CHAPITRE IL
Les Coucous Faux Parasites.
LES COCCYZES OU COULICOUS
Avec la sous-famille des Coulicous, en effet, nous avançons davantage dans l'étude des habitudes maternelles des Coucous dont les progrès, sous ce rapport, s'ils sont encore en partie inexpliqués, n'en sont pas moins fort sensibles et très marqués.
Ils appartiennent tous à l'Amérique. On y distingue trois groupes : les Coccyzes ou Coulicous, les Piayes et les Cultrides, dont les formes sont élancées, dont le plumage est doux et soyeux et teint de couleurs fondues. Ils se composent de seize espèces, dont six ont été connues de Buffon, Linné et Gmelin.
Ils sont caractérisés par un bec long et assez mince, large à la base, convexe en dessus, très comprimé dans toute sa longueur, entier, arqué et aigu, avec les mandibules d'égale longueur; des narines basales, ovalaires, percées dans une sorte de membrane; des ailes longues, pointues, recouvrant la moitié de la queue, laquelle est longue, large et étagée ; des tarses de la longueur du doigt
1 Coccysinœ.
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
externe antérieur . qui est le plus long, très légèrement emplumés au-dessous de l'articulation, recouverts dans le reste de fortes écailles ; des ongles courts, épais, peu arqués et faiblement aigus.
Quoiqu'on puisse les considérer comme soumis au parasitisme intermittent, tous, à quelques exceptions près, couvent leurs œufs et élèvent leurs petits eux-mêmes. Ils offrent, à cet égard, un exemple intéressant des modifications que subissent, chez une même famille, les habitudes des Oiseaux, dans le passage d'un groupe à un autre. C'est cette étude, après tout, qui aide puissamment à toute bonne classification naturelle et en constitue le mérite.
Nous avons vu les dernières espèces, et les plus petites, des trois groupes précédents, telles que le Coucou Lucide ou Brillant, peut-être même le Coucou Didric. faire quelquefois, et exceptionnellement à leurs habitudes et à celles de leurs congénères, un nid, y pondre et y couver. Les' Coulicous vont nous offrir le même exemple, mais en sens inverse; c'est-à-dire, le plus ordinairement construire leur nid, y pondre et y couver leur œuf, et parfois seulement, confier leur œuf au nid et aux soins d'autres espèces d'Oiseaux; nous montrer, en d'autres termes, la nidification et l'incubation pour règle, et le parasitisme pour l'exception. Ainsi procède le type de ce premier Groupe :
Le Coulicou Américain 1 .
11 a toutes les parties supérieures, les ailes et les pennes intermédiaires de la queue, d'un gris changeant en verdàtre, en roux et en bleuâtre, selon les incidences de la lumière ; les premières pennes ont une bordure rousse à
1 Coccysus Amcricanus.
LES COUCOUS FAUX PARASITES
l'extérieur; les rectrices latérales d'un noir à reflets bleuâtres avec la pointe terminée de blanc; cette dernière couleur prend une nuance grise sur toutes les partie s postérieures. La moitié supérieure de sa mandibule et la portion apicaledu bec sont noires, tout le reste étant jaune orangé; les pattes sont noires. Il mesure de 48 à 50 centimètres de longueur totale.
Ce Coucou est migrateur; mais, dans ses migrations, Audubon dit qu'il va seul, lorsqu'elles ont lieu vers le Nord, et qu'il semble voyager en troupe, lorsqu'elles ont pour but les latitudes plus chaudes. Son arrivée à la Jamaïque, d'après M. Hill, est un pronostic des pluies du printemps; l'atmosphère brumeuse qui précède les pluies de la saison printanière a déjà obscurci l'éclat ordinaire du ciel ; les vents ont cessé ; la chaleur a commencé à prendre une intensité vaporeuse, lourde et brûlante; les papillons ont abandonné les pâturages brûlés et desséchés, pour se réunir partout où ils peuvent trouver un peu d'humidité, et les insectes, descendus dans les basses terres, lorsque le cri bruyant de ce Coulicou se fait entendre parmi les présages des pluies qui vont commencer.
Le Coulicou Américain préfère au fourré des haies les arbres plantés sur leurs bords. Avec les premières pluies, les arbres des haies, lavés de leur poussière, ont commencé à pousser de nouvelles feuilles, et à former ces berceaux plus compactes qui conviennent mieux aux habitudes timides et solitaires de cet Oiseau.
