‹ La vérité sur la question métisse au nord-ouestChapitre 34 sur 77 · LES · texte numérisé non relu

LES

obtenez ce qu’il est possible d'avoir; si vous obtenez moins,

NOUS VEFrOns (Epitome etc. P. 149) | A * Dans ces réponses du Père André nous | constatons L

les faits suivants : 1° Riel réclamait une certaine in-

demnité du gouvernement, qu'il fxait au chiffre de

-$100,000, mais qu’il consentait cépendant- à réduire à à

$35,000, si le gouvernement lui payait cette somme au comptant ; 2°. Cette .condition remplie, Riel devait quitter le pays ; 3° Le témoin ‘déclare qu'il a ‘eu avec

° l'accusé deux entrevues à ce sujet, la première le 12

décembre, la seconde le 23 du même en: 1884 ; avant et’ après ces deux dates, il déclare n'avoi jamais . eu d’autre conversation avec lui à ce propos ; 49 Quand le Père André deménde à Riel s’il se considère la question métisse, ce dernier répond : Si je suis satisfait, les Métis le seront, et il répète la mème chose‘après qu’on

lui a fait remarquer que son règlement avec le gouver-

nement ne déciderait pas la question métisse. 5

* Je n'ai pas besoin de ‘montrer ici la différence qui existe entre la démarche . d'un homme réclamant une indemnité d'un gouvernement -et celle du particulier voulant se faire accorder, par l'autorité, une gratification monétaire suivant bon plaisir.

Elle est élémentaire, car l'indemnité 5e récleme le

: plus souvent pour dommages encourus et sonferts par . la. privation dedroits acquis, tandis que la faveur gra-

tuite d'un: gouvernement envers un suppliant ne s'exerce qu’à raison d'influences politiques, d'alliances de familles et quelquefois, mais rarement, pour récompenser des services rendus pour la Chose publique. Riel avait-il une réclamation contre le gouYernement canadien ? Si oui, quel en était le caractère ?

* Etait-elle imaginaire on fondée, modique ou considé-

rable, publique ou cachée, et le Père André pouvait-il

‘Tignorer on n'en avoir entendu parler, pour la pre-

mière fois que-le 12 décembre 1884? Les documents officiels vont encore nous l'apprendre.

Quand les délégués métis, James Isbester, Gabriel

Dumont, Moïse Ouelette et Michel Dumas, chargés d'aller au Montana pour y voir Riel et l'amener avec eux dans le Saskatchewan, dans le but de lesaider à la revendication de leurs droits communs, revinrent en . sa compagnie à Batoche, leur premier devoir, en arri-

vant, fut de présenter par écrit le rapport de leur mis-,

sion à l'assemblée qui les avait nommés.

Avec ce document, ils transmirent en mêmetemps la

‘réponse écrite de Louis Riel, dans laquelle il offrait ses remgciements à à la délégation et faisait connaître les

motifs qui l'avaient induit à accepter leur invitation. ous cés papiers furent remis à -M. Louis Schmidt

qu'il s'empressa d’expédier de suite au gouverneur Dewdney à Régina avec lequel il était alors en commu- * mications fréquentes et constantes.

“Dans sa lettre dn 7 juillet 1884, ‘qu'il. adressa. à ce ‘ haut fonctionnäâire, en réponse à une dépêche de ce

dernier, après lui avoir annoncé l’arrivée dans:la Saé< katchewan de Riel et des délégués qui étaient allés le chercher au Montana, il ajoute :

4 Vous savez que je suis loin e un ami d& M. Riel, je

regardais la perspective de son arrivée barmi nous, comme un. danger pour ls paix de-notre population, mais aujourd'hui je

n° ai lus is moindre appréhension. i j'en. crois les rapports que j'en ai eus, Riel agit paisiblement et parle avec sagesse, il blôme fortement Charles Nolin

d'avoir refusé de présenter uno adresse à Votre Honneuf. Je-

- le secrétaire du comité métis. C? est de.ce dernier que. le Père André obtint une copie certifiée de ces pièces, |

