‹ La vérité sur la question métisse au nord-ouestChapitre 22 sur 77 · PRET · texte numérisé non relu

PRET

je leur ai commandé de n’en rien fairé.

de cheval et ils l'ont saisi. Nous les avons tous deux emmenés désarmés au Lac aux Canards, où nous les avons gardés prisonniers. Je leur ai dit que s'ils étaient bons garçons, ils seraient

- bien traités. .

“ Nous nous sommes emparé de leurs chevaux .

‘Ce Ross que j'ai arrêté,;,en cette circonstance, était un shérif, Ïla dû être bien épeuré, car, dans son témoignage, il

dit que nous étions cinquante, tandis que nous n'étions que .

cinq. Il a aussi prétendu dans ce même témoignage, que son compagnon l’a empêché de tirer, il n'en a certainement pas eu le temps, car j'ai sauté sur lui trop vite,

On sortait de mettre nos chevaux à l'écurie quand quelqu'un cria : “ Voilà la police,” mais ce n'était que trois éclai-

reurs, que mon frère Édouard, Patrice Fleury, mon beau-frère ‘

James Short et moi ayons poursuivis, et qui se sont échappés. Patrice Fleury dit 4voir remarqué Mackay parmi ces éclaireurs,

‘ Mes compagnons avaient de l'avance sur moi dans 1 poursuite des fayards, et je me suis aperçu qu'ils tombaient dans une embuscade d’une quarantaine d'hommes de la police montée qui visaientalors sur eux. J'ai lancé mon coursier vers mes compagnons en leur criant de descendre de cheval. J'ai moimême mis pied à terre, car j'ai èntendu un sergent jurer qu’il allait me tuer, Je l'ai immédiatement visé en lui criant: “ c'est moi qui va te tuer.” Alors il a désarmé en mettant son fasil en travers sur ses genoux. , J'ai de suite bondi sur lui et l'ai renversé du canon de ma carabine. Lorsque je relevai mon arme un coup partit par accident. Alors Thomas Mackay a foncé sur moi en me disant: “ fais attention Gabriel” Je Îni ai répondu : “ c’est à toi à faire attention, car je vais te famber la cervelle.” Et je me suis rué sur lui. Il a viré son choval qui s’est enfoncé les pattes de derrière dans R neige, et s'est cabré. J'ai alors poussé Mackay dans le dos avec ma carabine. ‘Ila

éperonné son cheval qui à fait un bond et s’est dégagé! ‘

Mackay, pendant cette passe ne cessait de me dire : Fais

attention Gabriel,” et je luï répétais aussi : “c'està toi à faire’ E

attention, car je vais te massacrer,” et je le suivais du fusil,

“ Mon frère a sauté dans l’une des voitures de la police pour faire prisonniers les deux hommes qui y étaient. Mais ils ont fouctté leurs chevaux et l'ont fait culbuter. La voiture a passé sur lui, | | … “I y avait là une vingtaine de sleighs attelées en double, ot ils étaient deux hommes par voiture. Mackay a commandé la retraite. Je lui aï crié: “qu'est-ce que vous êtes donc venus faire ici.” 11 m'a répondu qu'il venait pour nous parler. “ Mais ne’te sauve donc pas, lui ai-je répliqué, tu nous à fait dire que

te

fa viendrais aveo des hommes, où sont-ils donc? Tu n’esqu'un ta. :

& Quand jai vu qu'ils se sauvaient, j'ai arrêté mes sens de coutir après. Ils n'étaient pas nombreux à contenir, il n’v en avait que trois. :

“ Nous retournîmes au Lac aux Cansards, et non avions à peine lâché nos chevaux pour déjeuner, qu'on entexdit crier de nouveau : “Voilà la police” Nous avons im: sauté à cheval, et j'ai fait de suite occuper par mes hommes un

coteau qui dominait la plaine, et d'où l'ennemi saurait pu

braquer sur nous ses canons, :

# Nous n’étions que quelques cavaliers eb un certain nombre d'hommes à pied, attendant la police grossie de quatre-vingts hommes, commandés par Orozier, qui avaient rejoint les quarante fuyards de Mackay. Îls avaient du cauon. :

J'ai lancé à la poursuite de leurs éclaireurs piosieurs :

hommes auxquels j'avais donné ordre de ne pas tirer, car Riel ‘ nous avait recommandé de ne pas faire feu les premiers. Jai donné ordre à mes cavaliers, au nombre de 25, de descendre dans an bas-fonds, où nous étions à l’abri du canon. & Crozier, accompagné d'un Métis anglais, s'est approché dan de nos Sauvages qui était sans armes et Jui a, paraît-il, donné la main, Celui-ci a voulu alors arracher le fusil des mains

du Métis anglais que je crois être John Dongail Mackay. Ce .

Métis anglais a tiré un coup, et je crois que c’est ce coup de carabine qui 2 atteint mon frère Isidore et l'a fait tomber de son cheval, raide mort. os

“ Ce qui me fait croire que c’est ce coup qui a tué mon frère, c'est que ce Métis avait intérêt à le tuer, va que mon frère était” le seul armé.

“ Aussitôt ce coup tiré, la police et les volontaires.commandés -

. par Crozier, ont lancé une décharge, et le sauvage, qui était avec mon frère, à été tué, - . 71. FU “ Tout cela s'est passé sans qu'aucun pourparler nait jamais eu lieu des deux côtés. - .

# Charles Nolin, qui d'abord avait fait le rodomont, n'était venu avec nôus'än combat qu’à contre gré. Aussi s'est-il enfui, « À Ja première décharge, avec la voiture de sa’ belle-sœur dont ! il s'émpars, se dirigeant dn côté de Prince-Alhert où il se constitus prisonnier. 7 2 - ‘ Aussitôt la fusillade commencée, nous avons firé tant qu'on

ap. Pour moi, j'ai déchargé les douze coups de ma carabine Winchester, et elle était rechargée pour recommencer son jeu, ”

quand les Anglais effrayés du nombre de leurs morts commen cèrent à reculer. 1 était temps pour eux, car leur canon qui

édiatement

jusque là avait empêché mes hommes à pied de descendre du coteau, était devenu silencieux, à cause qu'en le chargoant, le canvonier avait mis le plomb avant la poudre. Nos hommes à pied commencèrent alors à les cerner. .