Pour celui-ci, ce n'est pas avec un Oiseau de proie qu'on le confond au vol. Il a les ailes longues, et son vol, rapide comme une flèche, peut être pris pour celui de quelque Pigeon sauvage. Sa course, en volant, est errante, horizontale, d'une rapidité silencieuse, descendant du haut des airs sur les cimes les plus élevées des arbres, ou s'en-
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
fonçant et glissant au plus épais des branches. Lorsqu'il se repose, il trahit sa présence par un bruit qui ressemble au gloussement traînant d'une Poule se promenant devant la porte d'une grange.
Les individus de cette espèce se tiennent très souvent dans les grandes forêts, quelquefois dans les bosquets voisins des habitations, et très rarement dans les lieux découverts. Ils se cachent dans les halliers les plus sombres et sur les arbres les plus touffus, dont ils parcourent les branches pour y chercher les insectes et, comme le Coucou d'Europe, les chenilles velues que dédaignent ordinairement les autres Oiseaux, et qui abondent sur les arbres qu'ils fréquentent. Ils dévorent aussi de gros insectes, tel que le Hanneton Lanigère ' et d'autres Carabiques. Mais, avec la même perversité que leurs congénères, ils ont la mauvaise habitude de manger les œufs des autres Oiseaux, et de jeter la désolation et l'épouvante partout où ils se trouvent. Ils adoptent de préférence les cantons qui renferment le plus de petites espèces de volatiles, dont ils guettent les nids pour en manger et détruire ainsi les œufs. Ceux-ci, de leur côté, semblent vouloir prendre leurs précautions et se mettre sur leurs gardes; ils recommencent plusieurs fois et en divers endroits le même nid; puis, au lieu de les placer sur les branches basses d'un arbre, ils les mettent sur les branches les plus élevées, et quelquefois même à vingt mètres du sol.
A l'époque de la maturité des fruits, ils se rapprochent des habitations, où les attirent diverses, baies dont ils se nourrissent, surtout à l'automne, et dans lesquelles ils causent beaucoup de dégâts. Ils vivent isolément, et rarement voit-on le mâle et la femelle ensemble, même à l'épo-
' Melolontha Lanigera (Entom.).
LES COUCOUS EAUX PARASITES
que des amours. Ils sont vifs et alertes, et ne descendent presque jamais à terre.
Lorsqu'ils se construisent un nid, ils le placent sur les arbres, et le composent de plusieurs branches sèches, et de racines en dehors, d'herbes ânes et de poils, en dedans. Mais ce nid est fait d'une manière si grossière et si négligée, que c'est à peine s'il est assez concave pour retenir, soit les œufs, soit les petits. Leurs œufs, au nombre de deux ou quatre, sont d'un vert bleuâtre tendre, tantôt sans taches, tantôt maculés de taches jaunes ou brunâtres, et mesurent 38 millimètres sur 19 à 20. Le père et la mère les couvent assidûment et se montrent fort attachés à leur progéniture, qu'ils défendent avec acharnement contre toutes les attaques du dehors ; ou bien ont recours au manège suivant :
Ainsi, dit M. Nuttall, à qui l'on en doit l'observation, lorsqu'on s'en approche, comme pour prendre soit le nid, soit ce qu'il contient, le mâle se laisse choir du nid à terre, où il se traîne en voltigeant avec peine, comme s'il était blessé, à la manière de certains Oiseaux attachés à leurs petits, telle que la Perdrix, jusqu'à ce qu'il ait éloigné son ennemi. Pendant ce temps, la mère pousse un cri d'alarme, et se laisse à son tour glisser à terre. Alors le mâle revient à une petite distance du nid, et donne de son côté le cri d'alarme à chaque fois qu'il craint l'approche de l'objet qui l'a effrayé.
Aussitôt que les petits sont éclos, les parents s'occupent avec assiduité de pourvoir à leur nourriture. C'est le plus ordinairement au printemps qu'ils couvent; on a cependant vu un nid avec ses œufs vers la fin du mois d'août, quoique le mois de septembre soit l'époque de leur départ.
Il est surprenant qu'avec de pareilles habitudes aussi prononcées, il arrive au Coulicou d'Amérique d'abandon-
HISTOIRE NATURELLE LES COUCOUS
ner, comme le Coucou d'Europe, le soiu d'élever sa progéniture à d'autres Oiseaux; et cependant le fait paraît certain. Il est arrivé un jour, au même observateur, de trouver un œuf de cette espèce dans un nid de Merle Miauleur 1 , et bien certainement cet œuf y avait été introduit par le Coulicou lui-même. Une autre fois, en juin 1830, M. Nuttall a rencontré un nid de Merle Erratique 2 contenant deux œufs de cette espèce, avec lesquels se trouvait un œuf de Coulicou, qui ne pouvait y avoir été introduit par celuici qu'au moyen de son bec. On n'a pu s'assurer que ces deux Merles n'aient pas renoncé à couver des œufs ainsi frauduleusement introduits dans leurs domiciles; mais le fait seul de leur présence dénote suffisamment l'intention du Coulicou.
