‹ La vérité sur la Russie (volume 4)Chapitre 20 sur 37 · BUK LA BUS^IE · texte numérisé non relu

BUK LA BUS^IE

royaume de Pologne fut rcdovablo do su eonstîiution.

En Iluaaie, Alexandre passa son temps à promettre une consUtuiion; il eti fit même gêT plueieurs, sans jamais avoir eu Tiiiiention ridelle d'en promulguer aucune, et de cette manière il ne fit qu'agiter les esprits,

faire surgir des voeux et des aBpiratîon& qu'il no roultit point satisfaire. Pendant les dix-huit premières années do son règne il joua le libéra! eu Europe et en porta le masque en Bus si e, mais dans les dernières années, tombé sous l'inâuence, dans sa politique extérieure, du ministre qui gouver^ nait r Autriche à cette époque, et dans son administration intérieure, du cruel et impitoyable Araktohéiéw, il renia les aspirations de sa jeunesse et s'engagea dans une voie complètement réactionnaire, sans y. apporter cependant la violence et la brutalité que devait déployer après lui son frère Nicolas.

la rédaction da manifeste qui devait annoncer Tavénement d'Alexandre an trône. En entrant chez le nouvel empereur, le premier mot qu'il entendit de lui fut : „Qne dira TEurope?"

252 ^^ vÉwTÉ .

Neuf mois après son avènement , Alexaatdre publia l'une des lois les plus siiges de règne : il accorda à tous les individus qui son n'ëtaient point nobles le droit de posséder des terres sans serfs (édit du 12 décembre 1801 9 publié le jour même où l'empereur accomplissait sa vingt-quatrième année). Jnsques-là, les nobles seuls avaient le droit de posséder des terres ; il n'y avait d'exception, depuis Pierre I" (édits du 18 janvier 1721 et du 3 décembre 1723), que pour les riches industriels qui étaient à même d'acquérir des terres très-vastes, où se trouvaient des usines ou de grandes fabriques. Ces propriétaires se trouvaient «soumis à la surveillance (nominale) du Collège des Mines qvl du Collège des Manufactures; mais presque toujours, on leur accordait des lettres patentes de noblesse (comme cela eut lieu pour les Démidow, les Tverdyschew, les Loughinine, etc.).

Deux ans après l'avènement d'Alexandre I", le 20 février 1803, parut la loi sur les cul» tivateurs libres , permettant aux propriétaires d'émanciper des villages entiers. Lors de la promulgation de cette loi si sage, rendue sur la proposition du comte Serge Bou-

t, ea fonte propriété, une quantité de 1 qni fût de huit arpents pour chaque lâle (l'arpent russe se rapporte à Thecxançais comme 12 à 11, et à l'acre s à peu près comme 11 à 4). Celte

paralysa l'exécution de la loi, et de à 1842, il n'y eut point trois cent Bcrfis émancipés en yertu de cette loi. Ls les premières années de son règne, adre avait eu une idée excellente : celle ^er un million de roubles par an pour ihat des serfs; cette mesure ne reçut dé suite : si elle avait été exécutée, [es paysans aujourd'hui serfs ne l'au-

plus été.

B ce oui honore le nias Alexandre, ce

254 LATiauTé

qui ont été l'opprobre de la dynastie BaroB- 1I0W, l'nne des hontes dn règne de Calherine, et sons Paul, la cons^uence inévitable de sa démence absolutiste.

Les édits du 20 février 1804 et du 28 fu- Trier 1809 jetèrent les bases de l'émaneipstion des paysans dès provinces baltiqiiM. Les règlements d'émancipation furent sanctionnés par Alexandre : pour la province d'Esthonie, le 23 mai 1816; pour la provinoo de Courlande, le 25 août 1817; pour la pr^ vince de Livonie, le 26 mars 1819. Cette émancipation fut bien incomplète : les paysans n'corent le droit de passer d'un bien à l'antre que dans la même paroisse pendant troîf années consécutives ; ensuite dans les limite! du district; enfin, au bout d'un long déisit la province entière leur fut ouverte. De phii, par une mesure aussi inique que contraiie à tous les principes de l'économie politique et d'une sage administration, il fût à jamaii interdit aux paysans d'acquérir des tenei en propriété dans les provinces baltiqnei. Ces provinces, oii la race indigène, la roee lettc, a subi, au treizième siècle, la conquête et porte depuis le joug d'une noblesse

