CHAPITRE VI
Chute du cabinet du 12 mai 1839 ; formation du cabinet du 1 er mars 1 840,présidé par M.Thiers. — Correspondance entre M. Thiers et M. Guizot. — Arrivée à Londres d'un plénipotentiaire turc ; l'Angleterre et l'Autriche fout à la France une proposition qui est refusée. — Arrivée d'un second plénipotentiaire turc. — Proposition de l'Autriche et de la Prusse un mois avant le traité de Londres. — M. Thiers répond qu'il faut encore voir venir et différer de s'expliquer. — De l'arrangement direct et de la mission de M. Eugène Périer à Alexandrie. — Insurrection de la Syrie en 1840. — Conclusion du traité du 15 juillet 1840; extrait de ce traité.
§XLIII. Chute du cabinet du 12 mai 1839 ; formation du cabinet du 1" mars 1840, présidé par M. Thiers.
Le cabinet du 12 mai avait présenté , dès le début de la session de 1840, un projet de loi de dotation en faveur du duc de Nemours , dont le mariage était annoncé. A la séance du 20 février, la Chambre décida, à la majorité de 226 voix contre 200 , qu'on ne passerait pas à la discussion des articles de cette loi , et c'est à la suite de ce vote que le cabinet du 12 mai donna sa démission. Le I er mars un nouveau cabinet était constitué.
Le cabinet du i er mars était ainsi composé : M.Thiers, président du conseil , occupait le ministère des affaires étrangères ; MM. Vivien, Rémusat, Jaitbert, Cubières, Roussin, Cousin, Pelet de la Lozère et Gouin, occupaient les autres ministères.
La Chambre reprit le cours de ses travaux après la formation du cabinet, et, le 4 mars , il y eut une première séance dans laquelle M. Thiers fit son discours de bien venue. Ce discours ne contenait absolument
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rien qui ne pût être prononcé par tous les ministères qui tout précéda ou par tous ceux qui le suivront ,• mais on y disait « que le cabinet souhaitait des explications com- » plètes et prochaines , et qu'on allait en faire naître » l'occasion en venant demander dans quelques jours » les moyens de gouvernement que l'administration » était obligée de réclamer tous les ans. » C'était annoncer la demande des fonds secrets. Cette demande fut effectivement faite le ii mars, et le 24 la discussion commença par un discours de M. Thiers. Ce ministre, après avoir expliqué pourquoi il n'avait pu s'adjoindre ni M. le maréchal Souk, ni M. de Broglie^ ni M. Afolé, nous dit que le cabinet qu'il avait formé était pris tout entier dans l'opposition, du sbin db laquelle il sortait. Il annonça cependant que pour le moment il n'y avait pas à s'occuper de la réforme électorale, et il présenta son cabinet comme un ministère de transaction.
On discuta trois jours sur la question ministérielle à l'occasion des fonds secrets. Cette longue discussion augmenta la conviction où j'étais qu'il y avait un extrême danger, pour le pays et pour nos institutions , à tolérer un président du conseil tel que M. Thiers. Quelques amis politiques, qui connaissaient ma conviction et qui la partageaient, m'ayant engagé à présenter un amendement à la loi en discussion, je me chargeai avec plaisir de cette mission. Je proposai donc de réduire à neuf cent mille francs le million qui nous avait été demandé pour les fonds secrets. A la séance du 26 mars, je motivai cet amendement sur un défaut de confiance dans le cabinet : i58 députés votèrent pour mon amendement, et 261 appuyèrent le cabinet.
Toute la gauche, y compris M. Garnier-Pagès, avait voté dans un sens favorable à M. Thiers; on peut donc dire que, sur les i58 députés qui partagèrent ma conviction, il y en avait au moins i5o appartenant à l'ancienne majorité qui soutenait le pouvoir depuis dix ans.
CHAPiTHK SIXIÈME. 95
Le cabinet du i' r mars n'avait pas perdu de vue les affaires d'Orient pendant otite lutte parlementaire. M. Guizot était arrivé à Londres avec les instructions du 19 février du cabinet précédent. Le 12 mars, M. Thiers confirma ces instructions, par une dépêche dont voici un extrait, n° 43 : « Rien ne nous presse » d'entrer en explications formelles; car il faut plusieurs » mois pour qu'un plénipotentiaire turc soit à la confé- » rence : en attendant , voici comment la question se
» présente à nous Le gouvernement du roi n'a pas
» de parti pris absolu, tle système irrévocable par rap- » port à l'Orient ; la raison en est simple : il n'y porte w aucune vue d'intérêt particulier ; il n'y est ljé par
» aucun engagement Nous pensons que la meilleure
» solution pour l'Orient est de donner au pacha la Syrie » et l'Egypte héréditairement. Je le répète d'ailleurs, » le gouvernement du roi est loin de s'attacher dune » manière absolue à un plan quelconque, et nous som- » mes tout prêts à examiner, à accepter, au besoin, les » idées différentes qu'on voudra mettre en avant dans » le but de la pacification de l'Orient. » M. Thiers donnait ensuite le principal motif qui lui faisait refuser l'adoption du système anglais; c'était, disait-il, l'inefficacité des moyens de cohersion que Ton pouvait employer contre Mchcmct-Ali. Qui fournirait les troupes qui doivent agir en Syrie ? Qui nous garantit que Mehemet ne marchera pas sur Constantinople? ajoutait-il dans la dépêche. Celte pièce se terminait ainsi : « Sou- » metlez ces réflexions à lord Palmerston II n'est pas » nécessaire d'ajouter que, dans l'état actuel de la négo- » ciation , vous devez éviter soigneusement tout ce qui n aurait le caractère d'une polémique direcle, d'une » lulte systématique et dirigée dans un but précis ; en- » core une fois nous riaio/is pas de parti pris ; nous som-
» mes exempts de toute passion Fous n'apposerez
» votre signature sur aucun acle, quel qu'il puisse être,
» sans en avoir reçu l'autorisation préalable du gouver- » neraent du roi. » P. S. « Mehemet concentre ses » forces, il vient d'ordonner 1 évacuation des villes sain- » tes. »
§ XLIY. Correspondance entre M. Thiers et M. Guizot.
La dépêche que je viens de donner fait pressentir le plan que M. Thiers se proposait ; il voulait temporiser. Rien ne nous presse d'entre/' en explications formelles, disait-il : je dois ajouter que d'autres dépêches exposaient plus clairement cette pensée : « Au lieu de faire » une proposition formelle, n'apportez aucune proposi- » tion ; discutez toutes celles qui vous seront présen- » tées, mais nen refusez aucune péremptoirement, » disait M. Thiers à son ambassadeur.
