‹ La vérité sur la Russie (volume 4)Chapitre 34 sur 37 · DE LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

DE LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

Le gouyemement russe procède, en fiiit de liberté de conseience, comme il agit en général dans toutes les branches de l'administration, par bonds et caprices, et, en définitive, avec l'arbitraire le plus absolu. La liberté de conscience se trouve inscrite dans les lois, et même dans les lois fondamentales de Tempire, mais de toutes ces loi» fondamentales il n'y en a qu'une seule d'observée : celle qui confère à l'empereur le droit de faire tout ce qui lui plaît. Le gouvernement russe, au lieu d'adopter la liberté de conscience pour maxime politique et pour règle de conduite, ainsi qu'il incombe à tout gouvernement véritablement civilisé et conforme aux besoins de l'époque, en prend ce qu'il veut, l'accorde en partie aux uns et la refuse aux autres, suivant son bon plaisir.

BUB LA RUSSIE.

irelles. Dévoué de coeur et de conviction à DOtre sainte mère l'Eglise orthodoxe orientale, la vraie Eglise de Jésus-Christ, nous aurions cru lui adresser Tinjure la plus omelle, lui fiidre l'outrage le plus sanglant, si nous pouvions supposer un seul instant que pour son maintien et sa prospérité elle puisse avoir besoin de gendarmes, de geôliers et de bourreaux! Elle n'a besoin que de la protection divine et de la liberté civile, cette liberté dont l'Evangile est la source sacrée comme il en est l'expression la plus sublime.

l^ous supplions le gouvernement russe de porter enfin une attention sérieuse sur l'état déplorable du clergé, état dont la responsabilité, devant le tribunal de l'Etemel, n'incombe point à ce clergé, mais au gouvernement lui-même. Nous le supplions de faire sortir enfin le clergé russe de la situation pénible et humiliante où il l'a réduit, et de le placer dans une position convenable, une position digne des serviteurs de Dieu.

Nous ne parlerons point ici du règne de l'empereur Nicolas, de son intolérance, de ses cruautés, de 6a demî-foliè. Son règne appartient à Thistoire, et nous ne parlons que du temps présent. Le dualisme qui existe dans le gouvernement russe depuis les six années de règne du nouveau monarque, cette lutte permanente entre les bonnes intentions du souverain et les tendances détestables de ' la bureaucratie et de la camarilla,ise reproduit ^ans la question de la liberté de conscience comme dans les autres. L'empereur veut le bien, et par conséquent les réformes, qui seules peuvent faire sortir la Russie du bourbier où elle croupit; la bureaucratie- et la camarilla veulent à tout prix la maintenir dans ce bourbier, qui pour eux équi- %'aut à une véritable Californie. C'est une lutte à mort, où l'empereur ne pourra triompher définitivement qu'en brisant la camarilla, en abattant la bureaucratie, et en introduisant en Russie un régime nouveau, un régime basé sur l'opinion publique. Si l'empereur ne se décidait point à le faire, bi les forces lui en manquaient, les événements de l'avenir, dans leur marche irrésistible,

âLinsi les luthériens, les musulmans, les païens jouissent d'une liberté de conscience complète; les catholiques romains, tout en exerçant librement leur culte, se voient souvent en butte à des persécutions; les Israélites, avec une complète liberté de culte, se voient privés de la plupart des droits civiques, si peu nombreux cependant, accordés à tous Lea sujets russes, même aux pu!ens; enfin, Lea aectaires de r£glise orientale, auxquels le libre exercice de leur culte est interdit, le voient obligés de le pratiquer en cachette, an payant la police. En réalité, la liberté le conscience en Eussie existe sous le manjeàXL de la vénalité bureaucratique, jusqu'au moment d'une razzia administrative, qui paase comme un ouragaiï, semant le dosas- ;re et la ruine sur son passage, et une fois l'ouiagan passé , la vénalité reprend ses droits ordinaires. C'est un ordre de choses odieux, ndigne d'un grand pays, indigne d'un prince umnéte homme comme l'empereur Alexan- Ire II. La liberté de conscience constitue le Iroit le plus sacré de -l'homme, le droit le »luB inaliénable : Dieu seul peut lui en denaader compte.

Nous ne parlerons point ici du règne de Tempereur Nicolas, de son intolérance, de ses cruautés, de sa demi-folie. Son règne appartient à l'histoire, et nous ne parlons que du temps présent. Le dualisme qui existe dans le gouyernement russe depuis les six années do règne du nouveau monarque, cette lutte permanente entre les bonnes intentions du souverain et les tendances détestables de la bureaucratie et de la camarilla,ise reproduit dans la' question de la liberté de conscience comme dans les autres. L'empereur veut le bien, et par conséquent les réformes, qui seules peuvent faire sortir la Russie du bourbier où elle croupit; la bureaucratie et la camarilla veulent à tout prix la maintenir dans ce bourbier, qui pour eux équi- %'aut à une véritable Californie. C'est une lutte à mort, où l'empereur ne pourra triompher définitivement qu'en brisant la camarilla, en abattant la bureaucratie, et en introduisant en Russie un régime nouveau, un régime basé sur l'opinion publique. Si Tempereur ne se décidait point à le faire, si les forces lui en manquaient, les événements de l'avenir, dans leur marche irrésistible,

briseront le régime actuel, et cet excellent souverain, qui pouvait et qui peut encore se placer à la tête des ëvénements pour les diriger, sera emporté par le flot des circonstances. Heureux alors s'il parvient à surnager!

