DE LA POLICE POLITIQUE
L'une des plus grandes naïvetés du gouyemement rasAe consiste à s'imaginer, que la police politique lui sert à saToir ce qiû se passe. Il est dans une complète errem- Les espions employés par lui prennent Boa argent, ne lui disent que ce qu'ils veulent dire, et calomnient leurs ennemis perBoanels. En un mot, le gouvernement dépense beaucoup d'argent pour ne rien savoir, ouvrir la porte à tous les abus, et servir le» rancunes personnelles des agents de sa yolice. Et comment en serait-il autrement? Tu misérable qui accepte de Vot pour se faire espion et délateur est toujours prêt à mentir; est-il possible de se fier à sa parole? Est-il possible de croire à sa véracité? Estil possible d'ajouter foi à. ses assertions?
La chancellerie secrète, cette terrible in-
ion politique dont nous avons parle lapitre YI, nominalement abolie sous ) m, fut maintenue de fait pendant Le règne de Catherine II, mais avec Dup de mystère et de modération. Sous
elle joua derechef un rôle terrible (1), /avènement d'Alexandre, fat définitiveabolie. En 1809, Alexandre créa un tère de la police qui exista jusqu'en
mais fonctionna avec une grande mo-
Paul, en montant sur le trône, avait ordonné ver en briques la construction de la cathédlsaac, dont la moitié se trouvait déjà bâtie rbre sous le règne de Catherine. Un homme k sur cet édifice un distique où il disait : nencé en marbre, achevé en briques, cet « est le fidèle représentant des deux règnes.'' ce à la , police , il fut envoyé en Sibérie, avoir eu les oreilles et la langue coupées, nière k ne pouvoir comprendre ce qu'on lui ^u'en le faisant écrire sur une ardoise , conent suspendue à son cou, et pour répliquer, rouvait obligé d'écrire sa réponse sur l'ar- Cette cathédrale d'Isaac se lézarda bientôt. . démolit, et près de la place où elle se it, l'on éleva la magnifique cathédrale ac-
LA VEBlTé
et aux tendances éclairées; ensuite il effrayait Nicolas, ce prince médiocre et si craintif deyant Tombre de chaque idée libérale, eu lui faisant voii partout des couspiratious et des sociétés secrètes qui n'existaient point; il s'emparait de son esprit et arrivait à le gouveruer; eufin, il tirait parti des abus pour s'enrichir et du mensonge otficiel pour déguiser ses exactions. Il possède entre autres un talent qui lui fut maintes fois d'ime grande utilité : celui de contrefaire admirablement les écritures....
En 1844, le comte Beuckendorff, épuisé par la débauche, fut obligé par l'état de sa santé de quitter les affaires, et mourut bientôt après. Il eut pour successeur le prince Orlow, lequel, grâce à sa finesse et à Thabile souplesse de son caractère, avait joui de Testime publique tant qu'il ne fut point aux affaires, et une fois arrivé au pouvoir, tomba dans la déconsidération et le mépris général. Plat courtisan, égoïste jusqu'à la dureté, avide jusqu'à la rapacité, il est en même temps d'une paresse sans égale. Il lui avait échappé de dire un jour, en pleine séance du conseil • des ministres , que toiU
tence de cette administration, le principal fonctionnaire, M. Mordvinow, lequel, vu Tincapacité et rétourderie du chef supérieur, avait tout le pouvoir en main, était un homme d'un caractère rude, mais intelligent et intègre. En 1837, il fut renversé par l'une de ces intrigues bureaucratiques si fréquentes en Bussie, et remplacé par le général Doubelt, un homme doué d'une intelligence remarquable, mais pour lequel le but de la vie consistait à s'enrichir à tout prix. Le meilleur moyen de faire fortune étant de profiter des abus pour s'enrichir, et du mensonge officiel pour dissimuler ses concussions. M» Doubelt se constitua le protecteur et le défenseur le plus ardent de tous les abus, de toutes les saletés bureaucratiques. Ennemi acharné de toute idée généreuse et noble, faisant la guerre la plus vive à la presse, il énonça à haute voix (en pleine séance de radministration supérieure de la censure) cette maxime, que : tout écrivain est un ours qu'il fallait tenir enchaîné. En suivant cette ligne politique, il arrivait à un triple résultat : il faisait la cour à l'empereur Nicolas, en donnant la chasse auK idées généreuses
et aux tendances éclairées; ensuite il effrayait Nicolas, ce prince médiocre et si craintif deyant Tombre de chaque idée libérale, eu lui faisant voit partout des conspirations et des sociétés secrètes qui n'existaient point; il s'emparait de son esprit et arrivait à le gouverner; enfin, il tirait parti des abus pour s'enrichir et du mensonge otficiel pour déguiser ses exactions. Il possède entre autres un talent qui lui fut maintes fois d'une grande utilité : celui de contrefaire admirablement les écritures....