- Ce premier combat avait duré une demi-heure. |

‘Comme dans leur fuite ils devaient traverser une clairière, je m'embusquai en disant à mes hommes : courage, je vais faire sauter les capots ronges dans leurs voitures, à coup de cartouches. et alors je riais, non pas que j'eusse plaisir à tuer, maïs je lo faisais pour donner du courage à mes gens. -

“Comme je m'ambitionnais à culbuter les capots rouges, je ne pensais pas à m'effacer, et une balle est venue me sillonner le crâne sur lequel. se voit encore une cicatrice profonde; j'ai tombé assis, et mon cheval blessé aussi a passé sur moi pour se . sauver, Nous étions alors à 60 verges de l'ennemi. -Je voulus me relever, mais le choc avait été si violent que je ne-le pus. Quand Joseph Delorme me vit retomber, il cria que j'étais tué. Je lui ai dit: courage, quand la tête n’est pas perdue on ne meurt pas. J'ai alors recommandé à Bte Vandal de prendre mes cartouches ot ma carabine qui était fameuse et qui portait à 800 verges. ‘ - .

“Tout le temps du combat, ca Delorme était à mes côtés re battant comme un lion. Mais avant, il m'avait dit: je n’ai jamais été au feu, ne me ménagez pas et excitez-moi sans cesse en Cas que j'aie peur, !

“ Pendant que nous nous battions, Riel était à cheval, exposé aux balles, et n'ayant pour toute arme qu'un crncifix qu'il tenait. à la main. .

“ En me voyant tomber, mon frère Edouard a foncé sur moipour m'entraîner dans le ravin, mais je lui ai dit d'aller plutôt vers nos gens qui semblaient découragés de ma chute. . Il les rallin; ils poussèrent des cris de joie et recommencèrent le feu. C'est alors qu'est tombé près de moi, mon. cousin Auguste Laframboise, auquel je recommandais quelques instants avant de : ne pas tant s’exposer. Une balle l'avait atteint au bras et lui avait traversé le corps. Je me suis traîné à lui en rampant, disant en moi-même: je vais toujours aller lui faire une petite prière, mais en voulant faire le signe de la croix de la main gauche, vu.que j'avais le côté droit paralysé, j'ai tombé sur le côté, et j'ai dit en riant: cousin, je vous la devrai, . .

- “J'aurais voulu lui dire Ja prière que j'avais composée lorsque nous avions reçu Ja bénédiction du prêtre à Belton, dans le Montana : “ Seigneur, renforcez mon courage, ma croyance et ma foi, afin que je profite tout le temps de ma vie de la béné-

diction que j'ai regue en votre saint nom.” ‘

Ù , su - \

“Cestune invocation que j'ai tou jours récitée après mes prières .

du matin et du soir, Cette bénédiction que nous avions reçue à notre départ du Montana avait aussi profondément impressionné Riel qui me demandait souvent si je m'en rippelais.

“ Quand Riel vit tomber Laframboise, il me dit : mon oncle, je vais faire avancer les. gens à pied. Je Ini ai dit qu'il allait les mettre dans la gueule du loup, et qu'il ferait mieux de soutenir le courage de ceux qui étaient sur le champ de bataille.

“ L'ennemi commença alors à fuir, et mon frère, qui après ma chute avait pris le commandement, à crié à nos gens de les poursuivre et de les détruire. Riel a alors demandé, pour amour de Dieu, de ne plus en tuer, disant qu'il y avait déjà trop de sang répandu.

“ Pourtant, il y avait un capitaine que la police nommait Morton, un fin tireur, qui s'était tenu derrière un arbre et qui

avait tué deux des nôtres; en voulant déloger ïl à reçu une.

on

balle dans les reins. Comme il criait et souffrait horriblement,

Guillaume Mackay crut lui rendre service en Jui logeant une.

balle dans la tête. | | “Les fayards avaient laissé sur le ‘terrain neuf morts et an

blessé à la jambe. Comme celui-ci voulait encore tirer, Phi |

lippe Gariépy a foncé sur lui, lui a arraché son fusil et sa baïonnette et a essayé dé lefrapper avec son arme. Quelqu'un de nos gens a modéré Gariépy, et lui a recommandé d'avoir . pitié de ce misérable qui fut emmené au Lac aux Canards.

“Dans la précipitation de Ia retraite, Clarke avait oublié d’emporter son capot en chat sauvage.

& Les vaincus avaient laissé derrière eux 4 ou 5 voitures-et

8 chevaux non blessés, et quelques-uns tués. On a trouvé dans leurs voitures des plaques de poéle-derrière lesquelles ils se . Cachaient pour tirer sur nous. - er Fr . # Ils ont cependant'enlevé les morts de la police montée, bien reconnaissables par leur uniforme rouge, mais ils ont laissé sur le terrain les cadavres de neuf volontaires, Je crois qu'ils ont perdu 16-hommes parmi lesquels était le capitaine Moore, qui à eu la jambe brisée et amputée. - De ‘ Après la fuite des ennemis, mes compagnons m'ont attaché sur mon choval, et nous avons été au Lac aux Canards, où l'on 2 pansé ma plaie, qui était profonde. Ils y ont aussi emmené les voitures. To | :

-“Nous avons perdu cinq hommes en cette circonstance: J.-Bte Montour, Joseph Montour, Auguste Laframboise, Isidore

Dumont, et un sauvage, Joseph Trottier (du nom de son par- .

- Tain.) : # Le lendemain, 26 mars 1885, Riel a fait mettre les combat- 4 ” ‘ ‘ ‘

LS

Lu fs

‘tants sur denx rangs et leur a dit: “ Oriez trois fois: Vive Gabriel Dumont! remerciez Dieu de vous avoir donné un chef.

si valeureux.” ee :

“ Toute la journée se passa à prier pour nos morts que Dons

avions exposés dans une maison. ls ont été enterrés le lende. .

main à St-Laurent, - "4 On avait enjevé à l'ennemi 1% où 13 fusils, des munitions et cinq voitures doubles, mais.H avait sauvé ses canons.

