I.ES COUCOUS VRAIS PARASITES
écraserait les petits sous lui en s'agitant de la sorte, ou bien il les expulserait, à force de se remuer, l'un après l'autre hors du nid, surtout quand, à mesure qu'il grossirait, il aurait lui seul besoin de tout l'espace pour pouvoir y rester en sécurité. Il serait donc le destructeur de la couvée entière, ce qui lui arrive encore trop souvent. » C'est aussi l'opinion de M. Altum, qui impute la responsabilité de cette expulsion aux parents nourriciers du Coucou, sans réfléchir que les conséquences morales, dans l'un comme dans l'autre cas, restent toujours les mêmes.
Pour ce qui est du fait en lui-même, ce n'est qu'au moment où les propres œufs de la couveuse sont prêts d'éclore, ou à celui où les petits viennent de naître, que les Coucous expulsent, soit les uns, soit les autres, probablement afin de ne pas exposer les leurs à manquer do nourriture ; et même, d'après les expériences rapportées par l'illustre Edw. Jenner, l'expulsion de ces œufs ou de ces petits serait faite par le jeune Coucou lui-même; elle n'est autre, mieux expliquée, que celle que nous venons d'indiquer.
Voici, suivant lui, la manœuvre qu'emploie le jeune Coucou : « En se glissant sous l'un des Oiseaux, dont le berceau est par lui partagé, il tâche de le placer sur son dos, où il le retient à l'aide de ses ailes, et se traîne à reculons jusqu'au bord du nid par dessus lequel il jette la charge; lorsqu'il l'a laissé tomber, il recommence son travail, et ne le discontinue pas jusqu'à ce qu'il soit venu à bout de son entreprise. Il suit le même procédé pour les autres petits et pour les œufs ; et l'obligation dans laquelle doit se trouver le jeune Coucou pourrait être un des motifs qui détermine sa mère dans le choix du nid d'Oiseaux de petite taille pour le dépôt de son œuf. »
Le même observateur a fait une autre expérience, d'où il résulterait que l'instinct qui porte le jeune Coucou à en
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agir ainsi est tout simplement celui de son bien-être et de sa conservation personnelle.
Ayant trouvé dans le même nid une Fauvette et deux Coucous nouvellement éclos, avec un œuf de la première espèce, il vit les deux Coucous se disputer entre eux la possession du nid : chacun d'eux portait successivement son antagoniste jusqu'au bord et retombait au fond, accablé sous le poids de sa charge ; mais le plus gros, après beaucoup d'efforts, parvint à jeter dehors son compétiteur, ainsi que la petite Fauvette et l'œuf, et il fut seul élevé.
Nous savons bien que, pour expliquer ce manège, le D r J. Franklin, avec d'autres auteurs, a prétendu que la nature avait doué le jeune Coucou, tout exprès pour cela, d'une dépression entre ses épaules; qu'au moyen de ce creux, il cherche à soulever les petits, ses frères et sœurs présumés, et que, les amenant sur le bord du nid, il les jette à bas; qu'enfin ce creux s'effacerait avec l'âge; et, chose remarquable! que si les jeunes de l'Oiseau ont le bonheur de rester dans le nid jusqu'à ce que cette excavation soit remplie, le jeune Coucou, comme s'il reconnaissait qu'il n'a plus les moyens de se débarrasser de ses frères, finit par faire bon ménage avec eux.
Mais tout ceci n'est que du domaine des conjectures; rien n'est venu jusqu'à présent justifier l'existence de cette dépression à aucun des âges du jeune Coucou; nous en avons pris au sortir de l'œuf, nous en avons pris recouverts de leurs premières plumes et hors d'état de quitter le nid, nous en avons même préparé un à cette phase de son existence, et nous n'avons rien observé de particulier dans leur structure, si ce n'est cet appendice unguéal corné qui termine le bras de l'aile chez la plupart des jeunes Oiseaux.
L'imagination, quand on s'y abandonne, en histoire na-
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turelle, éloigne toujours de la vérité, beaucoup moins prosaïque qu'on ne le croit pourtant. On oublie, dans ces interprétations, que le phénomène, si phénomène il y a, dans cette disparution des œufs ou des petits avec lesquels se trouve le jeune Coucou, ne dépend que de deux causes fort simples : la forme concave du nid et le principe de la pesanteur. Ces deux causes réunies suffisent, soit pour maintenir l'œuf du Coucou au fond du nid, et toujours au milieu et au-dessus des autres, soit pour y entraîner forcément le corps du jeune Coucou une fois éclos; la vigueur et la continuité de ses mouvements achèvent le reste, sans qu'il soit besoin de remonter à aucun instinct particulier, ni à une organisation spéciale.
Une dernière observation, publiée par M. J. Vian, en 1865 l , vient au surplus faire raison de toutes ces hypothèses : *
« 11 est, dit-il, aujourd'hui reconnu, contrairement à l'assertion de Guéneau de Montbeillard, que le petit Coucou croit avec une grande célérité. Un jeune Coucou trouvé, le 21 juin, dans un nid de Bec-Fin Effarvatte, ne portait encore qu'un léger duvet et les gaines naissantes des pennes alaires et caudales; le 25, il était complètement emplumé et susceptible d'être monté; sa queue avait déjà 45 millimètres de longueur, et la plus grande rémige 8 centimètres; c'est plus de 1 millimètre par heure. Cependant il avait été nourri trois jours par des enfants. Le nid, bien que solidement enlacé à des roseaux, ne pouvait plus le porter le 25.
« La croissance du Coucou est aussi très rapide dans l'œuf, comme le prouve le fait suivant : J'ai trouvé, le 1 er juin, un nid de Linotte contenant cinq œufs, dont un
1 « Revue et Mauas. de zoologie. »
IIISTOIKE NATURELLE DES COUCOUS
de Coucou. Dans ce dernier œuf le petit était complètement formé et prêt à éclore; il accusait, la grosseur de l'œuf prise pour base d'appréciation, quatorze à seize jours d'incubation. Les œufs de la Linotte, au contraire, étaient peu couvés; ils accusaient trois à cinq jours d'incubation, et étaient tous quatre au même degré. Les Oiseaux, à quelques rares exceptions près, ne commencent à couver que lorsqu'ils ont terminé leur ponte et, dans la circonstance, la Linotte avait évidemment suivi cette loi. En effet, elle ne pond qu'un œuf par jour et, si elle avait commencé à couver le premier jour de sa ponte, le premier œuf aurait été de quatre jours plus avancé que le dernier, ce qui est très sensible dans, les œufs des petits Oiseaux, puisque quatre jours forment presque le tiers de la durée de l'incubation. Or il y avait peu de différence appréciable dans le degré d'avancement des c/uatre œufs de Linotte. Trois à cinq jours avaient donc suffi pour amener l'œuf du Coucou presque à maturité.
« Cette célérité, dans la croissance du jeune Coucou, explique comment il naît presque toujours le premier de la nicbée; comment il est de suite à l'étroit dans le petit nid qui lui sert de berceau ; et comment il est amené à s'y faire place en expulsant ses compagnons. »
On comprend qu'avec un accroissement aussi rapide, qu'explique si bien la précieuse observation de M. J. Vian, il serait impossible au père et à la mère qui ont adopté le petit Coucou sans savoir, de fournir à la nourriture de la famille, d'autant que cet étranger, à mesure qu'il croit en taille, se montre doué d'un appétit vorace. ^ Le D>' Franklin en rappelle un fait qu'il a eu occasion d'observer de ses yeux.
Un jeune Coucou avait été couvé dans le nid d'une Bergeronnette qui s'était établie au milieu d'une touffe de
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lierre sur un mur qui avoisine sa maison. Il fallait les efforts combinés du père et de la mère, et cela du matin jusqu'au soir, pour satisfaire la gloutonnerie de cet enfant supposé. On n'a d'ailleurs jamais vu, dit-il, d'Oiseaux plus infatigables dans leur attention que ne l'étaient ces deux Bergeronnettes. En effet, ces pères nourriciers lui apportent tour à tour et sans relâche des becquées composées de chenilles, de vers, d'orthoptères, de fruits doux et à pulpe charnue; et son appétit ne se trouve guère satisfait par là, puisqu'il parait continuellement affamé. Mais ce qu'il y a encore de remarquable, pendant sa nutrition, c'est que les parents d'adoption de cet Oiseau, qui ne peut que leur être à charge, poussent, quand ils voient quelqu'un près de lui, des cris d'inquiétude et de crainte, comme s'il s'agissait d'un danger qui menaçât leur propre race. Lorsque le jeune Coucou eût atteint toute sa grosseur, il apparut, dans le petit nid de la Bergeronnette, comme un géant dans une chaloupe. Avant qu'il ne fût capable de voler, on le prit et on le mit dans une cage. Dans cette nouvelle situation, les parents putatifs continuèrent de le nourrir. Un jour, il réussit à s'échapper de sa cage, et alla fixer son domicile sur un grand orme, près de la maison. On observa que les Bergeronnettes lui portèrent encore sa subsistance avec la même assiduité, et cela pendant au moins une quinzaine. Ce Coucou était très batailleur; il frappait des ailes et ouvrait son bec avec grande colère, chaque fois qu'on en approchait la main.
Cette opinion semble contredire l'assertion de quelques naturalistes qui prétendent, non sans raison, que la mère du Coucou, à l'instar d'autres espèces de Coucous Exotiques, ne quitte pas les environs du nid, suivant en quelque sorte de l'œil son enfant, lui apportant parfois sa nourriture, et guettant le moment de son évasion pour en achever
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l'éducation. Il est vrai qu'ici les conditions premières de l'Oiseau étaient entièrement changées.
Le même observateur a été l'heureux témoin d'une autre aventure notée dans ses Tablettes de naturaliste. Un jeune Coucou avait été pris dans le nid d'un Moineau. Quelques jours après, une jeune Grive, à peine couverte de plumes, fut également prise et placée dans la même cage que le jeune Coucou. La Grive était en état de se nourrir elle-même; mais, quant au Coucou, on était obligé de lui donner la becquée avec une plume. Bientôt la Grive prit sur elle de se charger de cette fonction ; elle continua de nourrir ainsi son compagnon de captivité avec le plus grand soin. Il était touchant de voir la sollicitude de cette mère improvisée, et la peine qu'elle se donnait pour satisfaire l'appétit exigeant du Coucou.
Les anciens ont cru , et il ne manque pas de gens pour l'assurer encore, que le jeune Coucou finissait par avaler, avant de quitter le nid, le père et la mère qui l'y avaient nourri. Le fait peut paraître absurde d'une manière générale. Comment voudrait-on que de jeunes Coucous élevés, par exemple , par des Loriots , des Étourneaux , des Grives , pussent avaler tout entiers ces Oiseaux presque aussi gros qu'eux ? Mais, malgré son peu de vraisemblance, il repose sur un fonds de vérité. On ne saurait contester, comme l'observe M. Bailly, que les Oiseaux, surtout les plus petits des Becs-Fins ou Fauvettes, ne peuvent devenir quelquefois leur proie involontaire en leur donnant à manger, surtout lorsqu'ils sont déjà forts, par conséquent plus voraces que pendant les premiers jours de leur vie. 11 faut savoir d'ailleurs, que les jeunes Coucous, en recevant la becquée de ces petits Oiseaux, commencent à ouvrir tout leur large bec; qu'ils fixent immobiles pendant une ou deux secondes seulement, avec le bec ainsi ouvert, la
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subsistance qui leur est offerte ; qu'ils s'élancent ensuite brusquement pour la saisir comme une proie qui leur échappe, et l'arrachent souvent avec force du bec du petit Oiseau qui la leur présente. Comme chaque becquée se compose habituellement d'un petit insecte, d'un ver, d'une petite chenille , qui sont des aliments insuffisants pour satisfaire aux appétits de ces jeunes sans cesse affamés, il peut bien s'ensuivre, lorsque ces derniers ont acquis le développement nécessaire pour abandonner le nid, que les Oiseaux qui ont cherché leur nourriture se laissent confondre avec le mince insecte ou le petit fruit qu'ils leur donnent, en se tenant trop près d'eux , et en renfermant tellement dans leur bec ces faibles butins, qu'ils se voient parfois obligés de les déposer jusque dans leur gosier, et se font par-là étouffer ou avaler en même temps. Et c'est ce qui a lieu très accidentellement, nous voulons bien le croire.
Ainsi, l'ornithologiste Klein, ayant découvert, dans le jardin de son père, un nid de Fauvette et, dans ce nid un œuf unique qu'on soupçonna être un œuf de Coucou, il donna au Coucou le temps d'éclore et même de se revêtir de plumes ; après quoi il renferma le nid et l'Oiseau dans une cage qu'il laissât sur place; quelques jours après, il trouva la mère Fauvette prise entre les barreaux de la cage, ayant la tète engagée dans le gosier du jeune Coucou qui l'avait avalée, dit-on. par mégarde, croyant avaler seulement la chenille que sa nourrice lui présentait, apparemment de trop près. Ajoutons que le Coucou mourut étouffé par la tète de la Fauvette.
C'est, en effet, la seule manière dont ce cas exceptionnel puisse se présenter. On connaît l'expérience de Guéneau de Montbeillard pour contrôler cette assertion et justifier le jeune Coucou de cette accusation de voracité. Ce natu-
HI.STOIRK NATI'RKI.I.K DES COUCOUS.
raliste mit le 27 juin 1783, an jeune Coucou de l'année qui avail, neuf pouces de longueur totale, dans une cage ouverte, avec trois jeunes Fauvettes qui n'avaient pas le quart de leurs plumes, et ne mangeaient pas encore seules. Ce Coucou, loin de les dévorer, ou de les menacer, semblait vouloir reconnaître les obligations qu'il avait à l'Espèce; il souffrait avec complaisance que ces petits Oiseaux, qui ne paraissaient point du tout avoir peur de lui, cherchassent un asile sous ses ailes, et s'y réfugiassent comme ils eussent fait sous les ailes de leur mère.
Si la croissance des Coucous se. fait vite, ils mangent fort tard seuls, et ont besoin, jusqu'à leur sortie du nid, des soins de leur mère adoptive. On a vu, entre autres exemples de la tendresse avec laquelle elles élèvent les petits Oiseaux qu'elles ont fait éclore, une bergeronnette, qui négligea de partir avec ses compagnes, pour ne pas abandonner son nourrisson, qui était devenu trop gros pour sortir par le trou où il avait été déposé en œuf. On fut même obligé d'avoir recours à la hache pour délivrer le prisonnier. C'est à Brehm que l'on doit cette observation, que FI. Prévost a eu occasion de faire à son tour. Ainsi, il lui est arrivé de trouver vivant un jeune Coucou dans un nid aussi placé au fond d'un trou d'arbre, dont l'ouverture était trop étroite pour lui permettre d'en sortir. Il en a également trouvé un dans un trou de bouleau qui venait d'être abattu.
D'un autre coté, on cite des exemples de Fauvettes et de Lavandières ayant laissé mourir de faim le jeune Coucou, après la perte de leurs petits. Et l'on a trouvé aussi quelquefois des Coucous déjà forts, morts dans le nid.
M. Bailly, cependant, dit que le jeune Coucou quitte sa première demeure avant d'être bien en état de voler, et
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presque aussitôt qu'il est garni de toutes ses plumes, quand il est né et élevé à terre. Il a la précaution d'attendre, lorsqu'il est nourri sur un arbre ou dans une excavation de rocher élevé, qu'il puisse suffisamment se servir de ses ailes avant d'en descendre pour se fixer sur la terre. C'est, dans ces derniers cas, qu'on le voit, à peine âgé de quinze jours, sur une branche ou au milieu d'une touffe de feuilles, ou à l'entrée de sa cavité, exercer fréquemment ses ailes, les agiter pour cela, les étendre, les battre l'une contre l'autre, tant il paraît pressé d'abandonner ce premier séjour; une fois descendu à terre, il continue encore à recevoir pendant quelques jours sa subsistance de ses mêmes parents; ceux-ci ne tardent pas à le laisser ou plutôt à le perdre d'autant plus qu'en se mettant lui-même à courir parmi les herbes et les buissons, il ne manque pas de se soustraire bientôt à leur surveillance. Il se nourrit alors seul avec des sauterelles, des grillons, des coléoptères et des vers. Si l'on vient à le surprendre quand il est ainsi en quête de sa nourriture, il se blottit contre terre et y reste immobile tant qu'il se croit en danger. Cependant, si l'on veut le prendre, il ouvre aussitôt son bec, hérisse les plumes de sa gorge ; il enfle ses pennes alaires qu'il laisse, en outre, légèrement traîner, et porte de violents coups de bec à la main de son ravisseur. Mais, s'il est en état de voler, il fuit habituellement au travers des buissons, dès qu'il a entendu du bruit, ou vu près de lui son ennemi.
Dès que le jeune Coucou est capable de voler, il vit à la manière des vieux, toujours seul; il court presque sans relâche, surtout le matin, puis une heure ou deux avant le coucher du soleil, à la découverte de ses aliments. Ils nous quittent à l'automne, comme ils sont venus au printemps, un â un et isolément, mais pour se réunir à mesure qu'ils
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se rencontrent dans leurs trajets, de manière à former ces bandes dont nous avons parlé.
Telles sont, dans toute leur simplicité, les mœurs si célèbres par leur anomalie de notre Coucou Chanteur.
Elles ne donnent peut-être pas encore d'une manière explicite, le dernier mot de cette énigme vivante; mais au moins est-il possible d'en donner des raisons plausibles. Point n'est besoin, pour cela, de les rechercher soit dans une prétendue dilatation exceptionnelle de l'estomac de cet Oiseau, ou de l'étroitesse de son sternum, comme le pensait Hérissent. Il suffit de se dire, avec FI. Prévost, Schlegel et M. Bailly, que le Coucou Chanteur étant presque sans cesse occupé à chercher des aliments pour apaiser momentanément sa faim toujours renaissante d'un instant à l'autre (quoique l'on ait fort exagéré cet appétit) ; puis, vivant en polygamie au printemps, pendant la fécondation des femelles, et ne pondant qu'à quelques jours d'intervalle, ne pourrait pas, si la nature l'eût soumis à la nécessité de l'incubation et de l'éducation de sa progéniture, venir à bout de couver ses œufs avec succès. Qu'en effet, l'action du mâle ne fécondant qu'un ou deux œufs seulement , chaque accouplement étant suivi d'une ponte , • le nombre des accouplements successifs ne permet conséquemment pas à la femelle de couver des œufs et d'élever ses petits, puisque ces deux fonctions contraires, dont l'une l'oblige à rester au nid, tandis que l'autre l'en éloigne, devraient alors avoirlieu en même temps. D'ailleurs, pour pondre quatre ou cinq œufs, il lui faudrait bien au moins quinze, dix-huit ou vingt jours, et le premier pondu se trouverait incontestablement gâté avant la ponte du dernier. Il ne pourrait pas non plus nourrir, ni élever convenablement ses petits ; ceux-ci écloraient en outre à des époques différentes, si les femelles couvaient avant l'achèvement de
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leur ponte ; de plus, elles seraient obligées à la fois et de nourrir leurs nouveau-nés, et de couver les œufs qui ne seraient pas encore éclos, ce qui ne pourrait que nuire à la dernière portée de la couvée. Les petits seraient, en outre, comme leur naturel les y porte, toujours affamés, même dès les premiers moments de leur naissance. Ils ne pourraient donc pas être développés à temps pour émigrer, faute d'avoir été suffisamment nourris et soignés.
Ainsi, toutes les croyances des anciens auteurs ont leur raison d'être et reposent sur des faits connus, mais mal observés à leur époque, où la science était encore à faire. Nous n'avons rien innové depuis eux ; nous n'avons fait que mieux observer et coordonner chacun des mystères de l'existence de notre Coucou d'Europe.
Ajoutons que, jusqu'au commencement de ce siècle, les agissements de cet Oiseau n'ont eu cette célébrité, et n'ont fourni matière à tant de volumes, que parce qu'on a cru, depuis Aristote et bien au-delà, qu'il était le seul de toute la Famille qui se privât ainsi des douceurs et des soucis de la paternité.
