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UL YkjarÈ.
mais s'imagine que l'otat et les fonctions publiques se trouvent créés pour sou usage à elle. Wrontchenko remplaça le comte Cancrincy et se mit à chercher un adjoint plus incapable encore que lui-même, en, d'autres termes, dénué de toute capacité. Son choix tomba d'abord sur un sénateur, M. Oroous, lequel, au bout d'un certain temps, eut la loyauté de rcconn^tre son peu d'aptitude pour ces fonctions, et se retira pour rentrer obscurément dans le sein du sénat. Alors Wrontchenko prit pour adjoint M. Brock, fonctionnaire dénué de toute capacité, un vrai type" de bureaucrate, et à la mort de AVrontehenko, en 1852, M. Brock devint ministre des finances. Pendant toute la durée de son ministère, il fut constamment sous la double influence de queL^ues obscurs employés de ses bureaux et du baron Stieg* litz, lequel, ayant hérité de la maison de banque et de la fortune de sou père, sans avoir nullement hérité de son mérite, se trouvait lui-même sous l'influence du principal de ses associés, M. Eehleisen. Voilà comment le ministère des finances marcha de 1852 h 1858; et ceci explique la raison
sot LA mussiE. 2tl
ir laquelle le ministre des finances, au ment où les caisses d'ëchange du trésor
trouvaient fermées à tout le monde, ordait à la seule maison Stieglitz le it d'échanger dans ces caisses, dans des portions colossales, le papier contre Var ) cette maison exportait sur les marchés ingers. Les plaintes des négociants contre monopole si injuste, la réprobation de linion publique, ne firent point dévier le listre de cette ligne de conduite si coude.
Le ministre actuel des finances, M. Kniaicz, appelé à ces fonctions en avril 1858,
un septuagénaire, suivant Pusage si ridie du gouvernement pétersbourgeois d'aper aux fonctions ministérielles les hommes
ont atteint Tâge du repos. Dans son âge r, il avait occupé, et pendant de longues ices, des fonctions élevées au* ministère k finances ; il a de Tintelligence, une Ionî expérience, un esprit fin et rusé. Dans L uge mûr, il avait eu la réputation de (ter la main à de nombreux abus, à ces 18 sur lesquels repose toute Tadministratt russe. Appelé au ministère en 1858, à
LA VÉBITA
nement au trône, au lieu do chaaser oe ministre comme il méritait de l'être, l'ait encore maintenu aux affaires pendant trois années consécutives, et ne l'ait congédié qu'en 1858. Encore, lors de son congé, reçut-il, avec un siège au conseil de l'empire, une pension viagère de 12,000 roubles (48,000 Arancs) et un rescrit pompeux, dans lequel on énumérait, comme rendus par lui, tous les services qu'il aurait pu rendre s'il avait été un homme capable au lieu d'être le type de l'inapacité. Les mauvais plaisants de Saint-Pétersbourg, en lisant ce rescrit, disaient avec raison qu'un homme qui ne connaîtrait point ce fonctionnaire et les résultats de son administration, pourrait dire, à la lecture du rescrit, qu'il ne saurait comprendre comment on a pu se décider à se séparer d'un personnage ayant rendu des services aussi éminents. Ce déplorable usage d'adresser des rcscrits pompeux aux individus qui les méritent le moins, est le résultat de ce mensonge officiel si profondément enraciné dans les moeurs et les usages de l'administration russe. (N'a-t-on pas vu des rescrits faisant l'éloge de sa sagesse et de
SURLASDSSIE. H^
• d'im ftge avance, ayant pasBe sa vie es bureaux, rompre avec les yieillcB ms bureaucratiques et entrer dans la fis réformes, constitue déjà un vrai
D'un autre côté, la maladresse inipportée dans la conclusion des deux its de 1859, l'emprunt intérieur comme int extérieur, ne parle point en fae la capacité du ministre. Il y a pis ; la déplorable circulaire relative à la ition des sociétés de tempérance (voyez pitre XII de cet ouvrage) déconsiiomplètement les trois ministres qui
le malheur de la signer (ceux des B, de l'intérieur et des domaines de ronne).
