LES CAUSES VÉRITABLES DE L'EXÉCUTION DE RIEL
“ Je le demandera, disait feu le député de Montréal-Est, M.
Coursol, à ceux qui ont tant parlé du meurtre de Scott, si ce
È dernier n’ent pay été un orangiste, si c'eut été un, Irlandais catholique, où un Canadien-français qui eût été tué, ge seraient- | ils donnés autanr de peine ?” (Débats des Communes, 1886. :
Volt, p. 139).
‘Cette apostrophe lancée à la figure des ministres en plein parlement, à Ottawa, le 15 mars 1886, par ce vieux conservateur, que le sens de l'honneur national et le patriotisme-forçaient pour la première fois, depuis son entrée aux Communes, à abandonner ses anciens chefs politiques, résuïñe à mon sens, dans sa franchise et sa concision, toute l'argumentation ministérielle faite sur ce sujet.
. Elle nous indique l’objet, le‘ but et le motif de cette exécution sans précédent dans l'histoire.
. &i c'eut été un Irlandais catholique on un Canadien-
français, que le gouvernement provisoire de Ja Rivière Rouge eut fusillé, au lieu et place de Scott l'orangiste,
‘les ministres d'Ottawa se ser eraient-ils donné autant de °
peine ?
Groulet fut assassiné par les volontaires de Wolsely :
Parisien fat massacré par Scott et ses compagnons armés, le gouvernement fédéral usa-t-il de son autorité pour arrêter et punir leurs meurtriers ? Non, il ne s'agissait que de l'existence de deux pauvres Métis français et catholiques !
‘Mais pour Scott le Saxon protestant et orangiste, son exécution devenait aux yeux du cabinet un crime
288 + ÉTUDESUR .
énorme que la sévérité de nos Jois ne pouvait jamais assez cruellement punir.
Peu importait à la majorité des ministres qué cette . perte de vie fnt justifiée en 1870, aux yeux de la loi et du droit, le sang d’un loyal anglais, d'un frère et d’un. protestant avait été versé, et il n’en fallait pas davantage pour que sir John À. MacDonald, se faisant l’interprète du fanatisme de race et de croyance des loges orangistes dont il était l’un des plus haut dignitaires, fit connaître, dès le début du soulèvement de 1885. la haine implacable qu’il portait à Riel, en disant: On! ce Riel ! si je peux jamais le-lenir en mon pouvoir ! u /Le chef métis était condamné avant d’être j jagé,etses titres de français et de catholique ne devaient servir : ‘qu'à rendre plus irrérocable la sentence de mort prononcée contre lui depuis quinze ans dans les conciliabules secrets des sectes orangistes d'Ontario.\ Riel a . donc été non seulement sacrifié à la vengeance des loges - qui, par l'application de la loi du talion, réclamaient impérieusement sa vie en compensation de celle du frère Scott; mais il est de plus tombé victime du fanatisme national et religieux de l'immense majorité de la population anglaise et protestante du Canada, qui n’a pas.plus dissimulé sa haïne que sa joie, à l'heure où Je Métis français et catholique gravissait les degrés de l’échafaud pour y subir sa peine infamante. Que pareil . état de chose existe dans la confédération canadienne, fl n'y a pas à le nier; que semblables dispositions aient-— régné et règnent encore dans les esprits-de la majorité des habitants de ce pays, ce sont là des faits incontestables et que l’on trouve consignés en traits indélébiles dans les'pages de notre histoire nationale.
En effet, la race française et cätholique du Canada, a
un
toujours été dépuis le traité de cession du 10 février 1763, en butte, par rapport à sa foi, sa langueet ses lois, aux attaques et aux persécutions systématiques de la race anglo-saxone et protestante. |
La colonie venait à peine d’être cédée à l'Angleterre, que dès la 17 décembre 1763, les premières instructions
* du bureau colonial au gouverneur Murray tendaïent à, persécuter les catholiques, clergé et habitants, en viola-
tion des capitulations de Québec,de Montréal et du traité,
leur faisant la demande de serments impossibles et inju- : |
rieux, tel que celui du test, que les Canadiens se refusèrent énergiquement à prêter,
Ajoutez à cet état de choses qui dura jusqu’à l'acte :
de Québec, en 1774, les desseïns avérés de spoliation des. biens du clergé, la conduite arrogante des officiers pu- . blics, l'abolition des lois du pays, l'introduction de \ lois inconnues, l'administration de la justice par des ‘magistrats étrangers, n’ayant aucune notion de nos an- -ciennes lois françaises, de nos usages et ne comprenant même pas notre langue, et vous aurez une idée du régime sous lequel vécut à cette époque la population française et catholique du pays.
;. Par l'acte de Québec, en 1774, on semblait vouloir quelque pese relâcher de ces rigueurs, mais lé même esprit se faisait bientôt apercevoir en 1775, dans les instractions royales données aux gouverneurs canadiens, et qui comportaient : “ Qu’eucune personne ne doit recevoir les ordres sacrés ni avoir charge d'âmes sans licence obtenue préalablement du gouverneur.” Darent'toute cette période de temps, qu'était devenue la langue
française ? Depuis la cession jusqu’à l'acte de Québec,
en 1774, nous trouvons seulement qu'un nombre très
- restreint de proclamations rédigées en français.
A partir du 2 novembre 1768 jusqu’en 1791, où le statut -impérial fut imprimé, en français, nous, ne . voyons que de rares versions françaises des documents publics, au bas desquelles l'on peut lire encore : éra= duites par ordre de Son Ercellence, ce qui prouve que ce .
n’était pas le texte officiel.
