UR LA BU88IE
Pierre II, le dernier des Bomanow, mourat à Moscou le 19 [30] janvier 1730. A peine avait-il fermé les yenx,* que la majorité du conseil intime suprême (verhovnyi tainyi 80vét\ ou plutôt les deux âtmilies des- Bolgoroukow et des Galitsyne, formèrent le
rencontré, entre Riga et Liban, sa tante la princesse Marie (sœur de Pierre I*, qui revenait de Cirisbsd). La princesse Marie Ini dit entre antres r • Ta mëre (l'ez-czarine £udozie, renfermée, comme «noas l'avons vu, dans un convent) a eu des vissions lui annonçant que ton père la reprendrait^ t vivrait avec elle et aurait des enfants.** Tout en laissant les visions pour ce qu'elles valent, il est clair que si Pierre avait été marié avec Catherine, la princesse Marie n'aurait jamais pu dire que son frère recommencerait à vivre avec la czarine Eudoxie. Ce passage, omis dans le texte imprimé du procès du czarévitch, existe dans le dossier officiel manuscrit. Enfin, trois mois plus tard, le 18 mai, le czarévitch Alexis, après avoir de nouveau subi la question, raconte que l'archevêque de Riazane lui aurait dit : „ Soyez prudent; votre père ne peut ,se marier du vivant de sa femme; il ne voudra ^jamais la faire sortir du couvent et la reprendre : a il nous faut cependant avoir un héritier de sa cou- , ronne I •
projet de limiter le pouvoir impérii -conseil se composait alors de six mec le chancelier comte Golovkine, le vice «elier baron Ostermann, le prince '.
Mihailovitch Galitsyne, et trois prince ^oroukow : Basile Loukitch, Alexis Tiévitch et Michel Vladimirovitch. Dj nuit même oîi mourut Pierre U, le c intime suprême admit dans son sein le!
maréchaux prince Michel Mihailovitc!
litsyne et prince Basile Vladimirovitd goroukow; il espérait par ces choix ac de rinfluence sur les troupes. Parn membres du conseil, Ostermann ne geait point les vues de ses collègues; toujours prudent à Texcès, il se dit m «'enferma chez soi, et prétexta la au bras droit pour ne signer aucun p <joiovkine, pusillanime et lâche à son naire, tremblant devant chacun, gard silence pendant les séances, et dans 1 tretiens particuliers tenait à chacun L :gage qu'il savait devoir lui plaire.
Les nobles qui se trouvaient à Mosc réunirent en une nombreuse assemblée, libérèrent sur ce qu'il y avait à faire.
iUR LA RUSSIE. g(^
clarage dégradant auquel île se trouYaîcnt Boumîa pesait natureHemeiLt aux nobles rua* Bes, et les Humiliait au plue haut point* D'un autre côté, jamaîi les cîrconatances ne furent plus favorables à un cbangement de la forme dm goiiTemement* La maison de Eoînanow, noui Ta^^oas dit, s'éteignait avec Pierre II, I>ea deux tantes de ce prince, filles de Pierre I", Paînt'e, Anne, mariée à Cliarles'Frc^dério , duc de Holsteiîi, venait de mourir depuis peu, laissant un fils qui fut plus tard Pierre III; la plus Jeune, la princesse Elisabeth, se trouvait à Moscou,. non marine, occupée de libertinflge et ne Bongeant nullement à ce trône, sur lequel les circonstances la portèrent depuis; d'ailleurs, toutes les deux n'étaient que des enfants illégitimes et n'avaient nul droit à la couronne. Le czar Jean V, frère aîné de Pierre I**, avait laissé trois filles, les seules survivantes légitimes de la dynastie de Eomanow : c'étaient Catherine, mariée au due Léopold de Mecklenbourg-Schwérin, séparée de son mari et habitant Moscou; Anne, veuve du duc de Courlande, établie à Mittau en Conrlande (oh elle gouvernait le duché; le
•duc régnant, aon beau-frère, rerdinan dernier de la dynastie Kettler, ayar chasse par les Oourlandais, vivait à Ko( berg), et la princesse^ Prascovie, étab Moscou, et unie en mariage morgans et secret au sénateur Jean Bmitrie^ monow.
Ni les oligarques (comme on appelait les Dolgoïoukow et les Galitsyne) ni ] blesse ne Hrent preuve en cette circone de tact politique, ni de ces vues large forment l'apanage des hommes d'état, limiter le pouvoir impérial d'une ma sérieuse et durable, il fallait une con tion, et cette constitution ne pouvait ; dre racine dans le pays, si elle n'améli la position de toutes les olasses de le tion, n fedlait commencer par décrète] mancipation des serfs; ensuite créer chambre des communes, composée, à l'i des états-généraux de 1613, de repr tants de toutes les classes de la natioi organiser une chambre haute, soit h^ taire, à Tinstar de la pairie anglaise , viagère, soit élective, et, comme de n me faire aucune différence entre les
gènes rasses et les habitants des provinces nonyellenient rénnies de Livonie et d'Esthonie. Il fallait également ménager le clergé russe, possesseur à cette époque de yastes propriétés, et nullement déchu, encore de tx>ute influence, comme il l'est de nos jours. Il Mlaity en un mot, faire appel aux intélêts et à l'amour -propre de toutes les classes, et s'en former un appui. L» contraire «lit lieu. Les oligarques, comme la noblesse, «emblèrent prendre à tâche d*irriter et de hisser tout le monde. Cependant, ayecplus ^liabileté, il était facile de transformer la HuBsie en un pays constitutionnel : le dégoût pour le despotisme était tellement vif *t prononcé chez tous les Russes , que l'on îi'entendait parler que de constitution, et comparer entre elles les institutions des divers pays de l'Europe (1). Tous se trouvaient d'accord pour porter au trône la du-
(1) Voyez les dépêches de M. Magnan, résident français, citées dans le livre de M, Nicolas Tourgaénew : La Russie et les Busses^ et dans un livre publié h Berlin il j a qaelqaes années : la Cour de Russie il y a cent ans.
chesse Anne de Courlande; son éloignement de Moscou laissait aux innovateurs plus de temps libre, et son éta,t de veuve éloignait toute crainte de Tinlluence que pourrait exercer un mari ambitieux; on savait bien qu'Anne vivait publiquement avec Fun de ses courtisans, Jean-Ernest Bieren; mais Ton fut d'aecord pour interdire à cet aventurier l'entrée de la Eusûe.