ce moment , une * terrible crise finan- .'appesantit sur la Eussie. Si Ton se i à 1858, à une époque éloignée de de trois annéei^; si Ion se rappelle id nombre d'associations industrielles
formaient alors journellement, la fa- 3xtrême avec laquelle ces associations lent de l'argent; comment, pour un I de capitaux demandés, on voyait le
souscrire pour huit ou dix millions,
LATKBITÉ
et toutes les actions des socîëtés indastrielles se négocier à la bourse de Saint-Pétersbourg avec des primes énormes , l'on reste stupéfait en voyant le changement si com* plet survenu en seize mois, et Ton se demande si des événements extraordinaires, des calamités hors ligne, la guerre, la peste, la famine, sont venues opérer une transfonnation pareille. Le commerce est en état d'indicible souffrance; des faillites considérables ont éclaté; des liquidations importantes ont €u lieu; les actions des diverses compagnies industrielles sont pour la plupart discréditées et considérablement tombées depuis; les actions mêmes de celles d'entre les compagnies qui se trouvent investies de la garantie gouvernementale sont à la baisse; l'or et l'argent ont complètement disparu, et l'agio sur eux a pris des proportions énormes; le cuivre lui-même tcnd à disparaître, et Tagio se produit déjà sur l'échange de ce modeste métal ; les capitaux émigreiit, le crédit de la Kussie à l'étranger est ébranle, le change, qui commençait à baisser depuis 1857, a pris des proportions de baisse rapides. D'où vient cette crise épouvantable?
Elle n'est point produite par des catastrophes extraordinaires, mais par une calamité permanente en Eussie: celle d'une administration remarquable par son incapacité, par l'absence de tout système général, par le mauvais vouloir de laisser arriver aux postes élevés les hommes de mérite au lieu de nullités plates et basses protégées par la camarilla; voilà les causes qui ont produit l'effet que l'on aurait pu attendre de l'action combinée de trois grands fléaux comme la guerre, la peste et la famine.
La crise finsmcière nous apparaît sous le double aspect d'une crise monétaire et d'une orise commerciale.
La crise monétaire est le produit direct d'une grande émission de papier -monnaie (billets de crédit) pendant la dernière guerre. En 1850, il y avait pour 301,578,000 roubles de billets de crédit; en 1856, au moment de la paix de Paris, il y en avait pour plus de 690,000,000 de roubles. M. Brock, dans sa complète ineptie, voyait dans l'émission du papier-monnaie un moyen gratuit de continuer la guerre. Il est fort à regretter que 8. M. Tempereur Alexandre, à son avé-
J20 ^^ YÉBITâ
paresse innée à notre race slaTe. Peu d marchands rosses savent diriger nn com merce en gros, à rinterienr même du payi, avec cette habileté et cette persëvéranœ inhérentes, par exemple, à la race anglosaxonue, la plus pratique qui existe sur le globe. Bien moins encore de négociants russes savent diriger un commerce extériear. Jusqu'à ce jour, nous avons surtout échangé des produits bruts contre des produits fabriqués, et très-souvent fabriqués avec les articles mêmes de notre exportation. En même temps rinitiative fait complètement défaut à la plupart des négociants; ils n'ont guère rhabitude de s'enquérir, comme le font les négociants anglais, américains, hollandais, des nécessités de tel ou tel pays, des prix qui régnent sur les divers marchés ; le plus souvent ils vendent à des commissionnaires étrangers qui se réservent la direction à donner aux produits acquis par eux, et réalisent les bénéfices que Tincurie et la paresse des marchands russes laissent échapper. Enchantés de recevoir de la part des maisons de commerce étrangères des arrhes de payement, ils s'engagent à leur livrer à
as, adresses au comte Adlerberg p^re, >niiu par sa complète incapacité que légèreté de sa conduite, légèreté si 3 chez uu haut fonctionnaire, si ridiez un yieiUard, et qui le rend la îàr toute la BuBsie?)
)ul moyen de parer à la crise monél'est de conclure à l'étranger un fort 1;, non en roubles» tu le discrédit accès derniers, mais en francs ou bien B sterling, avec rengagement de payer rets aussi en francs ou en livres ster- )t emprunt permettrait de rouvrir les d'échange, aujourd'hui fermées non ;, mais de fait, vu les difficultés exipportées à l'échange de la monnaie, avons par notre propre expérience, •e au mois de mai 1859 un voyaxtant pour l'étranger, ayant besoin pouvait en recevoir à la caisse d'éplus de soixante demi -impériales obles), et encore devait- il pour cela >r son passe-port. Pour toucher une d'or plus considérable, il fallait s'adirectement au ministre des finances 3nne, et on ne pouvait la toucher
qu'au moyen d'une ordonnance signée par k ministre lui-même!
La reouverture des caisses d'échange amènerait naturellement la hausse du rouble et son acheminement vers sa valeur réelle, qui est de 4 francs, au lieu de le laisser osciller autour du chiffre de 3 francs 65 centimes, comme cela a lieu aujourd'hui ayec toutes les chances d'une dépréciation encore plus forte pour l'avenir, si l'on s'obstine à rester dans la voie d'un système a^ riérc et fatal.