Pour faire voir ce que peuvent se permettre la bureaucratie et son instrument, la police politique, même à une époque où le gouvemement russe travaille à Témancipation des serfs, et où les journaux européens sont remplis d'éloges adressés à ses tendances libérales, nous citerons un fait arrivé en 1858, dans la province de Yitebsk, en Bussie-Blanche. Nqus en empruntons le récit au numéro du 15 février 1860 du journal russe de Londres, la Cloche,

„Dans la province de Vitebsk, les paysans du village de Dziemowicz, appartenant à M. Antoine Korsak, ayant professé jadis la religion grecque-unie, avaient embrassé, au dix-huitième siècle, la religion catholique romaine. En 1848, l'église de leur village fut transformée par le gouvemement en une église de la religion orientale, et les paysans déclarés orthodoxes. Ils se mirent alors

LA VERI Tfl

gendarmerie fit réunir les paysans chefs de femillea, et leur dit : „Le czar veut absolument vous voir devenir orthodoxes; pourquoi y apportez -vous tant d'obstination?" Les paysans répliquent : ,, Nous sommes les sujets fidèles du czar; nous acquittons les impôts; nous prenons part à la conscription; au besoin nous aurions donné notre sang pour le czar, mais nous voulons rester fidèles à la religion de nos pères, — Alors vous êtes des rebelles, s'écrie le colonel de gendarme- Tie, vous ne voulez point obéir au czar! Livrez-moi, sur-le-champ, les chefs de cette rébellion, sinon vous irez tous en Sibérie, et vous ne reverrez ni vos femmes ni vos enfants!*' Les paysans répondent : „Nous sommes tous chefs de la rébellion, nous sommes tous catholiques, nous sommes tous prêts à aller en Sibérie et même à mourir, mais nous ne changerons point de religion/^ Le colonel s'écria : „Mais vous avez été à réglise! vous avez reçu la sainte communion de la religion orthodoxe ! " — „ Je crois bien que nous avons été à l'église, répliquent les paysans. Ton nous a entourés d« troupes; Ton nous a poussés vers Téglise,

rieur. Le ministre ordonna à M. Kolokoltsow, gonvemeur de Vitebsk, d'arranger cette afBEÛre. Le gouverneur, après en avoir conféré avec l'archevêque, envoya à DziemowicE le colonel de gendarmerie de la pror vince, M. Losew, et l'un des conseillers de la r^ence provinciale, M. Govorovitch, aux^ quels l'archevêque adjoignit plusieurs prêtres. Cette mission arriva à Dziemovicz, et, soutenue par la police locale, procéda à une enquête, accompagnée de coups de poing, de coups de bâton et de coups de verges. Le nommé Vikénti, aide-chirurçien de l'hôpital du village, ayant avoué être l'auteur des pétitions adressées à l'empereur, eut une dent cassée à eotips dé poing et fut fouetté de manière à ne pouvoir marcher pendant plusieurs jours. Sa femme, enceinte, fîit soumise à un interrogatoire et fit une fausse couche. Une autre femme du village, également enceinte, après avoir subi un interro* gatoire, fit une fausse couche et mourut le lendemain. Vikénti et trois autres furent en-^ Yoyés à la prison de la ville de district, et eondamnés aux travaux forcés dans une forteresse. Pendant cette enquête, le colonel de

233 LA YÉBITÉ

sans, rëunis par ordre et entourés de troupes, virent paraître devant eux Stcherbinine en costume de sénateur, entouré de fono» tionnaires revêtus de leurs uniformes. Stchepbinine annon^ aux paysans que l'empereur ne leur permettait point d'être catholiques romains; qu'ils devaient professer la religion orthodoxe, et il ajouta : „La volonté du czar est sacrée. Le czar est le représentant de Dieu. Ce que Dieu est au ciel, — le czar l'est sur la terre. Ne point obéir an czar — veut dire désobéir à Dieu. Ainsi, mes enfauts, vous ne devez point lutter contre la volonté divine, qui vous est exprimée par ma bouche. Le czar veut que vous soyez tous orthodoxes, par conséquent Dieu le veut. Obéissez. " Les paysans, après avoir écouté cet étrange missionnaire entouré de la force armée, et l'avoir laissé professer jusqu'au bout son catéchisme à la fois mongol et bureaucratique (mais certes point orthodoxe), répondirent : „ Excellence, nous avons toujours obéi au czar, nous avons toujours respecté sa volonté en tout ce qui ne touche point à notre conscience. Nous supplions qu'on nous permette de professer notre