238 ÉTUDE SÛR mots sous co pli, le rapport des délégués envoyés à M. Riel, ainsi que la réponse dans laquelle M Riel donne les raisons pour lesquelles a acquiescé à la demande que lui ont faite les Éabitants de la Saskatchewan de venir les voir et les aïder à obtenir leurs droits du gouvernement. Vous verrez que cette

réponse est convenable et ne sent pas la trahison, ° u “ Ces documents dont je, vous énvoie une copie conforme,

ont été remis à M. Louis Schmidt en sa qualité de secrétaire : du comité, nommé le printemps dernier, pour organiser une députation à M. Riel.-Lr Schmidt a été assez bon de me donner ‘ une copie de ces documents qui seront lus à l'assembléé qui * aura lien, mardi prochain, à la. Saskatchewan-Sud} parmi les Métis anglais ; M. Riel y sera. . Lo ‘ Je croîs qu'il est important que vous connaissiez ces documents qui vous feront voir que Riel n'a pas de mauvaises inten-' tions. (Épitome ete., p. 385 et 386.) ‘ di

pt 1e on , out) tt Que disait donc l’un de ces documents : “la réponse écrite de Riel aux délégués? Ayant tout d’abord re: mercié les délégués de l'honneur qu'ils lui faisaient en: venant le consulter au sujet de leurs dificultés avec le D gouvernement d'Ottawa et plus spécialement de l'invitation pressante et cordiale qu'ils lui présentaient en le priant de vouloir bien les accompagner au N ord-

. Ouest avec sa famille il ajonte :. +

en

# Le plus court est d'être franc. Je doute que les conseils que je vous donnerais sur ce sol étranger, concernant Les affaires -du territoire canadien, puissent traverser la frontière et garder encore quelqu'influence. Mais voici autré-chose. . | . “D'après l'article 34 du traité du Manitoba, le gouverne- ” ment canadien me doit 240 fcres de terre. Il me doit aussi 5 lots auxquels le foin, le bois et la contiguité de la rivière donnent du prix. Ces lots m'appartenaient en vertu des dif férents paragraphes du même article 81 du traité dont je viens de parler. C'est le gouvernement canadien, qui directement ou indirectement, m'a privé de ces propriétés, “ En outre, si seulement le gouvernement examinait la chose: un instant, à verrait qu'il me doit quelque chose de plus. “ : ‘Ces réclamations que j'ai contre lui ont toujours leur raison d'être, malgré le fait que je suis devenu ‘citoyen amé- __.Tieain, ° . | rt -

voit

“Dans votre intérêt comme pour le mien, j'accepte votre bienveillante invitation, je vais aller passer quelque temps au milieu de vous. Peut-être qu’en présentant des pétitions au gouvérnement, nous aurons la chance d'obtenir quelque chose,

t- Maïs mon intention est de revenir de bonne heure l'automne

prochain.

# Cette réponse est écrite dela “ Mission St-Piorre, Montana,

5 juin 1884,” et elle est im rimée au long. dans TE; DE, j P: Ip

pp: 389-390, - , Voici donc un document écrit qui, dès Je mois & Juin 1884, était déjà connu aux quatre délégués métié :

: James Isbester, Grabriel Dumont, Moiïée Onelette et Michel. Dumas.

Ceux-ci, à leur arrivée à à Batoche, au commencement

* - de juillet, le remettent au secrétaire du conseil, Ls.

Séhmidt, qui, à son tour, en fait lecture à l’assemblée, Quélqnes jours plus tard, on le lit à la réunion des Métis nas à la Saskatchewan-Sud. Le Père André en prend connaissance dès le” début, s'en fait délivrer. une copie certifiée par le secrétaire du conseil des Mé-

tis à Batoche, et l'envoie par la poste au gouverneur

Dewdney à Régina. On peut donc affirmer -comme fait

* notoire et public que la réponse de Riel était dès les

premiers jours de juillet 1884, connue de tons les Métis français, anglais et des blancs -qui habitaient les territoires du Nord-Ouest, ainsi que des fonctionnaires du, gouvernement canadien.