Les journaux ont appris au public que MM. de Rothschild avaient manifesté le désir d'acheter le chemin de fer de Saint-Pétersbourg à Moscou, au prix de 80 millions de roubles payables en or. Cela aurait été une affaire magnifique pour la Eussie. On hésite à vendre ce chemin à MM. de Roth^ schild, non, comme on l'assure, à cause du prix de 80 millions offert pour un chemin dont la construction, grâce aux vols et aux concussions de la bureaucratie, a coûté 120 millions de roubles, et qui, grâce aux mêmes désordres ainsi qu'à l'incapacité de l'administration, rapporte bien peu. On hésite, par
SUR LA RUSSIE. j^J^g
et raison que la bureaucratie russe ne se oucie nullement de voir prendre pied en Lussie à une maison aussi puissante que elle de MM. de Eothschild, lesquels ne se lisseraient ni malmener, ni pressurer, ni oler par la bureaucratie, et qui, au premier 3Bai d'exaction, traduiraient ^administration isse au tribunal de l'opinion publique de Europe, oti cette bureaucratie serait flëtrie yrame elle le mërite bien, et, nous l'avons éjà dit, c'est le seul châtiment qu'elle reoute.
Une somme de 80 millions de roubles ersëe en or au trésor de l'état, et comblée avec un emprunt de 150 millions de mbles en or, permettraient la réouverture omëdiate des caisses d'échange, et la crise lonétaire disparaîtrait. La hausse du change ir l'étranger compenserait, et avec avantage, obligation de payer par an les 7 à 8 milons de roubles exigibles par les intérêts muels de l'emprunt.
La crise commerciale, malheureusement, a 38 racines bien plus profondes, et tient en urtie à l'incontestable incurie du caractère ave pour les affaires matérielles, et à la
LA YÉRITé
paresse innée à notre race slave. Peu de marchands rosses savent diriger nn commerce en gros, à rintérieur même du paya, avec cette habileté et cette persévëranoe in^ hérentes, par exemple, à la race angbsaxonne, la pins pratique qui existe sur le globe. Bien moins encore de négociants rosses savent diriger nn commerce extérieur. Jusqu'à ce jour, nous avons surtout échangé des produits bruts contre des produits febnqués , et très-souvent fabriqués avec les a^ ticles mêmes de notre exportation. £n même temps rinitiative Mt complètement défiant à la plupart des négociants; ils n'ont gaèie Thabitude de s'enquérir, comme le font les négociants anglais, américains, hollandais, des nécessités de tel ou tel pays , des prix qoi régnent sur les divers marchés ; le plus souvent ils vendent à des commissiomiaires étrangers qui se réservent la direction i donner aux produits acquis par eux, et réalisent les bénéfices que Tincurie et la p*" resse des marchands russes laissent échapper. Enchantés de recevoir de la part des maisons de commerce étrangères des arrhes de payement, ils s'engagent à leur livrer à
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rme la marchandise sur laquelle ces malins étrangères réaliseront ensuite des berces considérables; la plupart de nos marlands russes sont des vendeurs : ils ne tvent point être des négociants dans le >ns élevé, réel et pra-tique de ce nom. n pareil état de choses devait infaillibleent aboutir, dans un temps plus ou moins >ng, à une crise commerciale des plus viomtes.
Déjà, avant la dernière guerre, il y avait r plus souvent, entre le commerce d'exporition et celui d'importation, une balance éfavorable à la Russie. La dernière guerre int aggraver cet état de choses et précipi- )r la crise. L'importation pendant la guerre e diminua point, mais la mer nous étant Hrmée, les objets importés nous arrivèrent ar la voie de terre, toujours si coûteuse en absence des chemins de fer. Cette absence, ous en étions redevables à l'opposition que administration des ponts et chaussées faiait aux entreprises particulières, dont l'adlinistration régulière et honnête aurait mis n évidence les dilapidations de la bureauratie sur le chemin de fer de Moscou, con-
LA TÉSITÉ
8tniit et exploité par elle (1). L'exploitation de nos produits diminua par la raison toute naturelle, que le transport par voie de chariots auquel nous étions réduits, iit considérablement hausser le prix de tous les' articles. Nos acheteurs ordinaires cherchèrent ailleurs le blé, le suif, le chanvre, le lin, les cordages, dont ils s'approvisionnaient chei nous jusqu'à cette époque; nous vîmes B0^ gir la concurrence de l'Amérique, de l'An»-
(1) A l'époqne de la constmction du cheiûin de fer entre Saint-Pétersboarg et Moscon, des marchés furent officiellement ouverts pour l'adjadication de l'entretien et du graissage des rooes des "wagons. Deux compagnies se présentèrent aax enchères; l'une, ayant à sa tête, un américain, M. Winens, demandait une somme énorme, d^une exagération inouïe ; Tautre demandait un prix moindre. Celle-ci avait a sa tête M. Ogarew, aide de camp général de l'empereur, neveu du comte Kleinmichel, ministre des ponts et chaussées. Ce dernier espérait que, vu la grande difi'érence des prix, la préférence serait accordée a la compagnie dirigée par soi neveu. L'empereur Nicolas trouva inconvenant de déférer le graissage des roues k un aide de camp général, et donna la préférence k M. Winens, 1^ quel a réalisé des bénéfices énormes.
