‹ La Vérité sur le coucouChapitre 11 sur 20 · SB · texte numérisé non relu

SB

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

bitudes sont les mêmes, d'après d'Orbigny, qui l'a fait connaître.

Le Tacco de Merlin 1 .

Dessus du corps brun roux antérieurement, brun olivâtre en arrière; front gris; tectrices des ailes et les rémiges secondaires brun olivâtre clair à reflets métalliques; rémiges primaires d'un beau roux vif, leur extrémité olivâtre brillant comme ses tectrices; rectrices médianes brun olivâtre à reflets, toutes les autres de la même teinte, mais terminées de deux taches, l'une blanche, à l'extrémité, l'autre noire, placée transversalement à 3 centimètres de l'extrémité; dessous de la queue grisâtre; la gorge et la poitrine gris blanchâtre; ventre et derrière d'un beau roux vif. Le tour des yeux du rouge le plus brillant; yeux d'un brun clair; bec bleuâtre; pieds bleus. Il a de longueur totale 54 centimètres.

Cet Oiseau , dit d'Orbigny , loin d'être de passage à l'île de Cuba, est son habitant le plus fidèle et l'espèce la plus connue dans cette île, la plus familière et la plus commune. Elle fréquente les lieux les plus différents, les bois, les savanes cultivées, les arbres et les buissons. On la voit d'un vol lent, et qu'embarrasse sa longue queue, passer d'un arbre â l'autre, se poser le plus souvent sur les branches basses, et, dans un instant, en parcourir toutes les parties, en sautant et relevant chaque fois sa queue ; on est même étonné qu'elle parcourt ainsi les buissons les plus épais. Au milieu de sa course, aperçoit-elle un insecte, elle le prend avec adresse; mais avide en même temps des lézards, qu'elle préfère aux premiers, et qui sont moins faciles â

1 Saurothera Merlini.

LES COUCOUS FAUX PARASITES

saisir, l'obligeant souvent à les épier avec soin, alors, immobile, elle suit des yeux les moindres mouvements de sa proie, attendant qu'elle arrive à sa portée pour s'en emparer. Au reste, tous ses mouvements sont gracieux, et elle relève souvent la tête avec une sorte de fierté.

Le chant que cet Oiseau profère de préférence, vers le soir, s'entend de très loin, et fait retentir les échos d'alentour; il commence par un son composé et se termine par une espèce de cadence prolongée. Quelquefois ce chant ressemble à celui du Couroucou Temnure ', et, lorsqu'il ne fait pas sa cadence, on pourrait souvent s'y niéprendre. Son chant est surtout très fort à l'instant des amours; alors il place son nid sur les arbres, à l'enfourchure des grosses branches.

La chair est dure et répand une odeur aussi désagréable que celle des Oiseaux de proie, ce qui est sans doute une suite de son mode de nourriture, les reptiles communiquant presque toujours cette odeur aux Oiseaux de proie qui s'en nourrissent.

Le fait est donc général pour tous les Taccos.

Les Taccos dont on a fait le groupe des Géococcyxs ou Coucous de terre, ne sont que des Taccos plus marcheurs et plus terrestres que les autres : aussi ne les en séparonsnous pas. les caractères étant presque en tous points les mêmes, sauf la réversibilité facultative, chez ceux-ci. du doigt externe antérieur d'arrière en avant. L'espèce type est :

Le Tacco Marcheur 1 .

La couleur générale du corps est bronzée, tachée de blanc et de roux ; la peau nue du tour de l'œil et des côtés

1 Priotelus Temtiurus.

2 Geococryx Viaticus.

■jW "' *•;

tr '

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

de la tète est violette, et traversée par une bande longitudinale d'un bleu très clair; dé chaque coté de l'occiput, la peau, sous les plumes, est vivement colorée en rouge orangé; sur la tête est une petite huppe de plumes d'un bleu foncé qui peuvent se relever; les plumes du dos sont bronzées dans la partie centrale et bordées de blanc et de roux, surtout autour du cou, ce qui donne au plumage un aspect ocellé ; le ventre et les cuisses sont blancs ; les rectrices sont d'un bleu métallique et tachées de blanc à leur pointe. Le bec et les pieds sont d'un gris verdâtre. La longueur totale de l'Oiseau est de 50 centimètres, sur lesquels la queue seule en prend moitié.

La nature du plumage de ce Tacco est lâche et peu unie; les plumes sont en général légèrement décomposées à leurs bords et comme usées; celles du ventre sont molles, également décomposées et presque semblables à du duvet.

Hernandez avait parlé d'un Oiseau, appelé en langue mexicaine Hoitlalotl (Oiseau long), habitant, disait-an, les parties les plus chaudes du Mexique. Cet oiseau volait près du sol, ne faisant que des vols de peu de portée; mais il courait avec une telle vitesse qu'il dépassait à la course le cheval le plus rapide. Sa chair était peu estimée comme nourriture. La longueur du corps était de 6 pouces, et la queue d'environ un empan, ou au total d'environ 18 pouces. La queue avait des reflets pourprés comme ceux du Paon.

On reconnaît aujourd'hui que l'on est plus instruit de ses mœurs, et c'est aussi l'avis de M. Gambel, que cet Oiseau ne peut être autre que celui dont nous nous occupons.

Le D r Botta est le premier qui ait attiré l'attention sur lui, en 1829, dans un séjour en Californie, où il eut occasion de l'observer, et où il est connu sous le nom Corruamino, ou Coureur de grands chemins, quoiqu'il soit aussi

LES COUCOUS FAUX PARASITES

répandu au Mexique, où on le nomme Paisano (paysan), et où depuis 1847-1849, M. Gambel le rencontra aussi parfois sur la route allant du Nouveau-Mexique en Californie, et M. G. M'Call dans les Chapparals, ou fourrés épineux.

Il a, dit le D 1 ' Botta, le vol très faible, comme on en peut juger par la petitesse de ses ailes; au contraire, il court avec beaucoup de rapidité, en portant sa queue relevée, ce qui lui donne un aspect extraordinaire; ce n'est que lorsqu'il rencontre un obstacle dans sa marche, tel qu'un ravin ou un buisson, qu'il fait momentanément usage de ses ailes pour s'élancer au-dessus; au delà, il recommence à courir. La faiblesse de son vol fait que, lorsqu'on le rencontre dans un endroit découvert, on peut le prendre vivant, soit à pied, soit à cheval. La vitesse de sa course, d'après M. Gambel, est même proverbiale, et un sujet d'étonnement pour tous ceux qui le voient, et le fait est,, dit-il, que, dans beaucoup de lieux, les Mexicains s'amusent à le chasser à cheval.

Il se tient ordinairement dans les lieux secs, couverts de broussailles, sous lesquelles il aime à se cacher, et parmi lesquelles il disparait promptement dès qu'il aperçoit le moindre danger. Il ne se perche jamais, et on ne le rencontre pas dans les bois. Il se nourrit d'insectes, de limaçons, de petits reptiles, de petits Oiseaux, et même de petits mammifères, tels que des écureuils; du moins Botta en a-t-il toujours trouvé des débris dans l'estomac de ceux de ces Oiseaux qu'il a disséqués : ce qui établit le plus grand rapport entre eux et le Tacco de la Guyane.

M. Gambel a trouvé, dans l'estomac de ces Oiseaux, qu'il a ouvert, en Californie, entre autres substances, neuf très grosses cigales, et, à sa grande surprise, un lézard entier d'une assez grande dimension. M. M'Call dit qu'il

prend les limaçons sur le sol, ou les enlève de dessus la basse branche d'un buisson; et, comme il s'éloigne rarement de sa demeure, il porte sa proie dans un lieu spécial, où il brise la coquille avec son bec et où il dévore le mollusque. On trouve souvent des amas de ces coquilles, qui suffiraient à remplir à moitié un chapeau.

Les Californiens ont raconté à M. Gambel que ces Oiseaux avaient, pour tous les serpents, un moyen qui, s'il est vrai, est assez remarquable; lorsqu'ils trouvent un serpent replié sur lui-même et endormi, ils l'entourent de joints d'un cactus à tète ronde, ayant de longues épines barbelées et pénétrantes, qui est si commun en beaucoup d'endroits; puis ils en font retomber un sur les replis du reptile, qui, en se déroulant, se déchire tout le corps, et meurt bientôt.

La seule particularité anatomique que présente notre Tacco Marcheur, est un troisième cœcum au milieu de l'intestin, outre deux autres très longs à l'extrémité, caractère qui ne se retrouve ordinairement que dans les Echassiers, dont la nourriture est la même; et il n'est pas douteux qu'il ne soit commun à tous les Coucous Taccos.

Une étude plus minutieusement faite, dans les mêmes lieux, par M. George M'Call, et publiée en 1846, est venue modifier, en leurs points les plus essentiels, les observations premières de Botta, et compléter en même temps celles de M. Gambel.

Ainsi M. M'Call fait judicieusement remarquer d'abord que, quoique les doigts de cet Oiseau soient disposés, comme chez tous les Zygodactyles, par couples opposés, le doigt extérieur de derrière étant cependant réversible et d'une grande flexibilité, il se trouvait convenablement disposé, dans l'une ou l'autre direction, soit pour grimper, soit pour percher, soit pour marcher sur le sol. Ainsi, il se

ES COUCOUS FAUX PARASITES

précipite parfois à terre avec des sautillements irréguliers, mais vigoureux; et ensuite, lorsque le doigt extérieur est rejeté en avant, il court aisément, et avec une telle vitesse, qu'il peut toujours, dans les fourrés, échapper à un chien sans prendre le vol.