Étholiques ne ponyaient faire partie, une
assemblée législative, dont cette fois ils n'étaient pas. exclus, divisait le Canada en deux provinces, le Haut-
Canada et le Bas Canada, ayant chacune son conseil et sa chambre législative.
| C'est de cette époque ‘qu ‘originèrent les fameuses
réserves du clergé, donnant à l'exécutif, en l'enlevant
“aux provinces, le septième de chaque township pour le
soutien du clergé protestant, spoliations. éhontées, qui. constituèrent même en 1887, l’un des griefs les plus
sérieux de la province protestante du Hant-Canada,
qui, de concert avec le Bas-Oanada, ne cessa de s’agiter | pour en ‘demander l'abolition, laquelle n ent lieu “défi : ‘nitivement qu'en 1854. ù
Par l'acte de 1791, les catholiques du Canada avaient obtenu certains privilèges dont ils jouirent assez paisiblement pendant quelques années, grâce à leur loyauté envers la couronne anglaise, à laquelle ils avaient conservé la colonie mise en danger par les deux inva- - sions américaines en 1775 et en 1812.
Mais l'oligarchie anglaise, qui trouvait que le dévouement des Canadiens, était déjà trop récompensé ; abattue- et découragée de l'esprit de justice qui avait marqué.les administrations de sir George Prévost et de sir John C. Sherbrooke, profita de leur départ pour.
5 ‘insinuer dans l'esprit des nouveaux gouverneurs . et
| renouveler & ses anciennes persécutions.
S'appuyant sur l'aide assuré du Haut-Canada, elle |
demanda au ministère anglais, en 1822, la révocation, à |
de la constitution de 1791, et le rétablissemènt de l'union des deux provinces sur les bâses les plus iniques.
. Ce projet de loi était une atteinte directe aux libertés des Canadiens et des catholiques. :
I1 donnait an Haut-Canada plus de représentants ,
qu'au ‘Bas-Canada, et conférait à deux conseillers nom-
més par la Couronne le doit ‘de’ siéger à Iè changé È
d’assemblée.
Les documents publics n ne devaient. être ténus 'et
| publiés qu’en anglais, et, après 15 ans, la langue fran-
çaise devait être bannie de la législature. La liberté du culte catholique était garantie, mais sujette à la su-
prématie du Roi, que l’on affirmait de suite d'une ma- .
nière pratique, en lui conférant. la nomination aux cures catholiques et la collation des bénéfices.
Cette ‘tentative secrète d'asservissement que les
efforts généreux de sir James Melntosh, de Francis ‘ Burdett, le M. Bright et de M; Parker firent échouer devant les >hambres anglaises en 1822, souleva dans le Bas-Canada, du moment qu’elle fut connue, une légi-
‘time indignation. Devant l'attitude ferme, noble et
digne du grand évêque. canadien, Mgr Plessis et:de .son clergé entier ; en face de la détermination de la chambre d’assemblée ; en présence de l'opinion publique qui s'était manjifestée unaniment par une requête couverte ‘de“60,000 signatures et que l’on avait confiée
à MM. Neïson et Papineau pour la porter en Angles
: terre, le parti anglais abandozna son fanatique projet.
En 1824, le gouverneur Dalhousie essaie de faire revivre les querelles religieuses et surtout celle si souvent agitée des biens du séminaire de St-Sulpice, dont
suivant l'opinion de sir James Stuart, alors procureur
‘général, le gouvernement pouvait s'emparer, vu que,
disait-il, les sulpiciens n’y avaient aucun droit. M. Stuart en était venu aux mêmes conclusions que ses prédécesseurs, sir James Marriott, en 1778, le procureur général Sewel en, 1804, M. Ryland, en 1810, et les avocats de la Couronne en Angleterre, en 1811.
Et à quoi dévait séfvir au gouvernement cette prise,‘ É de possession des biens des sulpiciens ? Sinon à ts N
appliquer, avec ceux:,des jésuites, dont il s'était aéfà
‘emparé en 1800, au. soutien des écoles protestantes, /
ce que ls gouvernement canadien considérait de la plus grande importance pour donner à la Couronne, le poidé et-l'influence nécessaires dans la province. EL Malgré que les sülpiciens ne furent pas tronblés, -cêtte année-là dans la possession de leurs biens, la me-
‘ nace n’eri continua pas moins à rester suspendue sur
léurs tés, caï en 1828, la ‘ Canada Gazette ”annonçait comme une bonne noùvelle, que le gouvernement
| -allait enfin s'emparer des biens du séminaire de Mont-
réal. / - . |
Pour mettre fin à cette position inquiétante, la chambre d'assemblée, en: 1829, dans une: adresse au gouverneur au sujet D des jésuites, le priait :
+ - D'avoir égard aux alarmes causées aux habitants, par les rapports répandus au sujet de la propriété des biens des sulpi- Ciens de Montréal, et qui tendaient à faire croire que ces biens. - pourraient passer en d'autres mains, et aux conséquences malheureuses qui pourraient résulter d'aucun doute sur ln validité de leurs possessions, et surtout à l'idée qu’on projetterait d’appli-
quer à d'autres fins les revenus de Ces propriétés qui ont été données et employées généralement jusqu'à ce jour, à répandre : : les avantages de l'enseignement.”
Cette politique d’asservissement de la race canadienne, tant sous le rapport religieux que sous le rapport national, ces persécutions systématiques, ces dénis “constants de justice, ces spoliations avouées que secon- ” *
:daient un conseil législatif dont les‘membres irresponsables et antipathiques à tout ce qui était français et catholiques, affichaient hautement leurs projets d’an-.