En 1844, le comte Benckendorff, épuisé par la débauche, fut obligé par l'état de sa santé de quitter les affaires, et mourut bientôt après, n eut pour successeur le prince Orlow, lequel, grâce à sa finesse et à l'babile souplesse de son caractère, avait joui de Testime publique tant qu'il ne fut point aux affaires, et une fois arrivé au pouToir, tomba dans la déconsidération et le mépris général. Plat courtisan, égoïste jusqu'à la dureté, avide jusqu'à la rapacité, il est en même temps d'une paresse sans égale. Il Ini avait échappé de dire un jour, en pleine séance du conseil . des ministres , que tout
Uuérateur est un conspirateur né. Cette calomnie était d'autant plus injuste et d'autant plus inconcevable, que son propre fils, un homme éclaire et estimable, a publié un très-bon livre, et ne sera jamais un conspirateur, tandis que son père et ses oncles, qui savaient à peine lire et écrire, ont été «a dix-huitième siècle des conspirateurs et même des régicides.
Le prince Orlow livra toutes les affaires à l'arbitraire complet de M. Doubelt, et alors commença pour la Russie une époque de sinistre mémoire, qui dura jusqu'à la mort de l'empereur Nicolas, et à laquelle nous ne saurions penser sans un profond sentiment de dégoût et d'horreur, nous autres contemporains, ayant passé les plus belles années de notre vie sous ce régime fitupide, dégradant pour la dignité humaine, sous ce régime qui érigeait en crimes d'état toutes les idées éclairées, toutes les tendances nobles et généreuses du coeur humain» La Russie fut mise par la police politique en coupe réglée; il n'y avait point de crimes dont on ne pût se racheter, point de noirceur ni de mal que l'on ne pût com-
mettre en payant cette police. Dans les rapports qu'elle adressait au souverain, elle calomniait les hommes les plus honorables; elle prenait le parti des fripons les plu» ëhontës, des voleurs les plus connus. M. Boubelt faisait sa société habituelle de» hommes les plus tarés, des escrocs les plus signalés, et c'est par le canal de ces être» immondes que l'on traitait les affaires le» plus graves, celles qui concernaient la fo^ tune et l'honneur des individus.
Dans chaque province, il y avait un colonel de gendarmerie chargé de la police politique, et la Eussie était divisée en cercles, ayant chacun à sa tête un officier général de gendarmerie ; ces officiers généraux et ces colonels étaient tenus de payer chaque année, et avec la plus grande exactitude, à M. Doubclt, un tribut ûxé par lui , et qui variait suivant l'importance de la province et sa position politique. Les provinces de l'ouest, les ci-devanl provinces polonaise», constituaient pour la police politique une véritable Californie. Là, presque tous le» propriétaires polonais étaient taxés : suivant le chiffre de leur fortune, ils devaient payer
SUBLABUSSIE. ]55
à la gendarmerie un tribut annuel, et malheur à celui qui osait se montrer payeur inexact. Saisi la nuit, jeté en prison, soumis à un interrogatoire secret, il devait,, pour racheter sa faute, payer à la police une amende considérable, à défaut de laquelle il était exilé en Sibérie , soi-disant. pour crime politique. Or, dans ces provinces,, l'exil en Sibérie pour crimes politiques entraînait la confiscation des biens, et par conséquent la ruine des familles : la confiscation, cette peine odieuse, avait été abolie par Catherine II en Eussie, mais constamment maintenue dans les provinces de Touest et danft le royaume de Pologne. Dans ce royaume et dans ces provinces, elle n'est point encore abrogée de nos jours!
