‹ La vérité sur la question métisse au nord-ouestChapitre 71 sur 77 · MONSIEUR ET CHER AMI · texte numérisé non relu

MONSIEUR ET CHER AMI

s'inspirer anx sources les plus'sublimes. | - Le P. André a plus que tout autre homme connu ce qu'était Louis Riel, et le témoignage qu’il'en rend relève, au-dessus de tout ce qu'on 2 pu en dire jnsqu'ici. la noble figure du patriote métis dans l’estime de tous les chrétiens, - * 7

Mais laissons la parole au dévoué missionnaire. Voicien

quels termes le confesseur s’adresse à l'avocat de Riel:

Au moment de quitter Régina, je veux être fidèle au désir

Réerna, le 20 novembre 1885. -

NN

"Fôrmellement exprimé par le défunt Louis David Riel, de vous

cera jamais de ma mémoire, illa prié avec une ferveur extraor!

corde ; il a surtout été fort érnu quand je l'ai informé que M.

adresser quelques mots. . :

La nuit qui a précédé ea mort, me trouvant seul avec'lui dans sa cellule. il m'a recommandé de vous écrire en son nom pour vous remercier, vous et M. Fitzpatrick, ainsi que M. Greenshields, des efforts nobles et généreux que vous avez faits pour le défendre et le soustraire à Îa potence. Dans ce témoi-

gnage, il comprend tous les! cœurs généreux tant français:

u'irlandais, qui se sont intéressés à son malheureux sort, D

urant cette nuïitisi remarquable et dont le souvenir ne s’efa

dinaire pour vous! cher monsieur, conjuranit : le Seigneur de

-vous bénir à jamais ainsi que votre”épouse el vos chers petits .:

enfants, en reconnaissance de tout ce que vous aviez fait pour

Jui." I] a été extrêmement tohché en apprenant de ma bouche ‘toutés les” démarches que vous faisiez pour le sauver de la

Fitzpatrick, à peine débarqué de son voyage en Angleterre, s'était rendu en toute hâte à/ Ottawa pour tenter un dernier effort en sa faveur, | Mais rien âu monde ne pouvait le sauver. La détermination de le détruire éiait un parti pris chez sir John Macdunald depuis longtemps, et les ministres RTn

français, nos défenseurs naturels, cédaient avec empressemen àla volonté despotique de leur maître! Tous ces souvenir étaient vivement présents à l'esprit du pauvre Riel, la veilk de sa mort, et son cœur,/malgré les angoïsses qui devaient 19

* remplir, était plein de reconnaissance pour tous ceux qui lui

‘avaient témoigné de la sympathie dans ses malheurs.

“Père André, me disait-il. en me pressant dans ses bras, soyez l'interprète de mes sentiments d'affection et de recon-

en.

naissance pour le peuple de la province de Québec, pour mes amis si nombreux aux Etats-Unis, pour les Irlandais du Canada, et assurez-les que Riel en mourant 2 eu an souvenir -

KR

pour eux tous;-et je leur fais une dernière requête, c'est de no pas m'oublier dans leurs prières ” ° - Mon cher Lemieux, notre pauvre ami Riel. est, mort en brave, en saint, Jamais mort ue m'a plus consolé et édifié que cette mort! Je remercie le Seigneur de m'avoir rendu témoin ‘ de touts la vie que Riel a menée en prison. Ïl passait tout son temps à prier et à se préparer au passage terrible de cette * vie à l'éternité, et Dieu lui a accordé de faire ‘une mort .héroïque. Jia, si je puis me permettre cette expression, ennobli et . comme sanctifié l'échafaud ; le supplice auquel il a été condamné, loin d'être une ignominie pour lui, est devenu, par suite des circonstances qui l'ont accompagné, une véritable apothéose de Riel. Le gouvernement ne pouvait mieux faire pour rendre immortel le nom de Riel et se couvrir d'infamies aux yeux de l’histoire, qu'en faisant oxécuter la sentence comme il l’a fait. ‘ Le Sir John, dans sa politique du Nord-Ouest, a tonjours eu le

rare mérite de faire tout le contraire de tout ce que lui demandaïent les vrais amis du pays. et dans cette circonstance où.de toutes parts on: lui a dit que Riel mort serait cent fois plus

dangereux que.vivañt, il 4.suivi son ancien principe d'avoir . pour politique son caprice et sa volonté arbitraire. ‘

Riel est mort, mais son nom vivra dans le Nord-Ouest quand le nom de sir John, son implacable ennemi, sera depuis longtemps oublié, malgré toutes les affirmations au contraire de ses adulateurs intéressés, Le Leader de Régina, qui n'aimait guère Riel, a été obligé de rendre hommage à cette grande et mâpgnifique mort, Vous en recevrez un numéro qui vous initiera &"toutes les circonstances: qui ont marqué cette mémorable mort. .

