CHAPITRE III
Les Troupiales-Coucous ou Bruantins '.
Il nous a été impossible, après l'avoir étudié sous toutes ses faces, de laisser au simple rang de groupe générique, dans l'importante famille des Troupiales, ces Étourneaux d'Amérique, dont ils composent notre troisième section, le petit Groupe des Bruantins, qui va nous occuper, quoiqu'il titre de Troupiales à plumage noir, ils dussent figurer à la suite des Quiscales et des Chopis , dont ils sont si proches parents. Les habitudes de ce. petit groupe le distinguent trop de ses congénères, pour qu'on ne l'élève pas au rang de sous-famille au même titre que le Coucou d'Europe dans la sienne.
L'histoire naturelle est pleine de ces contrastes, de ces oppositions, qui viennent, à chaque pas, déranger la marche de l'esprit dans ses idées plus ou moins préconçues d'ensemble et d'harmonie de la Création.
On en est parfois à se demander s'il y a une règle; s'il n'y en a pas.
Ici, l'on voit, chez l'Oiseau par exemple, les preuves les plus manifestes de l'instinct maternel; là, c'est la négation la plus complète de cet instinct.
D'un côté, les soins les plus minutieux pour la conservation de l'espèce; de l'autre, l'absence absolue de cette notion élémentaire de nature.
1 Molothrinœ.
252 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
C'est ce qui ressortira du tableau des habitudes de cette sous-famille.
Qu'on imagine, en effet, un Oiseau qui, avec la manière de vivre des Troupiales (autant dire de nos Étourneaux), a les mœurs et les habitudes de notre Coucou d'Europe ; c'est-à-dire ne construit pas de nid, quoique cela lui arrive quelquefois; pond dans celui des autres et, de plus que le Coucou, ne s'occupe aucunement de ce que devient le produit de son œuf, et vit en promiscuité permanente; ou bien dont les femelles, comme celles des Anis, ces autres Coucous, se réunissent pour pondre, mais non pour couver en commun.
Cette existence désordonnée est tellement en dehors des règles connues de la nature, qu'elle sollicite une étude à part du Philosophe comme du Naturaliste se trouvant à bout de raison pour expliquer toutes ces anomalies.
Singularité de l'esprit humain! combien de théories plus ou moins excentriques les unes que les autres, n'at-on pas soulevées pour se rendre compte du mode de propagation du Coucou européen? Alors que, sauf quelques variantes, ce mode existe presque en quelque sorte le même chez toutes les espèces de Coucous, soit en Afrique, soit en Asie, en Océanie ou Australie? Que de volumes, depuis plus de vingt siècles, n'a-t-on pas écrits à ce sujet? ^ Or, le même phénomène, entouré de tous autres caractères, se reproduit chez une autre espèce d'Oiseau d'Amérique, non plus un Coucou, mais une sorte de Bruant, Déodactjle et non Zygodactyle. Et parce que le moindre amateur ornithologiste d'Europe ne peut se donner, ni le plaisir, ni le mérite de l'observer dans son pays, sur les lieux et d'après nature, l'Oiseau passe en quelque façon inaperçu : « Il pond dans le nid des autres... » et tout est dit!
LES TROUPIALES-COUCOUS.
C'est parce que rien ne nous parait indifférent, en histoire naturelle, que nous allons prendre à tâche de réunir, sur les Bruantins, le plus de faits bien observés que possible, comme nous avons procédé pour la famille des Coucous; les phénomènes à peu près expliqués chez ceux-ci, se reproduisant chez ceux-là avec les complications les plus neuves et les plus inattendues et avec la même persistance.
Cette sous-famille ne repose donc que sur un groupe unique, celui des Bruantins, dont les deux types principaux sont : le Bruantin commun, de l'Amérique du Sud, et le Bruantin des Troupeaux, de l'Amérique Septentrionale, auxquels se réunissent trois ou quatre autres espèces également américaines.
Ils sont caractérisés par un bec très court, plus court que la tète, épais, conique, entier, à arête très légèrement inclinée; des narines basales, en partie recouvertes par une membrane, et engagées sous les plumes du front; des ailes allongées, aiguës ; une queue presque égale et à peine arrondie, des tarses de la longueur du doigt médian, comprimés, à squamelles lisses et à peine apparentes; les ongles longs, celui du pouce surtout, courbés et aigus.
Telle est l'indécision ou l'ambiguïté de leurs caractères, qu'on en a fait, tantôt des Tangaras, tantôt des Bruants et des Fringilles, parfois même des Etourneaux.
Ce qu'ils offrent de plus remarquable et de plus insolite par leurs mœurs, c'est, ainsi que nous venons de le dire, par une exception unique, non seulement dans la famille des Troupiales à laquelle ils appartiennent, mais dans tous les Passereaux non zygodactiles , d'être parasites à l'instar de notre Coucou d'Europe; de ne jamais faire, ou bien rarement, de nids eux-mêmes, et par conséquent de s'emparer de ceux des autres Oiseaux pour y déposer leurs œufs, et abandonner le soin de leur incubation à leurs
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HISTOIRE NATURELLE. DES COUCOUS
propriétaires; c'est aussi, chez les femelles, la manie de pondre le plus souvent en commun dans les nids, objets de leur choix et de leur convoitise.
Les premiers détails donnés sur ces habitudes bizares, sont dus, à Sonnini d'abord, puis à d'Azara, qui les a observées chez l'espèce suivante :
Le Bruant in Commun K
11 a, comme ses congénères, le bec et les pieds noirs; cependant la tète, le devant du cou et tout le dessous du corps paraissent, sous certains aspects, d'un bleu foncé et varié de reflets violets très agréables, qui brillent également, mais mêlés avec d'autres reflets, sur le cou, le corps, et les couvertures supérieures des ailes. Sa taille est de 18 à 19 centimètres.
Il est bien vrai cependant que, par leur manière de vivre, les Bruantins, comme les appelle Sonnini, se rattachent, comme les Quiscales, à notre Étourneau, par leur organisation et par leur instinct de sociabilité, de même que par leur habitude de se poser sur le dos des bestiaux pour en rechercher les parasites ; du moins le supposait-il. Le Bruantin Commun, qui se trouve en Amérique, depuis les Etats-Unis jusqu'à la pointe australe de ce continent est, au dire de d'Azara, fort commun au Paraguay, et au Rio de la Plata, seulement ici il se confond avec une autre espèce, le Bruantin Noir, que l'on voit souvent mêlé au Carouge ou Troupiale Vert et d'autres Oiseaux. Il se tient dans les campagnes, à la lisière des bois et dans les terrains cultivés, où il fait beaucoup de mal dans les plantations de maïs, dont il arrache les jeunes pieds. Ainsi que le Quiscale Noir, celui-ci fréquente les chevaux
1 Mplothvus Bonariensis.