.Dans le reste de l'empire, l'on ne confisquait point les biens, mais l'on rançonnait les individus. Quand nous avons été arrêté en 1843, un certain Marc, valet de chambre de M. Doubelt, vint nous dire que nous serions immédiatement mis en liberté si nous consentions à payer 25,000 rouble» (100,000 francs). Sur notre refus, noua
A Varsovie, surtout dans les aimées qui suivirent la révolution de 1831, le royaume
ceptions. M. Jean Annenkow .a va ses cousins, parmi lesquels se trouve le ministre contrôleur-général de Russie, le général Nicolas Annenkow, refuser déloyalement de lui restitaer ses biens. M. Nicolas Tourguénew a été également volé par ses neveux, les fils de son cousin M. Boris Tourguénew, de la possession de deux terres a lui échues par héritage de son frère. Le devoir de l'opinion publique est de flétrir de pareils procédés, que 1» haute position du général Nicolas Annenkow rend plus indignes encore. L'on ne saurait donner asseï de publicité, assez de retentissement k ces actes de la plus vile spoliation.
Il y eut encore, pendant l'exil de ces malheareux, deux oncles qui se couvrirent d'infamie. Le sénateur Paul Divow s'empara des biens de son neveu exilé, et laissa celui-ci dans la misère, en refusant de lui envoyer les plus légers secours. Le malheureux lui ayant demandé, vu son dénûment absolu, une légère somme d'argent, le misérable n'eut point honte de lui faire savoir, par la police politique, qu il ne reconnaissait point un rebelle poor son neveu (tout en jouissant de la fortune qui aurait dû appartenir à ce dernier). Le sénateur Dmitri Lanskoi, dont la femme était la tante et l'héritière du prince Alexandre Odoiévski, trahit et livra k It police ce dernier, qui s'était présenté chez lui en
dénonciation, sur la base de laquelle Ton arrêtait et Ton jetait en prison des individus riches ou aisés, désignés d'ayance. Ces malheureux avaient le choix entre le payement d'une rançon considérable et l'avenir le plus af^eux. S'ils refusaient de payer^ alors ils se voyaient chargés de chaînes,. mis à la question, livrés aux tortures les plus épouvantables, et martyrisés jusqu'au moment où la douleur leur arrachait un oui ÊEital à un interrogatoire insidieusement dirigé ; alors on les ramenait dans leur cachot^ les membres tout disloqués. Un médecin était appelé pour leur donner ses soins, et parfois pour les préparer à subir une torture nouvelle. Ils étaient envoyés en Sibérie; s'ils étaient Eusses, leurs biens passaieiit à leurs héritiers légitimes; mais s'ils étaient Polonais, leurs biens étaient confisqués, et leurs familles réduites à la misère (1).
(1) Les exilés russes de 1826 et leurs enfant» ont vu, à leur retour de Sibérie, leurs biens loyalement restitués par les parents qui s'en trouvaient les détenteurs involontaires; ce fut une belle page de l'histoire de Russie, et il n'y eut que deux ex-
A Varsovie, surtout dans les annëes qui suivirent la révolution de 1831, le royaume
ceptions. M. Jean Annenkow .a va ses cousins, parmi lesquels se trouve le ministre contrôlenr-général de Russie, le général Nicolas Annenkow, refuser déloyalement de lui restituer ses biens. M. Nicolas Tonrguénew a été également volé par ses neveux, les fils de son cousin M. Boris Tonrguénew, de la possession de deux terres a lui échues par héritage de son frère. Le devoir de Topinion publique est de flétrir de pareils procédés, que li haute position du général Nicolas Annenkow rend plus indignes encore. L'on ne saurait donner asseï de publicité, assez de retentissement à ces actes de la plus vile spoliation.
Il y eut encore , pendant Texil de ces malbeu* reux. deux oncles qui se couvrirent d'infamie. Le sénateur Paul Divow s'empara des biens de son neveu exilé, et laissa celui-ci dans la misère, eu refusant de lui envoyer les plus légers secours. Le malheureux lui ayant demandé, vu son dénûment absolu, une légère somme d'argent, le misérftl)!^ n'eut point honte de lui faire savoir, par la pohct politique^ qull ne reconnaissait point un rebelle pour son neveu (tout en jouissant de la fortune qui an* rait dû appartenir à ce dernier). Le sénateur Dmitri Lanskoi, dont la femme était la tante et l'héritière du prince Alexandre Odoiévski, trahit et livra à U police ce dernier, qui s'était présenté chez lui en
de Pologne tout entier avait été mis en coupe réglée d'exactions. Voici comment Ton
fdgitif , demandant asile poor une nuit. Après l'a- Toir liyré , il s^empara de ses biens , et ne lui en- Toya que les secours les plus modiques. Le prince Odoiévski et le jeune Divow moururent tous deux «n exil au Caucase.