StTR LA BUBBIE. 255

pofioe, en grande pairie, d'él^cnts allemands et BcandinaveSy offrent, au milieu de TEurope du dix-neuTième Biccle, un eurieux échantillon du moyen-âge , avec ses castes fermées, ses corporations de métiers, sa haine entre les diyerses classes, surtout entre la noe conquérante, la classe des propriétaires (tous nobles), et la race conquise, la classe imle. Les règlements défectueux de 1816, 1817 et 1819 forent en partie remaniés dans œs dernières années.

L'un des hommes de conâance d'Alexandre, le secrétaire d'état Spéranski, homme de mérite et d'instruction, aussi libéral dans Ht jeunesse et son âge mûr qu'il le fut peu dans sa vieillesse, rédigea, de l'aveu d'Alelandre, un projet de constitution que l'on feot lire dans le troisième volume du livre de M. Nicolas Tourguénew : „La Bussie et les Busses. " C'était une constitution à l'ang- Itise, avec deux chambres, dont l'une héré* ditûre. Le ministre de la police Balachow, ennemi secret de Spéranski, dont il était le flatteur apparent, obtint la communication de ce projet, et dit à son auteur : „Mais si ^l'empereur, après avoir promulgpié cette

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yyConstitation, reûise de l'exécuter, que fere»- •„vou8?" Spëranski eut Timprudence de ïëpondre : », Je Bais bien que l'on ne saurait ,,se fier à la parole de l'empereur, mais une „fois qu'il aura promulgue la constitution, „il lui sera impossible de ne point l'exéenh „ter." Ces paroles imprudentes, rappoitées à Alexandre, dëcidèrent Pexil de Spéranski, et il ne fut plus question de cette constkutiou (1).

(1) Spéranski avait été accusé, bien a tort, d'istelligences secrètes avec Napoléon, lequel, à Teitrevue d^Erfiirth, où Spéranski avait accompagné Alexandre, lui avait fait l'accueil le plus distingua Bt avait beaucoup causé avec lui. Spéranski, sécn* taire de l'empire, entretenait, il est vrai, mneW^ respondance avec le baron Locré, secrétaire général du conseil d^état français, mais cette corr«tpor daiice avait lieu non-seulement de Taveu , mais ptf ordre de Tempereur Alexandre, et ne roulait qM BVLt des questions de jurisprudence et d'admiBiitn* tion. Balacbow, ministre de la police, et le eonti d'ArmfeIt, ce dernier ennemi déclaré de Spérantkii adoptèrent pour le perdre la marche suivant^ : Amr feit informait souvent l'empereur que Spéraoïkl dans tel endroit, a tel jour et a telle heure, davitt avoir un entretien secret avec rambastadeor ^

SDR hk EtJSBlE, 25Y

Le ddgoût pTofoïid îb spire par le sonrenir du TtsToltant despotisme de Paul, les làém libérales répandues en Europe^ le séjour des officiers russes eu Allemagne et eu Francis en 1813, 1814 et 1815, inspirèrent à la Jeunesee mese le désir bien naturel de sortir de reBclavage et d'arrivi?r à la libertt^ ciTile et politique. L'empereur Alexandre n'entravait point ce mouyement, et dans le diecours prononcé eu 1818, à l'ouTerture de la diète du royaume de Pologne, il dit : \ ' ^ ^

France, L'empereur charg;eait le ministre de la police de la vérification de ce fait complètement mensonger, et Balachow venait affirmer à Tempereur que ^entrevue avait réellement eu lieu. L^emperenr ignorant la connivence de Balachow avec Armfelt, et soupçonneux de sa nature, prit Spéranski pour un traître, opinion fortement appuyée par le ministre des finances Gouriew, qui en voulait beaucoup a Spéranski pour son contrôle permanent sur le ministère des finances, et pour les pirojets financiers présentés par lui a Tempereur. Le secrétaire de l'empire fut envoyé en exil, et Ton saisit ses papiers, qui ne fournirent aucune trace de culpabilité. Un an après, de son exil de Perm, Spéranski adressait a l'empereur une lettre où il se justifiait complètement.