‘ Le lendemain des funérailles de nos amis, j'ai représenté à Riel qu'il était dur de laisser exposés aux chiens les cadavres de nos ennemis, qui peutêtre ne nous en voulaient pas plus que nous leur en voulions. Je sanggérai d'envoyer un prisonnier à Carleton avertir les anglais de venir chercher leurs morts. Riel me fitla réflexion qu'ils auraierit peut-être peur de venir les demander. Alors j'ai dit à Riel que j'enverrais une lettre par ce

risonnier, donnant ma parole d'honneur que ui Sauvage ni étis ne leur feraient de

quiconque viendrait réclamer ces morts. : Î

“ Quand ce chargé de ma missive fat arrivé au Fort Carleton/ les autorités l'ont fait prisonnier comme espion, et une panique g'empara de la police, qui abandonna le fort pendant la nuit

après y avoir mis le feu et détruit les vivres, Elle se mit-en

marche, se faisant conduire par un vieux Métis canadien du :

nom de Plat Côté de Chien. Mais les Métis français qui étaient dans le fort essayèrent de sauver les vivres. ls’ ont de fuit réussi à éteindre le feu au magasin, mais le hangar a été consumé. : -

que la police s'est. réfngiée. Je voulais me mettre, avec quelques-uns des miens, en embuscade, dans une grande épinettière où devaient passer les hommes de la police, On aurait pu y faire un grand massacre, mais Riel, qui nous modérait tout le temps, s’est formellement opposé à ce projet. . s “ Ce ne fut qu'à Prince-Albert, ef au bout de trois jours, que e prisonnier que nous avions relâché et qu'ils avaient pris pour un espion, put faire comprendre aux réfugiés que la lettre dont il était le porteur pouvait contenir quelque bonne proposition.

Alors les Mélis anglais ont exigé qu'elle leur fut. montrée -

Quelle ne fat pas leur surprise quand ils virent qu'elle les laissait libres d'aller enlever leurs morts, et qu’on leur offrait même de les aider dans cette œuvre. Les Métis anglais avaient

surtout intérêt à cette démarche, puisque c'était les leurs qui-

étaïent restés sur le champ de bataille, la police ayant eu soin de ramasser les siens,

peine dans l’accomplissement de ce ‘ devoir: Sur l'approbation de Riel, j'ai signé un sauf-conduit à ;

te C'est à Prince-Albert, sitüé à 50 milles du Fort Carlton, .

“ Ils ont donc envoyé trois hommes de Prince-Albert pour

quérir leurs morts, que nous avions placés dans une vieille maison, à abri des profanations. Plusieurs de nos hommes leur ont aidé À les embarquer, et on leur a livré leur blessé,

“ Le lendemain ou le surlendemain, Riel nous a fait quitter le Lae aux Cunards, après y avoir fait mettre le feu aux bâtis. ses, préservant tontefois le moulin. .

# Ou a traversé }a rivière pour se rendre à Batoche,

‘ Une vingtaine de jours après, on a appris, par nos éclaiteurs qui étaient allés jusqu'à Qu’Appelle, à 260 milles environ de Batoche, que Middieton était ed marche | -

Nous étions alors 350 hommes en tout, dont 200 étaient ‘armés. J'ai proposé d'aller an devant des troupes et de les harceler pendant la nuit, en les empêchant surtout de dormir, persuadé que c'était un bon moyen de les démoraliser et de leur

faire perdre tout courage. Maïs Riel n’y a pas consenti, disant

que c'était trop sauvage, et que d'ailleurs on s'exposait ainsi à tirer sar nos amis canadiens. Moi j'aurais été déterminé 4 le = faire sans scrupule, et même j'aurais volontiers fait sauter les chemins de fer, car je ne considérais pas comme des amis ceux qui s'anissaient aux Anglais, pour nons tuer et nous piller. Riel me disait : si vous les connaissiez, vous ne chercheriez pas à les traiter ainsi. | LR . : :

- “Quoiqu'il en soit, nous avons dû renoncer au projet d'aller rencontrer les ennemis sur un terrain avantageux pour nous, et, j'en suis sûr. nous les aurions tellement abrutis qu'au bout de trois nuits ils se seraient entretués les uns les autres, |

+ J'ai cédé au‘conseil do Riel, quoique persuadé que humaïne-

ment mon dessein était meilleur ; mais j'avais confiance dans.

#2 foi ot dans ses prières, et que Dieu l'exaucerait,

te Nous avons donc dressé nos tentes à Batoche, tout en suivant

la marche des troupes, par nos éclaireurs, qui les voyaient tous les jours. Elles se sont dirigées à 30 milles plus haut que Batoche, à la traverse de Clarke. -

“ Quelques jours après, deux de nos éclaireurs, Elzéar Parisien, .

Métis, et La Converte Jaune, un Sauvage, aperçurent trente route de Batoche. : L- : :

… Nos éclaireurs poursuivis prirent la.prairie Comme le cheval de Parisien n'allait pas vite, trois des hommes de la police le rejoignaient en faisant fou ; mais le Sauvage, quiavait

hommes de police à cheval qui leur coupaient le chéfnin sur la

un bon coursier, les retardait en restant en arrière, et ripostant

de sa carabine. Cependant, Parisien ent scrupule.de laisser ainsi exposer son camarade, et ls restèrent ensemble. Par malheur lo Métis renversa sa corne de poudre, et comme il ne

le

- lui en restait plus que pour quelques coups, il là conserva en

cas d'être pris. Le danger était imminent. Alors, le Sauvage, qui était catholique, dit au Métis : ‘frère, il faut prier le Tout- Puissant,” et ils se sont-mis à prier tout haut, : .

4“ Ts atteignirent ainsi ane isle de bois où la police les aban-

‘* donna,

6 Quand ils arrivèrent an camp de Batoche, Riel fit présent d'un cheval au Sâuvage, en reconnaissance de sa belle conduite, + Chaque jour, les troupes de Middioton allaient en se gros-

- gissant, et un mois environ après l'affaire du Lac aux Canards,

prenait : :

elles so montaient à environ 1600 hommes, qui 8e partagèrent en deux colonnes, de chaque côté do la rivière, protégeant les bacs qui contenxient les provisions. - SC

: # D’après le rapport de Middieton la colonne gauche com-

“ La batterie de campagne de Winnipes;

& Le 10e grenadiers royaux;

“# Los éclaireurs de French.

La colonne droite comprenait:

La batterie A. de l'A. R. C;

. # La demie compagnie ©, du corps d'école d'infanterie ;

“ Le 90e carabiniers de Winnipeg;

# Les éclaireurs de Boulton. ° ‘

Le 23 avril, ils se sont mis en marche jasqu'à la ferme de Melntosh, à 18 milles de 13 Traverse de Clarke.

‘ Quand nos éclaireurs Dors avertirent qu'ils avancaient, j'ai fait remarquer à Riel qu’il leur donnait trop d'avantages, et j'ai proposé de les harceler pendant la nuit pour retarder leur marche et de permettre à nos’ alliés d'arriver, :

‘ En effet, j'avais envoyédo moi-même quelques ambassadeurs, |

Isidore Parenteau et Louis Letendre, en raquettes, chez les Assiniboines, à la Rivière à Bataille, dans la Montagne de

” l’Aigle, 4120 milles de Batoche, pour inviter ces sauvages et L les Cris. Déjà ces tribus, ‘auquelles j'avais préalablement

envoyé du tabac, l'avaient fumé, ce qui. voulaient dire qu'elles répondaient à mon invitation. Et j'avais commissionné les chefs de ces tribus de passer un bout de tabac à Gros-Ours, qui en avait aussi fumé. Poundmaker m'avait fait dre que lui et les siens restaient assis sur leurs talons, prêts à seiredresser au premier signal. | « . !