Quant à l'aptitude de ce Tacco à voler, ce voyageur a observé que. quoique demeurant principalement sur la terre, il est prompt et habile à saisir sa proie dans l'air; alors ses mouvements sont pleins d'animation : s'élançant du sol par une vive impulsion, jusqu'à une hauteur de 2 à 3 mètres, on voit, pendant un temps appréciable, ses ailes et sa queue déployées, et l'on entend le claquement de son bec lorsqu'il saisit sa proie, puis il retombe subitement à l'endroit d'où il s'est enlevé. Là il se tient debout pendant une minute, les jambes écartées et la queue jetée de côté, avec une singulière expression de triomphe sauvage dans sa pose, avant de courir sous l'épais Chapparal. M. M'Call crut d'abord, comme c'est la croyance générale chez les Mexicains, que sa puissance de vol était fort limitée; mais il vit au contraire que si l'Oiseau se trouve tout à coup effrayé ou surpris dans un terrain découvert, il s'enlève d'un mouvement vif et léger, et continue son vol au-dessus des buissons, pendant une centaine de mètres, avec une aisance qui semble indiquer la faculté de soutenir un plus long vol.

Enfin, quoique aimant l'ombre et la solitude, il grimpera le matin de bonne heure au sommet d'une branche droite et sans feuillage, afin de s'y percher et de jouir des premiers rayons du soleil 1 .

Depuis ces intéressantes communications, M. Dresser, qui a rencontré et étudié ce Tacco dans le Texas

Ibis.

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

du Sud, a fait connaître, en 1865, son mode de nidification.

D'après lui, le Tacco Marcheur, ou de la Californie, abonde dans toute la contrée Mezquite, et encore plus particulièrement près du Rio-Grande. Aux mois d'avril et de mai, il trouva des œufs de cet Oiseau près de San Antonio ; et des Vaqueros lui en apportèrent aussi tard que le 23 septembre. Il fait un nid grossier avec de petites branches de mezquites, qu'il place généralement à quelque hauteur du sol sur une branche, soit dans le creux d'un mezquite ou d'un chêne, et y dépose deux à quatre œufs d'un blanc pur.

Les Mexicains élèvent souvent cet Oiseau à l'état demi domestique, afin de l'avoir sous la main, pour le tuer en cas de mauvaise santé chez eux ou les personnes de leur maison, persuadés qu'ils sont fermement que sa chair est un remède infaillible contre plusieurs maladies.

D'autre part, M. Gambel a entendu dire qu'on l'avait apprivoisé à Chihuahuo et dans d'autres lieux, et qu'on le gardait dans les maisons pour détruire les vermines, telles que les scolopendres, les scorpions, les lézards, etc., qui y sont si communs.

M. Dresser aussi a sérieusement essayé d'en apprivoiser un, dont il parle en ces termes :

« J'en avais un à Matamoras, dit-il, qui devint d'abord très apprivoisé, mais à la fin tellement méchant qu'il me fût impossible de le conserver. Il volait et cachait tout ce qu'il pouvait emporter, déchirait surtout les lettres, renversait l'encrier, etc. Je ne le tenais jamais en cage, ni attaché, et quoiqu'il fit de fréquentes visites aux voisins, il revenait toujours cependant avant la nuit. Je le nourrissais de viande crue, ou avec des lézards, quand je pouvais m'en procurer. Je n'ai jamais vu de Taccos sauvages au

I,ES COUCOUS FAUX PARASITES

vol, mais je les ai chassés, et je puis témoigner de leur grande vitesse à la course. Jack, mon Oiseau apprivoisé, volait avec facilité, et aimait à se percher sur le toit de la maison. Il avait une antipathie étrange pour un Perroquet, apprivoisé aussi, que j'eus quelque temps; et lorsque je laissais ce dernier sortir de sa cage, il battait des ailes, entrait dans une véritable rage, et s'en allait enfin chez quelque voisin, ou montait sur le toit 1 . »

Le Tacco Marcheur, d'après les indications exactes de M. M'Call, se trouve donc répandu dans le Texas, depuis la rivière Nueces jusqu'au Rio-Grande, et au Mexique, au moins du bord de la mer jusqu'à la Sierra Madré; et, comme il habite le Chapparal, ou la région du Fourré épineux, il s'aventure rarement loin au delà de ces

limites.

D'où il suit qu'on peut considérer aujourd'hui l'histoire de ce Tacco comme complètement élucidée. Mais au bout de quel temps? de 1829 à 18G5! après trente-six ans, en mettant de coté le peu bien problématique qu'en a dit Harnandez. Il n'y a plus à s'étonner d'après cela, nous l'avons répété assez souvent, que l'histoire naturelle proprement dite des Oiseaux progresse si lentement. De là nécessité de n'en reprendre et n'en refaire la biographie qu'à de longs intervalles.

Nous mentionnerons encore une espèce, que le D r Hartlaub, dont elle porte le nom, a fait connaître, parce qu'elle a été l'objet d'intéressantes observations de la part de M. Salvin :

i « Ibis. »

186 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

Le Tacco de Hartlavb' 1 .

Il a la tète, dont les plumes se relèvent en forme de huppe, d'un roux noirâtre agréablement rehaussé par une tache blanche ronde, qui termine chacune d'elles; le dessus du corps et les deux rectrices médianes sont d'un brun uniforme à reflets de cuir; les scapulaires et les rémiges secondaires, brunes au centre et bordées extérieurement de blanc dans toute leur longueur; les grandes couvertures des ailes, brunes sur. toute leur page interne et blanches dans toute l'étendue de leur page externe; les rémiges primaires, noires, avec un miroir blanc vers le milieu de leur longueur; toutes les rectrices portent une fine bordure blanche dans tout le développement de leur page externe; les cotés de la gorge et du cou sont finement flammèches de brun noir sur fond ventre de biche, qui fait la couleur uniforme et sans tache et des flancs et de tout le dessous du corps; le menton et la gorge seuls sont blancs. Le bec est couleur de corne bleuâtre en dessus et d'un Jaune brunâtre en dessous; l'iris est d'un noisette doré; la peau qui entoure l'œil, d'un beau rouge orangéles pieds sont d'un gris pâle et les ongles noirs. L'Oiseau' beaucoup plus petit que le précédent, auquel il ressemble beaucoup, ne mesure que 36 à 38 centimètres, dont 16 pour la queue, qui se trouve ainsi plus longue que chez le Tacco Marcheur.

Le mode de progression des Taccos, en général, a été très bien décrit par M. Salvin, d'après le Tacco de Hartlaub, qu'il a observé dans le Guatemala :

« La manière de courir de ce Tacco rappelle beaucoup,

1 G'oror-cyx Aftini

dit-il celle de la grande espèce de lézard nommée Iguana à Guatemala, ou Iguane. 11 passe rapidement au travers de la route, comme le fait ce lézard; d'abord regardant au dehors du taillis avant de s'y élancer, et «'arrêtant de temps à autre avant de s'y plonger de nouveau, pour se mettre définitivement en observation. Il n'est, du reste, nullement craintif, restant tout à fait au repos à côté d'un sentier, vous regardant avec une sorte d'étonnement et de curiosité, comme s'il n'avait jamais vu d'hommes 1 . »

Il résulte des détails dans lesquels nous venons d'entrer sur les mœurs de ces Coucous Taccos ou Saurothères, que c'est avec infiniment de raison que le baron delà Fresnaye a pu dire, après Bufibn ou plutôt après le chevalier Deshayes, que ces Oiseaux, grands mangeurs de reptiles, de couleuvres et de lézards, ainsi que de mollusques, ont certainement mission d'en diminuer la trop grande multiplication sur le sol américain , et particulièrement dans les lies, où ils deviendraient plus nuisibles qu'ailleurs. Ils sont marcheurs et faibles voiliers, ce qui suffit à leur chasse; il n'est donc pas étonnant que le Créateur ait multiplié les espèces stationnâmes de ce groupe reptilivore, de manière à ce que la plupart des grandes Iles, ou réunion d'iles américaines, en ait eu en quelque sorte une qui lui soit particulière.

Sous le rapport des mêmes services, les Couas , les Malcohas et les Coucals, qui composent les trois sous-familles suivantes, peuvent bien être considérés, sauf quelques modifications organiques, pour les véritables représentants des Taccos dans l'Ancien-Monde.

Ibis. »

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

LES COUAS 1 .

Tous exclusivement de l'Ancien-Monde, ils se trouvent dans l'Afrique orientale et à Madagascar. On n'en compte que six espèces, dont deux seules connues de Buffon et de Linné.

Us ont pour caractères : le bec généralement élevé à la base, arqué au sommet et très comprimé sur les cotés jusqu'à la pointe, qui est entière; les narines basales, de forme ordinairement linéaire, et en partie munies d'un , opercule; les ailes, le plus souvent médiocres, assez arrondies; la queue longue et graduée; les tarses allongés et recouverts de larges écailles; les doigts inégaux.