Mais aujourd'hui que nous savons, ainsi que nous allons le démontrer dans le cours de cette Étude, parce qu'on paraît trop l'ignorer en France, que par toutes les contrées du monde, un assez grand nombre d'autres espèces de Coucous se conduisent et procèdent de même en Asie, en Océanie et en Australie , en Afrique et en Amérique, il est temps de calmer l'enthousiasme qu'il a excité jusqu'ici, et de le remettre au niveau de presque tous ses congénères auxquels il ne fait pas exception ; ce qui, après tout, ne rend pas le fait moins digne d'attention, surtout cà présent que des faits nouveaux ont surgi , presque aussi extraordinaires que ceux dont nous venons déparier. On sait, en ce qui concerne la ponte, chez les Oiseaux,
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que la couleur des œufs, dans chaque espèce, est constamment la même en principe, et ne varie qu'exceptionnellement (et non par substitution d'une teinte à une autre teinte), selon que l'œuf est le premier ouïe dernier pondu ; en d'autres termes , qu'il y a constance et fixité de coloration dans les œufs d'une même espèce. Ceux du Coucou feraient-il exception à cette règle? et leur couleur, dans la même espèce, varierait-elle à sa volonté, de manière à leur faire emprunter celle qui caractérise l'œuf de l'espèce d'Oiseau dans le nid de laquelle la femelle du Coucou a l'intention d'introduire le sien, pour mieux la tromper?
Les Anciens , à commencer par Élien, l'ont cru ; et, d'après Salerne, c'était de son temps l'opinion des habitants de la Sologne, opinion qu'il déclare chose incompréhensible, et que bientôt ensuite Buffon et Guéneau de Montbeillard rangeaient au nombre des erreurs populaires répandues sur le Coucou.
C'est donc une question qu'on pouvait considérer comme • n'ayant jamais été soulevée, et que nous posions déjà en 1852 l , tant cette précaution de la nature nous semblait de prime-abord admirable. Ce qui rendrait la chose sinon possible, disions-nous, au moins vraisemblable, c'est, que d'une part, on n'a jamais été bien fixé sur la couleur réelle ou constante de l'œuf du Coucou Chanteur , ce qui est déjà un indice ou une présomption de sa variabilité.
Ainsi, sans remonter bien haut dans les citations à cet égard , voici les descriptions que les auteurs modernes donnent de l'œuf du Coucou , à commencer par celle de Guéneau de Montbeillard, qu'il donne en ces termes, et qui est peut-être la meilleure de toutes celles qui vont suivre :
1 « Encyclopédie d'Hist. mitur. »
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
« Le véritable œuf du Coucou, dit— il, est plus gros que celui du Rossignol, de forme moins allongée, de couleur grise presque blanchâtre, tachetée vers le gros bout de brun violet presque effacé, et de brun foncé plus tranché ; enfin, marqué dans sa partie moyenne de quelques traits irréguliers de couleur de marron. »
Graves, à la même époque que Lewin , au commencement de ce siècle, en a décrit et figuré deux variétés : l'une, à fond blanc vert d'eau, avec petits et gros points gris et noirâtres; l'autre, à fond blanc brunâtre, avec points et taches irréguliers gris et noirs.
Schinz, de 1818 à 1830, s'en exprime ainsi :
« Quant â la couleur, les œufs du Coucou sont d'une diversité prodigieuse; et on ne peut fort souvent, â la grosseur près , les distinguer des œufs des parents adoptifs. Il est vrai que la plupart sont gris ; mais il y en a aussi de verts, et je ne trouve nulle part qu'on en ait vu qui fut comme le mien, entièrement sans taches : c'était peut-être un œuf récemment pondu , et dont on aura facilement enlevé les taches ; je ne l'ai point trouvé moi-même. . . Cependant, on peut établir que le fond est toujours blanc vert, gris ou jaunâtre. La grosseur offre la même diversité, et comparativement â l'Oiseau, ce sont les plus petits de tous : on en trouve depuis la grosseur des œufs de Moineau domestique jusqu'à celle de la Pie-Grièche Ecorcheur. »
Cet œuf vert, dont parle Schinz, et qu'il a figuré en tout semblable à un œuf de Traquet ou d'Accenteur, n'est pas, en date, le premier cité ; renonciation première de l'œuf bleu appartenant au Coucou remonte à Salerne (1747), qui en parle en ces termes :
« Si je ne me suis point trompé, j'ai vu deux nids de Traquet, dans l'un desquels il y avait cinq œufs de Traquet et
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nn œuf de Coucou, qui était tout bleu comme les autres, mais plus gros du double ; et dans l'autre, deux œufs de Traquet et un œuf de Coucou. M. de Réaumur a douté de la vérité du fait, tant parce que ces deux œufs prétendus de Coucou ne lui paraissaient pas assez gros, que parce qu,'ils ressemblaient pour la couleur à ceux du petit Oiseau. Cependant, s'il faut en croire le rapport d'un habitant de la Sologne, l'œuf du Coucou est tout bleu et d'une grosseur médiocre. »
Thienemann, de son côté, vers la même époque, de 1821 à 1830, puis en 1850, et à qui notre Collection Oologique alors a été d'un si grand secours, entrant dans plus de détails, en décrit ainsi les dimensions et les couleurs :
« L'œuf du Coucou, dit-il, appartient proportionnellement aux plus petits des Oiseaux 'connus : il a t) mm ll de long, et0»""l/2à 8»"" de large; il est ainsi à peine plus grand que celui du Motteux Gris, et ne surpasse pas les œufs de Moineau de la plus grande espèce.
« La forme est très variée; ils sont de forme ovée ou très allongée; beaucoup plus aplatis à la base qu'au faite et presque pas ventrus; ou peu allongés, assez ventrus, et moins aplatis à la base qu'au faite ; ou courts, fort arrondis à la base et forts pointus au faite, ou ipresque entièrement de forme ovale.
« La coquille mince et unie, plus ou moins lustrée, parfois peu, parfois plus.
« Ils ne diffèrent pas moins pour la couleur : elle varie dans la règle, suivant le cours de l'année, ce qui tient probablement à la différence des aliments, et il se peut bien qu'ils soient de couleurs différentes dans les différentes contrées. Les variations principales se réduisent cependant à celles de la couleur du fond , car ils ne sont jamais tachés d'une manière fort vive. Ils sont :
L'ES COUCOUS VRAIS PARASITES
« 1° Blanc jaunâtre avec des taches et de petites macules lavées de gris et de brun verdàtre, répandues partout l'œuf, ou formant couronne ù la base où se trouvent aussi de petits points bruns. Les petites taches couvrent parfois entièrement la couleur du fond, à la base ;
« 2° Jaune pâle avec de petites taches lavées de gris cendré bleuâtre et de brun pâle et de points brun foncé;
« 3° Gris jaunâtre avec de petites taches lavées de brun jaunâtre et des points très fins brun noirâtre;
« 4° Roux jaunâtre pâle, garnis partout et plus fortement â la base où elles forment une couronne irrégulière de taches grandes et petites de bleu roussàtre et de brun roussâtre, et çà et là de fins points brun couleur de café obscur;
« 5° Gris brunâtre pâle, avec de petites taches lavées de brunâtre, et quelques traits et points brun obscur ;
« G Blanc verdàtre garni partout, plus ou moins, de taches et de points clairs et obscurs de brun, de brun verdàtre ou grisâtre, qui couvrent presque la couleur du fonds â la base. Ces œufs ressemblent tout â fait, pour le dessin et même un peu pour la couleur, aux œufs d'Alouettes ;
« 7° Vert grisâtre, avec de petites taches compactes et lavées de verdàtre et de brun verdàtre, et quelques points brun verdàtre foncé;
« 8° Blanc bleuâtre, garni partout de petites taches lavées de rouge pâle qui forment au gros bout une couronne compacte, et sont entremêlées de quelques points et traits de brun noirâtre.
« Dans ces différentes variétés, ils se rapprochent des œufs de plusieurs autres Oiseaux, comme entre autres de certaine variété de ceux de l'Ecorcheur, de certaine variété de ceux du Rouge-Gorge ; de certaine variété de ceux
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de l'Alouette des champs. Mais ils se distinguent de tous ces œufs par les points obscurs isolés qui ne manquent jamais, quoiqu'ils soient en fort petit nombre. »
Berge, vers 1840, en a aussi figuré deux variétés : une à fond blanchâtre, maculée de taches nuageuses grisâtres, entremêlées de quelques points noirs; et mie autre à fond blanc fauve, maculée de larges taches, les unes grises, les autres brunâtres, avec de rares points noirs. Voici enfin les descriptions les plus récentes : D'après M. Bailly, en 1852, les œufs de notre Coucou sont d'un blanc verdâtre ou d'un bleuâtre clair; d'un blanc sale ou gris; quelquefois d'un blanc teint légèrement de roussâtre, avec des taches et des traits irréguliers bruns et noirâtres, puis olivâtres, grisâtres, cendrés et violets, toujours plus répandus autour du gros bout ; mais ils se trouvent rarement d'un bleuâtre, ou d'un bleu plus ou moins clair, comme d'un blanc plus ou moins pur et sans taches. « Si j'en crois mon expérience personnelle, dit M. Jules Vian, en 1865, le type des œufs de Coucou est aussi constant que la moitié au moins des Oiseaux d'Europe; j'en ai déniché ou vu dénicher plus de vingt-cinq dans les départements voisins de Paris; je les ai toujours reconnus au premier coup d'œil; un seul m'a laissé des doutes, je l'ai trouvé dans un nid de Bruant jaune, et je le conserve sans savoir encore si c'est un œuf de Coucou ou une variété de ce Bruant. J'ai reçu huit œufs de Coucou de la Silésie, onze de la Russie : la majeure partie ressemble complètement à ceux des environs de Paris, et les autres ne diffèrent que par des nuances; enfin, je n'en ai jamais rencontré ni reçu d'unicolore.
« Dix-huit œufs de Coucou, sur vingt qui me restent, peuvent être décrits de la manière suivante : 22 à 23 millimètres de longueur sur 16 à 17 de largeur; ovoïdes, unis,
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presque mats, à pores apparents seulement à la loupe, à grain fin, à coquille mince et dure, d'un vert pâle dans sa transparence ; fond d'un blanc plus ou moins olivâtre, absorbé en partie et assez uniformément par trois gammes de taches, dont les unes, sous test, sont violacées, très répandues, mais peu apparentes; les autres multipliées, sont d'un brun olivâtre ; et les troisièmes, en forme de points ou de petits traits d'un brun foncé, sont rares. Deux seulement sont en dehors de ces dimensions, et donnent 20 à 24 millimètres de longueur, mais sur la largeur ordinaire de 10. Deux ont une teinte plus rousse, les points et les traits plus accentués, plus nombreux; mais ces derniers pourraient bien être des variétés de Bruant. »
Pour Gerbe et Degland enfin, en 1807, ces œufs sont cendrés ou roussâtres. ou verdàtres, ou bleuâtres, avec des taches petites et grandes, rares ou nombreuses, d'un cendré foncé, vineuses, olivâtres ou brunes, avec quelques points et parfois des traits déliés noirâtres.
Or, d'après les principes que nous avons rappelés tout à l'heure, s'il en est ainsi (et le fait est à peu près constant), il est bien clair que cet Oiseau est presque le seul dont l'œuf puisse varier de la sorte d'une teinte à une autre, et surtout d'un blanc sale plus ou moins cendré ou brunâtre au blanc pur, au verdâtre et au bleuâtre clair. Il est donc pour le moins étonnant qu'on se soit borné â constater ces variations, sans chercher à les expliquer autrement que par l'influence de la localité dans laquelle ces œufs ont été pondus, comme l'ont dit Schinz et Temminck, ou par l'âge et l'état de santé de l'Oiseau, l'abondance de la ponte et la nature des aliments, comme l'a avancé Moquin-Tandon.
C'est, d'autre part, que d'après le plus grand nombre des observations, les œufs de couleur cendrée, plus ou moins brunâtre ou roussàtre, se sont, à notre connaissance,
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rencontrés le plus fréquemment dans les nids de Fauvette de jardins, de Rouge-Gorge ou de Bruant ; et que ceux d'une teinte verte ou bleuâtre uniforme ont été presque toujours retirés de nids de Rossignol de muraille ou de Traquet : témoin celui supposé du Coucou, d'une teinte bleu verdâtre , que possède Gerbe , et qui a été pris dans un nid de Traquet Stapazin. Or, on sait que les œufs de Traquet, notamment de cette dernière espèce, comme ceux du Rossignol de muraille, sont positivement de cette couleur ; témoin encore l'œuf d'un beau bleu clair que possède le D r Baldamus, et qui a été trouvé par lui dans un nid d'Accenteur Mouchet, dont l'œuf est également de la même couleur. Citons encore le fait de deux œufs soi-disant aussi de Coucou du blanc le plus pur, trouvés chacun par l'abbé Caire dans un nid de Niverolle, dont l'œuf est de même couleur. Ces spécimens que nous avons vus sont encore en la possession de Gerbe.
Si maintenant nous rapprochons de cette remarque, celle de M. Blyth, au sujet des œufs du Coucou à Gros-Bec, du Bengale, qui sont exactement, sauf la dimension beaucoup moindre, de la même couleur que ceux du Corbeau Resplendissant et du Corbeau à Gros-Bec, dans le nid desquels ce Coucou introduit ordinairement et presque exclusivement ses œufs , ainsi que nous l'expliquerons ailleurs , on conviendra que cette question, telle que nous l'avions présentée, était loin d'être oiseuse ou de reposer sur une simple hypothèse.
11 est donc à penser , dit-on, si les œufs étrangers trouvés ■ daus le nid de divers Oiseaux, en Europe , proviennent véritablement de la même espèce de Coucou, et si ce changement, ou, pour mieux dire cette appropriation de couleur dépendait en quelque sorte de la volonté de l'Oiseau, comme l'influence de cette prétendue puissance du regard,
LES COUf'Ol's VRAIS PARASITES.
chez' certaines femmes grosses, et que les œufs en prévision de la ponte desquels le Coucou vient de visiter à l'avance tel ou tel nid renfermant les œufs de son propriétaire , revêtent presqu'aussi tôt qu'ils sont pondus, ou au moment où ils vont l'être, la couleur propre à ceux de l'espèce qui les doit couver ; que c'est uniquement à cette similitude de coloration que serait due la facilité avec laquelle ces petites espèces d'Oiseaux se laisseraient aller à les couver comme les leurs propres, malgré l'opinion contraire de M. J. Vian, convaincu qu'ils ne cèdent qu'à l'intimidation qu'exerce sur eux le Coucou ; circonstance qui a tant exercé la sagacité de Lothinger, de Montbeillard et de FI. Prévost, comme le démontrent leurs expériences que nous allons rappeler.
Si la conséquence parait quelque peu forcée, le fait vaut au moins la peine d'être remis à l'étude, en présence de la divergence d'opinions à cet égard , surtout si l'on fait attention, ce que l'on est trop porté à oublier, que la remarque première en remonte à Elien qui dit formellement :
«Que la femelle du Coucou a l'intention de pondre, dans chaque nid qu'elle peut découvrir, un œuf de la couleur des œufs de ce nid, pour mieux tromper lanière. »
Or, sauf la réalité de l'interprétation , rien ne serait plus exact.
Il suit, en effet, de la diversité de coloration de l'œuf de notre Coucou, et de la diversité des espèces dans le nid desquelles il les dépose, qu'il est permis de se demander, comme nous l'avons déjà fait depuis longtemps, si les Coucous proprement dits, déjà si extraordinaires dans leur mode de reproduction, ne le seraient pas tout autant dans les phénomènes qui accompagnent leur ponte ? En un mot, si la nature, qui a entouré ce groupe d'Oiseaux de
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tant d'apparences merveilleuses sous le premier rapport, aurait, sous le second, accompli en leur faveur une autre merveille tout aussi exceptionnelle, ainsi que l'affirme Elien ?
Cette variété de coloration, dans l'œuf du Coucou d'Europe, ne pouvait pas ne point avoir été remarquée par Buhle, si bon observateur. Il dit, en effet, que cet œuf varie beaucoup, et en figure des exemples. Mais, seraitil vrai, ainsi qu'il l'énonce expressément et probablement d'après sa propre expérience, que la diversité de la couleur dominante s'étendrait à toute une année? de sorte que, dans une année, ils seraient blanc bleuâtre avec des taches brun olivâtre, et dans une autre année, blanc jaunâtre avec des taches grises! M. Haury, de Prague, dit, en 1877 « que la femelle du Coucou pond probablement tous ses œufs toujours d'une seule et même couleur, et qu'elle les confie toujours à la même espèce qui l'a élevée elle-même ; et que" c'est aussi pourquoi l'œuf du Coucou a quelquefois un peu de ressemblance avec celui des propriétaires du nid ». Ce qui , quoique bien vague, rentre quelque peu dans la proposition de Buhle que nous allons examiner.
La question est assez explicite et assez formelle pour mériter une contre-épreuve sérieuse ou un scrupuleux contrôle. De tous les auteurs qui ont écrit et publié leurs observations, Buhle est le premier qui ait encore avancé un pareil fait, dont nous n'avons quant à nous, dans une expérience de plus de quarante années, aucun exemple, car Sching et Thienemann ne l'ont répété que d'après lui ; ce dernier, en cherchant la cause, ajoute comme Moquin- Tandon : « ce qui tient probablement à la différence des aliments. »
Nous ne contestons certes pas ; mais nous faisons sur ce point, comme nous l'avons déjà fait en 1860, un appel
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à de nouvelles recherches, appel qu'a devancé, du reste , depuis peu d'années, l'ardeur investigatrice des plus éminents ornithologistes.
Faut-il ne voir, dans ce polymorphisme, qu'un phénomène naturel, comme celui que présente la variabilité de l'œuf de tant d'Oiseaux, et admettre que par suite le dépôt, par le Coucou, d'un œuf assimilé à ceux, du nid dont il s'empare ne soit que le pur effet du hasard? Oir bien, faut-il rattacher ce fait à une cause finale et providentielle ? Telles sont les questions qu'ont soulevées, parmi les naturalistes, les faits et la théorie.
A leur tète se présente le D* Baldamus, qui déploie tant de zèle à élucider les points les plus transcendants de la science, et a réuni de si nombreux et intéressants documents sur la ponte de notre Coucou, qu'il en est arrivé à ériger en principe ce que nous envisagions comme une exception, à l'égard de ce que M. Dawson Rowley vient de nommer si à propos avec lui le polymorphisme des œufs du Coucou ; ce qu]il a fait de la manière la plus ingénieuse, et avec d'autant plus de conviction, sinon, nous le craignons bien, de parti-pris, qu'il est parvenu à recueillir de ces œufs en une proportion qui dépasse la centaine , trouvés dans les nids de trente-sept espèces différentes d'Oiseaux.
Il en a donc été amené à énoncer comme reposant sur des faits dont on ne peut douter, suivant lui, les propositions suivantes :
Qu'il y a des œufs de Coucou, qui ressemblent, par leur couleur et leurs marques, à ceux des Oiseaux dans les nids desquels ils sont déposés ;
Que tous les œufs de Coucou, même ceux du coloris le plus varié, trouvent une ressemblance, en couleur, et en taches parmi ceux de leurs parents nourriciers ;
l2 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS.
Que la même femelle de Coucou dépose généralement des œufs d'une couleur identique dans le nid de la même espèce;
Que la nature a réglé cet arrangement afin de rendre plus facile l'existence de l'espèce, et que les Oiseaux deviennent en quelque sorte aveugles en ce qui concerne l'œuf du Coucou l .
Le docteur semble croire, en un mot, à l'influence de l'imagination du Coucou sur la couleur de l'œuf qu'il doit pondre.
Il faut avouer qu'un fait considérable et bien suffisant pour motiver, sinon pour justifier d'une manière absolue, la croyance du D 1 ' Baldamus en sa théorie, c'est celui d'un œuf de Coucou trouvé dans le nid d'une Fauvette Hypolaïs, et ressemblant à ceux de cet Oiseau. Herr Brame tua la femelle du Coucou au moment où elle sortit, et trouva dans son oviducte un autre œuf prêt à être pondu, et ressemblant en couleur au premier. Cette preuve parait évidente et presque sans réplique, malgré l'objection de M. Dawson Rowley, qui pense non sans raison, que des œufs extraits du corps de l'Oiseau ne peuvent être considérés comme montrant leur couleur véritable; surtout lorsque l'on sait que l'œuf ne revêt entièrement sa couleur qu'au contact de l'air, c'est-à-dire après son exclusion dn corps de l'Oiseau. Or, on sait que l'œuf de cet Oiseau, comme tous ceux des espèces de ce groupe, sont d'un joli rose tendre violacé, avec de petits points brunâtres ou noirs, assez rares, e.t quelques traits irréguliers de même couleur.