“ D'un autre côté, j'avais envoyé, en raquetes. François Ver. meîte et Napoléon Carrière à la Prairie Ronde-pour présenter du tabac à un parti de Sioux et au Métis Trottier, se

“* Les délégués avaient détourné Saskateon, (bois de flèche) … où les orangistes avaient commencé nn établissement.

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“ En revenant, les Sioux, aveo-leur chef Bonnet Blanc, farent obligés de passer par Saskatoon, et les orangistes ont voulu les

arrêter. ont demandé à Charles Trottier où il allait. -Trottier leur a répondu qu'il allait se battre. Æt vous autres,

demandèrent-til aux Sioux, quelle affaire avez-vous à aller vous

battre ? Bonnet Blano leur répondit que les Métis étaient leurs

frères, et qu'ils allaïent leur aider, * : . Lin “Les orangistes les laissèrent passer, et ïl le fallait bien, car

- ils étaient une soixantaine de Sioux et une dizaine de Métis,

-. tous bien déterminés. . à -, # À deux milles de Saskatoon, ils apergurent un vieil irlan-

dais, qui, quoique catholique, eut peur de ceite.troupe, et il se - sauvait sur la eroûte avec-sa femme et son enfant. Trottier les

a fait poursuivre pour les rassurer. Le jèune Rémi Trottier les a rejoints et les a trouvés les pieds nus'sur une couverte

qu'ils avaient étendue sur la neige pour se protéger, Trottier ,

et son fils les mirent sur leurs chevaux ef les emmenèrent au camp où ils se réchaufièrent.. Ils avouèrent qu'ils avaient ris ce parti pour des orangistes.qui ne les aimaiïent pas.

“Ce détachement arriva à Batocho en chantant et en poussant ?

des cris de guerre,—les uns étaient à cheval, d'autres en voitures, et plusieurs en raquettes—-quelques jours avant le. premier ‘engagement avec Midäleton. ‘

“ On s’est alors emparé des maisons de Batoche, après avoir .-

. relégné les femmes et les enfänts en lieu sûr. , .

“ Quand nos déléoués sont arrivés chez les Assiniboines, un instructeur anglais du gouvernement avait déjà été tué dans la Montagne de l'Aigle, par les gens du Maringouin, qui savaient été mis à la porte du Fort par cet instructeur brutal Alors

Jun des jeunes gens, voulant y entrer de force, regut un coup

de hache de l'instracteur, auquel un Sauvage lançs une flèche. Le jeune homme que l'instructeur,visait avec sa hache la lui arracha des mains et lui fracassa le crâne, ‘

Les délégués nous rapportèrent que les Assiniboïnes et les. Cris, ayant à leur. tête Poundmaker, consentaient à be joiüdre à:

“nous, mais qu’ils avaient, avant, à prendre le Fort de la Rivière à Bataille, entre la Rivière à Bataille et la Rivière du Pads.

“ Poundmaker avait, pour cette fin, engagé un gronpe de ‘

Métis, établis à 150 milles de Batoche, sur la Rivière du Pads, à l'endroit appelé La Butte du Cheval, au confluent de la Ri-

vière à la Tortue, à marcher contre lesÿowvernement de la .

Puissance. Aussi ces Métis nous avaieht-ils envoyés des dé-

‘légués, Joseph Jobin, Athanase Falconiet Alexandre Vermette, |

our nous demander ce dont il s'agissait, et d'envoyer des ommes leur expliquer l'affaire. É , . g.

“ Les Assiniboines m'avaiént œussi fait demander de leur .

envoyer un Sioux leur donner des explications. : ‘“ . - # Je lear ai donc renvoyé les trois mêmes et un Sioux, Ie fils

de-Corbean Corps-Tête, ‘ainsi que Alexandre Cayen, José. Arcand, Pierre Vandal,: et trois autres, en. tout dix, pour

presser les gens du Gros-Ours de venir se joindre à nous. # Quelques jours après, ayant appris qu'un détachement de

. Ja police venait de Prince-Albert pour aller renforcer la gàr-

nison du Fort de la Rivière à Bataille, j'ai envoyé Norbert Delorme. et:un Sauvage avertir Poundmaker qu'il eutà se

presser d’assiéger le Fort.

Ts À

“T6 témps était d'autant mieux choisi qu'il n'y avait alors

au Fort que 30 hommes dé police, qui étaient continuellement aux pre avec unë trentaine de Métis qui sy trouvaient. °KÂ1 parait: espeñdant que Delorme et le Sauvage qui l’acpe P q ge q

‘ compagnait, ne 8e sont pas acquittés de leur mission, et qu’ils

sont restés chez les gens de Poundmaker à s'amuser. Quoiqu'il en soit je n'ai jamais revu Delorme, mais j'ai revu le Sauvage, auquel j'ai refusé de l'emploi, vu que j'avais perdu confiance en ai. L — : |

C'était tandis que nos délégués négociaient que Middleton g'avançait.-, ‘ - . } . s He

de le laisser libre dans ses mouvements, je signifiai à Riel que

décidé d'aller tirer sur les envahisseurs et en cela, j'étais ap. proùvé par mes gens. . M Te

."# Riel m'a alors dit: Eh! bien, faites comme vous voudrez. . Nous sommes partis à la brunante,. le sir du 23 avril. Notre troupe se composait de 200 hommes: Métis, Sauteux,

+ . Cris, Sioux et Canadiens, Riel nous accompagnait Dansles - ‘: haltes'il nous faisait dire le chapelet. toc

- # Tmpatiént de le rencontrer, et persuañé que c'était an tort

. je ne pouvais plus suivre ses conseils humanitaires, et que j'étais ‘

“ À 8 milles de Batoche, chez Roger Goulet, qui s'étaitsanvé,

j'ai fait luer deux de ses vaches pour. manger, : Nous avions à peine fini de souper que deux Métis, Noël Champagne et

oise Carrière, qui étaient restés à Batoche, avec mon frère .

Edouard et upe trentaine d'hommes pour garder la place, vinrent nous Wvotir que la police montéc:arrivait, pur Île chemin de Qu'Appelle, pour surprendre Batoche, et qu'Edouard demandait 30 hommes avec moi ou Riel. Moi j'ai répondu que j'étais parti pour aller tirer sur Middleton et que je ne retour-

. Derais pas, Riel a consenti à sa rendre au désir d'Edouard, etje |

lui aï cédé 50 hommes de ma troupe. .