8UB LA BUSSŒ. J23
•alie, de TAfirique, et tine fois cette conuxence ayant pris pied sur les marché»
immercianx , on la vit se développer dan» ae formidable progression. Après la guerre ; la funeste émission dWe masse énorme B billets de crédit, le papier-monnaie subit ne dépréciation graduelle qui va toujours DL augmentant, et grâce à Tincapacité inroyable de notre administration, à son aveule obstination à contrecarrer les réforme» ésirées par l'empereur et l'opinion publide, on peut en prévoir l'inévitable et fatal Saultat, qui sera la banqueroute. La baisse a papier-monnaie amène inévitablement à i suite la hausse de toutes choses; ainsi^ irec l'augmentation de la somme d'imporition et la diminution de celle d'exportaon, avec la disparition des métaux, avec la oîsse progressive et constante du papier- Loxmaie, qui du même coup diminue natuvilement la valeur réelle de tous les rêveas de l'état, comme les impôts, les contriations, les douanes, la crise commerciale aggrave de jour en jour, et se combinant vec la crise monétaire, engendre cette terible crise financière générale, qui, en pe-
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cèrent à être rédigés comme ils Tayaient été du temps de Yolkonski.
Croirait-on, par exemple, que pour ohur cun des grands -ducs, dès qu'il se maiie^ Ton bâtit un palais spécial, et cela au moment où les finances de l'état, va l'impéri* tie de Padministration, marchent à une banqueroute? Il y a un demi-siècle, l'empereur Alexandre T' ayait trois frères, dont un seul a eu des fils : aujourd'hui l'empereur Alexandre U a six fils, trois frères et cinq neveux, en tout, quatorze grands-ducs. En suivant cette progression, la Russie peut s'attendre, à la fin de ce siècle, à voir ploft de cinquante grands-ducs. Il ne faut point oublier que sous Pierre I*', il y a un siècle et demi, il y avait dix-neuf princes Galitsyne, dont sept seulement ont aujourd'hui des descendants en lignée masculine, et à l'heure qu'il est il y a plus de cent vingt princes Galitsyne. Faudra-t-il continuer à bâtir un palais spécial pour chaque grandduc?
Si à la cour de Eussie l'on s'imagine,, par ces dépenses exorbitantes et impardonnables, produire en Europe un effet digne
ire se verrait signale par la bureaucratie, surtout par la camarilla, comme un re- Le digne d'être envoyé aux travaux for>
en Sibérie. Et cependant la publicité du Iget est promise à la Eussie par la pa- 3 impériale, dans l'oukase d'Alexandre I", 2 [14] février 1810, qui augmentait les lots. Voilà un demi-siècle que la parole }ériale continue à être violée! Les deux ions qui font repousser au gouvernement se la mesure salutaire et indispensable la publicité du budget, consistent dans lésir de soustraire à la connaissance du »lic les énormes dépenses de la liste cii, et dans le désir de la camarilla de tiimei^ à percevoir les gratifications se- ^8 fréquemment accordées, et s'élevant fois, pour certains personnages, jusqu'à la une de 100,000 roubles. H existe en (sie deux petits livres, l'un relatif aux cîers généraux, l'autre aux fonctionnaires érieurs de l'ordre civil, réimprimés tous
ans, et tirés à un très-petit nombre cemplaires, destinés à l'empereur et aux fe des diverses administrations de 1^'état. iB ces livres se trouve la liste des ré-
LA VÉEITÉ
compenses accordées à ces officiers généraux et à ces fonctionnaires, avec rénumération des diverses sommes d'argent à eux données à diverses époques. Parmi nos papiers et documents, déposés en Angleterre, se trouTe le petit livre des fonctionnaires de Tordis civil pour Tannée 1846 ; nous Timprimeroiis un jour, et Ton verra à quel point le gouvernement russe a toujours été prodigue ds l'argent de Tétat.