Il était difficile qu'on s'arrangeât à Londres d'un pareil système, et voici ce que M. Guizot écrivit à celle occasion le 12 mars, n° 44 : « J e suis maintenant con- » vaincu que lord Palmerston n'a aucun dessein de rien » faire ni de rien décider avant larrivée d un plénipo- » tenliaire turc; nous avons donc du temps, mais je » crois devoir faire observer dès aujourd'hui à Votre » Excellence que cet avantage deviendrait un danger si » nous nous laissions aller à supposer que, parce qu'il » ne se fait rien à présentai ne se fera rien plus tard, et » que nous serons définitivement dispensé de prendre » une résolution , parce que nous n'en sommes pas » pressés immédiatement. Plus j'observe, plus je me » persuade que le cabinet britannique croit les circon- » stances favorables pour régler les affaires d'Orient, » et veut sérieusement en profiter : il aime beaucoup » mieux agir de concert avec nous ; il est disposé à nous » faire des concessions pour établir ce concert ; cepen- » dant si de notre côté nous n'arrivons à rien de posi- » tir, si nous paraissons ne vouloir ^ajourner toujours » il convertir loult s les difficultés en impossibilités, un
» moment viendrait, je pense, où par quelque résolu- » tion soudaine , le cabinet britannique agirait sans )> nous et avec d'autres plutôt que de ne rien faire. Le » temps peut nous servir beaucoup pour amener ce ca- » binet au plan de conduite et aux arrangements qui » nous paraissent sages et praticables; mais si nous » n'employons pas le temps à marcher effectivement » vers un pareil résultat, je craindrais fort, je l'avoue , » qu'en définitive il ne tournât contre nous. »
Quelques jours après, c'est-à-dire le 16 mars, M. Guizot e'crivait encore à M. Thiers , n° 45 : « Le gouver- » nement britannique croit avoir en Orient deux inlé- » rets inégaux sans doute , mais tous deux réels et qui » lui tiennent fortement <au cœur. Il redoute la Russie à » Constantinople , la France l'offusque en Égypte ; il >• veut rétablir à Constantinople, soit par la force de » l'empire ottoman lui-même, soit par l'intervention » régulière de l'Europe, une barrière contre la Russie. » Il désire affaiblir le pacha d'Egypte , de peur qu'il ne » soit pour la France, dans la Méditerranée, un trop » puissant et trop utile allié. 11 croit le moment favo- » rable pour atteindre à l'un ou à l'autre but. Par un » singulier concours de circonstances, la Russie se mon- » tre disposée à abandonner, à ajourner du moins, non- » seulement ses projets d'agrandissement, mais ses pré- » tentions au protectorat exclusif sur l'empire ottoman, » et à seconder l'Angleterre dans son dessein d'affaiblir » le pacha d'Egypte \ l'Autriche et la Prusse adhèrent, » comme de raison , à ce mouvement rétrograde de la » politique russe.
» Le gouvernement britannique voit donc, dans l'état » actuel de l'Orient, combiné avec les dispositions d'une » grande partie de l'Europe, nullement un embarras qui » lui soit survenu, mais une occasion précieuse qu'il » lui importe de saisir. Cependant deux crainUs le » préoccupent : l'une, que dans l'exécution et par la na-
» ture même des moyens à employer, le premier résul- » tat qu'il poursuit ne lui échappe, c'est-à-dire qu'au w lieu de fortifier l'empire ottoman contre la Russie, il » ne livre cet empire à un nouveau progrès de l'in- » fluence russe; l'autre, que son alliance' avec la France, » à laquelle il tient beaucoup , ne se relâche , et même » ne se rompe par la diversité des deux politiques et la » séparation des deux puissances en Orient. Ces deux » craintes tiennent le gouvernement britannique en sus- » pens et le poussent à faire des concessions à la France » dans la question de l'Egypte , pour s'assurer de son » concours dans celle de Constantinople, pour éviter en » Orient , dans Tune et l'autre question , l'emploi de » moyens périlleux , et pour maintenir l'alliance française » dans son intégrité.
» Jusqu'où peuvent aller ces concessions ? Pourraient- » elles devenir suffisantes pour satisfaire aux intérêts » essentiels du pacha d'Egypte et à la politique fran- » çaise ? Personne, je le pense , ne peut le savoir au- » jourd'hui. Telles sont en résumé , je crois , les vues » politiques du cabinet anglais dans cette affaire , que de » nouveaux incidents ou des difficultés d'exécution peu- » vent entraver, mais qui sont, si je ne m'abuse , assez » sérieuses, et déjà assez avancées, pour que ce cabinet » s'applique à surmonter les difficultés , au lieu de s'em- » presser d'y céder.
« Il est possible que cette nouvelle face de la question » disparaisse ( disait M. Guizotdans sa dépêche du len- » demain), et que nous puissions rentrer dans la » politique d'attente au bout de laquelle nous entrevu voyons le statu quo.
» Mais il se peut aussi que les choses se précipitent » et que nous nous trouvions bientôt obligés de pren- » dre un parti. Si cela arrive, l'alternative où nous » serons placés sera celle-ci : ou nous mettre d'accord ?» avec l'Angleterre, en agissant avec elle dans la
» question de Gonstantinople, et en obtenant d'elle, » dans la question de Syrie, des concessions pour Me- » hemet-Ali; ou nous retirer de l'affaire, la laisser se » conclure entre les quatre puissances, et nous tenir » à l'écart en attendant les événements. Je n'affirme » pas que, dans ce cas, la conclusion entre les quatre » puissances soit certaine : de nouvelles difficultés » peuvent surgir j je dis seulement que cette conclu- » sion me parait probable, et que si nous ne faisions » pas la tentative d'amener, entre nous et l'Angleterre, » sur la question de Syrie, une transaction dont le » pacha doit se contenter, il faut s'attendre à l'autre » issue, et s'y tenir préparé.
» Il importe que vous sachiez bien l'état des choses » et que vous ne vous fassiez sur les chances probables » aucune illusion. 11 y a ici, dans le cabinet, désir sin- » cère de maintenir et de resserrer l'alliance française. » Mais que ce désir et la perspective des difficultés » d'exécution l'emportent sur les motifs qui poussent » l'Angleterre à saisir l'occasion de vider, selon sa poli- » tique, les questions de Constantinople et de Syrie, » je ne puis l'affirmer. » On voit que dans le courant de mars, notre ambassadeur appréciait avec la plus grande justesse les diverses chances de la question d'Orient et les vues du cabinet anglais. Si l'on en croit M. Thiers , il paraîtrait que, dans le mois suivant, il en fut tout autrement. Voici suivant lui comment on peut Tésumer les lettres que M. Guizot lui écrivait les 3, i3, 18 et a8 avril. « Nous sommes » en progrès sensible vers la transaction, dont nous- » même nous avons indiqué les bases et les limites: » en persistant dans la marche que nous avons suivie » nous pouvons, sans rien compromettre, persévérer » avec une chance raisonnable d'arriver au but. »
M. Guizot a contesté cette analyse, car, disait-il, l'expression du doute se joignait toujours étroitement
dans la correspondance à celle de l'espérance. A celte occasion, cet ambassadeur a cité un extrait de sa lettre du 3 avril, qui était celle où il donnait le plus d'espérance ; il s'exprimait ainsi, n° %6 : « Je suis sorti » laissant lord Palmerston assez préoccupé, je crois, m de notre entretien : il ne m'a rien dit qui m'auto- » rise à penser que ses intentions soient réellement » changées ou près de changer j mais, si je ne m'abuse, » c'est la première fois que la possibilité d'un arran- » gement qui donnerait à Mehemet-Ali l'hérédité de » la Syrie, s'est présenté à lui , sans révolter son » amour-propre et sans qu'il la repoussât péremp- » toirement.
m Je prie votre excellence, de ne pas donner à » mes paroles plus de portée qu'elles n'en ont dans » mon propre esprit : je la tiens exactement au cou- » rant de toutes les oscillations bonnes ou mauvaises » d'une situation difficile, complexe, où le péril est » toujours imminent, et dans laquelle, jusqu'à présent, » nous avons plutôt réussi à ébranler nos adversaires » sur leur terrain, qu'à les attirer sur le nôtre. » On voit donc qu'en avril, même à l'époque où notre ambassadeur témoignait le plus d'espérances, il conservait les plus graves inquiétudes sur le résultat définitif des négociations.