. glification et vouaient au mépris et à l’infériorité tout
.ce qui n'était pas anglais et protestant dans le pays, devaient finir par lasser la patience d’un peuple, qui avait souffert tout en combattant avec les faibles armes
.S laissées’à sa disposition pendant 0 ans. :
La mesure était comble et elle déborda enfin quand la chambre d’assemblée apprit les résolutions de lord John Russell autorisant lord Gosford à prendre de force dans le trésor public, pour payer ses créatures et ses favoris ministériels, les subsides que le parlement ‘ canadien refusait de voter. ; |
Les passions politiques étaient dégénérées en haïnes de races, et l’indignation populaire se manifesta enfin librement dans l'insurrection de 1837-38. ;
Quelques soient les opinions au sujet de l'opportunité -et de la justification de cesoulèvement populaire, il est incontestable qu’il nous a obtenu le gouvernement responsable dont nous jouissons actuellement. ‘
Pour l’obtention ‘de ces droits légitimes, il fallut accomplir des sacrifices héroïques, déplorer des pertes de vies chères et précieuses et pleurer sur nos martyrs politiques ;' tant il est vrai que dans les colonies ,. anglaises, et tout spécialement dans celle du Canada,
pas une seule liberté n’a été obtenue, à moins qu'elle n'ait été achetée au prix d’un sang noble et généreux.
L’insurrection canadienne comme le soulèvement métis de 1885, fut, après quelques succès de la part des révoltés, comprimée par les bayonnettes anglaises.
La tourmente politique de cette époque n'était pas encore apaisée complètement, quand lord Durham arriva en Canada au qualité de gouverneur général, avec mission spéciale de faire rapport sur les événements qui venaient de s’accomplir.
Lord Durham était un grand politique, un profond penseur, et bien qu'il ⁢en plusieurs endroits de ses mémoires, rendu justice aux qualités de notre race, il sut cependant mettre le doigt avec une rare adresse sur nôs défauts et nos faiblesses, qu'il conseilla d'exploiter d’une manière assurée et avantageuse pour la prépon-
” dérance anglaise en ce pays, au moyen de places hono-
rifiques et de gratifications monétaires. Imbu des préjugés et du fanatisme de sa nation, il exposa trois plans,
lesquels, d'après ses prévisions, devaient infailliblement | En Lu
- français et catholiques du pays.
Le premier était : l'Union des deux Canadas, le second : la Fédération des provinces britanniques de l'Amérique du N ord, et enfin le troisième : l’Union Lé- . gislative,
Il nous fit donner la première le 23 } juillet 1840, par l'acte impérial de l’union des deux P rovinces du Haut et du Bas Canada.
* Le parlement anglais avait agi conformément aux recommarñdationsde lord Durham etaux demandes pressantes et sans cesse réitérées du parti anglais dans le
B2s-Canada, qui se trouva à- obtenir ainsi la majorité dans la chambre d’assemblée.
L'acte d'Union abrogea les dispositions qui constituaient, suivant la constitation de 1791, le’ conseil.l6- ‘gislatif et la chambre d’assemblée, ainsi que celles qui
. déterminaient leur composition et le mode de faire les lois. . :
‘La liberté des cultes était maintenue, cependamé la
. langue française était proscrite des actes officiels de la législature et du gouvernement. L'acte d'Union ne parlait pas des procédures devant les tribunaux, mais le
‘texte des lois devait étreanglais.
Les chämbres avaient bien le droit de faire traduire ces documents, toutefois ces traductions ne faisaient pas partie des archives et n'étaient pas regardées comme criginäles. -
Il en fut ainsi jusqu’en 1848, époque où le rärlement
i anglais fit disparaître cette odieuse restriction en “dais-, sant aux chambres le soin de statuer sur ce sujet comme : ” “elles jugeraient convenable. LE
À ‘ Aureste ce ne fut qu'en 1860, que lalangue française. oi
\ fut reconnue comme langue officielle-par le 23 Vict. ch ”
La clause 42me de Tacte d'Union exigesit la sanction spéciale du Roi, après certaines formalités extraordinaires, pour donner effet à tout acte de la législature du-Canada tendant à amender quelques-unes des . dispositions de l'acte de Québec ou celles du statut impérial de 1791 à l'égard des droits et dûs accoutumés du clergé catholique romain.
-Comme l’on voit, la suprématie du Roi restait établie . pour ‘le clergé, et la langue française était encore mécon-
nue: Lord Durham n'avait rien oublié, il n’avait donné
296 ÉTÜPE SUR
que le gouvernement responsable qu'il'ne pouvait plus refuser et que les Canadiens avaient assez. chèrement acheté et payé.
Par cette fusion des deux provinces, lord Durham comptait que le Haut-Canada quoiqu'alors plus pauvre et beaucoup moins peuplé qne le Bas-Canada, finirait,
grâce à l’immigration anglaise et protestante qu'il rece-
Vait périodiquement, par l'emporter en nombre dans un avenir peu éloigné sur son rival, et alors le parti anglais, obtenant la représentation basée sur la population, accaparerait enfin le pouvoir qu'il saurait cette fois utiliser à la réalisation de ses ns politiques et nationales.
Ce système ‘gouvernemental, malgré les : prévisions et
les calculs de son euteur ne réalisa pas tout ce qu il en attendait.
Il dura depuis 1840 jusqu'en 1867, avec des alterna-
‘ tives de succès pour le parti bas-canadien et haut-ca-
Æ Al k | « ‘ , : Et e : ‘ »
nadien jusqu'au moment où ni l’une ni l’autre des deux factions politiques ne se trouvant assez fortes pour gouverner, il fut résolu par la majorité d'adopter le . second projet de lord Durham ; la. fédération des provinces.
L'ambition des hommes publics. des deux provinces, et leur soif du pouvoir avaient-parlé plus haut que leur fanatisme, et par la division des partis respectifs,
‘ils avaient ajourné indéfiniment le rêve tant caressé
du fameux gouverneur anglais.
Au milieu de toutes ces luttes, la population française et catholique était restée ferme et déterminée, ayant subi sans sourciller des assauts violents fréquem-iment répétés contre sa foi et sa langue, mais qui n'avaient pu l'entamer ni l'amoindrir.