Dans ces dernières années, les dépenses de la cour impériale se sont élevées au chiffre d'à peu près vingt-quatre millions de roubles (environ quatre-vingt-dix millions de francs), ce qui, sur un budget d'environ 275 millions de roubles, absorbe^ plus du douzième du budget. Ainsi le chiffre des dépenses de la cour de Eussie dépasse, de plus de 60 0/0, le chiffre réuni des deux listes civiles de France et d'Angleterre, deux pays dans lesquels les petits fonctionnaires ne se trouvent point placés, par Texiguïté de leurs appointements, entre la faim et le vol, comme c'est le cas en Bussie. En 1852 mourut le feld-maréchal prince Pierre Volkonski, homme d'un caractère dur, mai»
une incontestable intégrité, et très-économe îs deniers de Tétat à lui confiés. Après i, les dépenses du ministère de la cour ipénale ont pris le caractère dW véritae gaspillage. Des bâtisses sans cesse reluveléesy des achats d^objets parfaitement utiles se succèdent sans cesse. Dans Thiir de 1858-1859, Ton présenta à la signare impériale le projet de remplacer les tciens lustres du palais d'hiver par des sires nouveaux, pour une somme de 260,000 ubles (1,040,000 francs). L'empereur ap- 'ouva ce projet et le signa; mais le mistre des finances eut Thonorable courage i refuser de mettre cette somme à la dis- »Bition du ministère de la cour impériale, léguant le vide du trésor, et Tempereur ;it noblement en retirant Tordre qu'il avait «iné à cet égard. Croirait-on que depuis
mort du maréchal Volkonski jusqu'en 1858, jndant six années consécutives, l'on ne régea point l'inventaire, jusque-là annuelleent rédigé, du mobilier, des effets et de
vaisselle des palais impériaux ! Ce ne fut l'en 1858, que ces inventaires commen-
LA TÉBITÉ
cèrent à être rédigés comme ils rayaient été du temps de Yolkonski.
Croirait-on, par exemple, que pour char cun des grands -ducs, dès qu'il se marie, Ton bâtit un palais spécial, et cela au moment où les finances de l'état, vu Timpéri* tie de l'administration, marchent à une banqueroute? Il y a un demi-siècle, l'empereur Alexandre I** avait trois frères, dont un seul a eu des fils : aujourd'hui l'empereur Alexaadre U a six fils, trois frères et cinq neveux, en tout, quatorze grands-ducs. En suivant cette progression, la Russie peut s'attendre, à la fin de ce siècle, à voir plu» de cinquante grands-ducs. Il ne faut point oublier que sous Pierre I", il y a un siècle et demi, il y avait dix-neuf princes Gar litsyne, dont sept seulement ont aujourd'hui des descendants en lignée masculine, et à l'heure qu'il est il y a plus de cent vingt princes Galitsyne. Faudra-t-il continuer à bâtir un palais spécial pour chaque grandduc?
Si à la cour de Russie l'on s'imagine,, par ces dépenses exorbitantes et impardonnables, produire en Europe un effet digne
e la puissance d'un vaste empire, Ton se •ouve plonge dans une complète erreur; est Teffet contraire qui est produit. Ces ^penses, empreintes du cachet d'un luxe riental et tout asiatique, servent de risée
l'Europe entière, qui nous prend pour des ommes à demi civilises, ayant l'idée, digne B l'Asie, d'éblouir par notre luxe. Consiirer l'argent d'une nation comme la proriëtë particulière du gouvernement, et le ter au vent par une vanité mal entendue 1 par une insouciance coupable, pouvait roir lieu au seizième ou au dix-septième ècles. Mais de nos jours, les contribuables li payent, ont bien le droit de savoir com- ;ent leur argent se trouve employé et d'en mtrôler la dépense, surtout dans un pays ai, après avoir figuré, il y a trente ans acore, au rang des puissances du premier rdre, se trouve aujourd'hui, malgré sa vaste tendue et ses immenses ressources, en prémce d'une redoutable crise financière et olitique à l'intérieur, et dans Timpossibité, vu le manque absolu d'argent, de faire i guerre à l'extérieur, en d'autres termes, B trouve descendu temporairement au ni-
{ispravnik) des districts; les chefs de la police de cercle (stanovoi pristav)^ et les employas du ministère des domaines. Enfin, CCS dépenses prévaricatrices, de la part d'un fermier de toute une province, ne s'élèvent jamais à moins de 50,000 roubles (200,000 francs) par an, et de la part des fermiers de district, à moins de 5,000 roubles (20,000 francs) par an pour chaque district. Aussi toute la police locale se trouve-t-elle complètement à la disposition des fermiers. Pour ces derniers, ni les lois, ni les ordonnances, ni les plus simples notions d'équité, n'existent en aucune manière. Ils prélèvent sans le moindre scrupule, 30 et 40 0/0 de plus sur le prix légal de l'eau-de-vie, qu'ils vendent encore frelatée. Les agents chargés par eux de tenir les divers cabarets ont recours à tous les moyens, à toutes les ruses pour engager les hommes du peuple àr boire. Un homme ne boit -il jamais jusqu'à l'ivresse, on tâche de lui donner de l'eau-de-vie à crédit, pour lui préseièter, au bout d'un certain temps, un compte faux et exagéré. On tâche de faire boire à crédit les paysans, afin de leur présenter leur compte au mo-
ment aussi critique, aussi solennel^ 3rait coupable envers son pays de \ vérité, lorsqu'on se trouve en posij pouvoir la faire entendre. C'est le sacre de tout bon citoyen.