258 LAVÉBIT^:

En mettant en pratique les principes de ces institutions libérales qui n^ont cessé de faire l^ objet de ma sollicitude, et dont f espère, avec l'aide de Dieu, étendre Vinfluence salutaire sur tQutes les contrées que la Providence a confiées à mes soins, vous m'avez offert les moyens de montrer à ma patrie ce que je prépare pour elle depuis longtemps, et, ce qu'elle obtiendra^ lorsque les éléments d'une oeuvre aussi importante auront atteint le développement nécessaire. Ces paroles eurent un immense retetitissement en Eussie, et favorisèrent considérablement la propagation des idées libérales. Depuis le retour do Tarmée russe dans ses foyers, en 1815, des associations politiques s'étaient formées; associations si peu secrètes que les noms des membres étaient <îonnu9 de TEmpereur, et dos projets de constitution furent soumis à ce prince, entre autres par !N'ikita Mouraview, Tun des hommes les plus intelligents et Tun des plus nobles caractères de répoque. Vers 1820, Alexandre changea de ligne politique ; il se trouva dès lors sous rinfluonce du prince de Mettemich, et suivit désormr.is une marche complètement rétrograde. A Taspect de ce changement, les as-

3tm LA ttUSâlË.

fiocintioiie BC déclarèrent diÉjsoulcs on qjiitîireneoj afin d'éloigner les membres timides ou indécÎBj et ee rcoi^ani serrent' bientôt £iur de nouvelles bases, &ur le pied de Teritables soci<itëa eecrctes* Après 1815, Ton avait cru pouToir ngîr d'accord avec rempcreurî à partir de 1820^ le mouvement politique fut obligé de ee prononcer contre le gouverntîment de ce prince, mais, il faut le dire, il n'y ûTait point do plan bien arrête; à T exce pi ion du X'i^^^j^'^t d^ remplacer le gouvernement do l*arbi traire par un gouTernement basé sur des institutions représentatives, il n*y avait rien de décidé encore, ni sur le moment de Taction, ni sur le mode d'exécution du mouvement; il y avait même, entre les diverses sociétés réunies dans un but de changement politique, diversité complète d'opinions sur la forme à donner au nouveau gouvernement. Ainsi, les libéraux de Saint-Pétersbourg et de Moscou, la Société du Nord, comme on l'appelait, voulait un gouvernement monarchique constitutionnel; la Société du Midi voulait une république fédérative des diverses provinces de 14 Russie; cette Société du Midi avait à sa tctô

lik VÉBITS

un homme qui possédait une intelligence éminente, une audace à toute épreuve, une inébranlable énergie et une ambition sa^s limites : Paul Pestel, Son esprit vraiment supérieur avait compris, qu'un gouvernement représentatif n'est vraiment solide et durable que lorsqu^l se trouve dirigé de maniire a développer le bien-être des masses. Tanàia que les membres de la Société du Nord, tout en repoussant Todieux principe de l'esclavage, n'avaient aucune idée arrêtée sur la forme qu'ils donneraient à l'émancipation des serfs, Pestel avait porté la Société du Midi à décider que les serfs seraient émancipai avec de la terre. Cette idée, aujourd'bni admise en Bussie par tous ceux qui veulent des réformes sérieuses et non fictives, W trouvait être, du vivant de Pestel, il y » quarante ans, une innovation d'une hardieiae étonnante.

Enfin, il y avait une troisième société aux environs de Kiew, celle des Slaves f^ unis, qui se trouvait en communication directe avec la société secrète polonaise, et tendait à une fédération républicaine do ton» les pays slaves. Elle avait pour chef, eft

Hassie, Serge Mourayiew-Apostol, intelligence remarquable et l'un des plus nobles coeurs auxquels il ait jamais été donné de battre dans une poitrine humaine.