Il y eut encore deux cas de non-restitution de biens, mais ceux-là fort involontaires. Le majorât, le nom et le titre du comte Czemyschew ayant passé a sa sœur, madame Krouglikow, cette dame respectable, après avoir été, ainsi que ses autres sœurs, la providence de son frère pendant les années de malheur de celui-ci, lui restitua a son retour de l'exil tous les biens ne faisant point partie du majorât; mais il lui fut impossible, comme de raison, de restituer ce dernier, la loi ne permettant ni la cession ni la vente d'un majorât.
L^autre cas s'est présenté à l'égard du général prince Serge Volkonski. Sa fortune avait passé à «es deux frères, le prince Nicolas Répnine et le prince Nikita Volkonski ; tous deux moururent pendant Texil de leur frère, laissant chacun un fils. Aq retour du général prince Serge de son exil,* en 1866, le prince Alexandre Volkonski (le même qui fat ministre k Dresde et à Naples) s'empressa de restitaer à son oncle tout ce qui devait appartenir à <ce dernier. Le prince Basile Répnine aurait voulu «"livre Fexemple de son cousin; mais toute sa for-
UL VERITB
II y a en RuBsie plusieurs sortes d'exil Celui par lequel nous avons passe consiste à habiter soit une yille désignée (comme c'était notre cas), soit à vivre dans sa propre terre, sans pouvoir quitter pour vingtquatre heures la ville ou la terre dans laquelle on se trouve rëlëguë. Les autorité» locales ont le droit de procéder, quand il leur plaît, à rezamen des papiers de Tezilé, en opérant chez lui une visite domiciliaiie. Il y a ensuite trois sortes d'exils en Sibérie : 1) l'exil dans une ville avec privatioi de tous les droits civiques; 2) la colonisa-
jeane homme du caractère le plus noble, appartenant à Tune des plus grandes familles de la Pologne, et propriétaire d'ane immense fortune, c'était déjà bien assez cruel de se voir priyé de st fortune et de ses droits civiques, et de se Toir condamné à Texil en Sibérie. Mais la cruanté de Tenipereur Nicolas n*en fut point satisfaite. Il écrivit sur Tarrêt soumis a son approbation : Sangouszko 8tra envoyé en Sibérie comme un forçat ordinaire, à pied, et rivé à la chaîne des forçaU, Cet ordre barbare reçut son exécution. Le noble et malheureux prince Roman Sangonszko fut obligé de faire plusieurs milliers de verstes à pied, rivé à la chaîne des forçats.
SUR LA RUSSIE. JgJ
g^ent (plus ou moins considérable, suivant la position de fortune du prisonnier), il obtiendrait sa liberté immédiate. H payait, et se trouvait libre sur-le-champ.
Dans les provinces occidentales, les propriétaires se trouvaient astreints à des payements permanents et annuels en faveur des fonctionnaires de tout genre. Les récalcitrants aTaient eu perspective la Sibérie et la ruine. Que devaient penser les malheureux Polonaisy conduits en exil, lorsqu'ils venaient à passer à Moscou devant le monument de Minine et du prince Pojarski, ces deux héros illustres, dont la mémoire vénérable et vénérée ne s'éteindra jamais chez nous en BoBsie, précisément parce qu'il leur a été donné d'accomplir pour notre pays ce qu'avaient voulu faire po.ur le leur ces malheureux qui, outragés, torturés, ruinés, passaient les fers aux pieds devant ce monument, pour aller en Sibcne y subir un exil ne devant finir qu'avec leur vie (1)!