# Le jour 2-paru avant que nous fussionsen vif£de Middleton, . campé à la forme Mefntosh. ‘+ Lo |

. # Jai cra prudent de retraiter et d'aller attendre l'ennemi à.

la Coulée de V’'Anse-au-Poisson, connue parmi: nous sous le nom de Petite Rivière aux Castors, se jetant de l'Ouest à l'Est, dans

ruisseau que demeurait la famille des Tonrond.. ? :

LT

eo

la droite dela Saskatchewan. C'est sur la rive droite de ce "

& J'avais donné ordre de ne pas suivre. la route qui-va de la “.

traverse: de Clarke à celle de Dumont cn coupant la coulée

emporter à courir après des bêtes à cornes. s

: “J'ai parti vers 4 heures du matin avec Näpoléon Naud

pour aller reconnaître le camp ennemi, et je me suis.avancé à °°: * - ‘ environ un deini mille de l'endroit où il était, J'éiämis piédà 1 . terre sur une élévation. Comme j'aperçus les éGl'èurs. enne> s

mis «poursuivre les nôtres, j'essayai de les entraîner dans leb

isles dé bois. , Je les ai entendus donner des ,ordres avec la: bugle (clairon], mais ils n’ont pas osé nous suivre.

Nous nous sommes rendus chez les Tourond où j'ai fait

» tuer un bœuf pour déjeuner.

ut '

# Vers sept heures, un éclaireur, Gilbert Borland, nous avertit qu’une colonne d'environ 800 hommes s’avançait sur nous. J’ai alors placé mes gens au nombre de 130, dans un bas-fond, :

. sar la rive gauche du Ruisseau au Poisson, vis-à-vis de la mai-

son des Tourond, et j'ai fait cacher les chevaux dns le bois. J'ai parti avec 20, cavaliers pour aller m’embusquer plus en avant sur le passage des troupes,avec dessein de ne les bousculer

que lorsqu'éllés seraient repoussées,'et donnant.ordre à mon Corps principal de'ne les attaquer que lorsqu'elles se seraient .complétement-engagées dans la coulée. ‘Je voulais les traiter - . :

comme on traite les buffiés. . E “ Mais, après avoir vu les pistes qu'avaient laissées nôs

‘- jeunes gens, les Métis anglais qui étaient avec les troupes, leur

donnèrent l'éveil, et ils ont fait halte pour attendro-le gros de leur-armée! en.envoyant des éclaireurs visiter la coulée.

te L'un d’eux est venu.vers moi, mais je ne voulais pas gas piller mes cartouches pour si peu. Il nous a aperçus et s’est

‘ sauvé, Je l'ai poursuivi et j'allais le rejoindre quand quelqu'un

a tiré; mes gens m'ont crié que je tombais dans un grodpe

* d’ane quarantaine que je ne voyais pas, tant j'étais intentionné

de capturer ma proie. Quand j'ai vu que je n'avais pas le temps

. d'assommer cè fuyard, je l'ai tiré, et je me skis enfoncé dans la, * coulée pour rejoindre mes 20 cavaliers, pendant que les hommes

de la police descendaient de cheval. , ts T1 était alors 7.20 heures. | ou “ Ils ont commencé à tirer sur nous, :

‘chez les Tourond, afin de'n'y. laisser aucuté trace, mais cet °"* ordre ne fut pas snivi par nos jeunes gens, qui 8e laissèrent.. F

Les .

Fe :

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‘ Taie pas reconnu.

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# Quand ils ont vu que je les chauffais trop, ils se sont mis à envoyer des décharges dans le fourré où j'étais.‘ Les branches qui cassaient tout autour de moi, m'avertirent qu'il n'était-pas

— prudent d’y rester. Je ne sais si-j'en ai tué beaucoup, car

- aussitôt mon coup tiré, je m'effaçais, mais.je n'ai pas dû manquer

. souvent. : :

# En retournant de nouveau vers les quelques cavaliers qui

. me restaient,. j'ai rencontré des Sioux qui m'ont dit qu'un des

leurs avait 6té tué sur l'élévation. J'y ni monté paur äller prendre ses armes, mais ses compapnons s'en étaient déjà emparés, J'ai trouvé le malheureux blessé, couché à plht ventre et qui chantait. Je lui ai demandé s'il était blessé à mort, il me

dit que non. Les balles siffiaient drues à cet endroit. : J'y ai

retourné à quatre pattes, aveo quelques uns des miens pour

mieux viser, mais On n'a pu y résister, car la police était alors * répandue dans les igles de bois environnantes, de chaque côté : dela coulée, et nous étions trop exposés. ,

& Napoléon Naud, qui était un des rares braves restés avec moi, me cria: allez à nos gens qui se sauvent, J'ai sauté sur mon cheval et j'ai couru.an corps des 130, qui était beaucoup.

- diminué par la fuite de plusieurs, et jai arrêté une quinzaine de fuyards, les autres se sont enfuis. De mon détachement de 130, il ne resta plus que 47 hommes, et de mes 20 cavaliers, je n'en comptais que 15. ‘

“ J'ai dit aux jeunes gens ; n'ayez pas peur des balles, elles

", me font pas mal, et je leur montrais comment tirer pour attoin-

re le but. Et ils se sont mis à pousser des cris de joie. Le canon grondait tout le temps. ‘ “ Nous avons descendu .dans un bas-fond de la prairie, qui …#tait plus près des lignes ennemies ; j'ai aperçu un officier qui nous visais ; je me.suis empressé de le culbuter, et nos jeunes gens se sont mis.à ricaner en l'éntendant crier comme nn | enfnt— Vo : € On les a tenus en échec toute la journée, car je tirais dru, et “pour aller plus vite, les jeunes gens autour de moi me fournis- ; soient des cartouches qui s'épuisaient avec rapidité. Quand j'ai

va qu'il n’y avait plus que sept cartouches, j'ai forméle dessein‘ de mettre le feu aux foins de la prairie pour faire reculer l'en. nemi qui 8e trouvait sous le vent. Je calculais d'aller prendre,

. à l’aide de la fumée, les munitions et les armes qu'il laisserait dans sa fuite. J'avais recommandé à mes gens de crier et de chanter pendant cette opération. ©

‘ Jexécutai mon dessein, et je suivis la plus'grosse touffe de

7 fumée devant laquelle fuyaient les éapots ronges sans regarder derrière eux. J'allai fouiller leuis morts pour prendre leurs cartouches et leurs armes, mais ils en avaient été dépouillés.