On sait comment ces sociétés vinrent à échouer sans avoir atteint leur but. L'empereur Alexandre I", livré dans ses dernières aimées à des tendances réactionnaires fortement prononcées, avait disposé de la counmne de Russie comme Ton dispose d'une voiture de voyage. Il avait changé l'ordre de succession au trône, du consentement, il est vrai, de l'héritier présomptif, mais sans se donner la peine de faire connaître de son vivant, à soixante millions d'esclaves, le nom du maître au pouvoir duquel ils aillent tomber après sa mort. Entre l'héritier ïiiéaomptif et Théritier désigné, il y eut à ce^ époque, où il n'avait ni télégraphes, ni chemins de fer, quinze jours de pourparlers : entre Varsovie oii se trouvait Constantin, et Fétersbourg oii se trouvait Nicolas, pendant quinze jours Ton joua la couronne de Russie au ballon en se la renvoyant mutaellement. Enfin, Constantin ayant maintenu Ba renonciation, l'on en reçut l'avis définitif

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SUR LA RtJââlE. 265

Llitetoire jmpariiale, jugeant les hommes et les chogea a lia point do vue èÏQYÛ, sans préTention aucune et sans eeprit de courtisanorie, placera haut le& décembmtes de 1825, et ne prononcera leurs noms qu*avec un scnli- 'mont involontaire d^admiration et de respect; si grand fut leur deTouement au pays, gi terrible fut le sort qui les atteignit j et ëI noble fut le courage ayoc lequel ils subirent leur alft-euse destinée. Sortant des rangs de la noblesse # ils avaient tous devant Boi doâ positions sociales ; beaucoup d'entre eux portaient de bt:aiix noms, se trouvaient appelés à jouir d^unc grande fortune et de tout le bien-être qu'assure la richesse. S'ils avaient été dénues de tout sentiment élevé, ils auraient fait comme beaucoup de leurs pareils : ÎU. auraient flatté, intrigué, rampé, et aujourd'hui, dans leur vieil âge, chamarrés de décoiations et stigmatisés par la déconsidéralion publique, ils auraient dormi sur les fauteuils du conseil de Tempire ou du sénat, ou bien ils auraient figuré aux grandes cérémonies en uniformes d'aides de camp généraux; ils seraient riches, décorés et mépri--

262 ^^ VEIIITE

dans la soirée du samedi 12 [24] décembre,' et il fut décidé que le lundi 14 [26] décembre 1825, Saint-tétersbourg prêterait serment do fidélité à Tempereur Nicolas. Le malin de ce jour, les conjurés insurgèrent quelques régiments de la garde et allèieiit s' établir y les armes à la main, sur la place du Sénat. Dans leur inexpérience, ils croyaient qu'en s'emparant du bâtiment du sénat et peut-être des sénateurs qu'ils y trouveraient, ils imprimeraient à leur mouvement un cachet de légalité. Ils no voulaient point, à l'instar des conspirateurs russes du dix-hui* tième siècle, agir à la faveur des ombres de la nuit. !Mus par un patriotisme sincère, il» voulurent opérer leur mouvement au gnod jour. L'empereur fit venir des troupes, nuii les soldats russes ne sont point habitués à la guerre civile, et le succès n'était point certain pour Nicolas, lorsque son cousin, le prince Eugène de Wurtemberg, lui conseilla de faire venir l'artillerie, lui disant : „qne „la mitraille n'a point de compatriotes." Le manque d'ensemble parmi les conjorA empêcha l'exécution de leur plan, et donna

SUE JLÂ fiUSSlE.

à l'artillerie le temps d'amTor. La victoire resta à I^icolas*

Le plan des conjurés do Samt-Pétersbourg coniistait à proclamer un goure me ment provisoire, composé de trois membres : ilgr, Pliilarete, métropolitain de Moscou, le vieil amixal Hord%inoWr et le prince Serge Tronbctzkoi. Le colonel Batcukow devait être le secrétaire général de ce gouvernement provisoire (pra^ vitel déll). Un conaeil d'état de trente *êijc membres devait remplacer le conseil do rempire alors existant, et une pTocIamation du gouvemement provisoire devait, le jour même, appeler la nation russe à élire une chambre des dépirtcs, destinée à doter la Russie d'une constitution et à faire le choix du souverain qui serait appelé au trône. Le manifeste et les actes du futur gouvemement provisoire avaient été imprimés, la nuit précédente, à l'imprimerie de Gretsch, Tun des amis les plus intimes des conjurés, qui deviut le len-« demain et resta dès ce jour l'un des espions les plus connus de la police politique russe. Après la défaite des conjurés, tous ces imprimés furent brûlés, et le prote qui avait surveillé Timpression et le tirage mourut