Au reste, les journaux de la Saskatchewan et du”

C2 Manitoba la reproduisaient en entier quelque temps . après.

Personne n ignorait donc dans Ja province de la Saskatchewan, que lesmotif déterminant de Riel, en ve-

‘nant résider à Batoche, était, tout’ en travaillant dans

l'intérêt des Métis, de travailler aussi dans le sien ; car. il espérait que si jamais le gouvernement consentait à à

240 ; e ÉTUDE SUR .

rendre justice, il devrait nécessairement en faire lapplication à tous ceux qui avaient des droits. Or, comme il était de ce nombre, on ne pouvait légi- : timement faire exception à son égard, :

! # Poutêtre qu'en présentant des pétitions au gouvernement, disait-il, dans sa réponse aux délégués, nous aurons la chance c# obtenir quelque chose.”

” Cette réclamation de Riel at-elle j iamais été niée? On ne le pouvait et on n’a pas non plus cherché à le faire, 2 mais on avait le privilége de refuser de la payer et les autorités fédérales s ’en prévalurent.

Il'y 2 cependant un autre dôcument public qui, à : mes yeux, est, encore plus imposant que celui que je | viens de citer, vu l’époque solennelle où il est para. 1 | “Be jury avait rendu son verdict de culpabilité con- . tre le > chef métis et il ne restait plus au juge qu'à pronon Get la sentence de mort. ; ec - En Téponse' à la question du tribunal : CT ‘ L

“ Louis Rièl, avez-vous quelque chose à dire pour que la Cour ne prononce pas votre sentence, pour l'offense dont vous avez été tropvé rpoble? ?

Ce dernier répond :

‘ Oui, votre Honneur, v.

Et il fait alors son dernier discours publie. :

Ce sont donc les paroles d’un condamné à mort, que

la main inexorable de la. justice humaine va frapper dans quelques-instants, -

5 TL Que dit-il au. sujet. de sa réclemation & contre- le gouvernement canadien ?.

l ‘ ‘ — - 2, Afje reçu ma part des 1 490000 âcres de is! Non, je ne l'ai pas reçue,

“ Mes amis, ma mère, en ‘ont fait la demande. Non, je n'ai

a l'obtenir. Tous les autres ne pouvaient-ils pas demander la: eur ? Un père, une mère demandait pour son fils, c'était bien, :

mais quand ma mère demandait‘ pour moi, c'était différent. Aussi n’ai-je rien eu. Ïl est prouvé que quand j'ai démandé une

, indemnité, l'année dernière, on m'a refusé. Cette demande d’une

. indemnité était-elle sans raison? Je voulais qu'on me payîtmes terres dans le Manitoba. Ce traité avait été arrangé le 31°

. comment m'a-ton récompensé? Quand le glorieux général’

eS

mars 1870. Il a été conclu le 24 juin 1870.

“ Alors, Sir George Cartier a dit: laissez Riel gouverner le pays, jusqu’à ce, que les troupes évient-re#dues là. - Et depuis le:

24 juin, jusqu’au ?3 août, j'ai de fait gouverné le pays. : Et

‘Wolsely est venu, il m'a récompensé en disant que. les bandits ‘

de Riel,avaient pris la fuite. Voilà quelle a été ma récompense 1

‘ Quand: je parls d’une indemnité de 835.000, quitte à demander quelque chose pour compléter les $100,000, je ne crois pas que j'exagère, votre Honneur. . |

En 1871, quand les Féniens vinrent à Pembina, j'ai été pré-

senté au major Irvine, et quand j'ai amené 250 hommes au gouvernement, M. le gouverneur Archibald était là et très content d’avoir mon secours, parce qu'il savait que nous étions la porte du Manitobs. Ù

# Quelle récompense ai-je eue pour cels? Ma récompense a été ce.qui est arrivé dans les premiers jours d'octobre 1871,"

avant la fin de l’année.