§ XLV. Arrivée à Londres d'un plénipotentiaire turc; l'Angleterre et l'Autriche font à la France une proposition qui est refusée.
La Porte avait enfin envoyé son plénipotentiaire à la conférence de Londres. Nourri- Effendi, ce plénipotentiaire, remit le 7 avril une note à chaque ambassadeur, réclamant l'effet de la note collective remise à la Porte le 27 juillet 1839; cette pièce fut envoyée à Paris, et ce ne fut que le 28 avril que notre ambassadeur répondit, n° 47 < « que conformément aux
» instructions qu'il avait reçues de son gouvernement, » il était prêt à rechercher, avec les représentants des » quatre grandes puissances , les meilleurs moyens » d'arranger les affaires d'Orient. »
11 avait fallu vingt-un jours pour obtenir cette réponse. Ce fut à la suite, que l'Angleterre et l'Autriche se décidèrent enfin à proposer à la France, pour le vice-roi l'hérédité de l'Egypte et , viagèrement, le pachalik d'Acre avec sa place forte. C'est le 5 mai que cette proposition eut lieu ; lord Palmerston a prétendu que celte concession avait été faite Comme vu ultimatum que V Angleterre ne dépasserait pas. M. Thiers a soutenu le contraire. Je ne sais quelle est la vérité sur ce point; mais ce dont tout le monde est d'accord, c'est que, depuis ce moment, il n'est plus venu aucune proposition de la part de l'Angleterre. M. Thiers répondit à cette ouverture en disant à M. Guizot « de ne pas faire un refus pèremptoire, dur, et » qu'il lui laissait le choix de la forme et du mort ment pour répondre. » Conformément à ces instructions , M. Guizot fit pressentir un refus, mais il fut longtemps avant de le faire d'une manière définitive ; car on lit dans le mémorandum de lord Palmerston du 3i août, que ce ne fut que le 37 juin qu'on put enfin avoir une réponse à la proposition du 5 mai. M. Thiers disait dans cette réponse : n° 47 *<*• * que le gouvernement français savait d'une ma- » nière positive que Mehemet-Ali ne consentirait pas à la » division de la Syrie, à moins quil riy Jût forcé ; » que la France ne pouvait coopérer aux mesures à » prendre contre Mehemet-Ali dans cette circonstance, » et que, par conséquent, elle ne pouvait participer à » l'arrangement projeté. »
Pendant la longue période écoulée entre le refus pressenti et le refus définitif du cabinet français,
des faits graves s'étaient accomplis à Londres : je vais les faire connaître successivement.
§ XLVI. Arrivée d'un nouveau plénipotentiaire turc
Un nouveau plénipotentiaire turc, Chekib-Effendi, arriva à Londres, et, le 3i mai, il remit aux ambassadeurs des cinq puissances une seconde note rédigée dans le même sens que celle du 7 avril, de son prédécesseur Nourri - Effendi. Toutefois cette note était plus pressante ; on y disait, no 48: « En » attendant, le soussigné croit de son devoir de faire » observer à leurs Excellences que l'empire ottoman » se trouve dans une position fort critique j que » l'incertitude à l'égard des résultats des délibérations » de Londres propage en Turquie une inquiétude » qui prend un caractère tellement grave et alarmant, » que rien ne saurait justifier un plus long délai » de l'ajournement d'une question soumise depuis dix » mois aux jugements et à la sagesse des cinq grandes » puissances ; enfin que la nécessité de la solution de » cette question devient de jour en jour plus ur- » gente, »
Ce ne fut que le 21 juin, que notre ambassadeur répondit à cette note, n° 49 '• « que la France, de » concert avec les quatre autres puissances, ferait » tous ses efforts pour mettre fin, par un arrange- » ment aussi prompt qu'il sera possible de l'obtenir, » à un mal toujours croissant et qui menace la paix » de l'Orient. » On voit qu'il avait fallu, comme pour la première communication, vingt-un jours pour obtenir une réponse du cabinet français.
Cependant les deux cabinets allemands, l'Autriche et la Prusse, se préoccupaient gravement de la position politique de l'Europe ; il était évident que la France tramait en longueur et ne voulait pas en finir : l'Angleterre, au contraire, était pressée, très pressée d'arri-
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ver à une solution, et cela se comprend : elle pensait que le moment était très opportun pour terminer les affaires d'Orient suivant sa politique, et elle avait peur de voir encore ajourner à une autre année le règlement de cette question. Le mois de juin s'écoulait, et les hommes habitués à la navigation de la Méditerranée prévenaient lord Palmerston que , si Ton retardait plus long-temps de prendre un parti définitif, une flotte ne pourrait plus agir sans danger sur les côtes de Syrie , et que les équipages seraient ravagés par les maladies. Les faits ont prouvé combien ces appréhensions étaient fondées. Personne ne pouvait , en effet , prévoir que la résistance des Égyptiens serait aussi faible qu'elle Ta été. Jamais, d'un autre côté, affaire n'a été plus vigoureusement menée de la part de l'Angleterre, et, pour ma part, je ne puis m'empécher d'admirer la résolution avec laquelle elle a jeté son drapeau et un seul régiment sur les côtes de Syrie. Eh bien, malgré ce double élément de succès, quoique Saint- Jean d'Acre ait succombé en quelques heures, les opérations militaires n'ont pu finir qu'en novembre. Plusieurs vaisseaux comptaient alors plus de cent malades, et en décembre les orages éclataient sur les côtes ! Qu'on lise les journaux de cette époque, on verra qu'en effet la première quinzaine de décembre a été tempétueuse au fond de la Méditerranée, et que, notamment à Beyrouth , vers le 6 décembre, il y a eu un ouragan qui a duré trois jours ; on verra aussi que cet ouragan a bouleversé le môle de cette ville, qui avait si bien résisté jusque-là , et que les ravages ont été si violens, même sur la terre ferme, que plusieurs lettres disaient que Beyrouth avait plus souffert dans cette cir constance que par le bombardement des Anglais. La flotte de l'amiral Stopford était la seule que l'Angleterre ait équipé en 1840 ; qu'on juge donc de la perplexité où devait être l'amirauté et le cabinet anglais lui-même , lorsqu'à la fin de juin on voyait que rien n'était encore décidé à Londres.
§ XLVII. Proposition de l'Autriche et de la Prusse un mois avant le traité de Londres.