La noblesse voulait avoir deux chambres ; un sénat viager composé de trente-six membres, à la nomination du souverain, maÎBavec la clause de n'y faire jamais siéger à. la fois deux personnes de la même fEunille^ clause évidemment dirigée contre les oligar* ques. L'autre chambre devait être composé^ de députés élus par la noblesse, au nombre de cent, se réunissant tous les 'ans à Moscou pour quatre mois; une commission de trente-trois membres élue au scrutin par 1* chambre, dans son sein, siégerait en permanence pendant les autres huit mois de l'année. Le clergé se trouvait exclu de toute part à la représentation nationale. Ce projet avait plusieurs vices qui devaient le faire avorter. Accorder les droits politiques exdu-
SCfB LA BU88IB.
Biyement à la noblesse seule, c'était créer une oligarchie à l'instar de celle de Pologne, qni aurait amené la mine de la Busm y comme l'oligarchie polonaise amena celle de son pays; l'exclusion du clergé en faisait un ennemi implacable et fort dangereux à cette époque. Enfin, le \naintien du sery^ rendait impossible l'existence d'un gouvemement constitutionnel; on ne saurait, dans une monarchie, fonder la liberté sur la base du servage. Pour qu'un gouvernement monarchique constitutionnel puisse se lûaintenir, il faut que toutes les classes de k nation soient libres ; de même le despotisme ne saurait se maintenir que là où tout le monde est esclave, fût-ce même sous des formes extérieures plus ou moins vanées, comme de nos jours en Kussie.
le projet des oligarques était pire encore. Ils ne voulaient d'aucun système représentatif, et repoussant Toligarchie nobiliaire proposée par la noblesse, voulaient instituer une oligarchie restreinte au profit exclusif de deux familles (sur les huit membres du conseil intime suprême, il y avait quatre princes Dolgoroukow et deux princes
LA VÉBITÉ
Galitsyne). Ils proposaient de confier tout le pouvoir au conseil intime suprême, de porter le nombre de ses membres à douze, et d'obliger le souverain à siéger dans ce conseil sur le même pied que les autres membres, en lui* réservant seulement deux voix au lieu d'une. Les places vacantes dans le conseil devaient être remplies au choix des membres du conseil même. C'était ti*ansporter en Kussie le tribunal vénitien des Dix, en le rendant héréditaire, sinon de droit, au moins de fait, puisqu'il est clair que les membres du conseil auraient élu aux places vacantes leurs fils et leurs parents. C'était instituer une oligarchie au profit de deux familles, c'est-à-dire la plus épouvantable de toutes les tyrannies. Pour achever de faire prendre ce projet en haine par tout le monde, les oligarques excluaient de tout droit d'éligibilité au conseil : 1) le clergé; 2) les étrangers, en faisant une exception personnelle et viagère pour le baron Ostermann, et même, 3) les Allemands russes des provinces de Livonie et d'Esthonie. Un projet aussi absurde ne pouvait qu'échouer ; aussi était-il repoussé par tout le monde.
Entre ces deux partis plus ou moins oligarchiques, il s'était formé un tioisième parti, lequel, n'adhérant ni à Tun ni à Vautre système, préférait une monarchie absolue oîi tout le monde serait esclave, à une monarchie limitée où un petit nombre d'hommes libres opprimerait toutes les autres classes de la nation, enchaînées dans les liens de l'esclavage. Ce parti se composait : 1) du clergé en masse, irrité de se voir exclu systématiquement, par les deux factions oligarchiques, de toute part au gouvernement, et iniiuencé vivement dans le sens d'une forte opposition par Fdofane Prokopovitch, métropolitain de Novgorod et président du synode, prélat d'une haute intelligence, cauteleux, perfide, cruel, et d'une insatiable ambition; 2) des étrangers en masse, envers lesquels la majorité de la noblesse russe faisait preuve, à cette époque, d'une vive antipathie ; ils avaient pour chefs politiques le feld-maréchal comte Bruce, le baron Ostermann et le célèbre comte de Munich, grand maître de l'artillerie de l'empire; 3) des Allemands russes de Livonie et d'Esthonie. Entre eux et les indigènes russes régnait,
à cette époque, une aversion mutuelle nullement déguisée, et numériquement plus faibles, ils ne voulaient point se mettre à la discrétion d'une majorité exclusivement russe; le principal meneur parmi eux était le comte Eeinhold de Loewenwolde, ancien grand maître de la cour de Eussie et amant de Catherine I", devenu l'agent secret, à Moscou, de la duchesse Anne de Courlande, l*un des hommes les plus fins et les plus mBés de répoque; 4) enfin, des Eusses ralliés à la duchesse Anne de Courlande par des intérêts personnels ou par des liens* de ffiimille, comme par exemple les Troubetzkoi, et le sénateur Simon Saltykow, parent de la duchesseu Anne, dont la mère avait été une Saltykow ; il était major aux gardes et trèspopulaire parmi les ofdciers; son fils aîné avait épousé une Troubetzkoi.