. - ..- Je ‘ Sans doute ils donnèrent une chance à Riel de se montrer:.

“un rebelle pouvait avoir une chance de se montrer fidèle sujet, + Mo ami, mon glorieux ami du Haut-Canada, maintenant

‘ le chef de l'opposition, M. Blake s'est dit : Nous devons em-.

pêcher M. Riel d'arriver. re i “ Quand il était ministre dans le Haüt-Canada, il: lança une proclamation offrant 55,000 à ceux qüi me prendraient. , “ Voilà quelle a ‘été, ma récompense, voilà quel a été mon douaire ! Mais que n'a donné/le gouvernement canadien ? L'année suivante, en.1872, devait avoir lieu uno élection. On

s’est dit: "Si-Riel reste dans lé’ pays, il parlera: et causera du .

trouble. Nons avons fait un traité avec lui, et nous ne l'avons

Î D a FT à ?

“242 ÉTUDE SUR .# Le gouvernement s’est donc dit : Riel va être dans les élec- - tions, et avec tous ses griefs il aura droit de parler et il embar- ‘rassera lo gouvernement. Fe a

“ Ils s'adressèrent donc à mon grand protecteur, l'archevêque

* Taché’et lui dirent, je ne sais quoi. mais toujours est-il, qu’an

. mois de février 1872 Mgr Taché, est venu me trouver et me.

. dit quo les autorités du Canada, voulaient que je restasse de l'autre côté de la frontière jusqu'à cs que la crise fat passée. Je répondis: si la crise ne concernait que moi personnellement, il serait de mon intérêt de m'en aller, mais je suis dans une crise qui est aussi celle du peuple de ce paye, et comme cela concerne le publie autant que moi, je resteräi fidèle au public. .

# Mais l'archevêque me donna tant de bonnes raisons, des raisons cependant que je né pouvais pas ‘approuver, quo nous

Le arrivâmes:-à-uné conclusion et je lui dis : Monseigneur, vous

É avez des titres à ma reconnaissance qui ne s'effaceront jamais .

| de mon cœur, et quoique mon jugement dans cette affairedifère , complètement du vôtre, je ne mets pas mon jugement au-dessus | du vôtre, et ce qui me paraît raisonnable peut être plus raisonnable, quoique je pense que ma ligne de conduite soit raison-, pable ; péut-être la vôtre est-elle plus raisonnable ? Je lui dis:' Sisous commandez comme mon archevêque, et si vous voulez

” prendre sur vos épaules la, responsabilité d'abandonner mes concitoyens dans la crise, je partirai. * :

“ Mais qu'il soit connu que ce n'est pas de mon propre fait, que je ne le fais que pour vous plaire et seulement après que vous me l’ordonniez, . L

‘ Puis, ils m'offrirent 10 louis par mois, pour rester de l'autre côté de la frontièto, - 7. 7,

“ J'ai dit à Sa Grandeur : J'ai chance d'aller en prison, ici,, au Manitoba, ot il: me faut quelque chose. Il me demanda :

<ombien il me fallait et je lui dis : pour combien de temps veuton que je m’absente ? Et il me dit: un anspeutêtre. Je vous ai dit que je voulais être ici pendant les élections. ÆEtil fut ‘ résolu qu'on me donnerait 800 louis, 400 louis pour Lépine et ‘400 louis pour moi. Je recevrais 300 louis personnellement et Lépine 300 louis. Ma famille recevait 100 louii-et celle de Lépine 100 louis, en tout 800 louis. : È - # © Et comment se fait-ilque j'ai accepté cet argent ?. J'ai dit à Sa Grandeur : le gouvernement canadien me doit de l'argent, car il m'a diffamé et Ja diffamation est si claire, qu’il ne pe

.… drait pas un procès pour arriver à ‘un jugement, : . “ Il a un jugement, vatil s’en servir? Il me doit quelque ù | chose Pour ma réputation qui est en butte à ses insultes jonrnalières. D'ailleurs j'ai travaillé pour lui et il ne m'a pag payé.

