GYMNASTES : DIRECTEURS DE GYMNASES PROFESSEURS , MONITEURS
Afin de ne pas errer à Taventure, afin de ne pas assnmer une responsabilité considérable, afin d’éviter les dangers et les misères qui en sont la suite, il faut absolument que celui qui s’occupe de l’éducation physique de ses semblables soit complètement à la hauteur de cette tâche.
Tout gymnaste, digne de ce nom, doit être intelligent, instruit^ capable^ pru-
dent^ dévoué, avoir du coup d'oeil et un tact tout spécial, surtout lorsqu’il se dit professeur de gymnastique médicale.
Intelligent. — L’iutelligence est cette faculté active qui uous fait juger ou peser la valeur entre plusieurs idées, afin de choisir la meilleure. Cette faculté est indispensable au gymnaste dont les idées et leur application aux exercices se succèdent très vite et doivent varier suivant l’état de santé ou de maladie des individus, suivant leur âge, leur sexe.
2® Instruit. — Les professeurs de gymnastique n’ont pas besoin de connaître l’bistoire universelle, l’algèbre, de savoir le latin et le grec. — L’instruction qui leur est nécessaire est une instruction toute spéciale, toute particidière, qui comprend surtout des notions exactes et précises d’anatomie, de physiologie, de mécanique, de médecine même. — Toutes connaissances qui sont indispensables à
GYMNASTES
tout professeur qui se respecte et respecte ses semblables.
3° Capable. — C’est-à-dire qu’il faut que tout bon professeur soit apte à enseigner ce qu’il a appris ; pour cela il doit avoir une certaine vocation, une certaine disposition naturelle qui le pousse vers la profession de gymnaste plutôt que vers tout autre métier.
40 Prudent. — La prudence est la qualité qui nous fait discerner le bien d’avec le mal, le vrai d’avec le faux. — L’orgueil et la sottise sont les plus grands écueils de cette qualité supérieure dont Socrate a dit : Sans prudence, il n''y a pas de vertus complètes. — La prudence nous sert à agir convenablement, consciencieusement, à Végard de nos semblables, à user des choses avec sagesse, avec réflexion. — Celte vertu est donc nécessaire à tout instructeur de gymnastique.
S"" Dévoué. — Tout professeur, quelle
c[iiG soit S8, spécialité, doit traiter avec sympathie et respect ceux qui se contient à lui; il doit leur procurer par ses soins, par ses conseils, le plus grand bien intellectuel et moral, quand il se charge de l’éducation de leur esprit et de leur cceur, et le plus grand bien 'physique lorsqu’il est gymnaste.
6° Du coup d'œil et un tact tout spécial.
Ces deux qualités sont ordinairement des dons de la nature; il est très difficile de les acquérir quand on ne les possède pas déjà en germe ; ce sont elles qui font les hommes d’élite dans n’importe quelle profession.
Dans l’état actuel des choses et de la législation, peut ouvrir un gymnase, même médical, qui le veut. — Le premier venu peut s’intituler professeur de gymnastique, avoir gymnase sur rue ou sur cour, exercer cette importante fonction librement, au grand jour, sans garanties, sans titres.
GYMNASTES
sans contrôle et par conséquent très souvent au détriment de la santé de ses clients.
Aucune loi, aucun décret, aucun règlement de police ne régissent cette matière.
En dehors des lycées et des écoles primaires de la Ville de Paris, l’autorité publique n’intervient qu’au seul point de vue fiscal ; la perception d’une patente. Telle est la vérité.
Ce qui est vrai n'est jpas toujours vraisemblable.
On comprend facilement que jusqu’en ces derniers temps, alors que la question était confinée dans le domaine purement spéculatif et scientifique, le pouvoir régulateur soit resté dans l’inaction ; l’intérêt, au point de vue de la santé publique, n’était pas grand, car il y avait peu de gymnases, peu de professeurs et surtout peu diQ pratiquants ; et, comme l’on dit, de minimis non curât prcetor. — Mais aujourd’hui c’est une autre affaire; la
gymnastique a pris dans l’éducation nationale une très grande importance ; témoin les nombreux gymnases, les nombreuses sociétés de gymnastique, témoin les nombreux concours qui ont lieu sur tous les points de la France ; l’intervention de l’autorité, intervention immédiate, directe, effective, s’impose donc nécessairement. — Le public est en droit de demander des garanties sérieuses, des titres non équivoques à tous ceux qui s'occupent de l’enseignement de la gymnastique, directeurs de gymnases, professeurs et moniteurs, de même qu’il exige des preuves d’instruction et de capacité de la part des hommes qui se chargent de l’éducation intellectuelle et morale des générations présentes qui, sous le rapport de la solidité et du ressort, laissent beaucoup à désirer. — Que anémiques 1 que de dyspeptiques! que de rhumatisants l que de névropathes ! que à'herpétides!