SUR LA KUS9IC

l'on nous y a fait entrer les baïonnettes •dans les reins; ceux d'entre nous qui se -cramponnaient aux portes pour ne point entrer, ont reçu des coups de baïonnettes : ils ^en portentr les traces que vous pouvez voir. Pour ce qui en est de la communion, une fois dans Téglise, Ton nous battait, Von nous saisissait par la tête; après nous avoir «ouMetés, Ton nous ouvrait la bouche, et l'on y introduisait de force la communion, sans faire attention qu'aucun de nous n'avait été à confesse, et que nous avions déjeuné le matin !'*

En juin de la même année 1858, Ton vit arriver dans la province de Vitebsk le se'nateur Stcherbinine, chargé d'inspecter cette province en général, et d'amener à une solution satisfaisante l'affaire de Dziemowicz «n particulier. Il engagea M. Lopaçinski, maréchal de noblesse du district où cette •orgie de despotisme avait eu lieu, à l'accompagner et à lui prêter aide : M. Lopa- ^jinfiki eut le noble courage de refuser. Alors H. Stcherbinine se rendit à Dziemowicz, «ccompagné de six fonctionnaires. Dans la matinée du samedi 12 [24] juillet, les payr

238 ^^ VÉRITÉ sus LÀ RUSSIE.

Sainte Eglise que d'admettre un seul instant qu'elle puisse jamais avoir Besoin de gendarmes, de geôliers et de bourreaux. L'igno* ble catéchisme du sénateur Steherbinine est celui de la bureaucratie, mlEiis non point de l'église orthodoxe, animée de l'esprit de charité et de douceur chrétiennes.

L'un des points où le gouvernement russe est le plus inconséquent, et où son inconséquence entraîne les suites les plus graves pour l'avenir du pays, c'est dans sa conduite et ses procédés envers les dissidents de l'église russe.

veli^on, comme oa le permet aux luthériens «t même aux israëlites, sans les poursuivre pour cela!"

i.. Les. fonctiôniiaixes qui entouraient Stcher- Uhine s'approchèrent des paysans, et leur îUrent : ,,Eendez hommage a^ czar dans la personne de son sénateur; allez tous âgeaoHiller devant hii et lui baiser la main." Imbb paysans s'approchèrent, l'un après l'autre, du sénateur, s'agenouillant et lui baisant la main, et Stcherbinine donnait sa bénédiction à chacun d'entre eux. Après la fin de cette scène d'infâme sacrilège, tous ceux qui avaient baisé la main du sénateur et reçu sa bénédiction, furent déclarés orthodoxes et considérés comme ayant librement embrassé la religion orthodoxe. Le sénateur parti, la gendarmerie et la police locale restèrent sur les lieux, pour fouetter les récalcitrants et leur faire endurer toutes sortes de violences. En notre qualité de fils dévoué de l'Eglise orientale orthodoxe, nous croyons de notre devoir sacré de publier des actions pareilles, afin de les mettre au pilori de l'opinion publique du monde civilisé. Comme nous l'avons dit plus haut, ce serait outrager notre

240 ^^ véRiTÉ

Talent, peu-à-peu, entndnës Tcrs les sectes dissidentes de Tëglise msse.

Depuis rintroduction du christianisme en Bussie, en 988, et jusqu'au dix -septième siècle, il avait surgi plusieurs sectes dissidentes, mais toutes se trouvaient éteintes au dix -septième siècle, lorsque fait inattendu donna naissance aux sectes, qui, aujourd'hui, jouent en Russie un rôle secret, mais influent, et eii échange de Tintolérance dont le gouvernement russe fait preuve à leur égard, menacent d'ébranler les colonnes de Tordre social en Eussie. Le patriarche Nikone, ami intime du czar Alexis et trèsinfluent sur l'esprit de ce prince, était l'objet de la haine des boyards influents, lesquels, outre la jalousie qu'ils portaient au crédit du patriarche, ne pouvaient pardonner à ce dernier l'orgueil et la dureté dont il faisait preuve à leur égard. Nikone, trouvant, avec raison, que de graves erreurs s'étaient glis- -sées dans la traduction des Li\Tes Saints en slavon, faite au neuvième siècle, et que certains signes extérieurs de la foi avaient subi une modification arbitraire , voulut revenir aux traditions de l'Eglise primitive et

DBS DISSIDENTS DE l'ÉGLISE RUSSE.

La tendance à créer des sectes dissidentes, à y entrer, à en adopter les croyances ayee énergie et fanatisme, a été de tout temps V\m des traits caractéristiques du peuple russe. Comprimé, depuis Tinvasion mongole au treizième siècle et jusqu'à nos jours, sous xin rude despotisme, l'opposition religieuse, chez lui, a toujours emprunté sa principale importance à ce sentiment d'opposition politique lequel le poussait à protester, d'une manière ou d'une autre, contre le joug qu'on lui imposait. Des hommes énergiques, à caractère indépendant et décidé à la fois, irrités contre le joug qui pesait sur eux, cherchaient une issue à leur mécontentement, un aliment à la haine qu'ils portaient à leurs oppresseurs, et se trou-

autre croyance. Ile diffèrent avec nous dans leur manière d'apprêter le pain de la sainte communion, et de faire le tour extérieur de TEglise lors des processions religieuses. Après cela, l'impartialité nous oblige à dire qu'ils ont, g^ëralement, plus de moralité que nos coreligionnaires de l'église orthodoxe russe; ils sont sobres, très-assidus aux offices religieux, quoique ces offices chez eux aient conservé la longue durée des offices religieux de l'ancienne Bussie; enfin ils observent, avec le plus grand scrupule, les jeûnes si nombreux et si sévères de l'église d'Orient.

