LA VISITÉ
tirent 'par cowp\^ dans une ohambre voisine 8i la acène se passe dans une maison, dans un taillis voisin si la scène se passe dans une forêt, et s'y livrent au libertinage, genre d'occupation x^n seulement tolérë, mais encore complètement admis et légitimé par leurs croyances.
Les Cottrettrs (i^e^Àotiny}, qui s'appellent eux-mêmes Sixarmki (voyageurs). Cette secte, aujourd'hui tiès-nombreuse dans tout le nord de la Eussie et dans toute la Sibérie, a pris naissance à la fin du dix- huitième siècle, dans le village de Sopelki, au district de Yaroslaw. Son fondateur Efimii, moine dé* âroqué, se mit à enseigner que l'antéchrist régnait en Eussie sous l'apparence des souverains russes, que tous les fonctionnaires et tous les nobles étaient les enfants de l'antéchrist, qu'il fallait se taire rebaptiser, et ensuite, autant que possible, fuir les villes, qui toutes faisaient partie du domaine de l'antéchrist. Ils n'admettent point le mariage; ils exigent la communauté des femmes, observent entr'eux l'égalité la plus absolue, et tout nouveau adepte, admis, dans la secte, doit commencer par Jeter au feu
SUR LA BU8SIE. ggg
lis encore ils ne reconnaissent point le uiage, et ils exigent la communantë des eus et celle des femmes.
lies Chercheurs du Christ (Iskateli Hrista), poussant tonte hiérarchie ecclësiastiqué»
admettent point de prêtres; ils vont au nd des forêts chercher le Christ dont ils tendent Tappaiition. Cette secte, encore .aez peu connue, existe en Sibérie et dans
province de Perm« 'Les Sauteurs (Skakouny) qui repoussent ts rites de Vëglise, n'admettent ni le maage , ni le baptême. Ils se réunissent itr'enx , formant un cercle , et Ttin d'eux, instituteur^ comme ils l'appellent (nastavnik). Lacé au milieu du cercle, vêtu d'une robe lanohe longue et flottante, commence à ksiter des prières ou des psaumes, d'une nx d'abord Redonnante, et finit par channr. A mesure que son chant s'élève, les aotatears, nmgés en cercle, se sentent pris 'une espèce de vertige; ils se mettent à mter, et finissent par se livrer, en rond e cercle, à une danse frénétique. Au bout 'un ^certain temps , les ims , épuisés , vont e reposer; d'autres, moins fatigués, se re-e
LA YÉRTI^'
courwrs* L'on peut aisément se figurer tons les éléments de désordre que peut offirir, •dans on moment de réyolntîon pobtiqTie, cette secte si nombreuse, et si dangereuse en même temps par T^ppât brutal qu'elle 4^Sre à tous les appétits matériels et phj- «ques des classes inférieures ....
. La secte des Hlysiy (flagdlmnis) a pns naissanéê au dix-septième siècle. Us croient que Dieu le Père et Jésus-Christ ont apparu 0ur la terre au dix-septième siède, y ont «éjoumé de longues années , Dieu le Père BOUS le nom de Daniel FUippovitchj Jésus- Christ BOUS celui d^Ivan Timoféiéoitch; ils croient que Dieu le Père est remonté au ciel, tandis que Jésus -Christ, disent -ils, mourut à Moscou, se laissa enterrer, et puis de sa tombe remonta au ciel. Cette secte n'admet point le mariage; elle proscrit rigouT/eusement l'usage du yin et du tabac; elle déconseille l'usage de la viande et de la volaille; elle ne permet point de mettre par écrit les dogmes de sa croyance, qui se trouvent transmis, verbalement, de génération en génération. Les adhérents de cette secte, qui n'a point de prêtres, se réunis-
toBB ees actes d'état civil sans exception, et par renoncer à sa fSamille. Il y a quelques aimées^ un fonctionnaire, voyageant pour afr fûres du service de Tëtat dans la province de Taroslaw, rencontra deux paysans auxquels il demanda divers renseignements. Choqué de leur familiarité et du titre de frère qu'ils lui donnaient, il leur en ût l'observation. Les deux paysans répliquèrent : „ Chez txnts ^autres ^^nikoniens^*' (1) il y a un czar^ il tf y^a des généraux^ des nobles y mais chêz nous ,y autres stranniki, vrais chrétiens^ tout le monde yyjsH égal; noui nous traitons tous de frères i^^ Toute femme mariée, admise dans cette secte,, prend le nom de soeur et se livre, ainsi que les jeunes filles de la secte, à la promiscuitéi Ce dévergondage, ainsi que l'assurance, pour tofut coureur^ de trouver, dans bien des pnn vinoes de l'empire, abri et nourriture chez ses nombreux co-sectaires , contribue considérablement à augmenter le liombre des
(ï) Nikonianlsy, c^est ainsi que tous les dissidents nous appellent, uons autres orthodoxes, en souTenir des réformes dn patriarche Nikone an dlaD-septiëme siècle.