Le]

LA QUESTION MÉTISSE . .. 243 Je vais prendre cet argent en à-compte de ce qu’il aura à mo ° payer un jour. : | “ On s'est accordé sur cet arrangement, et l'argent m'a été donné dans la chapelle de St-Vital, en présence de M. Dubuc, -maintenant.jugè. . - FT ai “ Je no savais pas de qui venait l'argent, et quand le petit - sac contenant 50Ù louis d'or fat mis sur la table devant moi, je - dis à Sa Grandeur: Mer, si celui qui veut me faire partir était ici, et que je le traiterais comme il me traite, je devrais lui jeter ce petit sae d’or par la tête. Ce fut ma dernière protestation alors, Mais à 12 veille des élections, l'opinion Publique devint tellement excitée contre celui qui avait pris la responsabilité de me faire partir, qu’il mo rappela et je fus présent: . aux élections. - | E ° “J'y restaï encore troïs ans, et aujourd'hui je suis récompen- * . sé pour ce que j'ai fait pendant ce temps là. Dans l'été de 1872, * ” Sir Geurge Cartier fut battu par M. Jetté, à Montréal, par une —<— majorité de 1200. On vint me trouver. Mon élection était sûre dans Froôveñcher, Je n'avais que 15 ou 29 hommes contre moi. On vint me trouver: “ Riel, voulez-vous résigner votre siége ”? “ Je ne l'ai pas encore.” dis-je. “ Oh! vous en êtes sûr”. mo,:

… dton “ retirez-vous, et laissez Sir Geo. Cartier se faire élire ici.” Je répondis que oui. LL ‘ > ‘ Mais le Bas-Canada m'a plus que payé pour cette petite | marque que. j'ai donnée de 13 grands considération que j'ai pour

ni.

; 4 L-s LUI

oi Lépihe Ft arrêté en 1873, et je ne le fus ps8, parce qu'on

‘né voniait pas mo prendre. Et tandis que j'étais dins les bois,

en attendant mon élection, Sir John envoya des gens m'offrir

$35.000, si je voulais quitter le pays pour trois ans, en m'invitant, si ce n'était pas assez, à dire combien je voulais; on me

disait que je pourrais voyager et faire le tour du monde, Je .

“ refusai. Ce n'est pas la première fois que se présente la question des $35,000. Et si j'ai refusé cette offre & cette époque, n'est-il pas raisonnable que je croie Sir John flatté de ce souvenir? ” {Epitome etc., pp. 222, 223, 224 et 227.) . 7

Certes avec un: pareil état de services dont l'authen-

ticité est affirmée par les documents officiels de l'époque. et le témoignage assermenté de Mgr Taché, Riel était bien autorisé à écrire, qu'indépendamment de ses droits, en vertu-de la clause 31 dutraité du Ma-

aitoba, aux 240 âcres qui lui revenaient comme Métis,

et de la compensation qu'il pourrait exiger, pour l’enlèvement par le gouvernement canadien deses lots à bois et à foin, sur les bords de la Rivière Rouge ‘ Le Gouvernement verrait, S'l examinait la chose un instant, qu'il lui devait quelque chose de plus. ” Quoi! voici un homme qui gouverne pendant deux mois, d’après instractions formelles du cabinet d'Ottawa, un pays agité et en révolte qu'il réussit, par son tact, son. habileté, son abnégation, à à conserver tranquille et soumis jusqu'à l'arrivée du gouverneur Archibald, et comment : récompense-t-on ce service public ? En le traitant de bundit, L'année suivante, le territoire est menacé d’une invasion sérieuse et redoutable. Archibald, n'ayant pas confiance dans les troupes du gouvernement canadien, fait appel à la loyauté de Riel, qui, ‘sans hésiter un seul instant, vient à la tête de 250 cavaliers métis, offrir ses services au gouverneur du Manitoba.