Les vieux croyans se trouvent partagés en croyans qui ont des prêtres (popovstchiMsy) et en croyans n^ayant point de prêtres [bézpO' povstchintsy), La grande difficulté qu'éprouvaient les dissidents, depuis Pierre I jusqu'en 1847 (époque de l'installation d'une métropole dissidente en Bukovine sur les frontières mêmes de la Russie), à avoir des prêtres, a donné naissance à la secte qui se passe des prêtres, ayant admis une fois pour toutes, que chaque chrétien se trouve apte.

it corriger les erreurs qui s'étaient glissées lans la traduction des Saintes-Ecritures en ilaTon. De hauts personnages de la cour de lloscou (comme les princes Havanski, Lvow, iCyschetski) y irrités contre l'orgueilleux et iur patriarche, attisèrent en secret le feu Lu mécontentement populaire, et uue masse le peuple se prononça contre les réformes le Nikone. Il y eut même une levée d'arœs dont le gouvememeut eut peiue à se "ondre maître : ainsi le couvent de Solovetsk, ûtué sur une île de la Mer Blanche, soutint m siège de sept années contre les troupcg lu czar.

Nous commencerons par examiner la portion actuelle de la secte, dite des vieux royam, La secte des t^ieuœ croyans (staro^ ?éry^ prit naissance à l'occasion des réfornes du patriarche Nikone ; elle n'est séparée le l'église orthodoxe russe que par des dirergences ne touchant en rien aux dogmes; linsi ils font le signe de la croix avec deux loigts au lieu de le faire avec trois doigts, omme nous le faisons, nous; ils considèrent ',omme un péché de se raser et comme un ;rime de se marier avec une personne d'une

244 ^^ VÊBITÉ

croître tant qu'il n'y aura point en Bussie de régime régulier et ûiyiliséy et il conBtitae un danger sérieux pour la religion de l'état, pour la religion orthodoxe. Possesseurs d'un nombre considérable de fabriques et d'établissements industriels, les vieux croyans tiennent sous leur influence, par l'appui dm travail et du salaire, une partie de la population rurale et la grande majorité des ouvriers dans les villes. La police des villes et cc)ie des campagnes, vénales au-delà de toute expression, non-seulement oonnaissent les lieux de refuge des individus protégés par les vieux croyans, mais encore les autorités de l'intérieur de la Russie portent-elles enWe à ceux d'entre leurs confrères, qui ont beaucoup de vieux croyans dans le ressort de leur localité, y, Est-il heureux, NN,, d'avoir chez lui tant de starovéry ! " disent les tchinovniks (employés russes) (1).

(1) Pour donner une idée des sentiments inspirés par les tchinovniks au peuple russe , nous citerons Il ne anecdote. Un enfant, le petit-fils d'un paysan, disait à son aïeul : „ Grand-papa, tu me dis qne „le diable est bien méchant et bien mauvais :

à tour de rôle, à exercer les fonctions de ministre de Dieu.

Fortement attaches à leurs croyances, comme le sont toujours toutes les sectes persécutées y les vieux croyans mènent en général ime vie retirée, sobre, austère, économe pour leurs propres besoins. Ceci leur fournit les moyens d'amasser des fortunes considérables, et quelques-uns d'entre eux possèdent même des fortunes immenses. Fanatiques comme le deyiennent tous les gens condamnés à une lutte journalière et sourde en faveur de leurs idées, ces hommes si sobres, si économes, ne ménagent point l'argent lorsqu'il s'agit de propager leurs principes. Un serf fuyant le pouvoir de son maître, un bourgeois fayant ses créanciers, un soldat déserteur, un crpninel, un assassin même, trouvent chez les vieux croyans abri et nourriture, à la seule condition de professer la foi de leurs nouveaux protecteurs. De cette manière, le chiffre des vieux croyans est monté aujourd'hui à environ neuf millions, le septième de la population totale de l'empire. Ce nombre s'accroît tous les jours; il continuera à s'ac-

des souterrains habitables et bien aménagés, des communications souterraines d'une maison à Tautre; des corridors souterrains parfûtement bien combinés et donnant issue sur les champs, de manière à pouvoir permettre aux sectaires de communiquer entr*eux d'une maison à l'autre, et de pouvoir se sauver sans être vus. Les cours des maisons se trouvent fermées par des portes larges, épaisses, lourdes, garnies à l'extérieur de gips anneaux de fer dont le son retentit au loin. Le gouvernement envoie-t-il un fonctionnaire pour opérer une descente chez de vieux croyans, en admettant même que la police locale, ignorant la mesure prise par les autorités supérieures, n'ait point le temps de prévenir à l'avance les sectaires, comme elle le fait d'habitude — le fonctionnaire arrive, il frappe de l'anneau contre la porte : le son retentit au loin; une tête se montre à la fenêtre, aperçoit le fonctionnaire ; soudain tous les sectaires qui ne sont point censés officiellement habiter la maison se cachent dans les réduits, dont les portes et les ouvertures sont immédiatement bien closes. Quelques minutes après, la porte-cochère est

