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140 ÉTUDE SUR e— ,
tes, à environ 50 verges d'ane maison où était la police montée.
J'ai aperçu un homme de police dans la porteet je l'ai déplanté;. un autre est venu pour voir ce cadavre, et je l'ai tué aussi; j'ai.
alors pris deux couvèrtes et deux couvre-pieds que j'émportai à ma femme qui était dans le bois où s'étaient réfugiés nos gens, à environ 600 verges de notre camp. Je lui ai recom-
mandé de donner ces couvertures à Madame Riel pour couvrir . elle et ses enfants pendant la nuit; mais Riel n’a voulu aecep- *
ter que les couvertes. . :
‘ J'ai retourné à notre camp chercher de la viande sèche et :
de la farine. Cotte fois, je n'ai vu Personne, j'ai recommandé à ma femme de partager ces vivres avec les femmes qui avaient des enfants. Foot
t Comme je voyais que les aûtres voulaient se sauver plus -
loin,‘j'ai demandé à ma femme de m'attendre là, lui disant: si l'ennemi te prend et te fait des reproches de ma conduite, tu
.: Jui diras que puisque le gouvernement.n’a pas pu ine mener,
.” ce n'était pas facile pour toi de le faire. +.
.“Je.suis donc parti une troisième fois pour aller chercher des chevaux qui étaient restés au camp.. Maïs la police y était rendue et j'ai dû reculer vers ma femme restée seule dans le bois. J'ai ététonduire ma femme dans une autre isle de bois, et snis parti de nouveau pour aller capturer des chevaux. Chemin faisant, mor attention à été attirée par an objet blanc que je sommai par deux fois de répondre ; et c’est sur la menace que jefis de tirer que j'ai entendu une voix dire: c'est nous. Je-m'approchai et je reconnus Madame Vandal, dont le mari
avait été tué, et que sa fille avait traînée jusque là sur son dos. car elle était paralyséo, mais cette pauvre enfant était épuisée, .
. et elles s'étaient arrétées là. | * “Je m'avançai plus loin, et ayant entendu parler, je me suis
mis aux sguets dans ané petite maison. Je me préparaiïs à faire : [el
fea, quaud j'ai reconnu trois Métis qui cherchaient de quoi “manger. Aussi avaient-ils un sac de farine.
“ À 05 moment j'ai apergu un.cheval sioux et, un étalon canadien. J'ai dit aux Métis d'en prendre un et moi l'autre. Et je me suis dirigé du côté de la rivière avec l'étalon à la corde.
‘ J’ai rencontré Henry Smith et le jeune John Ross, auxquels J'ai demandé s'ils avaient vu des chevaux. Ils m'ont répondu qu'ils en avaient vus aû large, et il m'ont aidé à attrapper une jamént, J'ai aperçu une maison où j'ai pris un peu de vaisselle, et j'y ai attaché les chevaux pour aller trouver ma femme, Les
” hennissements de l’étalon avaient attiré une bande de chevaux. et pensant que c'était la police je les attendis de pied ferme, bien
“résolu d'en culbuter quelques-uns. Quand j'ai vu que c'était —
des chevaux j'ai lâché l'étalon avec eux.
. “J'ai embarqué sur la jument, ma femme avec le sac de farine, et je la conduisis jusqu'à uno-isle de bois où nous campêmes. J'étais en chemise seulement, etil ne faisait pas chaud.
“ Le lendemain j'allai cacher ma femme plus loin, et j'ai retourné à la rivière pour técher de trouver Kiel,
“ J'aperçus à Batoche, et plus bas que Batoche les maisons sarmontées de drapeaux blancs. J'ai vu que tout le monde se rendait. JPai appris.que le parti de l'antre côté de la rivière, ‘commandé par Napoléon Nauit s'était rendu aussi. J'ai alors rencontré James Short avec detx femmes -qui fuyaient ainsi
qu'an Sioux, qui me dit avoir laissé son cheval plus loin sur la : |
côte. Comme j'allais pour is chercher j'ai va les trois jeunes Trottier qui sont venus à moi, et eux et moi avons pris chacun umcheval abandonné. . Je retournai trouver ma femme, et me suis mis ensuite à la recherche des fauiilles dispersées que: je suivis à la trace. J'ai trouvé, non loin de là, une brigade de femmes et d'enfants ainsi que quelques hommes. Mon frère
Elie avait tué une vache pour leur donner à manger, etil avait
coupé du foin pour les abriter. . .
“ C'était pénible de voir ces pauvres êtres couchés dans le foin comme des animaux, En voyant Îles pieds nus des enfants, je leur‘ai fabriqué des espèces de souliers avec de la peau crue.