J3g I^ VÉRITÉ
des Tolontës du Bouyeram, et n'exëcute, parmi les lois et ordonnances, que celles dont elle peut tirer un gain pécuniaire.
Cet état de choses si hideux amena, en 1858, un événement qui étonna tout le monde et dépassa Tattente de ceux mêmes qui avaient le plus de foi dans les qualités admirables du peuple russe, qualités conservées par loi précieusement, même à travers le joug terrible d'un esclavage de plusieurs siècles de durée. Les paysans, s'apercevant de l'exploitation indigne dont ils étaient Tobjet de la part des femfiers, et voyant la coupable connivence de l'administration avec ces derniers, prirent en beaucoup d'endroits le parti de résister à cette horde, en s'obligeant à observer une tempérance absolue et à renoncer à l'emploi de toute boisson spiritueuse, jusqu'au moment où les fermiers leur vendraient de l'eau-de-vie de bonne qualité et à bon marché. L'on vit, dans un grand nombre de localités, des villages entiers se réunir, se former en sociétés de tempérance, jurer l'observation de cette règle sous la foi du serment, imposer d'un accord général une forte amende à celui qui violerait cette pro-
messe, puis, — fait digne de remarque et d'admiration, — se diriger en masse vers réglise du village, solliciter le prêtre de dire un Te Deum pour demander à Dieu de leur donner la force nécessaire pour tenir leur serment, et faire le voeu d'oflfrir à l'église le produit des amendes que l'on serait dans le cas de percevoir! Dans cette occasion, le peuple russe donna la preuve la plus évidente de la fausseté de la calomnie, inventée contre lui par le parti rétrograde, qu'il n'était point mûr pour la liberté. Pour qui connaît le climat de la Russie et la nécessité, sous ce climat, de la consommation d'une certaine quantité de boissons spiritueuses, l'on ne saurait assez admirer la force de caractère qui amenait les paysans russes à s'imposer cette rude privation, l'énergie de la persévérance indispensable à l'accomplissement de ce voeu, et le magnifique sentiment religieux qui amenait des villages entiers à placer leurs promesses et leurs serments sous la protection divine. Une pareille nation est bien digne de la liberté, bien capable de la pratiquer, d'en
jouir d'une manière paisible et raisonnable il la fois.
Les fermiers furent frappes de terreur; ils voyaient la diminution considérable de leurs revenus. La police locale, la bureau- <îratie tout entière entrèrent dans la plui violente fureur; elles voyaient le bon sens «t l'ënergie de ce peuple 'opprime et pillé par elles, leur tarir la source la plus lucrative de leurs exactions. Tout fut mis en jeu contre les sociétés des tempérance : l'or fut répandu à profusion dans les sphères oii il était possible d'agir avec succès; les cadeaux ne furent point épargnés à tous ceux qui pouvaient être utiles à cette ligue des ténèbres et de la dépravation.