Le conseil intime suprême s'était hâté de décerner la couronne à la duchesse Anne, à des conditions qui limitaient son pouvoir de manière à rendre le conseil suprême maître absolu de toutes les affaires, sans accorder la moindre garantie ni à la noblesBe» ni aux autres classes de la nation. Une dépn-
tation fat envoyée à Mittau pour proposer la couronne à la duchesse, bous ces conditions. Les parents et les amis d'Anne lui conseillèrent de tout accepter, lui promettant, une fois qu'elle fierait arrivée à Moscou, leur concours pour le rétablissement du pouvoir autocratique. Anne signa toutes les conditions, arriva dans les premiers jours de février à Moscou, et quinze jours ôprès le pouvoir autocratique se trouvait rétal>li- Voici comment cela eut lieu. Lorsqu'on apprit à Moscou que la duchesse Anne accep- ^it le pouvoir limité, les chefs du parti nobiliaire, les familles des princes Odoievski, Bariatinski,Répnine, Stcherbatow, Shahovskoi, ftozorovski, Gagarine, Volkonski, Havanski, Kourakine, Cantemir, Ouroussow, Youssoupow, les comtes Golowine, Apraxine, Mous- «ine-Pouchkine, Matvéiéw; les familles des tapouhine, des Narychkine, des Miloslavski, <ie8 Stréschnéw, toutes les quatres alliées à la maison impériale qui venait de s'éteindre; les familles des Tatistchew, des Rjevski, des Yéropkine, des Dmitriew-Mamonow, des Schérémotew, des Glébow, des Volynski; les généraux Czemyschew, Levaschow, Matiouchkine, Ouchakow, RoumiantscNV , proposèrent
aux Dolgoroukow et aux Galitsyne de s'entendre définitivement sur les bases d'une constitution. Les négociations n'aboutirent à rien; les oligarques du conseil suprême, frappés d'un incurable aveuglement, persistèrent à exiger que le pouvoir leur fût remis en entier. Il va sans dire que la noblesse, entre le despotisme d'un seul souverain et le despotisme de deux familles, choisit des deux maux le moindre, et opta pour le despotisme d'Anne. Une scission se produisit dans le parti nobiliaire. Les uns, en présence de ^obstination du conseil suprême, se décidèrent à rétablir purement et simplement le pouvoir autocratique; d'autres voulurent essayer d'une dernière tentative, et présentèrent au conseil suprême un mémoire rédigé par Basile Tatistchew (1). Dans ce
(1) Ce Mémoire, imprimé il y a quelques années dans nn livre publié en Russie, a été rédigé par Basile Tatistchew ; nous en avons tu roriginal écrit de sa main. D'iiis ce Mémoire il est questioo de la charte imposée k Michel Romanow en 1613. Les papiers de Tatistchew projètent une certaine lumière sur l'épisode 'de la tentative constitution-
mémoire, tout en demandant le rétablissement de la forme de gouvernement autocratique, ils -sollicitaient pour le sénat le droit de nomination aux divers emplois, même à peux de gouverneur de province, et un contrôle sérieux sur toutes les branches de l'administration; ils demandaient en même temps que le nombre des sénateurs f&t limité à vingt et un. Le conseil suprême ayant rejeté leur demande, ils se joignirent à ceux des nobles qui voulaient le rétablissement pur et simple de Fautocratie. Anne confia le commandement de la garde du palais au sénateur Simon Saltykow, et la noblesse en masse, sous Tégide des officiers de la- garde impériale, se présenta devant rimpératrice et la supplia de prendre le pouvoir autocratique^ Anne le fit à l'instant, et donna Tordre à son favori Bieren de venir à Moscou» On sait que le règne de cette princesse, elle-même d'un caractère dur et implacable.
nelle de 1730. Nous connaissons le lieu de dépôt de ces papiers, et nous formons le vœu sincëre de les voir imprimer à Fétranger. Ce serait un devoir à accomplir.
fut souillé par les cruautéa terribles de son odieux favori.
C'est sous ce règne infâme que parut, le 7 janvier 1736, le premier oukase aiUorisant Tachât des Kommes pièce par pièce. Ce droit hideux fut confirmé, sous le règne d'Elisa* beth, le 5 novembre 1753, par un arrêt du sénat rendu dans une affaire judiciaire.
L'absence d*union dans la noblesse et le manque d'esprit politique de -sa part, firent avorter la tentative constitutionnelle de 1730, laquelle d'ailleurs n aurait abouti qu'à la création d'une oligarchie, et par conséquent, avec le temps, à une anarchie qui aurait pu mettre en péril l'existence même de la Hussie. Les nobles russes se retrouvèrent •esclaves comme ils l'avaient été jusqu'alors, ayant, pour toute issue à leur position humiliante et intolérable, la possibilité de changer parfois d'oppresseurs au moyen des révolutions de palais, qui, pendant une certaine époque du dix-huitième sipcle, ont fait du trône de Eussie un passage aboutissant à un cachot, et du cordon bleu un passej)ort pour. la Sibérie.
Cette position abjecte de la noblesse russe
se prolongea pendant le règne sombre et dur d'Anne, pendant la régence douce et bénigne, mais très-courte, de sa nièce la pimeesse Anne de Brunswick-Bevem (fille de la duchesse Catherine de Mecklenbourg), €t pendant le règne d'Elisabeth, règne resplendissant de luxe et de fêtes, mais pasfiablement cruel, et de la dégoûtante dépravation duquel les Mémoires (bien authentiques) de Catherine II ofi&ent la peinture si triste et si exacte. Anne choisit pour héritier son petit-neveu, âgé de deux mois, le* prince Jean de Brunswick -Bevem, sous le nom de Jean VI. Elle confia la régence à Bieren, que Munich renversa et fit exiler trois semaines après pour confier la régence à la princesse Anne, mère du jeune prince. Ainsi le trône de Kussie allait appartenir à la maison de Brunswick. Après une année de régence, Anne fut renversée par Elisabeth, et jetée en prison avec toute sa famille. Le parti russe était furieux contre les Allemands qui avaient soutenu et étayo le despotisme de Bieren, comme ils soutenaient et étayaient la régence douce et bénigne de la princesse Anne : ces Allemands
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n'avaient point agi par méchanceté ni par haine, mais simplement mus par le désir ardent de conserver leurs places et de se faire une carrière. Le parti russe renversa en une nuit la maison de Brunswick et porta au trône Elisabeth, ôlle illégitime de Pierre I". A cette époque de dégradation morale en Eussie, un homme qui voulait faire fortune avait recours à une conspiration ayant pour but un changement de souverain, ou même un changement de dynastie, comme aujourd'hui il se lance dans les entreprise» industrielles, et l'on devenait conspirateur, même régicide, comme aujourd'hui Ton devient le fondateur d'une compagnie d'actionnaires (1). On avait cessé de songer aux garanties constitutionnelles, et pour ce
(1) Le comte Simon Worontsow, retiré des affaires et fixé a Londres sar ses vieux jours, racontait an prince G (dnquel nous tenons cette
anecdote), qu'après Tassassinat de Pierre III, ayant rencontré Tan de ses assassins, le prince Théodore Bariatinski, il Ini dit : , Comment avez -vous pu „ commettre une action pareille?" Et Bariatinski lui répliqua en haussant les épaules : „ Que voulez- ,vou8, mon cher, j'avais tant de dettes!"
qui en était du bien du pays, du sort de la plnB grande partie de leurs compatriotes, les valets titrés dn palais de Saint-Pétershonrg, chamarrés de broderies et de cordons, gorgés d'or, n'y avaient jamais songé. Avides et bas à la fois, ils supportaient et la torture et les châtiments corporels. La chancellerie secrète fut terrible sous les règnes d'Anne et d'Elisabeth.
Le trône de Russie était devenu un imlûeuble, dont le propriétaire momentané, mis en possession de cet immeuble par un hasard heureux, disposait à volonté sans se donner la peine de consulter une nation, que Ton regardait comme un troupeau de bétail bon a exploiter. Elisabeth fit passer la couronne fe Russie dans la maison de Holstein-Gottorp, Tune des branches cadettes de la mai- Bon de Holstein dont la branche aînée règne sur le Danemark. Elle choisit pour héritier son neveu Charles-Pierre-TJlric , fils unique de Frédéric-Charles , duc de Holstein-Gottorp, et de la duchesse Anne, fille illégitime de Pierre T' et soeur aînée d'Elisabeth.