Aussi exubérante de vie et de force que sa rivale devenue plus populeuse par l'accroissement soutenue de l'immigration des dernières années, elle offrait en, plus un caractère de solidité due à son homogénité que les éléments disparates et hétérogènes, composant la race anglaise du Haut-Canada, ne pouvaient produire... #
En 1867, fut établie la confédération canadienne.
Elle se composait à cette époque du Bas-Canada, du Haut-Canada, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau Brunswick. 4
. Actuellement, elle comprend, moins Terreneuve, toutes les possessions britanniques de l'Amérique du -Nord, avec les Territoires du Nord-Ouest, la Colombie Anglaise et Vancouver et au point de vue de son | étendue, qui-est de 3,470,892 milles carrés, elle est la troisième puissance du monde entier, venant immédiatement après la Russie et la Chine.
Un gouvernement chargé du contrôle des choses communes à tout le pays, et des gouvernements locaux,
poar chacune des provinces, chargés du contrôle des affaires locales dans leurs sections respectives ; le pouvoir résidant dans le souverain du Royaume-Uni et administré par lui ou un représentant, suivant les prin-. cipes de la constitutioh britannique ; une Chambre des Communes, et un Conseil législatif, pour toutes les provinces fédérées ; l'emploi simultané des langues anglaise et française dans les Chambres fédérales, dans la législature du Bas-Canada, dans les Cours fédérales et les Cours de justice du Bas-Canada ; les droits et priviléges garantis aux minorités catholiques ou protestantes des deux Canadas, par rapport à l'éducation, telles sont les principales clauses fondamentales sur lesquel-
les.est basé l'acte de la Confédération. qui nous régit actuellement...
Il y a aussi le priviléce de désaren accordé à Sä .
. Majesté, dans les deux ans de la passation des bills de |
la Chambre des Communes, ainsi que le droit de veto ou de révocation conféré au gouverneur-général, pendant une année de toute loi passée par une législature provinciale. Cette dernière restriction qui a tout l'air d'offrir une garantie aux minorités qui pourraient être lésées par un acte provincial, ne peut cependant se réaliser qu'au détriment des catholiques, car l'élément protestant prédomine dans les conseils du gouvernemènt à Ottawa, au point que les protestants de Québec sont toujours ainsi assurés d'y trouver des amis, des compatriotes et des.co-religionnaires qui ne souffriront pas qu'on les moleste impunément.
En 5e ‘rappelant la triste position politique et . religieuse où s'est trouvée, depuis la cession, la race
française et catholique du Bas-Canada, et qu’on la com-
pare avec celle plus rassurante, plus équitable et plus légitime qu’elle occupe aujourd’hui, il est impossible, tout
en rendant justice à son esprit de foi, d'union et de
patriotisme, de ne pas déclarer hautement que ces résul-
tats extraordinaires ont été obtenus, grâce à une inter-
vention plus forte que celle des hommes, et dont notre
. fidélité seule à la reconnaître, peut nous en assurer la
continuation dans l'avenir. | .
Car il ne faut pas se le dissimuler, ce qui nous a êté concédé, peut tôt ou tard nous être enlevé. ——— Le fanatisme de race et de croyance, pour être moins avoué et déclaré que par le passé, n’en existe pas moins
actuellement au fond du cœur du vrai saxon protestant. CC | |
I] s’est manifesté au moment de la confédération et depuis son établissement, à mainte et mainte repris®; on l'a vu lever la tête en 1865, gronder et menacer en 1869-70, et hurler de concert avec les loges orangistes en 1885.
Lord Durham quin avait pu jouir du bé néfice & ses :
projets néfastes, laissait pour continuer son œuvre de dignes successeurs, et la carrière politique de sir John À. MacDonald, le chef du cabinet d'Ottawa est là toute ouverte pour nous démontrer que le tory anglais, pro-
testant et orangiste de 1885, n’a pas démérité du tory
anglais, protestant et orangiste de 1849 ; que sa haine d'autrefois est sa haine d'aujourd'hui, contre tout ce qui est français et catholique dans la Confédération, et qu'enfin dans sa conduite, ses actes, ses agissements, tout en donnant cours à ses propres sentiments, il n’en reflète pas moins ceux de la grande majorité de ses nationaux et de ses co-religionnaires. |
Des faits incontestables et connus vont nous en fournir les preuves. Ce ‘ne fût qu'à partir de 1854, que sir John À. MacDonald commença à jouer ‘un rôle important dans la politique de notre pays.
Adroit, simple, insinuant, il fit mine d'abandonner les idées outrées qu'il avait munifestées en 1849, et refoula en apparence cette haine et ce fanatisme qu'il avait étalés au grand jour, contre l'élément français et catholique du Bas-Canada. :
Ce fut avec un semblant de repentir sur les lèvres qu'il se rapprocha timidement du'#roupe canadien du Bas-Canada, et avec forces promesses et même plusieurs votes hostiles à la fraction haut-canadienne, il réussit enfin à gagner la confiance de ceux qu'il avait vouln,
en 1850, dans un discours à. la “ Ligue Britannique ”
“ refouler et noyer dans la mer.” Son ambition démésurée fut servie à souhait
” par cette tactique qui s’alliait si bien avec la flexibilité
de son caractère et la variété sans nombre de $ses sentiments.
Grâce à l'appui franc et sincère que Jui accorda généreusement, et sans condition, le chef de la phalange conservatrice bas-canadienne, le regretté sir Geo. E. Cartier, il put gouverner et commander à une province . où il resta toujours dans une minorité désespérante.
