‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs) d'après des documents inédits des archives de la guerre et autres dépôts publicsChapitre 106 sur 170 · LA BRINVILLIERS · texte numérisé non relu

LA BRINVILLIERS

» avec toutes les précautions nécessaires pour ne donner au- V cun soupçon qu'il veuille quitter son emploi. Si par la réy ponse à celle-ci , il est nécessaire qu'il y demeure plus » longtemps, il rendra son compte et se retirera tout à fait » au lieu que je lui ai destiné et où il va présentement. J'ai » donné ordre que les vôtres me soient promptement et fidè- » lement rendues. Faites-moi réponse s'il faut qu'il reste » longtemps ou s'il faut qu'il quitte tout à fait, et tout se fera » sans éclat.... »

« Ce 15 juin 1676.

» Je crois que le séjour d'un mois à la campagne de notre » ami suffira.... »

Mais il en fut de l'explication de ces missives mystérieuses comme de l'identité de Martin dit Louvigny, dit Dubreuil, de La Pierre, de Glazer, etc ; Penautier refusa de répondre. D'ailleurs Penautier était riche, fort riche : soutenu par le clergé et par quantité de gens intéressés à son silence, il fut mis en liberté et rentra dans le monde^ où il trouva sa place habituelle et des amis prêts à l'aider à dépenser des millions gagnés de si étrange façon.

La Chaussée, valet de Sainte-Croix. Arrêté le 4 septembre 1672, il fîit jugé, condamné et exécuté le 24 mars 1673. Il n'était pas trésorier du clergé de France.

Itp. Pierre, dit Saint-Georges, autre valet de Sainte-Croix, était Italien de naissance. Du service de Sainte -Croix il avait passé à celui de Penautier , qui le plaça momentanément près de son associé Hannyvel, sous le nom de Saint- Georges. C'est ce Georges que madame Marie Woser, veuve de messire Pierre Hannyvel, veuve du sieur de Saint-Laurens , de concert avec l'abbé Dausse, accusait d'avoir empoisonné son mari par ordre de Penautier. Au moment du jugement de son camarade La Chaussée, et à la veille d'être arrêté lui-même , il trouva prudent de s'esquiver et de gagner la frontière. Ce fut ce La Pierre dit Saint-Georges , dit Casta* nieri , que l'on retrouvait plus tard escroc à Yintimiglia , espion politique à Turin et à Pignerol, muni de poison

288 LES EMPOISO'NNEURS.

quand on l'arrêta, et ofFrant au duc de Savoie de lui faire connaître des secrets importants relatifs à la sûreté de la vie du Roi de France, Enfermé au donjon de Pignerol , cet homme fut mis en liberté quelque temps après, par ordre de Louvois, sans explication aucune. Quel motif dirigea Louvois dans cette circonstance? Le ministre eut-il peur, en le faisant venir à Paris ou en le gardant à Pignerol, de compromettre la position de son ami Penautier, alors en prison? Je ne puis émettre là- dessus qu'une opinion de probabilité.

Il en fut de même, pour le sieur Dubreuil , dit Martin, ditLouvigny, ditSamson, que pour Saint-Georges.

Le 8 août 1672, le jour de la visite domiciliaire faite chez le sieur Gaudin de Sainte-Croix, un sieur Dubreuil, sorte d'homme d'affaires qu'on avait vu souvent au logis du défunt, brisait des fioles par-ci par-là et semblait se livrer à quelque mystérieuse recherche. Ce fut encore lui qui, le 17 août, voulut s'opposer à l'ouverture de la cassette. Employé successivement chez Sainte-Croix, chez le frère de Sainte-Croix, chez Dalibert, Penautier, etc., cet individu se donnait pour gentilhomme, ci-devant commis pour le Roi à la recette des tailles dans la généralité de Montauban. Intimement lié avec Sainte-Croix, La Pierre, etc., gravement compromis par suite de la découverte des papiers trouvés chez Belleguise, il comparut une première fois, à titre de témoin, Je 22 avril 1673 , mais n'attendit pas les hasards d'un interrogatoire plus approfondi.

Le 17 juillet, quand on lança contre lui un mandat d'amener, notre homme avait disparu. De Paris il gagna Bordeaux, y fut emprisonné, se sauva, se rendit chez un affidé, l'évêque d'Agde (frère de Fouquet) , partit pour la Suisse , et finit par se faire prendre comme espion politique à Bâle, sous le nom de Samson, par les gens de M. de Montclar et de l'intendant La Grange. Conduit à Pierre-en- Cise, puis au donjon de Pignerol, il s'y trouvait au moment du procès de la Brinvilliers et de Penautier. Il ne vint pas à

MORT DU COMTE DE SOISSONS. f9%

Paris, ne fut pas confronté avec ses complices; mais traité fort durement par Saint-Mars, il fut de ceux qu'on transféra à Sainte-Marguerite en 1694, et mourut aux iles vers 1697.

Alexandre de Belleguise, caissier de Dalibert et de Penautier, était très-Iié avec Sainte-Croix et Dubreuil. Dès 1669 , il travaillait chez Penautier. Ce fut lui qui , sur l'ordre de Penautier, fit enlever les coffres de Sainte- Croix et sauver La JPierre. Arrêté le 1" août 1676 , il fut interrogé le 19 avril 1677 et condamné au bannissement pour trois ans.

Citons encore parmi les complices :

La Voisin, célèbre empoisonneuse, liée avec Sainte-Croix.

Le chevalier Gonnor, agent anglais, lié avec Sainte-Croix et Eggidi.

Le marquis de Chasteuil, chef de la bande de Marseille, Lyon et Turin , ancien officier.

Glazer, célèbre médecin de Bàle (1629-1675), lié avec Sainte-Croix et Penautier. Ce fut ce Glazer qui fut accusé par la Brinvilliers d'avoir eu des relations intimes avec Fouquet , et d'avoir été envoyé par lui à Florence pour étudier l'art des poisons.

Biaucourt, avocat, âgé de trente-trois ans, amant de la marquise de Brinvilliers.

Dulong, chanoine de Notre-Dame, très-lié avec Sainte- Croix. Il fut soupçonné d'avoir empoisonné l'archevêque de Paris.

Paul dit Sardan, agent politique fort recherché par la police, lié avec Penautier. Il fut compromis dans les procès de Rohan, d'Audijos et de Yanens.

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