M. Wood parait incliner vers la même opinion , en disant que la couleur de l'œuf, chez le Coucou, varie selon ceux de l'espèce dans le nid de laquelle il doit être déposé.
1 « Naumaunia. »
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Ce qui est curieux, dans l'antagonisme d'opinions qu'a suscité cette question, c'est que deux observateurs, d'accord pour niennor, seulement le principe du D 1 ' Baldamus, mais encore notre exception, se trouvent, comme on va le voir, opposés en arguments et en faits.
Ainsi, le D r Baldamus conclut, avec Élien, de cette faculté que parait avoir le Coucou de changer à volonté, la couleur de son œuf. selon l'occurrence, que la nature ne l'a doué de la sorte que pour donner le change aux Oiseaux dont il emprunte le nid, et les empêcher de s'apercevoir, soit de l'intention, soit de la substitution.
Cette conclusion se trouvait implicitement dans cette proposition de notre Traité général d'Oologie ornithologique : « Le Coucou assimile la couleur de son œuf à celle des œufs du nid où il le dépose ; » proposition, qui depuis, nous a bien fait réfléchir.
A quoi, M. J. Vian nous répondait, en 1801 , dans ces termes :
« J'ai assez fréquemment déniché des œufs de Coucou, et toujours l'œuf m'a sauté aux yeux , quoique je sois myope, tant il 'différait de ses voisins. Un seul peut-être a fait exception, c'était dans un nid de Bruant jaune; mais les œufs de cet Oiseau se rapprochent beaucoup de ceux du Couco.
« J'ai souvent, continue ce patient investigateur, dans des nids d'Oiseaux qui couvent l'œuf du Coucou, remplacé un œuf, à peu près ou même tout à fait semblable pris dans un autre nid ; le lendemain, mon œuf était presque toujours à terre , et cependant je n'aurais pas reconnu moi-même mon œuf, si je n'avais eu le soin de le marquer. J'ai vu citer quelques œufs de Coucou de couleurs extraordinaires, mais je n'en ai jamais rencontrés, et tous ceux que j'ai vus ont un air de famille, et diffèrent
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moins que les œufs d'une même couvée dans certaines espèces. »
De son côté, M. Dawson Rowley, l'adversaire le plus déclaré de la thèse du D r Baldamus , dans son savant mémoire de 1865 l , s'exprime ainsi :
« Il est à peine nécessaire de penser que la nature se soit occupée de cela, puisque nous savons tous que la plupart des Oiseaux couveront l'œuf d'une autre espèce déposé dans leurs nids, et même une pierre ronde, ou une bille d'enfant. J'ai même vu un Gobe-Mouche Gris 2 , dont les œufs avaient été enlevés, rester pendant deux jours dans son nid vide ; l'impulsion à couver est tellement forte chez les Oiseaux qu'il leur est difficile d'y résister. J'ai plusieurs fois, et avec succès (autant qu'il s'agit de couver), changé les œufs des Oiseaux : il n'y a pas longtemps, j'ai remplacé trois œufs de Pinson 3 , par le même nombre d'œufs de Gros-Bec 4 , et auxquels la couveuse en ajouta deux autres avec beaucoup de plaisir. Mais , je n'ai pas besoin d'ajouter d'autres exemples, la même chose étant probablement arrivée à la plupart des Oologistes... »
Finalement , M. Rowley n'admet pas que les œufs du Coucou soient plus variables que ceux d'aucun autre Oiseau connu, ni que ces œufs aient nécessairement une ressemblance de couleur et dessin avec ceux à côté desquels ils seront déposés.
Enfin, M. Fatio, en juillet 1845, est venu donner l'appoint de bonnes observations à notre opinion.
Le savant fondateur de la Société Ornithologique suisse dit avoir trouvé des œufs de Coucou mêlés à ceux
1 « Ibis ».
2 Muscicapa grisola.
3 Fringilla cœlebs.
4 Coccothranster vulgaris.
de différents autres Oiseaux , dans des nids de Rouge- Gorge et de quelques Fauvettes, par exemple. Quand la ponte était terminée, il a toujours trouvé un œuf de plus que ne le comportait le nombre de ceux déposés par l'espèce ; il ne pense donc pas que la femelle du Coucou détruise toujours un œuf du nid auquel elle veut confier le sien, comme le pensent quelques auteurs.
C'est une exception, au principe généralement admis, que nous recommandons à MM. Gerlie et Vian.
M. Fatio a également été constamment frappé de la ressemblance de l'œuf du Coucou avec les œufs du nid d'où il était déposé. Il pense bien, comme quelques personnes, que l'explication la plus raisonnable de cet étrange phénomène , doit se trouver dans l'idée que la femelle , une fois son œuf pondu, s'en empare et vole à la recherche du nid qui lui convient le mieux; mais voici cependant une observation qui, tout en demandant à être répétée et confirmée , ne peut, suivant lui , venir à l'appui des idées généralement reçues, que si l'on veut accorder au Coucou une assez forte dose de raisonnement.
M. Fatio remarqua un jour une femelle de Coucou voltigeant à plusieurs reprises le long d'une haie au bord d'un chemin. S'étant caché, il vit la femelle se poser quelquefois à terre, puis s'enfoncer résolument dans la haie. Assez longtemps après, il vit le Coucou s'envoler de la même place et s'éloigner avec rapidité. Il s'approcha alors de l'endroit qu'il n'avait cessé d'observer et y trouva, à son grand étonnement, un nid évidemment de Pinson, à deux ou trois pieds de terre seulement. Dans ce nid, il n'y avait qu'un œuf bien semblable par sa couleur aux œufs du Pinson, mais cet œuf mesurait environ la moitié en sus de ceux de cet Oiseau. D'après tout ce que M. Fatio avait pu voir, il lui parût évident que cet œuf était celui
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de la femelle du Coucou ; il était cependant impossible de dire s'il y avait eu auparavant un œuf qui permit un échange. Par quel hasard un Pinson avait-il niché dans une haie? et comment la femelle du Coucou avait-elle reconnu, dans ces conditions anormales, le nid qui pouvait devenir la demeure appropriée à sa progéniture?
Mais ce qui, jusque-là, n'a été considéré par ces savants Ornithologistes, sauf le D r lialdamus, que comme une exception, un accident, a été érigé tout d'un coup en principe et comme règle constante (ce qui est aller un peu vite et un peu loin) à l'appui de sa thèse philosophique de X Inconscient, par le D r Hartmann qui. exagérant la doctrine de son confrère, et sur la foi de Brehm, n'hésite pas à s'en exprimer en ces termes :
« Les œufs que pond le Coucou , dit-il, sont toujours semblables, pour la grosseur, la couleur et le dessin, aux œufs du nid dans lequel il les dépose : pour celui de la Fauvette Rousse, ils sont blancs avec des mouchetures violettes ; pour celui de la Fauvette à poitrine jaune, roses avec des mouchetures noires ; rouge sombre enfin pour le Roitelet. L'œuf du Coucou est toujours ressemblant, à s'y tromper, aux œufs des autres Oiseaux, et on ne peut guère l'en distinguer que par la structure de la coquille. Ce n'est que par mégarde quand un Coucou se trouve surpris à l'improviste par le besoin de pondre son œuf. que l'œuf est parfois déposé dans un nid mal approprié ; il peut arriver de même que l'œuf soit brisé sur le sol. quand la mère n'a pu trouver un nid convenable en temps opportun ».
Ce que nous avons déjà fait connaître et ce qui nous reste à dire sur ce sujet, suffira à démontrer les exagérations de cite similitude, prétendue constante, de coloration et de volume de l'œuf do Coucou avec ceux des pro-
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priéiaires du nid accaparé : les Ornithologistes observateurs sérieux ne s'y tromperont pas.
A cette occasion, M. le marquis de Cherville, qui se défend, bien à tort, de toute saine notion ornithologique, a accompagné , en les reproduisant sur la communication de M. Jules Soury, les propositions du D 1 ' Hartmann, des réflexions les plus justes, que nous nous reprocherions de ne pas reproduire en lui laissant la parole, car, quoiqu'il en veuille, elles appartiennent désormais à la science :
« Quand une assertion , observe-t-il en mai 1878 , est émise par un écrivain sérieux, sous une forme aussi peu dubitative, on est mal fondé à la contester, quand on n'a pas les mains pleines de faits contradictoires. Nous n'en avons que quelques-uns, et nécessairement on pourrait leur opposer la réserve qu'on s'est prudemment ménagée et nous répondre que la dixaine d'œufs, d'une petitesse relative, mais d'une forme, d'un coloris parfaitement identiques que nous avons eus à examiner, avaient été fabriqués par mégarde par des femelles surprises par le besoin de pondre, etc., on ajoutera que des centaines d'œufs de Coucou ont du nous passer par les doigts sans que nous nous en doutions, puisque rien ne les distingue de leurs voisins dans les nids qui les contiennent. Nous nous bornons donc à examiner la miraculeuse faculté que l'on prête à la femelle, à un point de vue purement théorique.
« Cette faculté, dont l'importance vous a déjà sauté aux yeux, de modifier au gré de ses impressions la forme, le volume, le coloris de l'être embryonnaire, œuf ou fœtus, de le pétrir, de le modeler dans l'ovaire, comme un sculpteur fait de la glaise, constituerait un privilège dont l'espèce humaine aurait le droit de se montrer jalouse et le devoir de tenter la conquête. 11 y aurait un peu mieux qu'un intérêt de curiosité dans l'étude des singularités de
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la ponte du Coucou. Si les choses se passent comme l'affirme Hartmann, le but de la nature devient tangible. Le Coucou est une création de prédilection. Spécialement fabriqué pour refréner l'effrayante multiplication de certains insectes rongeurs et, pour mettre sa multiplication à la hauteur de sa mission, cette prévoyante nature l'aurait déchargé du soin d'élever une famille, pour lui permettre de concentrer ses forces dans le travail de la procréation.
« Alors, pourquoi cette disproportion constatée — les plumages ne sont pas les mêmes — entre le nombre des femelles et celui des mâles? Pourquoi ceux-ci forment-ils une si immense majorité dans l'espèce, et non pas celles-là ? La nature aurait pris, pensez-vous, une voie détournée pour arriver au même but; ceci n'est guère dans les habitudes de la bonne dame ; cependant si quelqu'une est autorisée à avoir des caprices, ce serait bien elle assurément, nous le reconnaissons.
« Néanmoins ce but, comme cette fois, elle ne l'atteint pas beaucoup, ce qui lui arrive rarement, il est possible aussi qu'elle ne se le soit pas du tout proposé. Le Coucou, en dépit des facilités qui lui ont été accordées pour pulluler, n'est point une espèce très largement représentée. Il est partout, cela est vrai, mais en petit nombre. La voix de cet Oiseau s'entend de fort loin, et au printemps il chante presque depuis le matin jusqu'au soir. Vous en entendez un, il est rare que dix minutes se passent sans qu'un autre lui réponde, l'appel part quelquefois de deux et trois côtés tour à tour; mais cependant, au début du concert, il y a toujours entre chacun de ces Oiseaux une distance assez considérable pour que j'estime qu'il n'en existe pas plus de deux ou trois par kilomètre carré de découvert; si vous voulez bien ne pas oublier que les mâles seuls se
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font entendre dans l'espèce , vous en conclurez avec moi que son total ne ferait pas honneur à une reproduction si extraordinairement favorisée. Au temps où la poésie était dans l'air , la passion du merveilleux a dénaturé l'histoire naturelle du Coucou ; il ne faudrait pourtant pas que la nécessité de trouver des arguments à l'appui d'une thèse philosophique la reléguât à jamais dans le domaine de la légende; nous y aurions plus perdu que
« Parmi les Oiseaux nourriciers de Coucous désignés par M. Hartmann, figure le Regulus Ignicapillus, — nous dirons le Roitelet si cela ne vous contrarie pas. — Le Roitelet couronné de feu, commun en Allemagne, niche rarement en France, où nous avons surtout le Troglodyte auquel nous décernons généreusement le titre de son cousin germain. L'œuf du Roitelet est brunâtre, plutôt que du rouge sombre dont l'auteur de la Philosophie de l'Inconscient le décore; toutefois la nuance est assez tranchée pour que l'écrivain allemand ait tenu à la faire figurer dans une liste destinée à témoigner de la puissance des aptitudes coloratrices de la femelle du Coucou; enfin, passons à M. Hartmann son œuf rouge et tenons-nous en au volume' de l'œuf du Roitelet qu'il s'agit d'égaler. Cet œuf est de la dimension d'un gros pois. Nécessairement,- ce ne sera pas seulement, le contenant, la coquille, dont la mère du Coucou aura dû réduire les proportions ; elle n'a pu y réussir sans diminuer le contenu; c'est-à-dire le jaune et le blanc de son œuf. Comment un Vitellus semblable à un grain de chénevis, comment trois ou quatre gouttes d'albumine fourniront-ils les éléments suffisants au développement d'un embryon destiné à arriver plus tard*à la taille d'un petit Pigeon. Un autre miracle est nécessaire. Notre femelle partage probablement avec Liebig l'honneur
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d'avoir résolu le problème de la concentration des sucs nourriciers.
« Nous préférerions chercher le secret de la reproduction anormale du Coucou dans un ordre de conjectures beaucoup plus simples. En le vouant à la destruction de certaines chenilles, peut-être la nature n'a-t-elle pas voulu qu'il allât jusqu'à leur extermination. La consommation que ces Oiseaux eussent faite de ces chenilles pendant la période de l'alimentation régulière de leur famille eût été considérable; l'inconvénient est évité en livrant les jeunes Coucous à des éducateurs, non seulement spéciaux en matière d'insectes, mais omnivores.
« Pourquoi, direz-vous, ce souci de la conservation d'odieux insectes qui ne servent qu'à dépouiller les bois de leur parure et à la remplacer par des toiles dégoûtantes? On peut vous répondre : Ëtes-vous bien sûr qu'ils sont inutiles? Le microscope a montré dans l'eau, dans l'air soi-disant pur que nous respirons, des légions d'animalcules dont la présence nous échappe. Qui sait s'il n'existe pas certaines relations entre ce monde des invisibles et quelques créations minuscules, et si celles-ci ne sont pas le trait d'union par lequel il se rattache aux ordres supérieurs? S'il est vrai que parmi les insectes il en est dont l'oeil a la puissance d'une lentille grossissante, la supposition cesse d'être aussi absurde qu'il le semble. Ce qui m'a quelquefois consolé de mon ignorance, c'est qu'il n'est pas mal de questions comme celle-là, auxquelles les plus savants seraient aussi embarrassés que moi pour répondre 1 . »
C'est assurément parler d'or. Et nous ne pouvions plus heureusement clore cet exposé de l'état actuel et de l'historique de-cette question du polymorphisme de l'oéuf, en ce
1 « La Vie à la Campagne (journal Le Temps)
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qui concerne le Coucou Chanteur seulement. Car il n'est pas le seul qui se distingue par ce phénomène ; nous le verrons se reproduire, entre autres, pour de moindres espèces de Coucous d'Afrique, d'Océanie et d'Australie, les Chalcites.
Nous ne nous permettrons de relever qu'un argument, dans ces excellentes pages de M. de Cherville; c'est celui relatif à la proportion des éléments organiques de l'œuf, nécessaire, selon lui, au développement de l'embryon, selon le volume plus ou moins fort de l'Oiseau qui en doit sortir. La petitesse relative de l'œuf du Coucou prouve déjà contre cette assertion. Ce qui en démontre en outre le peu de fondement, c'est que ces proportions sont loin d'être toujours relatives. Sans parler de l'œuf du Cormoran, entre autres, si petit pour le volume de l'Oiseau, nous pouvons citer, en sens contraire, celui des Gallinacées, généralement si volumineux, et, par dessus tous, dans cet ordre, celui de la Famille des Tinamous, si disproportionné pour sa grosseur avec l'exiguïté de la taille de ces Oiseaux.
Ce qui précède est une démonstration de plus que l'accord n'existe pas toujours pour l'explication des causes finales, quand on les observe à la légère, ou qu'on les veut voir partout. Dans tous les cas, notre simple rôle de narrateur nous interdit de pousser jusqu'à ses dernières limites cette discussion, si intéressante soit-elle. Nous nous bornerons à enregistrer les faits : on va voir qu'ils ne font pas défaut.
On ne s'est jamais exactement rendu compte, par exemple, du nombre d'espèces d'Oiseaux, en Europe, que l'on a sans cesse supposé très restreint, dans le nid desquelles a été constatée la présence d'œufs de Coucou. On s'en fera une idée par la nomenclature que nous en allons donner, si longue qu'elle puisse être, et encore ne sera-t-elle probablement pas complète.
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Gessner avait déjà cité le Chouccas 1 ; Pallas citait le Rouge-Gorge Bleu 2 ; Yarrell, le Pipit Obscur 3 , le Pinson et le Merle Noir 4 ; M. Hewitson, la Locustelle Tachetée 5 . Nous- avons cité, par Thienemann et par nous-même : la Fauvette Ordinaire ou des Jardins ° ; la Fauvette à Tète noire 7 ; la Fauvette Babillarde 8 ; le Rouge-Gorge 9 ; la Fauvette des Roseaux 10 ; le Rossignol de Murailles 11 ; le Pouillot Chantre 12 ; le Troglodyte 13 ; la Grande Mésange Charbonnière 14 ; la Bergeronnette Grise 15 ; l'Accenteur Traîne-Buissons " ; le Traquet Stapazin 17 ; le Pipit des Buissons 18 ; le Pipit Rousseline 19 ; la Linotte 20 ; le Verdier 21 ; le Bouvreuil 22 ; la Pie-Grièche 23 ; le, Geai 24 ; la Grive 23 ; le Bruant 26 et, plus rarement, la Pie 27 ; la Tourterelle 28 et le Ramier 29 .
Thienemann y ajoutait encore : la Fauvette Verderolle 30 ; la Fauvette Aquatique 31 ; la Fauvette Grisette 32 ; le Traquet Tarier 3 ' 2 ; la Bergeronnette Jaune 31 ; le Pipit des Champs 35 ; et l'Alouette des Champs 36 .
Par suite d'autres sources d'informations, le D 1 ' Baldamus a pu joindre à ces espèces : la Pie-Grièche Écorcheur 37 ; la Fauvette Épervière 3S ; le Rossignol 39 ; le Pouillot Véloce 40 ; la Grande Rousserolle 41 ; la Fauvette
1 Corvus Monedula. — * Cyanecula Suecica. — i Anthus Obscurus.
— 4 Turdus Merula. — « Locustella Ncevia. — c Curruca Hortensis.
— 1 Curruca Atricapilla. — 3 Curruca Curruca. — 9 Rubecula Familiaris.— "> Calamoherpe Arundinacea. — " Ruticilla Phcenicura.
— ,s Phyllopncuste Trochilus. — " Troglodytes Europœus. — M Parus Major. >- « Molacilla Alba. — ^ Aceentor Modularis. — 17 Saxicola Stapazina. — «• Anthus Pratensis. — > 9 Anthus Cervinus. — 20 Acanthys Linaria. — 2 " Chlorospiza Chloris. — » Pyrrhula Rubicilla. — S) Lanius. — « Garrulus Glandarius. — 23 Turdus Musicus.
— 2G Emberiza. — « Pieu Caudata. — « Turtur. — » Palumbus. — 30 Calamoherpe Palustris. — " Calamodyta Aquatica. — « Sylvia Cinerea. — » Saxicola Rubctra. — « Boarula Flava. — « Anthus Campestris. — 3 « Alauda Arvensis. — « Enncoctonus Collurio. - 3S Adophoneus Nisorius. — » Luscinia Luscinia. — « Phyllopneuste Ru fus. — ♦' Calamoherpe Turdoïdes.
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
Phragmite 1 ; le Roitelet Commun' 2 ; la Fauvette à Poitrine jaune 3 ; le Pipit des Arbres'; le Bruant Proyer 5 ; et le Bruant des Roseaux".
Brehm compte près d'une quinzaine d'espèces, comprises au nombre de celles que nous venons de nommer, dans le nid desquelles on a constaté la présence de l'œuf du Coucou.