Le 25 décembre 1761 [5 janvier 1762], Elisabeth mourut, et la maison de Holstein-
Gottorp monta sur le trône de Eussie, qu'elle occupe aujourd'hui. Le nouvel empereur prit le nom de Pierre III. C'était un prince à moitié crétin, à moitié fou, lâche et ivrogne à l'excès. Mais les Holsteinois venus avec lui en Russie, pour s'y établir et y chercher une fortune qu'ils croyaient ne pouvoir leur •échapper, avaient été élevés en Allemagne, dans un pays où la noblesse n'entendait nullement suivre l'exemple de la noblesse russe, qui se soumettait, suivant le bon plaisir impérial, à la torture et aux châtiments corporels. Ayant l'intention de se fixer en Eussie, ces Allemands songèrent à arracher cette noblesse russe, dont leurs enfants se trouvaient destinés à faire partie, à sa position abjecte. L'empereur ne leur refusant jamais rien entre deux vins, ils obtinrent de lui : 1) l'exemption de la noblesse de tout châtiment corporel; 2 ) le droit pour les nobles de quitter le service à volonté, d'aller et de venir à leur gré, de voyager et d'entrer avec le consentement préalable du souverain au service des puissances étrangères; enfin, 3) l'abolition de la chancellerie secrète.
£n Europe, tout cela fait partie des droits
civiques de chaque citoyen; en Eussie, l'on appelle cela les privilèges de la noblesse.
Le prince Michel Stcherbatow, dans son carienx Mémoire sur les moeurs rosses au dix- huitième siècle, raconte ce fait autrement Il dit que Pierre III, youlant un jour faire une infidélité à sa maîtresse la comtesse Elisabeth Worontsow, et passer la soirée ailleurs qu'avec elle, dit à l'un de ses favoris, le secrétaire d'état Dmitri Wolkow: ),Pai dit à mademoiselle Worontsow que nje devais passer ma soirée à travailler avec >»toi sur des affaires de la plus grande im- «portance. Ainsi rédige-moi, pour demain ma- Mtin, un oukase qui ait la plus haute significa- '«tion." Et Wolkow lui présenta le lendemain l'oukase sur la noblesse, que l'empereur signa. I-e récit de Stcherbatow n'infirme en rien notre version, basée sur les récits de vieillards, dont les pères se trouvaient à Saint- Pétersbourg en 1762. duel que fût le crédit de Wolkow, il n'allait point jusqu'à la puissance d'amener une modification dans les lois fondamentales de l'état, et il n'aurait pu le faire sans le conseil et l'appui des Allemands qui entouraient Pierre m.
et dont Wolkow était l'ami et le commonBal journalier.
De cette époque date pour la noblesse russe une ère nouvelle. L'esclavage complet et absolu auquel elle se trouvait réduite jusque-là fut transformé en un demi-esclavage, et quoique livrée encore à la merci des caprices du pouvoir souverain et des favoiiB de cour, elle fut exonérée de Thumiliation de se voir exposée à Tinfamie des châtiments corporels, et cess.i d'être attachée au service public, comme un serf à sa glèbe, depuis Tadolescence jusqu'à la tombe.
Non-seulement personne ne songea à alléger la position des serfs, mais elle fut encore empirée, sinon de droit, au moins de fait. Jusqu'en 1762, la noblesse, tout en exerçant sur ses serfs un pouvoir presque illimité, se voyait elle-même soumise au pouvoir illimité du souverain et de ses favoris; elle subissait les mêmes vexations; elle se voyait infliger les mêmes châtiments; c'était dé la fraternité dans l'esclavage et le malheur; le noble pouvait apprécier la dureté du sort fait au paysan, lui-même se trouvant dans une position identique. A corn*
tion et de la bnztxiré âfc c» |He-9«i& £bmaine par caradêfe, ç&moik h^ :psfnîanc ^ mais derant Taete k plis cnitîl r'i. immir èbK utile à ses mes palhiui»» . «: tr-iû INv-dessoB tout des ^^vpst ôt TtmàoL jet bliqne, Catherine, t^m eL rtfaâdiiiwiir «m main la chancellerie M*«rt^ uifubt iiu? ma mari, ordonna à cette izisiriritir ôt jmrvMs arec ménagement et âij^ TvhIvp:. Hlit r^ ^ ancnne srmpaiLJe puer je }«Biniît er 0008 ayons tu nons-ménri:. ^àriz dhft IL Kjii> W, une lettre àt Csâkcrixtt m. itut-iiaavthaï comte Pierre Sahjkw jptirT»23i»î«r çt'
tat'ral de Mo&eon et bit*ï*-iL it lLazlx*fv\, ut elle écrivait au etiWî c'--i- j-ryi-r. . r^nuc»*:' ■f par elle, de rélabli&seiLAii c**;».-!»!** cti:* j*.'* 'ï villages. „I1 ne iwit point dyiaiw c'jaiB'-ru».' >»tiott au bas peuple; quaiid i! i-i tuun-. «monsieur le miiréchal, auuaii vi*t Tym 41: *. »» moi, il ne voudra plus lia-^s c^véir »nnfce
' politique, et la preuve la piui érideir;.»: t.
- î^iel point le servage de la elat>6e iziférîeim:
est incompatible avec le progrès réel et 6t-
^eux d'un paye.
Mais Catherine voulait gagner l'affettl»!»
226 LA vÉRiré
de la uoblesde et de la bourgeoisie. Elle annonça son intention de doter la Eussie d'un nouveau code de lois, et prescrivit- à toutei les classes du pays, les serfs exceptés, d'élire des députés. Les états généraux se rjunirent à Moscou en 1767, sous la présidence de . l'un des hommes les plus éminents et les plus éclairés de son époque, le génénl Alexandre Bibikow. Catherine rédigea pwr ces états généraux des instructions rempUei de maximes tirées de Montesquieu et de Beccaria, et destinées surtout à être répandues en Europe. Traduites immédiatement es latin, en français, en allemand, elles étaient destinées à assurer à Catherine, en Europe, la renommée de législatrice. Cette demiiie session des états généraux russes, la seule et unique au dix-huitième siècle en Itusiiei fut signalée par la présence dans leur sem d'un grand nombre d'hommes distinguos et par l'importance des questions qui y fuient soulevées. Des plaintes universelles s'élevèrent contre la concentration , dans les mains des gouverneurs de province et des districts, des pouvoirs judiciaire et administratif; lei exactions et la tyrannie de ces pachas dtf"
es des yiiies, dont nous parierons plos Ai question du servage fut noblement 3 par un grand nombre de députés; landaicut Tabolition de cette odieuse ion; mais leurs voeux ne trouvèrent l'écho chez Catherine. £ufin, les plus tables et les plus intelligents expri-
leur conviction de l'impossibilité able faire sortir la liussie de cette fange raire, de vénalité et de dépravation
où elle croupit, sans l'établissement niions politiques offrant des garanties
et sérieuses. ,, Après que nous aurons 3 le code des lois et qu'il aura été ï exécution, demanda un député, y
vil «ni>ftrA flpR nnlriiRPA ? Oni o.or-
session, furent proroges, et leur convocationj rémige à une époque indéterminée, n'eut jamais lieu.