GYMNASTES
Eu l’abseuce de titres sérieux, constatant l’intelligeuce, le savoir, l’aptitude des gymnastes, aptitude toute spéciale, le public est obligé d’aller un peu à tâtons, un peu au hasard ; aussi que de déceptions et
d'accrocs!
Actuellement, les meilleurs professeurs sont en général les médecins. La raison est bien simple : les médecins ne sont pas les premiers venus. Pour arriver à l’obtention du diplôme de docteur, ils sont forcés de consacrer plusieurs années de leur jeunesse à l’étude de 1 anatomie, de la physiologie, sciences dont la connaissance est indispensable à l’exercice raisonné de la gymnastique.
A côté des médecins-gymnastes, il y a un certain nombre d’hommes qui, sans brevet ou avec un brevet insuffisant, sont arrivés, à force d’observations personnelles et aidés par un tact tout spécial, à acquérir de solides notions et à faire aussi de bons
30 LA VÉRITÉ SUR LA GYiMNASTIQUE
instructeurs très recommandables par leur vigilance et leur prudence. Sont encore digues de la confiance du public la plupart des professeurs des lycées et des écoles communales de la Ville de Paris, auxquels M. le ministre de l’instruction publique impose un diplôme de capacité. Mais, en dehors de ces trois catégories, c’est le chaos : certains individus, au sortir des régiments, se font gymnastes, uniquement parce qu’ils savent faire quelques culbutes, lever des poids monstres à bras tendu; parce qu’ils n’ont pas le courage d’être ouvriers, ou assez d’instruction pour devenir de bons employés dans l’industrie ou le commerce. D’autres, sans vocation aucune, sans capacité, sans conscience, écrément comme directeurs une position dont ils laissent tout le labeur à de malheureux moniteurs, ignorants, négligents, inconscients, qui fout trop souvent exécuter aux commençants, aux êtres faibles
GYMNASTES
OU malades, des manœuvres violentes et brutales, parce qu’ils ne réfléchissent pas que ceux-ci ne sont pas comme eux vigoureux, comme eux habitués à la pratique constante de la gymnastique.
Il faut insister sur ce défaut, si général dans le monde des moniteurs, parce qu’il constitue un des plus grands périls de la gymnastique actuelle, surtout avec Vahus déplorahle c[ue Von fait des machines.
L’homme vigoureux, habitué aux exercices de force, s’il est ignorant, grossier, a toujours une tendance à faire faire aux autres des manœuvres exagérées, excessives, dangereuses ; — c’est la conséquence de son ignorance : — Il n’est pas capable de réfléchir, il n’est pas capable d’être prudent, ou quand il sera prudent, ce sera plutôt pour lui que pour les autres, par instinct., par ce sentiment aveugle qui dirige les animaux dans leur conduilc.
Autrefois on disait que deux augures ne pouvaient pas se regarder sans rire^ tant étaient grotesques les bourdes, les chinoiseries que ces grauds prêtres faisaient avaler au bon peuple.
Aujourd hui on pourrait dire la même chose de beaucoup de soi-disant spécialistes, véritables banquistes, qui font de la gymnastique une panacée universelle, qu’ils appliquent à tort et à travers , en long et en large. Mais ces tristes faiseurs n’ont pas assez d’esprit pour rire, même entre eux, de leur insuffisance ; au rire ils préfèrent le dénigrement réciproque, signe certain d'incapacité et de V absence d'une méthode rationnelle ; chacun a son système, chacun se croit une compétence spéciale, supérieure à ^ celle de ses collègues. Aussi que de rivalités, que de contradictions , que d'erreurs, quelle confusion! On dirait , la cour du roi Pétaud.
ENGIJ^S
Après le personnel, il convient de parler du matériel, ce qui est une question aussi importante que celle des gymnastes.