M. Tristram l'a trouvé, en Palestine, dans le nid de l'Alouette du Désert 7 ; M. Baillv, dans celui du Loriot 8 ; l'abbé Caire, deux fois dans celui du Niverolle des Neiges . Enfin, M. Dawson Rowley cite, comme additions à ces listes : le Pinson d'Ardennes '", dont il a reçu d'Arcbangel le nid contenant, avec cinq œufs de cet Oiseau, un œuf de Coucou; le Moineau Commun"; l'Alouette Cochevis 12 ; l'Alouette Lulu 13 .
C'est donc près de soixante espèces d'Oiseaux, reconnues jusqu'ici, dans le nid desquelles le Coucou introduit son œuf, en Europe. Il est bien permis de douter, devant ce chiffre, qu'un choix réfléchi préside à leur adoption, et de croire que la prise de possession dépend uniquement des circonstances. D'où l'on pourrait presque conclure que, pour notre Coucou, tout nid lui est bon, pourvu que ce soit un nid de Passereau.
En présence de ce nombre d'espèces, est-il raisonnable d'admettre une mutabilité de colorations aussi diverses? Faut-il admettre que, pour chacune de ces espèces choisies par le Coucou, il pense, comme pour le cas de la Fauvette à Poitrine jaune, ou plutôt qu'il ait besoin de réfléchir beaucoup, au moment où se forme le dépôt calcaire de son oviducte, pour faire prendre à son œuf la couleur de ceux
1 Galamodyta Phragmitis. — * Regulus Cristatus. — ' Sypolaïs Polyglotta.— 4 Anthus Arborais. — ! Emberiza Miliaria. — "Emberiza Schceniculus. — " Ammomancs Deserti. — a Oriolus Galbula. — '■> Montifringilla Nivalis.— '" Fringilla Monti fringilla. — " Passer Domesticus. — ,2 Galerida Cristata. — n Alauda Arborea.
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
de chaque nid qu'il convoite ? C'est, il faut l'avouer, lui imposer gratuitement une lourde tâche en même temps qu'un rude et double travail physique et intellectuel.
Le plus difficile , pour la femelle , est assurément de découvrir, dans tous les cas, un nid renfermant des œufs récemment pondus, afin que l'incubation de tous ait lieu simultanément.
Qu'on se représente, dit M. de Tschudi, ce qu'il faut à cette mère d'activité et de soucis pour trouver ce nid dans des conditions favorables de position, d'origine, et contenant justement des œufs fraîchement pondus. Cependant, presque toujours elle réussit dans ses recherches. Grâce à son instinct extraordinaire, surtout à son regard perçant, et cela sans qu'elle ait beaucoup à ramper au milieu des buissons, car sa queue allongée et ses pattes courtes doivent le lui rendre aussi pénible que de marcher sur le sol. Dans des cas rares , lorsque la maturité de son œuf la force à s'en débarrasser, la femelle du Coucou l'adjoint à des œufs déjà vieux ou à moitié couvés, à défaut desquels elle le dépose dans un nid vide, mais seulement lorsqu'elle le sait récent et habité.
On sera peut-être surpris de trouver plusieurs Oiseaux granivores, tels que la Linotte, le Verdier, le Bouvreuil, dans la liste des nourrices du Coucou. Mais il faut savoir que la plupart de ces Gros-Becs alimentent leurs petits, dès leur naissance, avec des insectes ; et que d'ailleurs les matières végétales macérées dans le jabot de ces petits Oiseaux, peuvent convenir au jeune Coucou à un certain' point, et jusqu'à ce qu'il soit en état de trouver lui-même les chenilles, les araignées , les coléoptères , et autres insectes dont il est friand, et qui le plus souvent fourmillent autour de son habitation.
Le Polymorphisme, restreint dans son appellation au
seul changement de couleur de l'œuf du Coucou, ne serait, pour nous qu'un véritable Métachromatisme, bien autrement étonnant, s'il existe, que celui du plumage des Oiseaux, si longtemps confondu, chez eux, avec la mue. Car, indépendamment du but, quelle en peut être l'origine? A moins d'imaginer que l'œuf déposé à terre, à peine enduit de ses teintes encore toutes fraîches, une fois repris dans le gosier de l'Oiseau pour être transporté au nid, subit dans sa coloration, sous l'influence et le contact acide des sécrétions muqueuses de cet organe, une modification profonde de ses premiers principes colorants. A moins d'imaginer encore, une fois admise l'influence des aliments sur la coloration de l'œuf, que l'absorption par le Coucou de l'œuf ou des œufs de l'Oiseau nourricier et même de leur coquille, n'entraîne, dans la circulation de la femelle du Coucou, les éléments de coloration assimilables à celle de ces œufs.
Car voilà à. quoi mènent la recherche et l'explication à tout prix des causes inconnues en dehors des règles ordinaires.
Mais quelquefois le Coucou dépose son œuf dans un nid encore vide ou abandonné. A-t-il deviné, dans ce cas, ou devinera-t-il la couleur des œufs qui y seront plus tard? Et, s'il les doit couver lui-même, quelle couleur arborerat-il pour ses propres œufs ? Probablement celle qu'on lui connaît la plus ordinaire. .
Nous admettons bien, par complaisance encore, que les œufs du Coucou varient presque à l'infini dans leur mode de coloration , tout en restant dans la même gamme de ton ; mais ils ne varient guère plus que ceux des Pitpits Farlouse et Cujelier et de beaucoup d'autres. Or, s'il plaisait à un de ces Pitpits, pour une cause ou pour une autre, de déposer un ou deux de leurs œufs dans un nid étranger,
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
il serait bien extraordinaire que, dans le nombre, il ne s'en rencontra pas qui fussent en accord parfait de coloration avec les œufs de ce nid. Nous pensons donc que le Polymorphisme de l'œuf du Coucou ne saurait être autre chose.
Maintenant , serait-il vrai que , pour rendre l'illusion plus complète, le Coucou ne se bornerait pas à l'assimilation des couleurs de son œuf à celles des œufs étrangers auxquels il le mêle (ce qui est déjà un assez beau privilège) ; et que , selon que ceux-ci seraient plus ou moins gros , il pousserait cette faculté d'assimilation jusqu'à proportionner aussi les dimensions de sonœufà celles des œufs du propriétaire du nid ?
C'est une des objections les plus sérieuses de M. de Cherville, qui n'y croit pas plus que nous, et qui mérite qu'on s'y arrête.
Il est de fait que, proportionnellement à sa taille de 30 centimètres, le Coucou Chanteur est, de tous les Passereaux, celui dont l'œuf est le plus petit : il ne mesure que de 22 à 26 millimètres de grand diamètre, sur 16 à 17 de petit diamètre.
Nous ne connaissons d'exceptions à ces dimensions, à part celle citée par M. Fatio, dont nous parlerons tout à l'heure, que celles que présentent les curieux exemplaires de Gerbe : celui trouvé dans un nid de Niverolle, porte 27 millimètres de longueur sur 16 de largeur, alors que les œufs de cet Oiseau n'en portent que 25 sur 16 à 17; celui trouvé dans un nid d'Accenteur , porte 21 millimètres de haut sur 13 de large contre 19 sur 14 qu'accuse l'œuf de l'Oiseau ; et celui recueilli dans un nid de Bruant Proyer, 26 millimètres sur 17 au lieu de 25 à 26 sur 18 qu'offre l'œuf de ce dernier.
D'un autre côté, sans parler de Salerne, qui a trouvé
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
dans un nid de Traquet un œuf de Coucou, bleu comme eux, mais plus gros du double, nous avons vu M. Fatio trouver, dans un nid de Pinson, un œuf de Coucou de près de moitié plus gros, dit-il, que les autres auxquels il était adjoint. Or, l'œuf de Pinson mesure 20 millimètres sur 15 ou 16, près de la moitié en sus, ce serait 8 ou 9 millimètres à ajouter; cependant l'œuf du Coucou ne mesure ordinairement, comme nous l'avons dit, que 22 à 26 sur 1G ou 17, soit 1 millimètre ou 2 de plus que celui du Pinson. L'œuf trouvé était donc plus gros que d'habitude de 5 à 6 millimètres. Dans quel but et par suite de quelle nécessité ? puisque dans ce cas, il suffisait au Coucou de pondre tout simplement son œuf dans les dimensions ordinaires, sous peine de démasquer sa supercherie. Ce raisonnement et cette objection sont les mêmes et s'appliquent également aux exemplaires de Gerbe et à celui de Salerne.
C'est le cas de dire que qui veut trop prouver ne prouve rien ; et de s'écrier : quel est donc ce mystère ! Nous pensons, avec MM. Vian et Rowley, que ce ne sont que des monstruosités, rien de plus, comme en offrent les œufs de presque tous les Oiseaux : tantôt en plus , quand ils ' renferment deux jaunes ; tantôt en moins , lorsqu'ils sont clairs ; des exemples de ces singularités que présente la nature , et dont la cause demeure souvent longtemps inconnue. 11 est évident, au résumé, que si le Polymorphisme, tel qu'on se plaît à l'appliquer au Coucou , procédait d'un principe fixe, de pareilles aberrations ne devraient que fort rarement ou jamais se présenter.
Une dernière observation sur la petitesse relative de l'œuf du Coucou ressortira des termes de comparaison suivants, tirés des plus grosses espèces d'Oiseaux dans le nid desquelles a été trouvé son œuf.
OS HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
La Pie a de taille 40 centimètres, et son œuf mesure 32 millimètres sur 23.
Le Geai a de taille 35 centimètres, et son œuf de 31 à 32 sur 21 à 22 millimètres.
La Pie-Grièche Grise a de taille 24 centimètres, et son œuf mesure 24 millimètres sur 18.
La Grive enfin a de taille 23 centimètres, et son œuf mesure 28 millimètres sur 15.
Ainsi, avec une taille supérieure à celle de la Grive, et presque égale à celle du Geai, le Coucou ne peut produire qu'un œuf de 22 à 26 millimètres sur 16 à 17, c'est-à-dire, inférieur à la plus petite des quatre espèces citées.
Et nulle part on n'a vu cet œuf de Coucou lutter avec ceux-ci de dimensions, ce qu'il faudrait démontrer.
Reste, pour finir, et c'est avec intention que nous la réservons la dernière, la question, depuis si longue date soulevée, de savoir pour quelle cause, s'il en est une, la femelle du Coucou ne peut-elle, ou plutôt ne pourraitelle couver son œuf, ou par quel motif ne le voudrait-elle pas ?
« Ce qui peut paraître étonnant, dit Vieillot paraphrasant de Montbeillard, c'est la complaisance de la nourrice du Coucou, qui oublie si facilement ses propres œufs e't ses petits, pour se livrer tout entière aux soins qu'exige cet étranger. Ce sacrifice, qui la fait renoncer aux affections les plus naturelles, et qui n'a lieu que pour le Coucou seul, est donc commandé par une loi impérieuse de la nature, puisque la plupart d'entre eux refusent de couver d'autres œufs que celui du Coucou ? L'on ne peut guère en douter d'après les expériences de Lothinger. »
Lothinger a, en effet, expérimenté, au temps de Buffon , en mettant un œuf de Roitelet dans un nid de
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Fauvette Commune , un œuf de Merle dans un nid de Bruant de Haies et un autre dans un nid de Verdier, un œuf de Pie-Grièche Écorcheur dans un nid de Rouge- Gorge, pour voir si chacun de ces Oiseaux couverait l'œuf étranger à leur espèce introduit dans son nid ; des essais semblables furent faits depuis sur des nids de Gobe-Mouche, de Roitelet, de Chardonneret, de Bouvreuil, de Pinson , de Farlouse , de Pouillot Chantre , de Grive, de Merle, et même de Chouette et de Vanneau : tous ces Oiseaux couvaient ; et à peine leur eût-on enlevé leurs œufs, quoiqu'on en eût mis d'autres en place, qu'ils quittèrent leur nid pour n'y plus revenir.
Dans la trente et unième expérience, cet Ornithologiste nous communique des observations d'autant plus intéressantes, qu'elles sont difficiles à faire, sur la conduite que tiennent les Pouillots à l'égard du jeune Coucou, et sur le nourrisson lui-même. C'est ainsi qu'il en donne les détails :
« Arrivé sur les lieux, je me posai avantageusement pour observer les père et mère nourriciers d'un jeune Coucou ; mais ceux-ci usèrent longtemps de prudence, et ils ne s'approchèrent qu'avec beaucoup de circonspection; cependant comme leur nourrisson faisait des cris fréquents, de besoin sans doute, attendu que l'intervalle depuis la dernière becquetée était déjà considérable, ils furent obligés de se montrer ; je reconnus alors que ces Oiseaux charitables étaient des Pouillots Chantre. Plus familiarisés avec moi, ils parurent plus souvent, et plus d'une fois je les vis approvisionnés de la nourriture qu'ils apportaient à leur élève, laquelle n'était autre qu'un insecte plus ou moins gros. Alors il me vint à l'idée de mettre à profit une si belle occasion de découvrir, si les père et mère, en livrant leurs œufs et les jeunes qui en devaient provenir à des Oiseaux étrangers, les abandonneraient pour ne plus s'en
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HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
mêler; et dans peu j'eus lieu de me convaincre de ce qu'il en était. En effet, m étant caché sous des feuillages, de façon à ne pas être aperçu, et y étant resté en silence, bientôt après vint un Coucou , chantant et rôdant aux environs du jeune Oiseau, lequel pour mieux remplir mon objet, je plaçai dans uue clairière à peu de distance du nid, après l'avoir excité à faire quelques cris qui pussent efficacement attirer ses parents; mais ce fut en vain, ils n'approchèrent pas davantage ; cependant, j'eus lieu d'observer que le vieux Coucou redoublait son chant, à raison des cris du jeune, et que tous deux paraissaient se prêter la plus grande attention. »
De tous les Oiseaux sur lesquels Lothinger a fait ses expériences, le Bruant et le Pouillot Chantre sont ceux qni ont tenu le plus longtemps ; après avoir été privés de leurs œufs, ils sont retournés à leurs nids, et ils ont couvé l'œuf étranger près de vingt-quatre heures.
Bref, Lothinger a conclu de ces différents faits :
1° Que l'opinion du vulgaire, au sujet du Coucou, est très erronée, et que plusieurs naturalistes paraissent l'avoir peu connu ;
2° Que tout Oiseau , qui a des œufs, quitte son nid, si on les lui ôte pour mettre en place un œuf seul et d'espèces différentes ;
3° Que cet abandon est assez prompt, et qu'il a lieu même quand l'Oiseau privé de ses œufs couvait;
4° Que par une distinction fort extraordinaire, il en est autrement lorsque le Coucou est le ravisseur ;
5° Qu'il est très assuré que le Coucou ne couve pas, qu'il ne faitpoint de nid, etqu'ilpond dans celui de quelque petit Oiseau, dont il a auparavant jeté les œufs ;
6° Que ce petit Oiseau, ainsi maltraité, ne fait aucune difficulté de retourner à son nid, et d'y couver l'œuf que
le Coucou a substitué aux siens , quoique unique et bien
différent ;
7" Enfin, que ce n'est nullement par indifférence ou par paresse que le Coucou ne fait pas de nid et qu'il ne couve pas ; mais que forcé comme il l'est , et peut-être pour d'autres causes encore, il est nécessaire que d'autres que lui travaillent et coopèrent à la multiplication de son espèce ; que les singularités qu'il présente ne sont point une bizarrerie, ni un désordre de la Nature, mais l'effet d'une Volonté suprême.
Il est remarquable que Lothinger ne paraisse pas reconnaître l'assimilation de l'œuf du Coucou à ceux du nid avec lesquels se trouve cet œuf, puisqu'il le dit bien différent. Ce qui prouve du moins que, dans ses nombreuses recherches, il n'en a jamais rencontré d'exemple.
Guéneau de Montbeillard qui, à la même époque, travaillait à l'œuvre de Buffon , n'adopta pas les résultats de Lothinger, et objecta qu'on ne peut conclure, de ce qu'un Oiseau a renoncé à ses œufs qui avaient été mis dans son nid par la main de l'homme, qu'il y aurait aussi renoncé si un autre Oiseau les y eût déposés lui-même ou plutôt pondus ; que ce renoncement dépend du plus ou moins de finesse du tact, de l'odorat ou de la passion de couver plus ou moins vive.
A cette objection, qui ne manquait pas de portée, Lothinger a opposé de nouvelles expériences qui se peuvent résumer ainsi :
1° Des changements d'œufs faits de main d'homme dans des nids de Chardonneret, de Pinson, de Verdier, etc., mais des œufs de mêmes races : ces œufs ont été couvés par ces Oiseaux comme si c'étaient les leurs, et ils ont nourri les petits qui en sont provenus ;
2° Des changements d'œufs étrangers, sans les toucher
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en aucune manière, et placés dans divers nids ; ses résultats ont été les mêmes que ceux des premières expériences.
Enfin, les œufs propres de l'Oiseau, retirés et remis à la main, ne furent point abandonnés.
Montbeillard a clos cette série d'expériences par dix observations, desquelles il résulte, dit-il :
1° Que les femelles de plusieurs espèces de petits Oiseaux, qui se chargent de couver l'œuf du Coucou, se chargent aussi de couver d'autres œufs étrangers avec les leurs propres;
2° Qu'elles couvent quelquefois ces œufs étrangers de préférence aux leurs propres;
3° Qu'elles couvent et font éclore un œuf unique autre que celui du Coucou ;
4° Qu'elles repoussent avec courage la femelle du Coucou, lorsqu'elles la surprennent venant déposer son œuf dans leur nid ;
5° Enfin, qu'elles mangent quelquefois cet œuf privilégié, même dans le cas où il est unique; mais un résultat plus important et plus général, c'est que la passion de couver, qui parait quelquefois si forte dans les Oiseaux, semble n'être point déterminée à tels ou tels œufs, ni à des œufs féconds, puisque souvent ils les mangent ou ils les cassent, et que plus souvent encore ils en couvent de clairs; ni à des œufs réels, puisqu'ils couvent souvent des œufs de craie, de bois; ni même à ces vains simulacres, puisqu'ils couvent quelquefois à vide; que par conséquent, une couveuse qui fait éclore, soit un œuf de Coucou, soit tout autre œuf substitué aux siens, ne fait en cela que suivre un instinct commun à tous les Oiseaux et, par une dernière conséquence, qu'il est au moins inutile de recourir à un décret particulier de l'Auteur de la Nature pour expliquer le procédé de la femelle du Coucou.
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
Il est juste d'observer que sur ces dix expériences, huit ont été faites sur des Serins, et par conséquent sur des Oiseaux réduits à l'état de domesticité. Mais nous ne pensons pas comme Vieillot, que cela en infirme les résultats au point de mettre exclusivement, ainsi qu'il le proclame, toute la raison et la vérité du côté de Lothinger. Toutes ces études ne devaient pas être les dernières, chaque génération dans les sciences produisant ses investigateurs ; et c'est pour augmenter la lumière sur cette controverse que près d'un demi-siècle ensuite, FI. Prévost tenta de nouvelles expériences, dont il rendit compte, par lettres, au Président de l'Académie des sciences, en 1834. Sans y revenir, disons qu'elles lui ont suffi pour en tirer les conclusions suivantes :
1° Que la femelle du Coucou est essentiellement polygame ;
2° Que l'action du mâle ne féconde qu'un ou deux œufs seulement ;
3° Que chaque accouplement est suivi d'une ponte; 4° Que le nombre de ces accouplements successifs ne permet conséquemment pas à la femelle de couver ses œufs et d'élever ses petits, puisque ces deux fonctions contraires, dont l'une l'oblige à rester au nid, tandis que l'autre l'en éloigne, devraient alors avoir lieu en même temps ;
5° Que c'est pour que cet Oiseau puisse obéir librement à l'instinct impérieux qui détermine ces nombreux accouplements, qu'il est pourvu de celui qui le dispense de prendre soin de ses petits.
Ces conclusions, ainsi que les observations dont elles sont déduites, viennent quelque peu contredire celles auxquelles serait arrivé le savant chimiste Belge, M. Van Mons, que nous avons déjà cité, dans un mémoire de la même époque, 1833. D'après lui, les Coucous sont bien
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polygames, mais à la manière des autres Oiseaux, c'est-àdire qu'un mâle suffit à plusieurs femelles. Ce mâle se perche ordinairement sur le sommet de quelque arbre et, sans changer de place, il chante pour appeler les femelles, qui s'empressent de se disputer ses faveurs. Ces femelles, après qu'elles ont été fécondées, ne pouvant seules se charger de l'éducation de leurs petits, par les mêmes raisons que l'on a vues, sont obligées d'en charger les étrangers.