“Je suis revonu vers mes quinze hommes qui étaient dans

* le ravin de la prairie et qui me croyaient perdu. CT

‘4 J'ai dit aux Sioux qui étaient avec mai que j'allais tâchor 4e passer dans le bois en arrière des rangs de l'ennemi, et leur . faire croire par là que nous étions nombreux. Un jeune sau-

.vage me dit: si tu nous quittes, nous allons nous sauver. # Jo l'ai rassuré en lui disant que j'allais voir mes 47 compa- - gnons restés dans le ravin. En effet, je auis parti pour y aller, __ mais je n'ai pu m'y rendre, car ils étaient cernés par les tirail- * leurs ennemis, qui, ayant trayersé la coulée plus bas, étaient .” remontés dans le bois de l’autre côté, ot leurs canons crachaïent constamment la mitraille. ° . E

‘ Pourtant mes soldats dù ravin se battaïent bien, et chacun : g'encourageait. Isidore Dumas copendant se prit de peur; alors, pour se donner de l'assurance il se mit à chanter une vieille chanson de Napoléon Ier, et. tous les autres répondaient en

* chœur, et ils ont tous repris courage. - … & Ne pouvant les rejoindre, j'ai retourné vers mes hommes —

frestés dans les isles de bois de la prairie. Mes Sioux m'échappèrent et je ne restai plus qu'avec-sept hommes, J'ai tenté de nouveau d'aller trouver les combattants du ravin, mais impossible de m'y rendre sans m’exposer à une mort certaine, .

J'ai emmené mes sept compagnons manger chez Calixte

. Tourond. C'était au soleil couchant, LU

.. # J'avais espoir d’avoir du secours de Batoche. Maïs Riel ne voulait pas laisser partir les hommes; il rassuraitla population, ‘lui disant que nous n’attrapperions pas grand mal.

‘Cependant mon frère Édouard, en entendant le canon, avait supplié Riol de le laisser partir, Ala fin il dit: quand les miens sont exposés je ne puis rester ici, et il est accouru à nous avec 80 cavaliers. © . . . :

{t Déjà j'étais parvenu à contourner les lignes ennemies, et a police avait reculé quoique les volontaires continuassent la bataille. os Le | ot.

“ On s’est enfoncé dans les’isles de bois qui les adossaient et.

NC TL ‘dans la prairie en feu.

en entendant nos cris ils se sont sauvés, laissant une foule de bagages. Le médecin oublia sur le champ, 54 boîte de mé--

” decines et deux bouteilles d’eau de vie, que nous bûmes à sa santé.- 7. N

“ J'ai proposé de les poursuivre, mais mes gens étaient trempés et transis jusqu'aux 05, car i] avait plu toute la journée.

“ {1 était alors environ 8 heures du soir. :

“ Que la Providence en soit bénie, dans toute cette journée . d'un combat continu et acharné, nous n'avons perdu que 4 hommes; savoir: 2 Sioux, mon neveu St-Pierre et José Ver-

, mette. Deux autres ont été blessés : François Boyer, mon neveu, et Michel Desjarlais, qui mourut trois jours après.

# Nons avons ramassé nos morts et.nos blessés, et nous avons pris la direction de Batoche.

-“Voilà les pertes qüe nous avons subies ét que Middleton, : dans son rapport, évalue à un nombre considérable, de même qu'il y prétend que nous avons laissé beaucoup de vivres. tandis que nous n'avions rien du tout, si cen'est le bœuf'que j'avais fait tuer chez Calixte .Tourond, et quelques poules que j'ai fait

‘croquer et qui venaient du poulailler de Isaac Tourond.

HE se trompe aussi quand il parle des fossés de tir qui D’étaient autre chose que les sentiers crousés par le passage des animaux dans le bois, ",

. % Le général Middleton n’a pas dû voir ce qu'il affirme par lui-même, et on l’a évidemment trompé, Il est d'autant plus jastifiable d’avoir cru ces exagérations, qu'il était difficile de

- croire, pour lui, plus que pour ‘tout autre, qu'une poignée d'hommes mal armés, ait pu, pondant toute une journée, tenir’. en échec et mottre en fuite, près de 1600“hommes armés de -pied en cap et servis par l'artillerie. ‘ : 2,

“ Car Middleton a beau évalter nos forces à 3800 hommes, de 150 que nous étions quand nous avons rencontré l’ennemi, nous sommes restés quarante sept et sept, et nous n'étions

. qu'au nombre de 54, quand: à"la fin de la journée, les 80 cavaliers de Edouard Damont sont venus nous secourir. l

“J'ai remarqué, pendant le combat, que parmi les ennemis, il y avait des gens parlant le français, car je les ai entendus nous

lancer des imprécations dans cette langue. - .

“ L'ennemi reconnaît avoir eu en cette circonstance 10.morts . et 40 blessés, pourtant-fé crois avoir ni de morts que <ela 5" “Il commençait à faire jour, le 74 aviil, lorsque nons en-

trûmes à Batoche. } - L

. À " L ee | |

il 4 il l ï ‘ . |

prier les femmes et les enfants, leur disant qu'il ne nous

arriveraft pas grand mal.

# Riel me demanda à faire un rapport de la bataille. Je lui racontai ce qui s'était passé la veille, malgré mes fatigues et les douleurs que me faisait éprouver ma blessure à la tête,

‘ On transporta nos morts dans une mäison, et le surlendemain ils furent enterrés dans le cimetière de St-Antoine de: Batoche. Les deux blessés Métis, Frs. Boyer et Michel Des * jarlais, furent, sur l'ordre de Riel, soignés par les prisonniers ‘ ‘ anglais qui étaient alors à Batoche. - D:

:% En faisant un jour le lit de Desjarlais, là mère Batoche et ma femme, qui étaient venues pour aider à soigner les miAlades, trouvèrent sous la paillasse un morceau du crêne du malheureux blessé, qui était alors sans parole. Je fis remarquer à Riel qu'il *

‘y aurait imprudence à se servir dorénavant des prisonniers anglais pour e service de l'hôpital. . ot OT

% D'ailleurs les Sauvages voulaient les tuer toutes les fois qu’ils les rencontraient, et je ne vouläis plus prendre la responsabilité de les défendre davantage, après cette découverte.