^ Les Couas, en effet, se distinguent au premier coup d'œil, dit Levaillant, des Coucous proprement dits par les tarses, qu'ils ont plus allongés que dans ces derniers; ils ont aussi les doigts plus forts, plus longs, mais les ailes plus courtes, celles-ci étant coupées différemment qu'elles ne le sont chez ces derniers, qui, comme nous l'avons vu, les ont longues et pointues, c'est-à-dire que les pennes en sont décroissantes successivement, depuis la première, qui est la plus longue, jusqu'à la dernière, qui est la plus courte. Chez les Couas, au contraire, les pennes du milieu des ailes sont un peu plus longues que les premières et que les dernières, de sorte qu'en les déployant, ces

1 Coicaïnœ.

Oiseaux décrivent avec leurs ailes une portion de cercle. Cette conformation des ailes, chez les Couas, est la même que chez les Pies, Oiseaux pour lesquels on prendrait tous les Couas, s'ils n'eu différaient par leurs doigts, disposés deux à deux par paires, comme ceux de tous les Coucous.

Le corps est robuste, le sternum court, moins cependant que celui de ces derniers. En outre, ils se remarquent par un plumage sec, rigide, orné cependant de couleurs métallisées, peu nuancées et un peu crues.

Leur voix est forte et sonore et non triste et plaintive, comme l'est en général celle des Coucous. Ils nichent dans des trous d'arbres, couvent eux-mêmes leurs œufs et élèvent leurs petits. Ils se plaisent dans les forets, plus rarement dans les bosquets qui avoisinent les habitations, dans les fourrés épais, où ils cherchent les insectes, les fruits, les reptiles dont ils se nourrissent, ainsi que les mollusques terrestres, principalement à coquilles, appelés Agathines, dont ils sont très friands.

Il est deux espèces de ces Couas sur lesquelles, sans avoir fait une étude bien approfondie de leurs mœurs, Levaillant a consigné quelques remarques intéressantes :

Le Cou a Huppé 1 .

Il est plus fort de taille que notre Coucou d'Europe. 11 porte sur la tète une huppe composée de plumes déliées qui se rabattent par derrière, et que l'Oiseau gonfle et hérisse lorsqu'il est animé par quelque passion ; on le voit aussi, dans ces moments, étaler sa belle queue largement barbée, légèrement étagée, et qu'il ramène sur son dos. Toute la tête, y compris la huppe, le derrière du cou, le

1 Coua Cristatus.

HISTOIRE NATURELLE LIES COUCOUS

manteau, les couvertures des ailes, le dos, le croupion et les couvertures du dessus de l'Oiseau sont d'un joli gris glacé de vert d'eau, de sorte que ces plumes paraissent ou plus vertes ou plus grises, suivant les incidences de la lumière; la gorge et le devant du cou sont d'un gris vert beaucoup plus clair que celui des autres parties, et qui se charge toujours d'une teinte de roux vineux à mesure qu'il descend sur la poitrine, où cette teinte est plus foncée; le reste du dessous de l'Oiseau est d'un blanc gris; les pennes des ailes sont d'un violâtre glacé de vert, ainsi que celles de la queue, dont les latérales sont largement terminées de blanc. Les yeux sont rougeàtres, le bec, les pieds et les ongles noirs.

Levaillant rapporte avoir trouvé une nichée de ce Coua dans un grand trou sur la tête d'un tronc d'arbre cassé et creusé par les eaux.

« 11 y avait, dit-il, quatre petits d'éclos. Quelques débris de coquilles, que nous aperçûmes au pied de l'arbre, nous 'firent voir une couleur gris de lin. J'avais pris les quatre petits, que je voulais élever; mais, n'acceptant rien de ce que nous leur présentions, ils moururent le second jour. Ils étaient couverts d'un duvet gris roux; les pennes de leurs ailes et de leur queue, qui a déjà un pouce à peu près de longueur, étaient d'un joli vert de mer glacé; leurs yeux étaient gris brun; leur bec, aussi brun, était, dans toute sa base, entouré d'un bourrelet jaune.

La seconde est :

LKS COUCOUS FAUX PARASITES*

Le Coua Tait-Sou ou Bleu 1 .

Il est remarquable par l'élégance de ses formes et par la beauté de sou plumage, qui est entièrement d'un riche bleu, verdissant sous certains aspects, et relevé par de belles nuances violettes, qui s'annoncent avec plus d'éclat sur les ailes, et plus encore sur la queue; celle-ci, de la longueur du corps, est légèrement étagée, et à pennes largement barbées, ce qui lui donne une belle ampleur, que l'Oiseau augmente encore par l'habitude qu'il a, comme le Coua Huppé, dans les moments d'action, de l'étaler; il la tient à moitié soulevée en même temps qu'il rabat ses ailes déployées, et qu'il enfle le plumage de sa tète de manière à faire croire qu'il est coiffé d'une huppe. Les veux, dont le tour est nu, sont d'un beau rouge; le bec et les pieds sont noirs.

Cet Oiseau habite les grandes forêts du pays des Cafres. Il se perche sur la cime des plus hauts arbres, d'où on entend le mâle faire un roucoulement, qui le trahit en le faisant découvrir aux chasseurs. Il se nourrit, selon Levaillant, de fruits, ce qui mérite confirmation, d'après les habitudes communes aux autres espèces.

Ne perdant pas de vue les habitudes de parasitisme de la plupart des Coucous, Levaillant ajoute (et c'est ici que vient se placer cette observation si importante et si tardive dont nous parlions plus haut) :

« Pour n'avoir pas trouvé les œufs du Tait -Sou. je n'en suis pas moins sur qu'ils sont couvés non seulement par la femelle de l'espèce, mais même par le mâle, ainsi que je l'ai très bien remarqué à l'état de la peau épaisse et ridée

1 Coua Cœruleus.

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

du ventre de ce dernier. Les traces de l'incubation de cette partie ne s'effacent qu'à la longue chez les Oiseaux qui remplissent cette fonction; elles ne disparaissent même que quelque temps après la mue, car il faut qu'ils refassent leur peau partout où elle a touché aux œufs. Rien n'est donc si aisé que de vérifier si un Oiseau a couvé ou non dans la saison où, dans chaque pays, tous les autres couvent. »

L'espèce sur laquelle on possède le plus de détails, au sujet de la manière de vivre, seulement par suite des observations qu'en a faites, à Madagascar, où elle est commune, le D r Ackermann, de la Marine Française, est :

Le Coua de Delalande 1 .

Ce n'est pas qu'il ait rien de remarquable dans sa parure. Son plumage, d'un noir métallique sur toute la partie supérieure du corps, blanc à la gorge et à la poitrine, est d'un roux clair à l'abdomen.

Ses yeux, d'un brun foncé, sont vifs. Sa longue queue étagée, du même noir bleuâtre que le dessus du corps, souvent en mouvement, comme celle de la Pie, donne à cet Oiseau un air de vivacité et d'impatience que caractérise encore sa marche saccadée, en sautant fréquemment des deux pattes à la fois.

Il va ainsi dans les bois, de branche en branche, de roche en roche, pour rechercher les Agathines. Lorsqu'il en a trouvé une, dit, en 1840, M. Ackermann, quelle qu'en soit la grosseur, il l'emporte près d'une grosse pierre, sur laquelle il monte, en tenant, avec le bout de son bec, la coquille par le bout de son ouverture ; il frappe avec sur la

1 Coua Delaiandi

LES COUCOUS FAUX PARASITES

pierre, en tournant et levant la tète tantôt à droite tantôt à gauche; lorsque, par le bruit du choc, il reconnaît que la coquille est cassée, il met une patte dessus, et, à l'aide de son bec, il retire le mollusque, qu'il avale aussitôt. Si l'ouverture n'est pas assez grande pour laisser passer entier le corps de la limace, le Coua frappe de nouveau jusqu'à ce que la coquille soit suffisamment brisée.

C'est de cette habitude, plus prononcée chez lui que chez les autres Couas, qu'il a reçu des Malgaches le nom local de Famac-Acora (Hache-Escargot ou Casseur d'Escargots).

L'exemple suivant fera connaître jusqu'à quel point cet Oiseau est friand d'Agathines :

Le D r Ackerman possédait un de ces Couas depuis quelques mois, dans une grande volière, où il vivait en bonne intelligence avec les autres Oiseaux et était devenu presque familier. Il distinguait assez bien la voix de son maitre pour venir lorsque celui-ci l'appelait : si, à travers le grillage, on lui montrait une agathine, il voltigeait dans tous les sens et chantait comme dans les bois. Après lui avoir bien fait désirer le mollusque, on le lui donnait, et alors il se promenait en le tenant au bec, proférait des cris plusieurs fois de suite, après quoi il brisait la coquille. En mangeant le mollusque, il chantait encore un pou, et, lorsqu'il n'avait plus rien, il vouait voir à travers les grillages si l'on n'en n'avait pas d'autres à lui donner. Mais il avait bien soin d'essuyer son bec chaque fois qu'il était sali par la matière gluante que rendait l'agathine.