Ce fait, dont Vieillot ne dit mot, et dont nous n'avons pu trouver le moindre indice dans Audubon, prouve que, malgré tout ce que l'on en connaît jusqu'à ce jour, il reste encore bien des choses à apprendre dans l'histoire naturelle de la famille du Coucou ; car l'exception qui se révèle ainsi chez le groupe des Coulicous peut se retrouver plus tard chez d'autres groupes, ainsi que nous l'avons vu précédemment chez de petites espèces. Et alors se présente la question de savoir pourquoi un Oiseau qui le plus souvent fait son nid, y dépose ses œufs et les couve lui-même, se laisse, dans un cas donné, aller à s'enquérir d'un autre nid étranger, à y transporter furtivement ses œufs, et finalement à renoncer à l'instinct le plus naturel aux Oiseaux et qui leur paraît le plus doux, celui de les couver et d'en faire éclore les germes, question à laquelle ont répondu en partie les observations de J. Verreaux sur le Coucou Brillant.
1 illmua Fellvox.
1 Ttirdus Migrutorius.
LES COUCOUS FAUX PARASITES
Malgré tout, ou plutôt par suite de qui précède, subsiste toujours cette autre question relative à la variabilité de l'œuf des Coucous selon l'espèce dans le nid de laquelle il doit être déposé, puisque le Coulicou Américain fait des œufs , ou uniformément colorés , ou tachetés , suivant probablement, dans le système Baldamus, la couleur de l'œuf particulier au nid dans lequel il a résolu d'introduire le sien : le vert d'eau uniforme étant la couleur de ceux des Merles Miauleur et Erratique, malgré leur différence de volume, l'un ne mesurant que 24 millimètres sur 18, et l'autre 30 sur 20.
Pris adulte et mis en cage, il se montre peu sociable. M. Hill raconte qu'un de ces oiseaux, légèrement blessé, ayant été placé dans une cage avec plusieurs Tourterelles, son premier mouvement fut de les attaquer en leur arrachant les plumes. Il fut en conséquence séquestré; et alors il se tint morne et immobile, cherchant parfois à s'emparer de quelques criquets ou de quelques sauterelles qu'on lui offrait, ce qui ne l'empêchait pas de se jeter méchamment sur la main qui les lui présentait.
L'espèce en est répandue en Amérique , depuis la Jamaïque jusqu'au Canada; mais elle -ne passe que l'été dans le nord, où elle arrive au mois de mai, et d'où elle part au mois d'octobre , pour hiverner aux Grandes- Antilles.
Nous indiquons à la suite une autre Espèce, quoique l'on ne possède aucun détail sur ses mœurs et sa propagation. C'est un grand destructeur de chenilles; voilà tout ce que l'on en sait ; mais il n'est pas douteux que ses habitudes ne soient les mêmes que celles de l'espèce précédente.
164 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
Le Coultcou des Palétuviers 1 .
Tout le dessus du corps et des ailes est d'un gris cendré léger; une bande longitudinale, d'un gris plus foncé, part du coin de l'œil et marque les tempes; le dessous du corps est jaunâtre ; les pennes intermédiaires de la queue sont grises, les autres bleuâtres et terminées de blanc. Sa taille est de 33 centimètres.
On le trouve à Ca} r enne, dans les grandes iles Antilles, et au sud des Etats-Unis, où il ne reste que pendant l'été.
Le nom donné à cet Oiseau vient de ce qu'il se tient de préférence dans les Palétuviers, où il vit d'insectes, et principalement de ces grosses chenilles qui en rongent les feuilles, et nous sert ainsi en faisant la guerre à nos ennemis. Ces grosses chenilles, dit Sonnini, ont jusqu'à près de 10 centimètres de long sur 1 centimètre 1/2 de large. Dans les années 1775 et 1776, elles se multiplièrent au point qu'elles dévorèrent la plupart des palétuviers et beaucoup d'autres plantes. C'est alors, ajoute-t-il, qu'on dût regretter de ne pas avoir multiplié dans la même proportion cette espèce de Coucou.
Ces espèces du groupe des Piajes se distinguent des Coulicous proprement dits par les cils dont est garnie leur paupière supérieure et par une nudité qui se remarque derrière l'œil.