Les ennemis comptant sur la'coopération de la population: toujours mécontente, en voyant l'attitude déterminée du chef métis et de ses hommes, rebroussent che- - min, et les Territoires du Nord-Ouest sont conservés aux antorités canadiennes.

Quelle à été la récompense de Louis Riel pour cet | acte de patriotisme et de loyauté? L'amnistic ? Non; quoique promise depuis longtemps, elle ne lui fat pas ‘accordée. |

s Une allocation gouvermentale” de $20,000, telle que celle votée par les Chambres d'Ottawa à sir Francis Middieton pour sa gloriense campagne dans le Nord- Ouest? Non, encore. ‘On vote bien à la vérité une somme d'argent, savoir $5,000, non dans le but dela lui remettre $ous formé de reconnaissance, pour avoir sauvé

le Manitoba, mais bien pour le faire arrêter comme coupable de haute trahison et meurtrier de Scott !

En 1872, il cède son comté de Provencher, où il

ES

était assuré d’une élection par acclamation, à sir Greo.

Cartier, ministre de la milice, qui venait d’être défait :

per M. Jetté, dans la division-est de Montréal. Qu’a-t-il reçu pour cet acte de désintéressement que l'on paie et que l'on fait payer si cher chez nous, quand les exigences de la politique le réclament? Une grasse sinécure dans le gouvernement ; une grosse somme d’argent ? Non, rien de cela, mais seulement un télégremme de. remerciements, et encore fut-il adressé par sir George à “Mgr Taché, seul; le. 17 septembre 18721 : Assurément les sacrifices, le désintéressement, la grandeur et l'importance des services que Riel avait rendus au gouvernement canadien,’ valaient bien la somme de $100,000, qu'il lui réclamait. A plus forte raison valaient-ils célle de 885, 000, qu'il consentait à

|. recevoir en règlement du tout, pourvu qu ’elle lui Fat

. payée comptant.

Et ses 240 acres de terres au Manitoba, . ses lots à bois et à foin sur la Rivière Rouge, toutes ces propriétés ‘étaient-elles sans valeur ?

N'est-il pas en fait que l’on trouve, aux environs de Winnipeg, des fermes valant $85,000, et plus ; -et n'est-

il pas reconnu aujoùrd'hui que les lots à bois et à foin, sar les boïds de Ia Rivière Rouge, par leur froximité :

de la capitale où le combustible et le fourrage sont des plus rares, commandent un très haut prix ?

Et sur quels terrains s'est donc bâtie la ville de Win-

nipeg? Sinon, sur les terres appartenant aux Métis

- que des spéculateurs fortunés divisèrent en lots de cité,

Doit-on encore ajouter ici l'intérêt de 15 années sur ces différentes propriétés? .

Si le gouvernement payait à Louis Riel, cette somme . de $35,000, il s’engageait, disent. alors ses ennemis, EN quitter le pays. ‘

Par conséquent, pour des motifs sordides, il voulait abandonner les Métis et la cause qu'il était venu défendre avec eux sur les bords de Ja Saskatchewan. :

Maïs où et quand Riel” &vait-il promis qu'il viendrait

‘s'établir dans les Territoires du Nord-Ouest pour y sé- ..journer permanemment ?

N'a-t-il pas, au contraire, écrit dans sa réponse aux : délégués qui étaient venus le chercher au Montana : Que s0n intention était d'y revenir de bonne heure à l'automne 2

Si, dès sou arrivé dans la Saskatchewan, Riel eut. cherché à. réclamer son indemnité du gouvernement,

on aurait pu suspecter son. dévouement et prétendre qu’il ‘cherchaità à exploiter les griefs des Métis, pour son avantage personnel.