Sir John A. MacDonald fat compté . à cette époque et s'il ne protesta pas ouvertemënt coûtre les attaques :
‘du “ Globe ”.de George Brown, $on rival politique dans
. le Haut-Canada, à l'adresse de notre clergé, de nos
sœurs de charité, de la race française toute entière, et les insultes du gouverrieur Head, traitant dans un banquet public, à Toronto, la population bas-canadienne de race inférieure, du moins il ne sembla pas encourager ces moyens qu'il considérait dans le temps comme inopportuns et peu pratiques:
En 1865, quand il fut décidé de changer le système” du gouvernement de l’Union qui ne pouvait plus fonctionner et d'adopter celui de la fédération d’un certain nombre de provinces où l'élément anglais et protestant devait prédominer, sir John A. MacDonald quoique:
-habile diplomate ne sut cependant pas assez dissimuler la joie qu'allait lui causer le nouvel état de. choses, et malgré le cri d'alarme poussé alors par les principaux membres de l'opposition bas-canadienne, la: majorité conservatrice trop confiante et trop partisanne vota le
projet de confédération. Sir Jobn ayant gagné: ‘son .È
point, et assuré de l'appui des autres provinces, en grande majorité protestantes et anglaises, pouvait dès ors se passer, du concours du a parti conservateur bascahadien.
H allait commencer à payer sa dette de reconnaissance à ses vieux amis, les bleus du Bas-Canada.
Les” délégués des provinces du Canada, de la. Nou-
velle-Ecosse et du Nouveau-Brunswick, après avoir préparé dans la conférence de Québec en 1864, le projet de confédération, lavoir soumis et fait adopter par leurs
législatures respectives en 1865, s'étaient engagés, sur ”
l'honneur, à ne rien -changer des résolutions adoptées lorsqu'ils seraient rendus en Angleterre pour obtenir la passation de la loi impériale. : .
Tous, à l'exception de sir John À. MacDonald, se montrèrent hommes d'honneur et de parole. | | Ce grand ami des Canadiens, une fois arrivé à Londres, résolut de faire changer les résolutions des législatures, et au ‘lieu et place du système fédératif accepté par la très grande majorité, il voulut ni plus ni moins
y sabs‘ituer l'Union Législative.
. Le successeur et l'élève de Lord Durhamn avait. rien
oublié, puisqu'il voulait par l'adoption. .du troisième projet du gouverneur anglais, assurer l'asservissement
complet de la race française et catholique. Mais sir
George Cartier qui aimait encore plus son pays que . son parti, ne lui donna pas le temps de commettre cette - infamie, : .
Il l’apostropha 2.0rs en termes qui étaient loin de se ressentir de leur vieille amitié, le menaça de la vindicte publique, lui annonçant que si la proposition était soumise de nouveau, qu'il remettrait son porte-
feuille de ministre, et en appellerait sans plas tarder
au peuple du-Bas-Canada, pour condamner cette trahison sans nom. Bel exemple de dévouement et d'abnégation, pour la cause nationale de la province de Québec, qui, malheureusement, ne s'est pas renouvelé depuis cette époque! La fermeté, l'énergie de caractère, le patriotisme d’un ministre canadien-français et catholique, triomphèrent cette fois, du fanatisme anglais et protestant. -
Le projet de confédération fat soumis au parlement, adopté et sanctionné le ler juillet 1867.
Les deux chefs politiques du Canada, sous l'Union, sir John À. MacDonald et sir George Cartier étaient restés à leur poste réspectif, grâce au vote populaire.
On voulait leur donner l'avantage de régulariser l'action de ce nouveau mode de gouvernement, que l’on prisait trop haut en certains lieux pour ne pas éveiller des soupçons que les circonstances ultérieures justifièrent pleinement. Âvant que les ronages--administratifs de la machine gouvermentale fassent en état de fonctionner, il s’écoula un certain laps de temps pendant lequel les intérêts sectionnels furent relégués à l'arrière-plan, pour laisser place à des mesures administratives d'un ordre général. Petit à petit la régularité s’introduisit dans les départements où tout était à créer, et quand éclata le soulèvement de 1869-10,le système f6dératif marchait régulièrement et sans trop de secousse. Les documents publics de cette époque, que j'ai cités dans mon “ Etude sur la question métisse, ” nous indiquent le rôle hypocrite etignoble que sir John :A. Mac- Donald a joué en cette grave circonstance,
En 1872 et 8, il se produisit dans la Confédération, une agitation d’un-caractère tout à fait différent de
celle dont nous venons de parler, et qui eut un retentissement général dans le pays.
Le système scolaire du Nonveau-Brunswick, lors de la Confédération, assurait de fait aux catholiques Fe cette province des écoles séparées ou spéciales dont ils avaient seuls le contrôle.
À la session de la lésislature de cette province, en 1872, il fut adopté une loi qui les privait de ces avantages et les forçaient de contribuer au soutien des écoles protestantes et athées, ou de se cotiser de nouveau pour établir des écoles séparées.
C'était évidemment violer l'esprit de la section lère de Ia clause 93, dé Pacte de la Confédération et préjudicier à un droit ou privilége conféré, lors de l’Union, par la loi, à aucune classe particulière de personnes,
. dans la province, relativement aux écoles séparées. | Les autorités ecclésiastiques et l'immense majorité des catholiques de la Confédération, s'adressèrent au gouverneur-général pour lui demander de désapprouver cette loi. | |
Sur l'avis du procureur-général, sir John A. Mac- Donald, qui, s'arrêtant à la lettre de ia loi, déclara qu'il n'y avait pas lieu d'intervenir, parce que les lois scolaires du N ouveau-Brunswick, lors de la Confédération, n'établissaient pas nommément des écoles séparées pour les catholiques, le gouverñeur général refusa cette demande.