(1) En 1831, le prince Roman Sangouszko, pris les armes a la main dans les rangs de l'armée polonaise, fut condamné à l'exil en Sibérie. Pour uu
prince Serge Troubetskoi, le prince Eugène Obolenski, le colonel Artamon Mouraview, (mort en Sibérie), le colonel Basile Davydow (mort en Sibérie un an avant ramuistie de 1856), le capitaine Jakoubovitch, les deux frères Borissow (tous les trois morts en Sibérie); le baron Benjamin Soloview, MM. Bystritski, Mozolevski (mort en Sibérie) et Souhinow. Ce dernier ayant projeté une tentative d'évasion, fut découvert ; jugé comme un forçat, condanmé au knout, il s'étrangla en prison pour ne point subir cet arrêt si atroce. Ces malheureux passaient toute la matinée au travail; se trouvaient, pour la nuit, enfermés sous clef dans des réduits étroits et malsains, et ne pouvaient voir leurs femmes que dans le lieu indiqué l>ar les chefs des galériens et aux heures designées par ces chefs. La princesse Yolkonski et la princesse Troubetskoi suivirent leurs maris dans cet horrible exil. Ces deux nobles femmes, élevées dans le luxe, acceptèrent volontairement Texistence la plus pénible, et se placèrent de leur plein gré dans la dure condition des femmes de forçats. La princesse Troubetskoi mourut en 1854, deux
Sl'R LA RUSSIE. Jgg
tion, c'est-à-dire que l'exilé, privé de tous les droits civiques, relégué dans un village ,on Sibérie, est inscrit parmi les paysans des domaines de la couronne; 3) enfin, Tenvoi rax travaux forcés, soit aux diverses fabriques de la couronne, soit aux mines, ce qui «onstitae le plus terrible des châtiments. Seaucoup d'exilés polonais, distingués par lenr naissance, leur éducation, leur caractère peivonnel, furent envoyés aux mines, et obligea de travailler comme de simples forçats, les fers aux pieds. Plusieurs d'entre les exilëa rosses de 1826 furent envoyés aux mines, et y travaillèrent les feis aux pieds pendant une année entière; après quoi ils furent xéunis avec leurs collègues d'infortune, également charges de chaînes et astreints au travail, dans le bourg nouvellement créé de Tchita (aujourd'hui ville de province); ensuite transférés à Pétrovski, l'une des usines de la couronne, et plus tard colonisés dans l6S diverses parties de la Sibérie. Parmi ces exilés de 1826, les plus maltraités par l'empereur Nicolas, qui les fit envoyer aux mines et travailler les fers aux pieds, furent : le général prince Serge Volkonski, le colonel
prince Serge Troubetskoi, le prince Eugène Obolenski, le colonel Artamon Mouraview^ (mort en Sibérie), le colonel Basile DaTydow (mort en Sibérie un an avant ramnistie de 1856), le capitaine Jakoubovitch, les deux frères Borissow (tous les trois morts en Sibérie); le baron Benjamin Soloview, MM. Bjstritski, Mozolevski (mort en Sibérie) et Souhinow. Ce dernier ayant projeté une tentative d'évasion, fdt découvert; jugé comme un forçat, condamné au knout, il s'étrangla en prison pour ne point subir cet arrêt si atroce. Ces malheureux passaient toute U matinée au travail; se trouvaient, pour la nuit, enfermés sous clef dans des réduits étroits et malsains, et ne pouvaient voir leurs femmes que dans le lieu indiqué par les chefs des galériens et aux heures désignées par ces chefs. La princesse Volkonski et la princesse Troubetskoi suivirent leurs maris dans cet horrible exil. Ces deux nobles femmes, élevées dans le luxe, acceptèrent volontairement Texistence la plus pénible, et se placèrent de leur plein gré dans la dure condition des femmes de forçats. La princesse Troubetskoi mourut en 1854, deux
ans avant Vamnistie ; la princesse Volkonski, plus heureuse, revint après l'amnistie en Eussie, où la v<?nération générale entoure cette femme vraiment héroïque (1).
L'empereur Nicolas apportait souvent un raffinement spécial de cruauté à aggraver les peines des prisonniers. Ainsi, en 1847, un sieur Pëtrow, fils d'un officier de gendarmes, dénonça plusieurs littérateurs, habitant la ville de Eliew, comme ayant formé une société secrète; parmi les personnages si faussement dénoncés se trouvaient : M. Kostomarow, historien distingué, M. Koulesz, romancier très-connu, M. Tchijow, l'un des hommes les plus versés dans la connaissance
(1) La princesse Marie Yolkonski est la fille de M. RaieTski, Tun des généraux russes les plus célèbres. La princesse Catherine Troubetskoi était la fille d'un émigré français établi en Russie, M. Jean-Étir-nne f.aloubrerie de Laval, ancien officier, avant 1789, au régiment de Berchiny, créé comte de Laval par lettres patentes de Louis XYIII, en 1815.
Nous avons donné, au premier volume (chapitre VI), les noms des nobles et courageuses femmes qui ont suivi leurs maris dans l'exil, en 1826.
It56
des pays slaves, et M. Schevtchënko , poète et peintre à lu fois. Ils furent tous exilés, et M. Schevtchënko fut envoyé, en qualité de soldat, à Orenbourg, sur les frontière» de TAsie, avec la défense d^ écrire ef de de*sinerl N'était-ce point un aflfreux raffinement de cruauté?