Loin de jà, il est entré en compagnie des délégnés, à. Batoche, vers les derniers ; jours de juin, et de suite il s’est mis à l'œuvre. |

Assemblées sur assemblées ont été tenues publi-, quement, pendant cinq mois, dans différentes localités ;

résolutions sûr résolutions ont été adoptées et envoyées

à Ottawa, sans recevoir ni considération ‘ou réponses |

favorables, du gouvernement. |

Et ce n'est qu'après ‘avoir inutilement attendu, vainement patienté, que le 12 Décembre, pour la première . fois depuis son arrivée, il s'adresse au Père André, au

sujet de sa réclamation contre le &ouvernement du Canada.

LA QUESTION ÉTISSE . ‘947 Ë

En a-t-il jamais parlé auparavant au témoin? Non,

le Père André le déclare lui-même sous serment. Aussi . . Riel pouvait dire avec vérité dans son adresse aux jarés à Régina.: |

“Ona dit, devant ce tribunal, que j'avais été égoïste. Pentêtre suis-je égoïste | La - .

“ Un homme ne peut être une individualité sans s'occuper de lui-même. Ilne peut pas se généraliser, bien qu’il puisse être général. J'ai fait de mon mieux pour faire avec d'autres de bonnes requêtes, et nous les avons envoyées an gouvernement canadien, et ce n'est qu'après la réponse du gouvernement canadien, par le sous-secrétaire d'Etat, au secrétaire du comité conjoint de la Saskatchewan, que je commençai à parler de moi-même, pas avant. ': !

“ Mes intérêts privés sont.done venus après les intérêts publics.” (Bpitome etc., pp. 194 et 195)...

L'avocat de la couronne, M. Casgraïn, a cherché à prouver par le Père André non-seulement la cupidit de Riel, mais aussi son orgueil insatiable lorsqu'il lu a demandé, s’il n'était pas vrai que l'accusé lui avait. déclaré qu'il était lui-même la question métisse. Père André a répondu: |

“ Ce n'est pas ce qu'il a dit en propres termes, mais c'était bien la pensée qui ressortait de ses paroles. Il m'a dit: ‘si je suis satisfait, les Métis le seront, Je dois expliquer ceci: On

Jai objecta qué si le gouvernement lui accordait les $35,000, la question métis-c resterait la même, et il répondit: si je suis satisfait, les Métis le seront.” Le

Voilà certes une réponse où l’on ne contestera pas la \ ‘bonne volonté du témoin. Il ne se contente pas de com- .

“mencer par dire que c'était là la pensée de Riel, mais, . ‘pour donner plus de force à son témoignage, il ressent

le besoin d'expliquer ce qu’il vient d’énoncer,de crainte :

que l’on ne se rappelle le commencement de sa réponse, ‘dans laquelle il déclare que l'accusé n'a pas diten ‘propres termes, qu'il était Jui-même ‘la question métisse.

I ne l'a donc pas déclaré en termes formels, mais

l'aurait-il dit, quel crime commettait-il ? Assurément,

” il n'était pas lui-même toute la question métisse, mais ses droits de Métis du Manitoba et ses légitimes reven- ‘

dications ne faisaient-ils pas partie intégrante des griefs énoncés par ses frères de la Saskatchewan. dont un grand nombre, venus du Manitoba sans avoir pu béné-

ficier de l'acte de 1870, par l'omission de leurs noms ‘ “sur le recensement, demandaient, comme leur chef, . Riel, au gouvernemext canadien, de leur conférer les

mêmes privilèges qu'il avait accordés aux métis du Manitoba ?

Les requêtes de George McKay et al le 21 février 1878 ; des Métis de la Montagne de Cyprès le 30 sep-

tembre 1878 ; de Charles McKay et al du village Ma-

nitoba, le 12 avril 1880 ; d'Octare Majeau et al d'Edmonton, le 18 mai: 1880 ; de Pierre Lapierre, de Fort qu'Appelle, le 2 Septembre, 1881, qui, sont actuellemént classées dans leur ordre respectif au nombre des documents officiels, ne témoïgnent-elles pas toutes en faveur des mêmes demandes et des mêmes revendications ? Si Riel n’était pas toute la question métisse, ses griefs joints à cenx des Métis du Manitoba qui,

habitaient alors la Saskatchewan,en formaientà coupeûr |

une partie très importante, et sa position comme chef

* de la nation, pouvait jusqu'à un certain point l’auto-

riser à la personnifier.