Le gouvernement, dont le principal revenu «e trouvait basé depuis longtemps sur l'institution immorale et odieuse des fermes d'eaux-de-vie, se trouvait dans le plus grand «mbarras; tant il est vrai que par l'admirable équité de la divine Pro\ddence, les crimes ne peuvent jamais, même en politique, échapper à trouver un jour leur châtiment. D'un côté, si le gouvernement laissait le3 sociétés de tempérance suivre leur dévelop-
ment de la moisson, et le pauvre cultivateur, n'ayant point d'argent comptant, se trouve oblige de livrer à vil prix une partie des grains nécessaires à la nourriture de «a famille. Un homme du peuple s'enivre-t-il dans un cabaret au point de tomber sans connaissance, à son réveil, s'il était venu dans une charrette attelée d'un cheval, le cheval a disparu; s'il était venu à pied, une partie de ses habits a disparu; on lui présente encore un compte exagéré, pour une quantité de boisson plus grande que celle réellement consommée par lui, et il se trouve obligé de payer. Après avoir été maintes fois dupe, il finit par devenir fripon et par duper les autres. Xes cabarets sont le quartier général des voleurs et le point de dopart de presque tous les crimes. Le pouvoir du gouvernement expire au seuil des cabarets ; la police payée par les fermiers y laisse commettre toutes les horreurs possibles, et comment eu serait-il autrement sous la forme de gouvernement qui régit la Kussie? Le pouvoir autocratique, nominalement dévolu au souverain, se trouve de fait entre les mains de la bureaucratie, laquelle se moque
la Bobriëtë est une qualité, ils dëclar.ieiit que nulle association ne peut être formée sans l'autorisation du gouvernement, leqvel fCa jamais admis les sodétén de tempéranctr et ils ajoutaient, qu'une certaine quantité de boissons spiritueuses étant nëoessaire à l'hygiène des populations, les employés ne devaient point permettre aux sociétés de tempérance de s'établir et de prendre racine.
Mais si l'on voit souvent des hommes portés à faire le mal, Ton en voit peu qui aient le courage de faire le mal au grand jour. Ce courage fit défaut aux trois ministres dont nous venons de parler. Entre le» obsessions fort pressantes de la bureaucratie et des fermiers, et la crainte de la publicité européenne, ils agirent comme le font ordinairement les hommes dénués d'énergie et de courage, c'est-à-dire avec une insigne maladresse. Ils eurent la naïveté d'envoyer leurs circulaires, adressées à plusieurs milliers de fonctionnaires, sous le sceau du secret, ce qui d'ailleurs, en Kussie, est le meilleur moyen de faire connaître une ordonnance à tout le monde. Confier ainsi un
secret à soixante-cinq millions d'individus aurait été, certes, le fait le plus ridicule que Ton puisse voir, s'il ne s'appliquait à une chose aussi odieuse que l'ivrognerie organisée et propagée par les soins de l'administration.
La bureaucratie, ravie de sa victoire, se mit à poursuivre avec acharnement les sociétés de tempérance. On vit, en 1859, la police locale accourir dans les villages et contraindre les paysans, à coups de verges et de bâton, à boire de l'eau-de-vie. Dans certaines localités, les paysans, indignés et poussés à bout, démolirent les cabarets. La l)ureaucratie fit marcher les troupes, et l'on vit la force armée employée au maintien de cette institution odieuse du fermage des eaux- ^e-vie, de cette institution qui pille et déprave le peuple pour remplir le trésor de l'état et enrichir la horde insatiable des fonctionnaires russes. Pour compléter ce spectacle hideux, la bureaucratie obtint l'interdit à la censure' de laisser passer le moindre article où l'immoralité du fermage des eauxde-vie serait signalée.
En 1858, lors de la dernière adjudication
des fermes d'eaux-de-vie (laquelle a lieu tous les quatre ans), l'empereur Alexandre énonça son regret de voir raccroissement considërable du chififre de cette branche honteuse du revenu public. Nobles paroles, dignes de rexcellent souverain qui les a prononcées. Mais la toute -puissante bureaucratie, tant qu'elle ne sera point brisée par rempereur, ne permettra jamais à ce prince si bien intentionné d'accomplir les réformes désirées par son coeur. En Eussie, la plupart des réformes s'accomplissent en paroles et sur le papier, mais n'entrent point dans le domaiiie des faits. Trop de fortunes colossales ont été réalisées dans le bourbier .des vieux abus; elles ont inspiré à trop de monde le désir de marcher sur les traces de leurs acquéreurs (1),
(1) L'on ne saurait se faire une idée du chiffre colossal des fortunes, acquises en Russie par le fermage des eaux-de-vie, et souvent par de véritables filous, par exemple, le sieur K..., l'un des charlatans les plus hardis et l'un des fripons les p'us éhontés qui aient jamais existé. La biographie de cet individu contient des données caractéristiques, relativement à l'administration russe. Non» la raconterons un jour.
iinent régulier, il s'exposait à compromet- 3 les deux cinquièmes de son revenu; s'il nait à interdire ces sociétés, il s'exposait, yant Topinion publique de l'Europe (cette te de Méduse pour l'administration russe),
devant le tribunal de l'histoire, au juste proche de favoriser la dépravation de la usse lu plus nombreuse de ses sujets, de I démoraliser systématiquement pour en «r le plus d'argent possible. On a vu des mmes, comme Tchinghiz-Khan, comme Taïrlan, élever leur fortune sur le carnage; ûs ici il y avait l'exemple, peut-être unie dans l'histoire, d'une administration étassant les bases de sa prospérité sur un atème complet, dont la tendance était de moraliser, dépraver et ruiner la nation à e confiée par la Providence.