Combien de jeunes gens, dans les uniTe^ sites, pour un mot imprudent, 'étaient arrêtés, exilés, et voyaient leur avenir brisé! M. Herzen, dans ses mémoires si intéressants et si véridiques, nous raconte ce qui se passait à l'université de' Moscou de 1831 à 1834; il nous raconte comment on voulut transformer éa une conspiration quelques propos un peu lestes, tenus par des jeunes gens à un dîner nombreux ; comment Thonnête et loyal général de Staal, commandant de place à Moscou, refusa de prêter les mains à cette infamie, et ne voulut point présider la commission d'enquête; comment le comte Benckendorff, chef de li police politique, envoya de Saint-Pétersbourg, pour diriger cette enquête, Tun de ses agents, un misérable portant Tun <les plus beaux noms de la Kussie, le prince Alexandre Galitsyne, secrétaire d'état, et les
malheureux jeunes gens, places en présence d'une véritable inquisition politique, interrogés insidieusement, se virent condamnés, la ]^lupart à Texil, et quelques-uns même à une détention perpétuelle dans la forteresse de Schliisselbourg (1).
Un propriétaire de la province de Moscou, M. Soungourow, d'une famille noble et d'une éducation distinguée, ayant été condamné, pour des correspondances politiques, à Texil en Sibérie, avec privation des droits civiques,
(1) M. Herzeii, en parlant de son exil a Perm, pais à Viatka, en 1834, 1835, 1836 et 1837, raconte des actions pea bonurables oommises k Perm par on exilé, le prince Dolgoroukow. M. Herzen n'ayant point indiqaé le nom de baptême par lequel se distinguent ordinairement entre eux, en Russie, les membres de familles nombreuses, plusieurs de ses lecteurs , ne nous connaissant point personnellement, «t sachant que nous avions été exilé k Viatka. ont cm qu'il s'agissait de nous. Nous tenons k rectifier cette erreur des lecteurs. Le prince Michel Dolgoroukow, dont parle M. Herzen, a été exilé k Perm, et il est mort en 1841, dans la ville de Verhotourié, proyince de Perm. Nous, nous avons été exilé a Viatka, en 1843, et le récit de M. Herzen ne nous concerne en rien
LATERITE
ti<iue d'entre les mains ignobles des chefe j supërieurs qui la dirigeaient , le priuce 0^ ■ lo^ et le général Doubelt, et plaça à sa it'to l'ancien ministre de la guerre , prince Basile Dolgoroukow, dont nous avons parlé au chapitre X de cet ouvrage. C'est un homme intègre, de formes excellentes, maie dc^iué de toute capacité, appartenant par ses opinions au parti rétrograde, craignant toute amélioration, tout progrès, et n'ayant point assez d'intelligence pour comprendre que sans les réformes les plus sérieuses, la Eussie marche à un cataclysme. La place de principal fonctionnaire de la police politique fat donnée au général Timaschew, très -connu par son talent pour la caricature, mais nullement par ses capacités politiques. Le général Timaschew est un homme d'esprit et un homme intègre, deux qualités bien rare» parmi la camarilla de Saint-Pétersbourg; il ^des formes excellentes, mais en même temps il est enclin à un despotisme et à une violence de compression politique lesquelles, si on le laissait faire, dépasseraient <?n nidcsse et en sévérité le système de l'empereur Nicolas lui-même. Ayant fait, en
ïi nous aimions Fempereur? Jamais nous ne saurions oublier ce moment solennel; notre trouble fut extrême : dire la vérité, c'était Be faire renvoyer à Viatkai et nous n'en avions nul désir. Mentir est toujours une indignité; d'ailleurs, Ton ne saurait tromper Dieu, qui voit le fond de la conscience humaine, et connaît les pensées les plus secrètes. Après un moment de réflexion, nous adressâmes à Dieu cette prière mentale : „ Seigneur, vous voyez à quels individus j'ai „ affaire en ce pays : pardonnez-moi, dans „ votre miséricorde infinie, l'indigne mensonge „que je me vois obligé de commettre!" Et le prêtre réitérant sa question : Aimez-vous l'empereur? nous répondîmes : Oui! C'était mal agir, nous le savons, et pour nous en punir, nous en faisons l'aveu public, mais nous n'avions nulle envie de retourner en exil; et n'était-ce point un atroce gouvernement que celui qui voulait avilir la ç^ ligion, au point de la transformer en une branche de l'espionnage et de l'inquisition politique ?