Tous, à divers degrés, ont les mêmes habitudes, y compris l'espèce suivante, découverte au cap Sainte-Marie de Madagascar par M. Grandidier, qui l'a dédiée, en 1SG7, à J. Verreaux :

194 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

Le Coua de VerreauxK

C'est le plus élégant de tous les Couas. Il porte une huppe d'un gris cendré à la base, d'un gris noir à reflets métalliques au sommet; les parties supérieures sont d'un cendré verdâtre; les rémiges d'un vert doré et les rectrices bleues; la gorge et la poitrine sont grises; l'abdomen et les sous-caudales blanchâtres; l'iris est rouge; les tarses sont noirs. Il a de longueur totale 34 centimètres.

M. Grandidier a trouvé dans l'estomac des individus de cette espèce qu'il a observés, des élythres de coléoptères, des sauterelles, et presque toujours une masse gélatineuse fétide, provenant des mollusques, dont ils aiment à se nourrir.

Le vol de ces Couas est médiocre; mais leurs mouvements sur les arbres, q'ue beaucoup d'entre eux ne quittent guère, sont vifs et agiles. La plupart vivent effectivement dans les bois, sur les arbres, où on les voit sauter de branche en branche, à la recherche d'insectes et de coquilles terrestres.

Quelques espèces cependant, observe M. Grandidier, se tiennent presque toujours à terre, où ils courent sous bois avec une grande rapidité. Tels sont le Coua Coureur 2 , le Coua de Coquerel 3 .

Telle est encore la plus grande de toutes les espèces, que nous allons aussi décrire.

1 Coua Verreauxii.

1 Coua Cursor.

3 Coua Coqucrcli.

LES COUCOUS FAUX PARASITES

Le Coua Yerddtre ou de Madagascar 1 .

Il a sur la tète un espace légèrement sillonné, peint en bleu et environné d'un cercle de plumes d'un beau noir; le dessus du corps est d'un olivâtre foncé, varié d'ondes brunes et sombres; quelques-unes des plumes de la queue sont terminées de blanc; la gorge est d'un olivâtre clair nuancé de jaune; la poitrine et le haut du ventre sont fauves; le bas-ventre et les couvertures inférieures de la queue, bruns. Le bec, dont la base est garnie de quelques poils, est noir; l'intérieur est également noir, ainsi que la langue, qui est un peu fourchue; l'iris est rougeàtre ou orangé; les jambes sont d'un gris vineux. 11 n'a pas moins de 58 à 60 centimètres de longueur totale.

D'après M. Grandidier, les Couas, à l'exception du beau Coua de Reynaud 2 , que Pucheran a fait connaître en 1845, ne présentent aucune différence de plumage dans les deux sexes.

Il en est à peu près de même chez les espèces de la sousfamille suivante.

1 Coua Madagascaricnsis.

» Coua Reynaudi.

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS.'

LES MALCOHAS

Les Malcohas sont de grands Coucous des Indes, d'un plumage généralement brillant. On en compte quinze espèces, dont aucune n'a été connue ni de Linné, ni de Buffon. Nous avons le regret d'avouer que ce sont ceux sur les habitudes desquels on possède le moins de détails.

Si cette sous-famille est restreinte, elle n'en est pas moins la plus disparate de toutes celles que nous venons de parcourir; il est même permis de dire qu'on a en fait l'exsutoire de tous les types que leurs caractères semblent éloigner des autres sous-familles. Aussi ne faut-il pas s'étonner que l'on ait constitué jusqu'à sept groupes pour ces quinze, espèces. Les Phœnicophées, ou Malcohas proprement dits, les Alectrops, les Zanclostomes, les Dasylophes, les Rhinorthes, ou Boubous, et les Carpococcyxs.

Dans le groupe des Malcohas proprement dits, le bec est recourbé, convexe, à pointes assez vives, à bords lisses, légèrement comprimé sur les côtés; la mandibule inférieure plus comprimée, pliée à l'extrémité et à bords également lisses et membraneux. Les narines sont percées en fissure, formant un demi-cercle sur le côté de la, mandibule supérieure et sur le rebord des plumes du front. Les ailes sont courtes, épaisses et dépassent à peine le croupion;

Plioiaicophœinœ.

LES COUCOUS FAUX PARASITES

elles sont concaves en dedans, un peu roulées sur leur bord, ce qui doit rendre le vol lourd. La queue est toujours longue avec rectrices arrondies à l'extrémité, et jouissant d'une certaine rigidité. Les tarses sont courts, presque de la longueur du doigt externe antérieur, garnis de scutelles larges et minces; les jambes sont garnies de plumes tibiales allongées recouvrant le haut du tarse; le pouce est très petit, court; les ongles sont recourbés, peu robustes, comprimés et acérés.

Les orbites et une portion de la joue sont nus et recouverts d'une peau mamelonnée comme celle des Faisans. Les plumes de la tête sont parfois étroites, lancéolées et un peu raides; toutes celles du corps sont douces, à barbes lâches et métallisées. Tous ont le bec diversement coloré, et se nourrissent de baies et de fruits.

Nous citerons :

Le Malcolia à Bec rouge 1 .

D'un vert bronzé vif en dessus; en dessous d'un rouge marron; parties latérales du cou d'un noir plombé; queue du même vert que le dos, jusqu'à la première moitié de sa longueur seulement, brun marron dans le surplus jusqu'à la pointe. La mandibule supérieure verte, ayant une bande noire à sa base et autour des narines; l'inférieure rouge. Une ligne étroite et blanche entoure la région nue de la face.

Les Malcohas, dont les habitudes sont restées ignorées, même du temps de Lesson, passaient jusqu'alors pour se nourrir exclusivement de baies et de fruits, et pour se tenir toujours cachés au milieu clés forêts, où ils vivent. Ce-

1 Phœnirophœus Ery.fhrognathus.

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

pendant J. Verreaux nous apprend que ceux d'Afrique, et notamment le Malcoha à bec jaune 1 , chassent de préférence les larves et les insectes mous, que ce dernier cherche sur les arbres de moyenne taille. Cette espèce ne se trouve que par couple, et se retire dans les grands bois par les fortes chaleurs. Elle parait muette, ou du moins silencieuse; car il n'est jamais arrivé à ce voyageur de lui entendre faire le moindre bruit, son vol même étant excessivement léger.

Quant au Malcoha à bec rouge, qui se trouve aussi à Bornéo, il fréquente d'autres lieux, et se trouve, d'après M. Mottley , dans les fourrés secs et sablonneux , se cachant au milieu des broussailles, comme nous le verrons faire aux Coucals, et volant à peu de distance lorsqu'il est dérangé. Son chant est un jacassement enroué, ressemblant assez à celui de la Pie.

Nous avons figuré, dans le temps, une espèce de Sumatra, que Lesson avait dédiée au voyageur français Diard. C'est :

Le Malcoha de Sumatra".

Il est en dessus d'un vert à reflets de cuivre; la tète et la poitrine sont d'un gris ardoisé ; l'abdomen et les couvertures inférieures de la queue d'un roux marron; chacune des rectrices de même couleur que le manteau a sa pointe blanche.

Une des plus curieuses espèces est :

1 Zanclostomus Flavirostris.

» Zanclostomus Sumatranus {\c. ornith., pi. X).

LES COUCOUS FAUX PARASITES

Le Malcoha de Cumminff'

Avec un bec proportionnellement moins long et par conséquent moins bombé, il a la tête ornée de plumes écailleuses, et comme recoquillées et frisées, formant un bandeau ou une huppe continue depuis son front jusqu'à la nuque, et parfois même se reproduisant en façon de barbe sous le menton et la gorge ; ces plumes, qui sont blanches et à rachis noir, représentent par leur extrémité une véritable palette de corne, phénomène spécial dont nous avons déjà parlé dans nos généralités, et dont nous avons montré depuis des exemples dans d'autres familles, telles que les Ibis et les Gallinacés, et que nous rencontrerons encore dans d'autres par la suite.

Son plumage est d'un vert noir à reflets bronzés en dessus, et d'un beau roux en dessous; les côtés de la tète sont blancs, et chaque rectrice est terminée par une pointe blanche.

Deux ou trois autres espèces sont également remarquables, telles sont :

Le Malcoha à tête muge''

Il a le sommet de la tête et les parties dénudées des joues d'un rouge de feu encadré d'un liséré blanc. L'occiput et le dessus du cou, le dos, les ailes et la queue sont d'un noir nuancé d'un peu de vert ; les rectrices sont terminées de blanc, la poitrine et le ventre blancs. Sa longueur totale est de 40 centimètres. Il habite l'île de Ceylan et le Bengale.

1 Basylophus Cumingii.

! Phœnicophœus Pyi-rhocephalus.

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

Le Malcoha à Sourcils rouges '

Le nu du pourtour des yeux jaune. Sa particularité est d'avoir les sourcils surmontés, à partir de l'angle interne de l'œil, de plumes étroites, sétiformes, véritables soies ou poils allongés, d'un beau rouge de feu, s'étendant en forme de longues aigrettes jusque derrière la nuque. Cet ornement rouge ressort d'autant plus que son plumage est noir, à reflets violets ou bleuâtres en dessus; le dessous est d'un blanc sale ou d'un noir fulgineux; l'extrémité apicale des rectrices est blanche, le bec est vert, noirâtre à la mandibule supérieure, blanchâtre à l'inférieure; les pieds sont jaunes. La longueur totale est de 38 centimètres. Il est des Philippines.

En résumé, à part leur bec, un peu volumineux, les Oiseaux de ce groupe de Coucous sont des plus élégants de formes.

Il n'en est pas de même de ceux de la sous-famille qui suit.