« Cette décision, dit M. S.-Pagnuelo C. R, aujourd'hui juge
__, dela cour snpérieure, pour le Bas-Canada, un des partisans du = premier ministre, l’auteur de la “Liberté religieuse en Canada, ” (page 258), est certainement contraire au droit public,
-età une interprétation équitable de la constitution de la puis-
- sance du Canada ; elle ne peut qu’affaiblir considérablement
notre confiance dans la justice du gouvernement fédéral. . ® Nous ne saurions, à notre gré, appuyer trop fortement sur
- l'absolue nécessité de respecter, en tous points, l'esprit de Hborté | religiouse dont notre état politique est imprégné.
“Bi les pouvoirs exorbitants, dont le gouverneur général est “investi pour contrôler les législatures provinciales dans le but de protéger les minorités, se ÿ tournent par caprice ou fanatisme contre celles-ci, on viole évidemment le pacte fédéral, et l'on ouvre la porte À tontes sortes de vexations,”
Ce fat durant la cession de 1872, que sir George. Cartier, qu'ane maladie mortelle minait sourdementdepuis quelques années, érut de son devoir avant son | ” départ pour l'Angleterre, où la mort lefrappa en mai 1873, de donner à ses partisans bas-canadiens, et notam- . ment à son ami de cœur, l'Honorable Louis Archambault, cet avis solennel an. sujet de son collègue sir: - John À. MacDonald : Méfi jez-vous de lui, il n ’uime pas les Canadiens-français, il les déteste.
C'ést un avis que je vous donne, à vous d'en profiter.
Sir George Cartier sentant sa fin approcher, croyait de son devoir de mettre en garde ses amis conservateurs contre les agissements de cet homme qui avait si traitreusement abusé d'une, amitié trop généreusement ‘ prodiçuée. LT Re .
Ce fut là le dernier acte’ patriotique du chef conserva- ‘teur bas-canadien dont les grändes qualités et les services éminents.qu’il a rendus à la cause nationale font facilement pardonner ses erreurs de jugement et ‘ certaines faïblesses commises, par suite de circonstances ‘malheureuses, dues à l'entrainement de l'esprit de parti.
Le scandale du Pacifique fit descendre, en 1873, du pouvoir à Ottawa, sir John A MacDonald, et il resta dans l'opposition jusqu'en 1878, époque. où à l’aide de sa nouvelle politique de protection, il put de nouveau
. ressaisir ce qu'il avait perdu cinq années auparavant Durant ce laps de temps, il retourna à son ancienne
tactique se montrant comme autrefois conciliant, modé- : ré, ami des intérêts de la province de Québec. -
Ce jeu qui lui avait réussi dans le passé eut, encore cette fois, grâce à la disparution de sir George de la scène parlementaire et an fatal esprit de parti qui té" gnait-alors, un plein succès.
C’est de cette époque que date l'inauguration de sa politique d'asservissement et d'extinction de la race
. française et catholique des Métis du Nord-Ouest.
Sûr de la complicité dn grand nombre de nos hommes publics chez qui les solennels avertis sements de sir George n'avaient pu trouver un
“écho ; comptant sur l'ambition des uns et la servilité .
des autres, sir John ne se gênant plus, assuré qu’il était de l'impunité deses actes, nous enleva en 1880, un
droit qui nous était acquis par la 133e clause de l'acte
constitutionnel de la Confédération, celui d'avoir un
. représentant de la langue française sur les banqueites * ministérielles du Sénat.
" A-t-on entendu, alors et depuis, une seule protestation
à ce sujet. venant de nos ministres français et catholiques de là Chambre des Communes ? Non, ilsont laissé
en cette circonstauce fouler aux, pieds des droits recon-
nus, et quand leur chef sir John a, en 1882, en 1885 et
en 1886, inauguré la série de ces empiètements successifs du pouvoir fédéral, sur les attributions des Tégisla-
… tures locales, ils l'ont secondé de toutes leurs forces et :
ont même applaudi à ses actes,
C'était aire œuvre pie et méritoire que da centraliser
toute la: ‘puissance à Ottawa, et de faire converger vers un ventre commun toutes les forces de la confédération, comptant ainsi que les législatures localés des provin-
ces, réduites au rôle insignifiant de simples municipalj- “ | ; 20 .
tés, finiraient par demander elles-mêmes leur absorp-
on dans une union législative, but des efforts de Ja ma- jorité anglaise et protestante et de ses hommes publics *
depuis ur/demi-siècle.
. Bien Qu'en différentes tirconstances, plus spéciale.
ment depuis la mort du regretté sir George, sir John A. MacDonald àit affiché publiquement ses prédilections
etses sympathies en faveur de sa mesure favorite :
l'union législafive, cependant il n'a pas osé encore la
‘proposer ouvertement à à ses partisans, sentant bien que +. les sentiments ayoués d’hostilité, chez la majorité de “Ma population de la province de Québec, en rendrait le
succès sinon douteux, au moins peu fructueux.
Aussi laissant de côté ce projet, il a-fait mousser parmi ses compatriotes l'idée d’un autre plan auquel n'avait pas songé lord Durham, et qui se réalisant, produirait irrévocablement pour nosintérêts nationaux et religieux, un résultat analogue à celui de l'union législative.
C'est la fédération impériale, ani comprenant l'union
coïstitutionnelle de toutes les colonies anglaises, dans le monde entier, aurait son parlement gènéral et unique dans le royaume-Uni.
: On voit d'ici le piètre. rôle qui serait réservé à notre
-pauvre province de Québec, où l’élement francais et
Catholique serait irrémédiablement absbrbé au profit de l'élément anglais et protestant. fr Au Canada, en Angleterre, sir John a prôné cette
idée, agité la question, sécondé les efforts de ceux qui.
partageaient ses vues, et le ministère tory de /à-bas,
aurait si bien goûté cette proposition, qu l nous 2en-. : . vVoyé comme gouverneur-général du Canada, un parti- | . San avoué de la fédération impériale, °
CA
- Persécuteur déclaré de tout ce qui est français et catholique au Canada, depuis son entrée ‘dans la vie publique, sir John en bon protestant, en loyal anglais, en sectaire dévoué des loges orangistes, n’a pas comme on le voit démétité de son passé, et.il est resté conséquent avec ses actes antérieurs.