La Prusse et l'Autriche se trouvaient donc en juin entre la France qui voulait gagner du temps , et l'Angleterre, qui ne voulait, qui ne pouvait même plus en perdre. Dans cette circonstance , ces deux cabinets voulurent tenter une dernière démarche ; vers le milieu de juin, ils proposèrent à notre ambassadeur d'agir sur lord Palmerston, pour lui faire concéder toute la Syrie viagèrement, et l'Égypte héréditairement , si la France adhérait à ce projet et qu'elle voulût y coopérer militairement. Ces propositions furent immédiatement communiquées au cabinet français.
Le 14 juin, M. Guizol crut de nouveau devoir rappeler cette proposition : il disait dans cette dépêche, n*5o : « Nous touchons peut-être à la crise de l'affaire. Ce pas » de plus dont je vous parlais dans une lettre précé- » dente, et qui consiste, de la part de l'Autriche et de la » Prusse, à dire à lord Palmerston qu'il faut se résigner » à laisser viagèrement la Syrie au paehi, et faire à la » France celte grande concession : ce pas, dis-je, se fait, m si je ne me trompe, en ce moment. Les collègues de » lord Palmerston d'une part , les ministres d'Autriche » et de Prusse de l'autre , pèsent sur lui, je crois, en ce » moment , pour l'y décider. S'ils l'y décident en effer, » ils croiront les uns et les autres avoir remporté une » grande victoire, et être arrivés à des propositions » d'arrangements raisonnables.il importe donc extrême- » ment que je connaisse bien vos intentions à ce sujet , » car de mon langage , quelque réservé qu'il soit, peut » dépendre ou la prompte adoption d'un arrangement » sur ces bases, ou un revirement par lequel lord Pal- » merston , profilant do l'espérance déçue et de l'hu- » meur de ses collègues et des autres plénipotentiaires , » les rengagerait brusquement dans son système, et leur
» ferait adopter à quatre son projet de retirer au pacha » la Syrie, et remploi, au besoin, des moyens de coôrci- » tion. On fera beaucoup* beaucoup, et dans le cabinet, » et parmi les plénipotentiaires, pour n'agir qu'à cinq » de concert avec nous, et sans coôrci tion. Je ne vous » réponds point qu'on fasse tout, ni qu'une conclusion » soudaine à quatre soit impossible. Nous pouvons être, m d'un moment à l'autre, placés dans cette alternative : » l'Égypte héréditairement, la Syrie viagèrement au » pacha moyennant la cession des villes saintes de Can- » die et d'Adana , et par un arrangement à cinq ; la Sy- » rie retirée au pacha par un arrangement à quatre, et » par voix de coercition s'il y a lieu. »
Ce ne fut qu'à cette époque que le cabinet français répondit officiellement à la proposition du 5 mai de lord Palmerslon. J'ai déjà dit, page 101 , et je rappelle que le 27 juin M. Guizot refusa cette proposition.
§ XLVIII. M. Thiers répond qu'il faut encore voir venir et différer de s'expliquer.
M. Thiers répondit à la dépêche du 24 juin? n° 5i : « Quand je vous parlais d'une grande conquête qui » changerait notre altitude, je voulais parler de l'Egypte » héréditaire et de la Syrie héréditaire.
» Toutefois, j'ai consulté le cabinet relativement au » plan dont vous m'avez parlé ces jours derniers : l'É- » gypte héréditairement, et la Syrie viagèrement. On » délibère, on penche peu vers une concession ; cepen- » dant nous verrons : Différez de vous expliquer, il » faut un peu voir venir ; rien nest décidé.»
On voit que le cabinet du 1 er mars continuait même à la fin de juin son système : gagner du temps, ne rien résoudre, arriver de guerre lasse au maintien du statu quo ; aussi notre ambassadeur à Londres « suivait-il, » sans s'y associer, le progrès de cette négociation ; il ne » pouvait ni accueillir ni décourager celte idée par une
» déclaration quelconque. » C'est lui-même qui écrivait
ces mots.
Depuis cette époque, le corps diplomatique de Londres fut excessivement réservé avec notre ambassadeur ; on interpréta la conduite de la France comme une résolution de se retirer de la conférence, ou d'entraver son action, et lord Palmerston, à son tour, avait l'air de vouloir gagner du temps. C'est ainsi que s'exprimait M. Guizot dans sa dépêche du 1 1 juillet. Dans cette lettre et dans deux autres, l'une du 9, l'autre du i4 juillet, cet ambassadeur donnait des avis qui , suivant le dire de M. Thiers, peuvent se résumer ainsi : « Le cabinet an- » glais délibère ; il y a grande agitation , il y a crise , » mais rien n'est encore arrêté ; on a préparé deux » plans , un à cinq , qui contiendrait le maximum des. » concessions à faire à la France pour se l'attacher, » et un plan à quatre, en supposant que la France ne » consente pas aux propositions qu'on lui ferait.»
On voit donc , et je conviens que M. Thiers a dû croire, d'après les dépêches mêmes de son ambassadeur, que l'on ne signerait rien à Londres sans avoir une dernière explication avec la France 5 mais on conviendra sans doute aussi, avec moi , que la position faite par le ministre à cet ambassadeur était telle , qu'il ne pouvait plus inspirer aucune confiance. Il était, en effet, évident à Londres que toute la politique de M. Thiers avait pour but d'entraver l'action de la conférence de Londres par d'éternels délais, et il en était résulté une position si fausse pour notre ambassadeur, qu'il crut devoir prévenir plusieurs fois dans ses dépêches de juillet « quil ne pouvait être bien renseigné, parce quon se » cachait de lui, et quon évitait même de lui parler. » Ces faits n'ont pas besoin de commentaires, ils furent les tristes préludes du traité du i5 juillet. Deux circonstances que je dois rappeler en ont motivé la brusque signature : je veux parler de la tentative d'arrangement direct, et de l'insurrection de Syrie.
Je crois avoir prouvé que , depuis plusieurs mois, le but poursuivi par M. Tbiers était de gagner du temps $ notre ambassadeur ne pouvait rien signer sans une autorisation préalable de Paris; il demandait , le ^4 join, des instructions plus précises pour les nouvelles propositions qu'on lui avait faites , et le 3o juin , c'est-à-dire quinze jours seulement avant le traité , M. Tbiers lui répondait encore : Différez de vous expliquer; il faut un peu voir venir! Il était donc impossible que les cabinets étrangers ignorassent quelle était la tendance de la politique française. La presse ministérielle était , sur ce point et depuis fort long-temps, dune extrême franchise ou a* une extrême indiscrétion ; on peut en juger par l'extrait suivant du Courrier français : il est du 10 avril, n° Sa. « La seule politique qui convienne désormais à » notre pays, c'est l'état d'isolement, d'observation et a de protestation : si nous ne pouvons pas nous faire » écouter, il faut empêcher 5 on ne terminera les af- » faires d'Orient que lorsque la France le voudra : » nous serons un obstacle tant que l'on n'admettra pas » notre concours dans des termes honorables et utiles a pour nous.» Je crois donc que, depuis plusieurs mois, les cabinets étrangers savaient que nous voulions annuller la conférence. Voici à quelle occasion ils ont pensé que nous voulions , en outre , amener un arrangement direct.
S XLIX. De l'arrangement direct et de la mission de M, Pé-
rier à Alexandrie.