Toute la nuit qui a précédé sa mort, Riel n'a pas manifesté le moindre symptôme de frayeur. la prié une grande partie de la nuit, et cela avec une ferveur, une beauté d'expression et une contenance qui le transfigüraient et donnaient à sa physio- .

. 2Omie une expression de beauté céleste. : US Mon cher umi; je ne puis vous dire les tristes impressions’ ue j'ai éprouvées en tenant compagnie à ce prisonnier pour equel j'avais le respect ot la vénération qu’on pour un saint, Voilà vingtcing ans que j'exerce le saint ministère et je puis vous assurer que jemais mort ne m'a tant édifié et consolé à la fois: , Toute [a nuit, il n'a pas eu une seule parole de plainte contre sa sentence de mort, ni contre ses persécuteurs + il était

gai joyeux en voyant sa-captivité près de se terminer. Il me disait souvent : .

Je ne puis vous dire combien je me sens heureux de mourir; mon cœur surabonde de joie,” et il riait de bon cœur, il’ m'em- ‘brassait avec effusion, me remerciait chaleureusement d’être resté jusqu'au boùt avec [ni Comme je lui manifestais ma crainte de voir uns crise survenir quand viendrait le moment ‘ suprême. il me disait avec force: “ No craignez pas, je ne ferai pas houte à ‘mes amis et je ne réjouirai pas mes ennemis ni les ennemis de la religion en mourant en lâche. Voïlà quinze ans qu'ils me poursuivent de leur häine et jamais. encore ils ne m'ont fait fléchir ; aujourd'hui moins encore, quand ils me conduisent à l’échafand et je leur suis infiniment reconnaissant de - me délivrer de cette dure captivité qui pèse sur moi. J'aime assurément mes parents, ma femme, mes. enfant+, mon pays et mes compatriotes ; la perspective d’être libre et de vivre avec eux aurait fait battre mon cœur de joie. : Mais la pensée de passer ma vie dans un asile d'aliénés ou dans un-fénitencier, mêlé à toute l'écume de la société, obligé ‘de subir tous les affronts, me remplit d'horreur. Je remercie Dicu de m'avoir épargné cette épreuve et j'accepte la mort avec joie .et reconnaissance. Un nouveau sursis, dans les dispositions d'esprit ' dans lesquelles je suis, m'affligerait grandement.” “| T1 s'écriait comme. 4ominé par une sorte d'enthousiasme reliieux: ‘* Dstatus sum in his quæ dicta sant mihi: in domum omini ibimus.” : : “ Soyez tranquille. Père André, je mourrai joyeux et coura.

geux. Avec la grâce de Dieu, je marcherai bravement à le :

mort.” à ou .

Le croiriez-vous, monsieur. Lemieux ? Quoique sous le poids de tant d'émotions qni se pressaient dans mon cœur, et placé

dans une situation de nature à m’exciter beauconp, je puis vous :

- affirmer ‘que je passai une nuit saintement heureuse, et les heures s’écoulèrent rapidement pour moi. Riel fut occupé soit à prier et à écrire à 8es parents et à ses amis, soit à converser avec moi sur des sujets purement spirituels, Dans le cours de la conversation, il me chargeait de différents messages. Il avait la mêmo courtoisie et douceur à l'égard des gardes se prêtant volontiers à écrire des paroles de souvenir à ceux qui fai en demandaient. C’est singulier et extraordinaire comme . il avait acquis l'estime et le respect de tous ceux qui venaient en contact avec lui. Il avait quelque chose qui imposait le respect, et quoique poli, jamais il n’était familier avec personne, Les hommes de police, les dames du Fort et quelques officiers

ur

Page 1