Si le manque de savoir et d’habileté d’un trop grand nombre d’instructeurs éloigne des gymnases beaucoup de gens sagaces et prudents, il faut avouer aussi que l’arsenal des machiues compliquées, des armoires mystérieuses qui fout rêver aux frères Daveuport, est peu fait de sou côté pour inspirer la confiance. — C’est du charlatanisme au suprême degré.
4 Picquart. Gymnastique. 3
Eu voyant toutes ces singulières mécaniques, qui démontrent mieux que tous les raisonnements la grossière ignorance de ceux qui les emploient , on a envie de crier : La machine^ voilà V ennemi!
Le système des machines encombrantes, chères, inutiles et dangereuses s’est introduit eu France, vers 1820 environ, avec la méthode du colonel Amoros, Espagnol de naissance, qui fut accueilli comme un dieu... deus ex machina!
Cet officier supérieur était très instruit; mais dans la pratique, comme cela arrive quelquefois aux spécialistes, il a complètement manqué de logique.
Après avoir proclamé bien haut que la gymnastique cesse où le funamhulisme commence, ce trop zélé champion d’une bonne cause a complètement dépassé le but à atteindre. — Ce savant, mais trop léger gymnaste, était possédé de la manie de faire grand et trop.
ENGINS
En quelques années il encombra la vaste plaine de Grenelle de machines aussi compliquées que peu raisonnées, aussi chères qu’inutiles et nuisibles. Sous son audacieuse impulsion , l’État dépensa en peu de temps plus d’un million ! La vérité finit par se faire jour. — Le discrédit vint. — Le trop fantaisiste colonel fut remercié, et son immense, son grandissime gymnase militaire fut supprimé. — Tout cela se passait en 1837.
Malheureusement , le colonel a laissé après lui des imitateurs ; — de rusés industriels, profitant de l’ignorance, du défaut de sagacité et de raisonnement de • tous les soi-disant professeurs, ont enfourché les idées amorosiennes, les ont exploitées à leur profit, et ont à leur tour inondé la plupart des gymnases de tous les engins que l’on voit aujourd’hui.
Ce n’était pas ainsi que les Grecs, nos maîtres sous ce rapport , comme sous
bien d’autres, comprenaient la gymnastique. — Leurs exercices, toujours conformes aux lois naturelles, s’adressaient à tout le corps, pour lui conserver ses belles proportions, sa parfaite harmonie.
Ces vrais amis de l’esthétique ne connaissaient pas ces singuliers appareils, et jamais ils n’auraient voulu être brevetés s. g. d. g. pour des instruments qui ne mettent en action qu’une ou deux parties de la machine humaine, qui sont de nature à entraver les mouvements naturels, à désunir l’ensemble, à rompre l’équilibre, et dont quelques-uns sont plus durs à manier que des métiers de fabrique et ne produisent souvent que du mal.
Au moyeu âge, on brûlait les penseurs et leurs livres pour étouffer la vérité.
Aujourd’hui on ferait bien, dans l’intérêt de la vérité et de la conservation des gens, de mettre en pièces la plupart de ces ridicules mécaniques qui sont autant
ENGINS
d’hérésies... Leurs débris chaufferaient excellemmeut les gymnases froids et humides.
Les meilleurs iustrumeuts de gymnastique sont les plus simples , les moins chers ; et encore, peut-on s’en passer pour commencer. — Ils ne doivent intervenir que pour régulariser, développer, compléter les mouvements naturels.
Sans doute, dira-t-on, les mouvements naturels, même bien réglés, ne suffisent pas toujours pour fortifier spécialement les muscles, et l’intervention d’tm agent exté-^ rieur est souvent nécessaire pour arriver à ce but; soit! mais il ne faut pas oublier que, quel que soit cet agent, poids, agrès ou machine, la difficulté est de doser, de limiter cette force de résistance^ la difficulté est de toujours proportionner bien exactement cette force aux forces de chaque individu. — C’est donc un problème à poser en face de chaque client,
problème dont la solution, trop fréquemment erronée, faute de savoir et de prudence^ rend la plupart des exercices aux appareils très sujets à caution.