IjATABITÈ
rites de cette secte, tout commeroe 'entre les deux sexes, fàt-il même sanctifié par le mariage, compromet le salut de l'âme et fermé les portes du royaume des Cieux. Aussi non seulement, à l'instar des Hlysty, des Couvreurs, des Lutteurs de l'Esprit, dès Buveurs de Lait, n'admettent- ils point le mariage, mais encore vont -ils bien plus loin dans leurs dogmes antisociaux t le principal de ces dogmes consiste dans la mutilation de l'individu. Ils proscrivent aussi l'usage du vin, de la viande et de la volaille : ils ne reconnaissent point le gouvernement, ni les autorités, mais ils observent avec soin les rites extérieurs de l'église orthodoxe afin de ne point éveiller les soupçons du gouvernement. Un castrat (Skopetz) vient-il à mourir ils commencent par réciter leurs prières à eux, et ensuite, ils font venir un prêtre orthodoxe. Dans leurs réunions, ils dansent et se livrent à toutes sortes de contorsions, au point de tomber par terre épuisés de fatigue.
Cette secte odieuse prit naissance au dixhuitième siècle dans les provinces de Toula, d'Orel et de Tambow. Les fondateurs de la
8UB Lia RUSSIE. ggg
à des jDvr& déâgnës pour aeoomplir it, toas leveétiis, par-dessus lemnr b*le longues chemises blancdies, en soi:bdu prétendu martyre d'Iyan Timoféië-
lequel^ Btdyant les traditions mensonr de leur secte^ après ayoir été coorohé ; par ordre du gouyemement, aurait ensuite de longues années. Dans ces ns ils récitent des prières à haut^
baisent la aroix, et ensuite un ou urs des sectaires, se croyant inspirés Esprit Saint, se mettent à {ffopliétiser, Aguent à qui mieux. La réunion finit M scènes de prostitution générale, souzercées publiquement. Les Hlyiiy oomnt ayee de l'eau puisée dans un puits klage de Starôy. Ce yilli^e , fiitué ià
yerstes de Kostroma, fut long-temps
par Daniel Filippoyitch, et les Ulytty^ .oute la Russie, font yenir l'eau de oe pour la boire à certaines époques de s : ils appellent cela communier.
) secte encore plus étrange et encore Lombreuse que celle des^Hlysty, est la des Skoptty (castrats), la plus mon* se qui uît jamais existé. . D'après, les
lâArYERTEE
vivemlj comme ilf appellent oe misérablt Sélivanow. Il yëcut à Pëterebourg tranqùilr lement : honore, adoré, pour ainBÎ déi£é par ses sectatenrs, an point que Fean qui avait «erri à sa toilette, ainsi que les bouts d'ongles qu'il se coupait, étaient recueillis par ces fanatiques et considères comme des reliques. En 1820, la secte ayant pris une assez grande extension, Sëlivanow fdt arrêté et en£Brmé au couvent orthodoxe Spasso-Bfimiévsk, dans la ville de Souzdal, province de Yladimir. n y mourut en 1832, mais les Skopisy ne croient point à sa mort; ils le considèrent comme immortel ;• ils voient en lui l'incarnation du Père Etemel, ils s'imaginent qu'il s'est retiré au fond de la Sibérie, qu'il habite les environs d'Irkoutsk; qu'un jour il reviendra en Russie, arrivera à Moscou, montera au Kremlin, sonnera la grande cloche de la cathédrale de l'Assomption, qu'au son de cette cloche l'on verra tomber le gouvernement russe, et les Skoptsy accourir de tous les coins de l'univers pour se ranger autour de leur Dieu. Alors, disent- ils, le règne des Skoptsy commencera; la justice, la paix, la mansuétude régneront sur la terre
SUBL^RUSSIB. 269
•ecte forent deux paysans : Bëliyanow et Soliilow; ils prâchaîent que Dieu s'était in* icamë en Pierre ni; qu'un étranger avait péii sous ce nom, mais que Sëliyanow était le véritable Pierre HE et Schilow son précurseur sur la terre. Ils furent arrêtés , ju« gés et knoutés; Schilow fut exilé à Biga, ensnite jeté dans la forteresse de Dîinamunde» «t enfin dans celle de 8chlûsselboui{;y oh il mourut, n fut enterré aux portes de cette ville y sur le mont de Préobrajensk , oii les fikoptsj lui élevèrent un monument. Dans la pierre tumulaire se trouve pratiquée une ouverture, à travers laquelle l'on descend dans la tombe des liasses de craqueleins, et après les avoir sanctifiés, disent les Skoptsy^ par cette dégoûtante cérémonie, on les emploie à titre de communion!