On cessa alors de permettre aux prisonniers de sortir de * leur prison. L en -

“ Riel partit un jour pour aller de l'autre côté de la rivière, dans la direction du Lac aux Canards, faire une reconnais- sance avec un parti de 50 hommes commandés par Gilbert

Monkman. "a ee

“ À son retour, il dit au conseil: “ celui qui commande de Vautre côté va nous trahir, car il a proposé à quelqu'un de déserter avec lui.” Ilm’a prié d’aller auprès de ce commandant pour l’avertir qu’il connaissait son intention de le trigauder.

“ J'ai donc traversé, et j'ai demandé aux gens rassemblés, si quelqu'un leur avait conseillé de déserter. . Ét personne ne me : répondit directement, ou | -

4 Sur mon rapport, Riel traversa avec moi, décidé à découvrir la vérité. Nous ayons rassemblé les gens dans la. maison de Baker. i ‘ M .

“ Riel leur a parlé ainsi: Mes amis,”je sais que quelqu'un: de vous 2 proposé de déserter, Vous avez refusé de dévoiler cela . à M. Dumont. Mais soyez assuré que je découvrirai la vérité, dussé-je faire fusiller celui que je soupçonne, |

“ Alors Patricé Fleury dit: “C'est vrai, Monkman m'a proposé de déserter.” ‘ Garçon Abrabam Bélanger, fils, déclara la même chose. - : a 5

“ On est alors traversé à Batoche pour tenir conseil, et l'on y à décidé de mettre Monkman sous arrestation. J'ai fait venir Monkman ainsi que les témoins Patrice Fleury et Garçon

Abraham Bélanger. Et devant le conseil, j'ai interpellé Monk. man de répondre à l'accusation portée contre lui. = - C'est vrai, a-t-il répondu; mais je n'avais pes le dessein de déserter; c'était simplement pour connaître si Riel était devin. “ Jo crois aujourd'hui encore que Riel avait en une révéla.

tion. . :

“# J'ai dit à Monkman que pour avoir agi ainsi, je le consti. tuais prisonnier. ‘ —" Vous allez me faire du mal, a-t-il dit.

‘—Bon gré, mal gré, lui ai-je dit, tu es prisonnier, car il faût que tu aies eu ce que tu as dit dans le cœur. Je le fisgarotter. . “ Cependant Middleton était campé à l'Anse-au-Poisson, sur : la rive doite de la Saskatchewan, où il avait fait traverser sa colonné de gauche, attendant du'renfort et surtout l'arrivée du vapéur Northeote qui descendait la rivière avec des approvisionnements, deux compagnies du bataillon de Midland, et une mitrailleuse Gatling.' Le Ce : bäteau qui avait été mis en état de défense au moyen de ièces de bois et de sac d'avoine, etc., étant arrivé à l’Anse-au. oïsson, le 5 mai, Middieton y fit embarquer 35 hommes de la Cie d'école C., etse mit en marche le 7, jusqu'à la traverse : ” de Gabriel Dumont, où il fit halte et où le bateau jeta l'ancre. ‘< Cette traverse est À trente milles de celle de Clarke et à .&ix milles de Batoche, ‘ .

. “C’est 1à où était ma ferme. Les troupes y ont brûlé ma maison et ont défait mes étables pour fortifier leur vapeur qu'ils entourèrent de pare-flèches, Ils ont aussi détrait les dépendances de mon voisin José Vandal. te “ Le 8 mai, Middiéton marcha vers l’est, puis au nord-ouest, ‘au large de 12 prairie, de crainte d'être surpris, . - -. Les troupes anglaises débouchèrent à environ 9 milles de ‘‘Batoche, sur la route régulière de Humbold à Batoche, et elles ÿ établirent leur camp pour la nuit. ‘ :

. “ Moi, je voulais aller les rencontrer dans les îsles de bois, Car je savais bien que le courage des hommes, en se battant à Batoche, serait affaibli par les cris et les pleurs des femmes et. des enfants. : . ‘ ° . #6 Quand j'ai su que les ennemis avaient défait mes étables pour garnir leur bateau, j'ai supposé que ce vapeur descendait à Batoche pour prendre part à l'attaque projetée et détourner " l'attention "ane partie de ses défenseurs. C'était en effet les Instructions que Middleton avait données. ‘© Lo “ J'ai fait placer ug corps de garde vis-à-vis l’église de Batoche, pour empêcher l'équipage de débarquer. Comme le bateau, parti le 9, dévait, avant de se rendre, passer dans un rapide

Lu

- . î . be .

—ausé par un coude de la rivière, j'avais recommandé de para-

Jysër, à cet endroit, l’homme du gouvernail, afin d'envoyer à la dérive ce bateau, qu’un cable en fer, jeté en travers de la

“ tivière, devait faire chavirer.

- Mes gens ont en effet tiré sur ceux qui étaient sur le pont: et plusieurs se sont jetés à l’eau. Et lo bateau, comme je l'avais prévu, s’est trouvé à la dérive. Je me portai sur la rive À Course de cheval pour dornér le signal de baisser le câble, mais l'opération ayant été trop lente, le cable n’a accroché que le tuyau qui s'est arraché et le feu a pris L’équipage l’a.cepen- : dant éteint, quoique nus hommes tiraient sur ceux qui se montraient sur le pont.

“ Arrivé à un certain élargissement de la rivière, vis-à-vis la résidence de mon défunt frère Isidore, le bateau a jeté l'ancre

“vers 9 heures du matin le 10. Il a été tenu là en échec toute la

journée, et malgré les appels du clairon, personne ne vint à son: secours, et ce n’est qu'à six heures du soir qu'il leva l’ancre et . qu'ik descendit quelques milles plus loin pour aller mouiller pour la nuit. L ‘ ‘

“ Cependant Middleton, campé sur la ferme de Jean Caron, où il avait fait construire un fort en terre, s'avançait sur la côte : de Batoche, à environ un demi-mille de la nouvelle église catholique, à l'endroit où la route donne sur le bord de la rivière avant de tourner et de descendre à Batoche.

“’L'ennemi-commença alors le feu par plusieurs décharges

- de la mitrailleuse Gatling, et il s'avança sur le sommet d’une

<olline qui domine Batoche.

“ En le voyant s'avancer, j'avais fait mettre mes gens en tivailleurs dans le déclin de I éôte; sur un mille et demi d’étendue. . | - “ Nous étions là environ 175 hommes, à part l'esconade de trente hommes qui épiaient le Norikcote. à È

‘Le combat commença vers 9 heures du matin ot se prolon- : ea toute la journée sans que l'ennemi put s’avancer.

‘ Je me tenais-en avant dans la prairie, assis sar l’un de mes: talons et un genou par terre ; mes geñs étaient à plat ventre.