" Depuis les frontières de l'Autriche et des provinces danubiennes jusqu'au fin fond de la Bibërie, depuis le Caucase jusqu'à la Mer Blanche y les vieux croyans se trouvent répandus sur toute la surfece de l'empire; ils ont leurs moyens de communication entr'eux; ils ont leurs itinéraires, leurs centres de rënnion , leurs lieux de repos pour ceux d'entre leurs coreligionnaires qui voyagent. Le gouvernement russe est dans l'ignorance la plus complète de ces moyens de communication, de ces centres de réunion, do ces lieux de repos : la police urbaine et la police rurale les connaissent et se font payer cher leur discrétion par les sectaires. Les foires locales, bI nombreuses en Russie, leur servent aussi de lieux de réunion, surtout les principales de ces foires, celles de Nijni sur le Volga et d'Irbite dans la province de Perm. Dans les villes, comme dans les bourgs, les maisons des riches sectaires sont bâties sur un plan tout particulier; il y a des réduits secrets.

„qa*e6^ce donc que le diable?" — „Mon enfant, „ répondit le vieillard, le diable, c'est le principal „d*eiitre tons les tchinovniks ! ^^

LA VERITK

notable du clergé orthodoxe se trouve, malheureusement, à la solde des sectaires. I^ous avons parlé, au quinzième chapitre de cet ouvrage, de la position dure et humiliante où le clergé russe, celui des campagnes surtout, se trouve plongé par le despotisme du gouvernement et par celui, peut-être plus lourd encore, de ses propres évêques; beaucoup d'entre les membres de ce malheureux clergé en sont, hélas, arrivés à perdre assez le sentiment de la dignité sacerdotale et de la crainte de Dieu pour se décider à trafiquer de leurs fonctions sacrées!

Les vieux croyans possèdent, dans toute rétendue de l'empire, un nombre immense de chapelles secrètes, dont l'existence extralégale est une branche de revenu considérable pour la police. De plus ils possèdent, aux portes de Moscou, sous les noms officiels d'hospices et de cimetières^ deux couvents véritables, les seuls où le gouvernement tolère ouvertement leur culte, tout en refusant cependant des prêtres et la hiérarchie ecclésiastique aux Popovstehintsy (vieux croyans avec prêtres). L'établissement de ces derniers, situé à la porte de Hogojsk, se

ouverte, le fonctionnaire reçu avec force salutations, il entre dans la maison, il la parcourt, et n'y trouve rien d'insolite

Les municipalités des villes, en Eussic, ^tant électives, les marchands sectaires, pour la plupart fort riches, se font élire maires des villes (gholova), et en cette qualité ils exercent une grande influence sur leurs concitoyens : cette influence , ils la mettent eomplètement au service de leurs coreligionnaires; dans un pays de vénalité comme la Bussie, ils font gagner à leurs coreligionnaires les procès qu'ils peuvent avoir; ils leur font décerner les fournitures que ces derniers désirent obtenir; ils leur évitent les vexations de police auxquelles tout homme pauvre se trouve exposé en Russie.

La presque totalité des sectaires se trouve inscrite, o£fi.ciellement,'sur les rôles des orthodoxes de réglise d'Orient. La loi russe exigeant de chaque orthodoxe d'aller à confesse et de communier au moins une fois tous les sept ans, ils paient le clergé orthodoxe pour les inscrire comme ayant soidisant été à confesse et à la communion ; les riches paient pour les pauvres, et une partie

Il y a des vieux croyans en. Gallicie (où ils ont fondé, comme nous allons le raconter, leur métropole) ; il y en a dans les provinces danubiennes, dans les environs de Constantinople et dans l'Asie Mineure, sur les rivages de la Mer Koire. Enfin il en «xiste dans la Prusse Orientale, sur les frontières du royaume de Pologne; ils y occupent un bourg appelé Alexandrovsk, et se trouvent en communication fréquente avec les sectaires de Saint-Pétersbourg et du nord de la Russie, tandis que les vieux croyans de la Gallicie et des provinces danubiennes ont des relations permanentes avec les sectaires de Moscou, avec ceux du centre et du midi de Tempire.

Pierre I avait, suivant son habitude, rudement sévi contre les sectaires, d'autant plus que la plupart des strélitz, la majeure partie de cette milice qui lui était si hostile, professaient le culte des vieux croyans. Ce iiit sous Catherine II, seulement, qu'ils obtinrent le droit de porter témoignage devant la justice (en 1769); l'exemption de payer le double impôt, que leur avait imposé Pierre I (exemption accordée en 1782); enfin

nomme le cimetière de Rogojsk (Rogojskoié klad-bisiché). L'établissement des Bézpopovstchintsy (vieux croyans sans prêtres) se trouve près de la barrière de Prëobrajensk, et porte le nom de cimetière de Préobrajensk {Prèobra^ jenskoié kladbistché).