Ainsi, même après tant d'études, d'expériences et d'observations incessantes, depuis tantôt un siècle, bien des questions, au sujet de notre Coucou Chanteur, demeurent encore dans le vague, pour ne pas dire dans le mystère, et attendent encore leur explication.
Le fait le plus universellement constaté et indiscutable jusqu'à présent, c'est qu'on n'a aucune preuve positive de l'avoir jamais vu construire de nid, pas plus que couver ses œufs; quoique les deux choses soient non seulement possibles, mais même probables : puisque, au dire de Gérard, quelques observateurs affirment avoir vu la femelle du Coucou faire son nid, et couver elle-même ses petits; et d'autres veulent qu'elle s'empare des nids vides et y ponde.
A cet égard, nous sommes tout porté à admettre que si un œuf de Coucou est jamais trouvé dans un nid de Pie, de Geai, de Corbeau, ou même de Ramier, c'est que l'Oiseau ne l'y aura introduit qu'avec l'intention bien évidente de l'y couver lui-même, ces nids lui offrant capacité suffisante pour cette opération. Ce qui est à démontrer.
Il est bien certain, que ce ne sera jamais sur les nids des petites espèces auxquelles il les confie qu'il faut s'attendre à le voir couver son œuf, l'emplacement trop exigu ne le permettant pas à sa forte corpulence. Cette impossi-
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bilité même nous explique pourquoi une autre espèce de Coucou, dont nous allons nous occuper, également d'Europe, tout en conservant les habitudes parasitiques du nôtre en général, lorsque parfois la fantaisie lui prend de couver lui-même ses œufs, les dépose ou les pond dans des nids plus en rapport avec sa taille, tels que ceux abandonnés par les Corneilles, les Pies, voire même les Ramiers.
Attendons-nous donc au premier jour, qui n'est pas demain, à une surprenante découverte de ce genre; pour y arriver toutefois, il convient d'abandonner les errements suivis jusqu'ici, qui ont fait leur temps, et que nous appelons de la Vieille École, quant au Coucou Chanteur, et de reporter les nouvelles études sur les espèces dont le parasitisme est intermittent.
Dans cet ordre d'idées, on apprécierait les circonstances qui semblent déterminer l'Oiseau à envahir le nid d'un autre, et celles au contraire où se produit et se développe chez lui l'instinct maternel. De la solution de cette double question, et à ce prix seul, jaillira le dernier rayon de lumière destiné à dissiper définitivement les ténèbres qui, malgré tout, pèsent encore sur l'histoire du Coucou Chanteur.
Une de ces circonstances déterminantes, par exemple, ne pourrait-elle pas se trouver dans l'observation attentive du passage ou de la migration de ces Oiseaux? car ces migrations, à leur arrivée au pays de la ponte, ne se composent presque jamais, ou rarement, jusqu'aux observations de ce jour, d'un nombre équivalent de mâles et de femelles; ce sont tantôt les uns, tantôt les autres, qui dominent, sans exclure parfois l'existence ou la possibilité d'une certaine parité de sexes. D'où l'on pourrait conclure que, de cette imparité ou équiparité résulte chez les Cou-
cous, que nous appelons à parasitisme intermittent, leur détermination, soit à convoiter un nid étranger pour y déposer leur œuf, soit à s'emparer d'un nid abandonné ou en construire un autre pour y pondre leurs œufs et les couver eux-mêmes.
Il se peut donc faire, et c'est notre pensée, que le principe généralement adopté, quant à présent, sur la prétendue prédominance exclusive des mâles, ne s'applique qu'à l'une des trois faces de la question que nous venons de poser. Resterait à faire, non la découverte de la seconde, qui n'est plus à faire depuis l'observation de M. Van Mons, mais celles de la troisième. C'est ce qu'aideront à nous montrer les études et lès recherches d'un savant Ornithologiste voyageur anglais, M. Ramsay, sur le Coucou Brillant ou Bronzé de la NoUvelle-Hollande.
Mais, en fait de circonstances déterminantes, la meilleure, la plus sûre et la plus facile, parce qu'elle se trouve à portée de tous les chasseurs, serait celle-ci :
On sait que, chez la plupart des Oiseaux, les femelles surtout, quand elles ont couvé, portent, à la surface du sternum et du ventre, des places dont le plumage, principalement le duvet, n'existe plus. C'est ce que Faber appelle taches incubatrices. Disséminées en plusieurs régions chez les Oiseaux d'eau, suivant leur nombre d'œufs, elles occupent presque toute la surface chez les petites et grandes espèces de Passereaux.
Cette dénudation n'est, chez aucun, plus remarquable que chez le Freux, le Geai, le Merle, pour ne parler que des plus communs. C'est une observation, que nous sommes à même de faire tous les ans, que nous abattons par plusieurs douzaines, pour rie pas dire par centaines, chacune de ces espèces, durant tout le temps de la couvée et de l'éducation des petits.
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
Que les ornithologistes chasseurs, tant en Europe qu'en France, où ils ne manquent pas, à commencer par Toussenel, par MM. Vian et de Cherville, sans parler de M. Alb. Marchand, de Chartres, veuillent bien tenir compte et bonne note de cette indication. Il leur suffira, dans la saison, après les premières constatations faites du dépôt d'œufs de Coucou dans les nids qu'ils observeront, et le temps présumé nécessaire à leur éclosion, d'opérer une véritable battue. De l'examen des victimes et de leurs dépouilles résultera la démonstration qui fait défaut à la science. Et preuve sera faite si, oui ou non, le Coucou Chanteur est un Oiseau comme un autre, et s'il lui arrive enfin do vouloir bien couver ses œufs lui-même.
C'est une réflexion qui nous est venue à la suite de nos études sur Levaillant, qui en fait tardivement l'observation, à propos de cette même famille, dans le cours de ses voyages en Afrique, et que nous ne manquerons pas de rappeler en son lieu.
Nous nous bornerons à cet aperçu pour dire un mot de l'éducabilité de notre Coucou Chanteur; aussi bien faut-il en finir avec lui. Ce qui démontre surabondamment que son organisation ne diffère pas de celle de tous les autres Oiseaux, c'est son aptitude à la domestication.
« Quoique rusé, quoique solitaire, dit Guéneau de Montbeillard, le Coucou est capable d'une sorte d'éducation. Plusieurs personnes en ont élevé et approvisionné : on le nourrit de la viande hachée, cuite ou crue, des insectes, des œufs, du pain mouillé, des fruits, etc. Un Coucou, ainsi apprivoisé, reconnaissait son maître, venait à sa voix, le suivait à la chasse, perché sur son fusil; et, lorsqu'il trouvait en chemin un Griottier ou Merisier sauvage, il y volait, et ne revenait qu'après s'être rassasié pleinement; quelquefois il ne revenait point à son maître de
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toute la journée, mais le suivait à vue, en voltigeant d'arbre en arbre; dans la maison, il avait toute liberté de courir; il passait la nuit sur son perchoir.
La fiente de cet Oiseau est blanche et fort abondante; c'est un des inconvénients de son éducation. Il faut avoir soin de le garantir du froid dans le passage de l'automne à l'hiver; c'est pour ces Oiseaux le temps critique, du moins c'est à cette époque que le collaborateur de Buffon, qui en a fait l'essai, a perdu tous ceux qu'il a voulu élever.
Cet exemple est d'autant plus curieux qu'il est presque le seul que l'on puisse citer de l'éducabilité du, Coucou, la plupart des amateurs naturalistes qui depuis ont fait la tentative d'apprivoiser cet Oiseau ayant échoué, ou y ayant renoncé.
Ainsi M. de Schauroth, un des plus doctes correspondants de Beschstein, déclare positivement le Coucou inéducable. Voilà ce qu'il en dit :
« Le Coucou n'a presque aucune qualité propre à en faire un Oiseau de chambre. S'il est vieux, il est trop opiniâtre et trop vorace; en général, il est furieux, boudeur et mélancolique. J'en ai élevé quelques-uns : le dernier venait d'un nid de Bruant; ses yeux étaient encore fermés quand je le pris; cependant il se jeta sur moi avec impétuosité. A peine l'avais-je eu six jours, qu'il avalait de colère tout ce qu'on lui présentait. Je le nourris de chair d'Oiseaux, qu'il lui fallut continuer longtemps, avant qu'il apprit à manger seul. Ses mouvements étaient si brusques, qu'en sautant et s'agitant, il renversait tous les petits vases de nourriture qui étaient à sa portée. Sa queue crût lentement. Jamais il ne s'apprivoisa entièrement; il s'élançait toujours sur mes mains et mon visage, attaquait même tout ce qui venait trop près de lui, et jusqu'aux autres Oiseaux. Il
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mangeait en très grande quantité de la première pâtée universelle et fientait en proportion, ce qui le rendait fort sale; je l'ai vu dévorer jusqu'à ses propres ordures. Il est si maladroit avec ses pattes courtes et grimpantes, qu'il ne peut marcher; il fait au plus quelques sauts, mais vole parfaitement. »
Le D r Gaspard n'a pas été moins explicite à l'endroit de cette nature rebelle du Coucou. Après avoir infructueusement essayé, à cinq reprises, d'élever de jeunes Coucous pris au nid, il s'exprime ainsi : « J'ajouterai que ces Oiseaux m'ont paru être tous d'un naturel très méchant; qu'ils se battent à outrance, ensemble ou avec les autres Oiseaux, qu'on place dans leur société; qu'ils ne s'apprivoisent pas, et ne deviennent pas doux, même à l'égard des personnes qui en ont soin. »
Enfin, si le D r J. Franklin dit n'avoir jamais vu un seul Coucou vivre une année entière en capitivité, Toussenel affirme, par contre, avoir des exemples de Coucous qui ont vécu deux et trois ans en cage, ajoutant que cet Oiseau est, du reste, un triste compagnon de volière, stupide, muet, vorace, et complètement indigne des soins et de l'affection de l'homme.
Nous regrettons de ne pas connaître le résultat des tentatives de ce genre, faites, il y a une vingtaine d'années, par M. de Sèlys-Longchamps, qui en conserva un assez longtemps pour lui voir prendre sa livrée d'adulte.
Aussi est-ce avec plaisir, qu'au milieu de ces contestations, nous avons vu se produire deux faits contraires dans la volière bien connue de M. OUivier Larrieu, de Badech (Lot-et-Garonne), qui en rend compte, en ces termes, à la Société d'acclimatation de Paris, dans les premiers mois de 1878 :
« Il y a deux ans, j'élevai un jeune Coucou, et je ne fus pas
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peu surpris de voir une Fauvette Babillarde lui donner la becquée. Cette Fauvette était un mâle pris adulte, devenu très familier, et qui errait librement dans la serre. Quoiqu'il vécût habituellement de pâtée, ce n'est que lorsqu'il avait à sa disposition des insectes vivants, qu'il donnait la becquée au jeune Coucou.
« Cette année, j'ai encore un jeune Coucou. J'étais curieux de savoir si le même cas d'adoption se reproduirait encore. J'ai lâché dans la serre une Fauvette Babillarde mâle, de l'année dernière, prise dans son nid et élevée à la main. Dès le second jour, elle a donné la becquée au jeune Coucou, mais d'une façon fort irrégulière; ce n'est que lorsqu'elle est elle-même gorgée d'insectes vivants qu'elle consent à apporter les autres à son jeune élève. Jamais elle ne lui donne la pâtée. J'ai plusieurs insectivores libres dans ma serre (-Rossignol, Rossignol de Muraille, Traquet, Bergeronnette, Troglodyte, Fauvette à Tète noire, etc.); pas un de ces Oiseaux ne s'occupe du pauvre Coucou ; il a beau crier famine, il n'y a que la Fauvette Babillarde qui le prenne en pitié. »
M. 0. Larrieu est dans la bonne voie; nous ne saurions trop l'engager à la suivre et à y persévérer parce qu'elle est la seule pratique. Encore un «peu de courage : qu'il. tâche de se procurer un jeune couple, et, une fois convenablement installés, il n'est pas possible qu'arrivés à l'âge adulte, et, à cette saison où parle la nature, ces Oiseaux ne finissent par s'apparier et par éprouver le besoin de se construire un nid, d'y pondre et d'élever le produit de leur couvée.
Dès ce moment la grande question sera vidée, et cet observateur si zélé aura rendu un signalé service à la science.
D'après ce que nous avons dit de la voracité du Coucou,
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
qui le porterait parfois à détruire les couvées des Oiseaux, en mangeant leurs œufs et même leurs petits, on pourrait être embarrassé, malgré son alimentation d'insectes, pour le ranger parmi les auxiliaires de l'homme. Heureusement, il n'en est pas ainsi, et il a son importance pour la conservation de nos différentes espèces de culture. La nature, nous l'avons vu, s'est plu à former cet Oiseau remarquable, pour se nourrir de chenilles velues, que peu d'autres Oiseaux peuvent manger, comme par exemple, les Noctuelles et les Processionnaires, qui ravagent les forêts, en appropriant son estomac, d'une manière spéciale et digne de l'attention du physiologiste, à la digestion de ces insectes. Le docteur de Tschudi cite un fait, au sujet des services que nous rend le Coucou, qui mérite, quoiqu'on en dise, sinon l'affection de l'homme que lui refuse notre Analogiste s'aveuglant sur son utilité, du moins toute la protection des lois :
« En 1847 , dit M. de Tschudi , une grande forêt de sapins, en Poméranie, souffrit tellement des dégâts causés par les chenilles, qu'elle commençait déjà à se dessécher, lorsque tout à coup elle fut sauvée par une bande de Coucous, qui, quoique déjà en migration, s'y établirent cependant quelques semaines, et nettoyèrent si bien les arbres, que l'année suivante le mal ne se renouvela pas. On sait que le Coucou, à l'instar des petits chercheurs d'insectes, les Mésanges, les Roitelets huppés, les Grimpereaux, mangent presque toute la journée, parce que les chenilles contiennent beaucoup de liquide et peu de matières nutritives solides. D'après les observations qui ont été faites, on peut compter que le Coucou détruit, toutes les cinq minutes, au moins une chenille, ainsi en un jour au moins cent soixante-dix chenilles, dont les poils, ainsi que nous l'avons dit, restent attachés à la membrane mu-
ifl
IIISTOIHK NATURELLE DBS COUCOUS.
qneoM <lo son estomac, et souvent le tapissent formellement. Si l'on admet que la moitié des chenilles détruites Boni «les femelles, et que chacune d'elles contient en moyenne cim[ cents œufs, un seul Coucou empêche donc, en un seul jour, la ponte de quarante-cinq mille cinq cents cheiiillesnuisililes! Combien faudrait-il employer d'hommes, pour le même travail, en un jour*. C'est un dicton populaire, chez nous, que celui qui a de l'argent dans sa poche. quand il entend le premier chant du Coucou au printemps, n'en manquera pas de tout l'été. Nous pouvons dire avec plus de justesse : chaque appel du Coucou nous répète que cet Oiseau conserve des sommes considérables au bien-être national, et qu'il protège avec une activité infatigable une partie importante de ce dernier. »
Nous avons pensé ne pouvoir mieux clore l'histoire de notre Coucou que par cette étonnante citation de L'habile ornithologiste, du savant président de la Société d'Agriculture du canton de Saint-Gall.
Nous terminerons cet article déjà trop long, et qui aurait pu l'être encore davantage, en nous appropriant cette réflexion, dont de Montbeillard accompagne son histoire du Coucou Chanteur :
« Je demande pardon au lecteur, dit-il. de m 'être arrêté sur un sujet dont peut-être l'importance ne lui sera pas bien démontrée ; mais l'Oiseau dont il s'agit a donné lieu à tant d'erreurs, qne j'ai cru devoir, non seulement m'attachera 611 purger l'histoire naturelle, mais encore m'opposer à l'entreprise de ceux qui les voulaient taire pnimnr
dans la métaphysique. Rien de plus contraire à la saine métaphysique que d'avoir recours à autant de prétendues lois particulières qu'il y a de phénomène! dont nous ne voyons pas les rapporta a sec les lois générale! : un phénomène n'est isolé qne parce <|n'il n'est point ;i
LES COl'COUS VRAIS PARASITES.
connu ; il faut donc tâcher de le bien connaître avant d'oser l'expliquer; il faut, au lieu de prêter nos petites idées à la Nature, nous efforcer d'atteindre ses grandes vues par la comparaison attentive de ses ouvrages, et par l'étude approfondie de leurs rapports. »
C'est ce que va nous apprendre la suite de cette étude sur les Coucous.
Mais, de toute manière, que ces sages conseils soient la règle fixe de tous ceux qui, après nous, seront tentés de corriger ou compléter notre esquisse, et le Coucou ne tardera pas à rentrer dans le droit commun.
Le Coucou Chanteur n'est pas, nous l'avons dit, la seule espèce du groupe des vrais Coucous, qui confie l'incubabation de ses œufs aux soins d'autres Oiseaux. Le même fait se reproduit chez les grandes et les petites espèces africaines ; et d'abord pour 'les premières chez
Le Coucou vulgaire d'Afrique 1 .
Cette espèce découverte par Levaillant, et considérée par lui comme une simple variété du Coucou Chanteur s'en distingue facilement au premier coup d'œil. Il a tout le plumage des parties supérieures d'une teinte uniformément plus grise et les taches blanches des pennes de la queue plus larges, outre que la rectrice externe est entièrement blanche; mais les bordures également blanches qui terminent ces pennes, et les bandes noirâtres transversales, sur fond blanc, de tout le devant du sternum sont à peu près les mêmes dans les deux Oiseaux; ainsi que les mœurs, les formes, l'allure et le chant, sauf les tarses qui ne sont qu'à-demi emplumés. Les orbites et la base
1 Cuculus GMaris.
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
du bec sont jaune orange. Il mesure près de 30 centimètres.
C'est dans le Camdeboo que Levaillant entendit, pour la première fois, le chant de ce Coucou, qu'il reconnut d'abord pour être absolument le même que celui qu'il avait si souvent entendu dans les forêts d'Europe ; et , dans toute la traversée de cette région, il a trouvé trente-et-un nids, où cette espèce avait déposé ses œufs.
Mais c'est généralement dans les nids du Traquet Jean- Frédérick \ du Traquet Pâtre 2 , du Coryphée 3 , de la Pie- Grièche Fiscal 4 et du Bacbakiri 5 , espèces qui toutes se nourrissent d'insectes, qu'il a rencontré les œufs de ce Coucou; il n'en a jamais vu qu'un à la fois dans chaque nid. Ces œufs sont d'un gris olivacé, piquetés de roux, et très petits relativement à la taille de l'Oiseau.
D'après cela, la variabilité, ou substitution de couleur, n'existerait pas chez l'œuf de cet Oiseau, puisque Levaillant l'a toujours trouvé le même dans tous les nids qu'il cite : et cependant la plupart de ceux-ci ont le fond de leur œuf d'un bleu verdàtre, tels que ceux des Traquets, et le Bacbakiri a le sien d'un vert pâle avec quelques taches rares rougeâtres ; ce qui est loin de ressembler à l'œuf de ce Coucou; différences qui, en aucun cas, n'empêchent ces Oiseaux de couver aussi assidûment et avec le même succès l'œuf de ce Coucou comme les leurs propres. A quoi sert donc, dans ce cas, la prétendue précaution providentielle départie à notre Coucou d'Europe?
Puis, chez une autre espèce, découverte aussi par Levaillant, et qui a été pour lui l'occasion de ses premières
1 Bessonornis Phœnicurus.
2 Saxicola Rubetra.
3 Drymoica Coryphœa.
4 Lanius Collaris.
5 Lanius Bacbakiri.
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expériences sur le moyen dont se servent les Coucous parasites, pour transporter leur œuf dans un nid étranger, à gorge étroite, expériences qui, malgré la longueur de leurs détails, sont assez intéressantes pour être rapportées, puisque c'est de l'histoire :
Le Coucou Criard 1 .
Un peu moins fort que le Coucou Chanteur, celui-ci est entièrement noir de plumage; mais ce noir paraît glacé d'une teinte bleuâtre sur le corps de l'Oiseau, sur les couvertures des ailes et sur sa queue; les pennes de cette dernière, un peu étagées, sont bordées de blanc à leur extrémité; les grandes pennes alaircs tirent au brun sur leurs bords et vers la pointe. Le bec est noir; les yeux sont châtain foncé, et les pieds jaunâtres.