1 Dasylophus Superciliosus.

LES COUCOUS FAUX PARASITES

LES COUROLS

Nous comprenons sous cette dénomination trois types d'Oiseaux zygodactyles, que l'on a l'habitude de réunir aux Coucous, et dont on a fait les éléments de trois groupes, sous les noms de Leptosome, de Calobate ou Carpococcyx, c'est-à-dire Coucou Mangeur de fruits, et de Boubou ou Rhynortïie, l'un de Madagascar, les deux autres de l'Océanie, ne différant entre eux que par l'absence ou la présence d'une nudité à l'œil. Le nom générique français est celui donné à l'espèce typique par Levaillant, d'après les rapports qu'il lui trouvait avec les Rolles ou Rolliers et les Coucous.

Le bec est un peu plus long que la tète, robuste, comprimé latéralement, un peu trigone, à dos étroit et légèrement comprimé, sans arête, à bords mandibulaires droits; la mandibule supérieure crochue et échancrée à la pointe; les narines sont oblongues, à bords saillants, en scissure plus ou moins oblique; les ailes sont allongées et suraiguës pour le groupe Malgache, et au contraire médiocres, arrondies et surobtuses pour les groupes Océaniens; la queue est longue, égale, chez le premier, étagée chez les seconds; les tarses sont plus ou moins longs, les doigts courts, les deux antérieurs soudés dans leur première articulation chez celui-là, disjoints et séparés chez ceux-ci.

1 Leptosom idœ.

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

Le Courol Vert l .

Il porte une calotte brune avec des reflets sur l'occiput; un trait noir s'étend de la commissure de la bouche à l'œil; les joues, la gorge et le cou entier, jusqu'au haut de là poitrine, sont d'un gris ardoisé tendre; la poitrine, le ventre et les couvertures inférieures d'un blanc plus ou moins mêlé de gris clair; le dos est d'un vert glacé, teinté de cuivre de rosette, qui s'étend sur les moyennes rémiges; les grandes sont d'un noir verdàtre. Il a le bec noir et les pieds couleur de chair. Sa longueur, totale est de 47 centimètres.

Le Courol semble, par son port, par ses habitudes, par son vol, et même par toutes ses formes, si l'on en excepte celle de ses doigts, se rapprocher du groupe des Rolliers ou de celui des Geais, tandis que par ses pieds il tient, sinon de préférence des Coucous , du moins de tous >s zygodactyles; c'est-à-dire qu'ayant les doigts plus forts, les tarses plus longs et plus robustes que les Coucous proprement dits, il participe moins d'eux que des Coucals dont nous les rapprochons. Il a enfin d'autant moins d'analogie avec les vrais Coucous qu'il ne se repose pas, ainsi que font ces derniers, sur les autres Oiseaux, du soin de couver ses œufs et d'élever ses petits. Il est cependant loin d'être frugivore, puisque l'on a trouvé dans son estomac des débris de mantes, de sauterelles et de cigales.

Ajoutons que ses caractères anatomiques sont aussi * incertains que ses caractères organiques extérieurs. Ainsi, inspection faite du sternum de ce singulier Oiseau, qui

Leptosomus A fer.

uni

LES COUCOUS FAUX PARASITES

fleure dans la collection de M. A. Newton, M. Sclater avoue que, si son appareil n'offre aucune ressemblance très exacte avec celui des Rolles et des Rolliers, on ne voit pas qu'il se rapproche davantage, sous aucun rapport, de celui des Coucous.

Quant à ses habitudes, M. Grandidier nous fait connaître, en 1867, que les individus de cette espèce vivent en bandes de quinze ou vingt sur la lisière des bois, ce qui rappelle plus les Rolliers que les Coucous. Il ajoute que, dès qu'on abat un de ces Oiseaux d'un coup de fusil, tous les autres se posent à peu de distance, ou planent audessus du chasseur; de sorte qu'on peut quelquefois en tuer jusqu'à dix en moins d'un quart d'heure. Le cri est triste, d'où, selon ce voyageur, le nom imitatif de Tréo- Tréo, que leur donnent les Sakalaves.

Une autre espèce, dont a fait le type unique d'un petit groupe, sous le nom de Calobates, à cause de ses habitudes de marcheur, est le Courol ou Calobate rayé 1 , que nous nous bornons à mentionner.

Il occupe, dans la sous-famille des Courols, la place des Géococcyxs dans la sous-famille des Taccos. Comme ces derniers, il se tient constamment à terre, où il guette les vers, et fuit le danger par une course sautillante très rapide, sans jamais se tenir sur les arbres. C'est ce que confirme M. Wallace, qui l'a observé à l'île de Bourou.

Une troisième espèce, type également d'un autre groupe, découverte à Bornéo par sir Raffies, est :

1 Carpococcyx Radiatus.

'\'mn

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

Le Courol Boubou 1 .

Il a le plumage d'un roux vif, plus clair sur la gorge; l'abdomen et la région anale d'un gris ardoisé; les ailes! chocolat; la queue, qui est brune, rayée en travers de noir, chaque rectrice terminée de blanc. La mandibule supérieure est brun vert, l'intérieur du bec jaune; le tour des yeux nu et noirâtre; les tarses sont bruns. Sa taille est de 30 centimètres environ.

Cette espèce, d'après les observations de M. Wallace, qui l'a aussi trouvée à Bourou, parait avoir des habitudes très errantes, puisqu'on la rencontre rarement deux jours de suite dans le même lieu. Elle vole par petites bandes, qui semblent occupées à chercher les chenilles sur les feuilles des arbres; ce sont, en effet, avec les corps des lépidoptères, les seuls insectes que l'on retrouve dans leur estomac.

' Rhinortha Chlorophœa.

LES COUCOUS FAUX PARASITES

LES COUCALS 1 .

Les Coucals sont encore de grandes espèces de Coucous, habitants des Indes Orientales, de l'Afrique et de l'Océariie, auxquels on a donné ce nom , par contraction abréviative des mots Coucou et Alouette, pour exprimer qu'ils ont, comme les Oiseaux de cetle dernière famille, un ongle très long au pouce.

On ne peut, dit Levaillant, s'empêcher de considérer les Coucals comme ayant une grande analogie avec les Coucous proprements dits, auxquels ils ressemblent par les formes générales de leur corps, mais dont ils diffèrent par leurs tarses longs, forts et robustes, leurs longs doigts, leurs ailes courtes et arrondies, ainsi que par la longueur, la force de leur bec, et leurs narines étroites et prolongées. Par tous ces caractères, ces Oiseaux se rapprochent des Coucous Couas ; mais ils s'en éloignent, comme des vrais Coucous, par l'ongle de leur doigt postérieur interne, le pouce, lequel est chez eux droit et allongé, ainsi qu'on le voit chez les Jacanas et chez les Alouettes.

Leurs caractères détaillés et précis sont : un bec robuste, de la longueur de la tête, plus haut que large, élevé à la base, très arqué, et recourbé en voûte, surtout de son milieu à son extrémité, très comprimé sur les côtés, terminé en pointe tombant presque perpendiculairement à

Centropodinœ.

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

l'extrémité apicale de la mandibule inférieure, laquelle est presque droite et très peu concave, les bords mandibulaires entiers ; des narines étroites, obliques et longitudinales, percées au milieu et à la base du bec, dans une large membrane occupant le tiers de la hauteur de la mandibule supérieure, qui est fortement comprimée et concave en cette partie et engagée dans le rebord des plumes du front ; des ailes courtes arrondies, concaves, sub-obtuses ; une queue longue et arrondie ; des tarses allongés, plus longs que le doigt externe antérieur, forts, robustes, nus, garnis de ,très larges scutelles minces; les doigts antérieurs soudés à la base jusqu'à la première articulation, les deux postérieurs libres, l'externe de ces derniers réversible; l'ongle du pouce plus long que ce doigt lui-même, presque droit, subulé et très aigu; les autres proportionnés, arqués et aigus.

La langue et le palais de la bouche sont couverts de papilles.

Mais leur caractère le plus remarquable est dans leur ptilose. Ainsi les Coucals ont généralement les plumes de la tête et de toute la moitié antérieure du corps, en dessus et en dessous, d'une nature rude comme du crin, ce qui tient à l'élargissement inaccoutumé du rachis ou de la liée de chaque plume de cette partie, laquelle est plate, luisante, prenant d'autant plus de consistance et de dureté qu'elle arrive vers la pointe, et conserve sa portion apicale dénuée de barbules, et paraissant dès lors plus longue que la plume elle-même.

Il est évident qu'un caractère aussi singulier de ptilose a sa cause dans certaines des habitudes de l'Oiseau, qui ne se sont pas encore révélées d'une manière complète à l'observation. Et nous ne serions pas étonné que ce caractère leur eût été réparti en raison de leurs habitudes terrestres

LES COUCOUS FAUX PARASITES

et buissonnières, et pour les mettre à l'abri, comme nous le verrons, dans la sous-famille de Coucous suivante, les Anis, de la piqûre des guêpes et des abeilles, parmi lesquelles ils ne sont pas sans exercer de grands ravages.

Ils se nourrissent en effet d'insectes, notamment de sauterelles, dont ils font une forte destruction, ainsi que de mollusques. Us vivent dans les bois, où ils nichent, les uns dans des trous d'arbres, les autres dans un nid en forme de dôme ou de panier, établi à l'enfourchure ou aux extrémités des grosses brandies, couvent eux-mêmes leurs œufs et élèvent leurs petits.