Les autres caractères sont : un bec médiocre, de la longueur de la tète, peu élevé, très convexe, très comprimé, et courbé dans toute sa longueur jusqu'à la pointe, qui est entière; des narines longitudinales, ouvertes, basales, très rapprochées du bord mandibulaire, percées dans une
1 Cocryius Seniculus.
LES COUCOUS l'AUX PARASITES.
membrane qui en occupe la plus grande partie ; des ailes, arrivant à la naissance de la queue, arrondies, concaves, plus ou moins sub-obtuses; une queue allongée, très étagée; des tarses de la longueur du doigt externe antérieur, qui est le plus long, assez forts, garnis de larges scutelles,' avec des ongles médiocres, faibles, arqués et aigus.
Ce sont des Oiseaux gracieux dans leurs formes, et dont le plumage, doux comme de la soie, n'a rien de rigide.
Le Coulicou Piaye 1 .
11 a la tète, le dessus du corps, les couvertures supérieures des ailes, leurs pennes et celles de la queue d'un marron pourpré ; cette teinte est plus claire sur la gorge et sur le devant du cou ; le dessous du corps cendré ; les pennes des ailes ont leurs extrémités brunes et celles de la queue noire et blanche. Le bec et les pieds sont d'un gris brun. Sa taille est de 45 centimètres.
On a conservé à ce Coulicou le nom qu'il porte à Cayenne, et que la superstition lui a donné, puisqu'il signifie diable dans la langue du pays; ce qui paraît indiquer un Oiseau de mauvais augure; et c'est par cette raison, dit-on, que les naturels et mêmes les nègres répugnent à manger sa chair.
Le Piaye est cependant peu farouche; il se laisse approcher de fort près, et ne part que lorsqu'on est sur le point de le saisir. On compare son vol à celui du Martin- Pêcheur; il se tient communément aux bords des rivières, sur les basses branches des arbres, où il est apparemment plus à portée de voir et de saisir les insectes, dont il fait sa nourriture. Lorsqu'il est perché, il hoche la queue et
1 Piaya Cayana.
HISTOIRE NATUKEM.E DES COUCOUS
change sans cesse de place. Des personnes qui ont passé du temps â Cayenne, et qui ont vu plusieurs fois ce Coulicou dans la campagne, n'ont jamais entendu son cri. On ne sait rien de son mode de nidification, ni de reproduction.
Mais M. Gosse en aidant à la restitution à la science, et à la détermination par le baron de la Fresnaye, d'une autre belle espèce que nous allons décrire, a enrichi ces premiers détails de quelques renseignements nouveaux. C'est :
Le Coulicou Pluvial '.
Il a la coift'e d'un gris foncé ou ardoisé, passant sur la nuque à l'olive rembruni glacé de vert, qui couvre tout le reste des parties supérieures, excepté la queue, qui est d'un noir un peu glacé de violet, largement terminé d'une bande blanche moitié plus étroite sur les deux rectrices médianes; la gorge et le devant du cou sont blancs, se dégradant en gris cendré sur les côtés du cou, sur les joues et la poitrine; tout le reste du dessous et les couvertures inférieures des ailes sont d'une couleur cannelle foncée ou brun rouge toute particulière et différente des teintes rousses de toutes les autres espèces de ce groupe, qui en compte neuf, dont cinq connues de Buffon, Linné et Gmelin. Son plumage est très lâche et très moelleux. L'iris est couleur noisette; le bec noir, avec la mandibule inférieure d'un gris pâle; les paupières sont noirâtres; les pattes d'un gris bleuâtre; l'intérieur de la bouche est noir. Sa longueur totale est de 48 centimètres.
M. Gosse dit que cette espèce est désignée parles colons
Piaya Pluvialis.
LES COUCOUS FAUX PARASITES
Anglais de la Jamaïque sous les noms de Hunier, Oldman, Rain-Bird (Chasseur, Vieillard, Oiseau de proie), et ajoute que ce dernier nom est employé indistinctement pour cette espèce, comme pour un autre groupe différent dont nous avons déjà parlé, et qu'on leur donne à tous deux, quoique moins souvent, celui de Vieillard; mais c'est sous le nom de Chasseur qu'elle est plus spécialement connue, à Sainte-Elisabeth de la Jamaïque.
D'après le même ornithologiste, c'est un Oiseau de grande taille et d'un aspect imposant; son plumage lâche et sa longue queue barrée de blanc le font paraître plus grand qu'il n'est réellement. Sa voix est souvent une sorte de craquement répété du même ton, augmentant de rapidité jusqu'à ce que les sons se confondent; d'autres fois, c'est un croassement rauque.