Qu'il ait spolié les Métis en 1869-70 ; : qu'il les ait
<crasés et massacrés sur les bords de la Saskatchewan,
en 1885 ; qu'il ait pendu son chef politique ; qu'il cherche actuellement à faire disparaître du Nord-Ouest par une condition formelle la langue française qu'il abhorre et méprise,le fait était tout prévu et naturel chez . un homme, qui n'a véçu et respiré ; ne vit et ne respire que pour le triomphe d’une idée fixe, mobile et moteur principal de tous ses actes politiques et de ceux de ses collègues de même:croyance et de même origine. Certes si l’on ressent à bon droit une juste colère et une légitime indignation en présence des dénis de justice, de la mauvaise foi, de la duplicité, de l'hypocrisie, de la ‘haine du fanatisme, de la cruauté froide et calculée du chef du cabinet d'Ottawa, quels sentiments doivent ‘animer, je le demande, le cœur d’un patriote, d’un cs-
tholique et d'un honnête homme, en face de la conduite
. criminelle, inqualifiable et anti-nationale des trois ministres français qui représentent dans le conseil de la
‘nation canadienne, notre foi, notre langue et nos. droits ?
Sir Jobn pouvait, à ses yeux et à ceux de ses compa-
triotes, trouver pour sa conduite, une. explication
plau&le, prenant sa source dans un‘ sentiment 'com- |
man de haïne et de fanatisme, mais le ministre des “Travaux Publics, le secrétaire d'Etat et le ministre de la Milice, avaient-ils les mêmes motifs à invoquer, les
ve
mêmes mauvaises raisons à produire, les mêmes excuses à faire valoir ? ? = Tout un peuple qui était le leur, avait, dans un élan généreux de commisération et de pitié, fait appel à la ‘clémence et à la générosité de ses trois représentants dans le cabinet. Amis et ennemis politiques avaient poussé ensemble le même cri de miséricorde, deman- - dant à à ce que la justice ne se montrât pas inexorable
dans éès arrêts ; qu'elle eût égard à la position de l'in. .
fortuné chef métis, qu'une maladie cérébrale rendait irresponsable de ses actes ; personne ne plaidait son innocence, ne cherchait à amoïindrir sa prétendue culpabilité ; tous cependant demandaient que sa vie fut ‘ épargnée et que sa tête ne fat pas souillée par la main du bourreau.
Des suppliques, des requêtes, des télécrammes venant de toutes les parties des Etats-Unis, d'Angleterre et de France, renfermant les mêmes sentiments, avaient, tour à tour, fait un appel chaleureux et pressant à la pitié des juges fédéraux.
D'un autre côté, les loges orangistes avaient aussi ‘fait entendre leurs hurlemerits de haine et de vengeance, et dans leur ragesanguinaire, elles demandaient
la tête de Riel pour apaiser les mânes. du frère Scott. Un écho fidèle, venant des banquettes ministérielles . d'Ottawa, leur avait répondu. . Les loges menaçaient. ouvertement.d'abandonner le parti tory et juraient de
. n6 jamais pardonner au cabinet un refus qu’elles consi-
déreraient de sa part comme linjure la plus outrageante
. qu'elles eussent jamais reçue.
La position était critique, l'existence du ministère Incertaine, le parti ministériel menacé. Tous se de-
- smandaient avec auxiété, si la voix de la miséricorde
Ki -
“allait l'emporter à à Ottawa sur celle de. la vengeance.
On ne le sut que trop tôt.
Impassibles et muets, les ministres pesèrent avec
soin dans la balance de l'injustice les influences contraires. Ce fut comme le disait avec tant de justesse, L
en 1886, M. Bergeron, député de Beaüharnois, une question de pesanteur ; Québec pesait moins que Ontario, et notre cause fut perdue. ‘
Nos trois ministres bas-canadiens, sir Hector Langevin, sir Adolphe Caron, et l'honorable J. A. Chapleau
avaient assisté froidement et sans sourciller À cette
opération cynique ‘où l'enjeu était l'existence d'ans
vie humaine.
Un moment, sous: influence de la commotion: ëlec- : trique qu'avait produite le mouvement national de la - province de Québec, on les avait vus s’agiter sur leurs
siéges et sembler vouloir ouvrir la bouche, pour demander à leur tour justice à leurs collégues de PExécutif.
. Un regard du maître les cloua sur place, et l’égoïisme,
la cupidité, l'ambition venant en aide, laissèrent consacrer sans protestation de la part de ces trois traitres, la plus grande iniquité nationale qu’ait jamais enregistrée dans ses annales, l’histoire de notre pays.
Ils ont, à la vérité, par cette lächeté, sans nom, conser- |
. vé le pouvoir et sauvé le parti, mais quoiqu’ils fassent ;
au milieu des honneurs et des décorations qui les écra-
sent ; entourés tels qu’ils sont aujourd’huide richesses .
dont ils regorgent, il n'en est pas moins vrai que la
tache sanglante, comme un stigmate infèmant, ajpa. raîtra toujours en caractères indélébiles sur leurs fronts coupables, & lé ver du remords rongera constamment jusqu’ à la moëlle: des os, ces déserteurs sans cœur
d’une cause sainte et sacrée.
En vain voudront-ils étouffer ces bruits inquiétants qui sortent de la tombe du martyr pätriote de Régina, que leur conscience alarmée les leur fera constamment entendre, comme un glas fanébre et un. sinistre avertissement. - Le |
Quand la mort nous ravit sir George Cartier, a nation:
canadienne sentit qu'elle venait de faire une perte irréparable, Nous n'avons plus d'hommes, s'écriaient alors les vieux conservateurs dans l'expansion de leur douleur
‘et de leur découragement.