Voici, d’après M. Laisné, inspecteur des gymnases des écoles municipales de la ville de Paris, dont la haute compétence en cette matière est indiscutable, quels sont les instruments que doit posséder tout établissement scolaire, on peut dire, tout établissement hygiénique et médical :
1*^ Des barres ferrées ; — 2° des haltères légers; — 3° un sautoir mobile; — 4® un escabeau; — 5® des échelles en bois horizontales et inclinées; — 6^^ des barres parallèles mobiles ; — 7® une poutre horizontale; — 8° des échelles de corde ; — 9° des cordes lisses; — 10° des perches oscillantes; — 11° des cordes à nœuds.
Mais ces quatre derniers engins demandent à être employés avec beaucoup d’attention et de discernement, parce que les
ENGINS
échelles de corde sont dangereuses à cause de leur mobilité et de leur flexibilité, et que le maniement des trois derniers agrès tend à rétrécir la poitrine et à faire faire gros dos.
A cette nomenclature il faut ajouter le râtelier à perches (système Nicolas), appareil très simple aussi et très utile pour faciliter les mouvements de flexion et d’extension des bras et des jambes. Pour ces mouvements, on peut aussi employer les extenseurs à boudins métalliques (système Pichery), qui sout d’une innocuité complète et non sans utilité.
On voit qu’il n’est nullement question de trapèzes, d’anneaux, de chevaux de bois, de barres fixes et de tous ces appareils à traction, véritables boutiques d’agrès , cachant souvent des poids trop lourds, parce que tous ces instruments sont ■ou inutiles ou dangereux.
De tous ces engins que l’Académie de
médecine et la prudence, mère de la sûreté, excluent de la gymnastique hygiénique et médicale, quelques-uns peuvent exceptionnellement être admis dans les gymnases d’entraînement, dans les gymnases militaires, les trapèzes et les chevaux de bois, par exemple, pour rendre possibles les exercices de voltige qui demandent beaucoup d’attention, de précision pour ne pas être nuisibles.
Ici se place une remarque que peut faire tout observateur eu parcourant les nombreux établissements de la capitale ; c’est que les meilleurs gymnases sont ceux où il y a le moins d’instruments, le moins de machines et que le nombre des appareils
est forcément eu raison inverse du savoir,
de l’expérience, de l’habileté du directeur.
Pourquoi? parce que la meilleure gymnastique, la plus utile, la plus efficace, la plus sûre est celle qui emploie le moins
ENGINS
d’engins possible ; celle qui se contente de régler les exercices les plus simples, les plus faciles, celle qui respecte les mouvements naturels, les lois et dispositions de l’organisme que Finterventiou de mécaniques, mal raisonnées, mal appliquées surtout^ tend à contrarier et à léser.
Cette grande vérité, grâce aux efforts des savants et de quelques praticiens sensés, sort petit à petit du puits où l’avaient précipitée l’ignorance et la routine; aussi les professeurs les plus habiles avouent-ils que s’ils ont chez eux un ou deux spécimens de ces produits barbares, c’est moins pour les faire manier par leurs clients que pour satisfaire les yeux de la foule, et afin qu’on ne dise pas que ces très honorables gymnastes ne sont pas à la hauteur de la gymnastique moderne ! ! !
Nous voulons éviter les personnalités, sans cela nous pourrions facilement dresser ici une liste par ordre de mérite des pro-
fesseiirs actuellement en exercice à Paris. ■- Nous dirons seulement que les hâbleurs, les faiseurs d’embarras, les quémandeurs de publicité et de réclame, les marchands d’agrès et de machines seraient eu queue, comme étant les moins sûrs , les plus inaptes, les moins consciencieux.
Que l’on décombre les gymnases, que les cerveaux se remplissent de savoir, de prudence, de dévouement, et tout ira mieux dans le monde de la gymnastique, monde tout nouveau, encore en formation, mais déjà très remuant, très entreprenant, très audacieux.
Eq matière de gymnastique, il ne faut pas créer une méthode absolument fixe, absolument invariable, ce serait nier le progrès.
Une fois que les gymnastes seront suffisamment instruits, suffisamment capables et qu’on aura éliminé un grand nombre d’engins absurdes et dangereux, on arrivera facilement à mettre à la place de la fantaisie, de l’inspiration du moment ou de l’ignorance, des règles qui, sans être limitatives, seront prudentes et sûres.
Une règle qui dominera toujours toutes les autres est celle-ci : c’est de constamment proportionner les exercices aux forces, à l’âge, au sexe, à l’état de santé ou de maladie des individus et à l’habitude qu’ils ont de la pratique gymnastique — V habitude ! tout est là ! La répétition fréquente des mêmes mouvements, des mêmes exercices produit une grande facilité à les pioduire, on finit par les faire sans le moindre effort et presque instinctivement ; c est ce qui a fait dire que Vhobitude est une seconde nature.