Ce qu'il offre physiologiquement de particulier, c'est que, chez lui, le jabot est projeté au-dessous du sternum, et que la peau de cette partie de l'abdomen est dégarnie de plumes et même de duvet: enfin, il est souvent si gras que ses intestins sont alors recouverts d'une couche de graisse épaisse de plus de 1 centimètre. C'est une remarque qui n'avait pas échappé à Sloane. qui, ayant eu occasion d'en disséquer plusieurs individus, avait constaté que l'estomac était très grand proportionnellement à sa taille, ce qui est un trait de conformité avec l'espèce européenne; qu'il était doublé d'une membrane fort épaisse; et que les intestins étaient roulés circulaircment comme le câble d'un vaisseau, et recouverts par une grande quantité de graisse jaune. Vivant, il a une forte odeur de musc.
Il se tient habituellement dans les lieux découverts et garnis de buissons, où vivent les insectes dont il fait sa nourriture. Mais on est dans la même ignorance que pour le précédent sur son mode de reproduction.
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOrs.
Nous l'avons figuré en 1848, ainsi que la belle espèce espèce suivante, découverte par M. Adolphe Lesson, et que son frère avait fait connaître d'après lui en 1842 ' :
Le Coulicou à Croupion roux 2 .
Tète, devant du cou et sommet du dos d'un brun olivâtre, flammèche de noir sur le front et le haut de la tète; ailes d'un vert brunâtre à reflets métalliques bronzés et pourprés; la queue de couleur semblable avec les même reflets, mais où domine un violacé rosé, les deux rectrices latérales terminées à leur pointe par une tache blanche; tout le dessous du corps, de même que le croupion, d'un brun roux clair; le tour des yeux noirs, ce hoir se prolongeant en moustaches, depuis l'angle externe de l'œil jusqu'au méat auditif. Bec jaune à arête noire; peau du tour des yeux d'un bleu presque cobalt; l'iris de couleur sombre; les pieds d'un jaune brun. Sa longueur totale est de 26 à 27 centimètres.
Il provient de San Carlos, Centre-Amérique; et Ad. Lesson ne connaissait aucune de ses particularités, qui n'ont été révélées que près de vingt ans plus tard.
M. Salvin, qui l'a observé au Guatemala, dît, en 1859 3 , que cet Oiseau a l'habitude, quand il est à terre, de s'y tapir, tantôt courant rapidement, tantôt demeurant au repos en élevant la tête ; mais il a de particulier, comme quelques-uns de nos Coucous précédents, de grimper le long des branches basses des taillis.
Son chant, quoique court, est remarquablement riche en intonations, et il a, dans chaque note, un moelleux qui se
1 « Iconogr. ornith., pi. LXV et LXVI. »
* Piayit TSrythropygia.
1 « Ibis. »
LES COUCOUS KAUX PARASITES
rencontre rarement chez les Coucous, et qu'on entend tout aussi rarement surpasser par d'autres Oiseaux Chanteurs. Les Indiens prétendent même qu'il chante à toute heure du jour, et que le prolongement de ce chant dépendrait de l'heure que marque le soleil. Ainsi, disait l'un d'eux à M. Salvin : à une heure, son chant est très court, et à midi, très prolongé. Aussi ont-ils donné à cet Oiseau un nom rappelant, dans leur langue, cette faculté.
Ce serait, d'après cette remarque, le seul Coucou vériblement chanteur ou à chant modulé.
Quant au groupe des Cultrides, qui clôt la série des Coulicous Américains, il ne repose que sur une seule forte et brillante espèce, qui se fait remarquer également par la nudité du tour de l'œil, ainsi que par une huppe beaucoup plus prononcée surmontant la tète, et dont, en raison des différences d'âges alors assez peu étudiées, on avait fait jusqu'à trois espèces, que nous avons réduites à leur unité, dans notre travail sur les Oiseaux de V Amérique du Sud, de l'expédition de Castelnau.
Leurs autres caractères particuliers sont : un bec long, élevé à la base, très arqué dans son dernier tiers, comprimé sur les côtés jusqu'à la pointe, sans être crochu; la mandibule supérieure ayant, en un mot, la forme d'une lame de couteau, d'où la dénomination générique de Cultrides, que le D r Pucheran a imposée au type en 1845, en le dédiant à Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ; des narines comme lunulées , percées obliquement dans une membrane formant opercule, basales, très rapprochées du bord mandibulaire ; les ailes courtes, concaves et très arrondies, plus que sub-obtuses ; une queue longue, large et étagée ; des tarses très longs, du double de la longueur du doigt externe antérieur, garnis de scutelles; les doigts et les ongles courts ; ceux-ci comprimés, peu courbés et peu aigus.
awm
170 JirSTOIRE NATURELLE DES COUCOUS.
Le Coucou de Geoffroy \.