Et däns le sens que comportaient ces paroles, ils avaient parfaitement raison.
Cartier, menaçant de résigner et de faire appel au peuple de sa province, quand sir John À. MacDonald voulait, en mépris des engagements les plus solennels, nous imposer l’Union Législative, n’a.pas eu de succes. seurs ef d'imitateurs.
En 1842, un grand homme d'état canadien, sir Louis Hypolite Lafontaine, mort juge en chef de la cour
. . d'Appel, avait, lui aussi, fait un acte d’énergie et de
patriotisme qui l’honorait d'autant plus, que soxi ennemi, l'honorable Louis Joseph Papineau en bénéficiait. tout particulièrement. ,
. Sir Charles Bagot, gouverneur du Canada, avait consenti à l'amnistie, mais il en exceptait M. Papineau.
. Que fit M. Lafontaine ? I] refusa d'accepter cette condition et menaça de donner immédiatement sa démission
de ministre.
Le gouvernement céda et on 'accorda un molle prosequi pour M. Papineau qi pat revenir au pays, ce qu'il fit en 1845.
- Où sont donc anjourd’Hni les Lafontaine et les Cartier, 4
- parmi notre représentation ministérielle ? Que sont de-
venues leurs traditions de désintéressement personnel, de dévouement à la chose publique, qui les faisait s'oublier eux-mêmes et négliger leurs propres intérêts, pour ne songer qu'à ceux de leurs compatriotes ? |
Contraste frappant avec leurs successeurs actuellement en fonctions officielles, ils étaient sortis de la vie parlementaire plus pauvres qu'ils y étaient entrés :mais par contre, plus fiers, plus aimés, plas honorés et plus respectés. , |
C’est que ces hommes joïgnaient à nne intelligence d'élite, le cœur du véritable patriote et la conscience de l’honnête citoyen.
. Leur fermeté de caractère, leur indomptable énergie, avaient lutté victorieusement, contre l'oppression et la persécution des ennemis naturels de leur race.”
Forts de leurs droits, convaincus de la justice de leur cause, jaloux des libertés et des fprérogatives de leur nationalité, .sans souci comme £äns crainte d’un acte qui, du sominet du pouvoir pouvait les rejeter appau-
vris et sans influence dans l'obscurité de la vie privée, ils n’hésitèrent pas un seul instant à faire le sacrifice de leurs: portefeuilles, plutôt que de souffrir et de permettre la moindre atteinte aux justes libertés et privi- ‘lèges dont on leur avait confié la défense et la garde. où sont-ils donc ces vaillants et généreux athlètes de nos luttes passées ?
Ont-ils fait souche ? Non, la semence de leurs vertus civiques est tombée sur des terres stériles et incultes, quand les vents et les ronces des plus mauvaises passions ne sont pas venues en disperser et étouffer les. germes dès leur naissance.
__ Oui, on l'a dit avec raison et vérité : Nous n'avons plus
sdhommes! . .,
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Une armée d'esclaves, de valets, de girouettes et de marionnettes politiques a remplacé la troupe d'élite, le bataïllon sacré des patriotes.
Esclaves, valets, baisent avec complaisance la main qui les châtie ; et si parfois dans leurs intelligences dé. voyées, se manifeste par extraordinaire, un semblant de révolte, une velléité d'indépendance, quelques poignées d'écus que leur jette insolemment à la figure; le tyran et le maître, suffisent à faire disparaître, comme par enchantement,.ces tentative enfantines de colère et d'audace.
Riel, sur son échafand, interrogé par le shérif Chapleau, frère du secrétaire d'Etat, sur l'exécution de ses désirs, touchant la disposition de ses biens, lui fait cette
belle, touchante et noble réponse: Mon cher, je n'ai pour
out bien que ceci (et en même psil touchait sa poi-
trine dans la région du cœur) et ceci, je l'ai donné à mon
pays ily a quinze ans; et c'est tout ce qui me reste maintenant. Les ministres français du cabinet. d'Ottawa, pour-
- ront-ils parodier, à leur heure dernière, cescpatriotiques
paroles du chef métis ?
Laisseront-ils à leur pays un ôfe Sigane que l’antopsie.
‘ de leurs cadavres serait impuissante à faire découvrir . par la Faculté?
. Hélas ! Ce qu'ils laisseront à ce pays. auquel ils n'ont jamais rien donné, mais auquel ils ont tout pris, sera une mémoire souillée, un caractère flétri, un (2om et un passé odieux et méprisés. “
Ils seront montrés du doigt comme des “exemples de ce que la cupidité, l'égoïsme, l'esprit de parti, l’'ambition, la lâcheté et l'absence de cœur, poussées à leurs extrêmes limites, peuvent produire de plus déshonorant-au point de vue national et politique.
Toutes les accusations accumulées sur la tête de Riel, toutes les infamies, toutes les souillures faites à sa mé-
moire, retomberont sur eux, et la postérité confirmera
par son jugement impartial, le verdict porté sur cette question, par la haute autarité épiscopale de Mgr O'Brien, archevêque d’Halifax, disant :
“ Unetache hideuse vient d’être tout récemment imprimée sur la page actuelle de notre histoire,
“ Et c'est en vain qu'une presse partisanne -ot des ministres de cabinet intéressés cherchent à l'effacer ; elle reste indélébile.
‘ C’est en vain que l’on veut maudire l'épée qui, dans l’espace de trois lustres, à arrêté la marche des voleurs de propriétés et 8 assuré la reconnaissance légale d'un peuple ménacé d'’extermination ; cette épée no sera jamais flétrie.” ‘
ADOLPHE QUIMET. :
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