Ce principe si simple, si vrai, est presque généralement ou négligé ou ignoré dans la pratique journalière, — le plus souvent ou applique à un même groupe d’enfants ou d’adultes les mêmes exercices, sans distinction aucune ; cela ne présente pas d’inconvénients lorsqu’il s’agit des mouvements d ensemble qui ne sont pas dangereux; mais pour les exercices aux appareils si
défectueux la plupart du temps, c’est tout différent; — ici, il y a toujours danger. — On ne peut donc rationnellement soumettre Pierre et Paul aux mêmes pratiques, si Pierre est plus jeune ou plus âgé que Paul, s’il est moins fort, plus délicat, si son sys-
tème musculaire est moins entraîné que
celui de son camarade. — C’est là une
question de simple bon sens, de simple réflexion ! et cependant, chaque jour, et presque partout, on voit appliquer aux malheureux clients des manœuvres irréfléchies qui produisent très fréquemment les conséquences les plus graves, et pour la santé des pratiquants et pour la réputation du maître.
Aussi, les lésions produites par des exercices irraisonnés, acrobatiques, ne peuvent-elles être appelées des accidents; l’accident étant ordinairement une chose qu’on ne peut prévoir ; elles sont bel et bien ie résultat de V ignorance, de V imprudence,
46 LA VÉRITÉ SUR LA GYMNASTIQUE de la négligence des gymnastes qui, de par la loi, sont complètement responsables du mal qu’ils font, et c’est justice. — Car, y a-t-il rien de plus odieux que d’être mutilé, estropié, éventré dans un gymnase...^ médical surtout, par la faute d’un individu dont la gymnastique est le métier et auquel on est venu confier sa peau????
Mais l idée^ l idée seule que des enfants, des valétudinaires peuvent être victimes de la hrutalité d'un hutor , indigne et révolte I !
Il y a encore d’autres préceptes que tout gymnaste qui prend sa profession à cœur ne devrait jamais oublier:
Ainsi, les meilleurs exercices sont ceux qui mettent en actipn, en même temps, toutes les différentes parties du corps, parties qui forment un seul et même tout, parties qui sont solidaires^ ce que paraissent ignorer les partisans des appareils spéciaux qui, même au point de vue ortho-
pédique , produisent bien rarement des effets complètement satisfaisants.
Ensuite, l’on obtient toujours un bien meilleur résultat en répétant plusieurs fois de suite un exercice facile, qu’en faisant une ou deux fois un tour de force. — Ou doit surtout éviter les efforts violents ; par les efforts violents on ne fortifie pas le corps, on le fatigue toujours outre mesure, on le brise souvent.
Ces règles et d’autres, il faudrait les inscrire eu gros caractères sur le fronton et sur les murs de tous les gymnases, à la place des grands mots charlatanesques que l’on y voit maintenant.
La vie ayant été, de tout temps, divisée en quatre périodes: V enfance^ V adolescence^ l'âge mûr et la vieillesse, on pourrait aussi diviser les exercices gymnastiques eu quatre classes, chacune de ces classes correspondant à chacune des quatre divisions de l’existence:
1° Aux enfants, il faudrait faire exécuter les exercices les plus élémentaires ; la maruhe d’abord, réglée d’après les principes de l’école du soldat; — puis, tous les mouvements d’ensemble, mouvements d’assouplissement si utiles, si salutaires au double point de vue de l’entretien de la sauté et de la tenue du corps, mouvements qui peuvent se faire avec ou sans instruments qui, comme ou l’a dit, doivent toujours être simples, légers, faciles à manier. — Viennent ensuite la course, le saut horizontal et les jeux en plein air, propres à cet âge, jeux dont l’énumératiou n’est pas nécessaire ici. Les exercices aux appareils indiqués dans le paragraphe précédent, ne peuvent être exécutés qu’avec l’assistance et l’aide de l’instructeur, les exercices aux barres parallèles surtout.
En faisant répéter à ces petits écoliers les commandements du professeur ou des chants rythmés, on donnerait une salutaire
activité aux poumons; caria gymnastique vocale est aussi nécessaire que celle des jambes et des bras, surtout pour les jeunes.