Que Riel ait répondu : “ Si je suis satisfait, les Métis le seront ” la chose est toute naturelle. Pour ceux qui

connaissent le respect, l'attachement et la reconnais. . sance que lui avaient-valu de la part des Métis son . dévouement et les sacrifices qu’il s'était volontairement

et sans rémunération imposés dans le but de, faire

. patriotes..à son égard pouvait bien répondre au Père . André ; si je suis satisfait les Métis le seront. . | Cependant, ajoutent les calomniateurs,. Riel n'a pas: :

. L “ triompher leur cause, la réponse ne pouvaît être autre

que celle qu'il avait donnée au Père André.

Aucan d'eux n'ignorait ses griefs et ses réclamations

. contre le gouvernement canadien, il leur en avait parlé

à mainte et maïinte reprise tant privément que dans

les assemblées publiques. An reste 6n gvait s0I passé ;.

on voyait sa conduite présente.

Pour quels motifs donc, les Métis de la Saslatchevran, auraient-ils éprouvé du déplaisir, manifesté du: mécon-

‘tentement en’apprenant que leur chef était satisfait ?

An point de vue politique, n'était-ce pas ‘ane héureusé nouvelle.fpour eux que celle qui leur aurait

- appris auenfin le gouvernement d'Ottawa s'était décidé à régler les réclamations de Riel? Ily a donc es- *

poir pour nous, se seraient-ils dit, à présent que les autorités fédérales ont reconnu la légitimité des deman-

‘des de: notre chef? ui

De fait, l'action du gouvernement, en ce sens, devenaît une reconnaissance officielle des droits de la nation métisse tout entière, :

Aussi Riel qui connaissait les sentiments de'ses com-

dit au Père André ée qu Al ge proposait de faire avec cet :

argent. On doit en conclure qu’une fois nanti de cette L

somme, ‘il quittait le pays et laissait les’ Métis se débattre comme ils l'entendraient.

D'abord était-il tenu-de faire connaître l'emploi futur de son argent ?

Y n'en | a pas fait part au Père André, parce que, suivant la prudence, il ne tenait pes à divulguer ses projets. D'ailleure le, Père André n'était pas son in-

4 ; tt

time, il ne le connaissait guère avant d'arriver à Batoche, . ‘

…, Mais ce qu'il n'a pas jugé à propos de lui faire connat- …

——— tre, il l'a toutefois déclaré à nne antre personne qui était ‘an de, ses anciens amis et un de ses plus chauds par- E tisans, au débu des troubles. C’est à Charles Nolin, TE drônne, qu'il a expliqué ce qu'il 6e proposait de faire avec l'indemnité gouvernementale, Malgré le regret que i ’en éprouve, je ne puis faire autrement que dedire ici un mot : sur ce triste personnage, car c'est le seul Métis français que la Couronne a jugé digne de témoigner contre Riel, à Régina.

. À l'instar de Riel, Charles NWolin, est récidiviste, car il a pris part aux soulèvements de- 1869-70 et de 1885. Dans la dernière comme dans latpremière insurrection, | après avoir attisé le feu par ses'conseils et ses discours incendiaires, (1) il à lâchement abandonné la lutte, du ï moment qu'il a senti la poudre. Comme me le disait, le brave Gabriel Dumont : “ Molina eu peur, et on n'est pas maître de la peur.” ". .

C'est le 26 mars 1885, le jour de la bataille du Lac: «aux Canards, qu ‘éprès s'être emparé de la voiture desa ‘belle-sœur, ils est sauvé à toute vitesse dans la direction de Prince Albert, où, muni d'ane proclamation du capitaine Crozier, il espérait trouver protection et asile.

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