Enfin, pour donner une idée de Timpossibi* lité où se trouve le gouvernement russe, avec son administration vénale et sa police vénale^ d'arriver à connaître tout ce qui concerne un nombre aussi considérable de ses sujets, non» ajouterons qu'au su du gouvernement et de toute la Russie, les vieux croyans possèdent une imprimerie secrète et un dépôt central Bécret, mais qui doit être fort volumineux, de livres d'église. Le bruit public assure, comme si l'imprimerie serait située dans la province de Yaroslaw, et le dépôt central de librairie sectaire à Saint-Pétersbourg même, c'est-àdire sous les yeux des chefs supérieurs de cette police politique qui coûte si cher à Fëtat, vexe tellement les citoyens et n'est d'aucune utilité réelle, ni politique ni sociale, tandis qu'avec la publicité le gouvernement russe serait arrivé à connaître tout- ce qui se passe.

Il y a des vieux croyans en. Gallicie (où ils ont fondé, comme nous allons le raconter, leur métropole) ; il y en a dans les provinces danubiennes, dans les environs de Constantinople et dans l'Asie Mineure, sur les rivages de la Mer Koire. Enfin il en «xiste dans la Prusse Orientale, sur les frontières du royaume de Pologne; ils y occupent un bourg appelé Alexandrovsk, et se trouvent en communication fréquente avec les sectaires de Saint-Pétersbourg et du nord de la Bussie, tandis que les vieux croyans de la Gallicie et des provinces danubiennes ont des relations permanentes avec les sectaires de Moscou, avec ceux du centre et du midi de Tempire.

Pierre I avait, suivant son habitude, rudement sévi contre les sectaires, d'autant plus que la plupart des strélitz, la majeure partie de cette milice qui lui était si hostile, professaient le culte des vieux croyans. Ce fut sous Catherine II, seulement, qu'ils obtinrent le droit de porter témoignage devant la justice (en 1769); Texemption de payer le double impôt, que leur avait imposé Pierre 1 (exem^^tion accordée en 1782); enfin

i droit d'admission aux fonctions ëlectires ans les municipalités des villes et des ourgs (en 1785). Ce dernier droit leur fut etirë, ainsi que l'autorisation de faire parie des deux premières guildes de la caste es marchands, par Tempereur Nicolas, en 853. Ce prince alla plus loin encore : il édara nuls tous les mariages des vieux royans, et déclara illégitimes les enfants éB de ces unions. Ces mesures si rigoureues furent rapportées sous le règne d'Alexan- Ire II, mais Ton persiste toujours à refuser HZ vieux croyans la reconnaissance légale t publique de leur hiérarchie ecclésiastique. Sous Pierre I, les vieux croyans obtinent, en 1724, du métropolitain orthodoxe es provinces danubiennes, la consécration [*un évêque qu'ils se donnèrent, et qui s'aptelait Epiphanius. Après lui ils eurent, sucessivement, trois autres évêques, sacrés hors Le Bussie : 1) Anphinogène, 2) Anphimius it 3) Eaphaël. A mesure que l'inâuence de a Bussie s'étendait au loin, il leur devenait oujours de plus en plus dif&cile d'obtenir. Les prélats orthodoxes résidant à l'étranger, a consécration d'un évéque : la politique

ils restèrent eux-mêmes à Moscou, et lorsque Napoléon entra au Kremlin, une dëputation de vieux croyans se présenta devant lui, et déclara : qu^iU étaient les vrais chrétiens de l'ancienne église orthodoxe, orientale et apo» stolique\ persécutés par le gouvernement de Saint- Péiersbourgy gouvernement tombé dans le schisme depuis le dix -septième siècle. Us venaient se réclamer de la protection du czar des Français. L'empereur Napoléon leur garantit sécurité et tolérance, les recommanda au maréchal duc de Trévise, gouverneur-général de Moscou, et à leur demande, ût placer dans leur couvent un détachement de troupes pour les protéger contre les maraudeurs. Quelques jours après, Ton vit arriver à la porte du couvent de Préobrajensk une brillante cavalcade : c'était Napoléon, accompagné du roi de Naples, du vice-roi d'Italie, du prince de Neuchatel, des ducs de Vicence et de Trévise, et de plusieurs officiers-généraux. Arrives à la porte du couvent, ils mirent pied à terre ; Napoléon fut reçu par les anciens de la communauté , ayant à leur tête le premier des anciens, Alexis Nikoforow , qui présenta à Tempereur des

y^anp-unis le droit d'avoir des évêques spdciaux; Tordre à eux donné, par l'empereur, de se soumettre à la direction spirituelle des prélats orthodoxes; enfin les refus si impolitiques de Paul d'autoriser le métropolitain Platon à accorder une anmistie complète à ceux d'entre les prêtres orthodoxes, qui avaient abjuré leur culte pour embrasser celui des vieux croyans, et la défense aux vieux «Foyans qui se faisaient passer, moyennant finance y pour orthodoxes, de déclarer leur culte publiquement pour prendre place dans les rangs de la nouvelle union. Cette union, si impolitiquement organisée, a reçu des vieux croyans une épithète fort juste : ils l'appellent un piège (lovouschka).