2° Pour les adolescents, filles et garçons, il faudrait les mêmes exercices d’assouplissement que pour les enfants, ces mouvements se font aussi avec ou sans engins; — les haltères peuvent être sensiblement plus lourds, saus inconvénients sérieux; — puis, tous les jeux au grand air, en rapport avec leur âge et leur sexe ; le volant, le ballon, la paume, les barres, le crocket; — pour les garçons l’exercice militaire, la course, les diiîérents sauts, le canotage, l’escrime, et pour les deux sexes la danse, la natation, l’équitation et, quand les maîtres sont vigilants, quelques manœuvres aux échelles et aux barres parallèles.
La natation peut maintenant être pratiquée par tout le monde, eu tout temps, en hiver comme eu été, grâce à l’intelligente
PiCQUART. Gymnastique.
50 LA VËRITÉ SUR LA G YM NAST I Q U E
initiative d’un savant gymnaste, M. Paul Chrislmann, fondateur à Paris des premiers gymnases nautiques qui rendent de grands services à l’hygiène publique. — L’équitation, malheureusement à cause de son prix élevé, n’est pas à la portée de tous.
3® Les hommes faits devraient continuer tous les exercices de l’adolescence jusqu’à la quarantième année ; les plus vigoureux pourraient s’adonner à quelques manœuvres aux appareils condamnés par la science, mais à la condition que ces manœuvres fussent parfaitement réglées, parfaitement surveillées.
Passé quarante ans, les marches régulières, Jcs mouvements de flexion et d’exleiision des membres, des exercices natul'els , comme la chasse, ‘le jardinage, sutlisent pour entreteuir l’équilibre, surtout eu y ajoutant un peu de gymnastique passive : des frictions et le. massage.
4® Quant aux vieillards, à moins d’a-
voir une constitution de fer, ce qui est rare à l’époque où nous vivons, ils peuvent se contenter de promenades au grand air, la canne à la main, se faire frictionner et masser. — Ils peuvent encore, s’ils ont chez eux des meubles en chêne, en noyer, en poirier noirci, les frotter, les astiquer; — cela dit sans rire ; — cet exercice, fait régulièrement, leur procurerait en eftet une douce moiteur et activerait d’une manière très convenable les fonctions d’assimilation , toujours très lentes à cet âge.
Eu se tenant à peu près dans les limites indiquées ci-dessus, suivant les différents âges, la gymnastique devient académique^ correcte^ utile, fortifiante et surtout sans danger, — car il ne faut pas qu’en voulant des gens faibles ou malades faire des forts ^ on en fasse des infirmes et des invalides ! !
Il ne faut absolument pas, si une note mythologico-comique est permise ici, qu’en voulant faire des Hercules ou des AgoU
lons^ on fasse, par ignorance, par négligence , des boiteux comme Yulcain ou de malheureux Laocoons, tout bardés de serloeuts de fer^ pour soutenir d'une gymnastique irraisonnée et irrationnelle les C7''uels et irréparables outrages ! ! !
A la fin de ce paragraphe, il n’est pas inutile de parler de l’émulation, ce sentiment qui porte l’individu à égaler ou à surpasser son semblable.
Le principe de l’émulation est excellent, indispensable dans l’éducation intellectuelle et morale, dans le domaine des arts, des sciences, des lettres, dans le commerce et l’industrie, partout enfin où les efforts individuels mènent au succès pour le plus grand bien de la civilisation, pour le plus grand bien de tous. — Mais dans la pratique de la gymnastique, ce principe ne peut raisonnablement être admis que pour les exercices exécutés par les plus forts, exercices qui peuvent trou-
EXERCICES GYMNASTIQU.es 53
ver leur application dans différentes circonstaucesdela vie, et qui permettent aux jeunes hommes de se rendre utiles à leurs semblables ou au pays, dans le cas d’incendie, d’inondation, par exemple, ou dans le cas de guerre. — Et encore une certaine prudence est-elle nécessaire pour éviter de se briser les os ou de se rompre quelque poiut de la machine^ comme le bas-ventre ou le cœur !
Quant à la majorité des pratiquants ^ ils doivent exécuter les exercices qui leur sont propres, froidement^ sagement, sans surexcitation, sans esprnt de rivalité et de concurrence, sans s'’ occuper de la galerie, et uniquement pour la plus grande amélioration de leur santé.