LA TEUTC

STibitecient. M. Gretsch anrait pu sans < r.?r:s rv-nseigner à cet égard, s'il Ini- plaisait de ie faire arec fianchise . . • • Si les oon- }aivs. au lieu de soulever les troupes à Imit heui\'s du matin . d'arriver sur la place du Sênar au grand jour et d'y rester qudqoei hou:>i>$ dans une inaction complète, anieffifc soulevt^ les troupes à une heure du matin, ct« profitant de la longueur des nuits da Sairvt-Prtorsbourg à cette époque do Tannëe^ îivaient immédiatement marche sur le palaif d'hiver, la forteresse de Pierre et Paul et les oasemos de l'artillerie; ils se sendent i^mparés de cette dernière ainsi quo de Is lonen^sse, auraient fait la famille impériile prisonnière, et, avec la plus parfaite pttB* tessi\ Tauroient fait monter dans des TA* turos de voyage dans lesquelles elle eût été conduite à la tYontière, alors Taubo du jour aumit éclairé la Russie sous un gouvernement nouveau. Il a fallu moins de soldats à EUsa* betli pour renverser en une nuit la maison de Bnmswick, et c'est à cette momorable nuit du 24 novembre [5 décembre] 1741, quo la maison do Holstein-Gottorp se trouTe redevable de la couronne de Russie.

suit LA itirasiE.

par rempereur Ificoks; et les raisons qui les out fait échouer.

Noua aTOUB fait Toir la noble Bse rnsee dès Bon origine; mous Ta von s \Tie obtenir du pouvoir souverain la ruduelion en Korva^o d& ia plus grande partie do ses compatriote e,

ces nobléâ exilés : ma.demoîs@]Ie Emilie Ledonlu, qui époui^a te capvtaîne hachtiOt et nmdemoifielle .,...,,, qui épousa M, Annenkow.

Pliiaieura d'entre les ddeemhmiea se manëreut jeTî iSibérie ; M, tîwiSarghiHfi <*pou5a lundemoise^lle Olga Mendel; M. Pierre Svistounow épousa njadenioiselle Tatiana Douronow*^ M. Southoff épousa mademoiselle Anne Yanczoukovska*, M. Zavalichine épousa mademoiselle Smolianinow, Le prince Eugène Obolenskif M. Mozgalevski, MM. Guillaume et Michel KUchelbecker se sont aussi mariés en Sibérie : nous regrettons vivement de ne point con naître les noms de leurs épouses.

La mère et la sœur de M. Torson^ colonisé à Sélénghinsk, et les sœurs de MM. Nicolas et Michel ^('«(ouye/r, colonisés dans la même petite ville, vinrent les rejoindre a Sélénghinsk et se fixer auprès d'eux. L'empereur Nicolas eut la cruauté, de n accorder a ces nobles femmes l'autorisation d'aller rejoindre les pauvres exilés, qu à la condition barbare de re noncer au droit de retour à leur foyer natal!

et par un de ces justes ohatiiiients que la divine Providence ne manque jamais d'infliger aux grands crimes politiques, elle a porto la peine de ce qu'elle avait fait; elle s'est vue réduite elle-même au servage le plus complet, lequel, sous la forme la plus abjecte, a duré jusqu'en 1762. A partir de cette époque, la noblesse russe, délivrée de ce qu'il y avait de hideux dans la loi qui pesait sur elle, c'est-à-dire délivrée des diatiments corporels, a reçu la jouissance de certains privilèges ailleurs appelés des droits, et qui, en Russie, sont beaucoup plus apparents et fictifs qu'ils ne sont réels.

Voyons maintenant en quoi consistent le» jjriviîéges do notre noblesse russe, si po»* peusement qualifiée, dans les manifestes officiels et les rescrits impériaux, de „soutien du trône et de la patrie."

1) Un noble russe a le privilège (qu'il partage avec la caste de la bourgeoisie notable et les marchands des deux premières guildes) de ne point subir de châtiments corporels. Il faut espérer que ce prWilége, transforme en droit, sera étendu à tous les llusses sans exception, et nous souhaitooit

itm t*A EUSSÎE. 27 J

que cela ait lieu le plue prt>mptement po%-

2) XJn noble nisBe a le privilège ezelosif . de -go^tsédet des ; mvîni : ^om Bouliaitens voir

ee privilège supprime le plus vite possible.