En 1856, l'empereur Alexandre II, animé des meilleures intentions, ôta la police poli-
LA VEBITE
tique d'entre les mains ignobles des d supérieurs qui la dirigeaient, le prince lo^ et le général Doubelt, et plaça à lête l'ancien ministre de la guerre, pri Basile Dolgoroukow, dont nous avons pi au chapitre X de cet ouvrage. C'est homme intègre, de formes excellentes, m dénué de toute capacité, appartenant par opinions au parti rétrogsade, craignant to amélioration, tout progrès, et n'ayant pc assez d'intelligence pour comprendre que s: les réformes les plus sérieuses, la Ktu marche à un cataclysme. La place de pi cipal fonctionnaire de la police politique donnée au général Timaschew, très -coi par son talent pour la caricature, mais i lement par ses capacités politiques. Le néral Timaschew est un homme d'esprit un homme intègre, deux qualités bien ra parmi la camarilla de Saint-Pétersbourg; IL des formes excellentes, mais en mé temps il est enclin à un despotisme et une violence de compression politique 1 quelles, si on le laissait faire, dépasserai» en rudesse et en sévérité le système i'empereur Nicolas lui-même. Ayant fait.
SUR LA RUSSIE. jy^
1859, uu voyage en Europe et un séjour en France, il y tenait des propos éclairés : il lui arrivait même parfois d'énoncer des maximes tant soit peu libérales; mais voyez cet homme en Eussie, dans le pays qu'il administre (le pouvoir ne se trouvant que nominalement dans les mains de l'empereur, et la Eus»ie étant gouvernée par la bureaucratie, doat la police politique est le bras, et la camurilla le moyen d'influence près àa souverain), voyez le général Timaschew en Russie; voyez son aversion pour les idées éclairées, sa haiuç pour toute réforme; la franchise souvent naïve, à force de brutalité, avec laquelle cet éteignoir politique énonce ses idées de compression. Le général Timatehew est un véritable Tartare déguisé en Européen : son système politique, triple extrait de despotisme, en fait un de ces hommes qui paraissent être nés pour perdre les dynasties. Un jour, en causant avec nous, il disait : „ L'attitude de la presse russe est „afifireuse : elle fait l'éloge de l'empereur „lout en blâmant l'administration; c'est at- „taquer l'empereur!" — „I1 me semble, gé- „néral, lui répondîmes-nous, que c'est vous
que la Russie a échappe au règne sauvage de l'empereur Nicolas. Cette Bituation déplorable que nous venons de signaler, cette lutte incessante, offre un danger réel pour Tavenir. Saint-Pétersbourg, théâtre d'intrigues depuis la fondation de cette ville, ea est plus rempli que jamais; dans un moment d'une gravité aussi solennelle que celui des importantes réformes abordées par Tempereur et Topinion publique, des questions de personnes, des rivalités d'amourpropre, et, plus que tout cela, la rapacité individuelle, viennent sans cesse entraver et souvent vicier la marche des affaires. Le gouvernement russe, en ce moment, ressemble parfaitement à un vaisseau qui vogue sur l'Océan, au hasard, sans direction aucune; le capitaine est animé des meilleure» intentions; mais les contre - maîtres et les pilotes sont d'un béotismc incroyable. Entre eux et les passagers du vaisseau régnent une aversion profonde et une lutte incessante. Le capitaine ne .se décide point à les remplacer par des hommes capables; il préfère attendre que les contre-maîtres et les pilotes viennent à mourir, et que le»
mgers les plus sërieux pour un avenir es-prochain. Ces dangers ne peuvent être rites que si l'empereur Alexandre, comme ous aimons encore à Tespërer, prenait le arti bien résolu d'entrer dans une voie B reformes réelles et sérieuses, de reformes lises eu pratique, et non pas énoncées seuémeut en paroles ou couchées sur le papier, lomme cela avait lieu la plupart du temps Qsqu'à ce jour.