Tête surmontée d'une huppe longue et bien fournie, d'un noir bleuâtre; cou et poitrine d'un noir bleu, légèrement nuancé de vert; dos et petites couvertures alaires olivâtres ; les grandes couvertures d'un roux cannelle ; les rémiges primaires d'un noir violet; estomac et abdomen d'un blanc sale; les rectrices médianes d'un vert à reflets bronzés; les deuxième, troisième et quatrième d'un vert foncé teinté de bronze et d'un bleu violet à la pointe. Bec d'un rouge carmin foncé dans toute sa longueur, d'un orange clair à la pointe ; peau nue du tour de l'œil d'un beau rouge cramoisi en avant, bleu en arrière; œil d'un beau jaune; tarses gris. Longueur totale, 50 centimètres.
Deville nous apprend que cet Oiseau, qui habite le Brésil, la Haute-Amazone jusqu'au- Pérou, et se trouverait au Mexique, vit par paires dans les grands bois, où il niche et couve lui-même ses œufs, qui sont généralement au nombre de deux, sans nous dire leur couleur; qu'il est très farouche et que son vol est fort léger.
Nous avons figuré ce bel Oiseau en deux états différents dans nos Oiseaux de l'Amérique du Sud 2 .
1 Cultrides Geoffroi/i.
1 PI. VI et VII.
LES COUCOrS FAUX PARA8ITES.
o e SOUS-FAMILLE.
LES TAOCOS OU SAUROTHKRES
Les Taccos se distinguent des autres Coucous par un bec de la longueur de la tète, à sommet presque entièrement droit jusqu'à la pointe qui se recourbe brusquement en crochet très comprimé sur les cotés et à bords dentelés; par des narines basales. oblongues, couvertes par une membrane; par des ailes remarquablement courtes et concaves comme celles des Gallinacés, l'Oiseau présentant ce phénomène peu ordinaire d'une plus grande longueur de corps que d'envergure ; par une queue fort longue et très étagée ; par des tarses courts, grêles, légèrement emplumés audessous du talon, garnis de larges scutelles, de la longueur du doigt externe antérieur, avec des ongles courts, comprimés, très arqués et aigus. Le tour de l'œil est nu, diversement coloré selon les espèces ; et, caractère que nous rencontrons pour la seconde fois dans la famille, la paupière est ciliée.
La plupart se perchent, et tous sont marcheurs.
On les a divisés en Saurothères proprement dits, et en Géococcyxs ou Coucous Terrestres, renfermant huit ou neuf espèces, sur lesquelles Buffon et Gmelin n'en ont connu que deux.
Le type véritable dans lequel, jusqu'en 1807, on a confondu trois espèces, est :
1 Saurotherinm.
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
Le Tacco Vieillard*
Cette espèce est bien remarquable par la teinte noirâtre enfumée du dessus de la tête et du cou, au bas duquel elle se fond insensiblement dans le gris olivâtre luisant qui règne sur tout le dessus de l'Oiseau, sauf les rémiges, qui sont d'un beau brun marron terminées de gris olive, et les rectrices, qui ne sont de cette dernière teinte qu'à leur base, puis noires et largement terminées de blanc, tandis que les médianes n'ont de noir qu'un peu avant leur extrémité. La gorge et le haut du cou seulement sont blancs, et cette couleur se nuance graduellement dans le fauve roussàtre qui colore le bas du cou et toutes les parties inférieures, s'éclaircissant toutefois à l'extrémité des sous-caudales; les joues sont de couleur cendrée. Le bec, qui est très allongé et entièrement rectiligne, est en dessus et à la base de la mandibule inférieure d'un noir sombre; le reste de celle-ci est d'un bleuâtre pâle; les pattes sont couleur de plomb, sa longueur totale est de 38 centimètres. ■
Le chevalier Deshayes est, après Sloane, le premier observateur qni ait donné, sur cet Oiseau, les renseignements les plus précis dont s'est servi Buffon.
Tacco est le cri habituel de cet Oiseau, d'où le nom qu'on lui a conservé et qui est resté celui du groupe : on l'appelle aussi Oiseau de pluie, nom donné à presque tous les Coucous d'Amérique, et même on l'a vu, à plusieurs de la Nouvelle-Hollande, attendu qu'il crie plus souvent lorsqu'il doit pleuvoir, ou plutôt parce qu'il arrive aux Antilles, de même que le Coucou Pluvial, à la
Saurothera Vetulu.
LES t.'OVCOUS FAUX l'ARASITES.
saison des pluies; l'épithète de Vieillard, qu'on lui a encore imposée, vient de ce qu'il a les plumes du menton blanches.