3) Un noble rEsee a le droit d'entrer- im .service, &i Ton veiat Lieu Vj accepter»

4) Il a le droit do quittor ie service f si 011 veut bien lui accorder ea démission.

5) Il 0 le droit de voyager, ei on .ne lui iBlîise poiat un paese-port, ■ "

6) II a le droit d'euoncer, au^ assemblëee trieimales de district et de province, son opinÎQU sur tout ce qui coueerue les intérêts de la proviïice; mais si sou opinion, vient à ^plaire au gouvernemeut, il a la chance d'être exilé ou empriaonué sans jugement ni procès.

7) Bi un noble russe se trouve lésé dans ses. intérêts ou froissé daùs sa dignité personiiâ]ue par une administration quelconque , il ^Is droit, comme tout sujet russe, de porter plainte à l'empereur , en adressant sa pétition par rintermédiaire de la commission des requêtes. Cette commission envoie la pétition au ministre,: contre l'administration

:272 LA VEHITE

dirigée par. lequel la plainte est formulée, et ce ministre décide suivant son bon plaisir,

8) Si un noble russe veut publier ses opinions, il a le droit, ainsi que tous les Bnsses, à Texception des serfs, de le faire arec le visa de la censure. Mais ce visa ne Vempêche point, si ses opinions déplaisent au gouvernement, de se voir jeter arbitrairement dans un cachot, comme cela est arrive, en février 1859, à M. Ogiyszko, rédacteur du journal polonais Slowo, lequel, de plus, et toujours malgré le visa de la censure , s'est vu ruiné par la suppression arbitraire de sob journal.

9) Un noble russe a le droit de • résider où il veut, à moins d'être exilé, sans jugement ni procès, comme cela nous est arrivé à nous (et à bien d'autres), dans nue ville quelconque, où VojI se trouve placé sous U surveillance de la police; ou bien de se voir interdire arbitrairement l'entrée de Saint- Pétersbourg, comme cela a eu lieu à notre égard pendant des années entières; ou bien de se voir interdire, tout aussi arbitraire* ment; l'entrée des deux capitales, ainsi que

80B tJL ntSBBlE. 273

cela a en lieu soayeiit à Tégard de bien des personnes (1).

10) Enfin, nn noble russe a le droit d'aller et de Tenir à yolonte, à moins qu'il ne soit jeté dans un cachot sans jugement ni procès.

Du reste;- point de liberté d^opinions, point de liberté de conscience, pas l'ombre de garanties pour la liberté individuelle. Les droits cwiques du dernier d'entre les portefaix éPun pa^8 constiiutionnel surpassent incontestablement, et de beaucoup, les privilèges dun noble russe!

Nous le demandons à tout homme franc et loyal, une situation pareille mérite-t-ellc le moins du monde que l'on puisse en désirer le maintien et la durée ? Ne vaudrait-il point mille fois mieux, pour la dignité et l'honneur de la noblesse russe, renoncer à de prétendus privilèges qui ne sont, en réalité, que les anneaux de la chaîne par laquelle elle se trouve rivée au poteau de l'esclavage ? Ne vaudrait-il point mieux avoir des lois

(1) Le célèbre poëte Pouchkine a été exilé à la campagne; Spéranski a été exilé a Perm, etc. La liste des personnes arbitrairement exilées est bien longue, surtont soas le règne de Nicolas.

sages et justes,, vis- à- vis desquelles tout le inonde serait égal, qui seraient feûtes, non par le caprice d'un homme et les intrigues d'une camarilla, mais par la volonté et le concours indirect de tous les hommes éclairés du pays au moyen de représentants régulièrement élus? Alors il serait possible d'introduire une large publicité, la seule garantie réelle de l'existence d'un contrôle sérieux, en l'absence duquel il n'y aura jamais ni de l'ordre dans l'administration, ni de l'équité dans les tribunaux. Les bonnes intentions seules ne suffisent point à cette immense tâche; l'empereur Alexandre II en est la meilleure preuve; ses intentions sont excellentes, et pourtant les embarras de la position vont croissant tous les jours et mènent la Bussie à un cataclysme. Ce cataclysme, elle ne pourra l'éviter qu'au moyen d'un changement dans cette forme de gouvenement qui pèse tant sur elle, même sous le règne d'un souverain aussi bien intentions^ que l'empereur Alexandre II.