8 femmes se montraient bien coutageuses et riniont même de leur position. °
© ai cherché Riel pendant quatre jours malgré la recom-. |
mandation de ma femme qui me soilicitait de traverser les lignes pour ne pas être pris Je ue pouvais me décider à partir sans savoir où était mon malheureux ami.
.# Je troisième jour j'ai envoyé ma femme chez mon père, dont la demeure était à trois milles de Batoche. “Je la suivais pour la protéger, ét no l'ai laissée que quand elle a été hors de danger, en Jui disant qué j'irais voir mon père le soir même.
# Tout le temps que je cherchais Riel je ramassais des manitions. : Di 7.
& Il y avait une couple de cents cavaliers qui me cherchaient en avant tandis que j'étais en arrière, Je me cachais dans le bois pendant la nuit, et je les observais de la côte pendant le jour, décidé à culbutor ceux qui s’écartaient. ’
# Le soir où ma femme s’est rendue chez mon. père, je m'y suis rendu et je, lui ai fait part de mon intention de passer l'été à harceler la police. Il m'a dit que c'était une mauvaise idée. “ Je suis for, m'a-t-il dit, que tu n'aîes pas plié, mais si tu ‘guis ton idée de rester à tuer des hommes, tu passeras pour un
KE
“enfants qu'ils s'étaient rendus.
.qu’il se rendit an camp ennemi, mais Ouellet m'a fait croir ” qu'il était rendu, tandis que c'était faux
ue
- bêta ; et il.m'a conseillé de franchir les lignes. Je Jui ai dit que
j'avais toujours suivi ses conseils, et que je voulais bien les suivre encore, et je lui ai promis que je partirais si je ne trouvaispas Riel. . É . 2
. # Mon père m'a alors appris que Moïse Ouellet, mon beau. frère, avait une lettre de Middieton”pour Riel... J'ai été voir Ouellet qui m'a dit que la lettre lui avait été lue et qu'ii “était dit qué Riel et moi aurions justice. J'ai dit à Ouellet :
- Allez au diable‘ le gouvernement vous a dépouillés comme :des moutons ; il vous 2 désarmés et maintenant vons marchez . pour lui. Il mja représenté qne c'était pour l'amour de leurs
# Ta diras à Middleton, lui aije dit, que je suis dans les îles
-de bois, et que j'ai encore quatre-vingt-dix cartouches. à dépen-
ser sur ses gens. ” . .
“J'ai revu Ouellet-qui m'a dit avoir donné la lettre à Riel, ét, at-il ajouté, il est parti immédiatement pour aller vôir le général anglais. J'avais formé le dessein de rejoindre Riel avant
“ Le bon Dieu n’a pas voulu que je revoie mon. pauvre Riel, auquel je voulais recommander de ne pas se rendre; mais il aurait bien pn me gagner à son opinion. :
“ Quand je vis que j'étais resté seul, je pris la résolution d'aller : me réfugier sur le territoire des Etats-Unis. C'était le 16 mai.
‘< J'ai envoyé un de‘mes neveux, Alexis Dumont, fils de Jean
- Chercher chez mon père quelques galettes, et dire à ma femme
que j'allais partir. . - ‘ - “Il m'a emporté six galettes d’environ trois quarterons cha. ‘
“ Cune. C'étaient toutes les provisions que jemportais pour
entreprendre un voyage de 600 milles. Jean Dumont, mon
-frêre, et quelques jeunes gens sont venus me dire adieu.
* J'ai sellé mon cheval, qui était le meilleur coursier de Bätoche, et-ils sont: venus me réconduire jusqu’au-delà du bois,
# Je n'avais pas fait 100 verges que j'ai entendu . crier derrière moi, j'ai aperçu Michel Dumas, qui m'avait déja accompagné au Montana, lorsque j'étais allé chercher Riel. Ii désirait traverser les lignes avec moi. II était sans armes, et n'avait aussi lui que quelques galettes pour toutes provisions.
“ Nous sommes partis à Ia gréce de Dieu ! ”
Tel est le récit simple, naïf et énergique, mais empreint d'une . remarquable franchise, que fait Gabriel Dumont de cette tragédie jouée sur le théâtre du Nord-
; Cr
Otiest, commencée au Lac aux Canards, et confiée,
- par trois combats acharnés. -
Saisi d'émotion, jous prenons maintenant la plume ‘ pour traverser à vol d'oiseau -Fimmense plane qui s'étend de BatoChe au Montana.