Si nos lecteurs européens venaient à nous lemander quel est le parti, quelle est Topilion qui gouverne aujourd'hui la Eussie, nous erions bien embarrassé de leur répondre. A marche actuelle des choses en Eussie fl6rê le spectacle d'une lutte permanente, uotidienne, de la bureaucratie appuyée sur i camarilla et la police politique, contre opinion publique et les véritables intérêts Il pays, représentés et soutenus par la j)are éclairée de la noblesse, par tous les ommes sérieux et honnêtes de la Eussie, t par la presse russe, laquelle, par sa aute intelligence et son éminente loyauté,
trouvé moyen de rendre les plus grands arvices au pays depuis les cinq années
que la Russie a échappe au règne sauvage de Pempereur Nicolas. Cette situation déplorable que nous venons de signaler, cette lutte incessante y offre un danger réel potcr l'avenir. Saint-Pétersbourg, théâtre d'intrigues depuis la fondation de cette ville, en est plus rempli que jamais; dans un moment d'une gravité aussi solennelle que celui des importantes réformes abordées par l'empereur et l'opinion publique, des questions de personnes, des rivalités d'amourpropre, et, plus que tout cela, la rapacité individuelle, viennent sans cesse entraver et souvent vicier la marche des affaires. Le gouvernement russe, en ce moment, ressemble parfaitement à un vaisseau qui vogue sur l'Océan, au hasard, sans direction aucune; le capitaine est animé des meilleures intentions; mais les contre - maîtres et les pilotes sont d'un béotisme incroyable. Entre eux et les passagers du vaisseau régnent une aversion profonde et une lutte incessante. Le capitaine ne .se décide point à les remplacer par des hommes capables; il préfère attendre que les contre-maîtres et les pilotes viennent à mourir, et que les
8 habiles arrivent à Tâge de la vieilli du repos y pour leur confier la mae du bâtiment; en attendant, le vais-
eut donner sur des récifs Voilà^
. de mots, Pétat actuel de la Russie .... r en finir, nous citerons un fait pouvant
ridée de ce que l'influence du parti ade peut se permettre sous le règne 3uverain animé des meilleures inten* L'année dernière, un ordre de Tautoiprême interdit aux étudiants toute station de leurs sentiments vis-à-vift •ofesseurs. A l'Université de Kasan, iilitch, professeur très-distingué et fort 3ré, se vit, à la fin d'une leçon, appar les étudiants. Le nouveau curale l'Université de Kasan, le prince riazemski, appartenant au parti rétro-
très- grossier envers les professeurs -protégé par la camarilla, décida q^e plaudissements étaient une violation 3lle de l'ordre donné par le gouverb d'interdire toute manifestation. Huit its furent renvoyés de l'Université. A e de cela, huit professeurs et près iz cents étudiants ayant envoyé leur
Ba bonté et sa loyauté, il est le premier à déplorer; jamaiB il n'arrivera à raccompliesement réel des réformes par lui entreprises et si indispensables à la sécurité de l'avenir en Bussie.
SUR LA RUSSIE. Jjy
M. les chefs des compagnies, qu'ils *esponsables de tous les bruits faux lisemblables, répandus par suite de respondances. Les sous - officiers et qui émettraient des assertions errelativement à l'émancipation des oiveut être sévèrement punis." m gouvernement éclairé et sérieux, souverain animé d'aussi excellentes 3 que l'empereur Alexandre II, la ! des polices, le moyen le plus sûr • tout ce qui se passe, ne réside l'indigne violation des secrets de , ni dans les rapports mystérieux ignobles, lesquels, prenant de l'or lOncer, n'hésiteront jamais à mentir le leurs intérêts ou de leurs pasdans la compression violente des is légitimes de tout un pays, la- ) saurait enfanter que la haine. Il dans une large publicité, limitée lois répressives, sages et fortes, anchie de toute censure préalable, censure préalable, jamais l'emperivera à connaître tous les abus qui Bttent en son nom, et que, dans
LA VÉBITÉ
aie; il fallait affirmer que c'était celle des Eomanow (éteinte dans les mâles en 1730, et dont la dernière représentante, Timpératriée Elisabeth, était morte le 25 décembre 1761 [5 janyier 1762]). n était sévèrement défendu de raconter Thistoire véridique de rélection nationale des Eomanow; ils étaient censés avoir hérité du trône après la branche de la maison de Eurik qui avait régné à Moscou.
De 1833 à 1849, le poste de ministre de rinstruction publique fut occupé par le comte Serge Ouvarow, esprit supérieur, savant distingué, écrivain élégant. Courtisan fin, rusé et peu scrupuleux, il tenait beaucoup à son crédit à la cour; mais il était en même temps un homme trop éclairé pour ne point désirer se faire une place honorable dans rhistoire de son pays. Il y réussit en réorganisant les universités, en y attirant " la jeunesse, en améliorant les gymnases et les établissements d'éducation. La plupart des hommes qui honorent aujourd'hui en Eussie la carrière des lettres et celle des sciences, ainsi que plusieurs fonctionnaires d'un mérite sérieux, ont étudié aux universités sous
xrv.