Dans cette session des états généraux, la dernière qui ait eu lieu en Bussie jusqu'à nos jours, un fait important se produisît pour la première fois. Les états généraux de 1767 s'élevèrent à une hauteur de vues digne d'hommes politiques; ils se garderont bien de commettre la faute immense des oligarques de 1730, lesquels, aveuglés par la cupidité et l'orgueil, avaient voulu établir la liberté politique en la faisant reposer sur la base du servage; ils ne tombèrent point non plus dans la fuute naïve et enfantine de certains réformateurs, qui se font illusion au point de s'imaginer pouvoir maintenir le servage dos classes supérieures tout en abolissant celui de la classe inférieure, et pouvoir reconstruire le rez-de-chaussée sans toucher aux divers étages de l'édifice!
La majorité des états généraux de 1767, composée d'hommes véritablement éclairés, comprit qu'un état monarchique, pour être fort et stable, ne saurait se composer à moitié d'esclaves, à moitié d'hommes libres;
Bxm LA ItrS.HlE.
i^u'U faut qne tous soient libres ou bien que tons soient csclaTes, fùt-C€ même aoue des forme 3 d'eselavage pîua ou moins varices. Seulement, un étîit compose d'esclaves, s'il ïi'oxrive point à la liberté, finit par aboutir à une dissolution complète.
Un obeerratcur BUperficiel, en jetant les yeux sur la Kussie à cette épof[uej aurait pu croire que les serfs se seraient résignes à leur malheureux gort : tout semblait tranquille et ealinc; mais il se serait grandcr ment trompd : il ne fallait qu'une étîneelle pour faire tout éclater. Cette étincelle partît des rives du Don, et alluma un incendie qui menaça sérieusement l'existence du trône de Catherine. Un Cosaque fugitif et sectaire (il appartenait à la catégorie des vieux croyants), Pougatchëw, se fit passer pour Pierre III, et souleva la population de cette immense étendue de pays qui se trouve entre le Don, le Volga, la Kama et la chaîne des monts Ourals. Les serfs, appelés par lui à la liberté, massacraient partout leurs maîtres. Si Pougatchëw avait eu une intelligence politique véritable, il pouvait, en proclamant Témaucipation des serfs, sans leur permettre d<à
verser le sang des nobles, et en promcltant une constitution, mai cher sur Moscou et Saint- Pétersbourg, et renverser Catherine. Ses relations secrètes s'étendaient beaucoup plus loin qu'on ne Ta cru généralement; ron • bien trouvé dans son camp le drapeau de l'un des anciens régiments holsteinois de Pierre III; avec de la modération et de l'habileté, il aurait eu pour lui et tous les mécontents, et toute cette catégorie d'hommes, si nombreuse dans tous les pays, qui cpooscnt toujours la cause du vainqueur, si cette cause ne froisse point leurs intérêts personnels. Mais Pougatchcw, féroce et borné à la fois, dénué d'instruction et d'idées politiques, érigea en principe le massacre de» nobles. La noblesse effrayée se rangea 'autour de Catherine, et l'insurrection fut étouffée» après avoir fait couler cependant des to^ rents de sang et répandu le fléau de la dévastation sur une immense étendue de pays.
Jiln 1774, le grand-duc Paul, âgé de vingt ans, épousa une princesse de Hesse-Darmstadt, laquelle, en embrassant la religion orientale, prit le nom de Nathalie Alexdiema.
sus LA RUSSIE.
Cette grandc-duchessc Nathalie, à peine sortie de Tadolesccnce, faisait preuve d'une intelligence ëminente et d'un caractère fortement trempé. Elle exerçait une immense influence sur son mari, prince très-intelligent, d'un esprit brillant et vif, mais nerveux, bizarre et fantasque. Elle chercha à 86 faire des partisans , et 7 réussit. Quel était son but réel? Nul ne peut le savoir aujourd'hui; elle a emporté ce secret dans la tombe; mais il est indubitable que cette princesse nourrissait des projets politiques, et Catherine s'en doutait bien, car elle avait pris sa belle-fille dans une profonde aversion.
L'ancien gouverneur de Paul, le comte Kkita Ivanovitcli Panine, président du collège des affaires étrangères à cette époque, l'un des hommes d'état les plus remarqua- Wes que la Kussie ait jamais eus, avait passe' plusieurs années à la cour de Suède îQ qualité de ministre de Bussic; il y avait ontracté une grande admiration pour le gouemement représentatif. Lui et la grandeuchessc Nathalie rédigèrent un projet de mstitution, dont le préambule fut écrit par
232 LAVEfilTB
le secrétaire du comte Panine, le célèbre littérateur Denis Eon-Yiesine. Cette conslitation plaçait le pouvoir législatif dans le sénat» lequel deyait se partager en deu chambres. Tune composée de membres ioimoyibles nommés par le souverain, TaotiB de membres élus par la noblesse. Dans chir que province et dans ch8U][ue district, il devait 7 avoir une assemblée de nobles, ayant le droit de discuter sur les intérêts de leur province ou de leur district, et investis de l'initiative des lois vis-à-vis le sénat, lequel avait, de concert avec le souverain, le pouvoir législatif. Des mesures devaient êlie prises pour une émancipation progressive dei serfs. Cette constitution, assez semblable à celle proposée par la noblesse en 1730, avait également le défaut d'être oligarchique, px conséquent éminemment injuste pour les com* merçants et les bourgeois, qui se trouvaieirf complètement exclus de prendre part au gott* vernement, éminemment injuste pour les serfo» auxquels on faisait seulement entrevoir Taffranchissement dans un avenir que l'influenoo oligarchique aurait âui par éloigner. BieA plus arriérée, sous le rapport de la rcpré-
6im LA BUSSIE. 233
(ation nationale, que no rdtaient Icb ctxUs éraux nuises au seizième et dix-seplicme les, la eonstilulion Panine n'était point lie. Elle trouya beancoup d'adhdrents dans loblesse; mais Catherine, à laquelle ce et fut communiqué, le repoussa compléent Le comte Panine ne cessait de ré- !r à son ancien élèye : ,, Monseigneur, întrcprenez jamais rien contre votre mère; fiiut déshabituer la nation russe de Tidoo e la couronne peut toujours devenir le ix d'une émeute; idée funeste, enracinée Russie par la conduite de nos souveins eux-mêmes." La grande-duchesse Naie mourut bientôt, le 15 [26] avril 1776. ime elle était morte en couches, Ton fit ir lo bruit que la sago-femme, payée par icrine, avait hâté sa mort. Il n'existe me preuve légale à Tappui, mais il est lia que cette sage -femme réalisa une ide fortune, et que le prince Potemkine, mtain et si arrogant envers tout le monde, t lui faire visite de temps on temps. On ira dans les journaux étrangers que la de-duchesse, par défaut de conformation, ouvait accoucher, et que ceci avait amené
sa mort. Lo baron d'Assebourg, ministre de llussie près la diète du Saint-Empire, qw avait été chargé trois ans auparavant de la recherche d'une fiancée pour le grand-duc, s'indigna de ce bruit, et écrivit une lellre où il déclarait avoir pris d'avance, auprès des médecins et de l'entourage de la princesse, toutes les informations, dont le résultat lui avait appris que la princesse était douée d'une organisation saine et d'une santé excellente.