Le 3o juin, M. Tbiers écrivait à M. Guuot : Je viens de recevoir d'Égypte une dépêche m'annoncant qu'on vient d'apprendre à Alexandrie que Khosrew, ministre dirigeant de la Porte, a été destitué, et que, le 16 juin, le vice-roi a envoyé à Constantinople Samy-Bey pour proposer au sultan de lui rendre la flotte turque et d'entrer en arrangement direct. n° 53 : « Il importe,
» disait M* Thiers à son ambassadeur , de ne pas faire » connaître à Londres cette dépêche pour que les An- » gfais ri aillent pas empêcher un arrangement direct. » Vous vous en servirez, toutefois, pour empêcher une » résolution, si l'on voulait en prendre une à Londres , » relativement au plan sur lequel vous m'avez consulté » ces jours derniers : l'Égypte héréditairement t et la » Syrie viagèrement. »
Que répondre à ceux qui traduisent ainsi cette dépêche : « Entraver la conférence, pour donner le temps » de faire un arrangement direct. » La nouvelle de la tentative de Samy-Bey arriva à Londres peu après la dépêche que je viens de citer. La conférence attribua à l'action de la France la destitution de Khosrew et la démarche pacifique du vice-roi ; elle considéra le succès de la mission de Samy-Bey , disait notre ambassadeur, dans sa dépêche du 1 1 juillet a i° comme la ruine de » la note du 37 juillet et de l'action collective des cinq » puissances; a 0 comme le triomphe personnel et complet » de la France à Alexandrie et à Constantinople. »
J'ai cherché de toutes manières à m'éclaire r pour savoir si réellement , en mai et juin, la France travaillait déjà à amener un arrangement direct entre le vice-roi et le sultan , je n'ai pu sur ce point avoir que des renseignements fort vagues ; mais on a vu du moins, par la dépêche du 3o juin , que le cabinet français voulait pousser à l'arrangement direct , et soutenir la mission de Samy-Bey aussitôt qu'il en eût été informé : s'il y a donc quelques doutes sur la conduite de notre cabinet en mai et juin, relativement à l'arrangement direct, malheureusement il n'y en a plus daus les premiers jours de juillet. Il est évident, à mes yeux , qu'au commencement de ce mois, nous nous sommes séparés de la conférence, et avons poursuivi tout seul un but diamétralement opposé à celui qu'elle se proposait.
Je pourrais me contenter, pour motiver ma convie-
lion , de citer celle de la commission de l'adresse-, celle commission a travaillé onze jours, examiné les pièces avec la plus scrupuleuse attention, et l'un de ses membres, le général Jacqueminot, a dit à la tribune, par deux fois et sans être contredit par aucun membre de la commission , « que 9f. Thiers avait voulu ménager un arrangement direct. » Toutefois, comme ce point est capital , je vais encore en parler.
Le 3 ou 4 juillet, mais pas avant le 3 , M. Eugène Périer a été envoyé en mission extraordinaire à Alexandrie. La commission de la chambre a demandé inutilement la copie des instructions remises à M. Périer ; on n'a trouvé aucune trace aux affaires étrangères de celte mission ; voici en quels termes M. Thiers a expliqué cette circonstance à la chambre, no 54 « La nouvelle » de l'offre de la restitution de la flotte me surprit : » c'est au moment où l'on parlait de la Syrie viagère. » Que fis-je ? la chose la plus simple. Je fis appeler » M. Eugène Périer, car je fus saisi d'une crainte : je » craignis que ce fût une feinte du pacha*, que le pacha, » comme il l'avait fait bien des fois , disant qu'il serait » modéré, fit des conditions telles que le sultan ne pour- » raitles accepter, et que ce ne fut une offre sans résul- » tat; que la flotte fût offerte et non restituée. Je dis à » M. Périer, devant le premier employé des affaires s étrangères, afin que la tradition n'en fût pas perdue : » Rendez-vous dès ce soir même à Alexandrie (il était » trois heures , et il partit à six heures ) : vous direz au » pacha que si , après l'avoir offerte , il ne restituait » pas la flotte , l'Europe s'irriterait contre lui , et que la » résolution qu'on est prêt à prendre à Londres , à son » égard, serait prise immédiatement, et de la ma- » nière la plus dommageable pour lui ; et puisqu'il s'est » rapproché du sultan , qu'il en finisse ! qu'il se hâte , » car à Londres on est irrité contre lui, et on peut passer » à des résolutions extrêmes. » Enfin , j'ajoutais le con-
seil formel d'accepter la Syrie viagère , car je fis dire au pacha : «Si vous n' acceptiez pas cette condition, qui » me semble très modérée , nous ne romprions pas notre » alliance avec l'Angleterre pour les prétentions déme- » surées que vous voudriez soutenir contre la Porte. » Voilà les conseils que je lui ai fait donner par » M. Périer. » Était-il nécessaire d'expédier un agent spécial pour dire toutes ces choses? et, s'il n'y avait eu que cela à dire , une dépêche à M. Gochelet n'eût-elle pas été suffisante P
On n'a pas oublié que la dépêche du 3o juin, que j'ai citée , prouve que M. T hier s savait alors le double fait de la destitution de Khosrewet delà démarche pacifique de Samy-bey pour la remise de la flotte. M. Périer est parti le 3 juillet au plus lot : M. Thiers avait donc eu trois jours pour méditer ses dépêches, et non pas trois heures , comme il l'a dit ! Il est donc évident que M. Périer avait une mission que M. Thiers ne veut pas avouer, et dont il ri a voulu laisser aucune trace»
Enfin , si , après tout ce que je viens de dire , une nouvelle preuve de la tentative d'arrangement direct était nécessaire , on la trouverait dans la correspondance même de notre ambassadeur à Londres. Il disait dans sa dépêche du n juillet, n° 55 : « La crise est » vive ici , mais je crois que nous gagnerons encore » du temps ; réussissez à Constantinople où taffaire » est pour le moment transportée» » On la trouverait aussi dans presque toutes les lettres venues d'Egypte postérieurement au 17 juillet. Cette date est celle de l'arrivée de M. Périer à Alexandrie. Tous ces faits prouvent clairement à mes yeux que si la France n'a pas travaillé, en mai et juin, à un arrangement direct entre le sultan et le vice-roi , elle a voulu y travailler très activement au commencement de juillet, soit à Londres en entravant la conférence, soit en Orient en y envoyant M* Périer* Je suis à comprendre qu'on ait
cherché à nier une vérité aussi claire, car même avant le traité de Londres, la presse parisienne était d une indiscrétion désespérante pour M. Thiers ; elle le félicitait presque ouvertement du succès de la tentative d'arrangement direct , et si je suis bien renseigné, ce ministre accueillait les félicitations verbales qu'on lui adressait à ce sujet sans avoir eh aucune manière la pensée de les repousser.
La mission de Samy-bey n'eut et ne pouvait avoir aucun succès à Gonstantinople. Il était en effet évident que l'Europe tenait la Porte en tutelle 5 une des plus lourdes fautes de M. Thiers a été de ne pas comprendre qu'il en était ainsi.
§ L. Insurrection de la Syrie , en 1840.