Cette sous-famille ne forme qu'un seul et même groupe, auquel on a donné le nom de Centrope, tiré de la singularité de l'ongle du pouce.

On en compte près de vingt-cinq espèces, dont trois seulement ont été connues de Linné, de Buffon et de Gmelin. C'est par la plus ancienne que nous commencerons cette étude.

Le Coucal Hou-Hau oh du Sénégal 1 .

Les plumes du dessus de la tête et du derrière du cou sont épaisses, dures, pointues et à cotes brillantes d'un noir verdissant et à reflets métalliques; le manteau, le croupion, les couvertures supérieures de la queue sont d'un brun qui prend des tons verts plus ou moins éclatants suivant la position de l'Oiseau; les couvertures supérieures des ailes sont d'un roux brunâtre à reflet vert; la queue tout entière et les dernières plumes des ailes, celles près du dos, sont d'un vert sombre luisant; leurs premières pennes sont rousses et terminées par un vert brillant; la

1 dmtropus Senegalensis.

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

gorge, le devant du cou et la poitrine, dont les plumes sont dures et à côtes luisantes comme celles du dessus de la tète, sont d'un blanc roux qui s'éclaircit toujours davantage à mesure qu'il descend sur la poitrine et vers le milieu du sternum; les couvertures inférieures de la queue, les plumes du bas-ventre et celles des jambes sont d'un noir vert, très lavé, et finement rayées de noirâtre. Le bec est noir ; les yeux sont d'un rouge vif et les pieds d'un noir brun. Sa taille est de 38 à 40 centimètres.

Le premier nom donné à cet Oiseau lui vient de son cri, composé de ces deux syllabes, répété plusieurs fois de suite sur un ton grave. D'après Sonnini, qui le premier a donné quelques détails sur les habitudes de ce'Coucal, on le voit fréquemment en Egypte, dans le Delta. Il a remarqué qu'il n'est point farouche et se laisse approcher de très près; qu'il ne craint pas le voisinage de l'homme. Une fois appariés, la mâle et la femelle se quittent rarement. Ils se nourrissent principalement de sauterelles, et mangent encore les grillons et les criquets. Ils volent mal, ne peuvent s'élever, ni même traverser un espace de quelque étendue, si dans l'intervalle ils ne rencontrent un arbrisseau pour se poser; ils sont bientôt obligés de se laisser, pour ainsi dire, tomber à terre.

Dès le point du jour, dit Levaillant, et dans toutes les parties des forêts qui avoisinent le Gamtoos, au cap de Bonne-Espérance, on entend ces Coucals commencer leur chant, qu'ils font durer une grande partie de la matinée, qu'ils recommencencent le soir une heure ou deux avant le. coucher du soleil, et qu'ils continuent très avant dans la nuit, lorsque le temps est calme. Comme tous les Oiseaux chanteurs, ces Coucous sont très faciles à approcher pendant qu'ils chantent : dans tout autre moment, ils sont tellement méfiants qu'il ne faut pas espérer les surprendre ;

LES COUCOUS FAUX PARASITES

ce qui indiquerait une différence d'habitude entre ceux qui habitent le Cap et ceux d'Egypte. En tous cas, comme on est sûr de retrouver tous les jours chaque couple dans le même canton qu'il a adopté, et que c'est aussi toujours sur le même arbre que le mâle se perche pour chanter, il ne s'agit que de reconnaître cet arbre, et de se cacher aux environs, pour pouvoir le tirer avec la plus grande facilité.

C'est dans un grand trou, sur la tête d'un arbre, ou dans une grosse branche cassée et vermoulue, que le couple fait sa nichée. La femelle pond quatre œufs blancs, qu'elle dépose sur des brins de bois, dont elle remplit le fond du trou. Le mâle les couve tout aussi bien que la femelle.

D'après les observations du D r Livingstone , d'accord en cela avec Sonnini, ces Oiseaux volent gauchement au-dessus des grandes herbes, en laissant retomber leur queue presque perpendiculairement à leur corps. Ils se posent à la pointe des chaumes les plus élevés. Les indigènes, qui connaissent cette habitude, leur tendent des gluaux, afin de s'emparer de leurs pennes caudales, qui sont fort estimées dans les environs du Kuruman.

Certaines espèces ne dédaignent pas les insectes qui pullulent sur les charognes. Telle est, entre autres, l'espèce suivante, découverte au Cap par Levaillant, et qu'il a nommée, de son plumage :

Le Coucal Noirou 1

Les couleurs de cet Oiseau sont en effet fort simples : un noir pur domine partout, si ce n'est que les couvertures

1 Ccntropus Xir/ro-ntfus.

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

supérieures des ailes sont partie rousses, partie noires, et les grandes rémiges entièrement d'an roux foncé, sauf leurs pointes, qui sont d'un noir lavé. Le bec, les pieds et les ongles sont d'un noir luisant, et les j^eux d'un noir brun. Sa taille est d'environ 46 à 50 centimètres.

Levaillant raconte qu'un couple de ces Coucals vint s'abattre sur les débris d'un Buffle, qu'il avait traîné à l'écart, pour y attirer des Oiseaux de proie. Caché dans un buisson, à portée du cadavre, il vit les deux Coucals rôder plus d'une demi-heure autour de lui, voltigeant d'arbre en arbre, sans oser descendre, quoiqu'ils vissent plus de vingt Corbeaux occupés à dévorer le buffle. Ils descendirent à la fin ; mais les Corbeaux , forts de leur nombre, eurent l'audace d'empêcher les Coucals d'approcher. Levaillant tua les deux Oiseaux dans le moment où ils s'étaient réunis l'un à l'autre pour se défendre contre la voracité des Corbeaux. Il ne trouva dans leur estomac que des débris d'insectes.

Une autre espèce, découverte en Abyssinie par le D r Rùppell, ne diffère pas beaucoup des précédentes par ses habitudes. C'est :

Le Coucal à Sourcils 1 .

Il est en dessus d'un cendré obscur, avec le sommet de la tête d'un noir brun, qui fait ressortir davantage le contraste d'un sourcil blanchâtre qui surmonte l'œil; les épaules et les ailes en entier sont d'un brun chocolat pâle uniforme et sans taches ; tout le dessous du corps est d'un ton ocracé finement zébré de grisâtre ; les plumes du croupion et les couvertures supérieures de la queue sont grises,

1 Centropus Superciliosus.

LES COUCOUS FAUX PARASITES. 211

zébrées régulièrement de noir; toutes les rectrices sont noires, terminées à leur extrémité par un étroit liséré blanc. Ce qu'il offre de particulier, c'est que le rachis de chacune des plumes de la nuque, du derrière du cou, des épaules et des petites couvertures alaires est blanc ; ce qui rend ces diverses parties comme lancéolées de cette couleur. Le bec et les ongles sont noirs; l'iris est rouge. Il mesure de longueur totale 38 à 40 centimètres.

Le Coucal à Sourcils, d'après les notes adressées de Natal, par M. Ayres à M. Gurney, lesquelles viennent heureusement suppléer au silence de Riippell à cet égard, fréquente, comme ses congénères, les buissons fourrés, et vit principalement au milieu des plantes grimpantes les plus impénétrables, ainsi que dans les lieux marécageux, où il court à la recherche des sauterelles, des chenilles et des insectes, dont il se nourrit; quand il est dérangé, il ne s'envole qu'à peu de distance.

Le chant de ces Coucals se compose d'un son élevé, mélancolique et roucoulant; ils appellent davantage en temps de pluie; ils aiment à monter dans les arbres couverts de lianes et à se chauffer au soleil. Ils volent généralement sur la plus basse branche d'abord, puis sautent par degrés, jusqu'à ce qu'ils aient atteint le faite. Ils sont facilement pris, si on les fait sortir sur un terrain découvert; ils se cachent de très près sous l'herbe, et il faut un bon chien pour les trouver. S'ils sont effrayés, ils volent immédiatement vers le couvert le plus voisin et le plus épais, où ils se mettent à courir comme les Râles.

Le D r Riippell a encore fait, en Abyssinie, la découverte d'une autre espèce, sur les habitudes de laquelle J. Verreaux a fourni quelques détails nouveaux de mœurs. C'est :

212 HISTOIRE NATUKELLE DES COUCOUS

Le Coucal Moine 1 .

Il a toute la tête, jusqu'au dessous des yeux, et le derrière du cou, jusqu'aux épaules, d'un noir pur et intense, avec le rachis de ces plumes également noir ; la queue est de même couleur, sauf un mince liséré blanc qui borde l'extrémité de chacune de ses rectrices; tout le dessus du corps, y comprises les ailes et leurs rémiges, est d'un brun chocolat clair; tout le dessous est d'un blanchâtre ocracé. Le bec, les pieds et leurs ongles sont noirs ; l'œil est d'un rouge brun. Sa taille est de 40 centimètres.

Les individus de cette espèce, trouvés tant au' cap Lopez qu'au Gabon, ne diffèrent en rien de ceux de l'Abyssinie ; ils ne sont toutefois que de passage au Gabon , quoiqu'ils y nichent.