Le dernier acte sanglant de Réginan’ était pas encore commencé, les drapeaux blancs flottaient sur les édifices de Batoche qu'éclairait un soleil radieux du mois de mai. Tout paraissait annoncer.un lendemain serein, .et cependant le principal acteur.de -ce drame était dans les fers, et le héros de cette scène s’acheminait sur la voie de l'exil. Il'se dirigeait vers le territoire des Etats- Unis, le cœur gonflé de tous les orages de quinze années
de persécutions, brisé de la mort de ses proches et surtout de la défaillance des siens.
Comme ces chevaliers vaincus des lointains pays, il traversait seul avec un ami ce vaste désert, qu’il parcourait autrefois en caravane, à la piste des buffles disparus pour jamais dans les antres des Montagnes Rocheuses, ce N. O. canadien, borné à l’est par Manitoba, au sud par le 49e degré parallèle, qui est la ligne de séparation d’avec les Etats-Unis ; à l’ouest par les Montagnes Rocheuses qui se trouvent au 115e degré. de longitude ouest ; et au nord par l'Océan glacial arctique, mesurant près d’an million de milles carrés.
Sur sa surface s'étendent quelques. lacs,et des rivières grandioses sillonnent son sein, couvert de prairies fer tiles et de bosquets ravissants. ‘
‘Mais la plus profonde solj tude règne dans ces vallons, et sur la crête de ces” eoteanR Seul, le- souvenir des chasses émouvantes auxquels se livraient les Métis, ou des guerres qu'ils livraient aux Sauvages, plane sur ces régions. Elles semblent se reposer d’un long travail de
la civilisation sortie ‘de ses. entrailles sillonnées par la
piste des animaux et la trace des chässeurs.
Bientôt les villes s'elèveront sur les.foins foulés d'un
camp de guerriers, et les blés se balanceront où des milliers de bisons mugissaient à l'aspect des chassours. Mais le 16 maï 1885, alors que Dumont disait adieu à
soû village, la prairie présentait une immense océan parsemé d’isles de Bois que quelques oiseaux fré-
quentaient, et que traversaient quelques bêtes fauves,
arrière-gardes de lenÿs légions fayant devant les lueurs :
de la civilisation.
De Batoche, Damont dé les regards de la police qui le traquaïit, en ‘croisant les chemins battus, se dirigea à la Montagne des Lézards, à 10 milles de Batoche, dé là au Lac du Vermillon, de là à la Grande- - Pointe, puis au Grand-Coteau, à dx Montagne de Sable ;
il traversa la Coulée de Qu’Appelle et le Coteau Ver- -
millon qui coupe tout le pays, de la Rivière St-Pierre . à la Médecine Jaune, puis la Montagne des Cyprès, à
ne quarantaine de milles des lignes ; ilse rendit à
Bellings, de l'autre côté de la Rivière au Lait, à 18
milles du Fort Assiniboine, à,600 milles de Betoche,
où il arriva après onze jours de marche.
11 serèit difficile de décrire toutes les misères que Tai .
et son compagnon endurèrent pendant cette fuite. Ils rencontrèrent en ‘éffet toutes “espèces d'obstacles
en traversant la prairie, montant sur les-côteaux, gra- : . vissant les montagnes, franchissant lesravins, toujours *
sur le point de mourir de faim ou de soif, grelottant la
nuit sans abri, et sans feu, exposés sans cesse à l flèche
dés Sauvages et à la piqûre des serpents.
Mais il faut l’avoner, en enteridant le récit que fait .
Dumont de cette marche foroée, Q on sent qu'ils étaient
AS
protégés par une main providentielle qui faisait tomber la manne au moment où tout paraissait désespéré.
“Et les souffrances: morales n éfaient pas certes les moindres. -que Dümont eut à! endurer. -Il laissait son vieux père, âgé de."5.ans, sa ‘femme qu'il n'était pas ‘ sûr de revoir, ses amis morts, à ses. côtés, sa propriété
dévastée, enfin son pays meurtri et par là même deve- ON nu plus cher à son cœur généreux. : | } Il avait cependarit la sérénité dans l'âme ; il avait fait son devoir.‘ Et il pouvait dire fièrement : 54 Tout est . perdu, fors l'honneur.” L Il est touchant d'entendre Gabriel Damont raconter, ° avec sa naïveté d'enfant, les péripéties du voyage dans leurs moindres détails. “ Je sentais, dit-il, que j'étais . protégé: Anssi je ne. manquais jamais de dire à Ja ‘’Hainte Vierge: Vous étes ma me eh bien! conduisez-" “moi.” * J] faut avouer que la sainte Vièrge ne pouvait guèré ‘ échapper à ce syllogisme. | Leur premier soin en passant les lignes fat de se +. jeter à genoux et de dire le chapelet.
us À qüoi servira donc cette masse énorme d’angoisses . iset d'amertume qu’ on ne peut comprendre sans l'éprouver soi-même ? jan, où , A quoi serviront toutes ces huiniliations dela nation métisse écrasée. sous la mitraïlle,:broyée sous l'étreinte | de la cruauté; et abandonnée dé ceux dont elle croyait . avoir droit à la protection ?. < et Hélas ! pour des chrétiens la réponse est'- facile. Ce ‘sont les avanies auxquelles ont été soumises toutes lee causes sacrées; ce sont les bumiliations- am ‘ont eu à __ subir tous leurs défenseurs.