Sélivanow, après avoir été knouté, fut envoyé en Sibérie. Paul I, monté sur le trône, le fit revenir à Saint-Pétersbourg, causa avec lui, et le fit enfermer dans une maison de fous. Après l'avènement au trône d'Alexandre I, les Skoptsyj au moyen de riches cadeaux faits par eux à l'administration, obtinrent l'élargissement de leur Dieu
LATtelTÂ
mesure inouïe, Ton reconnaît bien les prooëdés habituels du gouvernement russe :
outre les lois publiées^ il se réserve de prendre des mesures extra -légales, d'après son caprice, et ces mesures extra-légales se trouvent soustraites au tribunal supérieur, au sénat, et ce tribunal supérieur, ce sénat, se trouve soumis au bon plaisir du ministre de la justice, devenu le régent de ces vieux écoliers appelés en Russie, par dérision, du nom pompeux de sénateurs. Nous demanderons égaletnent au gouvemement russe, pourquoi il a pris à l'égard des sectaires de toutes les croyances la mesure si violente de ne leur accorder, sous aucun prétexte, de passe -ports pour Tétranger (ordre impérial secret du 24 décembre 1856, énoncé dans la circulaire secrète adressée par le ministre de l'intérieur aux gouverneurs des provinces à la date du 29 du même mois)?
La véritable cause de Tintolérance, contraire à toutes les notions d'équité et de bon sens, dont le gouvemement russe fait preuve à l'égard des sectaires, réside dans l'influence de la bureaucratie, laquelle ne veut point renoncer à une source aussi abon-
X«ea adhérents de cette infâme secte dispof lent de capitaux immenses : beaucoup de Esehes marchands s'y, trouyant agrèges. Us ^ent largement la police et l'administration l^ur acheter leur tolëranoe et les décider à Eenner les yeux. Pendant les vingt années que le général Doubelt dirigea la police se* ecàte, il îaty dit-on, à la solde de ces sectai* mSf et l'on assure qu'il leur coûtait cher.
Le gouyemement ne saurait certainement^ i'aucune manière, autoriser l'existence de la leote infime des Skoptsy : il ne pourrait ad* mettre, qu'avec de graves restrictions civiles^ L'existence publique des sectes des Hlysty, les Coureurs, et même des Lutteurs de L'Esprit et des Buveurs de Lait. Mais pour* qnoiy le demandons-nous, reftise-t-il aux vieux oroyans la reconnaissance publique d/e leur cmlte, lequel difiere si peu de notre religion orthodoxe? Pourquoi prend-il des mesures absurdes à faire pitié, comme celle de dé- Eendre au sénat (ordre impérial secret du L4 novembre 1856) d'exiger la communica* tixm des mesures prises à l'égard des sectaires, sans la permission spéciale, pour chaque fais 9 du ministre de la justice? Dans cette
Ce serait transformer plusieurs millions d'ennemis intérieurs, aussi acharnés que dangereux, en citoyens paisibles et tranquilles. Le meilleur moyen de diminuer le nombre des dissidents, et même, nous l'espérons, d'arriver avec le temps à l'extinction complète de toutes ces sectes, serait de leur accorder la liberté de la presse. Alors, entre eux et le clergé orthodoxe, s'engagerait une lutte vive, par le moyen des journaux et des livres. La raison d'existence des sectes résidant dans la persécution, dont le résultat est de transformer des hommes égarés en victimes et de les élever à la dignité de martjrrs, dans le mystère auquel elles se trouvent condamnées, dans la position anormale et semi -mystérieuse que le gouvernement leur a faite, leurs erreurs, comme la plupart des erreurs humaines, ne supporteraient point la lumière du grand jour de la publicité.
Si le gouvernement russe continue à marcher dans la voie fatale de laquelle il n'a ni le courage ni l'habileté de sortir, sait-il ce qui arrivera? Si, à la première guerre, l'ennemi, quel qu'il soit, en mettant le pied
idante de gains illicites. Si les vieux croyans y qui sont, entre tous les sectaires, les plus nombreux et les plus riches, obtenaient la reconnaissance publique de leur culte, ils ne se Terraient plus obligés, comme c'est le cas aujourd'hui, d'acheter, à prix d'or, la protection de la bureaucratie, laquelle y perdrait une notable partie de ses revenusv Mais (nous le répétons pour la centième fois dans cet ouvrage), est-il donc décidé qu'on laissera la bureaucratie entraîner la Bussie à sa perte? 'Ne voit-on point que la tolérance serait aussi utile au gouvernem3nt qu'aux sectaires, et peut-être au gouvernement plus encore qu'à ces derniers? Arracher plusieurs millions de compatriotes à l'influence d'un prélat établi sur le sol de notre ennemie naturelle, l'Autriche; couper court, \par la reconnaissance publique du culte des vieux croyans sur le même pied que les autres confessions chrétiennes, à une propagande qui n'e^tiste que grâce au voile de mystère dont elle se trouve recouverte, ne serait-ce point, sans parler déjà des droitB sacrés et imprescriptibles de la conscience humaine, d'une suprême habileté politique? II 1^
xvm.