Paul étant tombé dans un violent désespoir à la suite de la mort de sa femme, Catherine, laquelle, tenant à avoir des héritiers de la couronne, voulait que son fils se rc mariât, pour Tarracher à son chagrin et ^ ses regrets, eut la cruauté de lui envoyai une liasse de lettres trouvées dans un tiroî^ secret; c'étaient des lettres adressées à 1^ grande-duchesse par le comte André Bazoï^' movski, ami d'enfance de Paul, et prouvaU* jusqu'à l'évidence la liaison de Razoumovel^^ avec la grande-duchesse. A la lecture de oe^ lettres, Paul éprouva un accès de rage fil' rieuse, et de ce jour date cette fatale diêr position à la folie qui assombrit toute l'exir
sut LÀ RUSSIE. 233
tence de ce prince, transforma son règne en xmQ orgie de despotisme tyranuique, et amena sa triste et lugubre fin. Bazoumovski fut éloigne dans une ambassade, et Paul ëpousa, quelques mois après, la princesse Dorothée de Wurtemberg (Marie Fédorovna), laquelle Be donna jamais à Catherine le moindre ombrage.
Voulant faire quelque chose pour la noblesse, mais en conservant la plénitude du pouvoir autocratique, Catherine accorda à la noblesse le droit de se rdunir tous les trois ans en assemblées de districts, puis en assemblées provinciales ; d'élire les maréchaux [prédvodifél) de la noblesse, charges de veiller à ses intérêts et d'être ses représentants %aux vis-à-vis du gouvernement; d'élire le principal fonctionnaire de la police admiiiistrative pour chaque district (capitane isprav- "'i'); d'élire les juges et les as83sseurs des tribunaux de provinces et de districts, et fe veiller à la répartition des impôts; enfin de s'occuper, dans ses assemblées triennales, de tout ce qui se rapporte aux intérêts de la province. Ces droits paraissent considérables dans leur énumération : de fait ils se
236 l'A VÉRITé
réduisent à peu de chose, l^ous verrons ploB
loin, comment un maréchal de la noblesse
provinciale, pour avoir refusé d'exécuter lUM
ordonnance ministérielle contraire aux termcf
de la loi, a été destitué de ces fonctions
N'oublions point que cette énormité aculiei
en décembre 1859, c'est-à-dire sous le règiM
d'un prince bon et animé d'excellentes is
tentions, à une époque où depuis trois an
noce consécutives l'on parle sans cesse d^
réformes (en rejetant, il est vrai, à an<
^hdance plus ou moins longue les réforme
les plus indispensables et les plus urgentes
«» s'en remettant du soin de préparer 1»
«luoliorations nouvelles à des vieillards en*
ei^ùtes dons les abus anciens, et redevables
À CCS abus de leur position et de leur for*
tune, comme d'un autre côté nous voyons
<N>utior « des bureaucrates l'élaboralion dei
moTt^is propres à arracher la Russie 'fl^
j^m^ {ùilArd et démoralisateur de la bureau-
cwwiA Los juges de district se trouvent
ANW^Îot^mont à la merci du gouverneur de
^.^ pï»vittcc, loqiiel, par la plus absurde dos
x\s«Wù«s catn? le pouvoir judiciaire et 1«
)>^\\Mr «^llllini^ttxlt]fy « le droit de rcvia^
BtR LÀ RUSËIE.
les procèB*Te?bûux des tribunaïut et de mettre on jugement les juges eux-iuêrncB, Le tribunal criminel de la province, en du- Tûjîmt au sénat, en cas d'appel, le dosBior d'uue affaire j doit j annexer ropinion du gouverneur sur cette affaire. Les ispravnik des districts, comme noue TaTons dit plus hnut, dans le chapitre où il est queetiiin de radmiuistrntion russe, ee Irouveiït astreints à im tribut annuel, et en cas do non-pajeaicnt, ont l'inévitable chance de se voir destitues et mis en jugement. Enfin, les voeux oînis pur les asseinblées de la uoblesse,. relativement aux intérêts de leur province, dorment du sommeil le plus profond dans les cartons du ministère de Tin-^ tërieur.
Les personnes peu familières avec Te'tat de la Russie et les procèdes habituels du gouvernement russe, pourraient reprocher à la noblesse de n'avoir point su faire usage des droits qu'elle possédait ^ ce reproche serait souverainement injuste. En Bussie, sur ce sol classique du mensonge officiel, la loi écrite n'est point appliquée, et le gouvernement procède à s^ guise, suivant son bon
plaisir. La seule ressource qui reste aux administrés pour échapper au plus odieux arbitraire, c'est de payer les employés, qui alors trompent le gouvernement. D'ailleurs, en Eussie, jusqu'à une époque bien récente, ni plus ni moins que jusqu'à l'avénemént d'Alexandre II, il n'y avait pour un noble non-seulement d'influence personnelle, mais îûême de sécurité individuelle Vis-à-vis de l'arbitraire, qu'en occupant un certain tchine (grade) élevé, ou bien en se, trouvant protégé par des ministres ou des membres de la camarilla. L'arbitraire de l'administration n'épargnait que ceux qu'il redoutait, à cause de leur position administrative, ou de leurs relations personnelles. Pour arriver à un Ichine élevé, l'on ne pouvait point vivre à la campagne; il fallait se consacrer au culte des antichambres de Saint-Pétersbourg, flatter, intriguer, ramper. Des nobles qui s'étaient avisés de prendre au sérieux les soidisant droits de la noblesse, se sont vus exposés à mille avanies, surtout sous le règne de l'empereur Nicolas, de cet ennemi acharné et implacable de la dignité humaine et de l'indépendance de caractère, lequel.
pendant son règne de trente années, a beaucoQp rabaissé dans l'administration russe le niveau de rintelligcncc, de la loyauté et de la dignité. Combien de nobles ne se sont-ils paa TUS saisis, exilés dans une ville éloi- ^ée, placés sous la surveillance de la poïce, ou bien jetés dans une forteresse, et iétenuB là sans procès ni jugement (1)!