Rien ne devait être épargné à cette race héroïque, . 2. 10.
EE
.qui a ouvert ces vastes contrées à Ia civilisation etàla \ religion. -
Leur chef, qui est mort en saint, a singulièrement des traits de ressemblance avec le Christ son maître. Il s’est fait petit pour les siens. I] a été persécuté, il a été trahi ; ila subi un semblant de procès; ceux qui l'ont.tronvé coupable s'en sont lavé les mains en le. recominandant à là clémence de ses bourreaux.
. Et quelles étaient les accusations ? Il avait résisté à César, il avait prophétisé, il avait blasphémé!!! : Êt qu'est-ce donc que ces sursis, si ils ne ressemblent
pas à cette promenade sinistre 2 Anne à Cniphé ét de —
T Caphe à Pilate ? 2.
Et cette explosion d'indignation le lendemain de l'exé- | .cution, ne resgermble-t- elle pas à un bouleversement des consciences ?
Et l'exaltation de ce martyr par toutes les voix écrites : ou parlées des deux mondes, n'est-elle pas un triomphe
| “de la cause qu'il avait prêchée et qui de jour en‘-jour.
sé
- depuis a gagné du terrain ? Car'en effet, dès le lende- - main, le Sanhedrin, par peur de. l'opinion publique, a
commenté à rendre à es nation opprimés des lambeaux LT de ses droits. - ss ! Et Dumont, son ami, son général était loin de , incapable de le défendre quand ce sacrifice a été/accompli. = Et rien ne pouvait calmer les douleurs de,te grand cœur de patriote, ni l'hospitalité généreuse des Amé- : ricains, ni les offres alléchantes des tribus indiennes. "Car sa route a été parsemée'de toutes les sympathies. Et il aime à le reconnaître : le premier qui lui souhaita
-la bienvenue sur ce sol de protection, ce fut-urrirtandais, commerçant au Fort Belknap.
LA
LA QUESTION MÉTISSE r . "147
Au Fort Assiniboine, singulière coïncidence, ce fut î un Canadien, le sergent Prévost, qui lui tendit les bras à la tête d'une escouade de soldats venus pour le protéger. Partout Dumont a été reçu avec enthousiasme, à Belton, à la Mission St-Pierre, au Fort Shaw, à Hé- . lena, à Bute City; à Lewiston, où sà femme vint le rejoindre, lui apportant la nouvelle de la mort de son ‘ père et où elle-même mourut peu après; à S$t-Paul Minnesota, à Philadelphie, à New-York, à Washington, où notre distingué compatriote, le major Mälette, le . présenta au président Cleve land, qui lui promit de protéger les Métis des te ifoires américains.
C'était à qui recevraif ce héros dun Nord-Ouest, qu'on venait visiter de loin-des camps sauvages, des groupes de Métis et des établissements de blancs. Les propriétaires de ranches l'emmenaient à leur round ap, et les Cowboys se le disputaient pour l’enrôler parmi-eux. Les chasseurs des montagnes l'invitaient à prendre part à
© ces chasses énivrantes des pays aventureux de l'Ouest 7" Jointain. Des partis de guerre venaient chercher son alliance. Et il lui a fallu se rendre à la pressante invi-
tation des Métis du Montana, du Dakota, du Missouri,
‘du Pembina ét aller les voir chez eux.
Il nous serait agréable, et il serait intéressant, vrai-. ment, de décrire ces réceptions, ces fêtes, ces chasses, ces partis, ces excursions, mais les limites tracées à cette esquisse ne nous permettent päs de nous amuser dans les prairies, courir sur les montagnes, sauter les ruisseaux, escalader lés rochers, guetter l'ours, tirer lantilope, poursuivre le chevreuil, attraper les, gnimaux des ranches, et visiter dans les bois les. tribus”Q qui se partagent ces. vastes Eiats de Le République Américaine,
: . en entendant crier ces enfants.
nu se Liu cie Lt, ; " 148 | ÉTUDE SUR .
hp 4
Contentons-nous de dire que de New-York, Gabriel Dumont se rendit en Canada, dans le but Hé faire con- . naître sa nation etses droits. Aussi donna-t-il plusieurs conférences en langue française qu'il parle avec un accent étranger, mais avec tänt de conviction que tous l'écoutent avec grand intérêt.