. “ Le canon qu'ils avaient braqué sur une butte, à environ un mille, jétait sans cesse des’ boulets sur Batoche, et de l'autre côté de la rivière sur la maison de” Baker sur laquelle flottait. un drapeau de la Sainte Vierge. ‘Un autre drapeau de Notre- Seigneur était au milieu de nous, sur la maison du Conseil.

# Les boulets rouges ont frappé trois ou quatre fois la couverture en bois de la maison de Baker, y mettant le fou, qui g'éteignait comme miraculeusement. ‘ 2 : « Un vieux sourd du nom de Norbert Sauvé, qui se tenait

dans cette maisôn ue s’aperqut qu'on tirait de ce côté que lorsqu'uri des boulets eut transpercé l3 maison de bord en bord. Alors quelqu'un a couru lui dire de se sauver.

“ Nous avons tenu les ennemis trois jours en échec, et tous les soirs ils renträient dans leurs trons. Et pondant ces trois.

‘ jours, ils ne nous ont pas tué un seul homme; ils n’ont touché

que des mannequins que nous leur présentions et sur lesquels ils g'efforgaient de tirer.

K Durant ces engagements Riel se promenait sans armes au front de notre ligne, encourageant les combattants, a

“ Le Northcote, pendant ce temps, avait pu s’esqniver vers Prince Albert, mais il prit d'après le rapport du capitaine Smith, qu'il remonta à Bafoche avec le vapeur Marquis; mais - Ês n'y arrivèrent que le 18 mai, c'est-à-dire aprés la bataille

nie.

“ Nous l'avons appris de sonrce certaine : Middletori, malé qu'i eut reçu du renfort, désespérait nous réduire, quand es traîtres, que je ne veux pas nommer, Jui ont fait connaître

que nous n’avions plus de munitions, et .qüe, à part quelques uns, tous les Métis étaient déconragés. Qne d'ailleurs si les assiégeanis ne 56; pressaient pas, des secours arriveraient bien. tôt pour renforcer les assiégés. ti ce

Ces traîtres étaient continuellement en conversation avec ennemi et avec les nôtres qu'ils engageaient à déposer les armes en leur offrant des sauf-conduits. He

“ Co qui contribua considérablement à déconcerter. nos soldats, c’est qu’on leur refusait tont secours religieux, à eux, à

Jeurs femmes et à leurs enfants ! 1} .

“ La quatrième journée, le 12 mai, vers 2 heures de l'après. midi, sur des renseignements exacts fournis par ceux qhi nous trahissaient, que nous n'avions plus de munitions, les troupes s’avancèrent et nos gons sortirent de leurs tranchées : et c'est alors que furent tués : José Ouellet, 93 ans, José Vandal, d’abord les deux bras cassés et achavé à le baïonnette, 75 lane; Donald Ross, d’abord blessé à mort et dardé à la baïonnette, bien vieux aussi; Isidore Boyer, vieillard aussi; Michel Trottier, André

Batoché, Calixte Tonrond, Elzéar Tourond, John Swan êt

® Daxiasé “Carrière, qui eut d'abord la jambe cassée et que les

kt

Anglais ont ensuite traîné )a vorde au cou à ln queue d’un cheval, 11 y'eut aussi deux Sioux de tués, Do ‘Le bilan de ces quatre jours de bataille acharnée a été, pour nous, trois blessés et douze morts, plus un enfant tué, seule vic- . jme durant toute la campagne de 1a fameuse mitrailleuse Gat.." ng. | L “ Le rapport de Graveley, le chirurgien de brigade constate

sé

Ve : !

que pendant l'attaque de Batoche,dn 9 au 12 mai, l'armée a

perdu 8 tués et qu'il y a eu 46 blessés.

__ “Je désire que son rapport soit fidèle, mais je crois que - comme au Lac aux Canards, ces braves anglais n'ont ramassé

- que.les réguliers, et ont laissé de côté les cadavres des volontaires. ‘

“ Quand les troupes sont entrées dans Batoche, elles étaient nombreuses de plusieurs mille; nos gens ont d'abord reculé d’un demi mille. Moi, j'ai resté sur la hauteur avec six de mes braves. J'ai retardé la marche de l'ennemi pendant une heure, .Ce qui me retenait à ce poste, je dois le dire, c'était le courage du vieux Ouellet. Plusieurs fois je lui avais dit: “ Père, il nous

faut reculer.” Et le bonhomme répliqnait: ‘ Arrête done, je -

veux tuer encore an Anglais.” Alors je lui disais : ‘ C’est bien, mourons ici.” .

Quand il a été frappé, je l’ai remercié de son courage, mais . je ne pouvais plus tenir là, et j'ai reculé vers mes compagnons . Où j'ai appris qu'ils avaient laissé en arrière un baril de poudre

dans la tente du jeune Tourond. 4

“ J'ai été le chercher avec-Charles Tourond, qui le donna à l'un de nos hommes. J'ai descendu ensuite du côté de la rivière + où j'ai rencontré 7 ou 8 hommes qui, comme beaucoup d’autres étaient en fuite. Je leur ai demandé de venir avec moi guetter

: l'ennemi. Sur leur refus, jai menacé de tuer le premier qui.

se sauverait. Ils sont alors venus avec moi et nous avons

encore tenu les Anglais en échec pendant une demi-heure, ‘ Où s’est de nouveau replié le Iong de Ia rivière où j'ai rencontré l’homme à qui Charles Tourond avait donné le baril de - pondre et.qui me dit l'avoir laisé dans une maison qu'il m'indiqua, à environ 7 arpents de l'ennemi. Je lui ai demandé d'aller le chercher, il m'a témoigné de la peur, alors j'ai demandé à Jun de mes neveux, Honoré Smith, si il avait peur aussi. Prenez mes armes et mes souliers, m'a-t-il dit, et j'y cours. En effet, il m’a apporté le baril. | “ J'ai été ensuite rejoindre un groupe de nos amis qui s'étaient

refugiés dans un grand bois où Riel les encourageait à se battre. .

Celui-ci, en me voyant, me dit: qu'allons-nous faire, nous sommés vaincus. Je lui ai dit: il faut périr; vous deviez savoir

qu'en prenant les armes, nous serions vaincus, Eh! bien, ilfaut

qu'ils nous détruisent.

“ J'ai alors dit à Riel qu'il mo fallait aller à notre camp

chercher des couvertes, Il me dit que je m'exposais trop. J'ai répondu que l'ennemi n'était pas capable de me tuer. Et j'avoue que je ne craignais rien. :

“ Je me suis donc avancé vers la tente où étaient les couver-.

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