‹ La Vérité sur le coucouChapitre 9 sur 20 · WM · texte numérisé non relu

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HISTOIRE NATURELLE DES COUCOHS

LES SCYTHROPS 1 .

Si disproportionné par ses formes que soit le Scythrops, dont nous faisons le t} r po de la sous-famille que nous érigeons pour lui, il ne nous paraît pas possible de l'éloigner de celle des vrais Coucous ; et cela avec d'autant plus de raison, qu'il a toutes les habitudes et les allures Accipitrines, plus prononcées même, de notre Coucou d'Europe. Mais on peut dire que c'est le prototype, en de grandioses dimensions, des vrais Coucous.

Cette sous-famille ne se composera donc que de cette seule espèce, des plus remarquables, que n'a pas connue Buffon, qui se trouve aux Célèbes, et sur toute la Nouvelle- Hollande, comme la plupart des petites espèces que nous venons de passer en revue.

Il a pour caractères : un bec fort, robuste, plus long que la tète, plus haut que large, très comprimé ; à mandibule supérieure profondément sillonnée dans toute sa longueur, convexe, courbée et crochue à la pointe, à bords mandibulaires très finement dentelés ; des narines basales, arrondies, à moitié fermées en dessus par une membrane; des ailes longues, sub-obtiises ; une queue très longue et arrondie; des tarses courts, forts, scutellés ; les doigts antérieurs soudés à la base; le tour des yeux nus; la langue cartilagineuse, épaisse à son origine, bifide à son extrémité.

1 Srythropince.

LES COUCOUS VRAIS PARASITES

Tel se présente :

Le Sci/throps, ou Coucou. Présageur 1 .

Il a la tète et le cou d'un gris cendré; le reste des parties supérieures, y comprises les ailes, d'une nuance plus foncée ; mais chaque plume est bordée d'un noir plus ou moins intense, ce qui forme des bandes transversales de diverses grandeurs; l'extrémité des rémiges est du même noir; la queue est d'un gris brun, un large ruban noir en orne le bout qui est liséré de blanc; elle est d'un gris cendré en dessous, rayée de noir et de blanc sale à peine détaché du gris; le ventre est d'un blanc sale, et les parties latérales du corps et des cuisses sont rayées de noirâtre mélangé de gris, la première couleur étant la dominante. Le bec est de couleur de corne, terminé de blanc sale ; l'iris est d'un rouge de sang, et la peau nue qui entoure l'œil est d'une teinte plus foncée. Sa longueur totale est de 50 centimètres.

Cet Oiseau doit son nom Français, ainsi que ceux qu'il porte, tant aux Célèbes, en Océanie, qu'à la Nouvelle- Hollande, aux indices certains que les naturels, qui en font grand cas, prétendent tirer de son cri, et de ses mouvements brusques et inquiets, lorsque le temps va changer : ainsi . pour les habitants de la Nouvelle-Hollande, c'est même signe de vent et d'orage si, se tenant caché lorsque le temps est beau, il fait entendre des cris sonores et très perçants, lorsque la température annonce des pluies ou des ouragans.

Il est curieux de voir un Coucou ressembler, autant par quelques-unes de ses habitudes, et surtout par son vol, à

1 Srt/throps Norœ-Hollanrlitr.

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un Oiseau de proie que le Scythrops : cette ressemblance est telle, qu'avant d'en avoir tué un, M. G. Bennett s'y est mépris pendant fort longtemps, et l'a considéré comme un Faucon.

On voit, en effet, cet Oiseau, une fois sur l'aile, aller et revenir sur lui-même, s'élever par moment, et souvent très haut dans les airs, puis descendre graduellement, et continuer son vol tout près des cimes des hauts Eucalyptus ou des Casuarinas, ou d'autres grands arbres, pour y capturer des insectes, particulièrement des Testigonia ou Locustes, qui, dans le mois de janvier, sont très nombreux ; on le voit aussi tourner en cercles autour des arbres et de branches en branches, pour prendre apparemment les mêmes insectes dans leur vol. Souvent il s'élance en bas et saisit sa proie à travers le feuillage et sur le tronc des immenses Eucalyptus, jetant un cri de temps à autre, et planant, les ailes déployées dans leur plus grande ampleur, à une distance très rapprochée du sommet de ces arbres, comme fait le Faucon. Après s'être livré à ces différentes évolutions et avoir trouvé sa nourriture de la matinée, il se perche tranquillement sur la plus haute de toutes les branches.

On ne saurait dire encore positivement si le Scythrops est parasite comme le Coucou et à sa manière, puisqu'on ne sait rien de sa nidification, mais quelques faits bien observés en forment une forte présomption.

Ainsi, déjà, J. Verreaux avait remarqué, sans en tirer aucune induction, que cet Oiseau volait souvent d'arbre en arbre, suivi d'une quarantaine d'autres petits Oiseaux des groupes Myzanthe et Enthomyze, notamment des Myzanthes Babillards et d'Enthomyzes à oreillons bleus, qui semblaient le suivre dans tous ses mouvements. Rapproché des observations suivantes, ce fait atteint un certain degré d'importance.

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M. Gould rapporte, vers la même époque, qu'on lui remit une fois un jeune individu de Scythrops, que l'on avait pris en compagnie d'un autre, pendant que des Oiseaux, appartenant à d'autres espèces, étaient en train de les nourrir comme leurs propres enfants.

Le doute devient moins permis aujourd'hui que, d'après des observations précises du même savant ornithologiste, le Scythrops déposerait son œuf. que l'on sait depuis peu être blanc, dans le nid du Cassican Flùteur 1 , assez gros Oiseau avant de 40 à 45 centimètres de taille, qui deviendrait forcément son père nourricier.