Les Druses du Hauran, qui habitent une partie des montagnes de la Syrie', s'étaient insurgés , en i838 , contre la domination du vice-roi. Plus de dix mille soldats égyptiens périrent dans cette insurrection. Ibrahim, pour en venir à bout, fut réduit à donner des armes aux Maronites ( ce sont des Syriens catholiques qui habitent les montagnes du Liban). Avec leur aide, il soumit les Druses. En mai 1840, le vice-roi donna à son fils Tordre de désarmer les Maronites, quoiqu'ils n'eussent pris les armes en sa faveur, deux ans avant, qu'à la condition expresse de les conserver. On leur demanda en même temps, les uns disent trois, les autres sept années de contributions. Il n'y eut plus alors ni Druses ni Maronites : tous s'unirent dans un même esprit de résistance, et une insurrection violente éclata le 29 mai dans toute la chaîne du Liban. Dix jours après, les hostilités s'étendaient des portes de Beyrouth jusqu'aux environs de Damas. On a vivement accusé l'Angleterre d'avoir fomenté cette insurrection, et personne ne doute qu'elle n'y ait contribué. Il est cependant probable que les impolitiques demandes du
vice- rot ont été pour beaucoup dans la décision énergique de ces populations.
Aussitôt que la nouvelle de l'insurrection fut connue à Alexandrie, le vice- roi prit des mesures promptes et énergiques pour la réprimer. Du a a au 3o juin il fit débarquer à Beyrouth , par une partie de la flotte turco-égyptienne , quinze mille soldats. La rapidité de cette expédition fait le plus grand honneur au gouvernement égyptien. Le 6 juillet, lorsque le commodore Napier vint sur la rade de Beyrouth avec une partie de l'escadre anglaise , il fut très étonné de ne plus trouver sur la côte un seul bâtiment du vice-roi. L'escadre de ce dernier avait été avertie le 4» par le bateau français le Lavoisier, de l'approche du commodore Napier, et elle était immédiatement repartie pour Alexandrie. L'insurrection de Syrie fut promptement réprimée, ou plutôt le vice-roi la calma en lui faisant de larges concessions. Le 17 juillet, le gouvernement égyptien notifiait aux divers consuls européens que le mouvement était définitivement apaisé , et que les populations du Liban étaient soumises. Ce fait n'était pas complètement exact , car, jusqu'aux hostilités qui ont suivi le traité de Londres, la Syrie a été plus ou moins agitée, et l'insurrection s'est propagée de nouveau dès le mois d'août, lorsque la flotte anglaise est venue sur la côte.
§ LI. Conclusion du traité du 15 juillet 1840 ; extrait de ce
traite.
La question qui embarrassait le plus la conférence de Londres était celle-ci : « Gomment arrachera-t on la .) Syrie aux Égyptiens ? » Tous les moyens paraissaient plus ou moins dangereux au cabinet anglais , et lord Patmerston était vivement préoccupé à ce sujet. Toutà-coup Londres est envahi par la triple nouvelle de la destitution de Khosrew , de la démarche de Samy- Bey envoyé par le vice-roi pour tenter un arrange-
Cil A Pli Ui: SIXIEME. 113
ment direct avec le sultan, cl enfin de l insurrection de Syrie. Toutes ces nouvelles furent connues à Londres 48 heures après leur arrivée à Paris. C'est donc du 2 au 4 juillet qu'elles y parvinrent. On apprit presqu'en même temps, que M. Thiers avait envoyé M. Périer en mission secrète à Alexandrie, et la nature de cette mission ne pouvait être ignorée, car les journaux français en parlaient presque ouvertement.
La conférence de Londres déploya dès-lors la plus grande activité : l'insurrection de Syrie donnait le moyen, qu'on cherchait depuis longtemps, d'arracher cette province au vice-roi. La dépêche du 1 1 juillet de M. Guizot prouve, en outre, que l'on considérait à L011dres la mission de Samy-Bey et la réussite de l'arrangement direct, comme la ruine de la note du 27 juihet l839, et comme le triomphe complet et personnel de la France. On doit comprendre, d'après cela, que lord Palmcrston a dû éprouver les plus vives inquiétudes, et craindre de tomber dans la position où s'est trouvé M. Thiers le lendemain de la conclusion du traité de Londres. Le 4 et le 8 juillet , ce ministre, après s'être définitivement entendu avec la conférence, convoqua le cabinet anglais. La minorité du conseil voulait qu'avant de rien décider, on attendit le résultat de la mission de Samy-Bey à Constanlinople. La ma jorité soutint l'opinion contraire 5 et sous la double influence des nouvelles de T insurrection de Syrie et de la tentative daiTangement direct de M. Thiers , le ca binet anglais adhéra aux propositions de lord Pal menton. Je laisse à de plus habiles à décider laquelle de ces deux causes a déterminé la brusque signature du traite de Londres : il est indubitable, à mes yeux, que toutes deux ont précipité cette signature mais je crois que si chacune eût été isolée, la conférence eût agi avec plus démesure. Du 8 au i5 juillet, les ambassadeurs des grandes puissances s'entendirent avec lord Palmcrston
sur tous les points : on régla par des conventions particulières les moyens d'action, on prévit les éventualités qui pourraient survenir dans le cours de l'exécution, et le 1 5 juillet 1840, jour de la clôture des chambres françaises, le traité de Londres fut définitivement signé par toutes les parties-
Le traité du 1 5 juillet se composait : 1° d'une convention en cinq articles, signée par le vicomte Palmerston pour l'Angleterre, par le baron de Neumann pour V Autriche, par le baron de Bulow pour la Prusse , par le baron de Brunow pour la Russie , et par Ghekib pour la Turquie ; a* d'un annexe entre les quatre ambassadeurs des grandes puissances d'une part, et celui de la Turquie de l'autre. Cet annexe contenait huit articles; 3° d'un premier protocole peu important ; 4° d'un deuxième protocole relatif à l'exécution de la convention, et spécialement de l'article deux de cette convention.
Ces trois dernières pièces étaient signées des mêmes noms que la première 5 elles ont aussi la même date.
La pièce n° 2, c'est-à-dire ['annexe à la convention, est pour ainsi dire l'acte principal du traité. Je vais donc commencer par faire connaître celte pièce :
« N° 56. Sa Hautesse le Sultan a l'intention d'accor- » der et de faire notifier à Mehemct-Ali les conditions » de l'arrangement ci-dessous.
» § I. Sa Hautesse promet d'accorder à Mehemet- » Ali , pour lui et ses descendants en ligne directe ,
» l'administration du pachalik de 1 Egypte ; et Sa Hau- » tesse promet en outre d'accorder à Mehemet-Ali , sa » vie durant, avec le titre de Pacha d'Acre, et avec le » commandement de la forteresse de Saint-Jean d'Acre, » l'administration de la partie méridionale de la Syrie, » dont les limites seront déterminées par la ligne de » démarcation suivante ( ce qui est à l'ouest de la mer Morte et du Jourdain).