(1) Yo\c\ nn fait qnl nous est arrivé. Kn 1843» 1008 avions publié à Paris, sous le pseudonyme de ■omte d'Almagro, une brochure sur la noblesse luse, où nous avions parlé des états généraux de i613. L'empereur Nicolas , irrité, nous ordonna de erenir en Russie. Nous y retournâmes. Des espions "Vises nous avaient dénoncé comme faisant partie ^e je ne sais plus quelle conspiration. Nos papiers forent visités et la preuve bientôt acquise que nous i&TÎons jamais conspiré. On nous ordonna, au îom de l'empereur, d'aller occuper un petit emploi ^ministratif à Yiatka. Nous refusâmes, en basant ^otre refus sur le droit accordé par la loi a chaque loble russe de servir ou de ne point servir à son Té. L'empereur ordonna de nous exiler à Yiatka, our y être placé sous la surveillance de la police, i prescrivit, avant notre départ pour l'exil, de nous ivoyer un miidecin pour constater Tétat de sanité i Dotire cervelle : l'empereur supposant que Vap-
LA VKBITÉ
En accordant des droits à la noblesse, Catherine en accorda aussi à la bourgeoisie, mais là également la bureaucratie trouva moyen de les annihiler, comme nous le dirons plus loin, dans le chapitre consacré à la bourgeoisie. Quant au peuple, non-seulement Catherine ne fit rien pour lui, excepté la dc'fensc aux propriétaires d'affranchir les aeïfr devenus vieux et infirmes (ëdit du 2 décembre 1782), mais encore elle eut Tindignitc, pour satisfaire ses favoris et les hommes
pel aux droits légaux ne pouvait yeiiir que d'an cerveau malade. Le médecin arriva : nous lui devons la justice daflîrmer qu'il était fort embarrasse de son rôle. Nous lui dîmes que l'une des preuves les plus évidentes de la folie consistait k regarder comme f^ms les hommes sensés. Il sourit, eut l'air de ne point comprendre, et après cinq minutes d'entretien sur la pluie et le beau temps, se retira après avoir été d'une extrême politesse, et sans s'être permis de nous adresser la moindre qnceUoD. On a fait courir dans le temps, k Snint-PétersbotfSt le bruit que nous avions été fouetté par ordre de l'empereur, comme plusieurs personnes, homaneac^ femme?, l'ont indubitablement été sous son règM. Cela n^est point vrai relativement k nous; si cela eût été vrai, jamais nous n'aurions hésité k le pro-
[ue-là complètement libre. Ce pays, jBSppeT aa joug polonais et pour eon- ) libre exercice de la religion orien* ait Tolontairemeiit annexe à la Uns* 1654, moyennant des conditions rë* nent jarëes et stipulant des droits ^rs. Ces droits consistaient dans la ction de tous les colonels et autres qui exerçaient, dans cette république , le pouvoir judiciaire et le pouvoir
atement, comme nous racontonfl la visite in; les traitements ignominieux infligés «pote aox personnes qa*il tient en son et qoi ne peuvent jamais loi en deman* ., sont des actes de la plus insigne làcouvrent de déshonneur et d^infamie, non
o« /tnS Ias ankSaaont mais la tvran nui
242 '^ rémTÉ
admiiÛBtratif à ^a foie. La direction Bupréme du gouyemement se trouyait confiée an keimattf élu par les colonels et les principanx digni* taires de la république, sous l'approbation dn czar de toutes les Bussies. Il n'y ayait point de différence de caste; tous étaient égaux; le Cosaque le plus hwnble ponyait arriyer à la dignité de hetman, et les fils d'un hetman eux-mêmes , à moins d'arriyer à des fonctions par la yoie électiye, se letrouyaient simples Cosaques. Ayec l'introduction par Pierre I*', en 1722, du systime du tehine, conférant la noblesse héréditaire, les Petits'-Kufifiiens qui occupaient des fonc* tiens dans la grande Eussie se trouycrent nobles héréditaires; les places, en Petite- Kussie, cessèrent d'être électives ; elles furent conférées au choix du gouvernement, et les titulaires de ces places reçurent toujours des diplômes de noblesse. La dignité de hetman devint vacante en 1722; elle se trouva remplacée par ime administration collégiale, composée de membres nommés par le gouvernement; en 1728, Pierre II la rétablit pour le colonel petit-russien Daniel Apostol, dans sa jeunesse brave et intrépide guerrier, mais
sent h A RtâsiE.
ieette t'poqme derenu déjà un Tieillard charge d^mârmitcs* A lu mort d'A|K*stolj en 1734, la diguitd de hetmau resta Toc+mte ju8qu*en 1750, lorsque rîrapémtrice Elisabeth, par «Ji dernier simulacre d\*lection, fil dliro son beau-frere, le eomte Cyrille Ra^oumoviki, âgé alors de vin(^*deux ans (1). Ce fut le dernier hetmau. Après raTënement au troue de €at]ierîiie II, il commença à travailler dans l« but de rendre cette dignité héréditaire ikaa BU famille. Catherine Tayaut appris, iuppnma la dignité de hetman en 1764. Il y avait déjà à cette époque, eu Petlte-llusëie, Me noblesse héréditaire assez nombreuse | tD&iâ les paysans, libres et maîtres do passer à leur gré des terres d'un propriétaire
(1) L'impératrice Elisabeth, quelques mois après son avènement au trône, avait épousé Alexis Raxoomovski, fils du Cosaque petit-râssien Grégoire Razoam. Il avait été chantre de la chapelle de •cette princesse, laquelle Téleva aux dignités de ^{rand-veneur, de comte, et enfin de feld-maréchal. Les enCants nés de ce mariage moururent tous en bas âge. La fameuse Tarakanow n*était. qu%ine aventarlëre ayant usurpé le titre de fille d'£U* •abcth.