Cette espèce est très abondante dans le pays des Cafres, ainsi que dans l'intérieur des terres, vers le Sontag, le Swarte-Kop et tout le Camdeboo.
Ce Coucou a la voix si forte et si retentissante, qu'il se fait entendre à une distance prodigieuse; c'est pour cela que Levaillant l'a surnommé Criard. Perché sur le sommet d'un arbre mort ou sur une branche desséchée d'un arbre élevé, il entonne, dès l'aube du jour, sa triste chanson, ou plutôt il pousse ses cris lamentables, qu'il continue très avant dans la matinée, qu'il reprend ensuite au déclin du jour, et qu'il prolonge une grande partie de la nuit et souvent la nuit toute entière, lorsque le temps est calme et serein.
« La contrée, raconte Levaillant, était pleine de ces Coucous Criards; chaque jour, moi et Klaas, nous en ren-
1 Cuculus Clamosus.
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contrions à mesure que nous étudions et varions nos courses; et, comme nous étions alors dans la saison de la ponte, nous trouvâmes aussi plusieurs nids où des femelles de ces Coucous avaient déposé leurs œufs ; nous en découvrîmes un entre autres du Capocier 1 , dont la femelle couvait un de ces œufs, découverte vraiment étonnante, puisque le nid d'un Capocier est entièrement fermé, à la réserve d'un très petit trou par où pénètre l'Oiseau , très petit lui-même.
« Or ce nid, qui contenait un œuf de Coucou, n'étant absolument pas déformé, il est évident qu'un Oiseau, d'un tiers seulement moins fort que notre Coucou d'Europe, n'a pas pu s'y introduire et y pondre ses œufs. Si en même temps nous considérons qu'en général tous les nids dans lesquels pondent les Coucous sont ceux des plus petits Oiseaux; que ces nids sont la plupart si peu spacieux et même posés sur des branches si faibles, qu'il doit être difficile, et peut-être absolument impossible, à un Oiseau d'un certain volume de s'y tenir renfermé pour pondre, à moins qu'on ne veuille que, perché sur une branche tout juste audessus du nid, le Coucou y laisse de là tomber son œuf; ce qui, ainsi que j'y ai bien fait attention, devient impraticable par la position de quelques-uns de ces petits nids dans lesquels je n'ai pas moins trouvé l'œuf d'un grand Coucou. Comparant ensuite quelques faits semblables de notre Coucou d'Europe, dont j'avais plusieurs fois trouvé l'œuf dans le nid du Roitelet huppé, nid presque entièrement fermé comme celui du Capocier d'Afrique; et depuis, ayant encore trouvé en Afrique plusieurs nids de Pino pinc, nids fermés aussi, dont l'entrée est une gorge fort étroite et où il aurait été physiquement impossible à un
1 Dryrnoica Macrourn.
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
Coucou de pondre son œuf, quand on supposerait qu'il pondit en volant; ces faits et ces considérations, jointes à ce que les Coucous, qui ne couvent pas eux-mêmes, font tous des œufs très petits relativement à leur taille; que tous ils ont la bouche large, le gosier ample, m'ont naturellement conduit à penser que les Coucous pondaient partout ailleurs que dans les nids où ils se proposaient de déposer leurs œufs, et qu'ils les y transportaient ensuite, soit dans leur bec, soit dans leurs serres. En effet, m'étant avisé d'essayer tous les œufs de Coucous, dont j'avais une assez grande quantité, dans le bec et dans les serres de tous les Coucous que je tenais, en ayant soin, comme on le pense bien, d'essayer les œufs de chaque espèce aux individus de l'espèce correspondante, à mesure que je pouvais me les procurer, j'ai trouvé que l'œuf d'un Coucou quelconque tient très bien dans ses serres, mais encore mieux dans sa bouche, sans qu'il empêche aucunement le bec de se fermer, essai qui, pratiqué sur beaucoup d'autres Oiseaux avec leurs propres œufs, a été loin de donner le même résultat. « Cependant, continue Levaillant, il s'en fallait beaucoup que tout cela satisfit au désir que j'avais de savoir la vérité : je voulais être convaincu ; ce n'était pas assez pour moi que des conjectures; et, toutes raisonnables qu'elles fussent, est-ce bien dans ses serres ou dans sa bouche, me disais-je souvent, qu'un Coucou transporte son œuf dans le nid d'un autre Oiseau? J'avoue bonnement qu'une chose, qui paraîtra futile à bien des gens, ne laissait pas que de me tourmenter l'imagination. Je voyais bien des difficultés par le moyen des serres : car l'Oiseau ayant besoin de se percher aux environs du nid où il aurait prétendu déposer son œuf, le pied qui aurait porté cet œuf en aurait été gêné, embarrassé. D'ailleurs le tarse est si court chez les Coucous, les vrais Coucous, qu'il devrait
3fl
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
être souvent impossible à l'Oiseau d'étendre assez le pied pour arriver de l'endroit où il se trouverait perché à l'ouverture" du nid où il voudrait déposer son œuf. Comment ferait-il s'il était fermé?
« Mais je me rappelais très bien que j'avais été témoin un jour du transport que fit un couple d'Engoulevents de ses œufs, qu'ils emportèrent dans la bouche : c'était une probabilité pour que les Coucous pussent en faire autant, ayant pour cela les mêmes moyens que les Engoulevents, c'est-à-dire un gosier ample et une large bouche, quoiqu'à beaucoup près moins bien partagé à cet égard que ces derniers. Mais tout cela n'était encore que du domaine des probabilités. Je mis tout mon monde à la recherche des nids, et je défendis 'de tuer les Coucous. Mon projet était de si bien guetter ces derniers, caché non loin du nid, que j'espérais y en surprendre un; mais toutes mes tentatives furent inutiles. J'avais beau, lorsque j 'avais trouvé un nid de ceux que les Coucous recherchent, me blottir dans les environs de ce nid pendant des journées entières, et dans les cantons où il y avait beaucoup de Coucous, je n'eus jamais le bonheur de satisfaire ma curiosité sur la manière dont ces oiseaux auraient transporté leurs œufs; car il me paraissait certain, évident même, qu'au moins dans beaucoup de ces cas, ils ne pouvaient s'y prendre autrement. Cependant tous les moyens que je pris pour m'en convaincre par moi-même furent encore inutiles, tellement inutiles que je renonçai à mon tour, quand le hasard vint me donner une solution du problème. »
Ce hasard et cette solution, nous en parlerons avec Levaillant, en nous occupant de l'espèce de Coucou qui en a été la cause.
Enfin, chez une autre espèce du Cap, observée par le même voyageur :
Le Coucou Solitaire'
Tout le plumage du mâle est d'un noir brun glacé de gris sur la tète et le derrière du cou, ainsi que sur le manteau, les couvertures des ailes, le croupion, les couvertures supérieures de la queue et la queue elle-même, dont toutes les pennes portent à leur bout un liséré blanc, et les quatre latérales des taches de cette couleur le long de leur tige, et de chaque coté sur leurs bords extérieurs: Ses grandes pennes alaircs sont d'un noir brun plus foncé que le plumage du dessus du corps; telle est aussi la couleur du fond de la queue; la gorge est d'un roux faible; sur le devant du cou, on remarque quelques ondes brunes sur fond roussàtre; de la poitrine au ventre, toutes les plumes sont traversées par des bandes brun noir sur fond blanc roux, ainsi que celles qui tombent en culottes sur les tarses ; les plumes du bas-ventre sont, comme celles qui couvrent le dessous de la queue, d'un blanc roux uniforme. Le bec est noir brun, mais jaunissant à la base de la mandibule inférieure; les yeux sont bruns et leurs paupières jaunes; les pieds, les ongles, le dedans de la bouche, ainsi que le larynx, sont aussi jaunes. Cet oiseau tient,- pour la taille, le milieu entre le Coucou Vulgaire et le Coucou Criard.
Levaillant a trouvé le Coucou Solitaire dans tout l'intérieur des terres, depuis le pays des Cafres jusqu'à l'entrée du Camdeboo.
Cette espèce, toutaussi parasite queles précédentes, confie ses œufs au Capocier, au Coryphée, au Jean-Frédérick, au Merle Réclameur 2 , et au Pinc-pinc Rousse-tèie 3 . Ses œufs
1 Cuculus Capensis.
* Bessonornis Vociferans.
1 Drymoica Fulvicapilla.
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sont d'un brun roux, parsemé de taches brun clair. Un de ces œufs, trouvé dans le nid d'un Capocier, n'est éclos que le vingt-troisième jour, pendant que, dans le nid du Jean- Frédérick, un autre œuf, de la même espèce de Coucou, le fut au bout de dix-neuf jours. Ainsi, en conclut notre voyageur, la durée de l'incubation dépend uniquement de la couveuse; et ce qui le prouve bien mieux encore, c'est que, dans la même espèce, il est des femelles qui couvent plus longtemps que d'autres.
Ce fait, et la réflexion qui l'accompagne, en rappelle une autre de Gérard. Ce naturaliste remarquait assez judicieusement que ce qui n'était pas encore connju, au sujet de notre Coucou d'Europe, et ce qui mériterait de l'être, c'est la durée de l'incubation de son œuf, relativement à ce qu'elle est dans chacune des espèces à qui est confié cet œuf, car cette durée devrait varier suivant les Oiseaux. Ainsi, disait-il, la Lavandière couve douze jours, le Troglodyte couve treize, et d'autres jusqu'à quinze et dix-sept. Les femelles couvent donc l'œuf du Coucou jusqu'à éclosion, sans que la longueur du temps, si elle l'emporte sur celle qui lui est habituelle, les rebute et les lasse. Et, ajouterons-nous, sans se préoccuper, autant qu'on le suppose, de l'identité plus ou moins réelle ou de la différence de sa couleur avec celle des siens.
Dans tous les cas, les observations de Levaillant, au sujet de son Coucou Solitaire, répondent à cette question, et ne laissent place à aucun doute.
Aussi bien la remarque que nous avons faite tout à l'heure au sujet de l'immuabilité de l'œuf du Coucou Vulgaire d'Afrique s'applique à celui du Coucou Solitaire que Levaillant parait avoir toujours trouvé le même, quelle que fût la couleur de ceux renfermés dans le nid.
De même fait l'espèce qui suit, du Gabon, décrite
LES COUCO.US VRAIS PARASITES. 111
pour la première fois, en 1853, par le baron de Lafresnaye :
Le Coucou du Gabon 1 .
Chez cette espèce, qui se rapproche singulièrement delà précédente, toutes les parties supérieures, excepté le dessus de la tète et les rémiges, sont d'un noir brun en dessous et tachetées irrégulièrement de blanc à leur pli ; lesrectrices sont toutes terminées de blanc et les deux latérales portent une tache de* même couleur vers leur milieu ; en dessous, la gorge, le cou et la poitrine sont d'un brun marron foncé, plus pâle au menton; le surplus, à partir de la poitrine, est orné de bandes noires droites, également espacées jusqu'à l'anus ; mais ces bandes ne sont régulières que sur les flancs ; elles cessent de l'être et prennent la forme de chevrons ou de festons isolés sur toutes les parties médianes du ventre; il n'y a aucune trace de ces bandes sur les sous-caudales. Le bec et les ongles sont noirs; les pattes jaunes. Sa taille un peu plus forte que celle du Coucou Solitaire mesure 31 centimètres.
J. Verreaux a fait connaître en 1855 que comme ses congénères, cette espèce a l'habitude de déposer ses œufs dans le nid des autres Oiseaux. On l'a vue déposer ainsi trois œufs dans trois nids d'espèces tout à fait distinctes, telles que du Loriot aux ailes noires' 2 , dont les œufs sont blancs avec quelques taches noires; du Barbu de Bonaparte 3 , dont les œufs sont blancs sans taches, et du Turdoïde d'Ashantée ' , dont les œufs sont d'un blanc lilacé,
1 Cuculus Gabonensis.
2 Oriolus Nigripennis.
' Xylobacfo Bonapartii.
4 Ixos Ashanteus.
Ui
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
abondamment pointillés de taches violettes et d'autres noirâtres. On sait que le Barbu niche dans des trous d'arbres. Pour opérer le transport de ses œufs , la femelle de ce Coucou reste des heures entières à guetter le nid qu'elle a choisi et, lorsque la couveuse s'en échappe, elle a le soin de détruire et d'avaler celui qu'elle veut remplacer; puis revient chercher à terre le sien propre, qui est quelquefois pondu des heures à l'avance, et le transporte au nid dans son bec.
Lorsqu'elle a ainsi déposé ses trois œufs, souvent à de grandes distances les uns des autres, elle et son mâle disparaissent du canton , pour n'y revenir que lorsque les jeunes, déjà en partie élevés, peuvent les suivre au premier cri d'appel ; alors toute la petite famille s'éloigne. Mais, une fois assez forts pour pourvoir à leurs besoins, les jeunes se réunissent et émigrent en bandes du côté opposé à celui par où passent les vieux.
Leur nourriture principale consiste en insectes et surtout en larves ; quoiqu'ils fréquentent les forêts, il n'est pas rare de les voir venir le matin et le soir, dans les petits buissons, pour y chasser les insectes crépusculaires.
Ce sont donc, sauf la couleur des œufs du Coucou, dont Verreaux ne nous parle pas , de nouveaux détails qui viennent enrichir d'autant la biographie de la famille.
De ce groupe, nous passons à celui des Oxylophes ou Édolios, qui appartiennent à l'Asie et à l'Afrique, et dont une espèce se trouve aussi en Europe.
Ces Coucous diffèrent des Coucous proprement dits par une large peau qui se remarque à l'angle externe de l'œil, et par une huppe occipitale, composée de plumes raides et allongées, qui orne la tète.
Du reste, bec de la longueur de la tête, mince, aussi haut que large, convexe, comprimé sur les côtés vers la
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
pointe, qui est entière et un peu crochue; narines basales, latérales, en scissure ovalaire, percées dans une sorte de membrane découverte; ailes longues, atteignant la moitié de la longueur de la queue, subobtuses ; queue également longue et étagée; tarses courts, près de la longueur du doigt externe antérieur, épais, robustes, vêtus de plumes, seulement à leur origine, recouverts en devant de larges écailles transversales ; les deux doigts externes les plus longs, le pouce le plus court, les deux antérieurs soudés à leur base; les ongles gros, courts et faiblement arqués.
Toutes les espèces de ce groupe, dont les mœurs, surtout pour l'espèce d'Europe, sont aujourd'hui bien connues, ont l'habitude, comme notre Coucou Chanteur, de déposer fréquemment leurs œufs dans les nids d'Oiseaux étrangers qui les couvent avec les leurs. Mais, ce n'est pas à Levaillant, nous devons l'avouer, que nous sommes redevable de ces renseignements. Il a bien décrit l'espèce qui suit, en ces termes.
La Coucou Edolio '.
Une huppe, composée de plumes longues et étroites, lui orne le derrière de la tête. Son plumage est généralement noir, à l'exception d'une plaque blanche qui marque le milieu des pennes intermédiaires de l'aile , et y forme comme une tache ou miroir de cette couleur. Sur les ailes et la queue, le noir prend une teinte de vert sombre. Sa queue, étagée, est aussi longue que le corps. Le bec est noir ; les yeux sont orangés ; les pieds bruns. Sa taille est de 30 centimètres.
Mais Levaillant se borne à dire que les œufs de l'Édolio
PI
1 Oxylophus Serratus.
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
sont absolument blancs, sans tache aucune; qu'il les a trouvés dans les nids de Rousse-Tête, de la Bergeronnette Brune 1 , du Coryphée, du Citrin 2 , du Gobe-Mouche Mantelé 3 ; qu'enfin il en a rencontré vingt-huit dans autant de nids d'Oiseaux tous insectivores, et que , parmi ces œufs, quelques Coucous étaient déjà éclos.
Il est fâcheux que l'illustre voyageur ne nous dise pas si, dans ce grand nombre d'œufs qu'il a trouvés, il a observé des différences de coloration (il est vrai , qu'en l'état de la science, dans ce cas, il ne les eût pas reconnus comme œufs d'Édolio). Nous en concluons donc, de même que pour les précédents, jusqu'à plus ample informé, à la fixité de la couleur propre à ces œufs.
Nous n'en sommes pas moins heureux d'ajouter, d'après M. Gurney, que ce Coucou, observé par son correspondant à Natal, offre dans son gosier le même phénomène que le Coucou Chanteur : la peau intérieure de cet organe est doublée de poils ressemblants à ceux d'une jeune souris, et totalement séparée de la chair du gésier. Il se nourrit, en effet, de chenilles velues, auxquelles il ajoute des fourmis et d'autres insectes, qu'il cherche en sautillant au milieu des épaisses plantes grimpantes, fréquentant principalement les petits buissons peu élevés et isolés. Son vol est faible et peu soutenu. C'est un Oiseau migrateur, ou de passage à Natal.
On doit aussi à Levaillant la découverte d'une autre espèce, qu'il avait considérée comme une simple variété de la précédente, et à laquelle la science, avec justice, a enfin donné son nom. C'est :
1 Pratincola Sybilla.
s Drymoica Subflava.
3 Philenloma Cyanomelas.
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
Le Coucou Noir, vu de Levaillant '.
Il a, comme l'Édolio, une huppe formée d'un faisceau de plumes longues et étroites, rabattues sur l'occiput qu'elles débordent, le miroir blanc du milieu des pennes intermédiaires, et tout le dessus du corps d'un noir vert; mais la gorge et le devant du cou portent des traits longitudinaux d'un noir vert sur fond blanc; tout le reste du corps, depuis la poitrine jusques et y comprises les couvertures du dessous de la queue, est blanc; la queue est étagée et fort longue ; elle est d'un noir vert et légèrement tachée de blanc au bout de toutes ses pennes.
Levaillant n'a pas entendu son cri, et l'a tué dans les parties hautes de l'Afrique, c'est-à-dire vers la ligne équinoxiale.
Quoiqu'il n'ait rien pu savoir de ses habitudes, elles doivent être assurément les mêmes que celles de l'Elodio. Si nous en parlons donc, c'est uniquement à propos de son œuf, que nous avons possédé.
Cette remarque aurait eu d'autant plus d'importance, que nous avons possédé un œuf de grand Coucou d'Afrique, reçu comme appartenant à cette espèce, et qui, au lieu d'être blanc uniforme , est d'un fond blanc sale azuré, couvert de taches grises et brun verdàtre, offrant dans son ensemble, et sauf sa forme ovalaire. l'aspect d'un œuf de Pie. Nous ignorons s'il a été trouvé dans le propre nid, en supposant qu'elle en fasse un, de l'espèce à laquelle il nous a été dit appartenir , ou dans le nid d'une espèce étrangère.
Heureusement que nous sommes mieux renseigné que
1 Orylophus Ater
Wv
no
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
par Levaillant, grâce aux investigations des savants Naturalistes Anglais que nous allons citer, sur les véritables habitudes d'une autre espèce, du même groupe africain, qui se montre dans le Midi de l'Europe, celle qui suit :
Le Coucou Geai 1 .
Il a le dessus et les côtés de la tète d'un cendré plus ou moins foncé, avec la tige des plumes noires ; la nuque, le dos, le croupion et une partie des sus-caudales gris brun, légèrement lustré de verdàtre, avec la pointe des scapulaircs et une partie des sus-caudales latérales blanches; les parties inférieures du corps, les jambes et les souscaudales d'un blanc plus ou moins pur, lavé très légèrement de jaunâtre sur les cotés du cou, au bas des jambes, et de cendré aux flancs ; la région parotique, les côtés de la nuque d'une teinte plus rembrunie que la tête ; les ailes pareilles au manteau, avec les couvertures terminées de blanc, et le bout des rémiges liséré de gris ; les rectrices noirâtres, terminées de blanc, excepté les deux médianes qui n'offrent à leur pointe qu'un petit liséré blanchâtre. Le bec est noir, avec la base de la mandibule inférieure rougeàtre; l'iris jaune ; les pieds sont verdâtres. Sa taille est de 43 centimètres.
Cet Oiseau habite le Nord de l'Afrique et la Syrie; il n'est nullement rare , pendant le printemps et l'été, en Palestine, où il a même un essor étendu; se montre accidentellement dans le Midi de la Franco, en Italie, en Sicile ; il séjourne et niebe dans le Midi de l'Espagne ; se montre à Malte, où il est de passage ; et fait quelques apparitions, ditron, en Allemagne.