Trois ministres, ceux de l'intérieur, des ances et des domaines de la couronne, ME. Lanskoi, Kniajévicz et Michel Moura- 5W, acceptèrent le rôle triste et odieux
faire la guerre aux sociétés de tempéicc. Ils envoyèrent à leurs employés, en ovince, des circulaires où, après avoir éta- L le principe (d'ailleurs incontestable) que
Ronbles. Francs.
Report . . 6,000 24,000 à des objets d'utilité publique, à des salles d'asile, etc. :
les gouverneurs peu scrupuleux, qui sont en majorité, la mettent dans leur poche.
A la chancellerie du gouverneur de la province . . . 1,200 4,800
Au chef de la police du chef-lieu de province. . . . 1,200 4,800
Au secrétaire du bureau de police du chef -lieu de la province 300 1,200
Aux chefs {gorodnitchyi) des villes de district, 600 roubles à chacun 6,000 24,000
Aux secrétaires des bureaux de police des villes de district, 200 roubles à chacun 2,000 8,000
Aux trois officiers supérieurs de police (tchasnyi pristav) du chef-lieu de province et à l'officier supé-
A reporter . . . 16,700 66,800
à soixante-cinq millions d'individus
été, certes, le fait le plus ridicule m puisse voir, s'il ne s'appliquait à lose aussi odieuse que l'ivrognerie ore et propagée par les soins de l'admiion.
bureaucratie, ravie de sa victoire, se
poursuivre avec acharnement les sodé tempérance. On vit, en 1859, la
locale accourir dans les villages et Indre les paysans, à coups de verges bâton, à boire de l'eau-de-vie. Dans Les localités, les paysans, indignés et is à bout, démolirent les cabarets. La icratie fit marcher les troupes, et l'on force armée employée au maintien de nstîtution odieuse du fermage des eaux- , de cette institution qui pille et déle peuple pour remplir le trésor de et enrichir la horde insatiable des foncires russes. Pour compléter ce spectàieux, la bureaucratie obtint l'interdit censure' de laisser passer le moindre
où l'immoralité du fermage des eaux-
serait signalée.
1858, lors de la dernière adjudication
Roubles. Franc
Report . . 35,620 142,4
Aux inspecteurs de Tadministration des eaux -devie dans chaque district (rinnyi pristav)^ par 600 roubles à chacun 6,600 26,4
Aux chefs de cercle dans chaque district ( stanovoi pristav), en prenant comme chiffre moyen le nombre do trois par district, 250 roubles à chacun 8,250 33,0(
Au président de la chambre des finances de la province (Aaze/mata pallata). 6,000 24,0(
A celui des conseillers de cette chambre qui administre la section des boissons ^ 2,000 8,0(
Au secrétaire de la chambre des finances 1,000 4,0(
Aux employés de cette chambre . . . . , 1,000 4,0(
Total . . 60,470 ou 241,8î
roubles franc»
SUR Ul RUSSIE.
RoiiMes. Francs.
Report . . 16,700 66,800 police de chaque ' listrict, 240 rou-
acun 3,120 12,480
X oflicierB infépolice {kvartalnyi, ) du chef-lieu de e, et aux deux oférieurs de police le des villes de ar 100 roubles à
lefs de police lo-
avnik)j des onze
e la province, par
es à chacun . . . 6,600 26,400
lesseurs des tribu-
)lice locale {népré-
ssédatel) des onze
e la province, par
Bs à chacun . . . 3,300 13,200
crétaires de ces
maux, par 300
chacun 3,300 13,200
A reporter . . 35,620 142,480
Roubles. Francs.
Report . . 35,620 142,480
Aux inspecteurs de TadminiRtration des eaux -devie dans chaque district (vinnyi pristav), par 600 roubles à chacun 6,600 26,400
Aux chefs de cercle dans chaque district ( stanovoi pristav)y en prenant comme chiflEre moyen le nombre de trois par district, 250 roubles à chacun 8,250 33,000
Au président de la chambre des finances de la province (^kazennaia pallata). 6,000 24,000
A celui des conseillers de cette chambre qui administre la section des boissons ^ 2,000 8,000
Au secrétaire de la chambre des finances 1,000 4,000
Aux employés de cette chambre . . . . , " 1,000 4,000
Total . . 6O,47Oou241,880
roubles francs
)ots-de-vm pour les autorités locales de rovince, sans compter ce que le fermier rouve oblige de payer, à Pétersbourg, employés du ministère des finances!
xm.