On ne les rencontre, rapporte J. Verreaux, que par paires, dans les bois de moyenne futaie très touffus. C'est là qu'ils aiment à chercher les insectes et les mollusques, dont ils se nourrissent. Il leur arrive parfois de descendre à terre et de courir des uns aux autres, recherchant très scrupuleusement, parmi les détritus, les coquillages qui s'y cachent. On prétend que, comme le Coucal du Sénégal et tous les Coucous d'Afrique, ils déposent leurs œufs dans la cavité d'un arbre, sur un nid composé de divers matériaux rassemblés avec un peu de soin.

Nous citerons encore, en espèces Africaines, une de Madagascar, qui y est renommée par sa stupidité :

Ccntropus Monachus.

Le Coucal Toulon*.

Ce Coucal porte un vêtement en entier d'un noir lustré, à reflet verdâtre sur le croupion et à l'abdomen; mais les épaules et les rémiges sont couleur de marron pourpré; la queue, cunéiforme, est d'un noir vert en dessus, et simplement noire en dessous. Le bec est d'un brun obscur; les pieds sont noirs. Il a de 36 à 38 centimètres de longueur.

Sganzin, qui l'a observé à. Madagascar, en 1831, dit que ce Coucal serait d'une indolence telle et d'une si grande facilité à approcher qu'il existe dans le pays une sorte de proverbe qui signifie : « Bète comme un Toulou. » Son cri, répété très souvent, et qui s'entend à une grande distance, a quelque chose d'épouvantable dans le silence des forêts.

Les mœurs des Espèces Asiatiques et Océaniennes paraissent différer sensiblement de celles d'Afrique. Les plus caractéristiques, sous le rapport de ces modifications, sont les suivantes :

Le Coucal Géant' 2 .

Le dessus de la tête, le derrière du cou, le manteau, les couvertures des ailes et le dos du Coucal Géant sont d'un brun roux légèrement olivacé; mais le milieu do chacune des plumes de ces parties est marqué d'un trait longitudinal d'un blanc roussâtre, qui n'est autre, de même que chez le Coucal à Sourcils, que le rachis même de la plume, et elles sont toutes traversées par des bandes brun noir; les pennes alaires sont toutes coupées, dans leurs barbes

1 Centropus Tolu.

1 Centropus Phasianus.

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

extérieures, par des bandes alternativement roux brun et roux jaunâtre ; les pennes de la queue sont barrées de gris roussàtre sur un fond brun noir et terminées de blanc sale; la gorge, le devant du cou et la poitrine sont variés du fauve clair et de brun; le reste du dessous du corps, c'estârdire le sternum, le ventre, les flancs, ainsi que les plumes des jambes, et les couvertures du dessus et du dessous de la queue portent, sur un fond aussi fauve clair, des bandes transversales noirâtres.

Cet Oiseau, exclusivement propre aux régions méridionales de la Nouvelle-Hollande, atteint jusqu'à 82 centimètres de longueur totale, depuis le sommet de la tète jusqu'au bout de la queue; et ses proportions sont telles que la tête et le cou, le corps, puis la queue en forment entre eux trois parties presque égales en longueur, c'est-à- ' dire que chacune d'elles, prise séparément, se trouve former le tiers de la longueur totale de l'Oiseau; mais cette taille varie suivant les individus, jusqu'à un quart en moins. Les tarses et les doigts, qui sont noirs, proportionnés à ces autres dimensions, sont d'une force extraordinaire et couverts de larges écailles; le doigt postérieur de dedans, le pouce, est armé d'un ongle de plus de 4 centimètres de long, et fort en raison de sa longueur; les ailes plovées descendent jusqu'à l'extrémité des couvertures supérieures de la queue, dont toutes les rectrices sont étagées; les plumes de la tète, celles du cou et de la poitrine sont épaisses, dures et à côtes luisantes; le bec, qui est brun, est fort et épais à sa base.

Le nom de Faisan, que porte en latin cette espèce, lui vient de sa grande ressemblance avec la famille de ce Gallinacé, par ses dimensions et ses couleurs, alors surtout qu'elle est à terre.

C'est à J. Verreaux que l'on doit la connaissance d'une

LES COUCOUS FAUX PARASITES

partie des habitudes de cet Oiseau, et c'est à ses notes que nous en emprunterons les détails.

Les individus de cette espèce se trouvent le plus ordinairement à terre ; ils sont communs dans les forêts ; on les rencontre deux ou trois ensemble fréquemment sur le sol, où ils cherchent les insectes servant à leur nourriture. Cependant ils détruisent bon nombre de coquilles terrestres, comme les Couas, surtout de celles de la famille des Hélyxs, qu'ils percent avec leur bec, lorsque le test en est trop dur pour en extraire le mollusque; ils cherchent aussi parmi les détritus les limaces qui abondent dans les lieux humides, là où les rayons du soleil ne peuvent pénétrer. Leur vol est lourd et bruyant, ce qui les rend faciles à découvrir et à tirer. A terre, le mâle redresse sa queue, à la manière des Gallinacés, pirouettant autour de sa femelle, les ailes entrouvertes, en faisant entendre un cri rauque et grattant le sol pour engager celle-ci à venir partager sa nourriture. Ces Coucals passent pour nicher à terre, au pied des buissons touffus qui bordent la lisière des grands bois.

Quoique le plus habituellement posés à terre, ils grimpent au besoin dans l'intérieur des buissons pour y saisir également les insectes qui s'y cachent ou les coquilles qui s'y mettent à l'abri. Aussi, à un certain âge, est-il facile d'observer l'usure de leur plumage et de voir les barbules des rectrices également usées sur les bords. Ils grimpent de même parfois dans les lianes. En sorte que l'allongement insolite de leur ongle du pouce leur sert à double fin : d'abord à leur donner un point d'appui plus solide sur les mêmes branches des buissons et sur les tiges grêles et multipliées des lianes qu'ils parcourent; ensuite, lorsque le sol est à découvert, à y marcher et courir avec la même aisance et la même célérité que les Alouettes.

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

Ce qu'il y a de remarquable pour ces espèces australiennes, c'est qu'on tire fréquemment deux ou trois femelle avec un mâle , mais ceci n'a lieu qu'à des époques autres que l'accouplement; ce qui s'explique d'autant mieux que ce ne sont presque jamais que des jeunes de l'année précédente ; et que par conséquent il est permis de penser qu'ils peuvent bien se trouver réunis ainsi, comme le font en général beaucoup d'autres espèces d'Oiseaux, surtout quelques Coucous.

Quelle que soit la valeur des explications de J. Verreaux, sur ce fait qui a surpris son instinct investigateur, son observation subsiste; et en la rapprochant de celle de M. Schomburgk sur l'espèce indienne que nous allons décrire, on est bien près d'avoir la solution du problème.

Le Coucal des Philippines 1 ,

Il est en entier d'un noir brillant à reflet bleuâtre, à l'exception des ailes, qui sont d'un beau roux doré. Le bec et les pieds sont noirs; l'iris est d'un magnifique rouge de laque. Sa taille est de 45 centimètres.

Le régime de cette espèce est beaucoup plus étendu que celles dont nous venons de nous occuper, et se rapproche de celui des Couas.

Le colonel Sykes la regarde comme fort utile. Il a en effet trouvé dans l'estomac d'un individu qu'il avait tué, un serpent de 22 centimètres de long, des insectes nuisibles et des lézards ; il trouva même, dans l'estomac d'un autre, un serpent de 36 centimètres de longueur.

Cet Oiseau, au rapport de M. J. Mottley, joint encore, à la nourriture des autres Coucals, les œufs d'oiseaux,

1 Cenlropus Philippensis.

LES COUCOUS FAUX PARASITES

qu'il va prendre dans leurs nids, et dont il se montre très friand. Ce qui doit être, par assimilation, commun aux autres espèces, et laisserait peut-être soupçonner leur velléité de parasitisme non encore observé.

M. Swinhoë ajoute qu'en Chine on visite rarement la Vallée-Heureuse, près de Hong-Kong, sans être frappé par son' étrange Hou-Hoxt, qui se fait entendre des montagnes environnantes, et qui représente bien chez le Coucal ce qu'on appelle le chant chez notre Coucou. C'est cependant, dit-il, un Oiseau difficile à bien voir, fort timide, et se mettant à couvert aussitôt qu'on en approche. Outre son cri ordinaire, il fait quelquefois entendre un gloussement bruyant, qui ressemble assez au son que produit l'eau en sortant d'un goulot 1 .

Enfin, ce qui est plus curieux, M. Schomburgk, qui a étudié ses mœurs à Siam, lui trouve beaucoup des habitudes des Anis d'Amérique, dont nous n'allons pas tarder à parler; c'est-à-dire que les individus de cette espèce vivraient en société, sans qu'il puisse affirmer qu'ils construisent, pour la communauté, un nid, dans lequel les femelles viendraient déposer leurs œufs, et où elles couveraient chacune à leur tour. Leur cri est élevé; ils vivent en troupes, comme on vient de le voir. M. Schomburgk avait dé ! à remarqué, en s'approchant pour la première fois d'un taillis, où se trouvait une colonie de ces Coucals, un grand bruit qui en sortait, et il l'attribua, avant de les apercevoir, à des Oiseaux de la grosseur d'un aigle; il fut bien étonné, après qu'il en eut abattu quelques-uns, de voir qu'ils n'étaient guère plus forts que nos Coucous. On dit, dans le pays, qu'ils annoncent le retour de la marée dans les rivières qui se dirigent vers la mer, et sur lesquelles cette

Ibis. »

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

influence se fait sentir. Les mouvements de ces Oiseaux sont excessivement vifs au milieu des branches des arbres qui bordent les routes, et ils suivent les passants pendant une grande distance, comme s'ils voulaient constater leur identité ; ce qui ne dénote pas beaucoup de sauvagerie.