Lorsqu'il prononce Taeco, dit le chevalier Deshayes, il articule lentement la première syllabe, et descend d'une octave pleine sur la seconde. Il ne fait jamais entendre ce mot qu'après avoir remué la queue de bas en haut, et recommence ce mouvement chaque fois qu'il se déplace. Il a encore un autre cri qu'il fait entendre seulement lorsqu'il est effrayé par la présence d'un chat ou de quelqu'autre ennemi aussi dangereux.
Quoique le ïacco se trouve communément dans les terrains cultivés, il fréquente aussi les bois, parce qu'il y trouve également la nourriture qui lui convient : cette nourriture, ce sont les chenilles, les coléoptères, les vers et les vermisseaux, les ravets, les pous de bois et autres insectes qui ne sont malheureusement que trop communs aux Antilles, soit dans les lieux cultivés, soit dans ceux qui ne le sont pas; il donne aussi la chasse aux petits lézards, appelés anolis, aux petites couleuvres, aux grenouilles, aux jeunes rats, et même quelquefois, dit-on, aux petits Oiseaux; il surprend les lézards dans le moment où, tout occupés sur les branches à épier les mouches, ils sont moins sur leurs gardes; à l'égard des couleuvres, il les avale par la tête et à mesure que la partie avalée se digère, il aspire la partie qui reste pendante au dehors. C'est donc un animal utile, puisqu'il détruit les animaux nuisibles; il pourrait même devenir plus utile encore, si l'on venait à bout de le rendre domestique; et c'est ce qui parait très possible, vu qu'il est d'un naturel si peu farouche et si peu défiant, que les petits nègres le prennent à la main, et qu'ayant un bec assez fort, il ne songe pas à s'en servir pour se défendre.
Son vol n'est jamais élevé : il bat des ailes en partant, puis épanouissant sa queue, il file et plane plutôt qu'il ne vole; il va d'un buisson à un autre, il saute de branche en branche, il saute même sur les troncs des arbres auxquels il s'accroche comme les Pics ; quelquefois il se pose à terre, où il sautille encore comme la Pie, et toujours à la poursuite des insectes ou des reptiles. On assure qu'il exhale une odeur forte en tout temps, et que sa chair est un mauvais manger, ce qui est facile à croire, vu les mets dont il se nourrit.
Tous ces détails si minutieux ont été confirmés dans leur exactitude, à près d'un siècle de distance par M. Gosse.
Par suite de la conformation de ses ailes, dit M. Gosse, on voit rarement ce Tacco voler, si ce n'est d'un arbre à un autre, sautant plus ordinairement d'une manière pressée le long des branches ou, chose remarquable en raison de l'allongement de ses jambes, montant perpendiculairement, et par petits sauts, au long du tronc des arbres. Lorsqu'il vole, il glisse en ligne droite, sans battre des ailes. 11 perche souvent dans une position singulière, sur une branche, la tète plus basse que les pattes, et sa' longue queue pendante presque perpendiculairement.
Il parcourt les arbres, dans toute leur étendue, avec une légèreté étonnante pour sa taille. Toujours l'œil aux aguets pour épier les petits anolis qui se jouent sur les branches, et découvrir les chenilles cachées sous les feuilles, il pénètre, avec une adresse et une activité vraiment admirables, dans l'intérieur des buissons les plus épais. Sa chasse l'occupe tellement qu'il se laisserait approcher à portée de la main; c'est au point qu'on peut aisément le frapper avec un bâton, surtout au moment où, immobile sur une branche, il est prêt à fondre sur sa proie, et par-
LES COUCOUS FAUX PARASITES
tieulièrement sur les anolis, qu'il ne pourrait attraper sans cette immobilité, puisqu'ua moindre bruit, au moindre mouvement, ces petits animaux disparaissent avec la rapidité de l'éclair. Le bruit du fusil n'est point, pour cet Oiseau, un motif de crainte; il se contente de changer de place sans s'éloigner. S'il se dérange, son vol est peu élevé; il bat alors des ailes en partant, fait entendre en même temps son cri, puis il file, et semble glisser sur un plan incliné.
M. Gosse a trouvé, dans l'estomac de divers individus, de grosses chenilles, des sauterelles, des araignées, une souris entière, des lézards; une fois on a trouvé, dans l'un d'eux, un gros anoli vert, de 22 centimètres de longueur, roulé en spirale la tète contre le ventre ; ce qui explique la manière dont il s'empare de ces lézards. Habituellement, aussitôt qu'il en a saisi un, il lui brise la tète, après quoi il l'avale, celle-ci la première; et comme le jabot de l'Oiseau est de forme globulaire arrondie, il est naturel que l'animal qui y est englouti de la sorte prenne cette position repliée sur lui-même.