TJn changement pareil est indispensable as salut même de la Bussie, et nous trouvonSi d'ailleurs, que la position, de citoyen (tun fÊfi

« 817B LA BUjBSŒ. 275

libre est infiniment aurdesêus de celle (tun esclave privilégié ï

L'un des plus grands avantages de l'émancipation des serfs, avantage inappréciable, sera de faire passer une quantité considérable de terres, au moyen de ventes et achats, entre les mains des négociants et de la bourgeoisie. Cela fera hausser la valeur de la propriété foncière, contribuera puissamment au développement de Tagriculture et à Texploitation des immenses richesses que la Bussie renferme dans son sein, exploitation entravée par l'influence délétère de Tadministration asiatique, sous laquelle g^mit encore la Eussie. Alors se trouveront établies, sur le même sol et à côté Tune de Fautre, deux catégories de propriétaires : les nobles et ceux qui ne le sont point. Franchement, peut-on ne point opérer une fusion entre eux? Tout homme de bon sens conviendra que le maintien, entre ces deux castes, de toute différence de droits civiques, conduirait infailliblement à une jalousie qui ne manquerait point d'enfanter la haine, et cette haine aboutirait à une révolution. iN'ous avons vu ce que sont les prétendus privilèges de la

iu>bles6e russe, s'ils ont une réalité vraiei et à quel point ils sont fictifs! Il est urgent, il est indispensable de transformer les assemblëes de noblesse en assemblées de propriétaires fonciers (zémlévladéltsy)j et de leur donner le nom d'assemblées territoriales (zémskiia sobraniia), en organisant ces assemblées par provinces et par districts.

L'assemblée de district pourrait être formée de tous les propriétaires, sans distinction d'origine ni de religion, qui posséderaient une certaine quantité de terrain déterminée par la loi, ou bien posséderaient hors des villes, soit un établissement indus- ' triel, soit un établissement commercial d'une valeur ûx6e par la loi. Ils auraient tous voix virile. De plus, il serait sage et utile d'accorder des voix collectives aux diverses communes du district, ainsi qu'à ceux dont la propriété n'atteindrait ni l'étendue, ni la valeur établie par la loi pour un vote viril. Ces communes et ces petits propriétaires nommeraient un certain nombre de représentants. De cette manière l'assemblée de district serait formée de deux éléments : de la représentation directe en faveur de ceux

SUR LA BUS8IB

qui y jouissant d'une certaine aisance ^ sont plus éclairés que les masses et plus directe* ment intéressés au maintien pacifique dé l'or^ dre de choses existant, et -une représentation indirecte au pi^ofit de ces masses. L'assem* blée de district ainsi composée élirait tous les trois ans un maréchal de district , qui gouvernerait le district, et un isffrmmik^ qui serait, sous les ordres du maréchal, le chef de la police locale, comme il Test aujourd'hui. Toutes les élections réservées aujourd'hui exclusivement à la noblesse auraient lieu au sein de cette assemblée de district, laquelle, de plus, élirait un conseil de district composé de dix ou douze membres, chargé de contrôler constamment radministration du maréchal et celle de Vispravnik^ et investi du droit d'initiative en tout ce qui concerne les intérêts du district. Les assemblées de province seraient composées : 1) de tous les propriétaires fonciers et industriels ayant droit de vote viril aux assemblées de district, et 2) d'un tiers des membres siégeant aux assemblées de district, non par droit de représentation directe, mais par la représentation indirecte dont nous venons de parler. Ce tiers

des membres semit élu par ses coUcgues. L'assemblée provinciale élirait les membres du conseil provincial (goubemskoié pravlénié) au nombre de vingt.cinq ou trente, et ce conseil, outre le contrôle sur Fadministration^ se trouverait investi encore , vis-à^vis du gouvernement, du droit d'initiative en xouc ce qui concerne les intérêts dé la province.

DES KBSURES

pRisca sons xe règne de l'empeueur nicolas

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