» Toutefois, le Sultan, en faisant ces offres, y attache
» la condition que Mehemet-Ali les accrplc dans l'es- » pace de dix jours après que la communication lui en «.aura» été faite, à Alexandrie par un agent de Sa Hau- .» tesse,. et , qu'en même temps Mehemet-Alj dépose » entre les, mains de cet agent les instructions néces- » saires aux commandants de ses forces de terre et de » mer de se retirer immédiatement de l'Arabie et de » toutes les villes saintes qui s'y trouvent situées: de j» Vile de Candie, du district d'Adana, et de toutes les » autres parties de l'empire oltoman qui ne sont pas » comprises dans les limites de l'Egypte et dans celles du » pachalik d'Acre, tel qu'il a été désigné ci-dessus.
» § II. Si , dans le délai de dix jours fixé ci-dessus, m Mehemet-Ali n'acceptait point le susdit arrangement, » le Sultan retirera alors l'offre de l'administration » viagère du pachalik d'Acre ; mais Sa Hautesse consen- » tira encore à accorder à Mehemet-Ali , pour lui et » ses descendants en ligne directe, l'administration du » pachalik d'Egypte, pourvu que cette offre soit accep- . ,» té e dans l'espace de dix jours suivants , c'est-à-dire » dans un délai de vingt jours à compter du jour où la » communication lui aura été faite.
» § III. Le tribut annuel à payer au Sultan par » Mehemet-Ali sera proportionné au plus ou moins de » territoire dont ce dernier obtiendra l'administration) » selon qu'il accepte la première ou la seconde alter- » native.
» § IV. Il est expressément entendu de plus que, » dans la première comme dans la seconde alternative, » Mehemet-Ali (avant l'expiration du terme fixé de dix » ou de vingt jours) sera tenu de remettre la flotte .,» turque, avec tous ses équipages et armements , enire » les mains du préposé turc qui sera chargé de la » recevoir.
» § V. Tous les traités et toutes les lois de l'Empire » ottoman s'appliqueront à l'Égypte et au pachalik
» d'Acre , tel qu'il a été désigné ci-dessus , comms à » loule autre partie de l'Empire ottoman.
» § VI. Les forces de terre et de mer que pourra » entretenir le pacha d'Égypte et d'Acre, faisant partie » des forces de l'Empire ottoman , seront toujours con- » sidérées comme entretenues pour le service de l'État.
» § VII. Si à l'expiration du terme de vingt jours » après la communication qui lui aura été faite ( ainsi » qu'il a été dit plus haut, § II), Mehemet-Ali n'adhère » point à l'arrangement proposé , et n'accepte pas l'hé- » rédité du pachalik d'Egypte, le Sultan se considérera n> comme libre de retirer cette offre et de suivre , en » conséquence, telle marche ultérieure que ses propres » intérêts et les conseils de ses alliés pourront lui sug- » gérer.
» § VIII. Le présent acte, séparé, aura la même force y> et valeur que s'il était inséré mot à mot dans la con- » ventionde ce jour. En foi de quoi les plénipotentiaires » respectifs l'ont signé , et y ont apposé le sceau de » leurs armes. »
Je vais donner maintenant les stipulations du traité principal.
N 0 Ô7 : Article i«. « Sa Hautesse le Sultan s'étant » entendu avec leurs Majestés la reine du Royaume- » Uni de la Grande-Bretagne et dlrlande , l'empereur » d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohème , le roi de » Prusse, et l'empereur de Toutes les Russies , sur les » conditions de l'arrangement qu'il est dans l'intention » de Sa Hautesse d'accorder à Mehemet-Ali, conditions » lesquelles se trouvent spécifiées dans l'acte séparé ci- » annexé ; leurs Majestés s'engagent à agir dans un » parlait accord , et d'unir leurs efforts pour détermi- » miner Mehemet-Ali à se conformer à cet arrange- » ment ; chacune des hautes parties contractantes se » réservant de coopérer à ce but selon les moyens d'ac- » lion dont chacune d'elles peut disposer.
» Art. s. Si le pacha d'Egypte refusait d'adhérer au » susdit arrangement qui lui sera communiqué par le » Sultan avec le concours de leurs dites Majestés, celles* m ci s'engagent à prendre , à la réquisition du Sultan , » des mesures concertées et arrêtées entre elles , afin » de mettre cet arrangement à exécution. Dans l'in- » tervalle, le Sultan ayant invité ses alliés à se joindre » à lui pour l'aider à interrompre la communication » par mer entre l'Egypte et la Syrie, et à empêcher » l'expédition de troupes , chevaux, armes, munitions » et approvisionnements de guerre de tous genres , m d'une de ces provinces à l'autre , leurs Majestés la r Reine du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et » d'Irlande, et l'Empereur d'Autriche , Roi de Hongrie » et de Bohême, s'engagent à donner immédiatement à » cet effet les ordres nécessaires aux commandants de » leurs forces navales dans la Méditerranée ; leurs dites » Majestés promettent , en outre, que les commandants » de leurs escadres, selon les moyens dont ils disposent, » donneront au nom de l'alliance tout l'appui et toute » l'assistance en leur pouvoir à ceux des sujets du Sul« » tan qui manifesteront leur fidélité et obéissance à leur » souverain.
» Art. 3. Si Mehemet-Ali , après s'être refusé de se » soumettre aux conditions de. l'arrangement mentionné » ci-dessus, dirigeait ses forces de terre ou de mer vers » Constantinople , les hautes parties contractantes, sur » la réquisition expresse qui en serait faite par le Sul- » tan à leurs représentants à Constantinople, sont con- » venus, le cas échéant , de se rendre à l'invitation de » ce souverain , et de pourvoir à la défense de son » trône , au moyen d'une coopération concertée en » commun, dans le but de mettre les deux détroits du » Bosphore et des Dardanelles , ainsi que la capitale de » FEmpire ottoman, à l'abri de toute agression.
» Art. 4» H est toutefois expressément entendu que
» la coopération mentionnée dans l'article précédent , » et destinée à placer temporairement les détroits des » Dardanelles et du Bosphore et la capitale ottomane » sous la sauve-garde des hautes parties contractantes, » contre toute agression de Mehemet-Ali , ne sera con- » sidérée que comme mesure exceptionnelle , adoptée à » la demande expresse du Sultan, et uniquement pour » sa défense dans le cas seul indiqué ci-dessus. Mais il » est convenu que cette mesure ne dérogera en rien à l'ancienne règle de l'Empire ottoman , en vertu dé » laquelle il a été de tout temps défendu aux bâtiments » de guerre des puissances étrangères d'entrer dans les » détroits des Dardanelles et du Bosphore. Et le Sultan » d'une part, déclare par le présent acte, qu'à l'excep- » tion de l'éventualité ci-dessus mentionnée , il a la » ferme résolution de maintenir à l'avenir ce principe » invariablement établi comme ancienne règle de son » Empire, et tant que la Porte se trouve en paix , de » n'admettre aucun bâtiment de guerre étranger dans » les détroits du Bosphore et des Dardanelles.