Le Tacco Vieillard, qui se trouve plus exclusivement à la Jamaïque qu'à Saint-Domingue, se retire, au temps de la ponte, dans la profondeur des forêts ; il s'y cache si bien que, jusqu'à l'époque où en parle Deshayes, personne n'avait vu son nid; ce qui lui fait dire, qu'on serait tenté de croire qu'il n'en fait point et, qu'à l'instar du Coucou d'Europe, il pond dans le nid des autres Oiseaux, en quoi, ajoute-t-il, le Tacco différerait de la plupart des autres Coucous d'Amérique, qui font un nid et couvent euxmêmes leurs œufs.
Rien, jusqu'à présent, n'est venu justifier ces prévisions de parasitisme; et il paraît avéré aujourd'hui, d'après M. Gosse, que le Tacco fait son nid sur les arbres, et de
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
préférence sur ceux de Campèche ; il le place dans le creux ou l'enfourchure des grosses branches divergentes, et le. compose de petites racines sèches, de brindilles, de mousse et de feuilles ; enfin il y pond et couve lui-même ses œufs, au nombre de quatre ou cinq, de couleur blanche, recouverts de taches obscures assez nombreuses.
Lorsqu'il est pris et tenu à la main, contrairement à l'assertion de Deshayes, M. Gosse dit qu'il devient furieux et cherche à mordre, ayant toujours le bec ouvert, en poussant des cris de colère, et la queue épanouie.
Un individu mâle de cette espèce, qui avait été abattu sans être grièvement blessé, ajant été mis en cage, entrait en fureur lorsqu'on passait la main prés des barreaux, se jettent de côté et d'autre, cherchant à se saisir de la main, en piaillant tout le temps exactement du même ton qu'un petit chien en colère.
Il serait cependant domesticable. M. Hill en a conservé un vivant, à la Jamaïque, pendant plusieurs semaines; il prenait des blattes et d'autres insectes; il mangeait également de la viande fraîche coupée en petits morceaux.
A la suite de ce Tacco, vient une autre espèce, que Vieillot avait confondue avec lui, et qu'avec sa sagacité habituelle de la Fresnaye a bien su en distinguer, en lui conservant le nom de ce naturaliste. C'est :
Le Tacco de Vieillot 1 .
Il est plus faible que le précédent en toutes ses proportions, et surtout dans la dimension de son bec, qui, en outre, a une très légère courbure de la base à la pointe, tandis que, ainsi qu'on l'a vu , il est entièrement rectiligne
1 Sausothem Vieilloti.
LES COUCOUS FAUX PARASITES
chez le Tacco Vieillard. Il eu diffère encore par la couleur de cet organe, qui n'est que de couleur cornée et non noire en dessus, blanc de cire et non bleuâtre en dessous ; par la teinte uniforme d'un gris roussàtre de toutes les parties supérieures, n'ayant point les rémiges d'un' brun marron, mais au contraire de la couleur du dos; par la couleur cendrée blanchâtre qui règne sur la gorge, le cou et toute la poitrine jusqu'au ventre ; tandis que, chez le Tacco Vieillard, cette couleur n'existe que sur la gorge et le haut du cou. Il en diffère enfin par les deux rectrices médianes de sa queue, simplement terminées de noir, et non de noir et de blanc, et par le blanc terminal de toutes les autres moins grand que chez le dernier. Il a de longueur 37 centimètres.
Vieillot nous apprend que, de même que ce dernier, ce Tacco, qui se trouve à Saint-Domingue et à Porto-Rico, fait son nid sur les arbres, le place dans la fourche des grosses branches, et le compose de petites racines, de mousse et de feuilles, et que sa ponte est de quatre à cinq œufs d'un blanc sale tacheté de noir.
Outre les dénominations appliquées au Tacco Vieillard, on appelle celui-ci Rieur, parce qu'il semble l'aire des éclats de rire, lorsqu'il pousse un certain cri en volant, et quand il voit un animal qui lui porte ombrage. Les nègres de Saint-Domingue le nomment Tuera Bayo, sans qu'on en sache au juste le motif, peut-être par une autre imitation d'un de ces cris. Enfin, il est connu des habitants sous le nom de Pie, parce qu'il a, comme la notre, les pennes caudales très longues, le vol lent, et qu'ils trouvent dans son cri des rapports avec celui de cet Oiseau d'Europe.
Nous joindrons à ces deux espèces de Taccos proprement dits une autre, la plus grande, dont les ha-