne peux croire à une hypothèse
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aussi douloureuse. Nous ne pouvons pas avoir vécu si longtemps dans l'espérance du salut, pour le voir s*évanouir. Non, nous n'avons pas caressé une chimère, et la monarchie légitime et nationale, fondée sur l'accord de la souveraineté du peuple et sur celle du roi, n'était point un rêve de poëte. Ce qui s'est passé ne démontre pas que le pays ait la haine de la monarchie. Cela prouve que le drapeau blanc est Tobjet de ses répugnances, et qu'il repousse unanimement les procédés du gouvernement que ce drapeau lui rappelle. Mais lui présenter, à Tombre du drapeau tricolore, la monarchie traditionnelle réconciliée avec la liberté, c'est aller au-devant de ses vœux et lui assurer un repos»dont il a ardemment soif. »
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