sur les terres d'un anlre, voyaient leur sort ènyié par les paysans des autres parties de l'empire. Catherine, le 3 mai 1783, déclara tous les paysans petits-rus siens serfs des propriétaires sur les terres desquels la promulgation de cet oukase les trouverait établis! Les considérants de cet oukase inf&mo sont curieux. Les voici : ^^Âân d'assurer une perception certaine d'impô>ts dans les provinces de Kiew, de Tcheniigow et de Kovgorod-Séversk , ainsi que pour éviter le» inconvénients provenant, pour les propriétaires fonciers et pour les paysans sédentaires, des changements désordonnés de domicile de ceux qui se déplacent, chacun restera fixé dans le lieu et la condition que le dernier recensement aura constatés." Plusieurs personnages de la cour et de la haute administration, informés à Tavance de Tintention de l'impératrice de publier cet oukase, eurent rinfamie d'attirer sur leurs terres, par des promesses fallacieuses, le plus grand nombre possible de paysans, lesquels se trouvèrent ainsi les serfs des hommes qui les avaient attirés et trompés. Ce fut Tune des plus grandes taches parmi toutes celles qui
«tilt LA RUSSIE.
ont terni le règne de Catherine, ee règne ^ fat piour la noblesse rosse un âge d'or^ et pour la Russie Tune des époques les plus glorieuses sous le rapport des guerres; et des plus brillantes, comme succès, sous le rapport de la politique extérieure.. Nous disons à dessein „ brillantes comme succès"; nous ne pouvons dire comme habileté; au lieu de se borner à reprendre à la Pologne les provinces russes jadis par elles conquises : la Yolhynie, la Podolie et la Bussie- Blanche, Catherine commit la faute du partage complet de la Pologne. Cette faute fut aggravée encore par son petit-fils Alexandre I", lequel, en réunissant à la Eussie le royaume actuel de Pologne, attacha au pied de la Eussie un boulet qui l'empêche de marcher vers le progrès, et détourne son attention de TAsie, ou est sa véritable vocation politique, où elle semble destinée, par la Providence elle-même, à transmettre et introduire les bienfaits de la civilisation. Devenus geôliers et parfois bourreaux, noua fûmes obligés, nous-mêmes, de rester esclaves.
Deux ans avant la déloyale et indigne
g^ LA VÉRITÉ
réduction en Berrage de toute la popnlatum rurale de la Petite-Bussie, en 178t, Cfttberine avait publié une loi ^blissant que tout esclave, musulman ou païen, embrassaail la religion chrétienne orientale, devenait libfc dès qu'il touchait le sol russe. Ainsi, le lut nopole du droit do subir l'esclavage se trot vait réservé à la race russe, la race dominanti dans l'empire! Privilège aussi bizarre (p déplorable !
Le 6 [17 1 novembre 1796, Catherine me» rut, et Paul monta sur le trône. Esprit bril lant mais illogique, ce prince offrait le mi lange le plus bizarre de qualités et de défirali de sentiments nobles et de penchants san vages, d'élans chevaleresques et d'accès di despotisme le plus effréné; il avait le féti chisme du pouvoir absolu , et nous avons 6 plus haut la cause déplorable qui fut l'oiî gine du constant vacillement de cette Intel ligcnce, d'ailleurs brillante, mais soumise i l'influence du tempérament le plus nerveiD et le plus irritable. Tout le système du règBi de ce prince fut résumé dans ces mots adret ses par lui à M. le duc d'Avaraj, Iwfd lui disait avoir diné la veille chez l'un dei
BDB LA BCâSlË.
grands seîgiieurs do Saiat-Fdteitàboiirg^ là p-and-écuycr Karychkine : ,| Monsieur, U iL-f „ a ici de grand seigneur qne rhomrac à qui ^Je parle et pendant le temps que je lui „ parle!" Catherine, tout eu conservant le pouvoir autocratique dana sa plénitude, et ne reculant jamais devant un crime qn^elle croyait utile ^ traitait ees sujets comme dea lïomnieSj et leur témoignait des égards, Paul h-aita tout le monde eu esclave, et jamais Bouverain ne professa^ non en principe, mais de fait, un plus profond mépris pour la dignité humaine. Plus de deux millions de paysans furent distribués par lui à des nobles, ce qui, avec les distributions faites par Catherine et la population rurale de la Petite-Kussie réduite tout entière en esclavage par cette princesse, forme environ le tiers du chiffre total des serfs actuels, qui monte à près de vingt- deux millions^ d'individus. Paul publia une seule loi utile aux serfs, celle du 5 avril 1797, qui prohibait le travail du dimanche et fixait le travail des serfs à trois jours par semaine. Cette loi, dans tous les temps, a été peu observée, comme il en est toujours de^ lois rus^eSi et
248 ^ TBEITB
comme il en sera toujours tant que la K^ti^ sie ne cessera d'être le pays de Taibitiaîw et de la vénalité, de l'arbitraire qui engefl: dre la vénalité, et de la vénalité qui est 1® soutien le plus puissant de l'arbitraire.
£n revanche, Paul défendit le mariap des filles des paysans des terres d'apaaageii appartenant à la famille impériale, avee les serfs des nobles (édit du 14 juin 1800).
Parmi les chefs de la conspiration qui ôta à Paul le trâne et la vie, plusieurs, entre autres le comte Pierre de Pahlen, gouveineur général de Saint-Pétersbourg, et le vicechancelier comte Nikita Pétrovitch Panine (le neveu du célèbre ministre de Catherine IIX avaient l'intention de poser des limites an pouvoir impérial. Le grandnluo Alexandiej l'héritier du trône, avait consenti à ce que l'on exigeât l'abdication de son père, et avait promis, mais verbalement, d'aocorder une constitution. A peine Paul eut-il été as* sassiné, Pahlen et les trois frères Zoubow. entrant chez Alexandre, lui annoncèrent son avènement au trône et lui rappelèrent sa promesse; mais alors trois d'entre lee con* ^urés, le lieutenant général Ouvarow, aid^
mmjLABDSfliB. 249
de camp geneial de l'empereur; le génëral-
^jor Talyzine, commandant le régiment des
^ttdes Préobrajensld , et le colonel prince
hene Yolkonsldy aide de camp et favori
d'Alexandre, s'y opposèrent, et en menaçant
de ùàie intervenir sur-le-champ le régiment
de Préobrajenski, exigèrent et obtinrent la
^loclamation d'Alexandre comme souverain
mtocrate. Taljzine mourat bientôt après, mais
Oavarow et Yolkonski, quoique ayant fait