. D'ailleurs sa stature imposante, entourée de l'auréole
‘ . d'une gloire indiscutable, commande le respect. Son
esprit inculte est meublé d’une foule considérable de faits traduits par une mémoiré merveilleuse. [.connaît, pour les avoir foulés, les Territôires du-Nord-Ouest du Canada et des Etats- Unis, et il les-a traversés avec cet esprit: d'observation propre aux Métis. Il a assisté à tant d'escarmouches et de combats avec les différentes tribus sauvages, dont il connaît les dialectes ; ila enfin
tant vu ét tant observé, qu 1 ne peut manquer d'inté- 7 resser, . {
Il a le cœur bon et se plait à rendre service. ". Dernièrement encore, des Sauteux, sachant qu'il était à Montréal, sont venus de la Rivière aux Morts Jui
presser la main, lui rappelant qu’en une circonstance il
avait sanvé la vie à leurs parents. .. Î .-
Il n’y 2 pas longtemps, lors d'un grand'incendie daïfs notre ville, alors que des cris lamentables se faisaient enteridre dans une maison que lo croÿait en flammes, il se précipita dans les appattements/ supérieurs et en fit descendre les enfants. : ÿ
—Pourquoi vous exposiéz-vous ainsi, lui dit quel
qu'un. {.
— Est-ce que je pouvais rester ranquille, réponditil Le désintéressement de Dumont est sublime. Sans . doute il a du Métis, l'insouciance du lendemain. Mais
Tu
pour lui, il n’a qu'un amour, c'est sa patrie, et comme il le dit: son sang, pour laquelle il'est prêt à tout sacri-
” fer.
Et il l'a bien prouvé dans toutes les circonstances. Et les missionnaires en peuvent rendre témoignage. C’est chez lui qu’ils hébergaient avant qu’à Batoche ils aient-eu ane résidence. Îla partagé avec eux Jes dangers de la vie apostolique. Ila guidé dans ces tertitoires sauvages Mgr Laflèche, Mer. Taché, Mer Grandin et Mgr Clnt.
Sa vie a été une vie d'ébnégation continuelle. S’'estil agi d'aller à 600 milles chercher un sauveur pour sa
patrie, il y est allé! Lui a-t-on demandé de conduire les apôtres à la conquête des âmes, il y est allé entore!
Aussi, faut-il le dire, Dieu lui avait donné une épouse
- qui n’a jamais eu de volonté que la siénne. Femme “ dont le caractère était trempé an feu de la religion et “ du malheur, elle a, pour lui, entrepris des voyages de 100 milles, 800 milles et 600 milles, à à pied, en raquettes,
en voiture ou à cheval, sans se plaindre, sans jamais le contredire, toujours prête à à se dépouiller pour les autres, et à se priver pour ses concitoyens.
On l'a vue, avant les troubles, venir à Winnipeg pour
vendre leë pelleteries de son mari; on l’a vue recevoir
chez elle les missionnaires et leurs néophytes ; on l'a vue à l'hôpital de Batoche, soigner les blessés ; on l’a vue sur le champ de bataille donner ses couvertures aux
‘ enfants dénudés et partager ‘avec eux et les femmes
dépourvues, les dernières miettes de provisions qui
‘ pouvaient les préserver de la mort.
Et on l'a vue partir du champ de dévastation, tra verser la plaine et venir mourir d’ennuis, de fatigue et
. de chagrin à Lewiston, à l’âge de 51 ans.
150 ÉTUDE SUR Lo u Femine admirable! qui calculera la profondeur des
sacrifices et des' douleurs. accumulés dans ton âme en
ces jours de malfieur, où tu as vu' ta famille démembrée
. et jetée aux quatre coins du ciel. ‘ ,
Repose en paix, âme d'élite; et que la même cou-
. ronne que décerne le monde à ton valeureux mari, om-
- brage ta mémoire, bénie dans ta patrie et la nôtre. :
Montréal, Décembre 1888. = - B. A, T. DE MoNTIGNY.
Ce quatôrzième jour de janvier. 1889, en la demeure de Son Honneur, le Recorder de Montigny, à Montréal, le récit ci-dessus des événements de 1885, au Nord-Ouest, ayant été lu en’ présence des soussignés, à Gabriel Dumont, ce dernier a déclaré solennellement que ce récit est vrai, et: qu'il aété
. écrit sous sa dictée,