Justement irrités de l'oppression religieuse qui pesait sur eux, les vieux croyans ne cherchèrent qu'une occasion pour en secouer le joug. En 1812, lors de l'occupation de Moscou par les français, tous les habitants de la vieille capitale la quittèrent, sauf un bien petit nombre. Les vieux croyans qui habitaient leur couvent de Préobrajensk firent partir, pour la province de Yladimir, leurs femmes, leurs filles et leurs trésors, mais

les hommeB vraiment intelligents. Parmi ceux qui conseillaient au gouvernement russe une tolérance sage et éclairée, se trouvait l'un des prélats les plus- éminents, l'un des prédicateurs les plus célèbres de l'église d'Orient, Mgr. Innocent, archevêque de Kherson et de la Tauride : nous l'avons entendu dire plus d'une fois à cet homme illustre, qui nous honora de son amitié.

Repoussés par le gouvernement russe, les vieux croyans , à force de chercher , ont fini par arriver à obtenir ce qu'ils voulaient : une hiérarchie ecclésiastique régulière.

A la fin du dix-septième siècle, plusieurs familles de \ieux croyans avaient émigré de Russie en Moldavie, et s'étaient fixées en Bukovine (qui faisait alors partie de la Moldavie). Ils y fondèrent, à 7 kilomètres de la ville de Souczava, un bourg appelé en russe Sokolintsy, et en moldave Mittoka- Dragomima; ils conservaient religieusement, avec leur culte, les moeurs, les habitudes, le langage et jusqu'au costume national russe, et à la suite du traité de Koutchouk-Kainardji, en 1775, la Porte ayant cédé la Buko^iue à rAutriche, cette puissance la réunit à la

rrançais le pain et le sel, suivant l'antique LBage russe

Nous livrons ce fait aux méditations du ^ouvemement russe, en lui rappelant encore ine fois qu'aucun gouyemement au monde l'a le droit de rien exiger de ceux, dont il opprime et violente les croyances religieuses^ )t qu'il dépend du gouvernement russe, en accordant aux vieux croyans une tolérance complète et la liberté publique de leur culte^ le transformer, d'un trait de plume, neuf aillions d'ennemis intérieurs, d'ennemis iminemment dangereux et animés d'une laine d'ailleurs parfaitement légitime, en dtoyens paisibles, dévoués au gouvernement rt utiles à la patrie. Qu'il y réfléchisse bien î fl'ous ne demandons pour les vieux croyans, rt d'ailleurs eux-mêmes ne demandent que a liberté accordée, à juste titre, aux lulhéiens : celle d'exercer leur culte au grand our et d'avoir des ministres de Dieu suivant leur rite.

Le gouvernement russe persistait toujours i refuser aux vieux croyans la reconnaisance publique de leur culte, malgré les kvis et les conseils à lui donnés par tous

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francB) par fieamlle, et ne sont tenus à aucune autre redevance.

Ce fut sur cette petite odmmuQe de corer ligionnaires aujourd'hui composée de cinq à six mille habitants, que les vieux croyans de Eussie, si nombreux et si riches, jetèrent les yeux pour la réalisation de leurs voeux. Mais aucun prélat orthodoxe, en Orient, ne voulait ordonner un évéque pour les vieui; croyans. Ils arrivèrent, néanmoins , à leur but : ils commencèrent par obtenir du gouvernement autrichien Tautorisation d'avoir un métropolitain de leur rit. Cette autorisation leur ûit accordée à la condition préalable de constituer pour ce prélat, san^ aucune intervention de la part de l'Autriche, un revenu annuel, assuré, de douze mille florins. Les vieux croyans de Bussie s'empressèrent de fournir bien au-delà de la somme demandée, et de plus ils flrent bâtir un hôtel pour le prélat, et envoyèrent de riches dons à l'église du couvent de Biélokiémitsa, dans lequel l'hôtel du métropolitain se trouve situé. Un archevêque grec, nommé Ambroise, qui avait occupé un siège épiscopal orthodoxe dans les provinces de

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kllicie qu'elle «reàt acquise trois ans auravant, par le premier partage de la Poi;ae, en 1772. Peu de temps après, d'aulres ssidents russes qui ayaient cherche un Fuge en Turquie, voulant un ahri plus sûr plus civilisé, demandèrent et ohtinrent, Joseph n, en 1781, Tautorisation de nir se fixer en Bukovine, oh ils fondèrent, une trentaine de kilomètres du hourg dont »U8 avons parlé, et à une distance égale t la ville de Czemovicz, deux nouveaux furgs , situés à un kilomètre environ l'un » l'autre, et à dix kilomètres de la ville » Séreth. Ces deux bourgs furent appelés, in KUmovtsy^ et l'autre Biélokiémitsa (source anche, en moldave Fontana-Alba). Enfin, at récemment, un quatrième bourg vient de niever à une trentainede kilomètres de Biéloémitsa : il est situé sur la petite rivière de éhidra^ dont il a pris le nom. Le gouvemesnt autrichien leur accorda le droit d'exiptîon de la conscription, celui d'élire euxâmes les anciens de leurs communes, et ( les soumit qu'à un impôt xL'une. modicité boleuse : ils paient en tput et pour tout vifon un florin et demi (moins de quatre II n

but long-temps désiré par eux : celui d'avoir des prêtres et des érôques.