1 Oxylophus Glandarius.
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
Nous avons dit, à propos du Coucou Gris ou Chanteur, qu'on avait trouvé son œuf, non seulement , ce qui est le plus habituel , dans les nids d'Oiseaux insectivores, mais encore, ce qui est moins fréquent, dans ceux d'Oiseaux frugivores, tels que le Geai, le Merle, la Pie, la Corneille Mantelée, la Tourterelle.
Ce fait a été constaté par Levaillant en ces termes : « J'ai toujours reconnu, dit-il, que les nids dans lesquels le Coucou déposait ses œufs étaient ceux des Oiseaux qui, comme lui, vivent d'insectes. On a dit qu'on avait trouvé, en Europe, des œufs de Coucou dans des nids de Ramiers, de Tourterelles, de Pies, etc; mais ces dires auraient grand besoin de confirmation. Tant de gens, qui n'ont jamais rien observé, veulent avoir tout vu, qu'un écrivain doit être bien sur ses gardes lorsqu'on lui raconte des faits qu'il n'a pas vérifiés lui-même. Avoir trouvé, au reste, un œuf de Coucou dans le nid d'un Oiseau granivore, ou dans celui d'un Oiseau de proie, ce n'est pas prouver que cet œuf y soit venu à bien. Un Coucou, pressé de pondre, peut bien aussi, ne trouvant pas d'abord le nid qui lui convient, exposer son œuf dans le premier qui s'offrira à lui ; car il est sûr que les Coucous doivent, aux approches de leurs pontes, être continuellement en recherche de nids; mais comme chaque Oiseau cache le sien avec plus ou moins de soin, il est tout simple qu'il arrive quelquefois qu'un Coucou, n'en ayant trouvé d'avance aucun qui lui convienne, se trouve forcé de déposer, à tout risque et péril, dans un nid quelconque, l'œuf qu'il porte et dont il n'est pas plus en son pouvoir de retarder l'émanation, qu'il ne l'est, en celui de toute autre mère, de garder son fruit, plus longtemps que la nature ne l'a voulu. Encore une fois, des faits particuliers et purement accidentels font exception aux règles et les confirment au lieu de les détruire. »
HISTOIRK NATURELLE DES COUCOUS
D'abord Levaillant, dans sa longue et pénible argumentation, oublie deux points importants qui étaient à sa connaissance personnelle : le premier, c'est qu'il s'agisse d'Oiseaux frugivores ou granivores, ils ne se servent pas moins, les uns d'aliments animalisés, les autres d'aliments élaborés pour la nourriture des leurs ; le jeune Coucou se trouve donc à cet égard dans les mêmes conditions, avec eux, qu'avec les véritables insectivores. Le second, c'est que la femelle du Coucou n'est jamais si embarrassée d'expulser son œuf que le dit notre auteur; puisque d'après luimême elle le dépose à terre avant de le transporter dans le nid de son choix, et qu'elle peut même l'y laisser assez longtemps, comme nous l'avons vu faire au Coucou du Gabon.
Il a en outre oublié cette épreuve, dont il va parler plus bas, de l'état et de l'examen de la poitrine de ces Oiseaux, au temps de l'incubation, pouvant si bien démontrer s'ils se sont effectivement livrés eux-mêmes à ce travail.
Nous ajouterons que les observations faites sur le Coucou Geai confirment pleinement les citations des auteurs relativement au Coucou Ordinaire d'Europe, ainsi qu'on en va être convaincu. Ces observations nous ménagent même une autre surprise : la possibilité, pour ces Coucous parasites, de couver eux-mêmes leurs propres œufs et d'élever leurs petits.
C'est sous le manteau de ces qualités et de ces habitudes de famille, peut-être exceptionnelles, qu'il s'est fait connaître et a conquis ses droits de cité scientifiques en Europe.
Dès 1739, on apprenait, par les auteurs de l'Ornithologie Italienne, que cette même année, un mâle et une femelle de cette espèce nichèrent aux environs de Pise (d'où l'un des noms spécifiques du Coucou Geai de Pisa-
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
nus)', que la femelle pondit quatre œufs, les couva, les fît éclore, etc.
A l'appui de cette observation unique et à près d'un siècle de distance, Polyd. Roux fit connaître, en 1826, qu'il se l'est procurée plusieurs fois en Provence, où il a rencontré ordinairement des jeunes de l'année.
Depuis il n'en est plus question jusqu'en 1859, que les Ornithologistes Anglais, par de persistantes observations, ont bien fait connaître ses habitudes qui, selon les expressions de l'un d'eux, étaient presque un mystère pour les naturalistes de la Grande-Bretagne, comme pour tous ceux de l'Europe.
Ainsi quant au fait de propagation selon les règles ordinaires :
Lord Litford, en Espagne, a trouvé les œufs de ce Coucou dans un nid de Pie Commune, qui n'en contenait pas d'autres.
Même constatation a été faite par M. Tristram en Algérie, dans l'Atlas, où il trouva souvent, dit-il, plusieurs œufs de Coucou Geai dans des nids, sans qu'il y en eût d'autres. Ce qui les porte à croire que l'Oiseau les couvait lui-même.
Le même voyageur raconte encore qu'on lui apporta une fois, le 2 mai, quatre œufs de ce Coucou avec trois œufs de la Corneille Mahtelée 1 , pris dans le même nid, dans une gorge près du Mont Gélead, en Palestine; un des œufs du Coucou était frais, les deux autres, au moment d'éclore, et le quatrième couvé; tandis que les œufs de Corneille étaient couvés depuis quelque temps. Il parut évident, à M. Tristram, qu'il devait y avoir un long intervalle entre la ponte des œufs de Coucou, et qu'il était très
1 Corvus Cornix.
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
possible que le Coucou eût pondu un œuf avant que la Corneille n'eût pondu les siens, ce qui du reste est conforme à l'observation de lord Litford '.
D'autres observations dues à MM. William C. Hewitson, W. H. Simpson et Salvin tendent également à confirmer qu'il arrive quelquefois au Coucou Geai de couver ses œufs lui-même clans des nids abandonnés d'autres gros Oiseaux, puisqu'on aurait trouvé jusqu'à trois jeunes de cette espèce ensemble; et qu'on rencontre fréquemment jusqu'à deux et trois de ses œufs dans des nids de Corneilles et de Pies n'en renfermant pas d'autres de leurs propriétaires.
Le dernier de ces observateurs a même été témoin, en 1859, d'un autre fait, à l'appui de cette exception, qu'il raconte en ces termes :
« Un de nos Arabes m'a dit une fois avoir trouvé dans la forêt un nid de Burroo-Burroo , nom local du Coucou Geai. Je l'accompagnai sur le lieu. L'Oiseau mâle s'envola de dessus une branche d'un arbre voisin; et au haut d'un vieux Térébinthe noueux, dans un endroit où une branche, arrachée antérieurement du tronc, formait une cavité,j'aperçus un nid pareil à celui de la petite Chouette Méridionale 2 , et certainement pas à celui d'une Pie, d'où sortaient les longues plumes de la queue de la femelle. Elle s'envola à son tour, et je trouvai deux œufs dont l'incubation était assez avancée. »
On ne peut malheureusement douter de ses habitudes parasites.
MM. Brehm et Cochrane ont toujours trouvé l'œuf du Coucou Geai, en Egypte, exclusivement dans le nid de la Corneille Mantelée; M. Strafford- Allen a même découvert,
1 a Ibis. »
5 Arthcne Meridionalis.
également en Egypte, à la fin d'avril 1862, un jeune Coucou Geai en compagnie de deux jeunes Corneilles dans le même nid; c'est encore enfin dans le nid de ce dernier Corbeau que M. Tristram a rencontré, en 1865, les mêmes œufs, en Palestine, au milieu des ruines de Rabbath-Ammon. Cependant, en Espagne, c'est, comme on l'a vu, dans le nid de notre Pie Commune d'Europe ' que lord Litfort d'abord, et depuis lui, en 1868 ou 186!), M. H. Saunders, auraient, trouvé l'œuf de ce Coucou; et, en Algérie, M. Tristram l'aurait observé dans le nid de la Pie de Mauritanie 2 , avec les œufs de laquelle cet œuf a des rapports de coloration. Ajoutons que M. Hewitson en a figuré un trouvé dans le nid du Merle Ordinaire 3 , à l'œuf duquel il ressemble aussi beaucoup.
Tous ces faits, on en conviendra, viennent jeter un grand jour sur les habitudes possibles, probables même, de notre Coucou Chanteur : ce n'est pas exagéré de conclure, dès à présent, de ces nombreuses constatations, que ce qui arrive au Coucou Geai doit arriver également au Coucou Chanteur; et que chaque fois que l'on trouve des œufs de ce dernier dans un nid, fraîchement construit ou abandonné, proportionné à sa taille, et sans aucun autre œuf du propriétaire du nid, c'est qu'il les y a pondus, et qu'il s'apprête à les couver lui-même; et, à plus forte raison, si l'on y rencontre deux ou trois de ses petits, c'est qu'ils les a fait éclore et les nourrit lui-même. Ce qui le dépouille, dans une certaine mesure, d'une partie du merveilleux dont on s'est plu à l'entourer, et le rapproche de l'état normal.
Reste, à l'égard du Coucou Geai, ou tacheté, la ques-
1 Pica Caudata.
2 Pica Mauritanica. J Turdus Mcrula.
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tion du polymorphisme de son œuf, moins compliqué, jusqu'à présent, que celui du Coucou Chanteur. Mais pour se rendre compte des diverses variations de couleur que, suivant les circonstances, peut affecter cet œuf, il convient de le connaître à son état normal.
Il est de forme ovalaire, à fond de couleur vert d'eau, recouvert de taches nombreuses de brun rouge, variant de ton, et paraissant parfois rosâtre; de la grosseur la plus ordinaire des œufs de Pie.
Celui publié par Hewitson, en 1859, est presque aussi gros que l'œuf de Merle avec lequel on l'a trouvé : même teinte de fond bleu verdàtre pâle; même couleur de taches brun rouge vineux; mais celles-ci, au lieu d'être nuageuses ou en forme d'éclaboussures, réduites en un semis de petits points de même couleur, plus compactes au gros bout ; sa forme est régulièrement ovalaire ; il mesure 30 millimètres sur 23; celui des Merles avec lequel il se trouvait, de forme ovée, en mesurait 34 sur 24, ce qui ne fait pas une bien grande différence.
M. W. Chambers dit en avoir trouvé un sur les bords du Nil, entièrement semblable, pour les marques, à celui du Merle, et égal en grosseur à celui du Geai.
Les exemplaires que s'est procurés M. Coclirane diffèrent du précédent; cet œuf, d'après lui, est d'un blanc bleuâtre légèrement sale, sans aucune tache; la texture de la coquille est crayeuse et sans poli.
On peut donc dire que jusqu'à cette heure, d'une manière générale et à part cette modification, s'il existe peu de traces de polymorphisme sur l'œuf du Coucou Geai, il faut convenir que sa coloration naturelle, par ses affinités avec celle des œufs dont nous venons de citer les espèces, l'en dispense suffisamment.
Ce Coucou, du reste, à part ces singularités, est loin
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
d'avoir le même caractère que notre Coucou Commun. 11 est aussi bruyant que celui-ci est silencieux. En Palestine, M. Tristram l'a rencontré par bandes faisant un jacassement continuel dans les buissons de Zizyphes, et parfois s'élançant à la poursuite d'une sauterelle et revenant s'en repaître à loisir sur leur perchoir.
D'accord avec M. Tristram, mais beaucoup plus explicite, M. Strafford-Allen ajoute que les individus de cette espèce se rencontrent généralement par couples (ce qui est déjà un indice de dispositions à l'incubation), fréquentant les plants d'acacia à gomme' qui couvrent les bords du Nil, dans la haute et basse Egypte, où on les reconnaît ordinairement au caquetage que font les femelles. Lorsqu'ils sont dérangés, ils s'éloignent d'un vol tranquille et incliné, la queue très développée, et vont se reposer un peu plus loin; s'ils se voient poursuivis, ils se glissent paisiblement vers un autre abri, du côté opposé de l'arbre.
La nourriture de cet Oiseau consiste principalement en chenilles et en différents insectes; vingt-quatre des premières ont été trouvées dans l'estomac d'un seul individu. Il semblerait cependant tenir des mauvais instincts de plusieurs de ses congénères, et notamment du Coucou Chanteur, en mangeant parfois des œufs. M. Allen dit avoir trouvé, dans l'estomac d'un de ces Oiseaux, un débris de coquille d'œuf, qu'il suppose être d'une Poule commune.
Les petits Oiseaux soupçonnent probablement ces habitudes, car les Moineaux Espagnols le poursuivent en troupes, avec un bruit tellement assourdissant qu'ils doivent lui rendre la vie dure.
« Je ne sais pas, dit ce naturaliste voyageur, témoin d'une de ces scènes, si les Moineaux avaient découvert
1 Acacia Nilotica (Bot.).
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qu'il offrait l'aspect d'un Oiseau de proie, sans en avoir les moyens d'attaque et de défense, et jouissaient ainsi du plaisir de l'effrayer avec impunité, ou s'ils étaient excités par un sens moral de quelque échappatoire pour les devoirs paternels des Oiseaux ; mais leur persécution était inexorable, et les Coucous devaient beaucoup en souffrir. Leur vengeance paraissait consister en un jacassement incessant entre eux 1 . »
Enfin, à terre, ce Coucou sautille gauchement, d'une manière et avec une tournure maladroites, à travers les lieux découverts; ce qui tient naturellement et à sa queue trop longue et à ses jambes trop courtes.
Il serait cependant susceptible, sinon de s'apprivoiser, du moins de s'élever et de se conserver en cage. On apporta, le 21 mai 1865, à lord Litford, alors en Espagne, deux jeunes Coucous Geais, qui venaient d'être dénichés. Ils mangèrent avidement du bœuf haché, des œufs durs, des mouches, des coléoptères, des sauterelles, etc. On lui en apporta trois autres quelques jours après, qu'il réussit à ramener en Angleterre, et qu'il conserva en bonne santé jusque vers le milieu du mois de mars 1866, époque à laquelle ils moururent tous dans la même semaine, quoique paraissant fort bien portants. « Ce sont, dit cet observateur, des Oiseaux boudeurs et querelleurs, n'offrant quelque intérêt que par leur singularité et la rareté de les voir et de les garder en cage 2 . »
Et maintenant, nous pouvons dire que c'est aux travaux que nous venons d'emprunter aux savants voyageurs anglais, que le Coucou Geai doit la restitution à la science de son histoire, qui était complètement inconnue en Europe, et surtout en France, où l'on a la déplo-
1 « Ibis ».
8 Id.
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rable habitude, faute de s'initier à leur langue, de tant négliger les Recueils de la Grande-Bretagne, et en tète Y Ibis, si consciencieusement et si savamment rédigé par les Sclater et les Newton, Recueils qui renferment presque tous", nous ne saurions trop le répéter, les meilleurs et les plus riches documents sur l'histoire naturelle dos Oiseaux en général, et en particulier des Oiseaux de notre Europe.
Après ces grandes ou moyennes espèces de Coucous proprement dits, il nous faut parler de quelques-unes des petites espèces, auxquelles nous avons fait plusieurs fois allusion, et qui vont nous offrir de curieux points de comparaison de leurs habitudes avec celles du Coucou d'Europe, et nous fournir en partie l'explication par euxmêmes des singularités de son histoire.
En tête, figurent les espèces de l'Océanie, dont on a fait un groupe sous le nom de Cacomantes, et qui ne se distinguent que par la gracilité de leur bec et surtout par l'allongement et l'ampleur de leur queue étagée. La plus remarquable à cet égard est :
Le Coucou à queue en éventail 1 .
Ce petit Coucou , de la Nouvelle-Hollande , porte en effet une queue extraordinaire par sa largeur, sa longueur et sa beauté. La tête, le cou, les parties supérieures du corps et les ailes sont d'un noir foncé ; cette couleur forme un croissant sur la poitrine, dont les côtés, ainsi que la gorge et les joues, sont ferrugineux ; le milieu de la poitrine et le ventre sont d'un jaune d'ocre pâle; les pennes de la queue sont noires, à l'exception des deux intermédiaires, qui ont
1 Cacomantis Flabulliformis.
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sur leur côté intérieur des raies transversales blanches. Sa taille est de 24 centimètres.
On le rencontre en très grand nombre dès le mois de mai, préférant les parties solitaires et les plus boisées, ainsi que les terres sablonneuses labourées, couvertes de vieux Banksias et d'Eucalyptus aux branches étendues, où le taillis consiste en Lamberties épaisses, peu élevées et rabougries, en acacias et Banksias nains, etc. Telles sont les parties de la Nouvelle-Hollande fréquentées par cette espèce pendant près d'un mois après son arrivée. On entend souvent, des profondeurs des buissons, son cri clair et plaintif, qui résonne mélancoliquement dans les environs.
Le mois de juin arrivé, ces Oiseaux abandonnent leurs retraites solitaires pour les parties boisées plus décou. vertes. On peut les y voir soit seuls, soit par couples, fréquentant souvent les jardins et les vergers, où, au milieu des arbres fruitiers sans feuilles, dans lesquels leur vol ondulé et les singulières saccades de bas en haut de leur queue les font immédiatement remarquer. Leur cri mélancolique prend un ton plus gai à mesure que le printemps s'avance, mais se fait entendre moins souvent, étant remplacé par un cri plus vif et plus dur.
Ils semblent devenir moins nombreux lorsque les Oiseaux s'accouplent et que commence la saison des nids. Quelques-uns s'en vont, ou se dispersent si clairsemés dans les buissons, qu'on ne peut en constater le nombre. Si plusieurs émigrent à cette époque, il en reste cependant une assez grande quantité pour déposer leurs œufs et se servir à cet effet des nids des petites espèces qui conviennent le mieux pour devenir les parents nourriciers de leurs petits. Ils commencent alors à s'en aller, et semblent, à l'exception de quelques trainards, être tous partis avant la fin de décembre.
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L'Acanthize Poussin 1 est au nombre de ces espèces dont les nids sont favorisés de la visite de ce parasite. Mais son parasitisme s'opère plus franchement et plus au grand jour que celui du Coucou Chanteur, et s'il y met moins de ruses il est plus audacieux et plus éhonté.
M. Ramsay trouva, au mois de septembre 1863, non moins de quatre œufs dans le nid d'un Acanthize Nain % dont deux pondus par la propriétaire du nid, et deux par des Coucous. L'entrée de ce nid était très élargie, ayant grandement près de 6 centimètres de large, et le capuchon, qui en cache ordinairement l'ouverture, placée près du sommet du nid, et qui n'a généralement pas plus de 3 centimètres de diamètre, était repoussé en arrière, à un tel point que les œufs étaient parfaitement visibles.
Après avoir comparé les entrées, aussi démesurément élargies, des nids dans lesquels il avait trouvé des œufs de ces Coucous, avec les entrées de ceux qui n'en contenaient pas, M. Ramsay a acquis la conviction que les œufs de ces parasites sont pondus par eux-mêmes dans les nids, et n'y sont transportés ni placée d'aucune autre manière ou par aucun autre moyen. La largeur ordinaire de l'entrée des nids d'une autre espèce d' Acanthize, l' Acanthize Rayé 3 , qui n'ont pas été visités par un Coucou, est d'environ 3 centimètres, alors que dans ceux qui ont contenu des œufs de ce dernier, elle varie de 5 à 7 centimètres 4 .
Ce qui se comprend moins, c'est la facilité, l'ardeur même avec lesquelles ces vaillants petits Oiseaux se laissent aller à couver aussi fréquemment un œuf si différent des leurs, dont le fond est blanc, avec points et taches
1 Acanthiza Pusilla.
2 Acanthiza. ~So.no.
' Acanthiza Liwoto.
4 « Ibis. »
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rouges; alors que celui qu'ils adoptent n'en représente qu'un véritable d'Alouette, dont il a la forme et la coloration : ainsi, il est d'un blanchâtre sale et grisâtre, parsemé de petits points plus foncés ou brunâtres ; toutes ces taches se correspondant et se trouvant réunies en une couronne régulière au sommet de l'œuf, qui mesure 20 millimètres sur 14, bien supérieur en cela aux œufs d'Acanthizes, qui n'accusent que 15 millimètres sur 6.