Par exemple, la théorie à toute fin du polymorphisme, facultatif ou volontaire du Coucou, se heurterait encore ici à une 'redoutable objection : car l'œuf du Scythrops étant, ainsi que nous venons de le dire, invariablement blanc, il ne lui est plus possible de donner le change au Cassican, dont les œufs, si variés soient-ils. ne sortent pas, pour leurs taches, du rouge brique et du brun plus ou moins clair.

Quoi qu'il en soit, les habitudes insectivores du Scythrops paraîtraient, dans bien des cas, assez intermittentes pour avoir une tendance bien marquée vers quelques-unes des habitudes d'Oiseaux de proie. Il ne se bornerait pas à manger de gros Scarabées, des Menthes ou mêmes des Hélices, qu'il brise pour en dévorer les mollusques, comme nous le verrons faire à certains Coucous d'Afrique, les Couas. Et si M. Bennett a trouvé, dans l'estomac des Scythrops, des Anoplognathes et des Testigonies en grand nombre, J. Verreaux y a rencontré bien autre chose : il y a trouvé des débris mélangés d'Hélices, d'os de petits Oiseaux, dont une tète, paraissant avoir appartenu à un

1 Bar Ha Tibicen.

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Acanthyze de Diémen, plus la tète et les deux pattes d'une espèce de Lézard, le Scinque à longue queue, qui se trouve le plus souvent sur les tronçons d'arbres qui jonchent les forêts; enfin, dans l'estomac d'un individu, il trouva deux jeunes Philédons que le Scythrops avait pris au nid.

Ces Oiseaux se tiennent sur les branches ou sur les vieux arbres renversés; souvent ils descendent sur le sol, poursuivant les sauterelles, les criquets noirs, les lézards et même les serpents. Leurs mouvements d'ailes et de queue ressemblent en tout à ceux de notre Coucou d'Europe, et, de même que celui-ci, en les voyant à terre, il serait impossible de les prendre pour des Oiseaux de la famille des Coucous. Lorsqu'ils sont surpris subitement et effrayés, ils ont l'habitude des divers Coucous, de relever un peu leur queue et d'entrouvrir leurs ailes dans une position tombante.

Mieux, ou tout autant que notre Coucou d'Europe, le Scythrops parait avoir les meilleures dispositions à la domestication.

Un jeune de cette espèce avait été abattu vivant, d'un coup de fusil, en 1857, avec une aile et une patte cassées. Il fut relevé et soigné par M. Walh, conservateur du Musée Australien. Celui-ci en fit don à M. Alfred Denison, possesseur d'une magnifique oisellerie à la maison du Gouvernement, à Sydney. L'Oiseau fut bientôt rétabli, et on le mit dans un compartiment de la ménagerie, occupé déjà par un Martin-Chasseur Géant. Sentant sans doute les approches de la faim, par suite de la longueur du voyage, le jeune Scythrops, à peine installé, et en présence d'un nouveau compagnon, ouvrit immédiatement le bec pour demander de la nourriture. Le Martin-Chasseur satisfit aussitôt à ses besoins, prit très complaisamment un morceau de viande, et, après l'avoir suffisamment préparé jus-

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qu'à ce qu'il fût tendre et amolli, il le plaça avec beaucoup de soin dans le bec avidement ouvert du Scythrops. Il le nourrit ainsi jusqu'à ce que l'Oiseau fut capable de pourvoir lui-même à ses besoins. Toutefois, le jeune paresseux se laissa longtemps encore nourrir comme auparavant par le Martin-Chasseur. Son habitude était de se placer sur la perche la plus élevée de la volière. Il se dressait de temps en temps, faisait fouetter ses ailes, et se les remettait ensuite paisiblement en place, à la manière des Faucons, lorsqu'ils sont privés; il présentait aussi toutes les apparences d'un membre de cette famille d'Oiseaux. Il ne descendait de son perchoir que pour prendre sa nourriture chaque matin, après quoi il y remontait immédiatement.

Exemple curieux de ce que peut produire entre les Oiseaux l'assouplissement de la captivité sur leur caractère et leurs habitudes, et du besoin de rapprochement et d'association qu'ils éprouvent, une fois à l'abri des nécessités ordinaires de la vie, ou de la lutte pour l'existence, comme dit Darwin, que leur impose leur condition vagabonde en liberté !

Tels sont les renseignements les plus nouveaux que l'on possède sur ce singulier Oiseau, et que l'on doit, après les notes de J. Verreaux, aux sagaces observations du D r Bennett, de Sidney, membre correspondant de la Société zoologique de Londres. Nous sommes heureux, en les traduisant ' , d'en faire profiter pour la première fois nos lecteurs.

Toutes les circonstances de ponte clandestine, dans l'exposé desquelles nous sommes entré jusqu'ici , établissent à cet égard, entre les Coucous des divers groupes que

« « Ibis. »

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nous venons de passer en revue, et les Coucous Couas ou Coulicous, dont nous allons nous occuper, une certaine analogie qui mérite d'être prise en considération. Nous voulons parler de cette double faculté qu'ils possèdent, ou peut-être de cette double nécessité où se trouvent quelques-uns d'entre eux, tantôt d'introduire leur œuf dans un nid étranger, pour l'abandonner aux soins d'une mère étrangère, tantôt de se construire ou de se choisir un nid, et d'y pondre et couver eux-mêmes.

Aussi les nommons-nous Faux-Parasites.

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