» Art. 5. La présente convention sera ratifiée, et les » ratifications en seront échangées à Londres dans l'es- » pace de deux mois, ou plus tôt Vi faire se peut.' ' Je ne dirai rien du premier protocole, il avait pour but de régler un point secondaire relatif aux Dardanelles. Le second protocole, au contraire," est d'ttire haute importance ; il est relatif à la manière d'exécuter le traité et notamment l'art. 2 de la convention principale. Voici ce protocole :
« N° 58. Les plénipotentiaires des cours d'Autriche, » de la Grande-Bretagne, de Prusse , de Russie, et de » la Sublime Porte ottomane, ayant, en vertu de leurs » pleins pouvoirs, conclu et signé en ce jour une cortd vention entre leurs souverains respectifs pour k pa- » cification du Levant ; * » Considérant que, vu la distance qui sépare les ca-
» pitaic s de leurs cours respective s , un certain espace m de temps devra s'écouler nécessairement avant que » rechange des ratifications de ladite convention puisse » s'effectuer, et que les ordres fondés sur cet acte m puissent être mis à exécution ;
» Et lesdits plénipotentiaires étant profondément » pénétrés de la conviction que , vu l'état actuel des » choses en Syrie , des intérêts d'humanité aussi bien » que les graves considérations de politique européenne » qui constituent l'objet de la sollicitude commune des » puissances signataires de la convention de ce jour, ré- » clament impérieusement d'éviter , autant que possi- » ble, tout retard dans l'accomplissement de la pacifi- » cation que ladite transaction est destinée à atteindre , » Lesdits plénipotentiaires, en vertu de leurs pleins » pouvoirs , sont convenus entre eux que les mesures » préliminaires mentionnées à l'article II de ladite con- » vention, seront mises à exécution tout de suite, sans » attendre l'échange des ratifications. Les plénipoten- » tiaires respectifs constatent formellement, par le pré- » sent acte , l'assentiment de leurs Cours à l'exécution » immédiate de ces mesures.
» Il est convenu, en outre, entre lesdits plénipoten- » tiaires, que Sa Hautesse le Sultan procédera de suite » à adresser à Mehemct-Ali la communication et les » offres spécifiées dans l'acte séparé , annexé à la con- » vention de ce jour. »
Nous venons de voir quel a été l'ensemble des actes signés le 1 5 juillet par les quatre puissances. Tous ces actes furent arrêtés sans que la France fût mise en demeure de s'expliquer une dernière fois ; car le u, c'est-à-dire quatre jours avant le traité, notre ambassadeur à Londres écrivait encore à Paris quil pensait qùon lui ferait une dernière proposition ayant de signer. Lord Palmerston , interpellé dans le parlement le 6 août par M. Hume, a prétendu le contraire ; il disait, après les
protestations les plus satisfaisantes sur son désir de maintenir l'alliance française : n° 59. a La France n'a pas » été surprise, elle savait tout ; rien n'a été caché à la » France. G est la France qui s est retirée de la confé- » rence; il n'y a eu ni manque de courtoisie ni dissi- » mulation envers elle. » Je suis convaincu, malgré cette déclaration , que M. Guizot , et conséquemment M. Thiers , ont été surpris par le traité de Londres ; ils pensaient, et devaient penser, qu'on s'expliquerait une dernière fois avec la France. Mais je suis tout aussi convaincu, qu'antérieurement c'est la France qui s est retirée de la conférence. 11 est évident qu'après la lettre du 3o juin, où M. Thiers disait à M. Guizot : « Différez de vous expliquer, il faut encore voirvenir;n et lorsque M. Guizot répondait, quatre jours avant la signature du traité : a Je suivais le progrès de la » négociation , sans m'y associer , cohformémrkt aux instructions de V. E.. » il est évident, dis-je, que les diplomates ont dû interpréter la conduite de la France comme un refus de continuer à prendre part à la conférence ; je puis donner une preuve irrécusable que M. Thiers l'entendait ainsi lui-même.
Le Courrier français du 3o juillet disait , en parlant d'un article du Constitutionnel du a8, « que c'était un » exposé de la marche des négociations fait sur des ren- » seignements quil avait lieu de croire officiels. » C'était , en effet , une espèce de mémorandum de M. Thiers adressé au public; on y disait, n° 60 : « Le gouverne- » ment doit se féliciter de s'être constamment refusé à » siéger dans une conférence. S'il s'y était laissé entraî- » ner, il aurait en quelque sorte accepté d'avance la ré- » solution de la majorité, et il se savait seul contre » quatre. En s'abstenant, il n'a pas changé sa situation ; » sans doute la France est restée seule, comme le traité » le prouve, mais elle n'est nullement engagée-, elle de- » meure parfaitement libre en ce qui touche cette réso-
CHAPITRE 81XIÈME. 421 «* lulion, au débat de laquelle elle n'a pas voulu pren- » dre part. Voilà donc la France isolée. Cela est grave, » mais cela l'est pour tout le monde : ce n'est pas elle » que cet isolement doit le plus inquiéter, etc. »
Je crois pouvoir conclure de ces derniers faits, et de tous ceux qui se sont produits depuis la première mission de M. De Bru no w à Londres, « que la France a demandé, » en 1839, par l'organe du général Sébastiani , son am- » bassadeur, la présence d'un plénipotentiaire turc à la » conférence de Londres ; que nous avons déclaré à ce » plénipotentiaire, le 23 avril et le 21 juin 1840, par l'orw gane de M. Guizot, que, conformément à l'esprit de la » note du 27 juillet 1839, la France était prête à pren- » dre part aux conférences qu on tenait à Londres pour » régler les affaires d Orient; que M. Thiers a voulu , » avant et après ces déclarations, entraver la marche » des affaires, et empêcher une solution par un système » de temporisation qui eût paralysé, pour 1840, l'aclion » sur les côtes de Syrie ; que , successivement , ce mi- » nistre a isolé la politique de la France de celle des » grandes puissances, pour se ménager en Orient un » succès exclusif; qu'il a fermé l'oreille aux proposi- » tions conciliantes qui lui ont été faites par l'Autriche » et la Prusse un mois avant le traité; enfin , et c'est là » le plus grave, qu'il a envoyé à Alexandrie M. Eu- » gène Périer, pour tacher de terminer, par un arrange- » ment direct, les affaires d'Orient, qu'il avait déclaré » par deux fois vouloir traiter à Londres par une con- » férence européenne. » J'ai la conviction intime que tous ces faits sont vrais, et il n'est pas surprenant que nous ayons eu à subir les conséquences d'une pareille conduite.
La conférence de Londres ayant cru voir dans l'insurrection de Syrie une bonne occasion de terminer les affaires d'Orient, on nous a fait ce que nous voulions faire nous-mëmc : un traité a été signé sans nous. Il est
fâcheux que nous n'ayons pas été mis en demeure une dernière fois de nous associer à ce traité. Il y a eu là un manque d égards, un mauvais procédé de la part des grandes puissances, mais surtout de la part de l'Angleterre, et il est profondément regrettable qu'on ait été deux jours sans nous prévenir que le traité avait e'té signé. Mais de là à une insulte nationale, mais de là à un commencement de coalition contre la France, la distance est immense.
Le 26 janvier, il y a eu dans le Parlement anglais à l'occasion de tous ces faits une discussion dont on trouvera un extrait au § LX. Je ne veux pas anticiper sur ce qu'on lira à ce paragraphe , mais il serait hon , je crois, de le lire immédiatement, et je l'aurais placé à la fin de chapitre si Tordre chronologique des faits me l'eût permis.