A l'époque ok le comte Zakrevski était gouvemeur^général de Moscou (1848 -1859), les vieux crojans lui faisaient une forte pension; aussi l'archevêque Antoine, les évéques BofroniuB et Konone venaient-ils souvent à Moscou, et j résidaient des semaines, quelquefois des mois. De temps en temps, la police fedsait, bruyamment et avec le plus d'éclat possible, une descente chez quelque sectaire connu, en ayant bien soin de prévenir les prélats de ne s'y point trouver ce jour-là

L'empereur Nicolas, ûirieux du tour que sa bonne et fidèle alliée l'Autriche venait de lui jouer suivant les habitudes de sa politique traditionnelle, jeta feu et âammes, cria, menaça et obtint enfin du cabinet de Vienne l'expulsion du métropolitain Ambroise et la suppression du couvent de Biélokiërnitsa. L'ordre en fiit donné de Vienne, à la date du 22. février 1848, mais quelques semaines après une révolution éclatait dans ^a capitale de l'Autriche, le prince Metternich prenait la fuite, une constitution était

SUK LA RUSSIE.

la Turquie d'Europe, et avfdt été déchu dé ce siège par le patriarche de Constautinople, pour avoir ^ à ce qu'il disait, mis trop d'atanoe dans ses dons aux pachas turcs, con- «entit à embrasser le rit des vieux croyans. fin sa qualité d'archevêque légalement sacrée )iiiibroise n'avait plus besoin d'une ordina* tion nouvelle; il arriva à Vienne, se fit reoonnaitre par le gouvernement autrichien en qaalitë de métropolitain des vieux croyans, e# lé 25 septembre 1846 il faisait son entrée solennelle à Biélokiérnitsa. Ayant prÎB immédiatement possession de son siège, il se hâta d'ordonner trois archevêques et doux tfvêques ; l'archevêque Cyrille, qui resta auprès de lui et le remplaça deux ans après; Antoine, nommé archevêque de Vladimir et de toutes les Bussies; Arcadius, nommé archevêque des vieux croyans en Turquie; Boâronius, nommé évêque de Simbirsk, et Konone, nommé évêque de Novo-Zybkovo.

Les -prélats Antoine, Sofronius et Konone ■^troduisirent secrètement en Eussie, et la parcoururent dans tous les sens procédant à Tôvdination des prêtres de leur rit; de cette manière les vieux croyans arrivèrent au

LA TÉBITÉ

>,oiiiy grand et tr^B-^gmoieux czar, nous pnonB ^^pour toi et pour toute ton augn&te famille : >yque Dieu répande sur toi ses bénédictions «,pour la protection dont nous jouissons à ^f l'abri de ton sceptre ! *' François-Joseph lui 0zprima sa satisfaction, et lui dit qu'il pou* ¥ait continuer à vivre tranquille et à professer son culte en toute sécurité..

Le gouvernement russe n'a point su, jusr qu'à ce jour, apprécier ni même comprendre toute la valeur, toute l'immense importance jdes faits que nous venons de raconter. V Maintenant, passons aux autres sectes : il 7 en a plusieurs.

Les Douhobortsy (lutteurs de l'esprit) et les Malakany (buveurs de lait), disent : Dieu est t/n esprit; par conséquent il doit être adoré en esprit et en vérité; ils n'admettent ni les images, ni les temples; ils ne reconnaissent point de souverains et professent le dogme de l'égalité la plus absolue. Les Malakany diffèrent des Douhobortsy en ce qu'ils s'ab- «tiennent complètement de vin, de viande ^t de toute volaille.

Les Obstchié {communistes) admettent non seulement tous les dogmes des Douhobortsy,

SUR LA RUBfllE. 261

promulgaëe, et la liberté des cultes proelamëe. Sur 1a base de cette constitution, la métropole de Biëlokiémitsa se trouva rétablie; seulement, le métropolitain Ambroise, peu considéré par son troupeau, se xetira et fut remplacé par Parchevêque Cyrilla Ambroise était l'instrument dont les vieux croyans s'étaient servis pour arriver au rér tablissement, dans leur rit, d'une hiérarchie ecclésiastique : une fois le but atteint, Tin*strument ûit brisé.

Le couvent de Biélokiémitsa est, dit^n, «plendide; le métropolitain, les prêtres et les moines mènent une existence largement défrayée; ce sont les vieux croyans de Bus- «ie, si nombreux et si riches, qui font les ftais de ces dépenses. Le couvent de Biëlokiémitsa, but de leurs pèlerinages, est vénéré par eux comme une Jérusalem nouvelle.

En décembre 1852, l'empereur Erançois- Joseph, en parcourant ses états, visita la ville de Czemovicz. Le métropolitain Cyrille se présenta devant lui en grands habits pontificaux pour lui offirir ses hommages. François^ Joseph lui demanda, par la voie d'un interprête, Vil priait pour lui? Cyrille répondit:

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