Cette espèce nous offre une autre habitude quant à sa manière de nicher. Les Coucals, en effet, si homogènes par leurs caractères génériques, sont loin, on l'a vu, de présenter la même homogénéité dans leurs habitudes, quoique s'y rencontre en général la manie de grimper; et c'est là ce qui les distingue le plus essentiellement des autres groupes des Coucous. Ils ne varient pas moins dans leur mode de nidification.

Ainsi, tandis que la plupart des espèces d'Afrique font leur nichée dans une cavité d'arbre ou de grosse branche, que le Coucal Géant d'Australie niche à terre ou près du sol, l'espèce des Philippines établit son nid sur les arbres, et lui donne, selon M. J. Mottley, une énorme dimension, avec la forme d'une bouteille ; et quoique souvent placé en évidence, ajoute ce voyageur, comme il est composé de feuilles et de mousses, il peut facilement échapper à l'œil de l'observateur, par sa ressemblance avec un amas confus de feuillage l .

Une seconde espèce, très peu distincte de celle-ci, et de la même localité, se trouve dans un cas identique. C'est :

Le Coucal aux Ailes rousses' 1 .

Au plumage noir, brillant, à reflet bleuâtre, et aux rémiges primaires d'un beau roux.

M. Jerdon lui prête un nid en forme de dôme, mais

1 « Ibis. »

8 Centropus Rufipennis.

LES COUCOUS FAUX PARASITES

M. Swinhoë dit n'en avoir jamais trouvé de semblable en Chine. Ce nid, selon lui, a la forme d'un panier long et étroit, presque entièrement fait d'herbe fraîche, suspendu au milieu d'une haie fourrée. Toutes indications pouvant se ramener à un même type, et qui offrent, quelle qu'en soit la divergence apparente, un rapport avec le Coucal des Philippines, dont nous venons de voir le nid comparé à une bouteille pour la forme. Ce qu'il y a de certain, et ce qu'il faut en retenir, c'est que ce nid est volumineux.

Le capitaine Beavan, lui qui aurait pu nous fixer, sans plus se préoccuper d'une forme que de l'autre, nous apprend, en 1865, que les petits du Coucal aux ailes rousses sont nus au nid, avec la peau noire. Il en vit deux dans le même nid : l'un avait un petit serpent entier dans l'estomac, qui était par suite très distendu, ce qui, joint à sa couleur, lui donnait, dit-il, un aspect repoussant.

Enfin, une troisième espèce, longtemps aussi confondue avec le Coucal des Philippines, nous apporte un exemple presque semblable de nidification :

Le Coucal Vert 1 .

La tète, le cou, le dos et les couvertures supérieures des ailes sont d'un noir bleuâtre et parfois brillant de pourpre; les deux premières pennes des ailes d'un roux marron, les autres bordées de noir; le ventre est d'un brun jaunâtre; la queue, très longue et cunéiforme, a ses deux lectrices latérales noires et terminées de brun, les autres portent des raies transversales brunes. Le bec et les pieds sont noirs. Sa taille est de 45 centimètres, mais

1 Ci'ntropus Viridis.

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

varie considérablement, au point de faire croire à plusieurs espèces.

Ce Coucal qui, comme les précédents, appartient à l'Asie et est répandu dans la Malaisie, parait, d'après M. Swinhoë, commun et unique dans l'île de Formose; il y abonde dans les plaines et dans les basses chaînes des montagnes. Il aime à se percher dans l'épais feuillage des arbres toujours verts, se balançant au moyen de ses ailes sur son juchoir mobile, et sautant, avec le secours de ses ongles longs comme ceux d'une Alouette, d'une branche de feuilles à une autre, après les Locustes et autres insectes mous de cette famille. Son vol est droit, avec des battements d'ailes; la queue presque horizontale, mais le plus souvent légèrement inclinée.

Le Coucal Vert enchérit encore sur l'industrie de ses congénères pour l'édification de son nid. Il suspend son large berceau, composé de joncs, entre les longues feuilles des cannes à sucre et d'autres roseaux, en tissant les feuilles sèches et pendantes dans le fond de son nid, et les transformant ainsi en supports. Dans cette construction, assez grossière du reste, l'Oiseau pond ordinairement, comme les précédentes espèces, quatre œufs blancs de forme arrondie.

M. Swinhoë raconte qu'on lui apporta, à la fin du mois de septembre 1861, un nid contenant quatre petits bien en vie, qu'il conserva pendant quelque temps : leur appétit était insatiable, et, prêts d'étouffer, ils jetaient encore des cris pour avoir de la nourriture 1 .

C'est à la Nouvelle-Guinée que se trouvent les plus fortes espèces de Coucals. Nous n'en décrirons qu'une, quoique l'on ne possède aucun détail sur ses habitudes,

1 « Ibis. »

LES COUCOUS FAUX l'AKASITES.

découverte à la Nouvelle-Irlande par Garnot et Lesson, qui en ont fait connaître des plus curieuses :

Le Coucal Via! et '.

Cet Oiseau , au premier aspect, paraît presque noir ; ce n'est qu'en l'examinant au jour qu'on voit qu'il est d'un violet rougeâtre, avec des reflets métalliques dans toutes ses parties, mais plus saillants sur le cou et la poitrine; les plumes de la tête, du cou et de la gorge sont raides, un peu arquées, effilées, à barbes lâches, même écartées ; la tige en est très marquée ; les autres plumes du corps sont lisses et soyeuses; les ailes sont courtes et arrondies; les plumes de la queue très larges et un peu étagées en dessous; les deux inférieures sensiblement plus courtes ; les plumes qui recouvrent les jambes sont plutôt noires que violettes. Les yeux, qui sont bruns, ont leur contour nu; les paupières ont les soies raides et très noires; le bec est lisse et d'un beau noir de corne; les pieds sont forts, couverts de larges et longues écailles de couleur jaunâtre; les ongles sont ou noirâtres ou jaunâtres ; l'ongle du pouce a tous les caractères de la sous-famille, c'est-â-dire qu'il est long et presque droit.

C'est une des plus grandes espèces connues, puisqu'elle rivalise avec le Coucal Géant, sous le rapport de la taille, qui est de 70 â 72 centimètres; la longueur de la queue seule est de 37 à 38, et la distance qui sépare l'œil de l'extrémité du bec est de 7 centimètres.

La plus petite espèce et la plus nouvelle est le Coucal de Tytler 2 , découverte aux iles Andamans, et dont le colonel T.ytler, dont elle porte le nom, possédait, en 1863, un beau spécimen vivant en cage.

1 Centropus Yiolaceus.

• Centropus A/finis.

:fl

222 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

Mentionnons encore, pour terminer, une espèce découverte par Horsfleld, et sur- laquelle, depuis sa découverte, déjà ancienne, on a eu quelques détails.

Le Coucal Lépide 1 .

D'un noir foncé, avec le rachis des plumes le plus souvent blanc et aux ailes rousses. Il mesure à peine 33 centimètres.

Le capitaine Beavan rapporte, en 1865, que cette espèce, à Maunbhoom, dans l'Inde, fréquente les lieux les plus montagneux et les plus fourrés. Sa tranquillité et ses habitudes discrètes, dit-il, sont cause qu'on la voit rarement, si ce n'est dans les chasses au gros gibier. Ce Coucal se nourrit d'insectes.

Au résumé, en réunissant les diverses observations qui précèdent, on peut présumer que les Coucals sont polygames, à l'instar de notre Coucou d'Europe. De même que lui, auraient-ils parfois recours à l'emprunt du nid d'autres Oiseaux pour y pondre et leur imposer le soin de leurs petits? C'est ce qu'on ne saurait affirmer, mais ce qui pourrait s'induire à la rigueur de la destruction, par le Coucal des Philippines, des œufs de ces Oiseaux : ce que viendront peut-être confirmer de nouvelles observations, quoique ce soit un indice bien faible pour conclure au parasitisme.

Maintenant, cette polygamie présumée, d'après les constatations de J. Verreaux, pour le Coucal Géant, et de M. Schomburgk, pour celui des Philippines, s'étendraitelle jusqu'à l'association plus ou moins confuse des ménages, dont la sous-famille des Anis, ou Crotophages, va

1 Centropus Lcpidus.

LES COUCOUS FAUX l'ARASITES.

nous donner l'exemple? Ce n'est encore qu'une hypothèse, à laquelle cependant le développement inusité que paraissent donner à leur nid le Coucal des Philippines et celui aux Ailes rousses, apporte une apparence de fondement.

Dans tous les cas, il est impossible chez une même famille, et avec des habitudes presque identiques, de rencontrer un plus grand contraste d'humeur entre les Coucals que nous quittons et les Anis que nous allons aborder. Autant ceux-là sont tristes et sombres, autant ceux-ci se montrent gais et insouciants. On en va juger.

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

Page 1