Le fait de parasitisme de ce Coucou est d'autant plus curieux, qu'il est loin d'être inconscient ou réfléchi, puisque l'Oiseau, n'usant d'aucune supercherie, se pose simplement sur le nid et y pond ses œufs tout à son aise, comme chez lui.
Or une femelle de Coucou qui pond elle-même son ou ses œufs dans le nid d'un autre Oiseau, est bien près de les pondre dans un nid construit par elle-même.
Faut-il imaginer que, d'un commun accord, les deux femelles couvent ensemble ? ce qui serait plus curieux encore, et se rapprocherait de la façon d'agir d'une autre famille de Coucous d'Amérique, dont nous aurons à parler en dernier lieu.
Une autre espèce du même groupe, et aussi de la Nouvelle-Hollande, a été l'objet d'observations semblables :
Le Coucou Inorné 1 .
Sa couleur générale est grise, la partie supérieure plus foncée, avec une teinte verdàtre suivant les incidences de la lumière; les oreilles portent une tache brune qui s'étend sur les côtés du cou ; la queue et l'intérieur des rémiges sont rayés de blanc; la queue est rayée de noir; le bas-
' Cocomantis Inomatus.
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
ventre et les longues plumes des cuisses sont blanchâtres; les couvertures inférieures de la queue, blanches, légèrement ravées de noir. Le bec est noirâtre, avec la base des deux mandibules jaune; l'intérieur du bec d'un orangé foncé, ainsi que la langue; l'iris brun foncé, et les paupières sont jaunes; les tarses sont brun clair.
Cette espèce, dit J. Verreaux, qui Ta très bien étudiée, arrive dans les bois des environs de Hobart-Town, vers le mois d'octobre, qu'elle vient pondre. Elle se nourrit de larves et de chenilles, se tient le plus souvent dans la partie la plus fourrée des bois, et est très farouche. Il lui est arrivé cependant d'en voir un assez grand nombre, et de les observer sur les buissons qui se trouvent près de la ville, mais rarement plus d'une paire ensemble.
Une seule fois, du coté du Mont-Dromadéry, il lui est arrivé de voir un de ces Oiseaux s'enfuir d'un nid de Philédon Australien; mais comme le seul œuf qui s'y trouvait appartenait à cette espèce, il lui fut impossible de s'assurer si le Coucou avait emporté le second, ou s'il y venait pour y déposer le sien.
Il est assez fréquent de voir ce Coucou descendre sur le sol pour y saisir les insectes, les larves et les chenilles; c'est ainsi qu'il attrape souvent à la course des grillons et des sauterelles, faisant mouvoir ses ailes et sa queue lorsqu'il s'en est emparé ; manège qu'il recommence plusieurs fois quand il veut en même temps se reposer sur un vieux tronc d'arbre, ou sur une branche morte : car il aime à se percher de manière à être à découvert, pour mieux voir ce qui se passe autour de lui.
A plus de vingt ans d'intervalles, M. Ranisay a été mieux favorisé que J. Verreaux, pour découvrir et l'œuf de ce Coucou et les nids où il le dépose.
Le Coucou Brun, ou Inorné, rapporte M. Ramsay,
WÊnsÊÊm
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dépose le plus ordinairement ses œufs dans les nids d'une espèce de Fauvette â ventre rouge ', du Pliilédon à moustaches jaunes 2 , du Philédon à face jaune 3 , mais rarement dans ceux du Philédon Obscur 4 et du Philédon Lunule 5 ; et, en certains cantons sans doute, dans tous les nids à sa convenance.
Il dit avoir souvent remarqué que, lorsque les œufs de ce Coucou sont déposés dans des nids découverts, il montre une préférence décidée pour ceux de ces Oiseaux qui pondent des œufs semblables aux siens 6 . Ce qui chez lui, remarquons-le bien, n'implique aucune tendance au polymorphisme.
Précaution que n'a pas, nous venons de le voir, l'espèce précédente, et qui nous mène bien loin de la proposition de MM. Baldamus, Brehm et Hartmann, au regard du Coucou Chanteur. Il attend que la couleur propre au sien se révèle â ses yeux, pour le mêler aux œufs de la propriétaire du nid : ce qui est fort différent.
C'est ainsi que les œufs de Philédons étant généralement teintés d'un fond minium plus ou moins rosé, plus intense le plus souvent vers le gros bout, où se réunissent parfois des taches de même couleur, mais beaucoup plus foncées et allant au rouge sang, ou bien parsemés d'une manière égale de ces mêmes tach'es ; et plus spécialement l'œuf du Philédon à moustaches jaunes étant d'un rose pâle couleur de chair plus foncé au gros bout, où il est tacheté et moucheté de marques d'une teinte beaucoup plus intense de couleur saumon ; c'est dans le nid de ces Oiseaux que
1 Petroica Erythrogasira.
* Plilotis Auricomis .
3 Ptilotis Chrysops.
4 Ptilotis Fusca.
5 Melithreptus Lunulatus.
6 a Ibis. t>
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le Coucou dépose son œuf, notamment dans le nid de cette dernière espèce, avec l'œuf de laquelle il a les plus intimes rapports de couleur et de dimension : le sien, de 22 millimètres sur 15, étant de couleur chair pâle ordinairement sans marques, parfois avec de petits points noirs et brun rougeâtre foncé sur un fond de même couleur chair pâle, et celui du Philédon, de 20 millimètres sur 14. La distinction en est donc difficile à faire par la propriétaire du nid, quoique ici le polymorphisme n'ait rien à y voir.
Du reste les observations de M. Ramsay sur la manière de vivre de ce Coucou sont en pleine concordance avec celles de J. Verreaux. Il arrive de bonne heure, au mois de septembre, et se rencontre ordinairement en couples, montrant une prédilection pour les terrains à moitié découverts et les lisières d'arbres qui bordent les parties cultivées. On peut souvent en voir des individus perchés sur les branches mortes du haut des arbres, ou sur les branches découvertes du bois, et fréquemment même sur les clôtures, d'où ils s'élancent après les sauterelles et les grillons, qu'ils aperçoivent se cachant dans l'herbe. Leur nourriture consiste principalement en Grillons, en Phasmies, différentes espèces de Mantes, et souvent des magnifiques larves dé Cœque triangulaire et de l'Anthérée de l'eucalyptus, qu'ils trouvent dans les feuillages du haut des arbres. Les jabots de quelques individus, pris au mois d'octobre, ne renferment ordinairement que des sauterelles qui semblent leur nourriture favorite.
M. Ramsay réussit à se procurer deux jeunes Coucous Inornés provenant d'œufs qu'il avait laissés dans des nids de Philédons à moustaches jaunes ; et il les reconnut de suite lorsqu'ils eurent leurs plumes.
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
Ils éclosent ordinairement vers le douzième ou le quatorzième jour, et alors, le jeune Coucou, un petit Être gras et faible, est à peine plus gros que ses frères de lait; mais comme cependant il croit vite, il remplit bientôt presque tout le nid; et ses malheureux compagnons, étouffés par son poids, ou morts de faim, à cause de sa voracité, sont jetés hors du nid par leurs parents; instinct hors nature, que nous retrouverons chez une autre famille étrangère aux Coucous. M. Ramsay trouva, le 30 octobre 1804, deux pauvres petits Oiseaux qui avaient été couvés avec un Coucou dans un nid de Philédon à moustaches jaunes, jetés dehors et étendus sur le sol, exactement au-dessous du nid; ils étaient morts, comme de raison, et paraissaient âgés de trois ou quatre jours.
Encore une variante à ajouter aux probabilités de l'histoire, si controversée en ce point, du Coucou d'Europe! C'est une chose ordinaire, ajoute M. Ramsay, pendant les mois d'octobre et de novembre , de voir les petits Oiseaux donnant à manger aux jeunes Coucous. Les petits Acanthizes mêmes qui ne sont jamais , qu'on sache , des parents nourriciers de cette espèce , se réunissent à l'effet de pourvoir aux besoins de ses petits, que ceux-ci font facilement comprendre par leurs cris continuels, cris maussades, qui ne s'arrêtent que durant qu'ils reçoivent leur pâture, ou lorsque leur faim est apaisée.
Le 27 octobre de la même année, en traversant, pour rentrer chez lui, un pâturage à moitié défriché, il ne fut pas peu surpris, en entendant les cris d'un jeune Coucou, de voir deux Oiseaux adultes de la même espèce de Coucou Inorné, volant après lui, et paraissant le suivre avec la plus grande attention. Ils s'en éloignèrent plusieurs fois, mais vinrent le retrouver de nouveau , et leurs mouvements convainquirent cet observateur qu'ils étaient occupés à
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
le nourrir, quoi qu'il ne pût, à son grand regret, les voir d'assez près pour s'assurer du fait.
Nouvelle preuve que les Coucous n'abandonnent jamais leurs petits au sortir du nid étranger, auquel ils ont confié leur œuf.
Chez plusieurs de ces petites espèces de Coucous, le polymorphisme des œufs existe à un degré très prononcé ; et M. Ramsay en a fait une étude suivie très instructive et très curieuse.
Nous ne sachions cependant pas que ce savant ornithologiste ait donné des détails sur le polymorphisme de l'œuf de l'espèce suivante :
Le Coucou Métallique 1 .
Ce Coucou est en dessus, y comprise la queue, d'un vert brillant métallique à reflets d'or; en dessous, blanc rayé transversalement de nombreuses bandes aux mêmes teintes brillantes ; les rectrices latérales seules de la queue, rousses. Le bec est jaune, avec la pointe noire. Presque même taille que celui qui précède.
C'est encore un des nombreux envahisseurs de nids des petites espèces de Fauvettes Australiennes, telles que les Acanthizes, les Stipitures' 3 , les Semicrornis, etc., dont les œufs sont généralement à fond d'un blanc pur , plus ou moins largement mouchetés de rouge brique, et mesurant de 14 à 17 millimètres de longueur sur 4 à 7 de largeur.
Le sien cependant est loin, par sa teinte, de correspondre à cette coloration, et il les dépasse en dimension, avec sa forme régulièrement elliptique : il est d'un brun olive, luisant, avec le sommet recouvert, en forme de calotte,
1 Cacomantis Plur/osus.
% Stipiturus Malucurus.
HISTOIRE' NATURELLE DES COUCOUS
d'une multitude de points noirs agglomérés , et mesure de 16 à 18 millimètres sur 12.
Dans ces conditions, nous ne voyons guère espoir, pour lui, de donner le change aux parents nourriciers qui n'en élèvent pas moins le petit qui en éclôt aussi bien et mieux que leurs propres enfants.
Puis viennent deux autres petits groupes, toujours Océaniens, sur les mœurs desquels on ne possède aucun détail.
Le premier, qu'aucun caractère appréciable ne distingue des Cacomantes qui précèdent, si ce n'est une queue plus courte, nous offre pour type :
Le Coucou Fuyard 1 .
La couleur générale de son plumage est d'un brun obscur en dessus , et d'un roux cendré en dessous ; la queue est noire, à peine fasciée et terminée à la pointe de chacune de ses rectrices de blanc.
Ce Coucou, de Bornéo, est, ainsi que l'indique son nom, plus facile à entendre qu'à apercevoir, quoiqu'il se trouve quelquefois réuni au nombre d'une douzaine, ce qui tient à son habitude de rester , comme s'il était couché, sur le côté supérieur d'une grosse branche , faisant résonner un cri monotone. Son chant, dit, en 1863, M. J. Mottley, est un sifflement élevé, mais doux comme le son d'une flûte, répété trois fois , et continué plusieurs heures de suite pendant la soirée 2 .
Le second de ces deux groupes, est celui des Surnicous, de Lesson, assez nettement caractérisés : par leur bec robuste , légèrement recourbé , comprimé sur les côtés , à arête convexe ; leurs narines parfaitement rondes, nues et
1 Hierococeyx Fugax.
» a Ibis. »
garnies sur leurs bords d'un bourrelet membraneux formant une sorte de petit tube. Leurs ailes sont allongées, pointues, atteignant la moitié de la queue, qui est longue et composée de rectrices droites et très étagées ; les tarses courts, emplumés jusqu'au-dessous de l'articulation tibiotarsienne.
Ces Coucous' ont le plumage soyeux , doux et mollet, légèrement métallisé; et les formes minces et grêles. Ils établissent une sorte de transition des Cacomantes aux Clialcites qui suivent. Leur type est :
Le Coucou Lugubre 1 .
Les plumes du pourtour du bec sont roussâtres ; celles du dessus du corps, brunes, à reflets bleu de fer spéculaire, plus foncé sur les ailes et sur la queue ; des gouttes petites arrondies , d'un blanc pur , cerclées de noir, sont éparses sur la tète, les épaules et les ailes; tout le dessous du corps est brun, tirant au roussàtre devant le cou, et parsemé de petites taches arrondies blanchâtres ; les plumes tibiales postérieures, de cette dernière teinte; les ailes, brunes avec une raie blanchâtre sous le reste de leur partie interne, la queue est brune en dessous rayée de blanchâtre sur les petites rectrices seulement. Le bec est noir, et les tarses sont bruns. Sa taille est de 24 centimètres.
Nous passons de suite et sans plus tarder, au groupe de Coucous auxquels on a donné le nom de Chrysococcyxs, ou Clialcites, à cause du brillant de leur plumage qui est, principalement en dessus, â reflets métalliques cuivrés ou dorés, que partagent cependant à divers degrés les groupes qui précèdent.
1 Surniculus Lugubris.
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
Leurs caractères particuliers sont d'avoir : le bec court, moitié de la longueur de la tète, élargi et déprimé à la base, légèrement arqué jusqu'à la pointe qui est aiguë; les ailes longues, sub-aiguës ; les narines recouvertes d'une membrane basale, en forme de fissures rapprochées du bord mandibulaire ; la queue allongée, arrondie ; les tarses à demi emplumés, scutellés dans leur reste, égaux en longueur au doigt externe antérieur, qui est le plus long de tous, les deux antérieurs soudés à la base, le pouce le plus court, à ongles faibles, comprimés et arqués.
Le type est :
Le Coucou Didric, ou Doré 1 .
Par l'élégance de sa taille et la richesse de son plumage, il est, dit Levaillant, un des plus beaux Oiseaux qu'on voie dans nos cabinets. La tète, le derrière et les côtés du cou, ainsi que le manteau, le dos, les couvertures du dessus de la queue, tout le dessus de l'Oiseau, en un mot, est d'un beau vert doré des plus éclatants ; cette couleur est relevée sur la tète par cinq bandes blanches, dont l'une partant du front et se portant jusque sur l'occiput, partage le dessus de la tète en deux portions égales ; deux autres de ces bandes couronnent les yeux en forme de sourcils, et les deux dernières s'étendent du derrière de l'œil à l'occiput; les dernières pennes et les grandes couvertures des ailes, ainsi que les scapulaires et les couvertures du dessus de la queue, sont frangées de blanc; les pennes alaires sont d'un brun verdissant; les premières de ces pennes portent extérieurement de petites taches blanches longuettes, et les autres de grandes taches blanches
1 Chrysococcyx Auratus.
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
sur leurs barbes intérieures; la queue, légèrement étagée, et s'arrondissant au bout seulement, lorsqu'elle est étalée, a toutes ses pennes terminées par du blanc; elle a, comme les ailes, les barbes extérieures de ses pennes marquées de taches blanches, et toutes les autres, à l'exception des deux du milieu, qui sont d'un or vert des plus riches, parsemées intérieurement de taches rondes blanches, ce qui produit le plus bel effet lorsque l'Oiseau étale sa queue et qu'il déploie ses ailes, ainsi qu'on le voit souvent faire au mâle lorsqu'il est près de sa femelle; tout le dessous de l'Oiseau, à partir de la gorge jusque et y comprises les couvertures de dessous de la queue, est d'un blanc pur égayé sur les flancs et sur les plumes des jambes, qui descendent en amples manchettes sur les tarses, par des bandes d'or transversales, et enfin sur les couvertures inférieures de la queue par de larges bordures extérieures d'or. Le bec, les pieds et les ongles sont bruns; les yeux, à paupières rouges, sont d'un jaune orangé. Sa taille est de 18 à 20 centimètres.
Levaillant a trouvé cette espèce dans l'intérieur des terres du cap de Bonne-Espérance, et Perrein l'a vue à Malimbe, dans le royaume de Congo, où elle se tient aux environs de la mer; on la trouve aussi au Sénégal. Elle se plaît à la cime des grands arbres, et fréquente de préférence ceux qui sont en fleurs, où l'attirent un grand nombre d'insectes, dont elle fait sa principale nourriture.
C'est cette espèce qui procura à Levaillant la clef, qu'il cherchait depuis longtemps, du mystère au moyen duquel les Coucous Parasites pouvaient réussir à déposer leurs œufs dans les nids d'Oiseaux étrangers, d'accès difficiles ou trop profonds.
Ayant tué une femelle de cette espèce, il se disposait à en tamponner le bec avec de la filasse, pour préserver son
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
plumage de toute souillure, lorsqu'il rencontra pour obstacle un œuf qui se trouvait au fond de la bouche : or cet œuf n'était autre que l'œuf blanc du Coucou Didric. Il était donc démontré, bien avant les expériences de FI. Prévost, que c'est à l'aide de leur bec que ces Oiseaux parviennent à introduire leur œuf dans les nids les plus petits par les orifices les plus étroits. Dans ses nombreuses chasses à ce Coucou, Le vaillant ne rencontra qu'un second fait semblable. Du reste, il a toujours trouvé ces œufs dans les nids des plus petits Oiseaux insectivores, jamais dans ceux des granivores. Mais il ne nous a pas fait connaître si, dans le nombre de ces œufs, il n'a pas rencontré de variétés ; de même qu'il ne nous a pas dit si cette espèce se construisait exceptionnellement parfois un nid et y couvait ses œufs.
Nous possédons plus de détails sur les deux espèces suivantes, qui paraissent avoir les mêmes habitudes que le Didric, et dont la première, découverte en Afrique par Levaillant, a été dédiée par lui à son fidèle et dévoué Klaas :
Le Coucou de Klaas 1 .
Le Coucou de Klaas, quoique de la taille du Coucou Didric, a le bec beaucoup plus petit et moins courbé que celui-ci ; sa queue est aussi moins large que celle du Didric, par la raison que les pennes de cette partie ont, chez lui, les barbes moins longues ; les ailes du Coucou de Klaas sont enfin plus longues que celles du Coucou Didric.
Si des formes nous passons aux couleurs, nous voyons que le premier a tout le dessus de la tète, le derrière du cou, le manteau, les scapulaires, les couvertures des ailes,
1 Chrysococryx Klaasii.
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
le croupion et les couvertures supérieures de la queue d'un beau vert cuivreux et brillant, sans aucun mélange que le blanc de deux petits sourcils; les grandes pennes sont d'un vert bronzé uniforme extérieurement, et noirâtres, tachées de blanc en dessous; la gorge, le devant du cou, la poitrine, les plumes du sternum, celles du ventre, des flancs, et les couvertures inférieures de la queue d'un blanc pur ; si ce n'est que sur le bas du ventre et sur les cuisses, on remarque quelques bandes longitudinales d'un vert bronzé; les quatre pennes du milieu de la queue sont d'un vert comme sablé de rougeâtre, cuivre-rosette ; les trois extérieures sont blanches et ont chacune une tache oblongue cuivreuse vers leur pointe et sur leur côté extérieur, tandis que intérieurement elles portent des lignes noirâtres transversales et fort espacées. Le bec et les pieds sont d'un brun noir; les yeux jaunes.
Cet Oiseau, dont les habitudes ont été ignorées de Levaillant, puisqu'il n'en dit rien, n'est, d'après J. Verreaux, qui les a fait connaître en 1855, que de passage, aussi bien dans la partie méridionale de l'Afrique que dans la partie occidentale, telle que le Gabon. Il arrive dans le sud, où il a été â même de l'observer au cap de Bonne-Espérance, vers le mois de septembre, époque â laquelle il se reproduit, en confiant aux autres Oiseaux l'incubation de ses œufs, ce qu'il pratique également aussi bien au Gabon que sur toute la côte jusqu'au Sénégal.
Il a remarqué qu'il prenait indistinctement les nids d'espèces toutes différentes, telles que : la Pie-Grièche Cubla, le Turdoïde du Cap 1 , le Pic Olivâtre' 2 , voire même les diverses espèces d'Hirondelles. Il arrive parfois aussi au Gabon que le nid du Gobe-Mouches à crou-
1 l.ros Capensis.
1 Pirus Olivaceus.